Guide du CAIRE : Le Caire et le Delta en 30 mots-clés

Administration

Sans doute le premier employeur du pays, l'administration publique est tentaculaire. Son inertie a été parodiée dans le célèbre film El-Erhab Wel-Kabab, ou bien Terrorisme et kébab, avec Adel Imam, qui en fait un classique du film comique égyptien. Parmi les 3 000 mots d'origine française qui émaillent l'arabe dialectal égyptien, on trouve celui de rutin (routine) qui en décrit l'organisation.

Appel à la prière

L'appel à la prière retentit cinq fois par jour, du lever du soleil à la dernière prière, quelques heures après le quatrième appel marquant le coucher du soleil : le Maghreb. L'usage de la voix seule a été remplacé par des haut-parleurs puissants qui font débat. Différents décrets municipaux, notamment au Caire, ont voulu en limiter l'usage, le volume. La dernière innovation du genre, datant du début du ramadan 2010, a été d'unifier la voix de l'appel de la ville, et de diffuser au même moment l'appel lancé d'une grande mosquée du Caire et retransmis instantanément. C'est la fin d'un petit métier.

Bakchich

Le bakchich c'est d'abord le pourboire auquel on pense, récompensant un service rendu (garer une voiture, porter ses courses...). Ce système qui concerne les Egyptiens et les touristes est la marque d'une économie encore largement informelle où les salaires sont très faibles. C'est aussi une autre façon de " pratiquer " l'aumône en donnant un stylo, un bonbon, un petit billet, à quelqu'un qui n'a que ses yeux à offrir et sa main à tendre. Il n'y a pas de règle en la matière, sinon qu'il n'y a pas d'obligation.

Bruit

Les Egyptiens ont peur du silence, qu'ils combattent avec beaucoup de succès. S'il n'y a rien à faire contre les bruits de la ville (voitures, Klaxon, camelots), il est souvent possible de préciser à un restaurateur que la musique empêche toute discussion ; ou bien, a contrario, d'expliquer à un ami que le silence n'est pas systématiquement la marque de l'ennui, mais aussi la simple expression du plaisir ressenti d'être ensemble. Adossés aux villes bruissantes, s'étalent les déserts d'Egypte, où les amoureux des grandes étendues silencieuses trouveront une vraie satisfaction.

Café

Ou qahwa en arabe qui a donné naissance à notre " kawa ". Il en existe à tous les coins de rues. Lieu de sociabilité, on y parle politique, on y joue aux dominos ou au trictrac, on y sirote un café à la cardamome ou un thé souvent très sucré. On y fume aussi la chicha. Il existe encore des cafés littéraires ou politiques, lieux de rendez-vous d'intellectuels. La jeunesse boude ces qahwa baladis (populaires) et préfère les lieux plus occidentalisés où le cappuccino est roi.

Capitales

Pas moins que quatre capitales de l'ancienne Egypte se trouvent réunies en allant du Caire à la mer Méditerranée. Memphis a été capitale de l'Ancien Empire, au moins de la IIIe à la VIIe dynastie (2650 à 2150). Tanis, dans le delta du Nil, est à son tour capitale du royaume sous la XXIe dynastie (1069 - 945). Alexandrie, devient la capitale de l'Egypte dès sa création, dit-on, en 331 et le restera jusqu'en l'an 31 de notre ère, date à laquelle le pays rejoint le domaine impérial romain. Le pays passe ensuite sous domination de l'empire byzantin et n'a plus de capitale. La conquête arabe, avec la prise de la citadelle de Babylone en 642, permet de développer les fondations d'une nouvelle ville sur les lieux d'un campement appelé El-Fustat, qui deviendra en 969, avec les Fatimides, la ville du Caire, nouvelle grande capitale du pays.

