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Guide de Chine du Sud-Ouest : Arts et culture

Les personnes sensibles à l'art vont forcément succomber au charme et à la subtilité des arts chinois. Alors que nous étions encore des barbares, les Chinois fabriquaient déjà de la porcelaine magnifique, et maîtrisaient de nombreuses techniques que l'on ne trouvait alors qu'en Egypte et en Asie Mineure. Au cours du temps, la céramique, la peinture et la calligraphie, le travail du jade et de la laque se sont imposés comme les fleurons de l'art chinois. En Chine, la conception de l'art et des artistes était fort différente de celle qui avait cours en Occident. Les artistes et artisans chinois travaillaient souvent en groupe, sans mise en avant individuelle. Ainsi, en céramique, on ne connaît pas d'artistes particuliers, on parle de fours. Le pays comptait des centaines de calligraphes, des milliers de peintres dont des empereurs et des princes. Cette notion a évidemment évolué de nos jours, et les artistes chinois sont reconnus individuellement par leur peinture ou leur talent.

Au XXe siècle, l'art et les artistes chinois ont été malmenés par la tourmente de l'histoire du pays. Toute création a été complètement anéantie par les Gardes rouges durant la Révolution culturelle. Des millions d'intellectuels ont été envoyés dans des camps pour être rééduqués par les paysans. Et les artistes ont subi le même sort sous la férule de Jiang Qing, la femme de Mao, une actrice plutôt médiocre de Shanghai qui profita sans doute de la révolution pour se venger de ses frustrations professionnelles. En 1977, quand Deng Xiaoping revient au pouvoir, la Chine n'est plus qu'un vaste désert culturel laissé par Mao. La plupart des artistes - ceux qui n'ont pas été assassinés - sont en prison, en camp de travail ou en résidence surveillée. La littérature, le cinéma, la peinture, même les arts populaires, tout est confisqué, suspendu. La création artistique renaît peu à peu, et a connu au cours des dernières années une explosion, qualifiée par certains de " nouvelle révolution culturelle ". Les artistes chinois sont désormais très cotés, et reconnus dans le monde entier. Seul hic, de taille, la création reste exposée à la censure, et de nombreux artistes comme Ai Weiwei sont dans le viseur des autorités pour leurs oeuvres subversives. Qu'à cela ne tienne, le retour de la culture est consommé en Chine, et ce n'est qu'un début.

Architecture

Les provinces de Chine du Sud sont riches en architecture locale, avec des caractéristiques qui leur sont propres. Des étonnants Tulou du Fujian aux maisons tibétaines du nord-ouest du Yunnan, en passant par l'architecture typique du Hunan, les maisons en bois, ponts et tours du tambour des minorités (chaque groupe ethnique a sa propre architecture), les vieux quartiers de Lijiang... Un voyage en Chine du Sud est une véritable découverte de styles architecturaux totalement différents les uns des autres. La découverte des petits villages traditionnels est un émerveillement. Dans les grandes agglomérations, la modernité a souvent sacrifié les vieux quartiers, ce qui est dommage, mais les nouvelles constructions n'en demeurent pas moins réussies pour la plupart, et la Chine s'enorgueillit désormais de compter parmi les plus hauts immeubles au monde. L'architecture de Hong Kong ou de Shamian, à Canton/Guangzhou, témoigne de la présence occidentale (anglaise et française), tandis que Macao conserve dans le centre-ville de nombreux vestiges de l'architecture portugaise.

Artisanat
Le tissu indigo, une spécialité de Dali.
Le tissu indigo, une spécialité de Dali.

On peut trouver quantité d'objets à des prix très raisonnables : jade (vert ou blanc) notamment au marché de Jade à Canton, batiks des ethnies de Chine du Sud (dont ceux des Bai de Dali, dans le Yunnan), porcelaines peintes de Canton, flacons de verre de Baoshan peints à l'intérieur, tissus brodés et à applications du Shanxi, papiers découpés, figurines en farine du Hebei, jouets en tissu, bambou tressé du Sichuan... Les " boules de Canton " sont des boules concentriques d'ivoire sculpté. Les oreillers en poterie ou en porcelaine, avec un petit trou à chaque extrémité, étaient en usage dans la Chine ancienne. Les lanternes en papier (ou en matière plastique) sont en vente surtout avant la fête des lanternes (deux semaines après le Nouvel An chinois). On peut également trouver des meubles et de petits objets à incrustations de nacre, beaucoup de vannerie, de ravissantes petites cages à oiseaux en bambou travaillé, des chapeaux de paille (hakka avec le volant en cotonnade noire froncé, ou tanka à la forme caractéristique), des parasols aux couleurs vives ou des parapluies en papier huilé, des éventails en papier, en tissu, en bambou ou même en plumes (souvent utilisés pour souligner les mouvements du tai-chi), et de l'artisanat ancien comme des découpages de papier, des sandales en chanvre tressé et de petits animaux faits de longues tiges d'herbe tressée (en forme de sauterelle, poisson, oiseau...) et qui ne coûtent que quelques dizaines de yuans. Les " quatre trésors des lettrés " feront également de beaux souvenirs à rapporter : encriers en pierre sculptée, bâtonnets d'encre et pinceaux (que le calligraphe, jadis, se procurait à prix d'or), du papier de riz et des sceaux en marbre sculpté avec leur pâte à cachet rouge (faite de cinabre, un composé de mercure) dans de jolies petites boîtes en porcelaine.

