Guide de LISBONNE : Arts et culture

Architecture
<p>Immeubles dans le quartier de la Mouraria</p>

Immeubles dans le quartier de la Mouraria

Au cours de ses millénaires d'existence, le pays a accumulé un impressionnant patrimoine artistique qui va de l'époque préromaine jusqu'à l'art contemporain.

Les vestiges préromains. Au début de l'Antiquité, le territoire qui correspond à l'Alentejo et à l'Algarve actuels était parsemé de petits villages ibères et celtiques. Les champs de menhirs autour d'Evora et les quelques ruines de bourgades dans l'ouest de l'Algarve témoignent encore de cette première présence humaine sur territoire portugais.

Edifices romains. Les Romains ont laissé à la Lusitanie leur langue et leurs avancées en matière d'architecture. A la fin de l'époque antique et au début du Moyen Age, temples, ponts, maisons seigneuriales, aqueducs, théâtres et amphithéâtres dominaient les paysages urbains. La majorité de ces monuments ont disparu avec le temps, mais vous pourrez en admirer encore aujourd'hui les beaux vestiges dans certaines régions : le temple de Diane à Evora, les villas patriciennes au nord de Beja... Après la chute de l'Empire romain, les Wisigoths imposèrent leur civilisation, qui n'a cependant laissé que peu de traces architecturales.

Roman. Le style roman n'a jamais atteint un fort niveau de développement au Portugal qui, entre le Xe et le XIIe siècles, était en très grande partie dominé par des forces musulmanes. Notez néanmoins la cathédrale massive de Lisbonne (ou de Porto), uniques dans leur genre, qui ressemblent bien plus à des forteresses qu'à des lieux saints.

Gothique. Royaume relativement prospère après la victoire définitive sur les musulmans au XIIIe, le Portugal a connu une première effervescence des arts aux XIVe et XVe siècles, avec des réalisations architecturales majeures construites en style gotique. Pour les amateurs de ce courant en vogue à la fin du Moyen Age, Santarém (Ribatejo, à 85 km au nord-est de Lisbonne) vaut un détour : les fortifications et la majorité des églises constituent de très beaux vestiges de cette époque. A voir également : l'église du Carmo dans le Barrio Alto de Lisbonne ou le spectaculaire monastère d'Alcobaça (à 125 km au nord de la capitale).

Art manuélin. A cheval entre le gothique et les temps modernes, c'est l'époque artistique sans doute la plus spécifiquement portugaise, qui a fait naître quelques-uns des plus beaux monuments du patrimoine culturel européen. Même s'il tient son nom du roi Manuel Ier (1495-1521), c'est à un architecte français du nom de Boytac que l'on doit le premier édifice manuélin : le cloître du monastère de Batalha (Extremadura). Dans les années 1430, Boytac introduit dans ses créations des détails architecturaux qui évoquent la richesse que les grandes découvertes ont donnée au Portugal, en combinant un style médiéval et des motifs naturels et marins. Ce mélange est insolite et d'une grande élégance : les piliers ne sont plus droits mais en spirale, les moulures des portes et des fenêtres sont ornées de motifs de cordages, d'ancres, de globes terrestres, de fleurs exotiques et puis surtout de la croix du Christ. Ce style, marqué par les détails évoquant la passion de la mer et la prospérité du pays, va disparaître à la mort du roi Manuel Ier. Hormis le grand cloître du monastère de Batalha, les exemples les plus marquants dans la région de Lisbonne en sont le monastère des Jerónimos à Belém ou l'église de Jesus à Setúbal.

Renaissance. En général peu présent dans la péninsule Ibérique, le style Renaissance s'est nettement moins développé que l'art manuélin au début du XVIe siècle. De plus, les idéaux humanistes qui ont inspiré les grandes réalisations de ce style en Italie ou en France étaient peu répandus dans ce Portugal fortement influencé par l'Inquisition.

Baroque. Le terme " baroque " vient quand même du terme portugais barroco (rocher côtier aux formes irrégulières) - donc attendez-vous à de nombreux monuments de ce style lors de votre visite. En effet, nombreuses sont les églises construites à des époques antérieures qui ont été " baroquisées " par la suite et vous pourrez en trouver sur tout le territoire portugais. C'est également à cette époque que les carreaux de faïences, les fameux azulejos, sont entrés dans les moeurs architecturales. Notez aussi que, dans la banlieue de Lisbonne, le château de Queluz est l'un des plus beaux exemples de style rococo de toute l'Europe.

Art nouveau. Au cours du XIXe siècle, les crises économiques et politiques successives n'ont permis que peu de réalisations architecturales majeures (comme le palais de l'Ajuda, jamais entièrement achevé). A la fin de ce siècle, la bourgeoisie montante, de plus en plus confiante en elle-même, tomba sous le charme du mouvement Art nouveau européen. Comme à Vienne, Paris ou Nancy, des édifices de ce style virent le jour à travers tout le Portugal : le Rossio à Lisbonne en est un bel exemple.

Art moderne et contemporain. Au cours du XXe siècle, les grands projets urbanistiques ont été souvent commandités par les régimes autoritaires (meilleur exemple : le pont du 25-avril à Lisbonne, autrefois appelé Ponte Salazar). Mais depuis les dix dernières années, des manifestations comme l'Exposition universelle de Lisbonne en 1998 ont donné de nouvelles impulsions à l'art de la construction au Portugal. Le pont Vasco de Gama et la gare d'Oriente, dus au célèbre architecte espagnol Santiago Calatrava, ainsi que le centre culturel de Belém sont les plus récents acquis de ce nouvel élan.

Artisanat
<p>L'artisanat portugais s'affiche dans les rues de Lisbonne.</p>

L'artisanat portugais s'affiche dans les rues de Lisbonne.

Il suffit de parcourir n'importe quel marché pour vous rendre compte de la richesse de l'artisanat portugais (poterie, vannerie, céramique, broderie...) et du savoir-faire de ses artisans habiles.

Dans le centre (Beiras, Lisbonne et vallée du Tage) : les céramiques de Coimbra (peintes à la main), de Caldas da Rainha et puis la faïence décorée et verrerie d'Alcobaça, la cristallerie de Marinha Grande, broderies et dentelles, cuivres, paniers et objets en osier, porcelaine de Vista Alegre, dessus-de-lit en lin brodés de soie de Castelo Branco, poterie noire, tissage en lin, travaux en cuivre et fer...

En provenance du Nord : articles de vannerie, objets en fer forgé, tissage et tapisseries, orfèvrerie et filigrane, maroquinerie, travaux en bois, cuivre, étain, osier... Le coq de Barcelos, les broderies de Guimarães. Objets en perles et dentelles de Viana do Castelo. Le bois sculpté du Minho.