Chicha

On ne fume pas le narguilé en Egypte, on " boit une chicha " pour reprendre la terminologie de l'arabe dialectal du pays. Il y a seulement dix ans de cela, les amateurs avaient le choix entre deux saveurs : mélasse ou pomme. Depuis, une explosion de parfums embaume les cafés du pays : abricot, melon, cerise, fleurs, cappuccino, ou bien encore cola... Pour le meilleur et pour le pire, donc. Fumer la chicha dans un café populaire (qahwa baladi) aide à comprendre le rapport particulier qu'un Egyptien peut entretenir avec le temps. Accoudé à une table de bois vernie dès 7h le matin, la journée peut s'étirer inexorablement : le gargouillis de la pipe à eau bercera la vie d'un monde où, tout restant dans les mains de Dieu, il sera toujours temps boukra (demain) de se mettre à l'oeuvre.

Corniche

Vous parliez arabe et vous ne le saviez pas... " El-Kornish " est un mot français arabisé dont l'emploi sert autant au bord de mer que sur les rives du Nil. Au Caire, à Mansourah, à Damiette, c'est le long de la corniche du Nil que les amoureux se promènent. A Alexandrie, la grande avenue du bord de mer, porte le nom de Sharia El-Geish, c'est à dire rue de l'Armée, et Fairouz la chante sous le nom de Shat Iskandaria, mais c'est surtout " El-Kornish ".

Delta

La forme particulière du Delta du Nil, en Y, tient au parcours du fleuve : à l'antiquité, unique jusqu'au Caire, il se déployait ensuite en cinq bras naturels auxquels il fallait ajouter deux bras artificiels. Il n'en reste plus que deux principaux aujourd'hui. Quelques érudits ont voulu voir dans ces sept branches, l'origine de la menorah, le chandelier juif ; rien n'est avéré mais il est vrai que Joseph fut installé par Pharaon, ainsi que sa famille, à Goshen, ville qui se situait dans le delta. Peu fréquenté des touristes, on y trouve des vestiges de grandes cités antiques, comme Tanis, et c'est à Damiette que Louis IX fut emprisonné.

Dynasties

Le Caire est marqué par les dynasties musulmanes qui ont façonné son apparence : conquête de Babylone par les Abbassides qui créent El-Fustat ; parenthèse heureuse des Toulounides venus de Mésopotamie ; grandeur des Fatimides et de leur passion artistique ; vigueurs militaires des Ayyoubides à la suite de Salah ed-Din, vainqueur de Jérusalem ; force violente des Mamelouks, anciens esclaves qui détiennent le pouvoir ; stratégie et domination des Ottomans... Mais, les événements de janvier et février 2011 semblent montrer que les Egyptiens ne veulent plus de dynasties pour les gouverner.

Eau

Si, assis à la terrasse d'un café, un passant désigne le verre d'eau qui est posé devant vous, répondez-lui " 'Etfaddal ! " (je t'en prie), ce qui l'invitera à le boire. L'eau, élément naturel en surabondance dans le pays, reste encore un bien qui s'offre. L'eau des villes est saine, ce que viendra confirmer son goût légèrement chloré. Pourtant, l'eau se met de plus en plus en bouteille, sous des étiquettes où paraît la mention " eau naturelle " à défaut d' " eau minérale ". Ces bouteilles, auparavant affectionnées par les seuls touristes, sont devenues la coqueluche de toute la société chic : l'opération financière est parfaite. Restent encore, dans la rue, quelques cruches en terre destinées à abreuver le nécessiteux : ce sont ces cruches (ollas) que l'on brise dans le dos d'un ennemi sur le départ, en souhaitant qu'il ne revienne plus.

Encens

L'encens des thuriféraires ambulants est un enchantement olfactif : ceux-ci apportent pour la valeur d'une piécette trouée, dans un épais nuage blanchâtre, une bénédiction vespérale avant que les chalands, sortis de leur sieste revigorante, ne se poussent entre les comptoirs des échoppes ainsi parfumées. Il efface les effluves forts des souks : l'odeur capiteuse de la goyave et les fumets de poissons (impeccablement rangés sur des lits de glace). L'encens couvre les odeurs nauséabondes des abats de boeuf ou de volaille, de la fiente des gros dindons et des pintades juchées sur des cagettes de bois de palme, et des crottes de lapins albinos.

