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Guide de Chine du Sud-Ouest : Mode de vie

Malgré les évolutions politiques et les transformations sociétales, le mode de vie des Chinois peut sembler inchangé depuis des siècles. On en distingue quatre éléments essentiels. Il s'agit tout d'abord de la conformité avec le ciel, puis de l'identification avec la nature, de l'harmonisation de tous les êtres et de l'importance des relations humaines entre chaque homme. Les Chinois aspirent donc à la sérénité et à la douceur. La bonne santé mentale et physique est très importante pour eux. Il faut pratiquer des techniques de respiration afin d'être en équilibre avec l'univers. Le tai qi, le qi gong ou les massages, souvent pratiqués en Chine, aident l'énergie vitale (le fameux qi) du corps à se réguler afin d'être en harmonie avec l'univers entier.

Vie sociale
Place de la femme

La célèbre politique de planning familial de l' " enfant unique " a été abolie à la fin de l'année 2015/début 2016 suite à l'apparition d'un trop grand déséquilibre entre les sexes, ainsi que dans la population active (qui implique notamment le non remplacement à terme d'une forte main-d'oeuvre). Toutefois, les conséquences de cette politique resteront visibles pendant de nombreuses années. Couplé à une forte préférence culturelle pour les enfants de sexe masculin, on compte aujourd'hui plus de naissances de garçons que de filles. Certains, surtout à la campagne, dissimulent les naissances de filles pour pouvoir faire un deuxième ou troisième enfant sans payer d'amende. S'ils sont devenus plus rares, les infanticides touchant les petites filles n'ont pas totalement disparu dans les régions reculées. Et finalement, grâce à l'échographie, il est désormais aisé de connaître le sexe du foetus. Bien que les médecins ne soient pas autorisés à révéler le sexe de l'enfant après une échographie, les avortements sélectifs sont néanmoins fréquents dans les campagnes. Le ratio homme/femme s'en trouve de plus en plus déséquilibré. On peut estimer qu'en Chine, il y a en moyenne 120 hommes pour 100 femmes, avec des déséquilibres encore plus importants dans certaines régions, pouvant monter jusqu'à 140/100. Cette disparité explique l'existence dans chaque ville de Chine, et notamment à Pékin, d'un véritable " business " du mariage qui touche aussi bien les femmes désireuses de trouver un mari que les hommes souhaitant se marier ; et les prix de la dot augmentent au même titre que les desiderata de chaque partie en présence.

Enfants

Durant les premières années du régime communiste, Mao répétait : " Un enfant qui naît, ce sont deux bras de plus pour édifier le socialisme. " Il fit interdire l'avortement au début des années 1950. Une inévitable explosion démographique allait s'ensuivre. Ce n'est qu'à partir du début des années 1970 qu'une énième campagne de contrôle des naissances sera décisive, par une mise en oeuvre massive de la contraception (stérilets), de stérilisations et d'avortements forcés. Cette politique de l'enfant unique fut soutenue par le nouvel homme fort du pouvoir en 1978, Deng Xiaoping. L'application de cette politique bouleversa les structures de la famille traditionnelle chinoise. De plus, les parents de l'époque appartenant à une génération qui n'a pas eu d'enfance (du fait de la Révolution Culturelle) ont conjuré toutes leurs frustrations et les ont reportées sur leurs enfants. Ces derniers sont devenus de véritables petits tyrans, que l'on nomme en Chine " les petits empereurs ". Malgré ces évidentes complications et conséquences, l'application de la politique de l'enfant unique a permis à la Chine de réguler son taux de natalité et sa population (et par conséquence son développement économique) : les experts considèrent ainsi que la population chinoise aurait compté 300 millions de personnes supplémentaires sans cette politique. Chaque année 12 millions de petits Chinois viennent au monde, et l'on estime qu'en 2050 la population chinoise atteindra 1,6 milliard au bas mot, voire peut-être 2 milliards d'individus. Aujourd'hui, cette politique a été remise en cause mais il faudra des années avant que les conséquences se fassent de nouveau sentir, le gouvernement ayant assoupli la mesure pour permettre à chaque famille d'avoir jusqu'à 2 enfants.

