Guide du CAIRE : Histoire

Avant Le Caire

La cité antique de Memphis située non loin de Giza, ou la cité antique d'Hélouan, au sud du Caire actuel, ne sont pas les ancêtres de l'actuelle capitale. Néanmoins, leur implantation répond au même choix stratégique : contrôler le Nil en amont et en aval, là où le fleuve se divise en plusieurs branches, et où le delta débute.

La ville forteresse de Babylone est construite en 30 av. J.-C., dans la même région, mais plus proche du Nil de l'époque qui semble très proche de son lit actuel. Trajan la rend plus pratique, et les chrétiens y construisent leur première église au IVe siècle. Babylone est toujours une place forte nécessaire à prendre, au VIIe siècle, pour diriger le pays...

Les 20 nomes de Basse Egypte et le 21e nome de Haute Egypte

Dès l'Ancien Empire (2800-2200), L'Egypte fut divisée en circonscriptions administratives, les sepat (" canal " en égyptien), que l'on appellait nomes, de leur nom grec, et qui furent d'abord au nombre de 38, puis de 42 durant le Nouvel Empire (1580-1090). La Basse-Egypte était alors découpée en 20 nomes et la Haute-Egypte en 22. Ces circonscriptions étaient administrées par des nomarques qui représentaient le pharaon, et formaient une aristocratie locale. Memphis était le premier nome de Basse-Egypte. L'oasis du Fayoum, considérée à part dans l'administration royale, était toutefois englobée dans le 21e nome de Haute-Egypte.

1er nome : le Mur blanc. Ville principale : Memphis.

2e nome : la Cuisse. La ville principale était Sekhem, appelée par son nom grec, Létopolis. Elle était proche de la ville d'Héliopolis et de son culte.

3e nome : l'Occident.

4e nome : les deux Flèches du Sud. Il s'agit d'embranchements du Nil qui n'existent plus. aujourd'hui.

5e nome : les Deux Flèches du Nord. Il s'agit aussi d'embranchements du Nil qui n'existent plus aujourd'hui.

6e nome : le Taureau montagnard.

7e nome : le Harpon occidental. Parmi les villes principales de ce nome, Hermopolis. Se dresse sur les mêmes lieux la ville actuelle de Damanhour. Plus tard, y sera construite Alexandrie.

8e nome : le Harpon oriental.

9e nome : Andjty.

10e nome : le Grand Taureau noir.

11e nome : le Taureau sacrifié.

12e nome : le Veau et la Vache divins.

13e nome : le Souverain sain. La ville principale était Iounou, c'est-à-dire l'Héliopolis antique, d'où vint le culte éponyme. Sous l'Ancien Empire, ce nome ne formait qu'un avec les 18e et 19e nomes.

14e nome : l'Orient supérieur. L'une des villes principales de ce nome, Tcharou, était une forteresse qui gardait l'accès du Delta, ville d'où viennent les Ramessides.

15e nome : Thot l'ibis.

16e nome : le Dauphin.

17e nome : le Trône. Situé au nord du delta, entre les deux lacs Burius et Manzala.

18e nome : l'Enfant royal du Sud. Ce nome est une création du Nouvel Empire. On y trouve la célèbre ville de Bubastis. La figure hiéroglyphique qui le représente est un enfant coiffé de la couronne blanche de Haute-Egypte.

19e nome : l'Enfant royal du Nord. Ce nome est une création du Nouvel Empire. On y trouve la ville de Tanis, qui fut la capitale de l'Egypte sous les XXIe et XXIIe dynasties. La figure hiéroglyphique qui le représente est un enfant coiffé de la couronne rouge de Basse-Egypte.

20e nome : Sopdou. La ville principale de ce nome, situé entre le 1er nome de Memphis et la mer antique des Roseaux, est Gedjemet, que la Bible appelle Goshen et où le pharaon installe Joseph et sa famille.

21e nome de Haute-Egypte : l'Arbre Nar inférieur. On y trouve Abousir, Meidoun et le Fayoum.

Les fondations du Caire (de 642 à 1250)

Fustât. Le pays, chrétien depuis des siècles, ne se remet pas de ses rapports conflictuels avec Byzance. En 629, l'empereur Héraclius met un terme à dix ans d'occupation sassanide, mais il fait fuir le patriarche copte, Benjamin, dans le désert, et le remplace par l'évêque Cyrus, qui exacerbe le rejet des Egyptiens envers Byzance. Alexandrie, qui figure au rang des grandes villes chrétiennes, n'admet pas que la politique puisse avoir raison d'elle, au profit d'autres villes : Rome, Byzance. Les chrétiens d'Egypte se sentent abandonnés, exclus. L'avancée arabe commence et les troupes du calife Omar prennent Al-Arish en 639, puis Héliopolis en juillet 640. Il reste Babylone à faire tomber ; c'est chose faite le 9 avril 641, après de forts combats. Amr ibn el-As installe un campement permanent devant Babylone, auquel il donne le nom de El-Fustât, mot qui signifie " tente " en arabe. L'armée se dirige enfin vers Alexandrie, prise en juin 641 et qui capitule officiellement le 8 novembre. L'évêque Nikiou a des paroles qui en disent long sur le ressentiment copte : " la conquête de l'Egypte par les musulmans est le châtiment de la tyrannie d'Héraclius et des vexations qu'il a fait subir aux chrétiens par la main de Cyrus. "