La céramique

On voit apparaître les premières pièces de céramique sous le Néolithique (vers 2500 avant J.-C.). Céramique peinte, rouge puis noire souvent montée au tour et gravée un peu grossièrement encore. C'est à partir du IIIe siècle avant J.-C. que l'on trouve les premiers grès plus résistants que la poterie. Sous les Han, on commence à déposer une glaçure vert olive ou brunâtre pour rendre les récipients étanches, et on découvre l'utilisation des couvertes au feldspath qui sont encore plus solides. En même temps, les fours s'améliorent et les techniques de cuisson évoluent. Sous les Tang, on voit apparaître de nouvelles formes avec le sancai céramique aux trois couleurs (noir, vert rouge ou brun), qui décoraient des figurines et des animaux devant accompagner le défunt dans l'au-delà. La porcelaine a toujours eu un rôle important dans l'histoire artistique de la Chine, et notamment dans le domaine de l'architecture. Les Chinois découvrent la technique de sa création au VIIe siècle. La plus belle et la plus raffinée apparaît sous les Song (960-1276), grâce notamment à l'amélioration des techniques de cuisson. C'est également l'époque des empereurs artistes, qui vont faire progresser les recherches vers la beauté et la perfection. On découvre la porcelaine fine et blanche, si fine que certaines, presque transparentes, sont surnommées " coquilles d'oeuf " ; les céladons passent d'un vert olive à des teintes de bleu vert clair, et de turquoise splendides, avec souvent des motifs taillés dans la pâte avant la pose de la couverte, ce qui leur permet de garder cet aspect de légèreté caractéristique. En variant l'angle d'ouverture des portes des fours pendant la cuisson des pièces, on obtient également le " craquelage " idéal, technique à l'origine d'un nouveau style artistique. Par la suite, l'ajout des motifs peints sur couverte donne naissance, vers l'année 1300, à la fameuse porcelaine " bleu et blanc " (Qinghua), aux décors peints au bleu de cobalt tout droit venu de Perse. Au début, les artisans avaient du mal à dompter ce bleu qui apparaissait souvent diffus et sombre, mais, bientôt domestiqué, il fut utilisé pour de superbes motifs floraux ou des représentations de paysages. Sous les Ming (1368-1644), on reprend tous ces thèmes romantiques ou animaliers pour décorer la porcelaine, et on revient aussi à la pureté des monochromes. Viennent ensuite les familles de porcelaines rose et verte, porcelaines émaillées sous et sur couverte avec parfois l'application d'un émail rose venu de Hollande. A partir de 1730, une forte demande étrangère déferle sur la Chine, et les motifs décoratifs vont évoluer en conséquence. On peut encore en voir des exemplaires sous la marque de la Compagnie des Indes. Si, tout au long de son évolution, la qualité de la porcelaine chinoise n'a cessé de s'améliorer pour répondre à l'exigence de perfection imposée (on cassait toutes les pièces impériales qui n'étaient pas parfaites même si elles ne présentaient qu'un tout petit défaut), elle ne peut plus revendiquer sa qualité aujourd'hui, à l'heure où les productions massives ont priorité.

La céramique vernissée

Dans le domaine de la construction en Chine, la technique du vernis apparaît sous les Zhou (1027-770 avant J.-C.), puis elle est utilisée sous les Han pour les tuiles vernissées. On reconnaît au vernis la propriété de rendre l'objet plus noble et plus beau par sa brillance, sa transparence et son côté majestueux. Pour cette raison, on va d'abord l'utiliser pour les constructions impériales. Le processus de fabrication est le suivant : on choisit tout d'abord une terre de qualité, que l'on va raffiner dans un premier temps, pour ensuite la modeler et sécher à l'air la tuile ou l'objet fabriqué. On applique ensuite la glaçure, avant de cuire la pièce dans un four (cuisson entre 750 et 1 200 degrés) et de procéder au refroidissement. Les tuiles vernissées du Palais impérial vous séduiront certainement par leur beauté et le raffinement qu'elles apportent à l'ensemble des toitures de la Cité Interdite. On distingue plusieurs couleurs adaptées à la hiérarchie des habitants. Par exemple, pour l'empereur on fera des tuiles vernissées jaunes, elles seront vertes pour les frères de l'empereur et les princes, bleues pour le Temple du Ciel (puisque c'est la couleur du ciel), et noires pour la bibliothèque. On va essentiellement l'utiliser pour les toitures des palais, des portiques et des pagodes, ainsi que pour décorer les murs à écran à neuf dragons. On trouvera également ce vernis sur certaines statuettes. La couche de vernis que l'on applique sur le support d'argile est composée de bioxyde de silicium et d'alumine. C'est en y ajoutant d'autres oxydes de métal que l'on fera apparaître différentes couleurs (par exemple, oxyde de fer pour le brun, oxyde de cuivre pour le vert...).

Vous aurez sans doute remarqué les personnages vernissés qui chevauchent l'arête du toit des pavillons de la Cité Interdite. Selon l'importance du bâtiment, on en comptera jusqu'à 13. Toujours après un génie chevauchant un coq, on verra un dragon (symbole de l'empereur), un phénix (signe de bonne augure, symbole de l'impératrice), un lion (protecteur bouddhique qui symbolise la puissance), un cheval ailé (animal légendaire qui symbolise la fidélité), un hippocampe (symbole de la toute puissance de l'empereur), un lion céleste (qui mange tous les animaux féroces, symbole du commandement), un poisson mythique (qui amène les nuages et la pluie), un singe céleste (symbole de sagesse)... On les installe pendant la construction, pour protéger les pavillons des diverses catastrophes. Ils sont toujours en nombre impair.

Jade

C'est la pierre la plus précieuse aux yeux des Chinois. Soigneusement travaillée, polie et sculptée, on aime aussi sa douceur et sa fraîcheur au toucher. Il faut savoir qu'à force de travailler le jade et de l'aimer, les Chinois en sont arrivés à épuiser les mines de jade de leur pays et si l'on vous propose un objet en jade, sachez qu'il s'agit de jadéite ou de néphrite. Cela n'enlève rien à la beauté de l'objet. La jadéite a plus de valeur que la néphrite. Elle est plus translucide, et sa couleur varie depuis un camaïeu de vert presque blanc jusqu'à un vert plus franc. Il se peut aussi qu'elle adopte des teintes bleues ou lavande. La néphrite, tout droit venue d'Asie centrale, est souvent d'un joli vert plus terne, mais elle peut aussi être blanche, jaune ou même noire. Les premiers jades que l'on a retrouvés datent d'environ 5000 ans avant J.-C., et ils étaient alors utilisés comme offrandes au Ciel et à la Terre au cours de sacrifices rituels, et surtout lors des cérémonies funéraires puisqu'on accordait au jade le pouvoir de prolonger la vie terrestre. C'est pour cela qu'on en recouvrait partiellement le corps du défunt et qu'on a ainsi pu retrouver des plaquettes qui devaient être des amulettes et des parures. C'est à partir du XVIIIe siècle que le travail du jade devient plus courant et apparaît dans les objets d'art et de décoration. Les amateurs de jades pourront déambuler dans les petites artères du marché de Jade à Canton dans la province du Guangdong.

