Petit Futé
Français
  • Français
  • English
  • Español

Guide de Chine du Sud-Ouest : Histoire

Deux figures historiques de la Chine du Sud

Sun Yat-sen

Sun Yat-sen (孫中山), ou Sun Zhongshan en chinois, est considéré comme " le père de la Chine moderne ". Leader révolutionnaire, il fomente tout d'abord un coup d'état raté contre le pouvoir impérial en 1895. C'est à la suite d'un autre coup d'état, auquel il n'a pas participé, qu'il s'élève à la tête de la république de Chine nouvellement créée en 1911. Sous son éphémère mandant, il développe une philosophie politique connue sous le nom des trois principes du peuple (nationalisme, démocratie et bien-être du peuple). Bien qu'assez largement implantée, cette philosophie n'a pourtant pas permis d'apaiser les dissensions au sein d'une Chine au bord de la guerre civile. Finalement renversé par un énième mouvement révolutionnaire mené par Yuan Shikai, Sun Yat-sen s'enfuit au Japon et revient en Chine pour reprendre le pouvoir en 1923 suite à la mort de Yuan. Il meurt en 1925 laissant un pays déchiré entre les mains des seigneurs de la guerre qui morcellent le pays.

Zheng He

Originaire du Yunnan, Zheng He (1371-1435) reste gravé dans la mémoire collective locale comme l'un des plus grands explorateurs de l'histoire, l'équivalent de Christophe Colomb et Magellan dans le monde occidental. C'est dire le courage exceptionnel de cet eunuque issu de la minorité musulmane des Hui, et l'influence qu'il exerce aujourd'hui encore dans l'imaginaire chinois, tel un ambassadeur propageant le prestige de l'Empire du Milieu jusqu'aux terres éloignées d'Asie du Sud-Est (Java, Sumatra, Malacca), de l'océan Indien (Ceylan) et même d'Afrique (du Golfe Persique au Mozambique). Les récits de ses sept expéditions, réparties de 1405 à 1433, décrivent des jonques fabuleuses de plus de 100 mètres de long et arborant jusqu'à neuf mâts. On y découvre aussi un amiral charismatique, aux dons diplomatiques quasi-surnaturels et aujourd'hui vénéré telle une divinité par une partie de la diaspora chinoise d'Asie du Sud-Est. La plus grande statue au monde de Zheng He peut être observée à Changle (Fujian), à l'embouchure du fleuve Minjiang.

Chronologie
Chronologie

500 000 av. J.-C. > " L'homme de Pékin ", découvert en 1921, connaissait déjà l'usage du feu, fabriquait des outils en pierre, vivait de chasse et de cueillette.

2200 - 1700 av. J-C. > Dynastie des Xia. Domestication des animaux, culture du blé, fabrication de soie et fabrication des premiers vases de bronze.

XVIe - Xe siècles av. J.-C. > Dynastie des Shang. Premières traces d'écriture sur des os divinatoires et des carapaces de tortue, utilisation de la roue.

Xe - VIe siècles av. J.-C. > Dynastie des Zhou de l'Ouest et période des " Printemps et Automnes ". Le coeur du pays se développe le long du fleuve Jaune, berceau de la civilisation chinoise.

Ve - IIIe siècles av. J.-C. > Période des Royaumes combattants. Intense vie culturelle avec Confucius et Lao Tzi. Guerres de conquêtes qui donnent naissance aux premiers tronçons de la Grande Muraille.

221 - 206 av. J.-C. > Dynastie des Qin. Le premier empereur de Chine, Qin Shihuangdi unifie le pays et fonde le Premier Empire chinois. Unification de l'écriture, de la monnaie, des poids et mesures. La construction de la Grande muraille se poursuit.

206 av. J.-C. - 220 > Dynastie des Han. Ouverture de la route de la Soie, invention du papier et fabrication des premières porcelaines.

220 - 581 > Période des Trois Royaumes. Le pays est à nouveau divisé et sombre dans d'incessants conflits internes. Arrivée du bouddhisme.