C'est le 29 septembre 642 que l'armée arabe s'installe à Alexandrie, une fois l'armée grecque partie. Mais cette ville n'est déjà plus la capitale de l'Egypte ; Amr a choisi Fustât comme ville principale de l'Egypte, pour au moins trois raisons : ne pas vexer les chrétiens déjà défaits en feignant de leur laisser leur ville ; rompre avec des siècles de gouvernance qui partait d'Alexandrie ; choisir une ville plus proche de Médine où est installé le calife, et c'est le site romain de Babylone qui commande au Delta ainsi qu'au Nil qui semble le plus indiqué. On appelle Fustât aussi Misr, qui jusqu'à nos jours désigne à la fois le pays et sa capitale.
Fustât ne ressemble pas au grand campement que l'on a parfois imaginé et l'on a retrouvé des fondations en pierre de taille de maisons construites sous l'influence des Yéménites, grand peuple bâtisseur. Sur 800 hectares, la capitale est divisée en concessions qui vont des limites de l'actuelle citadelle au nord, à la montagne à l'est, à la mosquée d'Amr au sud (construite en briques à l'époque), et au Nil à l'ouest. On élève une forteresse sur l'autre rive du Nil pour défendre Giza. Amr lance des travaux de dégagement du canal qui avait relié le Nil à la mer Rouge pendant l'antiquité, restauré plus tard par Trajan ; il le fait débuter un peu plus au nord, le développement de Fustât l'y contraignant.
La ville se développe malgré les conflits entre dynasties musulmanes. Des populations diverses s'y installent : ldes Arabes du nord, les Qaysites, des non musulmans venus d'Alexandrie qui décline, des paysans, et la ville compte 250 000 âmes à la fin du VIIIe siècle. L'Egypte devient une province arabe en 685. Une église se construit au nord où sont installés des chrétiens, puis une autre au sud, Sainte-Marie. L'ancien emplacement de Babylone concentre la population copte. La mosquée d'Amr est plusieurs fois remaniée et les bâtiments officiels et les résidences riches se construisent autour d'elle. On organise la ville en petites subdivisions territoriales dont les quartiers actuels portent encore le nom ancestral. Un chantier naval se construit sur l'île de Roda, tandis qu'un pont de bois sert de port au niveau de la ville. Un système de rues se met en place et les premiers noms de voies sont donnés pendant la période omeyyade.
La démographie urbaine se concentre. Un incendie détruit partiellement Fustât en 751. Le préfet abbasside de la province pense alors qu'il est temps d'étendre la ville. C'est au nord de Fustât qu'il a décidé d'implanter le siège du gouvernement appelé Dar el-Imara, ainsi que la mosquée El-Askar qui donnera son nom à cette extension de la ville. En 810, une construction d'agrément est érigée sur une excroissance de la falaise, le Muqattam, là où plus tard sera érigée la citadelle.

L'extension des Toulounides. En 868, le calife nomme le Mésopotamien Ahmed ibn Touloun, préfet d'Egypte, qui, grâce à la faiblesse passagère du califat abbasside, parvient à donner à l'Egypte sa première dynastie régnante indépendante : les Toulounides, qui restent sur le trône jusqu'en 905. Ibn Touloun est nommé en Egypte après une période de cinquante années de troubles et de rébellions coptes à Alexandrie et dans le delta ; les rapports entre les communautés commencent à se tendre et les Coptes sont perçus comme peu dignes de confiance.

Ibn Touloun décide de développer la capitale du pays et va construire au nord-est d'El-Askar, sur le site dit El-Qataï, sa ville qui s'étend sur près de 300 hectares. Le monument le plus remarquable est la mosquée qui est construite de 876 à 879. Son architecture de brique, ainsi que les portiques marquent bien l'origine mésopotamienne de son commanditaire ; le minaret s'inspire de celui de Samarra. Le palais du préfet est situé au sud de la mosquée. Ibn Touloun construit aussi un hippodrome, et les rues de cette nouvelle extension sont mieux tracées que dans l'ancienne Fustât. Il érige aussi un hôpital (bimaristan) au sud-ouest d'El-Askar, et un aqueduc permet à El-Qataï d'être alimentée par l'eau puisée dans le Nil.
Les Abbassides, qui mettent un terme à la dynastie toulounide en 905, détruisent El-Qataï ou la laissent se détériorer, à l'exception de la mosquée. Fustât demeure, se développe avec la petite dynastie des Ikhchinides, dévoués aux Abbassides, et rayonne jusqu'à l'arrivée des Fatimides.

Le Caire fatimide : El-Qâhira. La dynastie chiite fatimide, née en 910 à Kairouan, en Ifriqiya, a des vues sur l'Egypte, qu'elle ne parvient à conquérir ni en 913, 914 ou 918, ni encore en 934. Il faut attendre 969 pour que l'armée du calife El-Muez, après une préparation de trois ans, envahisse l'Egypte sans trop de résistance, et parvienne à Fustât en juillet. L'armée s'installe au nord de la ville avec des objectifs précis édictés par le calife : construire une ville qui doit dominer le monde. On est au-delà des ambitions locales des Abbassides et des Toulounides qui ne voulaient qu'ériger le siège de leur dynastie à El-Askar et à El-Qataï. Avec les Fatimides, la ville doit avoir une ampleur certaine, à la hauteur de leur ambition : ce sera El-Qâhira, qui signifie " celle qui a la victoire " ou " celle qui subjugue " ou encore " celle qui soumet ".

La ville nouvelle s'étend sur 150 hectares, entourés d'une enceinte fragile en briques, percée de huit portes dont Bab-el-Foutouh et Bab-el-Zuweila qui sont les noms de deux portes du palais de Kairouan. Deux palais sont construits, puis embellis par la suite, le long de l'actuelle rue Moez-li-din-Allah ; le Pavillon d'or est le plus célèbre des bâtiments.
Le mausolée de la dynastie est élevé à l'est, là où se trouve actuellement le khan El-Khalili qui tient son nom de l'émir Gaharkas el-Khalili qui a fait détruire le mausolée et a jeté au vent les ossements fatimides au XIVe siècle : lui-même a d'ailleurs péri de la même manière : après qu'on l'a tué, son cadavre a été laissé sans sépulture...
Des grandes mosquées sont construites, sur le modèle à portiques intérieurs de celle d'Ibn Touloun : El-Azhar en 970 et El-Hakim en 990 dont on retient les minarets dont la base a été renforcée en 1010. Les mosquées suspendues El-Aqmar et Salih Talaï sont respectivement construites en 1125 et en 1160 ; cette dernière a pour fonction première de recevoir la tête de Hussein.
A la fin du XIe siècle, la ville se dote de vraies murailles qui viennent remplacer l'enceinte en briques et les fossés défensifs. Trois des huit portes sont renforcées en pierre, donnant lieu à une architecture monumentale : Bab-el-Foutouh en 1087, Bab-el-Nasr en 1087 et Bab-el-Zuweila en 1092.
Les deux villes de Fustât et d'El-Qâhira sont prospères. Les populations qui y vivent sont différentes. Il n'est pas rare que les habitants de Fustât, restés sunnites, travaillent seulement le jour à El-Qâhira et rentrent chez eux le soir. Des chrétiens et des juifs qui habitaient Fustât tentent de s'installer à El-Qâhira, non sans mal puique, par exemple, le quartier juif situé en face de Bab-el-Zuweila est volontairement incendié. Des marchands de vin ont pignon sur rue dans El-Qâhira... Fustât a toutefois moins d'atouts qu'El-Qâhira, fortifiée, dotée de grandioses mosquées et de palais magnifiques, et les deux villes n'auront pas la même destinée.