En provenance du Sud : les poteries de São Pedro do Corval et d'Estremoz (Alentejo) ou de Porches (Algarve). De l'Alentejo : les superbes capes de bergers, les meubles décorés de motifs almengo, les tapis en lin brodés de laine d'Arraiolos. Bois sculpté, maroquinerie, poterie et argile vitrifiée et peinte, tapisseries de Portalegre, broderies de Nisa, mobilier peint à la main. De l'Algarve : vannerie, chapeaux et paniers en paille, objets en cuivre et laiton, objets en bois, les dentelles, les cuirs de Loulé et de Silves.

Que ramener de son voyage ?

Dans le panier, priorité aux bouteilles (garrafas) de bons vins régionaux, vins de Porto et de Madère, vinhos verdes, vins régionaux (Alentejo, Dão, Douro...), muscats (comme celui de Setúbal), liqueurs et d'aguardentes artisanales (eaux-de-vie portugaises), charcuteries très variées et bien élaborées, fromages savoureux, délicieuses pâtisseries (pastéis de nata, même si les pros vous diront qu'ils ne se transportent pas !), gâteaux, biscuits secs et autres douceurs succulentes comme olives, huile d'olive, graines de lupin, conserves alimentaires diverses (dont toute la palette étendue des variétés de feijãos (haricots) ainsi que les sardines, le thon et les fruits de mer) et pourquoi pas des paquets de chewing-gum (pastilha elástica/chiclete) à la cannelle et un bon morceau de morue (histoire de bien " emboucaner " d'effluves tout l'avion ou le moyen de transport du retour). Cafés fraîchement torréfiés dont la description des mélanges semble l'écho d'un roman d'aventure (Timor, São Tomé, Mozambique, etc.) ou thés très parfumés venus des anciens comptoirs portugais ou des Açores sont également disponibles dans certaines boutiques.

Les marchés, les boutiques spécialisées, les échoppes d'artisans et certaines fabriques ouvertes au public présentent de belles pièces d'artisanat : azulejos et céramiques, cuivre, broderies et tapisseries, dentelles, bijouterie, objets en liège, vannerie, tapis, maroquinerie, lutherie, porcelaine, cristal et verres, sculpture sur bois.

Vêtements et chaussures sont en général attrayants, de bonne qualité et bon marché. Question musique, c'est bien sûr le fado et les musiques Palop venues des anciennes colonies que l'on pourra se procurer en CD dans les bonnes boutiques de la ville.

Azulejos

Comment les ignorer au Portugal ? Ces carreaux peints à la main et vernissés recouvrent les façades et les murs intérieurs de leurs coloris chatoyants et de leurs dessins sophistiqués ou naïfs. C'est vrai que c'est pratique : frais l'été, inaltérable en milieu humide. Le mot ne vient pas du terme azul, mais de l'arabe az-zulaïj qui signifie " pierre polie " et se prononce " azoulejouch ". Au XIVe siècle dans le but de décorer les palais et les mosquées, les Maures ont apporté les azulejos dans leurs bagages (ou du moins la technique de fabrication, parce que cela pèse le poids d'un âne mort). Après la Reconquista, Séville en est devenue le centre de production pour toute la péninsule Ibérique. Ce n'est qu'au XVIe siècle que les Portugais vont produire leurs propres carreaux de faïence : bleus et blancs à l'origine ; à partir du XVIIe siècle, les azulejos deviennent polychromes. Après avoir utilisé les motifs mauresques géométriques et colorés, les Portugais deviennent les maîtres de la polychromie avec le style dit " Majolique ". Plus tard, ils réalisent de véritables tableaux puis développent à partir du XVIIIe siècle des motifs plus spécifiques. Les azulejos étant de plus en plus demandés pour décorer les quintas d'été, les Portugais font appel aux Hollandais (Delft), dont les techniques permettaient de réaliser des panneaux plus complexes.

L'azulejo peut tout imiter. Simple et monochrome au XVIIe siècle, sous la domination espagnole, il se pare de couleurs et de motifs figuratifs dès le retour des Portugais sur le trône. L'art de l'azulejo se développe alors de façon extraordinaire. C'est la grande époque des panneaux décoratifs inspirés des gravures françaises et hollandaises, et bordées de cadres en trompe-l'oeil, et aussi des convites, ces silhouettes de gardes plaquées sur les murs. A la fin du XIXe siècle, l'amélioration des conditions économiques stimule la construction et la rénovation de nombreux édifices pour lesquels il est nécessaire de produire des milliers d'azulejos. A la polychromie traditionnelle sont substitués, sous l'influence chinoise, des motifs bleus sur fond blanc. Ces motifs orneront alors les maisons, les administrations et les lieux publics. Depuis, le genre s'est renouvelé, et des artistes contemporains continuent à le réinventer. Seule la technique demeure inchangée : sur une base de terre revêtue d'un enduit spécial, le motif décalqué est peint. C'est là que cela se corse, car les peintures à base d'oxydes de métaux sont toutes plus ou moins grises. Ensuite, les carreaux sont cuits à 1 000 °C pendant plusieurs heures. Vous les verrez partout, plus ou moins beaux (certains ressemblent à des carreaux de salles de bains ringardes), et si vous aimez, nous vous conseillons vivement le musée du même nom à Lisbonne. Si le coup de foudre se confirme, allez visiter une fabrique.