581 - 618 > Dynastie des Sui. Le royaume est réunifié, une période de grands travaux est lancée, incluant notamment le creusement du Grand Canal de Pékin à Hangzhou.

618 - 907 > Dynastie des Tang. Age d'or de la culture chinoise qui rayonne sur toute l'Asie. L'Empire s'étend jusqu'en Iran, en Inde du Nord et en Corée.

907 - 960 > Période des Cinq dynasties et des Dix royaumes. Des guerres civiles déchirent le pays et permettent au Viêt Nam de se libérer de la tutelle chinoise.

960 - 1279 > Dynastie des Song. Le pays, réunifié et pacifié, développe ses villes, relance l'économie et la recherche scientifique. Plusieurs empires se succèdent ou partagent néanmoins le pouvoir : Liao, d'origine mongole, Jin de Mandchourie, Xia tibétains.

1279 - 1368 > Dynastie des Yuan. Les Mongols contrôlent la Chine après la mise à sac de Pékin par Gengis Khan en 1215. Le petit-fils de Gengis, Kubilai Khan, installe sa capitale à Pékin (alors baptisée Dadu) et unifie une grande partie de l'Asie. Marco Polo et Ibn Battuta découvrent l'Empire chinois.

1368 - 1644 > Dynastie des Ming. Construction de la Cité interdite, expansion militaire, reconstruction économique. Mais l'empire est à nouveau attaqué par les nomades, ainsi que par la marine japonaise.

1644 - 1911 > Dynastie des Qing. Les Mandchous venus du nord renversent la dynastie chinoise et s'emparent de l'Empire. Le règne de Kangxi permet un développement des arts et lettres et une ouverture sur l'étranger. Mais des révoltes intérieures sur les frontières du pays entraînent un repli de l'empire, qui développe en outre un fort nationalisme. Le déclin de l'Empire est accéléré par les guerres de l'opium.

1839 - 1842 > Première guerre de l'Opium. Le traité de Nankin impose à la Chine d'ouvrir ses ports au commerce étranger. Hong Kong est cédé à la Couronne britannique.

1850 - 1864 > Révolte des Taiping. La secte de " la grande harmonie " prend en main la lutte contre les étrangers, après le constat de la faillite du pouvoir Qing. Mais l'insurrection est finalement matée par les troupes de l'empereur, largement aidées par les Occidentaux.

1856 - 1860 > Deuxième guerre de l'Opium. Le traité de Tianjin oblige la Chine à ouvrir 11 ports supplémentaires, et à accepter l'installation de légations étrangères à Pékin. Pékin et le palais d'Eté sont mis à sac en 1859.

1900 - 1901 > Révolte des Boxers. Ce mouvement populaire tente de chasser les étrangers du territoire chinois. Les Boxers assiègent le quartier des légations pendant 40 jours avant d'être dispersés.

1912 - 1948 > Première République de Chine. La révolution d'octobre 1911 permet à Sun Yatsen de devenir Président de la première République.

4 mai 1919 > Le mouvement du 4 mai, mené par les étudiants protestant contre l'injustice du traité de Versailles, marque un tournant dans l'histoire du pays.

1921 > Fondation du Parti communiste à Shanghai.

1927 - 1937 > Décennie de Nankin. Après la mort de Sun Yatsen en 1925, Tchang Kaï-Shek s'empare du pouvoir, unifie la Chine et lance une intense répression contre les communistes.

1934 - 1935 > La Longue Marche conduit les communistes, poursuivis par les troupes nationalistes, de Shanghai jusqu'à la province du Shaanxi. A l'issue de la marche, Mao Zedong devient le chef du Parti communiste.

1937 - 1945 > La Seconde Guerre mondiale voit les Japonais s'emparer d'une large partie du territoire chinois. Tchang Kaï-Shek et son gouvernement se réfugient à Chongqing.

1946 - 1949 > Une guerre civile éclate entre les communistes et les nationalistes. Elle se conclura en 1949 par la victoire des communistes.