Le Caire ayyoubide. Le renversement de la dynastie fatimide par Salah ed-Din ibn Ayyoub, vainqueur de Jésuralem, et les conquêtes que le nouveau roi va mener contre les Francs vont donner à el-Qâhira ses vraies dimensions de capitale d'un territoire étendu. En effet, la ville se dote d'une citadelle forte en 1176, qui est le coeur du système défensif de l'ensemble, et dont partent deux murs, l'un vers les murailles fatimides existantes d'El-Qârira, l'un vers Fustât et le Nil au sud.


La citadelle remplace le petit kiosque construit par les Omeyyades, sur un éperon rocheux faisant face au Muqattam. La forteresse est d'ailleurs dominée par la falaise mais à l'époque de Salah ed-Din, la distance entre les murailles et la montagne est suffisante pour ne pas craindre l'artillerie, encore limitée. Le Muqattam est la carrière naturelle que les maîtres d'oeuvre choisissent, mais il est aussi nécessaire d'aller chercher des pierres déjà taillées afin d'accélérer le rythme des travaux : on détruit des petites pyramides à Giza et à Abousir dont on réemploie les blocs comme le faisaient les pharaons eux-mêmes. Salah ed-Din a le temps de construire l'enceinte nord, de creuser le puits qui lui fournit l'eau, appelé bir Youssef, de commencer la construction de l'aqueduc, et ses successeurs développent l'enceinte sud. Le sultan y habite. La rive ouest du Nil est reliée à la rive est par cinq ponts.

Le mur commence à être construit en 1176, mais en 1238, il n'est toujours pas achevé ; tout du moins la muraille reliant El-Qâhira à la citadelle l'est, mais l'envergure des travaux de la partie s'étirant vers Fustât fait que jamais l'ouvrage ne touchera à sa fin. Son épaisseur est importante et atteint presque 4 m à certains endroits ; huit portes y sont percées.

Reliées par une muraille, et réunies par la citadelle qui les défend toutes deux, El-Qâhira et Fustât ne fusionnent pas. La famine de l'année 1200 décime les deux villes et l'on recense plus de 200 000 morts. La vie économique est perturbée, les villes subissent une forte inflation. El-Qâhira est la ville choisie par la classe dirigeante comme lieu de résidence. Fustât devient plus industrieuse. La décision du sultan Salih, dernier des Ayyoubides, en 1240, de ne plus habiter à la citadelle et de résider sur l'île de Roda, semble redonner à Fustât un regain d'intérêt et des constructions reliant les deux pôles y contribuent un moment. Ce sont les Mamelouks qui feront d'El-Qâhira la ville qu'elle est devenue, définitivement au détriment de Fustât.

Chronologie

9 avril 641 > Prise de Babylone par l'armée arabe du calife Omar.

642 > Fondation de Fustât.

661-750 > Dynastie omeyyade installée à Damas.

673 > Création du chantier naval de Roda.

673 > Première extension de la mosquée Amr.

684 > Creusement du fossé entourant Fustât.

725 > Révolte copte dans le delta.

739 > Révolte copte en Haute-Egypte.

750-1258 > Dynastie abbasside installée à Baghdad.

750 > Installation du camp abbasside à El-Askar.

810 > Construction d'un pavillon à l'emplacement de la future citadelle.

868-905 > Dynastie toulounide au Caire.

868 > Nomination d'Ahmed Ibn Touloun comme préfet d'Egypte.

876-879 > Construction de la mosquée Ibn Touloun.

909-1171 > Dynastie fatimide installée en Ifriqiya puis au Caire

969 > Prise de Fustât par Gawhar, général du calife Fatimide Moez el-Din Allah.

970-972 > Construction de la mosquée El-Azhar.

973 > Le calife donne à la nouvelle ville qu'il a construite le nom de El-Qâhira.

990-1003 > Construction de la mosquée El-Hakim.

1087-1092 > Construction du mur d'enceinte de la ville et des trois portes Bab-el-Foutouh, Bab-el-Nasr (1087) et Bab-el-Zuweila (1092).

1005 > Création de la maison de la Sagesse (Dar el-Hikma) par le calife Hakim.

1116 > Création de la maison de la Science (Dar el-Ilm) par le calife El-Amir.

1131 > La prédication aux chrétiens d'Egypte est désormais faite en arabe, la langue copte n'étant plus usitée.

1169 > Salah ed-Din devient vizir du dernier calife fatimide El-Adib.

1171 > Salah ed-Din dirige l'Egypte sans en avoir reçu l'investiture.

1175-1250 > Dynastie ayyoubide au Caire.

1176 > Début de la construction de la citadelle et de la muraille reliant El-Qâhira à celle-ci.

1250 > Saint-Louis est fait captif par la régente Chagaret el-Dor et est emprisonné à Mansourah.

1250 > Mort du dernier sultan ayyoubide, Turan Shah.

1250-1517 > Dynastie mamelouke au Caire.

1279-1290 > Règne du sultan Qalaoun, grand bâtisseur du Caire.

1325 > Creusement du canal Khalig el-Nasiri, qui existera jusqu'à la période khédivale.

1290-1340 > Règne du sultan Nassir Mohammed Qalaoun, autre grand bâtisseur du Caire.

1299-1922 > Dynastie ottomane à Istanbul.

1318 > Construction de la mosquée de Nassir Mohammed à la citadelle et des casernements.

1348-1349 > Grande peste noire durant laquelle Le Caire perd près de 40 % de sa population.

1356-1362 > Construction de la mosquée du sultan Hassan.

1384-1386 > Construction de la mosquée du sultan Barquq.

1389 > Aménagement du khan el-Khalili, reconstruit en 1511 par Ghouri.

1468-1496 > Règne du sultan Qaïtbay.

1501-1516 > Règne du sultan Ghouri.

1517 > Chute de la dynastie mamelouke : l'Egypte rejoint l'Empire ottoman.

1732 > Début du développement urbain autour de l'Ezbekieh.

1798-1801 > Occupation française après la bataille des Pyramides (21 juillet 1798).

1805-1848 > Règne de Mohammed Ali Pacha.