Divorce

En 1949, Mao avait fait de l'égalité entre les hommes et les femmes l'un de ses quatre impératifs. Après l'explosion démographique de 1963-1964, le recul de l'âge du mariage est imposé, de 18 à 24 ans pour les filles. Dans les années 1980, les divorces étaient encore très rares en Chine, et les divorcés montrés du doigt. Aujourd'hui, le nombre de divorces augmente tous les ans. Cela dit, le taux de divorce relativement faible par rapport à l'Occident n'est pas nécessairement synonyme de paix des ménages. Nombreux sont les couples en Chine qui refusent de divorcer pour des raisons sociales (les hauts fonctionnaires par exemple ne peuvent divorcer sans risquer des sanctions professionnelles) mais mènent des vies séparées (amants et maîtresses à l'appui).

Éducation

Le système éducatif chinois est très compétitif comme nombre de pans de la société. Ainsi, l'éducation est prise très au sérieux par tous les parents qui n'hésitent pas à dépenser des fortunes en RMB dès le plus jeune âge afin que leur enfant intègre la meilleure école pour pouvoir accéder plus tard aux meilleurs universités possibles. Celles-ci sont au nombre de 4 : Qinghua (Tsinghua) et Beijing University (Beida) à Pékin, Fudan et Jiaotong à Shanghai. Pour entrer dans ces dernières, il faut être dans les premiers de l'examen national qui tient lieu en Chine de baccalauréat : le gaokao (高考). A la fin du secondaire, chaque étudiant chinois passe en effet un examen national qui détermine son classement et donc son entrée à l'université : les meilleurs intègrent les universités de renom et les moins bons des universités de deuxième ou troisième zones. On comprend dès lors l'importance des professeurs particuliers et même des activités extrascolaires. Le système n'est pour le moment pas prêt de changer, les élites politiques étant elles-mêmes issues desdites universités.

« La génération Phénix »

Ils ont entre 15 et 30 ans, ils sont chinois, ils représentent 320 millions d'individus : voici la génération Phénix. Cette nouvelle génération de consommateurs effrénés dépense sans compter. " Addict " aux nouvelles tendances et aux gadgets design, ils dépensent 135 milliards de dollars par an. Ces nouveaux jeunes apprennent les langues étrangères, se trouvent un nom anglais, passent des heures sur Internet, se créent des avatars dans des mondes virtuels, rêvent de sacs Vuitton et de nouveaux jeux vidéo. Souvent en quête du nouvel accessoire tendance, certains se privent même d'assurance maladie pour pouvoir s'offrir le dernier jeu vidéo à la mode. Cette nouvelle génération sans repères, fan des karaokés et des mangas japonais, rêve de célébrité et de réussite sociale. Ils sont prêts à tout pour connaître le succès : s'expatrier, apprendre des langues étrangères et réussir les concours d'entrée aux plus prestigieuses universités. Loin de la Révolution culturelle et des idées marxistes, la génération Phénix entend bien assouvir sa soif de réussite et fonce tête baissée vers l'avenir.

Mœurs et faits de société
Sexualité

Officiellement, il est toujours interdit à un couple non marié de partager la même chambre. Mais la réalité est assez différente. Il suffit pour s'en rendre compte de regarder d'un peu près les salons de coiffure ouverts très tard le soir, d'aller chanter dans les karaokés ou de se promener dans certaines rues animées. La prostitution est en effet très présente en Chine, malgré les dénégations officielles. Le concubinage commence pourtant à entrer dans les moeurs. Selon un sondage du centre de l'université de Pékin pour la recherche sociologique, 68 % des urbains considèrent l'union libre comme " une manière de vivre comme les autres ". Même les étudiants commencent à se dégourdir. Si le mariage leur est toujours interdit, et si une relation amoureuse reste théoriquement passible du renvoi de l'université, les étudiants n'hésitent plus à s'afficher sur les campus main dans la main. Une femme médecin de l'université de Fudan, à Shanghai, déclarait même récemment à un journal local qu'en cas de grossesse d'une étudiante " on préfèrera désormais un avortement discret au scandale d'une exclusion ". Une triste conséquence du manque total d'éducation sexuelle des jeunes Chinois. Et cette question, non de la libération sexuelle mais du libertinage, rebondit de plus en plus dans la presse qui se fait l'écho de l'existence d'un nombre grandissant de " maitresses " chez les hommes mariés riches qui peuvent entretenir plusieurs femmes...