1er octobre 1949 > Mao Zedong proclame la fondation de la République populaire de Chine. La collectivisation est lancée, ainsi que la " libération pacifique du Tibet ".

1956 - 1957 > La campagne des Cent Fleurs permet à Mao d'éliminer les " droitiers ", intellectuels ayant eu le malheur d'exprimer des critiques envers les politiques du régime.

1958 - 1962 > Le Grand Bond en avant devait permettre à la Chine de dépasser le niveau industriel des pays capitalistes. Priorité est donnée à la production d'acier : les travaux agricoles sont pratiquement abandonnés. Une famine épouvantable fait au moins 20 millions de victimes en trois ans.

1966 - 1976 > La Révolution culturelle est mise en place en Chine et permet à Mao de reprendre le pouvoir. Les Gardes rouges, entièrement dévoués à Mao, renversent l'ordre établi et le pays sombre dans une véritable guerre civile qui ne dit pas son nom.

Septembre 1976 > La mort de Mao et le renversement de la " Bande des Quatre ", menée par Jiang Qing, la femme de Mao, mettent fin à la Révolution culturelle.

1977 > Deng Xiaoping prend le pouvoir et lance les " quatre modernisations ". La décollectivisation est amorcée, des zones économiques spéciales sont créées, véritables laboratoires du capitalisme en Chine.

4 juin 1989 > Le Printemps de Pékin, déjà annoncé par le " mur de la démocratie " en 1978-79, provoque la mort de plusieurs milliers d'étudiants à Pékin. La Chine se retrouve momentanément mise au ban de la communauté internationale.

1992 > " Enrichissez-vous ! ", ordonne Deng Xiaoping aux Chinois pendant un voyage dans le sud du pays. Les réformes économiques s'accélèrent, surtout après la nomination du Premier Ministre Zhu Rongji en 1997.

1993 > Jiang Zemin devient chef de l'Etat, marquant la première passation de pouvoir pacifique de l'histoire du pays.

1er juillet 1997 > Hong Kong est rétrocédé à la Chine. Deng Xiaoping, qui avait négocié la rétrocession avec l'Angleterre, décède quelques mois avant la date fatidique.

29 décembre 1999 > Macao est rétrocédé à la Chine.

Novembre 2001 > La Chine est intégrée à l'Organisation mondiale du Commerce.

2002 > Jiang Zemin cède le pouvoir à Hu Jintao, cinquième génération des dirigeants communistes.

Avril 2003 > L'épidémie de pneumonie atypique frappe la Chine de plein fouet.

2004 > C'est l'année de la France en Chine. De nombreux événements culturels sont organisés. Les regards se tournent vers l'empire du Milieu. Jacques Chirac enchaîne des visites en Chine. Des accords commerciaux entre les deux pays sont ratifiés.

2006 > La ligne de chemin de fer qui relie Pékin à Lhassa (au Tibet) est inaugurée. Jacques Chirac continue ses visites en Chine. De nombreux contrats sont signés notamment dans l'énergie nucléaire et l'aéronautique. Les relations entre la Chine et le Japon prennent un nouveau tournant avec la visite du Premier ministre japonais Shinzo Abe.

2007 > Nicolas Sarkozy, le nouveau Président français, débarque en Chine au mois de novembre. Il repartira avec des contrats de plus de 20 milliards d'euros, plus gros chèque jamais signé entre Paris et Pékin. Entretemps, Hong-Kong célèbre calmement les dix ans de sa rétrocession à la Chine.

2008 > Au Tibet et dans les régions tibétaines des provinces voisines, des émeutes sont réprimées dans le sang par Pékin. Quelques semaines plus tard, un violent séisme au Sichuan fait plus de 70 000 morts. Le scandale du lait contaminé à la mélamine tue quatre bébés et en touchent des dizaines de milliers d'autres.

8-24 août 2008 > Pékin accueille les Jeux olympiques.

2009 > Nouvelle répression sanglante de manifestations, cette fois-ci dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang. Macao fête le dixième anniversaire de son retour dans le giron chinois.