1809 > Début des travaux du palais de Choubrah.

1822 > Création de la première imprimerie au Caire.

1824 > Arrivée au Caire du premier carrosse européen, offert par la France au pacha d'Egypte.

1833-1857 > Construction de la mosquée de Mohammed Ali à la citadelle.

1837 > Comblement partiel du lac Ezbekieh.

1849 > Inauguration de l'hôtel Shepheard, premier grand hôtel du Caire. Fin des travaux de la percée appelée rue El-Azhar. Quelques années plus tard, la rue Mohammed Ali est également terminée.

1856 > Construction de la gare ferroviaire du Caire.

1858 > Inauguration de la ligne de chemin de fer reliant Le Caire à Alexandrie.

1863-1879 > Règne d'Ismaïl pacha qui donne à la ville son centre-ville actuel.

1864-1866 > Creusement du canal Ismaïlieh qui apporte de l'eau douce vers le chantier du canal de Suez.

1865 > Le Caire se dote d'un éclairage au gaz et d'un système de pompage de l'eau du Nil, relayé par des conduites vers les zones résidentielles.

1868 > Premier découpage administratif du Caire en 8 quartiers.

1869 > A l'occasion de l'inauguration du canal de Suez, la délégation internationale découvre une partie des réalisations urbanistes d'Ismaïl. On inaugure l'Opéra près de l'Ezbekieh. On construit aussi un pont métallique entre Gézirah et Qasr el-Nil.

1872 > Inauguration du parc de l'Ezbekieh. Travaux de creusement de la rue Clot bey.

1874 > Début du grand programme d'urbanisation du Caire moderne. Fin de la construction du palais d'Abdine.

1881 > Création du Comité de conservation des monuments arabes, qui recense et numérote tous les édifices (520), en dresse une carte précise, et lance une campagne de restauration.

1882 > Début de la pose de macadam sur certains axes de la ville.

1892 > La population du Caire atteint 374 000 habitants.

1894 > Début des travaux des 8 premières lignes de tramway (elles seront au nombre de 10 en 1900).

1902 > Inauguration de l'actuel Musée égyptien et du musée d'Art islamique. On édifie aussi le premier barrage d'Assouan, permettant de construire dans les zones que les crues inondaient auparavant.

1903 > Importation des premières voitures automobiles au Caire.

1905 > Aménagement de Zamalek en quartiers résidentiels.

1906 > Développement de Garden City autour de la résidence anglaise. Création de la société des Oasis d'Héliopolis.

1907 > Début des travaux d'installation des égouts de la ville.

1907-1912 > Construction des ponts entre les deux rives.

1908 > Inauguration de l'Université du Caire, à Doqqi.

1910 > Inauguration du Musée copte dans le Vieux-Caire.

1921 > Comblement du canal Ismaïlieh.

1930 > Héliopolis atteint 30 000 habitants.

1937 > La population du Caire atteint 1 312 000 habitants.

1947 > La population du Caire atteint 2 320 000 habitants.

1949 > Le Caire obtient un statut municipal et un budget propre.

1950 > Début de l'aménagement des quartiers de Mohandessin et de Doqqi.

1952 > Construction du pont de l'Université. Incendie de l'hôtel Shepheard.

1956 > Début de la construction des cités de Helwan et de Medinat Nasr.

1966 > La population du Caire atteint 5 180 000 habitants.

1970 > Construction du pont du 6-Octobre qui relie la place Ramsès à Mohandessin.

1975 > Création de l'université d'Helwan.

1982-1988 > Construction de grands viaducs surplombant les grands axes de la ville.

1983 > Début de la réalisation du boulevard périphérique (Ring Road).

1986 > La population du Caire atteint 8 630 000 habitants. On crée le gouvernorat de Giza, séparé du Caire.

1987-1999 > Travaux de la ligne 1 du métro du Caire.

1989 > Début de l'aménagement des villes satellites Sadat City, Ramadan 10 City, 6th of October City, 15th of May City, Badr City.

1992 > Un tremblement de terre meurtrier fait s'écrouler de nombreux immeubles illégalement surélevés.

1996-2005 > Travaux de la ligne 2 du Caire.

2008 > La capitale est divisée en quatre gouvernorats : Le Caire, Giza, 6-Octobre et Helwan.

Janvier 2011 > Le mouvement de révolte contre le régime de Hosni Moubarak prend pour symbole la place Tahrir, au Caire, où se rassemblent des centaines de milliers d'Egyptiens.

Le Caire, ville médiévale (de 1250 à 1517)