Foul

C'est le nom du plus traditionnel plat d'Egypte, que les chefs et autres maîtresses de maison ont su décliner à tous les goûts. La base en est simple : des fèves laissées à tremper une nuit dans de l'eau mélangée à du bicarbonate de soude, ensuite mises à mijoter pendant quelques heures dans une marmite à col resserré. On y ajoute de l'huile d'olive, des oeufs sur le plat, de la basterma (viande de boeuf séchée à l'arménienne) ou de la tahina (crème de sésame). On le déguste soit dans une assiette, soit en purée dans un petit pain sans levain. Le foul est extrêmement riche en protéines végétales, ce qui permet à beaucoup, grâce à son prix très abordable (1 LE le petit pain), de suppléer à la viande de plus en plus hors de prix. Les grands de ce monde y ont succombé : dans une salle du très réputé restaurant Mohammed Ahmed, qui sert l'un des meilleurs fouls à Alexandrie, est accrochée la photo de la reine Sophie d'Espagne attablée devant une assiette de la spécialité.

Habibi

Haaaaaaaaaabiiiiiiiiiiibi ! " (Mon chéri !), est l'une des expressions les plus employées dans le langage quotidien, la poésie et les chansons dont c'est le mot-clé : il désigne à la fois une femme et un homme, puisque l'on entend rarement sa version féminine, Habebti. La grande chanteuse Oum Khalsoum, avant de se produire à l'Olympia, était interrogée par Bruno Coquatrix sur le nombre de chansons qu'elle allait interpréter. La grande dame lui répondit : " Oh, sans doute une seule... ", tant elle se laissait porter, accompagnée par son orchestre, comme une mise en abîme, par le leitmotiv des Habibi. Parmi les mots tendres certains viennent de la même racine : Habib qalbi (ami de mon coeur) ; Hobi (mon amour). On entend aussi : Hayati (ma vie)... Et autant de déclinaisons que la langue arabe permet de créer, à l'envi.

Jeûne

Il y a plusieurs façons de pratiquer le jeûne, chacune répondant à une expression religieuse différente. Le ramadan est un mois pendant lequel tout musulman est invité à se rapprocher de Dieu : sa journée est balancée entre une abstinence pieuse diurne (boisson, nourriture, tabac, rapports sexuels) et une rupture nocturne de ce jeûne, occasion de se réjouir avec sa famille, ses amis, ses collègues, et de faire l'aumône. Le jeûne des Coptes, pratiqué 250 jours par an, repose sur une sélection alimentaire : le grand jeûne interdit la consommation de tout produit animal (ce qui explique la surconsommation de foul, riche en protéines végétales), tandis que le petit jeûne autorise la consommation de poissons et de crustacés. Le jeûne catholique, moins codifié, est à la discrétion de chaque fidèle, et répond à une démarche spirituelle intérieure, sans se montrer. Du coup, il est aussi moins suivi.

Khamsin

Venant vraisemblablement du nombre arabe signifiant " cinquante ", c'est par ce mot que l'on désigne la saison, du mois de mars au mois de mai, pendant laquelle les tempêtes de sable, accompagnées d'une montée de chaleur de presque dix degrés, s'abattent sur le pays, obscurcissant le ciel d'un brouillard jaune. La tempête est immédiatement suivie d'un rafraîchissement de l'atmosphère et de fortes averses. Malheureuse la maîtresse de maison dont le nez n'aurait pas été sensible à l'air chargé de sable, et qui aurait laissé ses fenêtres ouvertes, le matin, en quittant son logis...

Kitsch

Les amateurs du genre seront ravis, à chiner dans les quartiers d'Attarine à Alexandrie ou de Bab el-Louk au Caire, où se trouvent de nombreuses brocantes regorgeant de meubles et d'objets kitsch, au premier rang desquels - à tout seigneur tout honneur - il faut laisser la place au style Louis Farouk (du nom du dernier roi d'Egypte), une imitation du style Louis XV, ou style Loulou Khamastashar, un mélange d'entrelacs baroques, de damas chargés et d'indigestes dorures. Les productions modernes n'ont pas rompu avec ce style qui reste une référence chic. Le fin du fin consiste à couvrir les tapisseries d'un épais film de plastique transparent, afin de les conserver intactes pour les héritiers. Pour les amateurs du kitsch ambulatoire, certains taxis sont à emprunter ; on repère de loin les plus beaux à la lumière bleue que l'habitacle diffuse la nuit. Les trottoirs des rues du centre-ville et leurs trésors de petites babioles valent aussi le détour.