Cinéma

Un constat s'impose au sujet du cinéma portugais : loin d'être une réelle industrie, il est resté artisanal. Peu connu, il paraît être réservé à un cercle d'initiés. Dans le même temps, des films portugais comme ceux de Manoel de Oliveira La Lettre (prix du Jury à Cannes en 1999) et de l'iconoclaste João César Monteiro Les Noces de Dieu ont connu, malgré leur austérité, leur lenteur et leur esthétisme, de francs succès dans les festivals internationaux. En 2013 cependant, le Portugal a été propulsé sur le devant de la scène en France grâce à l'immense succès du film de Ruben Alves, La Cage dorée (plus d'un million d'entrées) : il raconte avec beaucoup de justesse, d'émotion et d'humour, la vie d'une famille d'immigrés portugais dont la mère est gardienne d'immeuble et le père maçon. Dévoués, ils mènent leur vie discrète dans un immeuble des quartiers chics de Paris, jusqu'au jour où une lettre leur annonce qu'ils viennent d'hériter d'une maison au Portugal. Leur rêve de retour au pays se concrétise enfin mais personne ne veut qu'ils partent... En dehors de ce film phénomène, le cinéma portugais tourne actuellement autour de quelques noms. Mort le 2 avril 2015, à 106 ans, Manoel de Oliveira était LE grand maître portugais du Septième Art, l'un des rares cinéastes à être resté en activité jusqu'à la fin de sa vie. Il laisse derrière lui une oeuvre au style dépouillé et méditatif (les mots sont faibles) par exemple Le Soulier de satin ou La Lettre. On se rappellera aussi du Couvent avec Catherine Deneuve et John Malkovitch. Au-delà d'Oliveira, il existe d'autres talents, d'autres regards, qui forment un cinéma plutôt riche et concentré dans la capitale. Pedro Costa (prix France Culture du Cinéaste de l'année 2002) filme l'humanité de la misère. Dans La Chambre de Vanda (2001), il décrit le microcosme pauvre et méconnu du quartier lisboète de Fontaínhas. En 2006, il réalise En avant jeunesse ! Pour son septième long-métrage, le cinéaste plonge dans les quartiers pauvres de la banlieue de Lisbonne, sa ville natale, en mettant en scène Ventura, ouvrier cap-verdien quitté par sa compagne. Joaquim de Almeida est l'autre grand nom du cinéma portugais actuel. Il est, avec Maria de Medeiros, le plus international des acteurs portugais. Il a notamment joué avec António Banderas dans Desperado. L'un de ses titres de gloire est d'avoir joué aux côtés de Harrison Ford (le méchant dans Clear and Present Danger). Plus récemment, nous l'avons vu dans la série 24h Chrono (saison 3), incarnant le rôle de Ramon Salazar. Il a aussi joué pour les plus grands, et quand il ne tourne pas à Hollywood ou en France, il s'emploie à soutenir les jeunes réalisateurs portugais. Pour voir ces oeuvres, on trouvera en général une salle de cinéma dans chaque ville moyenne. Et si le circuit est généralement dominé par les " majors " américaines (toujours en version originale sous-titrée), quelques salles défendent le cinéma d'auteur. Par ailleurs, Lisbonne dispose d'une des plus belles cinémathèques du monde (accompagnée d'une librairie très bien fournie) ainsi que de quelques petits cinémas indépendants proposant une programmation au poil. Bref, les cinéphiles iront à Lisbonne, où chacun se fera son propre film !

Pour bien préparer votre visite de Lisbonne et du Portugal, vous pourrez voir (ou revoir) ce qui est probablement le plus beau film jamais réalisé sur cette ville, Dans la Ville blanche (1983) d'Alain Tanner ou, bien sûr, le très agréable film de Wim Wenders, Lisbon Story (1995). L'admirable film de l'atypique Paulo Rocha, O Rio do Ouro (Fleuve d'Or, 1998), est conseillé aux amateurs de poésie et à ceux qui souhaitent avoir un petit aperçu du fleuve Douro et de son influence sur toute une population du Nord.

Les festivals de cinéma à Lisbonne

Outre deux de nos chouchous, le Doc Lisboa (www.doclisboa.org - fin octobre, spécialisé en documentaires) et l'Indie Lisboa (www.indielisboa.com - orienté cinéma indépendant, fin avril), citons des festivals plus pointus ou spécifiques : Queer (www.queerlisboa.pt - festival de cinéma gay et lesbien, en septembre), Motelx (www.motelx.org - festival international de cinéma d'horreur, mi-septembre), Monstra (www.monstrafestival.com - festival de cinéma d'animation, fin mars) ou encore la Festa do Cinema Francês (www.festadocinemafrances.com - un panorama du cinéma fançais, en octobre-novembre). Depuis 2018, le football possède désormais son festival avec Off-side (offsidelisboa.pt).

Ciné Cidade. Si le circuit de distribution est dominé, en grande partie, par les majors américaines, quelques salles défendent encore le cinéma d'auteur. Lisbonne dispose d'ailleurs de très bonnes salles, de l'une des plus belles cinémathèques du monde (accompagnée d'une librairie très bien fournie) ainsi que de quelques petits cinémas indépendants (qui disparaissent petit à petit !) proposant une programmation hors pair. Bref, les cinéphiles se plairont à Lisbonne ! Malgré l'austérité, la lenteur et l'esthétisme outrancier qui caractérisent souvent les films lusitaniens, certains d'entre eux ont connu de francs succès mérités lors des festivals internationaux.

Littérature

Peu connue à l'étranger (et cela à tort !), la littérature portugaise est fortement marquée par la nostalgie du passé, la saudade, mais aussi par l'onirique, de longues réflexions sur le sens de la vie et surtout par la question : " Qu'est-ce que cela veut dire d'être portugais ? " Nous vous proposons de découvrir avec nous quelques chroniqueurs de cette quête identitaire.

Au Moyen Age, la production littéraire portugaise apparaît avec les chansons de gestes galaïco-portugaises et des poèmes lyriques, (cantigas de amigos, cantigas de amor) déjà fortement marqués par une certaine langueur et nostalgie. Au XVIe siècle, Luis de Camões, dont les Lusiades retracent l'épopée des Découvertes, fonde avec son oeuvre majeure la littérature portugaise moderne. Quelques décennies plus tard, Gil Vincente, le Shakespeare portugais, marquera l'histoire du théâtre européen. Le XVIIe siècle est dominé par la littérature religieuse baroque, avant tout les très éloquents sermons du prêtre jésuite Antonio Viera, grand humaniste militant pour la cause des indigènes du Brésil et contre l'Inquisition. A la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle, le romantisme gagne le Portugal et trouve de nombreux adeptes parmi les plus brillantes figures littéraires de l'époque : le vicomte d'Almeida Garrett, par exemple, qui transforme le héros des Lusiades en héros romantique dans son poème Camões. Et bien sûr Alexandre Herculano, grand poète national dont le nom orne aujourd'hui de nombreuses rues et places à travers le pays. La deuxième moitié du XIXe siècle littéraire est marquée des chroniques sociales acides de Eça de Queiroz et de Camilo Castelo Branco, dont les romans s'inspirent fortement du réalisme de Balzac. De tradition médiévale, la poésie lyrique redevient reine au début XXe siècle avec Antero de Quental et Eugenio de Castro (1869-1944). Mais surtout, ce siècle verra surgir les trois grands de la littérature portugaise contemporaine :

Fernando Pessoa. Considéré par certains critiques littéraires, à travers le monde entier, comme le plus important écrivain du XXe siècle, l'homme, avec sa silhouette lunettée et chapeautée hantera à jamais l'imaginaire de Lisbonne. Vous n'êtes pas obligé d'avoir lu ses oeuvres pour savoir qu'il allait prendre son café à la Brasileira ou au Martinho das Arcadas (nous vous conseillons le second, beaucoup moins touristique et la vue sur la place du Commerce est plus jolie). Le principe de sa littérature est d'un génie singulier : il relate les pensées de ses nombreux personnages qui gravitent autour d'un univers auto-référentiel, hermétique, dans lequel on plonge pour immédiatement s'y noyer. Certains d'entre eux affirment même connaître " un certain Fernando Pessoa ". De son vivant, les critiques littéraires estiment que sa création littéraire est étroitement liée à celles de certains de ses amis : le mélancolique Bernardo Soares, le magnifique Alberto Caiero, le conservateur Richardo Reis, le lyrique Alvaro de Campos, tous très à la mode en ce temps-là. Ce n'est qu'après sa mort que l'on se rend compte que ces " amis " étaient des personnages imaginaires et que toutes les grandes nouvelles, odes, poèmes et fragments publiés à cette époque avaient été créés par Pessoa lui-même, sous des noms d'emprunt.