Laques

Tout le monde a éprouvé une agréable sensation en caressant de la main une porte d'armoire laquée : celle d'une immense douceur contrastant avec la nature par essence rustique du bois. La laque a été découverte en Chine sous les Shang. Elle est issue de la sève résineuse du " sumac " qui non seulement est imperméable, mais se durcit au contact de l'air en adoptant une jolie nuance de brun et donne par là même une résistance et une protection extraordinaires aux bois qu'elle recouvre. Le procédé est assez long. Tout d'abord, il faut bien poncer la surface ou l'objet que l'on souhaite laquer. Ensuite, on l'enduit d'un mélange d'argile et de laque sur une fine épaisseur. Après douze heures au moins de séchage à l'abri de la poussière, on pose une nouvelle couche de laque, on laisse à nouveau sécher une douzaine d'heures, et on ponce soigneusement. Et ainsi de suite, une vingtaine de fois. On peut alors peindre une décoration au pinceau si on le souhaite. Sous les Han, pour fabriquer de la vaisselle très légère ou des boîtes, on commençait par tremper le papier ou le tissu dans la résine, avant de lui donner la forme voulue dans un moule. L'objet une fois sec durcissait en conservant la forme donnée et il suffisait d'appliquer le même procédé de couches de laques successives. Sous les Song et les Yuan, les laques étaient plus souvent monochromes rouges ou noires, mais on en trouve ensuite décorées de motifs sculptés et peints.

Si vous aimez les objets en laque, n'hésitez pas à vous rendre à Fuzhou dans la province du Fujian. Vous pourrez visiter des ateliers et acheter de très belles pièces de laques réputées dans toute la Chine.

Que ramener de son voyage ?

Avec ses nombreuses minorités ethniques, la Chine du Sud est particulièrement prolifique en termes de production d'artisanat local. Parmi les produits que vous pourrez ramenés, les batik couleur indigo de l'ethnie Bai, près de Dali et Lijiang, ou ceux des Dong, dans le Guizhou, sont des plus appréciés par les touristes, même s'ils sont aujourd'hui souvent submergés par les textiles d'importation thaïlandaise... Dans le Yunnan, du côté de Lijiang, vous pourrez acquérir des calligraphies peintes sur du papier dongba et quantité de bijoux ethniques (là aussi, bien souvent importés). Le thé reste également l'un des incontournables du shopping local, que ce soit dans la province du Guangdong (le bien connu oolong), du Fujian (la variété tieguanyin) ou du Yunnan (le fameux pu'er). Enfin, pour les amateurs de beaux vases et autres céramiques, les productions du Jiangxi (porcelaine de Jingdezhen) ou du Guangdong (à Shiwan) sont tout simplement les plus réputées de Chine. Attention, fragile : assurez-vous de bien protéger vos achats au retour.

Cinéma

Le cinéma chinois a une longue histoire, fortement liée à l'évolution politique du pays. Le premier film a été projeté en Chine dès 1886, soit une année à peine après celui des frères Lumière. La première production chinoise date de 1905 : il s'agissait d'extraits d'un opéra de Pékin, filmés en plans fixes. Le cinéma chinois a véritablement décollé dans les années 1920, et surtout les années 1930, à Shanghai. Deux types de films étaient alors réalisés en Chine : des films de divertissement (grandes fresques historiques ou inspirées de la littérature classique, premiers films de combat qui ont ensuite inspiré les productions hongkongaises), et films plus engagés sur des thèmes sociaux. La fin des années 1930 et les années 1940, celles de la guerre puis de l'occupation japonaise, ont été marquées par un fort recul de la production cinématographique chinoise, les principaux films étant alors réalisés à Hong Kong. A partir des années 1950, le cinéma devient une activité principalement tournée vers la propagande, ce qui n'exclut d'ailleurs pas des films de qualité (Les Anges des boulevards). Mao Zedong crée un Bureau du cinéma, qui serait peut-être mieux nommé par l'appellation " bureau de la censure ", chargé de sélectionner les films politiquement corrects, et de couper des scènes indésirables, tant dans les films chinois qu'étrangers.

Le renouveau du cinéma chinois créatif intervient après la Révolution culturelle, avec la réouverture de l'Académie du cinéma de Pékin en 1978. Parmi les jeunes réalisateurs diplômés de cette première promotion en 1982 figurent les grands noms du cinéma chinois des années 1980, ceux que l'on appelle la " cinquième génération " : Chen Kaige (Palme d'or à Cannes en 1993 pour Adieu ma concubine), Tian Zhuangzhuang (Le Voleur de chevaux, Le Cerf-volant bleu) et Zhang Yimou (Le Sorgho rouge, Epouses et concubines, et Vivre !, Grand Prix du jury à Cannes en 1994). Un peu en marge de ce groupe, bien qu'appartenant à la même génération, on peut également citer Jiang Wen, remarqué pour son très beau film sur la Révolution culturelle à travers les yeux d'un enfant (Dans la chaleur de l'été), et, plus récemment, par une vision très sarcastique de la guerre contre les Japonais (Les Démons à ma porte, primé à Cannes). Aujourd'hui commence à se dessiner un nouveau groupe de réalisateurs, un peu abusivement regroupés sous le nom de " sixième génération " : il s'agit de jeunes réalisateurs qui s'intéressent aux problèmes sociaux de la Chine contemporaine. Ces cinéastes sont confrontés à un dilemme pour l'instant insoluble : doivent-ils traiter ces thèmes comme ils l'entendent (souvent de manière assez crue), et les films n'atteindront alors jamais les spectateurs chinois ; ou doivent-ils se plier aux contraintes du toujours très actif Bureau du cinéma, et tourner des films un peu édulcorés, qui pourront alors être distribués en salle en Chine. Pour l'instant, la plupart de ces jeunes réalisateurs ont choisi la première option : leurs films underground parviennent à sortir à l'étranger, mais pas en Chine, à leur grand regret. Parmi les représentants de ces nouvelles tendances de films très sociaux, on peut citer Jia Zhangke (Xiao Wu, artisan pickpocket, Plaisirs inconnus, Still Life), Wang Chao (L'Orphelin d'Anyang), Zhang Yuan (Yesterday, sur la toxicomanie en Chine), Lee Yang (Blind Shaft, sur la vie des mineurs dans le Nord de la Chine et Blind Mountain, deuxième partie du triptyque).