2010 > Exposition universelle de Shanghai. Plus de 70 millions de visiteurs se sont pressés sur les pavillons de plus de 70 pays. Record battu.

Mars 2012 > Chute du gouverneur de Chongqing, Bo Xilai. Les mois suivants apportent leurs lots de révélations sur de curieuses pratiques ayant cours parmi certains membres du PCC. Bo est condamné à la prison à perpétuité.

Novembre 2012> Le Parti communiste chinois tient son congrès (le 18e), à l'issue duquel le successeur de Hu Jintao, Xi Jinping, est désigné. Li Keqiang devient Premier ministre en remplacement de Wen Jiabao.

Février 2013 > L'une des premières mesures des nouveaux dirigeants concerne la lutte contre la corruption. De nombreux fonctionnaires à plusieurs échelons sont arrêtés et purgés.

Mars 2014> Reprise de la violence avec une série d'attaques terroristes dans plusieurs villes, notamment dans la gare de Kunming, attribuées aux séparatistes ouïghours.

2014> Tout au long de l'année, célébrations du cinquantième anniversaire de l'établissement de relations diplomatiques entre la France et la République populaire de Chine.

2015-2016> La lutte anti-corruption initiée par Xi Jinping apporte chaque mois son lot de condamnations d'officiels chinois de haut rang.

12 juillet 2016> La Cour permanente d'arbitrage de La Haye, sollicitée par les Philippines, rend son verdict et juge que les agissements chinois en mer de Chine du Sud (notamment la poldérisation d'îlots inhabités) sont illégaux.

Avril 2017> Le président Xi Jinping rencontre en Floride son homologue américain tout juste entré en fonction pour discuter des relations commerciales entre les deux pays.

13 juillet 2017> Le prix Nobel de la paix Liu Xiaobo meurt en prison des suites de son cancer du foi.

Octobre 2017> Le président chinois Xi Jinping et le Premier ministre Li Keqiang sont reconduits pour un nouveau mandat de 5 ans.

Mars 2018> L'Assemblée nationale populaire (A.N.P.) chinoise vote une réforme de la Constitution qui autorise le président à briguer plus de deux mandats (de 5 ans) consécutifs, comme c'était le cas jusqu'à présent.

La Chine ancienne
" L'homme de Pékin "

Découvert en 1921 près de Pékin. Environ 500 000 ans avant J.-C., un homme supérieur des cavernes connaissait déjà l'usage du feu. Il fabriquait des outils en pierre, vivait de cueillette et de chasse.

Dynastie des Xia

De -2200 à -1700 avant J.-C. Ses contemporains domestiquent les animaux, cultivent le blé, fabriquent la soie et les premiers vases en bronze.

Dynastie des Shang

XVIe au Xe siècle avant J.-C. Egalement appelée dynastie des Yin. Apparition de l'écriture, prouvée par la découverte d'inscriptions sur des os divinatoires et des écailles de tortues, perfectionnement de la roue, chars de combat, fabrication de récipients en bronze. Sept capitales différentes se sont succédé sous les Shang.

Dynastie des Zhou de l'ouest

XIe au VIe siècle avant J.-C. Période d'expansion, organisation d'une administration centralisée et construction de cités palais. Invention de la fonte du fer (plus de 1 500 ans avant l'Europe), des pièces de monnaie en métal et des tables de multiplication. Les nombreuses cités établies sur le fleuve Jaune et dans la Plaine centrale (actuellement Henan, Hebei et Shandong) forment une confédération de " royaumes du centre ", en chinois Zhongguo (Empire du Milieu) - terme qui deviendra plus tard le nom usuel de la Chine. La fin de la période est appelée époque des " Printemps et Automnes ".