Antonio Tabucchi. Ecrivain italien si séduit par Lisbonne et le Portugal qu'il écrit en portugais ! Un de ses meilleurs romans Sostiene Pereira (Pereira prétend) décrit la prise de conscience d'un journaliste aux plus grandes heures de l'Etat nouveau. Le thème est intéressant, mais vous serez surtout séduit par la peinture extraordinaire de Lisbonne. Un livre à garder pour les jours de saudade. Si vous n'aimez pas lire mais que vous êtes un fan de Mastroianni, il vous reste l'excellent film qui en est tiré.

José Saramago. Né à Azinhaga (Ribatejo) en 1922 et mort en juin 2010. Grand voyageur et ami personnel de Fidel Castro, l'auteur du Radeau de Pierre du Dieu Manchot ou de L'Evangile selon Jésus-Christ fut l'un des écrivains portugais les plus prolifiques, l'un des plus traduits en français, aussi. En France, on dirait sans doute que son style est picaresque, tant sa langue est riche et touffue. Très connu et apprécié à l'étranger (parfois un peu trop ?), ses romans sont fantastiques et pessimistes dans la meilleure tradition de la littérature portugaise. Au Portugal, on le lit, et beaucoup, ce qui n'est pas si évident. Membre du parti communiste et militant, il s'est affirmé athée et n'a pas manqué de susciter des polémiques dans ce pays très catholique, notamment avec son Evangile selon Jésus-Christ. Saramago était l'un des rares auteurs dont les livres dépassaient les tirages confidentiels, probablement car ses chroniques touchent à l'universel. Le prix Nobel de la littérature lui a été attribué en 1998.

Manuel de Freitas, avec, par exemple, Game Over (comme une sorte de recueil de cantiques urbains), saisit le quotidien et en livre une chronique amère et désabusée.

Pour le plaisir. Lisez quand même António Lobo Antunes ou encore Margarida Rebelo Pinto, une Bridget Jones désabusée des bords du Tage. Agustina Bessa-Luís, la vieille dame " perverse " des lettres portugaises est également une véritable icône de la littérature au Portugal. Son oeuvre, immense et sans tabou, a inspiré sept films de Manoel de Oliveira, dont Le Principe de l'incertitude.

Chefs-d’œuvre des lettres lusitaniennes

Les Lusiades, Luis de Camões, Ed. Robert Laffont, 1999. L'oeuvre fondamentale de la littérature portugaise. Luis de Camões, poète, grand voyageur et aventurier, raconte dans ce poème épique les exploits des Grandes Découvertes.

La Relique, José Maria Eça de Queiroz, Ed. Arléa, 1992. L'une des meilleures satires du Portugal de la fin du XIXe siècle.

Le Livre de l'inquiétude, Fernando Pessoa, Ed. C. Bourgeois, 2004. Bernardo Soares est un petit agent comptable, enfermé dans un bureau anonyme dans la Baixa. Mais grâce à ces pensées, il s'envole et nous offre quelques-unes des vérités les plus saisissantes de l'histoire de la littérature. A lire absolument pour comprendre l'âme portugaise.

Journal, Miguel Torga, Ed. José Corti, 1995. Le patriarche des écrivains portugais avait su trouver sa place entre nationalisme (l'amour de sa terre) et modernisme. Il a produit quelques-unes des plus belles pages jamais écrites sur l'âme lusitanienne.

La Sibylle, Agustina Bessa Luís, Gallimard, 1984. La Cour du Nord, Métailié, 1999. Celle que l'on surnomme la " Marguerite Yourcenar du Portugal " a apporté à la littérature portugaise un nouveau style qu'elle a su imposer au fil d'une bibliographie qui compte plus de 50 oeuvres. Elle parle d'amour universel.

La Mort de Carlos Gardel, Antonio Lobo Antunes, Ed. C. Bourgois, 1995. C'est toute l'oeuvre de Lobo Antunes qu'il faudrait lire ! Cet écrivain, psychiatre de formation, sur la liste des possibles " nobélisables ", a su mieux que quiconque raconter le Portugal des années salazaristes, le choc des guerres d'indépendance en Afrique et les désillusions contemporaines. Chefs-d'oeuvre ! A lire du même auteur : Le Cul de Judas, Métailié. L'Ordre naturel des choses, Points Seuil ; La Farce des damnés, Points Seuil...

Au nom de la terre, Virgilio Ferreira, Ed. 10/18, 1990. L'univers de Ferreira, entre deuil et mémoire, décortique l'âme portugaise. Tragique, certes, mais d'une beauté rarement égalée.

La Lucidité, José Saramago, Col. Ed. Points, 2007. Que se passerait-il si plus de la moitié de la population votait blanc lors des prochaines élections pour disqualifier l'ensemble de la classe politique ? Une belle parabole sur la citoyenneté et la démocratie.

Médias locaux

Au Portugal, on constate deux tendances relativement bien établies : une petite suprématie des médias audiovisuels, la radio mais surtout la télévision, sur la presse écrite, et concernant cette dernière, la suprématie de la presse régionale et locale sur les quotidiens nationaux.

Télévision

Elle est omniprésente. Mais dans certains lieux, elle est regardée avec une certaine distraction, pour ne pas dire qu'elle est simplement utilisée comme bruit de fond.

Sur le réseau hertzien, on dénombre seulement deux chaînes publiques, RTP 1 et RTP 2 avec des programmes assez classiques, et deux chaînes privées : SIC (assez dynamique et spécialisée dans l'information) et TVI (d'obédience catholique). Malgré la grande rareté des émissions créatives et convaincantes, vous pouvez voir un ou deux ciné-clubs assez courageux (RTP 2 présentent, à minuit, de bons cycles cinématographiques avec des oeuvres de réalisateurs à forte personnalité) et parfois quelques documentaires bien sentis. Mais en général, la qualité des programmes est décevante et l'originalité assez rare. De nombreuses émissions sont des adaptations locales de formules importées de l'étranger, des jeux bêtes à tire-larigot jusqu'à la télé-réalité qui fait de l'audience, ici aussi. Mais la grande constante de la télévision portugaise, c'est le flot quasi ininterrompu de telenovelas brésiliennes, mais aussi portugaises, plus épouvantables les unes que les autres. TVI est la chaîne la plus regardée (recueillant selon les soirs de 30 à 35 % d'audience). Derrière, RTP 1 fait du mieux qu'elle peut, recueillant autour de 20 % d'écoute tandis que RTP 2 se cantonne à des taux dépassant rarement les 6 %.