Malgré le contrôle toujours très présent sur la production cinématographique, la Chine tente de s'insérer dans les circuits de festivals mondiaux. A Kunming, on organise depuis 1991 le festival des Coqs d'or et des Cent Fleurs, version chinoise des Césars. En 1993, la ville de Shanghai a inauguré le premier festival international du film en Chine. Alors que le récent durcissement idéologique met le cinéma dans la ligne de mire des anciens du régime, l'industrie cinématographique (qui s'est ouverte en 1995 aux superproductions américaines) est rattrapée par le capitalisme. La plupart des films actuels sont réalisés avec des capitaux privés, chinois ou étrangers, ce qui ne les met pas pour autant à l'abri du Bureau du cinéma.

La Chine est devenue un puissant acteur institutionnel du cinéma mondial en prenant des parts importantes dans de nombreuses productions internationales. Ce phénomène se traduit à travers le tournage d'un grand nombre de scènes à Hong Kong ou en Chine continentale ou encore par l'augmentation du nombre d'acteurs chinois en tête d'affiche. La Chine est désormais l'un des marchés les plus importants lors de la sortie de blockbusters car elle fait souvent pencher la balance d'un côté ou de l'autre. Pour ne citer que les plus importantes de ses coproductions (en oubliant le raté The Great Wall par Zhang Yimou en 2016) : Transformers : Age of Extinction ou l'adaptation du jeu Warcraft.

Hong Kong, capitale du cinéma chinois

Si la Chine se distingue par un cinéma dynamique, Hong Kong est son Hollywood, sa Cine Città, son Bollywood. Célèbre en Asie comme centre de production de films pour la télévision comme pour le grand écran, c'est la patrie de Bruce Lee et de Jackie Chan, du kung-fu et d'autres arts martiaux. Les films et téléfilms de kung-fu de Hong Kong ont popularisé cette technique d'autodéfense chinoise qui remonte à la dynastie des Song (960-1279). En Occident, il a fallu attendre l'arrivée d'une nouvelle génération de cinéphiles et de cinéastes comme Quentin Tarantino et Martin Scorsese pour qu'on s'intéresse au film culte du cinéma de Hong Kong : Zu, les guerriers de la montagne magique (1982), présenté au Grand Rex dans le cadre du Festival de Paris. Tourné la même année, Le Temple de Shaolin ne s'écarte guère de la convention du ciné kung-fu (les moines de Shaolin sont les " inventeurs historiques " du kung-fu, pour défendre l'Empire céleste contre les invasions mongoles).

L'industrie cinématographique de Hong Kong est la troisième au monde. On lui doit une grande variété de films en cantonais qui, une fois doublés, sont distribués dans le monde entier. Des maisons de production étrangères viennent aussi tourner à Hong Kong afin d'utiliser les compétences des techniciens locaux. Les studios de cet Hollywood de l'Asie produisent plus de 150 films par an et comptent 25 millions de spectateurs. Si l'on méprisa longtemps le cinéma populaire de Hong Kong, réduit au cliché du kung-fu et des blagues potaches, ses films ont depuis conquis l'Occident. Certains acteurs se sont exportés avec succès, tels que Chow Yun-Fat (A Better Tomorrow, The Killer), Jet Li (Il était une fois en Chine, Tai-chi Master) ou bien sûr l'inimitable Jackie Chan. Quant à la nouvelle vague de cinéastes de Hong-Kong des années 1990, elle est désormais incontournable dans les festivals internationaux : Wong Kar-wai (Chungking Express, In the Mood For Love), Stanley Kwan (Red Rose, White Rose) ou Yim Ho (The Day the Sun Turned Cold). Avec la rétrocession, on continue de réaliser des films, non sans appréhension pour le futur. De son côté, la République populaire de Chine a fêté l'événement avec une superproduction sur la guerre de l'Opium, réalisée par le vétéran Xie Jin et sortie sur les écrans le jour même du retrait britannique. Chaque année, au printemps, durant une quinzaine de jours, le Festival international du film de Hong Kong est l'une des grandes manifestations culturelles du territoire.

Aperçu de la sixième génération des réalisateurs chinois (et quelques autres)

Arrêter une liste de films chinois à voir avant un éventuel séjour en Chine est forcément un exercice très difficile au vu de la production gigantesque du pays, mais également une affaire de goût. Pour autant, voici une sélection !

Epouses et concubines, Zhang Yimou (1991).

Adieu ma concubine, Chen Kaige (1993).

Vivre, Zhang Yimou (1994).

Chungking Express, Wong Kar-Wai (1995).

Shower, Yang Zhang (2000).

Beijing Bicycle, Wang Xiao Shuai (2001).

Les Démons à ma porte, Jiang Wen (2001).

Blind Shaft, Li Yang (2003).

Crazy Kung Fu, Stephen Chow (2005).

A Touch of Sin, Jia Zhang Ke (2013).

Les Ames mortes, Wang Bing (2018).

Littérature

On établit la naissance de la littérature chinoise aux environs de 2000 av. J.-C. Même si il est plus aisé de trouver des traductions des oeuvres classiques de nos jours, de nombreuses oeuvres notamment des recueils de poèmes demeurent difficilement traduisibles. Les plus patients devront apprendre à maîtriser la langue pour pouvoir découvrir les écrits anciens. Avant le XXe siècle, on dénombrait deux styles de littérature en Chine : le classique et le vernaculaire. La littérature classique était un ensemble de textes anciens que les candidats au mandarinat devaient connaître. Le style vernaculaire était quant à lui davantage pour distraire. Les romans vernaculaires sont d'une richesse incalculable pour ceux qui souhaitent découvrir la Chine ancienne. Un des plus célèbres est certainement le Roman des Trois Royaumes écrit par Luo Guanzhong, il raconte et met en scène les batailles dans lesquelles se livraient la Chine lorsqu'elle était divisée en trois royaumes (dynastie des Han).