Homosexuels

La Chine ancienne n'avait aucun a priori sur l'homosexualité. L'histoire ou la légende rapporte même un épisode de la vie de l'empereur Han Aidi, qui régna de l'an 7 à 1 av. J.-C. Se réveillant de sa sieste, l'empereur réalisa que sa manche était coincée sous le corps de son amant endormi : pour se dégager sans le réveiller, l'empereur saisit son épée et coupa sa manche. De là est née l'expression longtemps employée en Chine pour désigner les amours homosexuelles : " une passion à découper les manches. " A partir de 1949, l'homosexualité est considérée comme un crime et passible de sanctions légales. Elle a ensuite été répertoriée comme maladie mentale au moment de la Révolution culturelle. Un militaire, pris en flagrant délit avec un homme, avait été condamné à mort. Pour sauver sa tête, il s'est rendu dans trois hôpitaux différents, plaidant la démence : ayant obtenu les attestations dans ce sens des médecins consultés, le militaire n'a pas été exécuté. L'homosexualité n'a été dépénalisée qu'en 1997 et enlevée des registres des maladies mentales en 2001. Aujourd'hui, la communauté homosexuelle des grandes villes commence à avoir ses bars et boîtes de nuit, discrets mais actifs. Et les artistes sont de plus en plus nombreux à se pencher sur ce sujet.

Le tabou du suicide

Le suicide est encore un sujet tabou en Chine. Le pays détient pourtant le triste record du plus grand nombre de suicidés. Chaque année, c'est entre 250 000 et 300 000 personnes qui se donnent la mort en Chine. Malgré l'enseignement confucéen qui interdit de meurtrir le corps donné par ses parents, beaucoup de Chinois n'hésitent plus à passer à l'acte. Les personnes les plus sensibles sont les paysans, les femmes (58 %), les jeunes et les personnes âgées. Les raisons sont diverses. Certains n'arrivent pas à gérer les échecs, ou la solitude des campagnes. Beaucoup de Chinois sont atteints également de troubles mentaux (beaucoup souffrent de schizophrénie). Le suicide est la cause principale de mortalité chez les jeunes de 15-34 ans. Les adolescents ne supportent souvent plus la pression qui est exercée sur eux et leurs études par leurs parents et le système. Depuis ces dernières années, des services téléphoniques ont été installés afin d'essayer de porter secours aux personnes sensibles. Le 10 septembre est devenue la journée mondiale de prévention du suicide. On compte désormais une vingtaine d'instituts conventionnés (hotline et personnel qualifié) qui luttent contre le suicide en Chine.

La Chine et le contrôle d'Internet

Le nombre d'internautes dépasse désormais 800 millions en Chine. Il y a désormais sur la Toile plus d'internautes chinois que d'Américains ou d'Européens ! Pour autant, le niveau de pénétration d'Internet en Chine reste bien inférieur à ceux observés aux Etats-Unis ou en Europe car les autorités chinoises se sont dotées d'un système de contrôle et de surveillance parmi les plus sophistiqués au monde : la " Grande Muraille électronique. " Les millions d'internautes chinois évoluent en fait dans un gigantesque Intranet, avec seulement quelques points d'entrée et de sortie, ce qui facilite la tâche des dizaines de milliers de " cyberpoliciers ". Outre restreindre l'accès aux sites jugés dangereux pour la sécurité et la stabilité de l'État, les policiers de l'Internet traquent et arrêtent les cyberdissidents et " purifient " Internet. La Grande Muraille électronique a ainsi permis l'arrestation et l'emprisonnement de plus d'une cinquantaine de cyberdissidents chinois. Il n'y aurait que dix autres personnes emprisonnées au monde pour des motifs similaires. À noter que les moyens de censure et de blocage de certains sites (Google et Facebook étant les plus souvent cités, aux côtés des sites d'information étrangers et des sites des ONG) sont chaque année de plus en plus efficaces...

WeChat et la fin de l'argent liquide

Vous remarquerez très vite dès votre arrivée en Chine (dans les grandes agglomérations comme à la campagne) que plus personne ne semble utiliser d'argent liquide. Plus d'échanges d'argent, plus de monnaie ni dans les taxis, ni au restaurant. Cela est dû à l'apparition concomitante de deux applications : WeChat et Alipay. Les deux applications de paiement via mobile concentrent aujourd'hui un milliard trois cent millions d'utilisateurs (selon les chiffres de 2017).

Retour sur l'application WeChat ou la mise en place d'un système qui entraînera peut-être la disparition de l'argent liquide.

WeChat

Août 2013. WeChat lance sa plateforme de paiement mobile : WeChat Wallet.