Le Portugal possède aussi une quinzaine de chaînes sur le câble. Les quelques chaînes locales, tout comme la presse et la radio locales, accordent assez peu de place à l'actualité internationale et se consacrent principalement à la proximité et à la retransmission d'événements locaux comme les fêtes, les touradas ou les compétitions sportives : les amateurs de football seront ravis ! Sans parler de certaines chaînes qui diffusent une succession particulièrement redoutable de télé-achat, de voyance en direct, de sermons et de shows érotiques exotiques ou de films pornos avant la mire de fin de programme. A tout cela, vous pouvez ajouter quelques chaînes thématiques : RTP Africa pour des nouvelles et des programmes du monde luso-africain, Sport TV, Panda pour les enfants, SIC Noticias, un CNN à la portugaise ou la remuante SIC Radical destinée à un public jeune avec séries, films et musiques alternatives... Bien heureusement certains hôtels, dont les chambres sont équipées de téléviseurs, reçoivent aussi, par satellite ou par câble, des chaînes étrangères, dont la francophone TV5, la musicale Mezzo ou parfois même notre chère Arte.

Radios

Elle n'a pas trop envahi les restaurants ou les magasins comme la télévision ! A Lisbonne certains se promènent cependant avec un petit transistor pour suivre les matchs de football ou un énorme ghetto blaster pour écouter du son fort et rythmé !

Les stations de la Radio Difusão Portuguesa (www.rtp.pt), l'équivalent de Radio France, sont d'excellente qualité, elles émettent notamment sur la bande FM et leurs programmes sont rarement entrecoupés par la publicité ! Antena 1, première station publique portugaise, est une radio programmant informations, musique et sport (www.rtp.pt/antena1/ - sur la fréquence 95,7 MHz de la bande FM de Lisbonne, 666 kHz en onde moyenne). Antena 2 diffuse de la musique classique et parfois un peu de fado, de jazz ou des musiques du monde (www.antena2.rtp.pt - 94,4 MHz à Lisbonne). RDP África est également une station du service public avec des programmes et des musiques ayant trait à l'Afrique lusophone et au Brésil (fréquence FM à Lisbonne : 101,5 MHz).

Presse quotidienne

La plupart des quotidiens portugais sont régionaux, même s'ils ont une diffusion nationale. Seules exceptions :

Público, édité en même temps à Lisbonne et à Porto. Né au printemps 1990, Público a su, par son originalité et sa modernité, s'imposer dans la grisaille de la presse portugaise comme l'une des références en matière d'information, accordant une large place à l'actualité internationale et publiant chaque jour un cahier d'informations locales. Le " Public " tire aujourd'hui à environ 60 000 exemplaires et possède un site Internet tout à fait pertinent (www.publico.pt).

Le Diário de Notícias, son grand rival, est le premier quotidien de Lisbonne. Plus que centenaire (le premier journal portugais moderne, fondé en 1864), le " Quotidien de Nouvelles " fut l'organe officieux du salazarisme (Aïe !). Il possède un aspect plus austère, mais il est riche en informations économiques, et célèbre pour le nombre de ses petites annonces. Ces dernières années, il a vu son public rajeunir quelque peu, et il est aujourd'hui dans le même groupe de presse que le Jornal de Notícias (www.dn.pt).

Le Jornal de Notícias, de droite bon teint, est le premier tirage du pays avec près de 100 000 exemplaires chaque jour, c'est aussi le grand quotidien du Nord, rédigé et édité à Porto. Il assume sans complexe sa double vocation de journal d'informations générales et de gazette locale du nord du pays. Il a récemment changé de format pour passer en tabloïd et lancé une édition à Lisbonne (www.jnoticias.pt).

Le Correio da Manhã, lancé en mars 1979, tire à environ 100 000 exemplaires. Le " Courrier du matin " est un journal de droite qui scande avec véhémence ses prises de position. Quotidien populaire de Lisbonne, il consacre une large place aux sports et aux faits divers locaux (www.cmjornal.xl.pt).

O Primeiro de Janeiro. C'est l'un des trois quotidiens du matin, créés au XIXe siècle à Porto, celui-ci date de 1868. Plural, Liberal e Independente, avec seulement 30 000 exemplaires, " Le Premier janvier " survit tant bien que mal, avec une rédaction de plus en plus restreinte (www.oprimeirodejaneiro.pt), A Capital, quotidien plus confidentiel, est, un peu, son équivalent à Lisbonne.

I. Apparu en kiosques en 2009, ce quotidien non traditionnel, orienté à droite, se démarque aussi en termes de maquette et de photos (www.ionline.pt).

La plupart de ces quotidiens, souvent vendus autour de 1 €, possèdent une édition du week-end avec un magazine en couleurs, un supplément culture et parfois même touristique bourré de bonnes idées de circuits (roteiros). Sur Internet deux journaux en ligne, quotidiennement réactualisés, tirent leur épingle du jeu : diariodigital.sapo.pt et www.jornaldigital.com

Presse hebdo

Plusieurs jornais semanários (hebdomadaires), dont les prix de vente se situent autour de 3 €, sont très appréciés des Portugais :

Expresso. Lancé en 1973 par un député salazariste libéral, l' " Express " est le plus important des hebdomadaires (avec un tirage de près de 140 000 exemplaires). A noter que le Guía da Semana, son supplément (TV, culture, spectacles, loisirs...) est plutôt agréable et bien conçu (www.expresso.pt).

Sábado. Lancé en 2004 par le groupe Cofina (éditant aussi Record ou Correio da Manhã, quotidien le plus lu dans le pays), cet hebdo " Samedi " (disponible dès le vendredi) a fait son trou sur le marché des newsmagazines sans inquiéter son principal rival Visão. Classé à droite, il ouvre une grande part de ses pages aux faits divers et au sport (www.sabado.pt).

Sol. Disponible au Portugal, en Angola, au Mozambique et dans certains autres pays lusophones sort tous les vendredis, sous forme de tabloïd. Cet hebdo lancé en 2006 par José António Saraiva, un ancien directeur de l'Expresso, prône la liberté d'expression et d'influence (www.sol.pt).