Au début du XXe siècle, les premières traductions de romans occidentaux firent leur apparition en Chine. La littérature étrangère influença par la suite les écrits chinois classiques. Lors de l'ascension au pouvoir des communistes, la littérature chinoise cessa d'évoluer et se mua dans un style rigide. Elle servait à l'époque à véhiculer les idées du parti. Après la mort de Mao Zedong en 1976, les langues se délièrent et les écrivains chinois commencèrent à écrire sur la pauvreté, la Révolution culturelle et tous les évènements choquants qu'ils ont pu vivre. Depuis les années 1990, une nouvelle génération d'auteurs chinois semble émerger. La rapide croissance économique, la solitude, la drogue, la sexualité inspirent cette nouvelle vague. L'auteure Zhou Weihui est membre de cette nouvelle génération. Son ouvrage Shanghai Baby publié en 2000 fut un véritable succès en Chine et à l'étranger. Qualifié de décadent par le gouvernement, ce livre décrit pourtant la réalité de la jeunesse des grandes villes. Le roman aborde les sujets de la liberté et de la sexualité sans tabous. En 2000, le prix Nobel de la littérature est attribué à Gao Xingjian pour son roman La Montagne de l'âme, qui se déroule dans les paysages montagneux du sud de la Chine. Il faut également citer Le Totem du loup de Jian Rong, publié en 2003, le plus gros succès littéraire de tous les temps en Chine (20 millions d'exemplaires vendus, soit vraisemblablement plus que Le Petit Livre rouge du Grand Timonier) ! Ce roman d'aventures raconte la vie de deux " instruits " dans les campagnes du nord de la Chine. En 2012, l'académie a choisi de récompenser Mo Yan pour son oeuvre, comme Le Pays de l'alcool, écrit après les événements de 1989, qui dénonce la corruption des hauts cadres. Citons encore Beaux Seins, belles fesses (1995) qui est, comme Le Clan du sorgho, une saga familiale.

Les Années Fastes, de Chan Koonchung

Parmi les romans chinois phare de cette dernière décennie, Les Années Fastes (éd. Grasset, 2012) anticipe à la façon orwellienne la future domination de la Chine sur le monde. Face à l'obsession économique du pays et au renforcement de la dictature du Parti Communiste, une poignée de dissidents tente de résister au lavage de cerveau généralisé, au risque de se voir laminés. Chan Koonchung, auteur hongkongais de 59 ans, a vu son livre interdit en Chine continentale. Preuve d'un pouvoir censeur qui craint les écrits trop réalistes et pour qui la seule vérité se trouve dans la satisfaction matérielle de ses ouailles. Une nation à mi-chemin entre " un bel enfer et un paradis contrefait "... Parmi les autres oeuvres - sur le même thème - à lire absolument, 1988. Je voudrais bien discuter avec le monde du blogueur superstar Han Han (Gallimard, 2013), est un indispensable, en plus des oeuvres du prix Nobel de Littérature Mo Yan.

Pour une première approche littéraire de la Chine

Yu Hua, Brothers, Actes Sud Littérature, traduit par Isabelle Rabut et Angel Pino, 2008. Dans cette longue fresque à caractère historique, Yu Hua retrace l'histoire de la Chine contemporaine à travers le parcours de deux frères, adolescents pendant la Révolution culturelle.

Jian Rong, Le Totem du loup, Bourin Editeur, 2008. Best-seller international, cet ouvrage nous conte la vie de jeunes instruits envoyés à la campagne suite à la révolution culturelle et dont l'un va se lier d'amitié avec un loup, au grand dam des villageois.

Mo Yan, Beaux Seins, belles fesses, traduit par Noël et Liliane Dutrait, Paris, Seuil, 2004, a pour objet l'histoire de la famille Shangguan et ses tribulations dans la Chine communiste.

Cao Xueqin, Le Rêve dans le pavillon rouge, La Pléiade, Gallimard, 1981 (deux volumes). Cao Xueqin, un grand lettré réaliste, a atteint le sommet de la littérature romantique en Chine antique avec ce livre culte du XVIIIe siècle.

Lu Xun, La Véritable Histoire de Ah Q, publié en 1921 en Chine. En France, Editions des Langues étrangères, 2000. Cette nouvelle raconte l'histoire d'un homme un peu candide lors de la révolution de 1911.

Lao She, Le Pousse-pousse, Philippe Picquier. Un des chefs-d'oeuvre de la littérature chinoise. Lao She décrit le Pékin des années 1920 et raconte l'histoire malchanceuse de ce tireur de pousse-pousse.

Jacques Pimpaneau, Lettre à une jeune fille qui voudrait partir en Chine, Philippe Picquier réimprimé en format poche, 2004. La meilleure façon de connaître un pays est de découvrir sa poésie. Un livre très intéressant.

Yveline Féray, Contes d'une grand-mère chinoise, Philippe Picquier, 2001. Ces contes ont été traduits et racontés par Yveline Féray. Les six contes conservés dans la mémoire populaire grâce à des conteurs exceptionnels appartiennent au chef-d'oeuvre de la littérature chinoise. Plongez-vous dans l'histoire de ces personnages touchants et émouvants.

Anthologie, Femmes poètes dans la Chine d'aujourd'hui, Zhongguo Wenxue, 1991. Plus de cent poèmes écrits par trente-six femmes poètes qui aiment la vie littéraire de la Chine actuelle.

Ya Ding, Le Sorgho rouge, Stock, 1987. Né en 1956, dans une petite ville au nord de la Chine, Ya Ding y grandit jusqu'à l'âge de 10 ans. Durant la Révolution culturelle, il fut envoyé aux champs jusqu'à vingt ans. Traducteur de Camus et de Sartre, il a écrit ce roman, inspiré de sa vie, directement en français.

Chen Kaige, Une jeunesse chinoise, Philippe Picquier. Une autobiographie émouvante du célèbre réalisateur de cinéma qui reçut à Cannes, en 1993, la Palme d'or pour Adieu ma concubine. Il était Garde rouge pendant la Révolution culturelle (comme toute sa génération) et a dénoncé son propre père.

