Le guide touristique BALÉARES / IBIZA-MINORQUE-MAJORQUE-FORMENTERA du Petit Futé : Histoire

Histoire

Si elles forment bien un archipel, et sont aujourd'hui regroupées sous une autorité commune, les îles Baléares n'ont pas pour autant un passé similaire. Au fil des âges, l'une est devenue florissante tandis que sa voisine stagne, ignorée de tous. Une autre se recroqueville sous le joug de l'occupant, alors qu'à quelques encablures, l'autonomie est déjà la règle. C'est sans doute en raison de cette diversité de destinées que les Baléares nous apparaissent aujourd'hui sous des jours si différents d'un rivage à l'autre. Il existe toutefois un point commun historique à ces îles plantées entre l'Europe et l'Afrique du Nord : elles ont toujours été sur l'itinéraire marchand des grandes civilisations de la Méditerranée. Par conséquent, elles ont été alternativement convoitées par les Phéniciens, les Carthaginois, les Ibères, les Romains et les Maures.

Archiduc Luis Salvador

Né à Florence en 1847, mort à Brandysnad Laben (Bohême) en 1915. Archiduc d'Autriche, il fut aussi un grand humaniste qui fit le tour du monde pour toujours revenir à Majorque où il jouissait de nombreuses possessions. Ardent défenseur des beautés naturelles et du patrimoine des îles Baléares, il écrivit plusieurs ouvrages, dont le plus fameux, Les Baléares, dans lequel il décrit les îles en mots et en images. Il reçut d'ailleurs la médaille d'or pour cet ouvrage lors de l'Exposition universelle à Paris en 1878.

2015, année de l'Archiduc (centenaire de sa mort)

Le gouvernement baléar a décidé de commémorer le centenaire de la mort de cet illustre personnage en lui consacrant plusieurs manifestations et évènements, notamment à Majorque. En effet, l'intérêt montré par l'Archiduc Luis Salvador va au-delà du simple amour pour une patrie autre que la sienne. Le Die Balearen geschildert in Wort und Bild (Les Baléares, description par le texte et l'image) est toujours aujourd'hui une source d'informations précieuse sur tous les aspects des Baléares : histoire, géographie, faune et flore, coutumes... L'oeuvre est d'ailleurs considérée comme la première étude globale de l'archipel. C'est aussi grâce à lui et à son travail de recherche que les Baléares ont pu se faire connaître ailleurs en Europe. Il invita de nombreuses personnalités politiques et intellectuelles (sa cousine Sissi, son ami Jules Verne...) à venir les découvrir. Son investissement auprès des îles, surtout de Majorque, était si important que déjà en 1909, le Fomento de Turismo (organe régissant le développement touristique) le nomma Président d'Honneur. L'écrivain français Jean-Louis Sarthou a écrit un livre (publié en 2013, éditions du Vieux Caroubier) sur cette figure emblématique qu'est l'Archiduc Louis-Salvador d'Autriche. Dans son livre L'archiduc sans frontière, Sarthou raconte comme Majorque devint le lieu idéal pour cet homme en quête d'épanouissement, l'endroit propice où promouvoir un tourisme social et équitable. Une lecture à conseiller.

Des origines à nos joursHaut de page

Préhistoire. Aux Baléares, les vestiges mégalithiques de l'époque préhistorique attestent de la présence très ancienne de l'homme. A Minorque (Naveta des Tudons), à Majorque (Talaiot de Capocorb, Llucmajor) ou à Formentera (Ca Na Costa), l'homme préhistorique a laissé des traces de son séjour. Mais il est difficile de savoir à quel moment un pied humain foule pour la première fois les plages des Baléares. Les historiens estiment que l'homme y apparaît 4 000 ans avant notre ère. Il trouve sur cet archipel un gibier abondant, notamment une espèce d'antilope aujourd'hui disparue, le Myotragus. Il est donc d'abord chasseur, puis, assez logiquement, éleveur et cultivateur. Cette civilisation trouve refuge dans des grottes, et c'est là que les archéologues ont retrouvé les premières poteries et objets en métal (entre 3000 et 2000 av. J.-C.). On parle alors de culture pré-talayotique. Dès 1500 av. J.-C., le commerce avec le bassin méditerranéen commence. Les Grecs, les Ibères et les Phéniciens font des haltes aux Baléares pour proposer leurs marchandises. Cette ouverture vers le reste du monde de l'époque va provoquer les premières constructions sur l'archipel.