Visão. En 1993, le tabloïd assez ringard en noir et blanc O Jornal se réincarnait en un newsmagazine éclatant de couleurs, sorte de Newsweek à la portugaise. Visão, joli produit marketing du groupe suisse Edipresse, est à présent le second hebdomadaire d'information du pays avec 90 000 exemplaires (www.visao.pt).

Presse spécialisée

Hormis une bonne palette de magazines people et autres torchons à scandales, on notera A Bola (www.abola.pt) : un quotidien qui remporte un franc succès avec un unique sujet, le football, ce monstre sacré ! Record (www.record.xl.pt) et O Jogo (www.ojogo.pt) sont dédiés aux sports. Question économie, il y a notamment le Diario Económico (www.diarioeconomico.com) ou Executive Digest (www.executivedigest.pt), pour comprendre la vie des affaires au Portugal.

Blitz. Pour les fans de musiques actuelles, nous conseillons vivement son achat mensuel. Blitz est un magazine issu de la movida portugaise (il a fêté ses 30 ans en 2014), qui propose un agenda de concerts fourni, des articles et chroniques sur tous ceux et celles qui font l'actualité musicale nationale et internationale. (www.blitz.sapo.pt)

Le Jornal das Letras (JL), né après la révolution, affiche ses ambitions culturelles et refuse la facilité ! C'est un bimensuel qui peut paraître un peu ardu, mais pour qui veut découvrir la culture contemporaine portugaise, c'est un moyen aisé d'apprendre à connaître les nouveaux noms de la littérature, des arts plastiques, de la musique ou de la danse (11 500 exemplaires - aeiou.visao.pt/JL).

Ler. Mention spéciale pour Ler, depuis 1987, un magazine à part dans la presse portugaise. Ler est une revue littéraire trimestrielle, éditée par le Circulo dos Leitores, un club de vente de livres par correspondance. La qualité des textes présentés, des dossiers et des études a fait de Ler, dont la maquette est splendide, l'une des meilleures introductions à la littérature portugaise (ler.blogs.sapo.pt).

Journaux et magazines gratuits

Mais les quotidiens gratuits ont débarqué aussi à Lisbonne, avec plus ou moins de succès. Ils se distribuent notamment aux entrées des stations de métro et dans les zones importantes de passage. Ils ont pour noms Destak (www.destak.pt) ou Metro (www.readmetro.com) et se livrent une bataille sans merci, délogeant même les journaux nationaux existants comme le très marketing 24 horas (www.24horasnewspaper.com). Vous ne manquerez pas non plus de revues touristiques (Follow Me Lisboa, Unforgettable Lisboa ou Lisboa Step by Step) et l'Agenda Cultural LX (www.agendalx.pt) à Lisbonne. Un petit agenda municipal culturel divulgue les spectacles et les belles choses à voir, à entendre et à faire dans la capitale, mensuel disponible en office de tourisme. Sinon, le mensuel Dif, à la fois une revue tendance à la mode en papier glacé et un guide culturel sympathique, se trouve dans les boutiques et les lieux branchés (www.difmag.com).

Presse et sites francophones

Dans les aéroports, les kiosques de Marquês Pombal ou du Rossio, chez les marchands de journaux de la région de Lisbonne, vous pouvez vous procurer facilement la presse internationale et une partie des quotidiens (Le Monde) et des magazines francophones (français, mais aussi belges et suisses), avec un retard variable ou bien encore les adaptations de ces magazines (en portugais).

Courrier internacional. Créé en avril 2005 par le groupe Interjornal (Expresso), le magazine mensuel généraliste lisboète récupère l'essentiel du contenu de son grand frère français, Courrier international, avec une logique prédilection pour l'information venant des pays lusophones (10 000 exemplaires).

www.lepetitjournal.com/lisbonne. La rédaction du Petit Journal à Lisbonne traite des contenus concernant l'expatriation à savoir la vie quotidienne, les défis que pose la mobilité mais aussi la représentation politique des Français du Portugal ainsi que tous les sujets culture/société/actualité qui peuvent intéresser les Français à Lisbonne.

Musique
<p>Musiciens dans un parc de Lisbonne.</p>

Musiciens dans un parc de Lisbonne.

La musique portugaise est avant tout associée au fado, approuvé par l'UNESCO, fin 2011, comme patrimoine immatériel de l'humanité. Le terme fado, qui signifie " destin ", est un chant mélancolique à la poésie rugueuse qui exprime une variété de sentiments liés à l'amour, la mort et l'exil. Cette mélopée nostalgique est l'expression même de la saudade, ce vague à l'âme populaire chargé d'un spleen si difficilement traduisible. Ses origines prêtent encore à discussion, et nul ne sait d'où il vient réellement ; pour certains, le fado dériverait du chant des troubadours du Moyen Age, pour d'autres, il serait né des chants de marins à l'époque des grandes découvertes, chants imprégnés de leurs aventures et de leur vie sentimentale. Goualante de ports où les marins découvraient le monde, évolution locale du chant mauresque, complainte gitane ou modulations vocales issues des rythmes afro-brésiliens rapportés ? Tout cela constitue vraisemblablement le fado, mais l'ingrédient principal reste le fatum, c'est-à-dire le destin. Les plus grands écrivains ont écrit des fados, mais le fado de Lisbonne est une vraie chanson populaire qui sort des tripes de l'enfant ou de l'adulte qui le chante et étreint celui qui se laisse conquérir. Quoi qu'il en soit, le fado demeure une expression populaire qui touche la corde sensible de chaque Portugais.

Le fadista (chanteur ou chanteuse) est accompagné, en général, par deux guitaristes. L'un joue de la viola (guitare espagnole classique), l'autre de la guitarra (guitare en forme de poire et au son métallique), typiquement portugaise. A Lisbonne, où l'on dit qu'il est né dans les bars de marins, le fado est le plus souvent chanté dans le quartier de l'Alfama ou du Bairro Alto par une femme vêtue d'un châle noir. Un musicien l'accompagne avec sa guitare à douze cordes. La fadiste entame alors son chant et impose son style. Amália Rodrigues, qui s'est éteinte à l'aube de l'an 2000, pouvait ainsi émouvoir un auditoire jusqu'aux larmes tant son style chargé d'humanité venait en appui du timbre subtil de sa voix. L'expression de la saudade, ce sentiment nostalgique qui rend sensible l'absence, suscite beaucoup d'émotion. Le fado n'est pourtant pas exclusif à Lisbonne. La vieille ville de Coimbra a également développé son propre style : seuls les hommes sont habilités à chanter. Le fado y est chanté d'une manière plus traditionaliste, et les thèmes abordent également la politique. Les amateurs de belles voix féminines lui préféreront toujours le fado de Lisbonne, où les thèmes abordés relèvent plus des problèmes du quotidien. Pour en savoir plus, allez au musée du Fado d'Alfama.