Janvier 2014. WeChat Wallet lance son application d'enveloppes rouges (hongbao) du nom des enveloppes pleines d'argent que l'on donne au moment du Nouvel An chinois.

Mars 2014. WeChat Wallet ouvre son application de paiement aux comptes officiels (boutiques, restaurants, compagnies de taxis).

Août 2014. WeChat Wallet lance un service spécial sur son application permettant à chaque citadin de payer en ligne ses factures domestiques.

Février 2015. WeChat effectue un partenariat avec la télévision centrale chinoise pour promouvoir son application d'enveloppes rouges au moment du grand gala télévisuel du Nouvel An. Résultat : plus d'un milliard de transactions ont été enregistrées.

Mai 2015. WeChat Wallet atteint la barre des 300 millions d'utilisateurs.

Janvier 2018. WeChat Wallet lance son application de crédit : Zhima Crédit.

Religion

La Chine a eu, dès la plus haute Antiquité, une religion autochtone originale, dans laquelle la nature jouait le rôle d'intermédiaire entre les dieux et les hommes. Les plus importants parmi les dieux de l'antique religion chinoise ne pouvaient être honorés que par l'empereur, qui était considéré comme le Fils du Ciel. Cette multiplicité de dieux était " organisée " en un système qu'on pourrait presque qualifier de " bureaucratique ". Le taoïsme et le confucianisme sont deux grands courants antagonistes qui ont animé toute l'histoire chinoise. Mais, loin de se faire concurrence et de prétendre chacune à l'exclusivité, les trois religions chinoises actuelles (avec le bouddhisme) auraient plutôt tendance à se compléter.

La superstition est profondément enracinée dans la nature des Chinois. Les mauvais esprits jouent aussi un grand rôle. Ce sont les esprits des morts, insatisfaits ou pauvres. Pour s'attirer les bonnes dispositions de l'esprit d'un mort, un Chinois le comblera de cadeaux. C'est ainsi que, notamment, lors d'un enterrement, sur le chemin de la maison à la tombe, des billets de banque fictifs et des reproductions en papier d'objets convoités par le mort sont répandus (une voiture, une maison...). On sert aussi des repas complets aux morts, qui ne doivent pas souffrir de la faim dans l'au-delà. Faire brûler des bâtonnets d'encens et du faux argent en papier assure chance et prospérité pour l'avenir. A chaque pleine lune, les Chinois brûlent sur le pavé dans la rue, devant leur maison ou leur commerce, du papier représentant une voiture, une maison, des vêtements ou des billets de la Bank of Hell (banque des Enfers). Beaucoup de temples impriment de la monnaie votive. Ce n'est pas de la monnaie contrefaite, mais un objet de culte, brûlé en sacrifice aux dieux et aux ancêtres dans l'espoir de leur apporter richesse et bonheur pour leur vie dans l'au-delà.

Taoïsme

Le taoïsme est considéré par certains comme la seule " vraie " religion chinoise, le confucianisme étant plutôt une philosophie et le bouddhisme étant importé d'Inde. Le taoïsme a été fondé par Laozi (prononcer Lao Tseu, 570-490 avant J.-C.), un personnage énigmatique contemporain de Confucius. Contrairement à ce dernier, Laozi n'était pas un politique, mais un mystique qui prônait un monde des hommes en harmonie avec le cosmos. On attribue à Laozi un ouvrage philosophique très original, mais très obscur, le Livre de la Voie et de la Vertu (Daode jing en chinois). C'était probablement à l'origine un recueil de proverbes qui s'est modifié à force d'être recopié par les scribes pendant des centaines d'années. Cependant, l'idée fondamentale du livre est le Tao (ou Dao), la Voie. Les influences de cet ouvrage s'étendent à presque tous les domaines de la vie chinoise, que ce soit celui de la santé (tai-chi) ou de la religion. Confucius avait le souci d'organiser le monde des hommes, de façon qu'il s'harmonise avec le cosmos. Laozi engage plutôt à fuir le monde, à rechercher une liberté et une puissance personnelles. Le taoïsme est un mélange du culte des esprits, de la nature et des ancêtres, une quête mystique des lois qui gouvernent notre vie, en quelque sorte une quête de l'immortalité. Cette religion cherche à libérer l'homme du monde dans lequel il vit afin de le faire accéder à l'harmonie parfaite, le monde du vrai Tao. Le taoïsme a groupé autour de lui quantité d'usages et de représentations qui ne trouvaient pas leur place dans le confucianisme rationaliste. C'est pourquoi on a vu proliférer une telle abondance de formes impliquant la divination, l'exorcisme des mauvais esprits et toutes les croyances populaires (feng shui). Un autre principe important du taoïsme est le wu wei, le non-agir, l'art d'être actif en demeurant passif. Le principe de la polarité (yin et yang) imprègne également toute la pensée taoïste. En Occident, le taoïsme contribua à l'idéologie de la génération hippie, interprétant à sa manière la notion de non-agir par le célèbre slogan " peace and love ". Vers la fin de sa vie, Laozi quitte la Chine, à dos de buffle, disparaissant à jamais vers le Tibet et les contrées occidentales. Certains diront plus tard qu'il était parti convertir les Barbares, et que le Bouddha ne serait autre que Laozi lui-même...