Talayots. Les récits des marins de passage alimentent les imaginaires locaux. Les descriptions des premières cités structurées (Athènes et Carthage notamment) ont forcément influencé les îliens. Les villages se forment, les grottes se vident. Au milieu de ces modestes agglomérations, des tours de pierre et de bois assemblées sans mortier sont érigées, ce sont les talayots. Jusqu'ici peu organisées et visiblement pacifiques, les tribus dressent les premières fortifications. Cela ne suffira pas à arrêter les Carthaginois qui se rendent maîtres des Baléares en 645 av. J.-C. Ils détruisent les tours, bâtissent leurs propres villes et fortifications et, surtout, ils exploitent les richesses de l'archipel : les marais salants et le murex (mollusque carnassier dont est tirée la pourpre, un colorant très recherché dans l'Antiquité). Les envahisseurs tirèrent également partie du remarquable maniement de la fronde par les jeunes guerriers des Baléares. Ils les enrôlèrent dans leurs campagnes comme mercenaires dans les guerres puniques qui les opposèrent à Rome de 264 à 146 av. J.-C.

Du Ier au VIe siècle. Il ne faut que quelques années aux Romains pour comprendre alors l'intérêt de Carthage pour les Baléares. En 123 av. J.-C., le consul Caecilius Metellus intègre l'archipel à l'Empire romain. Il crée Palma et trace des voies de circulation à Majorque et Minorque. Néanmoins, l'Empire romain n'a pas laissé des traces profondes de sa domination. Il faut dire que 300 ans après s'être installé, l'empire n'est plus que l'ombre de lui-même. Sa chute, vers 400 de notre ère, plonge les Baléares dans une période de repli. En 425, l'archipel est dévasté par les Vandales, et une civilisation paléochrétienne subsiste comme elle peut durant cette période. Après la conquête du général Bélisaire, sous le règne de Justinien, empereur de Byzance, les Baléares sont intégrées en 553 à l'Empire d'Orient. Au VIIe siècle, les Wisigoths chassent les Byzantins, mais ce sont les Maures qui deviennent rapidement les maîtres des lieux.

Conquête mauresque. Les Arabes font leurs premières incursions dès le VIIsiècle, sans que l'on puisse parler de véritable invasion. Malgré quelques pillages, ils cherchent surtout à commercer, profitant ainsi de la position privilégiée des îles sur les grandes routes maritimes. Charlemagne tente de rétablir durablement une domination chrétienne sur Majorque, mais ses efforts sont réduits à néant en 902, lorsque le calife de Cordoue, Issam al-Jawlani, s'empare sans effort de l'archipel. A sa mort, en 1031, plusieurs suzerains maures d'Espagne se succèdent et entretiennent avec les chrétiens des rapports tolérants. Si aujourd'hui peu de vestiges sont visibles, les apports culturels, techniques (agriculture notamment) et architecturaux des Maures sont à l'origine d'un sursaut de l'archipel. En 1077, les îles demeurent terres musulmanes, mais pour la première fois depuis des siècles, elles deviennent un royaume indépendant. Entre 1113 et 1114, Ramon Berenguer, comte de Barcelone, très attiré par la situation géographique des Baléares, à la croisée des routes commerciales de la Méditerranée, s'allie à des corsaires de Pise pour occuper Palma. Traînant en longueur, la conquête laisse aux musulmans le temps de se réorganiser, et la tentative de reconquête échoue. L'archipel retrouve sa situation antérieure : la domination arabe.

XIIIe siècle. Animé d'un véritable sentiment de mission divine et profitant des dissensions entre les différents suzerains arabes d'Espagne et des Baléares, Jacques Ier d'Aragon prend prétexte d'attaques permanentes des pirates arabes contre les bateaux de commerce pour tenter de chasser les musulmans des Baléares. En septembre 1229, il envoie une puissante flotte.

Le jeune roi (21 ans) est vainqueur du principal affrontement entre les deux armées. Les Maures se sont toutefois réfugiés à Medina Majorica, le nom arabe de Palma. Jacques Ier devra patienter trois mois. La ville tombe enfin entre ses mains et c'est le début du royaume de Majorque. Jusqu'à sa mort, en 1276, le souverain contribuera avec succès au développement de l'économie des Baléares. A sa mort, il lègue Majorque à son fils cadet, Jacques II, avec le titre de roi des Baléares, tandis que l'aîné obtient le royaume d'Aragon.

Le royaume. Avec ce partage, les îles constituent alors un royaume indépendant pour la dernière fois de leur histoire. Il le reste jusqu'en 1343, malgré les pressions de la branche aragonaise de la famille pour récupérer les Baléares. Ces tensions atteignent un premier sommet lorsque Sanche, fils de Jacques II et sans héritier mâle, désigne son neveu, le futur Jacques III, pour lui succéder, alors que l'Aragon réclame l'archipel. Le conflit est évité grâce au soutien qu'apporte la France à Jacques III mais, à l'avènement de Pierre IV d'Aragon, le conflit rebondit, et le royaume de Majorque est délaissé par le roi de France, plongé en pleine guerre de Cent Ans.

