L'âme de cette ville de 29 000 habitants est toujours intacte. On y voit des femmes qui descendent du Rif pour vendre leurs produits au marché, leurs fouta (serviettes de bain) autour des hanches et leurs grands chapeaux à pompons colorés sur la tête. Les ânes parcourent la médina en lieu et place des bruyantes Mobylettes de Tanger et Marrakech.

Longtemps confondu avec Zilil, cette ville romaine disparue au cours du haut Moyen Age et dont on a découvert le site il y a quelques années, Asilah a probablement été fondé à une époque moins lointaine qu'il n'est admis généralement.

Peut-être fut-il le lieu d'un atelier de salaison, à l'instar de Cotta ou de Kouass. Mais guère plus. Toutefois ses origines idrissides semblent indéniables, comme le fait qu'il fut reconstruit en 966 par le calife omeyade de Cordoue, El-Hakiml II, après qu'il eut repoussé de nombreuses attaques vandales. Il permit encore à Othman Ben Idrissi, en 1306, de se proclamer sultan depuis Sebta. Les Portugais s'emparèrent d'Asilah en 1471 et en firent un prospère port de commerce, période dont il garde encore remparts et bastions.
Les Espagnols leur succédèrent après la mort de Sébastien Ier à la bataille des Trois Rois, mais perdirent rapidement la ville au profit du sultan saadien Moulay Ahmed el-Mansour, en 1589. A la fin du XVIIe siècle, le royaume de la péninsule reprit pour quelques années les commandes d'Asilah, définitivement perdu pour les occupants (jusqu'au protectorat espagnol) à la suite de sa reconquête par Moulay Ismaïl en 1691.
La ville doit au sultan alaouite deux mosquées, une medersa et des bains. Asilah fut aussi bombardé en 1829 par les Autrichiens et en 1860 par les Espagnols.
Asilah est très connu pour avoir été, au début du XXe siècle, le fief du brigand Raïssouni qui, après avoir été un voleur de grand chemin, un révolutionnaire plus filou que politique, et le kidnappeur de Walter Harris et d'Ian Perdicaris, s'empara de la ville dont la population, lassée par les abus de son pacha, lui demanda de le remplacer.
Les troupes du sultan mirent rapidement fin à ce coup d'Etat local, mais Raïssouni revint en 1906, avec le soutien de Moulay Abdel Hafid, et fut alors nommé pacha ainsi que gouverneur des pays Jbala et Anjra. Il fit alors édifier son palais au centre de la vieille ville d'Asilah. Jugeant qu'il collaborait de trop près avec le protectorat espagnol, le patriote résistant Abdelkrim Khattabi mit fin à ses activités en le condamnant à l'exil dans le Rif, où il mourut.
Asilah présente donc de très beaux remparts, percés de quatre portes dont Bab Homar, très intéressante pour son architecture martiale et l'écusson qui la surmonte aux armes royales portugaises. La vieille médina a le charme des villes de bords de mer dont on rêve, et celle d'Asilah est une référence en la matière : l'éclat de la chaux rivalise avec les boiseries des maisons peintes en bleu ou en vert, les rues ont été pavées par deux artistes, Mohammed Melehi et Farid Belkahia. La Criquia est une petite jetée, élevée au-dessus d'un marabout et d'un cimetière couvert de faïences, depuis laquelle on accède aux proches plages de rochers. Quelques mosquées et plusieurs zaouïa s'élèvent dans la ville, qui accueille le festival culturel marocain le plus médiatisé. Un centre Hassan II des rencontres internationales est le principal bâtiment qui abrite cette manifestation, qui a encore gagné des adeptes dans la ville, tels les artistes Diego Muyal, Omar Khalil, Farid Belkahia, Primarosa Sforza Cesarini, Saad Hassani ou l'écrivain Edmond Amran el-Maleh. Les peintres Mohammed Melehi et Khalil el-Ghrib sont originaires d'Asilah.
Asilah n'est pas seulement la tranquille cité balnéaire que l'on connaît, mais également un foyer des arts, un petit Montmartre de bord de mer.
En été, l'animation est mondaine sur la petite place centrale de la médina, où le talentueux styliste local Othman Chentouf propose ses défilés de mode. Les restaurants du paseo sont célèbres pour leur poisson et ceux des remparts pour être protégés par d'immenses eucalyptus.
La ville moderne présente un charmant boulevard Mohammed-V, une église typiquement espagnole et un monument à la mémoire de Mohammed V agrémenté d'une très belle statue créée par Melehi. Asilah a ainsi reçu le prix Aga Khan d'architecture pour la réhabilitation de sa médina.
Asilah a toujours attisé les convoitises : Phéniciens, Romains, Vandales, Normands, Idrissides, Omeyades, Portugais, Espagnols, Autrichiens, Alaouites se sont disputés cet écrin naturel du Nord, avec un acharnement qui s'explique peut-être par le charme singulier de cette ville côtière.
Passé les imposants remparts, on pénètre dans un entrelacs de rues d'une invraisemblable propreté. C'est, au dire des habitants, la ville la plus propre du Maroc. A tel point, qu'elle semble avoir perdu un peu de son âme véritable, tant elle paraît parfois aseptisée. C'est pourtant un paradis de lumière pour tous les peintres marocains ou étrangers qui ont élu domicile entre ses murs. Ils y sont encouragés depuis une trentaine d'années, grâce à l'invitation constante de l'association El-Mouhit, qui désire faire sortir l'antique cité de sa douce torpeur. Créé en 1978 par l'ancien ministre des Affaires étrangères, Mohammed Benaïssa, et le célèbre peintre Mohammed Melehi, cette association s'est donc employée au fil du temps à faire d'Asilah la ville des arts et des cultures du Maroc.
La place Abdallah-Guennoun est dominée par la tour El-Kamra, un des monuments les plus impressionnants de la vieille ville.
Cette tour carrée et crénelée, qui date de l'occupation portugaise, abrita, dans sa partie supérieure, une bibliothèque et une salle de topographie à l'époque où l'on commençait à vouloir dessiner et découvrir le monde, et plus particulièrement les côtes sauvages de l'Afrique méridionale encore méconnue. De ce point de vue, on peut admirer toute la ville et imaginer bien plus loin encore cette longue plage infinie qui borde tout le Maroc. Le rez-de-chaussée de ce curieux bâtiment creusé de fenestrons en arcs brisés aux allures byzantines fit office de cellier et de prison. L'édifice a été restauré il y a quelques années et son sommet étrangement rehaussé d'un crénelage et de quatre tourelles d'angle en béton aux lignes acérées. La tour coiffée de cette sévère nouveauté surplombe une placette qui présente, dans ce cadre féerique, spectacles et concerts de musique à l'occasion du traditionnel moussem international. Tout contre se trouve le vaste centre culturel Hassan II, qui accueille à cette occasion un grand nombre d'artistes plasticiens, d'écrivains célèbres dans le monde arabe et occidental.
Les peintres ont alors la possibilité de s'exprimer sur toutes les façades de la médina, qui gardent pendant une année les traces visibles, comme naturelles, d'un art de vivre en couleur.

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2017-11-22
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