Confucianisme

Le confucianisme, qui est plus une école de pensée (morale et politique) qu'une religion, a dominé la Chine durant deux millénaires. Confucius n'était pas un prophète, ni un penseur religieux, mais essentiellement un lettré savant et un éducateur. Il s'intéressait surtout aux rapports humains, cherchait à définir un idéal aristocratique de l'honnête homme, et enseignait un ordre social pratique. Le système de Confucius est essentiellement une morale pratique. Celle-ci insiste sur l'auto-édification basée sur l'acquisition des sept vertus :

Zhong : fidélité, aussi bien envers soi-même qu'envers autrui.

Shu : altruisme.

Ren : humanité parfaite.

Yi : équité.

Li : respect des rites.

Zhi : perspicacité, intelligence.

Xin : droiture.

Les cinq livres canoniques du confucianisme sont le Livre des mutations, le Livre des odes, le Livre des origines, l'Histoire des " Printemps et Automne " et le Livre des rites. De la philosophie morale et politique de Confucius, l'Empire avait fait une religion d'Etat. Lors de la proclamation de la première République chinoise en 1911, ce culte fut aboli. En 1988, on réhabilite officiellement Confucius qui, symbole des valeurs traditionnelles, avait aussi été banni par Mao. Aujourd'hui, on recommence à célébrer l'anniversaire de Confucius le 28 septembre, surtout dans les écoles à Hong-Kong. L'équivalent des centres de l'Alliance française et du Goethe Institut à l'étranger s'appelle même le centre Confucius. La pensée confucéenne a été constamment réinterprétée au cours de l'histoire chinoise, pour servir les dynasties au pouvoir. Les communistes n'ont pas échappé à la règle : après avoir interdit toute référence à Confucius, ils ont progressivement réincorporé à leur idéologie des éléments du confucianisme réinterprétés à leur avantage. Si bien que l'on commence à parler dans les années 1990 de " national-confucianisme " (confucianisme nationaliste). Le " culte des ancêtres " découle directement de la pensée confucéenne. L'obéissance et le respect aux parents étaient l'un des premiers devoirs de l'homme (être un bon fils). Ce dévouement filial et la vénération des ancêtres demeurent la pierre angulaire de la pratique confucéenne. Ces valeurs confucéennes se retrouvent dans les sociétés qui ont adopté l'écriture chinoise. Le respect des enfants envers leurs parents, l'épouse envers son mari, conduisant à l'obéissance des travailleurs à leurs chefs, explique la discipline qui règne dans les entreprises chinoises. Les Nouveaux Dragons (Corée du Sud, Singapour, Taiwan, Hong-Kong) ont fondé leur ascension économique sur ces valeurs : loyauté envers le groupe, respect des supérieurs, esprit de famille. De petits autels protègent chaque maison, boutique ou bureau. Presque toutes les familles possèdent des tablettes commémoratives de leurs ancêtres disposées sur un autel particulier, placé dans la salle principale de la demeure, généralement dans le salon.