En 1343, après s'être assuré du soutien de la population locale par la promesse de maintenir tous ses privilèges, Pierre IV s'empare du royaume de Majorque en écrasant l'armée de Jacques III. Ce dernier devient de fait une partie du royaume d'Aragon et perd donc son indépendance. L'île y perdra dans le même temps beaucoup de son éclat. Assujetties à des impôts nouveaux, concurrencées par les promesses du Nouveau Monde fraîchement découvert, les Baléares ne sont plus l'enjeu des routes maritimes qu'elles ont été pendant des siècles.

Pire, comme au temps des premières incursions arabes, la piraterie dévaste à nouveau l'archipel. Sans défense et trop dispersés, les habitants de Formentera sont même contraints de se réfugier à Ibiza. Leur île sera désertée jusqu'au XVIIe siècle, lorsqu'un réseau de tours de garde (encore bien visibles aujourd'hui) en assurera enfin la protection.

Les Baléares espagnoles. La guerre de succession d'Espagne oppose les Habsbourg et les Bourbons de 1701 à 1716. Philippe V sort vainqueur, mais les Anglais, bien que dans le camp des Habsbourg vaincus, conservent Minorque. Les Français, sous le commandement de Richelieu, viendront les en déloger en 1756. Finalement, à l'issue de la guerre de Sept Ans, la France rend le Canada, l'Inde et Minorque aux Anglais. L'Espagne ne regagne la souveraineté de Minorque qu'en 1802 par le traité d'Amiens.

XIXe et XXe siècles. En 1837, pour la première fois, est mise en service une ligne régulière entre la péninsule et l'archipel. Au début du XXe siècle, Majorque se signale par un embryon d'industrie. Pendant la guerre civile, entre 1936 et 1939, les militaires présents à Majorque et à Ibiza se rallient presque immédiatement au général Franco, seule Minorque reste fidèle aux républicains jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. En 1963, après des années de semi-autarcie, le gouvernement espagnol accélère le processus d'ouverture et les premiers touristes arrivent. Ibiza devient La Mecque des hippies. Enchantés et émerveillés, ces pionniers sont suivis de millions de visiteurs.

Les années 1970 sont marquées par une véritable vague de touristes venus du nord de l'Europe - d'Allemagne tout particulièrement - qui prennent possession du littoral Baléares et des pittoresques villages de montagne. Cette invasion touristique transforme l'île et affecte une population dont une bonne partie conserve, contre vents et marées, les us et coutumes et un mode de vie d'un passé pas si lointain.

Au début des années 1980, les îles connaissent une véritable révolution avec l'accession à l'autonomie et la création d'un gouvernement autonome des Baléares le 25 février 1983. Un parlement baléare voit le jour. Régulièrement, depuis cette date, les électeurs baléares sont appelés aux urnes pour élire leurs députés. Un gouvernement est constitué, avec à sa tête un président.

L'une des grandes figures de l'histoire baléare de ces dernières années est Gabriel Cañellas Fons. Il est le premier président de la Communauté autonome des Baléares, et ce jusqu'en 1995. Après de multiples réélections à ce poste, il est contraint de démissionner. L'année 1995 reste en effet une date noire dans l'histoire des Baléares, avec la découverte d'un énorme scandale de corruption (affaires Calvià et Sòller) qui jette l'opprobre sur la classe politique tout entière.

En 1999, c'est Francesc Antich i Oliver, du Parti socialiste des îles Baléares, qui arrive en tête des élections du Parlement régional des Baléares. En mai 2003, lors des élections régionales, le Parti populaire, gouverné par Jaume Matas Palau, a gardé la préférence des habitants de l'archipel en remportant la majorité des sièges à l'Assemblée. En mai 2007, Jaume Matas Palau se présente une nouvelle fois aux élections, mais c'est son adversaire, Francesc Antich Oliver, qui les remporte, devenant ainsi le nouveau président du gouvernement des îles Baléares.

En 2010, le scandale " Palma Arena " oblige Francesc Antich i Oliver à se séparer d'Unió Mallorquina, dont certains dirigeants sont impliqués dans cette affaire de corruption, pour gouverner seul sans la majorité. Les élections de juin 2011 ramènent la droite au pouvoir avec une écrasante majorité. José Ramón Bauzà Díaz (PP) devient le nouveau président du gouvernement des îles Baléares. La même année, Iñaki Urdangarin - gendre du roi d'Espagne - fait l'objet d'une enquête dans le cadre de l'affaire Babel, dérivée de l'affaire Palma Arena. Il est mis en examen en 2012 pour détournement de fonds publics.