Maalesh

Cocteau en a fait un livre, le pays le soupire. On emploie cet idiome au détour de nombreuses phrases : " Maalesh, il me faut te dire que... " ; comme précaution oratoire, " Je n'ai pas fini mon travail, mais maalesh, demain... " ; comme réduction de l'importance de la faute, " J'en conviens, c'est difficile, mais maalesh... " ; comme expression de résignation. Cela peut être énervant, au début, et puis, on s'y fait, conscient qu'il n'y a pas de force capable de lutter contre le " grand maalesh ".

Mode

Il faut avoir une once de culot, en Egypte, pour se vêtir de manière non conventionnelle et arborer des couleurs inattendues, des coupes nouvelles. Les rares créateurs de mode touchent un public féminin assez limité, qui les boude parfois, puisque ces mêmes clientes ont les moyens de faire leur shopping en Europe. Bien que les taxes douanières appliquées aux produits importés aient diminué, elles restent néanmoins élevées. Deux ou trois écoles de mode ont ouvert leur porte au Caire, l'une étant liée à la très célèbre école de la Chambre syndicale de la couture parisienne, dont un de ses anciens élèves, Mohammed Abdelrahman, est une étoile montante de la mode en Egypte. Le voile qui couvre la tête de la majorité des femmes égyptiennes n'échappe pas aux tendances de la mode.

Nil

A part dans quelques oasis perdues dans les déserts d'Egypte, c'est le long du Nil que s'agglomèrent les 80 et quelques millions d'habitants, sur des terres agraires représentant 4 % de la superficie totale du pays. D'avion, la limite entre le désert et la vallée fertile est stupéfiante : il n'y a pas de transition, on passe de la terre assoiffée à la palmeraie verdoyante. La joie de vivre des Egyptiens est sans doute à lier, en partie, et de façon immémoriale, au Nil, fleuve porteur de vie, qui, pendant des millénaires, a apporté richesse au pays, lors des nombreuses crues qui venaient déposer sur les terres agricoles le limon fertile. Depuis 1971, le haut barrage d'Assouan a rompu le rythme des crues ; la réserve d'eau du lac Nasser, en revanche, permet à l'Egypte de ne plus craindre de sécheresse.

Nuit

Vivre en Egypte implique de s'adapter au rythme quotidien de la population : les administrations travaillent de 8h à 15h, mais les boutiques ouvrent de 10h ou 11h le matin pour clore leurs portes vers 22h ou 23h. Quel bonheur de pouvoir aller chez son coiffeur à 20h, après le boulot, d'acheter un cadeau d'anniversaire à 21h juste avant la fête, de déjeuner quand on veut sans s'entendre dire : " On ne sert plus ! ", de faire ses courses chez l'épicier 24h/24 ! La vie des divertissements des villes commence vers 20h ; il est branché de dîner à minuit dans les endroits à la mode. Les matinaux n'ont qu'une solution : faire une sieste avant de sortir... Le Caire est une ville qui ne s'assoupit jamais totalement, sinon le vendredi matin, avant la grande prière hebdomadaire.

Pain

L'arabe dialectal égyptien a choisi la même racine, le même mot pour désigner la vie et le pain : eïch. Il est exact que le pain demeure, pour beaucoup, l'aliment de base vital. Le pain fait partie des denrées subventionnées par l'Etat ; une augmentation de son prix tournerait à l'émeute. Depuis la dévaluation de la livre égyptienne, puis la crise, pourtant, on entend souvent : " Avant, j'avais du mal à trouver de quoi m'acheter de la viande, maintenant j'ai bien du mal à me procurer du pain. "