La Chine impériale
Les Royaumes combattants

Ve au IIIe siècle avant J.-C. Cette période correspond à une intense vie culturelle, grâce à des érudits et des philosophes comme Confucius (551-479 avant J.-C.) et Lao Tseu, nés à la même époque que les grands penseurs grecs. Dans le giron des cours princières naîtront des sages et savants errants, qui vont contribuer à répandre une culture commune à l'ensemble du monde chinois. Les guerres de conquête ont entraîné la construction de tronçons de grandes murailles de défense et de protection contre les incursions barbares venues du nord.

Dynastie des Qin

221-206 avant J.-C. Qin Shi Huangdi, le premier empereur Qin, unifie la Chine et fonde le Premier Empire chinois. Les Qin cherchent à contrôler les terres du sud et les routes qui mènent à l'Asie du Sud. Tous les empires chinois suivants s'inspireront de ce modèle d'ordre nouveau. Brillant organisateur, il unifie tout : l'écriture, la monnaie de bronze, les poids et mesures, et même l'écartement des essieux des voitures ; mais aussi despote, il ordonne de brûler les livres jugés subversifs. De larges routes sont construites pour relier toutes les provinces au pouvoir centralisé, les vestiges des murailles sont prolongés afin de créer une ligne de défense continue sur plus de 3 000 km : la Grande Muraille. Il aménage, près de Xi'an, son immense tombeau souterrain et sa fabuleuse armée de terre cuite enterrée, découverte en 1974.

Dynastie des Han

206 av. J.-C. - 220 ap. J.-C. Contemporain de l'Empire romain. A la suite d'une insurrection paysanne, Liu Bang dit " Han Gaozu " fonde l'empire Han, l'empire des " Fils du Ciel ", des Chinois de souche. La dynastie est divisée en premiers Han (jusqu'à l'an 9) et Han postérieurs. L'ouverture de la Route de la Soie met en contact la Chine et l'Empire romain. Invention du papier (un millénaire avant l'Europe), le premier sismographe de l'histoire et fabrication de porcelaines. Les Hans envahissent petit à petit les terres de la Chine du Sud et lancent des expéditions militaires dans le Yunnan pour repousser les peuples barbares. Quelques rébellions émergent ici et là dans les provinces du Sud face à l'agression des Hans. Elles seront toutes très vite calmées par la main de fer du général Ma Yuan.

Les Trois Royaumes

220-581 ap. J.-C. C'est le Moyen Age chinois et la ruine de l'Etat centralisé. Trois royaumes luttent pour la prépondérance : Shu à l'ouest, Wu à l'est, Wei au nord. Cette période de courte durée (qui englobe les " Seize Royaumes des Cinq Barbares "), inspire durablement l'opéra chinois qui en tire la majorité de ses pièces. Le bouddhisme arrive par la route de la Soie.

Dynastie des Sui

589-618. Réunification de l'Empire après quatre siècles de chaos. Un ensemble impressionnant de grands travaux et de réformes agraires est entrepris. La construction du Grand Canal, près de 2 000 km de Pékin à Hangzhou, permettra d'approvisionner le nord en riz et d'autres produits du bas Yangtze. L'Empire a toujours beaucoup de difficultés à gérer les minorités des provinces du sud.

Dynastie des Tang

618-907. C'est l'âge d'or de la culture chinoise qui rayonne sur l'Asie entière depuis la capitale Chang'an (Xi'an), une ville cosmopolite où ont été construits des temples bouddhistes, des lieux de culte chrétiens, des mosquées et des synagogues. A Canton vivent plus de 100 000 marchands étrangers, en majorité musulmans. On crée des soieries fines et des objets de laque. Floraison de la musique et de la poésie classique avec le célèbre Li Po. Impression du premier livre en 677 et invention de la poudre. Mais cet empire aristocratique est aussi guerrier : son expansion militaire va jusqu'en Iran, Inde du Nord et Corée. La rébellion de An Lushan (755-763), un général d'origine barbare, métis de sodgien et de turc, entraîne une réaction nationale de xénophobie, avec un décret qui interdit les rapports entre Chinois et étrangers. Le Sud du pays est le théâtre de jeu d'alliance avec les grands princes de l'époque. On assiste à la rébellion de Huang Chao (875-884) qui va entraîner la chute de la dynastie Tang.