Bouddhisme

Taoïsme et confucianisme, les deux principaux systèmes de pensée, étaient déjà établis lorsque le bouddhisme (dont l'idéal est la suppression de la souffrance) est arrivé en Chine à l'époque des Hans (vers le IIIe siècle), probablement par des commerçants indiens et via la route de la Soie. Entre 400 et 700, un grand nombre de pèlerins chinois visitèrent les Indes. En 645, le grand voyageur moine de Chang'an (Xi'an), Xuan Zang, est revenu d'un pèlerinage d'Inde avec un grand nombre de sutras bouddhiques qu'il mit onze ans à traduire du sanscrit en chinois. Quelques-uns des premiers adeptes ne voyaient dans le bouddhisme qu'une forme modifiée du taoïsme. Il y eut de profondes influences entre le taoïsme et le bouddhisme chinois qui se développa rapidement en Chine du Nord. Deux grandes tendances se sont dégagées du bouddhisme : le " Grand Véhicule " (Mahayana) et le " Petit Véhicule " (Theravada ou Hinayana). Le " Grand Véhicule ", ou le grand moyen de progression, offre à chacun la possibilité d'atteindre l'illumination du Nirvana. Les Bodhisattva, qui aident les êtres vers le salut, vont jusqu'à sacrifier leur propre salut au salut du monde. Le " Petit Véhicule ", la doctrine originelle du Bouddha, n'offre de perspective de salut qu'aux seuls religieux. L'Arhat est un " saint pour lui-même ". Les adeptes doivent réussir par leurs propres forces, à travers des vies successives, à acquérir suffisamment de mérites pour échapper au Samsara (cycle infernal des réincarnations) et atteindre l'illumination. Les adeptes du Grand Véhicule sont actuellement en majorité dans le monde bouddhique (Chine, Tibet, Mongolie, Corée, Japon, Viêt-Nam). Le Petit Véhicule est surtout répandu en Thaïlande, Cambodge, Laos, Myanmar, Sri Lanka (ex-Ceylan). En ce qui concerne le bouddhisme tibétain, les deux doctrines principales sont celles des " Bonnets rouges " (la plus ancienne) et des " Bonnets jaunes ". Les Bonnets rouges s'appliquaient aux pratiques magiques et prenaient des libertés avec les règles morales et la discipline monastique. Les Bonnets jaunes pratiquent une discipline plus sévère et ne tolèrent aucun accommodement avec la règle du célibat des moines. En Chine, plusieurs écoles bouddhiques se constituèrent, dont une branche connue sous le nom de Chan, d'où découla le Zen japonais. Dans la Chine ancienne, les monastères bouddhiques servaient d'auberges pour les voyageurs, d'orphelinats et d'hôpitaux (on peut toujours passer la nuit dans certains monastères, ce qui est commode quand on escalade les monts sacrés). Le bouddhisme a aussi apporté un nouveau sens du respect de tous les êtres vivants, ce qui a conduit au végétarisme, dans la mesure où l'on refuse de tuer les animaux pour se nourrir. Les moines bouddhistes et nombre de pratiquants étant végétariens, les temples ont souvent des cantines végétariennes.

Islam

L'islam pénètre en Chine au cours du VIIe siècle lorsque les marchands persans arrivent dans le pays par la route de la Soie. La principale ethnie musulmane sont les Hui (que l'on retrouve notamment dans le Yunnan). Selon les sources historiques, la première mosquée aurait été construite dans le Fujian par Saad Lebid Alhabshi. Le Parti communiste chinois a toujours fait preuve de beaucoup de tolérance envers les musulmans chinois. Les chiffres ne sont pas fiables. Selon le bureau des affaires religieuses, il y aurait une vingtaine de millions de musulmans en Chine. Cependant, les estimations penchent d'avantage entre 30 et 50 millions.

Catholicisme

Le catholicisme se développe en Chine avec les premières missions de jésuites au XVIe siècle. Le plus connu d'entre eux était Matteo Ricci, qui arriva près de Canton en 1583 et qui resta un peu moins de vingt ans dans le Sud de la Chine. Très vite il fut invité à la cour de Pékin. La position des catholiques chinois est assez délicate. Le Parti communiste ne reconnaît pas l'église catholique. On distingue donc deux églises, l'une officielle et l'autre clandestine. Depuis 1978 et la mise en place de la politique d'ouverture de Deng Xiaoping, le catholicisme fait désormais partie des cinq religions officielles reconnues dans le pays. Lors de son pontificat, le pape Benoît XVI a essayé de rassembler les catholiques chinois. En 2009, on dénombrait environ 15 millions de Chinois catholiques, dont une dizaine de millions affiliés à l'Eglise de Rome. Aujourd'hui, des accords entre le Vatican et le gouvernement de la République populaire de Chine sont toujours en discussion (notamment autour de l'épineuse question de la nomination des cardinaux et des prêtres) et rendent pour le moment toute visite officielle du Pape impossible. Toutefois, les statuts particuliers de Macao et Hong Kong ont permis aux catholiques de bénéficier d'une plus grande liberté religieuse.

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