Papyrus

Si les messages diplomatiques étaient inscrits sur des tablettes d'argile, le papyrus servait d'avantage à l'écriture des textes sacrés ou poétiques de l'Egypte ancienne. Composée de lamelles végétales posées les unes sur les autres, que vient coller l'amidon naturel qui s'en échappe, la feuille de papyrus est jaune ou brune, selon qu'on la laisse plus ou moins longtemps tremper dans l'eau. La contemplation des papyrus anciens, dans les musées, est touchante : au travers des siècles, ces feuilles délicates nous apportent le témoignage illustré d'une civilisation raffinée. La technique du papyrus avait disparu d'Egypte, de même que sa culture ; c'est au docteur Ragab que l'on doit sa réintroduction au XIXe siècle. Les amateurs auront l'embarras du choix entre reproductions soignées et dessinées à la main ou impressions vulgaires vendues à la sauvette sur des feuilles de... bananier.

Petits métiers

Dans la rue, une ribambelle de personnes aux métiers différents proposent leurs services, pour pas très cher : porteur de bagages à la gare, poinçonneur dans le tramway, cireur de chaussures, vendeur de journaux à la criée, livreur d'épicerie, vendeur de patates douces grillées, limonadier ambulant, boulanger à bicyclette, placeur de voitures, brocanteur appelé robabikia de robba vecchia (vieilles choses en italien), etc. Chacun trouve un métier pour vivre et la vie de tout un chacun s'en trouve améliorée.

Pyramides

Cet édifice emblématique de l'Egypte représentait, dans la théologie ancienne, le symbole de la création du monde : les Egyptiens croyaient qu'un tertre de terre, par la volonté du verbe divin, avait émergé du néant primordial, appelé Noun ; du sommet de ce tertre avait alors jailli la lumière, Râ, dieu créateur de toute vie. Construire une pyramide au bord du Nil pour ensevelir le pharaon ne relevait pas du hasard : à l'image de Râ, se levant et se couchant éternellement et dont il était le fils, le pharaon était unique, même si ses enveloppes charnelles se succédaient. On dénombre plus d'une centaine de pyramides sorties des sables. Il y en a sans doute plus ; les archéologues sont à pied d'oeuvre.

Querelle

Un accrochage de voitures, une bousculade, un rien, et le ton monte très vite au théâtre de la rue. Mots violents échangés, sarcasmes des deux parts, muscles gonflés, gestes belliqueux esquissés, attroupement des badauds, avis de chacun sur l'affaire, ton qui monte, poings retenus, protagonistes éloignés par leur groupe, et puis plus rien. Ces manifestations ne sont pas rares ; elles sauvent l'honneur. En général la scène attire des badauds par dizaines qui, s'estimant particulièrement à même de calmer le jeu, tentent d'intervenir et s'agglutinent. La période de fin du ramadan, où la faim, le manque de sommeil et le stress portent sur les nerfs, est très riche en querelles.

Service

Il n'est pas difficile, en Egypte, de trouver quelqu'un qui vous rendra service : voiture tombée en panne qu'il faudra pousser, intercession afin de faciliter une démarche, accompagnement jusqu'à bon port d'un étranger égaré, etc. Rendre service ne signifie pas pour autant que tout soit désintéressé. Comme l'a décrit Robert Solé dans son roman Mazag, un service rendu est un placement social, une multiplication de réseaux d'influence. Un jour, dans un temps non déterminé, il se pourrait qu'on vous demande un service en retour : rien n'est plus normal et finalement agréable dans une société composée de trames enchevêtrées. Pour le touriste de passage, le retour sera plus rapide : avant de se quitter, on s'entendra dire " eih redma ? " qui signifie " Un service à te rendre ? ", une manière délicate de solliciter un remerciement en espèces sonnantes et trébuchantes.