L'ère mamelouke qui colle à la fois à l'histoire du pays et à l'histoire du Caire, se décline en trois phases, tout d'abord ascendante et prospère, puis celle d'une dure crise sanitaire et économique, puis celle d'un déclin qui va profiter à la domination ottomane, au début du XVIe siècle.
Les Mamelouks, dont le mot signifie " sous le droit de ", sont des esclaves venus de Turquie ou d'Europe de l'est, de type circassien, qui sont sélectionnés par la classe dirigeante égyptienne afin de recevoir une éducation complète et de pouvoir accéder, une fois instruits, à de hautes charges de l'Etat, et parfois celles du sultan. Tout en étant affranchis, leur formation atteinte, ils conservent un lien fort avec celui qui a été leur propriétaire et qui a toujours sur eux un droit : ils sont " mamelouks ", et leur descendance ne peut pas accéder à leurs charges. Leurs enfants sont appelés awlad el-nes, ce qui signifie " enfants des gens ", une expression qui est restée dans l'arabe dialectal égyptien jusqu'à nos jours. Cette interdiction de transmission ne tient guère et dès 1279, le sultan Qalaoun donne le pouvoir à son fils et 16 générations lui succéderont.
La période de développement et de faste du Caire, sous l'ère mamelouke, va de 1250 à 1348. La ville va enfin s'urbaniser de manière systématique. Le sultan Nasir Qalaoun développe le quartier de Qasaba, dans la ville fatimide, et y érige un hôpital réputé. Des madrassas s'élèvent, des mosquées et des mausolées, de même que des wakala que l'on appelle plus communément caravansérails.
A l'ouest, il est devenu important, pour le développement de la ville, de creuser un canal assez large qui puisse abreuver la ville et la relier au Nil : c'est le canal Nasiri dont les travaux s'achèvent en 1325 et qui est long de 5 km. Des roues à aube qui se trouvaient sur ses rives permettent à l'eau d'alimenter des réseaux secondaires nécessaires notamment à la création de jardins. Des concessions sont données aux dignitaires qui créent à la fois des maisons d'habitation, des mosquées, des hammams, des wakala, ainsi que des ponts.
Puisque le sultan s'est installé à nouveau à la citadelle, délaissant l'île de Roda choisie par le dernier Ayyoubide, des travaux y sont réalisés. Les militaires mamelouks y font élever des casernes. Nasir et son fils y élèvent la célèbre mosquée qui s'y trouve encore, tandis que la salle du trône est construite là où se trouve actuellement la mosquée de Mohammed Ali.
Il faut imaginer qu'au sud d'El-Qâhira, c'est-à-dire au nord de Fustât, de nombreux étangs marquent le paysage et que l'urbanisme tient compte de ces plans d'eau. Il s'agit de la région choisie par les Toulounides, dont la mosquée est alors restaurée. Entre la mosquée d'Ibn Touloun et la citadelle, on construit des palais puis des mosquées ; la haute société aime cette région de la ville.
La peste noire de 1348, qui s'étend sur une grande partie de la région, va terriblement toucher Le Caire. Des centaines de milliers de personnes meurent (on évoque presque un million de victimes) ; la ville est déserte. Les répercussions sont encore palpables durant plus d'un siècle, et quatre épidémies viennent à nouveau frapper Le Caire, en 1374, en 1379, en 1437 et en 1460.
La dynastie des Qalaoun, toujours sur le trône, ne peut pas toujours faire face : les sultans accèdent jeunes au pouvoir et n'y restent pas longtemps. Des princes importants les assistent et prennent des initiatives de développement, tel que l'émir Taz dont on connaît le magnifique palais achevé en 1353, et l'émir Barqouq qui va devenir sultan et construire un impressionnant khanga, à l'est, et la madrassa dans El-Qâhira.
Curieusement, comme l'histoire aime à être ironique, le sultan Hassan, dont le gouvernement ne laisse que peu d'empreinte dans le développement de l'Egypte, va ériger l'un des joyaux de l'architecture mamelouke, sous la citadelle, avec une splendide mosquée qui nécessitera six ans de travaux, de 1356 à 1361. C'est aussi à cette période que le khan el-Khalili est construit. Près de cinquante mosquées sont contrites entre 1341 et 1412, malgré les circonstances, ou peut-être à cause de celles-ci. Le lac Birqat el-Fil est aménagé non loin, et les émirs aiment y faire construire leurs palais.
Fustât perd peu à peu son nom ancien, c'est sous l'appellation de Misr el-qadima (" Vieux-Caire ") que la ville est déjà appelée au XIVe siècle, nom qu'elle porte encore aujourd'hui. Au nord, le quartier de Bulaq se développe autour des activités de son port, notamment à la fin du XVe siècle.
Après la dynastie des Qalaoun, le système mamelouk semble survivre. Les différents sultans ou gouverneurs du pays ne parviennent pas à leurs fins. Le dernier siècle mamelouk est un véritable déclin qu'observent, non sans intentions, les Ottomans.
Néanmoins, la ville du Caire se développe avec un sens de l'organisation urbaine. Ainsi, les constructions sauvages de Bulaq et des îles environnantes sont détruites sur ordre du sultan. De même, les bâtiments d'el-Qâhira qui entravent les rues et avenues sont mis à terre.
El-Qâhira, justement, est " réhabilitée " et des bâtiments anciens, fatimides sont restaurés. La mosquée d'Ibn Touloun est débarrassée de monuments qui avaient été érigés à l'intérieur de l'enceinte du bâtiment. Le sultan Inal et ensuite Qaïtbay élèvent de magnifiques mosquées ou khanga. El-Ghouri dont on connaît le splendide ensemble le fait construire pendant cette période de déclin politique mais de génie architectural. El-Ghouri, toujours, termine les travaux de la citadelle, de même que l'aqueduc qui la relie au Nil.
Bulaq devient à la fois le premier chantier naval du pays et un port marchand situé loin des pirates qui infestent la Méditerranée et ses côtes. Autour du port, la ville se développe, complète, dotée de mosquées, indépendante, reliée au Caire par une route carrossable. Le port du Vieux-Caire meurt.

Le Caire, ville ottomane (de 1517 à 1798)

La conquête ottomane de l'Egypte, en 1517, déclasse Le Caire : elle perd sa place de capitale d'un pays indépendant pour devenir la seconde ville de l'Empire ottoman, après la prestigieuse Istanbul. L'Egypte est dirigée par un gouverneur qui s'entoure d'une administration et d'une aristocratie dont les plus hauts représentants sont faits pachas ou beys ; néanmoins, les grandes familles mameloukes demeurent à la tête de la gestion des provinces.

Le Caire continue de s'étendre. La mosquée Malika Safeyya est construite non loin de Bab-el-Zuweila à l'emplacement de tanneries qui avaient été bâties hors les murs d'El-Qâhira. C'est le grand développement de la rue Darb el-Ahmar qui relie Bab-el-Zuweila à la citadelle en longeant la muraille ayyoubide de Salah ed-Din. On y construit donc la mosquée Burdayni et la mosquée Youssef Agha el-Hin. De nombreuses fontaines, plus d'une centaine, sont aménagées dans la ville par les Ottomans, donnant à la population un confort de vie appréciable.

Le lac de l'Ezbekieh, à l'ouest d'El-Qâhira, prend forme. Une mosquée est construite entre le lac et le Nil en 1732. Des rues sont tracées, des immeubles se construisent. Au sud-ouest du lac, on continue d'ériger de nombreuses mosquées, des fontaines de leur nom sabil dont on trouve encore de nombreux exemplaires aujourd'hui.

La haute société argentée du Caire vit dans ses palais d'El-Qâhira (dans le carré fatimide), dans le nouveau quartier de Qusun (qui s'étend le long de la rue Darb el-Ahmar) jusque sous la citadelle, et dans le nouveau quartier d'Abdine, un peu plus à l'ouest. Les grands palais donnent sur l'Ezbekieh. Les quartiers habités par la classe moyenne sont le Muski, situé entre El-Qâhira et l'Ezbekieh, et les rives du Birqat el-Fil que surplombe la digne mosquée du sultan Hassan. C'est là que se trouve Beit el-Sennari. Une forme particulière de logement, appelé rab, est fréquemment utlisée : il s'agit d'appartements locatifs de bonne facture qui permettent d'habiter dans les quartiers généralement réservés à la haute société. On en trouve beaucoup dans le Darb el-Asfar. Les classes sociales les plus pauvres vivent au sud de la ville.