Médias locaux

Inutile de préciser ici que les médias chinois sont étroitement contrôlés et ne peuvent exprimer leurs opinions en toute liberté, en particulier sur les trois T : Taïwan, Tian'anmen et Tibet. Les autres sujets sont traités de manière assez complète, mais toujours complaisante avec les autorités et sans faire mention des oppositions.

Entre propagande, journalisme d'investigation et littérature de reportage, les médias en Chine ont connu ces trente dernières années une évolution indéniable. La Chine est même en passe de s'imposer comme une superpuissance dans ce domaine, et en a fait un des piliers de sa stratégie de séduction et de rayonnement. Mais les médias chinois, loin d'être émancipés, vivent dans le paradoxe. Ils oscillent aujourd'hui entre les velléités de libéralisation que favorise l'éclosion d'une économie de marché et le contrôle systématique de la presse dont les objectifs demeurent soumis aux objectifs fixés par l'Etat-Parti : maintenir une cohésion nationale. Voeu pieux s'il en est, car la fin des années 1990 et le développement d'Internet ont vu naître de nouvelles formes d'expression sociale - par le recours aux blogs, comme celui du célèbre et insolant Han Han - une pluralité d'opinion qu'encourage la libre concurrence qui s'exerce à présent entre les organes de presse. Cantonné au rang d'un simple relais de la propagande à l'époque maoïste, le journalisme chinois a, depuis lors, renoué avec une plus grande professionnalisation de ses représentants ; phénomène qui avait été amorcé sous l'influence d'une modernité d'inspiration occidentale durant les dernières années de la dynastie des Qing et au commencement de la première République. La professionnalisation gagne ainsi du terrain, mais les problèmes de corruption et le poids de la censure demeurent cependant les principaux fléaux d'une profession en pleine évolution.

Depuis 2013 et une réforme des capacités médiatiques chinoises, avec en ligne de mire le souhait de s'imposer comme un géant mondial, l'Administration générale de la presse, de l'édition, de la radiodiffusion, du cinéma et de la télévision est ainsi chargée de faire la promotion des différents vecteurs d'information (on notera que le cinéma en fait partie) mais aussi d'en contrôler le contenu. Le contrôle était bien entendu total auparavant, mais il est aujourd'hui centralisé, afin de faciliter une plus grande cohésion, notamment on se doute face à la montée en puissance des réseaux sociaux. Traditionnellement, la radio nationale de Chine et Radio Chine internationale (son pendant à l'export) sont les principaux canaux sur les ondes. Les chaînes de télévision, CCTV, sont devenues les vecteurs les plus visibles pour le grand public depuis que les ménages ont les moyens de se payer un poste de télévision. Parmi ces chaines, CCTV news est une sorte de CNN à la chinoise (contrôle gouvernemental en plus), tandis que CCTV 5 diffuse des programmes en anglais, avec pour ambition très claire de s'exporter dans le monde entier. En matière de presse écrite, le journal le plus important est Le Quotidien du peuple, organe officiel du parti. On compte également des journaux en anglais, comme Global Times ou China Daily, tous contrôlés par l'Etat.

C'est donc sur Internet que les Chinois trouvent un espace de liberté, mis à rude épreuve en raison des multiples parades et murailles érigées par le gouvernement, mais qui ne cesse cependant de progresser, au point de devenir un véritable défi pour le régime. Réseaux sociaux (Weibo, en l'absence de Twitter et Facebook interdits) et blogs de toutes sortes caractérisent une nouvelle forme d'expression et, dans certains cas, de protestation. Il est intéressant de voir que les pouvoirs publics doivent désormais s'adapter à cette nouvelle donne, et ne peuvent plus uniquement jouer la carte de la répression. Faut-il y voir des changements importants ? Difficile cependant de se hasarder à un tel pronostic.

A Hong Kong, les médias bénéficient en principe d'une plus grande liberté, en principe cependant car on relève de nombreux problèmes. Le South China Morning Post, grand quotidien de Hong Kong indépendant, semble par exemple de plus en plus exposé aux pressions de Pékin, surtout depuis son rachat par le fondateur d'Ali Baba Jack Ma qui semble ne pas vouloir se mettre Pékin à dos...

Surfer sur Internet en Chine...

La Chine contrôle le réseau. Ce qu'elle ne veut pas lire, elle en interdit l'accès. Ainsi, impossible de se connecter à vos réseaux sociaux préférés, et même à votre messagerie électronique (notamment Google). La seule solution pour essayer de " contrer " la censure du Net consiste à s'équiper d'un logiciel VPN (pour Virtual Private Network) qui vous permet de " déplacer " votre adresse IP hors de Chine et donc d'accéder à vos e-mails et autres. Ces petits logiciels sont facilement trouvables sur Internet, mais notez qu'ils sont payants (généralement 12 US$/mois en souscription directe).

Musique
Musiciens Lahu jouant de la flûte traditionnelle, Lancang.
Musiciens Lahu jouant de la flûte traditionnelle, Lancang.
Histoire

Jusqu'au début du XXe siècle, l'histoire de la musique en Chine ne connaît que peu de changements notables. Rituelle jusqu'à la dynastie Tang (qui marque l'âge d'or de la poésie chinoise), elle conserve un aspect immuable et reflète l'image des lettrés confucéens. L'apparition de la musique bouddhiste au XIe siècle, à caractère essentiellement religieux, ne modifie pas cet état. La musique profane, méprisée par les lettrés, n'est que rarement mentionnée dans les ouvrages classiques. L'arrivée au pouvoir de la dynastie mongole Yuan (1271-1368) marque l'essor du théâtre chinois, tandis que sous la dynastie mandchoue Qing (1644-1911) la théorie musicale semble marquer une pause. En effet, au lieu d'encourager de nouvelles recherches, les Qing fixent en 1712 l'échelle officielle des notes. La dynastie Qing, sinisée rapidement à l'inverse des Yuan, voit l'arrivée des premiers pères jésuites : en 1676, le père portugais Pereira joue du clavecin en présence de l'empereur Kangxi. Malgré les premiers contacts avec l'Occident, les instruments " barbares " restent confinés dans le palais impérial, accessibles à quelques privilégiés seulement. Le statut des artistes et musiciens était peu gratifiant, puisque jusqu'en 1723, les musiciens de profession (à l'exclusion de ceux accompagnant les processions lors des mariages et des enterrements) étaient considérés comme des Beijian (vils) et inscrits sur un registre du cens spécial qui leur interdisait de se présenter aux examens mandarinaux jusqu'à la troisième génération.