Taxi

C'est l'une des professions les plus décriées du pays, tant leur réputation d'arnaqueurs est assise. Il est exact que les chauffeurs des taxis parés des couleurs de la ville (blanche ou noir au Caire, jaune et noir à Alexandrie, etc.) n'hésitent pas à demander plus que le prix de la course. Le problème est justement d'évaluer ce montant en l'absence flagrante de compteur en état de fonctionnement. Le ministère des Transports, après plus de vingt ans d'inaction, vient de réévaluer les tarifs de la prise en charge et de la course au Caire, et souhaitait que tous les véhicules aient adopté le nouveau compteur avant le 1er janvier 2010... C'est presque fait. Les automobiles doivent aussi être remplacées : c'est une grâce tant on craignait, à chaque bosse de la chaussée, qu'elle ne provoque la rupture des soudures de l'épave.

Urbanisme

Aucune ville du pays n'échappe à l'élévation peu esthétique de mastodontes de béton et de briques, pour lesquels les permis de construire sont souvent outrepassés. L'effondrement d'immeubles révèle régulièrement une pratique répandue qui consiste à construire le double des étages autorisés, avec des matériaux qui ne résistent pas à la chaleur d'un incendie ou à l'ébranlement d'un tremblement de terre. Si les piliers et les étages sont en béton, les murs ne sont qu'en briques frêles. Ces mille-feuilles vertigineux s'aplatissent à la moindre pression sur la structure du bâtiment.

Vitrines

Les rues des centres-villes ainsi que les vitrines des boutiques qui les parent et les illuminent sont les attractions gratuites du petit peuple, les jeudis soir et les nuits de fête. Ce n'est que du rêve, mais la barrière de verre invisible qui les en sépare est supportable. Les vitrines présentent un certain intérêt à être scrutées, notamment celles des sous-vêtements féminins, des plus affriolants, et des plus surprenants dans un pays de plus en plus puritain. Ce ne sont que des mannequins qui les portent alors en public, et la femme n'a pas d'interdiction à se rendre désirable à son mari. " Madame, avant que de parler, cachez... "

Faire / Ne pas faire

Vouvoiement ou tutoiement. L'emploi du vouvoiement ou du tutoiement, dans une société aussi socialement hiérarchisée que l'Egypte n'est pas sans signification sur la place que vous vous attribuez et sur celle que vous reconnaissez à votre interlocuteur. Le vouvoiement est une marque de respect préalable, avant de jauger la personne à qui vous vous adressez. En langue arabe, la marque de vouvoiement pourra d'abord paraître précieuse, mais même les chauffeurs de taxi l'emploient (c'est tout dire !).

Si l'on vous y encourage, passez au tutoiement, mais attention, vous entrez alors dans le domaine de l'amitié immédiate, celle au nom de laquelle on pourra tout vous demander, parce que vous êtes devenu " un proche, un ami, un frère... " ni d'Eve ni d'Adam ! La pudeur occidentale en matière de service demandé ne s'exprime pas de la même manière au Moyen-Orient.

Salutations. De manière générale, vous serez toujours accueilli par des formules de politesse. Répondez-y avec la même simplicité. On vous demandera trois fois comment vous allez, répondez que tout va bien en ajoutant " El Hamdulillah " qui signifie " Dieu merci ", et exprimez la même inquiétude vis-à-vis de votre interlocuteur, de ses enfants, son travail, sa vie, sa femme moins souvent.

Un homme serre la main d'un homme ou lui donne une franche accolade doublée d'embrassades bruyantes.

Un homme salue une femme de loin, en s'inclinant, à la rigueur en lui serrant la main à condition qu'elle l'y invite.

Attention, lorsque vous passez devant quelqu'un qui mange, il vous invitera aussitôt à partager son repas : c'est une formule de politesse ; n'enlevez pas le pain de la bouche de tous les indigents que vous croiserez !

Invitations chez l'habitant. Etre invité à déjeuner ou à dîner par une famille égyptienne est une marque d'intérêt à laquelle il faut répondre en faisant honneur aux plats que la maîtresse de maison aura passé la journée ou davantage à préparer. La condition préalable est donc d'arriver avec un estomac affamé ; mais pas les mains vides en revanche : il est bien vu d'offrir un kilo de chocolat (c'est la norme idéale, en dessous, vous êtes pingre, au-delà vous les avez sans doute eus pour pas cher). C'est la maîtresse de maison qui vous servira, plusieurs fois, des dizaines de mets qui seront disposés, en même temps, sur la table dressée comme un buffet où votre assiette trouvera difficilement une place. Mangez lentement, n'hésitez pas à refuser une quatrième assiette, avec gentillesse. Pensez à complimenter largement la maîtresse de maison en disant : " Tes mains sont bénies ! " (Teslam idek) ou " Puisse ta maison avoir toujours à manger ! " (Tefra enneya !), au cas où...