Les communautés religieuses se regroupent dans des quartiers spécifiques. Au milieu du XVIIIe siècle, on dénombre au moins six quartiers chrétiens, entre le Vieux-Caire, le nord du Muski, le nord de l'Ezbekieh, et quelques rues proches de Bab-el-Zuweila. Le quartier juif, quant à lui, se situe à l'ouest du khan el-Khalili.

Bulaq poursuit son développement commencé sous les Mamelouks, grâce aux échanges marchands avec l'ensemble de l'empire ottoman. Le Vieux-Caire, lui, ne sert que de port aux bateaux qui remontent vers la Haute-Egypte et ne bénéficie pas des mannes économiques qu'engrange le port de Bulaq. A cette même époque, Imbaba, Giza et d'autres lieux de la rive ouest du Nil ne sont que de petits villages.

Le Caire, ville moderne (de 1798 à nos jours)

Mohammed Ali Pacha. L'occupation des troupes de Bonaparte, de 1798 à 1801, n'apporte rien au Caire. Pour des raisons de sécurité et de déplacement des soldats, des portes qui séparaient des quartiers sont détruites, ainsi que les bancs de pierre installés devant les boutiques. Les seules constructions mises en oeuvre sont militaires et concernent la citadelle.

C'est surtout Mohammed Ali, qui arrive au Caire en 1801 et qui se fait nommer gouverneur en 1805 qui modernise le pays. Afin d'y parvenir, il se défait radicalement des anciens Mamelouks après les avoir invités à un banquet à la citadelle en 1811. Néanmoins, il n'aménage pas véritablement Le Caire, sinon qu'il fait construire sa grande mosquée dans la citadelle. Son choix est plutôt de développer Alexandrie et son port, ville qui avait sommeillé depuis l'arrivée arabe au VIIe siècle.

Du vivant de son père, Ibrahim Pacha se lance dans de grands travaux entre l'Ezbekieh et le Nil, assainissant les terres et les rendant constructibles. Birqat el-Fil est comblé et la surface de l'Ezbekieh réduite. A la place, un grand jardin à l'européenne est aménagé et les premiers grands hôtels y sont construits, comme le très célèbre Shepeard qui ouvre ses portes en 1849.

Des grandes artères sont percées dans la ville ancienne ; en effet, les voitures à chevaux commencent à être utilisées et les petites ruelles ne peuvent les laisser passer. On creuse donc une rue menant de l'Ezbekieh à la mosquée El-Azhar, de même que la rue menant de la mosquée sultan Hassan au sud de l'Ezbekieh.

La ligne de chemin de fer reliant Le Caire à Alexandrie commence à être construite en 1851 et est achevée en 1854 ; la ligne reliant la capitale à Suez est achevée en 1858. La gare ferroviaire est achevée, elle, en 1856.

Ismaïl Pacha. La modernisation de la ville du Caire vient à l'avènement du khédive Ismaïl en 1863. Il a pour ambition de donner à l'ensemble de la ville, telle qu'elle s'est développée depuis les Mamelouks et les Ottomans, un plan d'urbanisme global.

S'il ne touche pas à ce que l'on appelle dorénavant la vieille ville, composée d'El-Qâhira, du Muski, de Qusun et de la citadelle, qui ont déjà été percés des grandes artères reliant l'Ezbekieh à El-Azhar et à la citadelle, il va construire tout l'ouest jusqu'au Nil, ainsi qu'une partie du nord. L'une des réalisations du khédive, de 1864 à 1866 est de percer le canal Ismaïlyieh, qui part de la place située à l'arrière de ce qui sera le musée égyptien 46 ans plus tard, et apporte de l'eau douce aux ouvriers travaillant au creusement du canal de Suez !

En 1867, après avoir assisté à l'exposition universelle à Paris, le khédive revient avec des idées, des architectes comme Pierre Grand, des paysagistes comme Jean-Pierre Barillet qui a dessiné le Bois de Boulogne à Paris et qui va oeuvrer à l'Ezbekieh. Déjà, en 1865, le khédive avait accordé des marchés publics à la société Lebon afin qu'elle installe l'éclairage au gaz dans les rues du Caire, de Bulaq, du Vieux-Caire et aussi d'Alexandrie.

Le Caire est divisé en huit quartiers : quatre quartiers de la ville et quatre quartiers des banlieues dont Le Vieux-Caire, Bulaq et Choubra qui se développe plus au nord encore. Cette conception de la ville est extrêmement moderne et visionnaire car le khédive a déjà la perception d'une grande capitale qui englobera vite les quatre grands quartiers de sa banlieue.

Les grands travaux d'Haussmann, à Paris, sont une inspiration pour le khédive et son architecte, Grand Bey. Le grand axe de la route du Vieux-Caire est tracé et demeure aujourd'hui la rue Qasr el-Aïni. Les rues Qasr el-Nil, Falaki, Emad el-Din, Souleiman Pacha datent aussi de cette même époque. On appelle le centre de cette grande ville, Ismaïlia, du nom du khédive, parcelle qu'occupent aujourd'hui le centre-ville et ses ramifications. L'opéra est achevé à la hâte, non loin du jardin de l'Ezbekieh, afin de pouvoir recevoir les hôtes qui se sont déplacés en 1869 pour l'inauguration du canal de Suez. Pour la même occasion, on construit un pont de fer entre la rive est du Nil et l'île de Gezira, ainsi qu'un pavillon qui abrite aujourd'hui l'hôtel Marriott. En 1873 on inaugure la rue Clot bey qui part de la gare ferroviaire jusqu'à la citadelle, prolongée de l'avenue Mohammed Ali déjà percée, puis le palais d'Abdine qui deviendra la résidence du khédive.

Les travaux du canal de Suez et de la modernisation du Caire et d'autres villes du pays ont généré une dette faramineuse pour l'Egypte. Le khédive vend ses parts du canal aux puissances européennes, qui continuent néanmoins d'être ses créanciers. En 1875, les envoyés de la France et du Royaume-Uni placent l'Egypte sous tutelle financière. C'est le début du colonialisme économique et politique britannique. Les Egyptiens se soulèvent, avec à leur tête le colonel Ahmed Orabi, sans aucun doute encouragé par le khédive Ismaïl que les Français et Britanniques font déposer en 1879 par le sultan Abdulhamid II au profit de Tawfick, fils d'Ismaïl. Le grand bâtisseur du Caire part alors en exil en Turquie où il va mourir en 1895.