Le début de notre siècle marque la véritable rencontre de l'Occident et de la Chine. Outre la révolution soviétique, qui provoqua la venue de nombreux artistes russes en exil, les Chinois eux-mêmes partirent étudier hors de Chine. Actuellement trois courants se dégagent : les adeptes de musique chinoise interprétée avec des instruments chinois, par exemple Liu Wenzi ; les partisans d'une occidentalisation de la musique chinoise à outrance, entre autres le compositeur Liu Duntian ; les Chinois préférant unir les deux mondes en rassemblant les instruments des deux cultures, par exemple He Bin, Ma Shenlong. Les artistes de ce courant utilisent les formes d'écriture que nous connaissons en Occident (symphonies, concertos...) tout en puisant leur inspiration dans le folklore chinois. A ces trois courants, il faut ajouter l'évolution des jeunes vers la musique de style karaoké, c'est-à-dire des variétés où les mélodies sont extrêmement simplistes, mais que tout le monde reconnaît. Deng Lijun, bien que décédée depuis plusieurs années, est actuellement la chanteuse la plus populaire du continent chinois. La musique du " Shanghai des années 1930 " figure en bonne place dans les bars et les endroits branchés. Des chanteurs de Taiwan, de Hong Kong ou du continent comme Zhang Xueyou, Cui Jian ou Wang Fei sont des stars adulées par les Chinois de 7 à 77 ans. Malheureusement pour la Chine, cette nouvelle musique ressemble de plus en plus à la musique occidentale, et la tradition chinoise n'est plus aujourd'hui le thème principal de ces nouvelles compositions.

Trois oeuvres musicales à découvrir : le Manjianghong, le Concerto des Papillons amoureux et le Concerto du Fleuve jaune.

Opéra chinois

C'est une sorte de théâtre, répandu dans tout le pays depuis 150 ans, qui n'a pas grand-chose à voir avec le théâtre en Europe. Concentrant tous les succès du théâtre chinois, il se présente comme un art synthétique du théâtre, de la musique, de la danse et d'arts martiaux traditionnels. Il existe différents styles d'opéra (opéra de Pékin, de Chiu Chow ou de Canton), et les troupes chinoises locales, ou en visite, ont beaucoup de succès. On dénombre de nombreux opéras dans le Sud de la Chine. Chaque province et chaque ville possèdent son opéra bien particulier. Pour les Occidentaux, la musique chinoise est encore aujourd'hui très souvent associée aux mélodies lancinantes, aux psalmodies et au gong ! Pourtant, la musique chinoise est d'une nature bien différente ; car on ne doit pas oublier qu'elle obéit à d'autres critères que les nôtres et particulièrement à quatre notions de base :

La langue chinoise. Tous les Occidentaux ont pu s'apercevoir des difficultés liées au monosyllabisme et à la polytonie de cette langue. Chaque son est affecté d'un ton musical défini tant par son inflexion que par sa hauteur relative. Il suffit de laisser traîner un peu la voix pour qu'une lecture quelconque devienne aussitôt musicale et s'apparente à la psalmodie.

Le huangzhong. Il s'agit du son fondamental qui est à la base de tout le système musical chinois, créé, d'après la légende, par un ministre de l'empereur Huangdi. D'autres sons s'y ajoutèrent et formèrent ce qu'on appelle les douze lü. Au fil du temps, ce huangzhong a évolué (un peu à la manière de notre la), ce qui explique sans doute les différentes traductions de ce terme en notation occidentale : mi ou fa.

Les douze . Ils correspondent aux douze degrés chromatiques que l'on connaît également dans notre base musicale. Empreints de philosophie taoïste et de diverses croyances, ils ont périodiquement animé des querelles entre musicologues. Leur mauvaise traduction par les pères jésuites a été bien souvent la cause d'erreurs d'interprétation. Pour former une échelle mélodique, il faut choisir un certain nombre de lü. Si le huangzhong (premier lü) correspond à la note fa, on obtient après quatre progressions de quintes justes (trois tons, un demi ton diatonique), cinq notes qui sont fa, do, sol, ré, la. On peut alors constater que classées dans l'ordre fa-sol-la-do-ré, ces notes nous permettent d'obtenir une gamme pentatonique appelée communément " gamme chinoise ". En complément, la gamme heptatonique (ou gamme mongole) est composée de la manière suivante : do-ré-mi-fa-fa#-sol-la-si-do.

Le rythme. Confucius, dans son ouvrage sur le Zonglun déclare : " La musique, c'est le rythme ! " Cette primauté est évidente car dans toute la musique chinoise, les instruments de percussion tiennent une place importante en nombre et en puissance sonore (carillons, cloches, gongs, cymbales, tambours...) ; le rythme employé en Chine est essentiellement binaire avec accentuation très prononcée des temps forts. La syncope est également très prisée par les artistes chinois.

La musique chinoise contemporaine

Les rockeurs, les rappeurs, les grunges ou les punks n'ont peur de rien : c'est à ça (et à leur look aussi) qu'on les reconnaît. Et, aussi surprenant que cela puisse paraître, ils sont nombreux en Chine. Le régime, aussi policier soit-il, n'a pas encore réussi à les faire taire. Xiao He, Wan Xiaoli, Wang Lei, Meihao Yaodian (Glorious Pharmacy), AK-47, P.K. 14 ou encore Nao Chong (Brain Failure), voici un florilège des groupes les plus populaires de Chine. Ils jonglent avec les styles pour faire passer leurs messages. Des messages sociaux pour Wan Xiaoli, seul sur scène avec sa guitare, et sa chanson Je suis devenu chômeur à la prose fleurie : " Dans notre société civilisée [slogan du pouvoir chinois], il est possible de ne rien posséder. Mais il est impossible de ne pas avoir d'argent. Et si tu n'as pas d'argent, tu n'es rien d'autre qu'un con. " Tout aussi décapantes, les paroles du groupe Public Kingdom 14 (P.K. 14) et de leur chanson Sais-tu ? Ceux-là dénoncent les nombreux morts inconnus de la croissance économique et du développement chinois. Autre genre, autre message, plus musical cette fois : Meihao Yaodian réhabilite, avec force tambourins et dialectes, la musique des minorités ethniques du Nord de la Chine (Ouïghours, Kazakhs et Kirghiz).