En parallèle, la crise s'intensifie dans toute l'Espagne et particulièrement aux Baléares, où le taux de chômage atteint 28,5 % au printemps 2013. L'arrivée de l'été marque une courte période de répit, et le chômage descend à 22,5 % grâce aux emplois saisonniers. On est malheureusement loin des chiffres du début des années 2000, lorsque les Baléares connaissaient le plein emploi pendant la saison touristique. A l'automne, un profond malaise social vient se greffer au problème de la crise : la réforme du système éducatif, mise en place par le gouvernement de José Ramón Bauzá, menace l'usage du catalan dans les écoles des Baléares au profit de l'anglais.

En septembre 2014, la cour suprême des Baléares annule cette réforme la jugeant non valide, du fait que l'Université des îles Baléares, organe compétent, n'a pas été consultée dans cette prise de décision. Suite à cela, la ministre de l'Education Juana Maria Camps a été destituée de ses fonctions et remplacée par la porte-parole du gouvernement, Nuria Riera. Ces événements ont, bien entendu, donné suite à de nombreuses manifestations anti Bauzá réclamant sa démission.
Plus tôt dans l'année, le 2 juin 2014, le roi Juan Carlos Ier abdique suite aux nombreux scandales liés à la famille royale et à la crise institutionnelle qui ne cesse de s'aggraver dans toute l'Espagne. Les chiffres du chômage restent, quant à eux, relativement élevés pour les Baléares malgré l'enregistrement d'une légère baisse entre fin 2014 et fin 2015, époque à laquelle son taux s'élevait à 13,88 %.

Chronologie

4000 av. J.-C. > Apparition de l'homme aux Baléares.

1600 av. J.-C. > Colonies grecques, ibères et phéniciennes.

1100 av. J.-C. > Début de l'ère des Talayots.

123 av. J.-C. > Arrivée d'une colonie romaine.

70 av. J.-C. > Intégration à l'Empire romain.

425 apr. J.-C. > Invasion vandale.

553 > Les Baléares intègrent l'Empire d'Orient.

902 > Conquête arabe.

9 septembre 1229 > Jacques Ier débarque à Majorque et reprend l'archipel aux Maures (en 1235).

1343 > Rattachement à la Couronne d'Espagne.

1713 > Minorque devient officiellement anglaise.

1802 > Minorque est rendue à l'Espagne.

1837 > Première liaison maritime régulière Baléares-Espagne.

1936 > Majorque et Ibiza se rallient à Franco.

1963 > Début de l'ouverture au tourisme.

1983 > Le 25 février, les Baléares se dotent d'un gouvernement autonome.

1983 > Election de Gabriel Canella Fons à la présidence de la Communauté autonome.

Printemps 1995 > Démission de Gabriel Canella Fons.

Eté 1995 > Election à la présidence de Cristòfol Soler.

1996 > Démission de Cristòfol Soler et nomination de Jaume Matas i Palou.

Juin 1999 > Elections européennes et municipales ; élections de la nouvelle équipe du gouvernement autonome des Baléares avec coalition anti Parti populaire de tous les partis politiques ; nouveau président : Francesc Antich.

En 2000 > Les murailles de la ville d'Ibiza (Dalt Vila) deviennent patrimoine mondial de l'Unesco. Au mois de mai, une fête dite médiévale se tient dans l'enceinte de la vieille ville d'Ibiza pour célébrer cet événement.

Mai 2003 > Jaume Matas Palau gagne les élections au parlement et récupère la présidence du gouvernement des Baléares.

Mai 2007 > Lors des élections parlementaires, le Parti populaire (PP) reste de loin le premier parti en nombre de voix avec 46 %, mais perd sa majorité absolue. Le socialiste Francesc Antich i Oliver gagne la présidence en passant une alliance avec les partis régionalistes et forme un gouvernement de centre-gauche.

2008 > Comme le reste de l'Espagne, les îles Baléares sont touchées par la crise financière et l'effondrement du secteur de la construction.

2011 > La droite est de retour au pouvoir lors des élections du 18 juin, avec une majorité écrasante. José Ramón Bauzà Díaz (PP) est le nouveau président du gouvernement des îles Baléares et doit affronter le problème du chômage.

2013 > Le taux de chômage aux Baléares se situe à 28,5 % avant l'été, et redescend à 22,5 % grâce aux emplois saisonniers.

2014 > Le taux de chômage remonte à 26,7 % au premier trimestre.

2015 > Lors des élections, le pouvoir change de nouveau de main et revient aux socialistes. Francina Armengol devient la nouvelle présidente du gouvernement.

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