Pour le découvrir, les maisons de fado présentent un spectacle, pour certaines, de qualité, ou bien allez vous faire l'oreille à la Tasca do Jaime ou à la Mesa dos Frades, par exemple. Ensuite, le mieux est de suivre les conseils de vos connaissances locales ou du sympathique restaurant où vous dînez. De toute façon, l'émotion, nul ne pourra vous dire où vous la ressentirez ! Et non, le fado, ce n'est pas dépassé et il y a une vie après Amália Rodrigues ! Si Madredeus et la voix bouleversante de sa fantastique chanteuse Teresa Salgueiro ont fait connaître son excellente relecture " world " sur l'ensemble de la planète, Mafalda Arnauth, Camané, Carminho, Dulce Pontes, Anabela Duarte, Katia Guerreiro, Mísia, Ana Moura, Lula Pena, la très élégante Cristina Branco ou la fabuleuse Mariza redécouvrent et font renaître le genre avec une grâce certaine. La discographie intemporelle de Carlos Paredes, guitariste de musique portugaise disparu en 2004, est, de plus, très chaudement recommandée.

Et même au-delà du fado, le Portugal se débrouille pas mal ! Citons bien sûr le chansonnier Rui Veloso, dont les textes lyriques et intelligents accompagnent les Portugais au quotidien depuis quelques décennies, tout comme ceux de Fausto ou de, plus récemment, Pedro Abrunhosa. A noter aussi les Gaiteiros de Lisboa, un collectif qui puise dans le folklore pour un résultat des plus poignants. Danças Ocultas, un original quatuor d'accordéonistes diatoniques dont le directeur artistique n'est autre que Gabriel Gomes, un ancien Madredeus, tout comme Rodrigo Leão (Sétima Legião) qui, lui, réalise une carrière en solo en tant que compositeur de musique contemporaine plutôt bien inspirée. Côté hip-hop et rap, jetez une oreille à Boss AC, Da Weasel, Dealema, Melo D ou Sam the Kid. Côté rock, Xutos e Pontapés, GNR ou UHF dominent la scène depuis plus de 25 ans... Tandis que dernièrement A Naifa, Clã, Blasted Mechanism, Deolinda, Dead Combo, The Legendary Tigerman et les Wraygunn, Linda Martini ou Terrakota et leurs univers atypiques font parler d'eux comme, en son temps, un certain António Variações, personnage original et inclassable, météorite des années 1980. A suivre également la discographie pertinente de Maria João et Mario Laginha : la première possède une voix exceptionnelle, le second l'accompagne avec intelligence.

Amália Rodrigues (1920-1999)

Le Portugal c'est le fado, et le fado, c'était Amália ! Figure emblématique durant 60 ans de ce chant triste qui fait vibrer la nuit dans les tavernes de Lisbonne, Amália a incarné l'âme portugaise, nostalgique et chaude. Grande dame du fado, Amália n'avait pas beaucoup dénoncé la dictature, dit-on ! Mais les Portugais le lui pardonnent, tous n'ayant pas eu la fibre révolutionnaire, trop occupés qu'ils étaient à l'écouter chanter leur langueur... Originaire du quartier d'Alcantara, elle débute en juillet 1939 dans le Barrio Alto, au club Retiro da Severa, du nom de Maria Severa Onofriana, bohémienne courtisane, assassinée à 26 ans en 1846, et marraine du fado actuel. Puis c'est le Solar da Alegria, le Café Luso ou le Café Mondego. L'oeil convulsionné, Amália s'inspire de la gestuelle d'Alfredo Duarte Marceneiro, un autre parrain du fado. Comme dans tous les chants hantés (flamenco, tango), on déclame figé ou presque. Yeux fermés, on implore comme dans Foi Deus, Estranha forma de vida, Fado do ciume, Barco Negro ou Uma casa portuguesa. Le chant d'Amália est un cri étouffé qu'elle évacue en vibrato. Cette clameur océane arrive jusqu'à Madrid en 1942, puis, deux ans plus tard, Amália Rodrigues enregistre même au Brésil, là où le fado serait né de la saudade. Dans les années 1950, c'est la participation au film Les Amants du Tage d'Henri Verneuil et une apparition à l'Olympia qui nous la font mieux découvrir en France. Sa carrière internationale continue dans les années 1960 alors que, mise sur la touche après la révolution, Amália devra attendre patiemment que les intellectuels redécouvrent le fado, quelques années plus tard. Triomphante au Coliseu de Lisbonne en 1985, décorée par Mário Soares en 1990, elle peut rentrer chez elle (sa dernière demeure peut d'ailleurs se visiter !). De la même veine que l'Egyptienne Oum Kalthoum ou notre Piaf nationale, Amália Rodrigues confiait : " Je me suis totalement abandonnée au destin. Je n'ai jamais rien fait, j'ai passé ma vie assise à attendre là. " (Portugal Fado chant de l'âme, V. Mortaigne, Ed. du Chêne).

Découvrir la musique classique portugaise

Vous pourrez commencer votre immersion avec la Symphonie n° 3 de Santos Braga : elle correspond exactement, et c'est étrange, au paradis perdu, à cette idée d'un peuple qui regrette tant son immense passé : saudade, saudade... un mélange de nostalgie, d'exotisme et d'épopée. Gravée sur CD par la marque classique du Portugal, et qui édite petit à petit selon ses moyens : Portugalson. Vous pouvez aussi vous procurer chez EMI les Sonates pour violoncelle et piano de Luis de Freitas Branco qui sont suivies de madrigaux sur des textes de Camões. Notez également le Requiem de Lopes Graça, à la mémoire des victimes du fascisme au Portugal (pour vous mettre en appétit quand vous irez visiter les cellules de Peniche), mais d'une tristesse sans beauté (encore chez Portugalson). Comment passer sous silence la symphonie A la Patria de Vianna da Motta ou la Symphonie n° 2 de Freitas Branco et sa fameuse Suite Alenteje n° 1, ou encore les oeuvres d'Emmanuel Nunes que l'on fête en France et qui est le compositeur contemporain ?

Salvador Sobral : vainqueur de l'Eurovision 2017

En 2017, le Portugal a remporté, pour la première fois, le 62e Concours Eurovision de la chanson. L'honneur est revenu au jeune chanteur lisboète Salvador Sobral. Très influencé par la soul et le jazz, le chanteur a sorti son premier album Excuse me, en 2016.

Lors du dernier Concours de l'Eurovision, dont la finale s'est tenue le 13 mai 2017, Salvador Sobral s'est imposé par 758 points (un record) avec sa chanson Amar pelos dois (" Aimer pour deux "), écrite et composée par sa soeur Luísa Sobral.