Cantopop « made in HK »

Désignant la musique chinoise de Hong Kong, le terme " cantopop " signifie littéralement musique populaire cantonaise. Presque toujours chantées en cantonais, ces chansons tirent leur influence non seulement de la musique chinoise, mais aussi de plusieurs styles occidentaux comme la pop bien sûr, mais aussi le jazz ou le rock'n roll. Depuis les années 1950, Hong Kong reste la plaque tournante du genre, accueillant à cette époque de nombreuses chanteuses de revue en provenance de Shanghai cherchant à fuir le nouveau régime communiste. Il faudra attendre les années 1970 et l'ascension de la télévision pour voir naître de véritables stars de la chanson, à l'image de Roman Tam et Anita Mui. Dans les années 1980, Leslie Cheung devient une figure incontournable du milieu, avant que les années 1990 ne marquent l'avènement des talentueux Quatre Rois de la cantopop : Andy Lau, Aaron Kwok, Jacky Cheung et Leon Lai. A eux quatre, ils feront des tournées à travers le monde et rendront un vibrant hommage à Leslie Cheung et à Anita Mui, tous deux décédés en 2003.

Une Première dame chanteuse

Peng Liyuan, la femme du président chinois est aussi une chanteuse à succès. Avant l'ascension de son mari au poste suprême, elle était une chanteuse célèbre qui apparaissait chaque année pour le grand show télévisé du Nouvel An de CCTV. Elle était surtout connue pour ses chansons axées sur des thèmes ethniques ou ruraux chinois, et généralement exprimant les émotions de citoyens ordinaires de la campagne. Pour la petite histoire, elle est également général dans l'armée populaire de Libération.

Peinture et arts graphiques

La peinture et la calligraphie sont souvent représentées côte à côte, voire sur le même support. De nombreux rouleaux représentant un paysage avec un ermite près d'une cabane sur une route de montagne rocheuse, portent aussi sur leur côté une calligraphie explicative ou un poème... Les peintres et les calligraphes se servent donc de papier, d'un pinceau, d'un bâton d'encre, d'une pierre à encre dans laquelle on dilue le bâton, en ajoutant un peu d'eau et en frottant lentement avec un mouvement circulaire jusqu'à l'obtention de l'intensité du noir voulu. Les meilleurs pinceaux aux poils arrondis et très pointus au bout sont souvent constitués d'une tige de bambou terminée par une touffe de poils de martre ou de loup. Le tracé d'un caractère à lui seul est une véritable oeuvre d'art, et sera d'ailleurs signé. Les peintres et les calligraphes utilisent de l'encre solide plus par tradition que par ignorance des nouvelles techniques. L'encre de Chine existait déjà sous les Han. Vous verrez de nombreuses peintures lors de votre séjour et si vous souhaitez en acquérir une, laissez-vous séduire. Elles sont souvent peintes sur de la soie collée sur papier et se déroulent verticalement ou horizontalement entre deux embouts de bois. Chaque peinture évoque quelque chose d'intense et de magique, presque religieux.

La calligraphie chinoise, présente dans la vie quotidienne, constitue le coeur de l'art chinois. Empereur et gens du commun collectionnaient les oeuvres d'art calligraphiques. Ces oeuvres sont réalisées à l'aide des " Quatre trésors du cabinet de travail du lettré " (wen fang si bao) : le pinceau, l'encre, le papier et la pierre à encre. Les calligraphies sont encollées sur des rouleaux ou encadrées et accrochées dans les salons et les cabinets de travail. On les trouve partout : sur les enseignes des magasins et des bâtiments administratifs, sur les monuments et sur les stèles. Aujourd'hui, comme par le passé, les calligraphes sont souvent à la fois des lettrés et des artistes. Leurs oeuvres consistent en leurs propres écrits, poèmes ou correspondances. Dans les petites rues de Sheung Wan, à l'abri des regards, ou au village de la dynastie Song, au Middle Kingdom du Ocean Park (parc océanographique), certains la pratiquent sous le regard admiratif des touristes...

Traditions
Spectacles de marionnettes

Les premières marionnettes seraient apparues il y a 500 ans, dans la province du Fujian. Au départ, de petites statuettes utilisées pour les rites funéraires se sont progressivement transformées : il s'agissait alors de marionnettes à gaine, avec des jambes en chiffon, des chaussures en bois, des vêtements en soie et une tête en bois peinte et maquillée. Elles étaient souvent utilisées pour des spectacles de rue ou de foire pendant les fêtes religieuses, reprenant des textes classiques de la littérature chinoise ou du répertoire de l'opéra. A la fin du XIXe siècle, on voit aussi apparaître des marionnettes à baguettes, avec une tête en terre cuite, des mains en papier mâché, reliées à une baguette pour la manipulation et des jambes en bois. Ces marionnettes sont encore utilisées dans certains théâtres à Pékin.

Théâtre d'ombres chinoises

Même si l'on reconnaît à l'Inde un rôle déterminant dans le développement de cet art, la Chine, comme d'autres pays, revendique la création du genre. Plusieurs légendes sont invoquées : celle du prêtre taoïste, au IIe siècle av. J.-C. qui aurait fait apparaître le fantôme d'une concubine impériale sur un écran, ou encore celle d'un chef d'armée Han qui, pour défendre ses troupes contre l'ennemi, aurait érigé l'ombre de figurines contre les fortifications. Les figurines du théâtre d'ombre sont généralement découpées dans de la peau ou du parchemin, puis peintes avec des couleurs vives, pour être projetées sur un écran. Elles sont translucides et articulées, parfois enduites d'une huile végétale, et les têtes sont interchangeables pour multiplier les personnages. Le montreur interprète tous les rôles, la musique l'accompagnant. Le répertoire est souvent tiré de l'histoire du pays.

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