On vous invitera après le repas à vous laver les mains. Vous vous installerez ensuite au salon pour les douceurs et le thé ou le café. On ne vous proposera pas de goûter aux chocolats que vous avez apportés ; cela signifierait qu'on les attendait.

Il se fait aussi, lorsque l'on connaît bien la maison, de laisser un petit bakchich à la cuisinière qui a forcément secondé la maîtresse de maison dans l'élaboration du repas.

Gestes offensifs. A moins de vous trouver sur les plages de stations balnéaires, votre tenue vestimentaire ne doit pas choquer les habitants d'un pays qui vous accueille. Il est décent pour les messieurs de porter des pantalons, et pour les dames d'éviter les jupes courtes et les épaules dénudées. Néanmoins, l'été, les jeunes gens aisés montrent de plus en plus leurs jambes en ville et portent des shorts.

Pour sortir, les Egyptiens s'habillent et font des efforts vestimentaires dont pourraient s'inspirer les touristes. L'accès à certains restaurants, pubs, golfs et à l'opéra... pourrait vous être refusé.

En s'asseyant, il est recommandé aux messieurs de ne pas croiser leurs jambes, et surtout de ne pas montrer la semelle de leurs chaussures à un voisin assis, lui aussi. C'est un geste de profond irrespect. De même vous remarquerez que les couples se donnent peu de marques d'affection en public. Sauf dans les lieux très touristiques, évitez les baisers fougueux et les gestes éloquents.

Paroles offensantes. L'Egypte est un pays fier de ses traditions sociales et religieuses, de son identité arabe qui constituent des piliers forts de sa société. Le pays a aussi une très bonne mémoire des siècles de colonialisme. Il serait mal venu de se lancer dans des discussions à l'emporte-pièce sur la religion (vous allez vous adresser à des croyants sincères), sur la situation économique du pays (à moins d'y apporter une solution, mieux vaut éviter de jouer à l'analyste génial), sur le gouvernement et la politique intérieure (vous êtes en vacances, ne l'oubliez pas), sur l'avancement des pays européens par rapport aux " pauvres pays en développement " (on vous répondra vertement quelques responsabilités historiques que vos épaules ne pourraient pas porter). Sachez que les Egyptiens, même s'ils aiment parler, détestent les discussions polémiques, les conflits verbaux qui les gênent. Souvenez-vous que la terre est vaste et que si cette région du monde ne vous convient pas, les aéroports sont des sas extraordinaires pour vous ramener à des conditions de vie qui vous siéraient mieux. En attendant, comme représentant de votre pays à l'étranger, contribuez au dialogue des cultures.

Pendant le ramadan. En Egypte, la plupart des musulmans jeûnent durant le ramadan. Même ceux qui ne le suivent pas, ne mangent, ne boivent ou ne fument pas en public pendant cette période jusqu'au coucher du soleil. Vous n'aurez aucun problème à trouver cafés et restaurant pour vous accueillir et vous servir. Dans la rue, évitez toutefois de manger, de boire ou de fumer ostensiblement. C'est une marque de respect pour ceux qui jeûnent. Evidemment ne vous interdisez pas une gorgée d'eau si vous êtes assoiffé, on ne vous en voudra pas.

Jours à éviter pour des visites. Les jours fériés tels que la fête de fin de ramadan, l'Aïd el-Kebir, le Cham al-Nessim, le 6-octobre, ainsi que les vendredis sont à proscrire si vous avez envie de visiter certains sites comme les pyramides de Giza ou de Saqqarah, le Musée égyptien, les corniches du Nil. Les habitants profitent de ces jours pour se rendre en masse sur ces sites et lieux publics et vous ne les apprécierez pas pleinement.

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