Sous colonisation britannique. C'est donc la tutelle britannique qui poursuit le développement de la ville, notamment grâce à la construction du premier barrage d'Assouan, en 1902, qui permet de réguler les crues et de consolider les berges de Gezira, de Roda et de la rive ouest du Caire. Trois ponts sont ainsi achevés en 1907 : les deux premiers vers l'île de Roda, dont l'un est prolongé vers la rive ouest, le troisième entre Bulaq et le nord de Gezira, à Zamalek, nouveau quartier chic où se construisent de jolies villas, et qui enjambe le petit bras du Nil vers Imbaba. En 1906, des grandes propriétés se construisent autour de la résidence britannique, dans le nouveau quartier de Garden City. Dès 1894, des tramways sillonnent la ville, installés par le baron Empain.

En 1881, alors que la notion de patrimoine culturel n'est que balbutiante en Europe, un Comité de Conservation des monuments arabes est créé. Il recense 520 bâtiments, auxquels est donné un numéro qui est encore la référence actuelle du ministère de la culture. On sait qu'en 1918, grâce à l'action de ce Comité, déjà 65 monuments ont été restaurés, voire meublés lorsqu'il s'agissait d'anciennes maisons privées. C'est à cette époque que la mosquée Ibn Touloun et la mosquée du sultan Hassan bénéficient d'une restauration importante.

Empain fonde en 1906 une société dont le but est de bâtir une ville sur le sable, au nord-est de la ville du Caire. Il s'agit d'Héliopolis, du nom de la cité antique qui se trouve plus au nord dans le delta. La société possède 7 500 hectares où s'organise une autre ville moderne incluant égouts, tramways, grandes avenues, palais, hôtels de luxe, parc, hippodrome, club sportif avec un golf, mais aussi une cité destinée aux employés et aux ouvriers. Le baron se fait construire un palais d'inspiration asiatique.

Les grands musées sont inaugurés durant cette période : en 1902, le Musée égyptien et et le musée d'Art islamique ; en 1910, le Musée copte qui trouve sa place dans le Vieux-Caire. En 1921, on remblaie le canal Ismaïlyieh, et, à la place, se dégagent l'avenue Ramsès et la place du même nom.

La rive ouest du Nil n'est, à la même époque, bâtie qu'avec de grandes villas à Giza, et des immeubles plus modestes à Imbaba. A Giza, en 1908, on élève l'Université du Caire, de même que le jardin zoologique où Eiffel construit un pont.

Les quartiers modernes de Doqqi et de Mohandessin, à l'ouest, se construisent dans les années 1950 et ensuite. De même, la ville de Medinat Nasr à l'est, et les villes de Maadi et de Hélwan au sud de la rive est. Avec Nasser, le Nil est rendu à la population, et les voies le long du fleuve réduisent les jardins des villas privées qui s'étiraient alors jusqu'aux rives.

Dans les années 1990, des villes jaillissent du désert avec 6th of October City et Ramadan 10 City sur la route d'Alexandrie. La population du Caire explose et la capitale est divisée en deux gouvernorats, Le Caire et Giza, puis en quatre avec la création des gouvernorats du 6-octobre et de Hélwan en 2008. Le métro, construit dans les années 1990, ne s'étend que sur deux lignes et n'aide pas suffisamment au dégorgement des axes routiers.

Les enjeux de demain

L'avenir du Caire semble être de repousser encore ses limites territoriales actuelles, et l'idée prédominante veut que le développement se fasse au sud de la ville, avec une extension supplémentaire. Les universités et les nouvelles grandes écoles y sont déjà implantées, mais on hésite encore à y déplacer les ministères.

Sans doute a-t-on raison de ne pas se précipiter : faut-il s'évertuer à laisser la capitale se développer autant ? Les populations ne peuvent-elles pas être déplacées vers d'autres grands centres urbains de Moyenne-Egypte comme Minia et Assiout, ou au bord de la Méditerranée, entre Port-Saïd et El-Arish, ou encore sur la mer Rouge ?

La circulation automobile est depuis longtemps un problème majeur ; des autoroutes périphériques ont été construites, mais les liaisons nord-sud et est-ouest demeurent engorgées. On pense à créer des voies sur le Nil... Ce n'est décidément pas la solution.

Le génie de l'urbanisme d'Ismaïl n'aura pas duré longtemps, face à l'explosion démographique de la ville. Il est toutefois évident que Le Caire, dont on dit déjà que la ville compte 20 millions d'habitants, doit être intégralement repensé.

Figures historiques

Muezzel Din Allah (932 - 975). Homme d'Etat. C'est le quatrième calife de la dynastie des Fatimides, qui va conquérir l'Egypte grâce à la stratégie du général Gawhar el-Siqilli, et Le Caire précisément en 969. Il ordonne la construction d'Al-Qâhira, au nord-est d'El-Askar, avec les portes Bab el-Nasr et Bab el-Foutouh, de la mosquée Al-Azhar également. C'est avec lui que la dynastie des Fatimides s'installe en Egypte.

Salah el-Din Youssef Ibn Ayyoub (1138-1193). Homme d'Etat. Il naît à Tokrit, dans une famille kurde. Son père est le gouverneur de Baalbek. Après une première campagne en Egypte où il défend Alexandrie, Saladin devient vizir d'Egypte, à la demande du calife fatimide. Il en profite pour renverser les puissances en place et va créer la courte dynastie ayyoubide qui gouvernera l'Egypte de 1171 à 1250. Il prolonge l'oeuvre des fortifications fatimides en élevant la première enceinte de la citadelle et le mur qui rejoint celle-ci à Al-Qâhira. Son oeuvre politique le conduit à prendre Damas en 1174, et surtout Jérusalem en 1187.