Peinture et arts graphiques

La peinture portugaise, soumise à des influences diverses, s'illustre dès le XVe siècle. A partir de cette époque, les églises s'enrichissent de réalisations picturales qui ont reçu l'empreinte de la peinture flamande. Le souci du détail et le recours à la peinture à l'huile sont à mettre au crédit des Flamands. Le plus célèbre peintre portugais, Nuno Gonçalves (1448-1481), a nettement été influencé par le double style flamand et italien. La plus brillante expression de son art est sans doute le polyptyque de São Vincente da Fora que l'on peut découvrir au musée national de l'art antique de Lisbonne. Réalisés sur bois, ses six panneaux sont considérés comme de purs chefs-d'oeuvre. Il s'agit d'une peinture de groupe qui réunit soixante figures individualisées. C'est la première représentation de groupe et la première peinture psychologique de l'art européen. Ce goût du portrait, manifesté par de riches personnages qui veulent se montrer sous leurs plus beaux atours, amène les peintres portugais à perfectionner leur art dans la lignée de Nuno Gonçalves. Les scènes religieuses sont également souvent représentées.

Avec la rapide circulation des images en Europe au début du XVIe siècle, l'influence flamande se renforce. Une représentation de saint Pierre, réalisée en 1530 par Vasco Fernandes dit Grão Vasco, montre ainsi en arrière-plan, un paysage typique du nord de l'Europe. Une autre caractéristique de la peinture portugaise de cette époque réside dans l'impact qu'a pu avoir la découverte du Brésil sur l'imaginaire des artistes. Dans une célèbre représentation de l'Adoration des Rois mages de 1503, Melchior se fait brésilien. La peinture sur carreaux de faïence devient au XVIIe siècle un mode d'expression artistique prépondérant. Apparus en Perse au XIIIe siècle, les azulejos parviennent au Portugal à la fin du XVe siècle. Influencés par la manière italienne de peindre la céramique, les azulejos portugais prennent beaucoup d'importance au XVIIe siècle parce qu'ils sont employés dans le bâtiment. Au XVIIIe siècle, en pleine période baroque, ces carreaux de faïence, souvent bleus et blancs, forment des panneaux évoquant des scènes bibliques, mythologiques ou de vie dans la nature. Les Portugais, de retour sur leur terre natale après l'indépendance du Brésil en 1822, utilisent fréquemment les azulejos pour recouvrir les façades de leur maison.

La peinture contemporaine portugaise est marquée par deux personnages féminins très forts :

Maluda (1934-1999). Cette grande artiste de la deuxième moitié du XXe siècle est née à Goa (en Inde), a passé son enfance au Mozambique et s'est installée à Lisbonne au début des années 1960. Son oeuvre est marquée par une quête identitaire inscrite dans la réflexion sur l'Orient et l'Occident. Elle a ainsi expliqué, en parlant de sa personnalité : " Je suis venue de l'Orient, où nait le soleil. Je suis passée par l'Afrique, où j'ai appris à aimer la vie. Puis, je me suis installée à Lisbonne, la ville de la lumière. Je peins. Et c'est une aventure que je ne troquerais contre rien au monde. "

Paula Rego (née en 1935). Depuis plus de 50 ans, cette artiste exposée dans les plus importants musées européens (Tate Modern à Londres, Reina Sofia à Madrid...) explore les méandres de notre pensée. Fortement influencée dans ses débuts par le surréalisme et la psychanalyse, elle se tourne de plus en plus vers un réalisme magique qui a influencé un grand nombre de ses oeuvres récentes. Elle vit aujourd'hui entre Lisbonne et Londres.

Art contemporain

Par Souad H'Daddou

Au-delà de ces espaces institutionnels tels que le musée d'art contemporain du Chiado, le musée d'art moderne de la fondation Gulbenkian, le Mude (musée de la mode et du design) et la Casa da Cerca (à Almada) ou privés comme le musée de la collection Berardo (Belém) et autres espaces culturels comme Culturguest, la capitale abrite un grand nombre de galeries alternatives. Nombre d'entre elles sont membres de l'Association portugaise des galeries d'art, l'Apga (www.apga.pt). Fondée en 1989, cette association nationale représente une quarantaine de galeries privées installées sur l'ensemble du territoire portugais et oeuvre à la promotion et diffusion de l'art contemporain. L'Apga fut l'initiatrice de l'événement incontournable de l'art contemporain au Portugal : Arte Lisboa (www.artelisboa.fil.pt). Depuis 1996, les galeries lisboètes membres de l'Apga organisent Lisboarte (Contemporânea). Il s'agit d'une mise en réseau des galeries qui proposent aux habitants de la capitale de découvrir, durant une période donnée (juillet), des artistes connus ou émergents. Attention, le jour du vernissage est le même pour toutes les galeries participantes. Ce programme d'expositions simultanées renforce la participation de ces lieux d'art dans la dynamique culturelle de la ville et contribue à la création de nouveaux publics. Les oeuvres d'art contemporain s'apprécient également en déambulant dans Lisbonne. En effet, la ville fait appel depuis de nombreuses années à des artistes contemporains pour embellir ses stations de métro. C'est la dimension esthétique mais également artistique et culturelle que la capitale souhaite privilégier. Ainsi, en 1995, le Metropolitano a offert à la ville, au parc Ribeira das Naus, une oeuvre architecturale de Charters de Almeida. Il est aussi des lieux - ni galeries ni espaces institutionnels - où l'art contemporain s'expose librement. Le quartier du Barrio Alto abrite un grand nombre de bars, boutiques qui exposent des oeuvres d'artistes contemporains. Parmi eux, nous signalerons au passage le Zdb (www.zedosbois.org), espace de confrontation et d'expérimentation, il propose une programmation éclectique où les arts visuels et les nouveaux langages artistiques trouvent une place de choix.

Enfin, parmi les représentants majeurs du courant artistique lié à la culture digital au Portugal, nous signalerons l'existence de Pedro Cabrita Reis (né en 1956 à Lisbonne). Présent sur la scène artistique depuis le milieu des années 1980, très actif au niveau international, il est malheureusement peu connu en France. Il a exposé à la biennale de Venise en 2003 tout comme son compatriote Jorge Queiroz. Ce sont ses installations proches de l'architecture et construites à partir de matériaux de récupération qui lui ont valu une reconnaissance internationale. Ses créations interrogent les notions d'espace et de temps et tout simplement la vie. En 2006, pour Le Plateau à Paris, il a été le commissaire de l'exposition intitulée " En voyage ". On y retrouvait les artistes portugais émergents tels Nuno Cera, Rui Calcada bastos, Carlos Bunga, Jorge Queiroz, Anna Jolta, Carlos Roque et Noe Sendas.

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