Chagaret el-Dorr (? -1257). Femme d'Etat. Née esclave, elle deviendra la seule sultane d'Egypte... Elle épouse le dernier sultan ayyoubide, el-Saleh Ayyoub, qui combat Louis IX et meurt dans le delta en 1249. Elle cache la mort de son mari durant trois mois afin que son fils, Turan Shah, rentre de Mésopotamie pour succéder à son père. Elle fait poursuivre le combat contre les croisés et enferme saint Louis à Mansourah après la bataille du même nom en 1250. Les soldats mamelouks qui reviennent de cette campagne n'acceptent pas Turan Shah, le tuent, avec la complicité de sa mère... Féministe avant l'heure, Chagaret el-Dor s'autoproclame sultane et dirige le pays durant 80 jours, au terme desquels elle se marie avec Aybak, qui commande les Mamelouks. En 1257, apprenant que son époux désire prendre une deuxième femme, elle le tue. De rage, sa rivale et ses suivantes la tuent au sortir de son bain, avec des sandales en bois, ces sandales que l'on porte encore dans les hammams. Sa rivale fait d'ailleurs un gâteau que l'on mange encore de nos jours, le Oum Ali.

Mohammed Ali Pacha (1769-1849). Homme d'Etat. Albanais d'origine, il obtient rapidement un poste de commandement qui lui permet de joindre la flotte turque envoyée en Egypte en 1801 contre l'armée de Bonaparte. Une fois les Français partis, il sait ménager les demandes des Mamelouks sur place et rester fidèle au sultan ottoman. En 1805, il devient wali d'Egypte, et sa position de gouverneur est bien accueillie par le peuple. C'est ce qui retient le sultan de le contester. En 1811, après avoir réuni les chefs mamelouks à la citadelle, il les fait éliminer alors qu'ils quittent le Wali. Son règne sera marqué par la réforme de la société égyptienne qu'il met en oeuvre, le développement de l'éducation, de la médecine. Il meurt en 1849, ayant été contraint de partager le pouvoir avec l'Empire britannique, de plus en plus présent en Egypte.

Khédive Ismaïl Pacha (1830-1895). Homme d'Etat. Il est le petit-fils de Mohammed Ali Pacha. Il accède au trône en 1863 et n'aura de cesse de moderniser son pays et Le Caire. Dès 1865, de grands travaux sont réalisés dans la capitale, et son voyage à Paris durant l'exposition universelle de 1867 lui donne des idées d'urbanisation qui seront appliquées par de grands travaux qui commenceront en 1874, ceux du centre-ville du Caire actuel. En 1869, il inaugure le canal de Suez en présence d'une délégation internationale présidée par l'impératrice Eugénie des Français. Dix ans plus tard, ruiné, il doit accepter d'abdiquer. Il part à Istanbul où il mourra. Il demeure la figure emblématique du Caire moderne.

Ahmed Orabi (1841-1911). Indépendantiste. Il naît à Zagazig, dans le delta du Nil, suit des études à Al-Azhar et devient officier de l'armée égyptienne en 1861. Quelques années plus tard, en 1879, il s'illustre en menant une révolte contre le khédive Ismaïl qui veut supprimer l'accès des classes populaires aux rangs supérieurs de l'armée. Sa protestation est aussi dirigée vers le Royaume-Uni et la France qui ont poussé le khédive Ismaïl à leur céder les parts égyptiennes du canal de Suez, pour rembourser une partie des dettes du pays. En 1882, une révolte contre les puissances étrangères a lieu à Alexandrie. L'armée d'Orabi est défaite lors de la bataille de Tell el-Kebir. Alors qu'il est condamné à mort, sa peine est commuée en exil ; il quitte l'Egypte en 1882, et il y revient en 1901. Le khédive l'élève à la dignite de bey et il entre au gouvernement, continuant de plaider la cause de l'indépendance du pays.

Saad Zaghloul (1859-1927). Homme d'Etat. Né à Kafr el-Cheikh, dans le delta, il suit des études de droit au Caire. Il exprime déjà son choix de l'indépendance de l'Egypte en 1880, pendant la révolte menée par Orabi. Après beaucoup d'engagement dans la politique égyptienne, il devient ministre de l'éducation en 1906, puis de la justice en 1910. Il est élu député en 1913 et devient vice-président de l'Assemblée du peuple. Il utilise cette tribune pour contester le gouvernement et ses connivences avec le Royaume-Uni. Durant la Première guerre mondiale, le gouverneur britannique use de restrictions contre le peuple égyptien ; cela conduit Saad Zaghloul, en 1918 à demander le départ des Anglais d'Egypte. Il est déporté à Malte. Il revient en 1920 comme héros du nationalisme égyptien. Il est déporté à nouveau en 1921 et y revient en 1923, pour devenir Premier ministre en 1924 mais l'assassinat du gouverneur militaire d'Egypte le contraint de démissionner. Il devient alors président de la Chambre en 1826 ; il meurt un an plus tard.

Gamal Abdel Nasser (1918-1970). Homme d'Etat. C'est à Alexandrie qu'il naît mais il est élevé au Caire où il fréquente très jeune des figures du nationalisme égyptien. Il intègre l'académie militaire, et, en 1939, est envoyé au Soudan d'où il rentre en 1943. En 1948, il participe à la guerre israélo-arabe. En 1949, il forme le groupe des Officiers libres qui grandit en influence politique. En 1952, ils déposent le roi Farouk. Il est remplacé en 1953 par Mohammed Naguib qui devient premier président d'Egypte. En 1954, celui-ci est déposé. Nasser devient président en 1956. Sa présidence sera marquée par la confiscation des terres et leur redistribution aux paysans, la nationalisation du canal de Suez en 1956, le développement de la pensée du panarabisme. Il meurt en 1970 en laissant au monde arabe l'idée d'une grandeur qu'il pourrait atteindre.

Anouar el-Sadate (1918-1981). Homme d'Etat. Il naît à Menufeya, dans le delta. Il étudie à l'académie militaire du Caire et devient officier. En 1942, il s'illustre par des actions nationalistes contre les troupes britanniques. Après 1948, il rejoint le groupe des Officiers libres dont Nasser fait aussi partie. Il participe aussi au coup d'Etat contre le roi Farouk. En 1969, il devient vice-président d'Egypte. Il succède à Nasser en 1870. En 1973, il mène la guerre contre Israël pour reprendre le Sinaï. En 1978, lors des accords de Camp David, la paix est signée entre Israël et l'Egypte. En 1981, il décide d'emprisonner tous ses opposants qui mettent son autorité en doute auprès de la population, après la signature du traité de paix. Il est assassiné en 1981 par un membre du Jihad islamique égyptien.

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