Les cinq dynasties et les dix royaumes

907-960. Tout le pays est secoué par les guerres civiles et l'Empire éclate en chefferies militaires. Les Cinq Dynasties se partagent le nord et les Dix Royaumes du sud, dont le royaume de Dali qui dura de 938 à 1254. La disparition du pouvoir central permet au Viêt-Nam, ancienne province d'Annam, de se libérer de la tutelle chinoise.

La dynastie des Song

960-1279. Les Song du Nord et du Sud sont de grands empires barbares d'origine nomade, mais qui restaurent la grandeur de la Chine. Développement urbain, essor de l'économie, progrès des sciences, diffusion de l'imprimerie (500 ans avant l'Europe), de la porcelaine et du céladon. L'empire des Liao (946-1125), d'origine Kitan, une race mongole, est à l'époque si prestigieux qu'il explique pourquoi le nom de la Chine est dérivé de Kitai (d'où le mot Cathay utilisé par les Anglais à la suite des voyages de Marco Polo). Les Song, société raffinée, devront abandonner leur capitale Kaifeng dans le nord, aux Jürchen de Mandchourie (d'origine toungouse) qui fondent la dynastie des Jin. Les Song installent leur capitale à Hangzhou dans le sud. Dans le nord-ouest, des Tibétains métissés créent un grand empire, le Xi Xia (ou Xia occidentaux) unissant des populations diverses, pasteurs du lac Koko Nor, nomades de Mongolie, Turcs ouïgours...

Dynastie des Yuan, époque mongole

1279-1368. Gengis Khân met à sac Pékin en 1215. Les Mongols conquièrent l'empire des Jin dans le Nord en 1234, puis envahissent la Chine du Sud, le dernier refuge des Song. En 1271, le petit-fils de Gengis, Kubilai Khân, fonde la dynastie des Yuan et fait de Pékin sa capitale (alors nommée Dadu, la grande capitale). L'unification politique de la plus grande partie de l'Asie par les Mongols a ouvert la Chine plus largement sur le monde extérieur que ne l'avaient fait les dynasties Han et Tang. Parmi les voyageurs les plus illustres : Marco Polo de Venise et Ibn Battuta de Tanger.

Dynastie des Ming

1368-1644. Pour la deuxième fois, une insurrection populaire aboutit à la fondation d'une dynastie. L'un des chefs de rébellion, Zhu Yuanzhang, est fils d'un paysan. Ce nouvel empereur, qui prend le nom de Hongwu, entreprend une oeuvre gigantesque de reconstruction économique : reboisement, remise en valeur des terres, irrigation. Renommée pour ses porcelaines, la dynastie des Ming bâtit la Cité interdite de Pékin, un palais impérial de 9 999 pièces en bois précieux du Yunnan. Le grand règne de Yongle, le troisième empereur Ming, est marqué par l'expansion militaire (occupation du Viêt-Nam en 1421). Yongle relève la Grande Muraille et lui donne son aspect actuel. De grands voyages maritimes sont organisés sous la conduite d'eunuques (puissants au Palais) dont le plus célèbre est le musulman Zheng He, dépêchant de grandes flottes marchandes qui nouent des contacts et explorent tous les ports de la mer du Sud jusqu'aux côtes de l'Inde et de l'Afrique orientale. Mais, au milieu du XVe siècle, les nomades repassent à l'attaque. Une autre menace grave vient de la piraterie d'origine japonaise qui sévit sur les côtes depuis Shanghai jusqu'à Canton et à l'île de Hainan. En 1557, Macao est mise à la disposition des Portugais en remerciement de leurs efforts contre la piraterie (de nombreux Chinois se sont joints aux Japonais). L'empereur fut obligé d'interdire toutes les communications maritimes. Il s'ensuivit une coupure volontaire avec le monde extérieur.

Dynastie des Qing

1644-1911. Les Mandchous s'installent en Chine et se comportent comme des seigneurs destinés à régner sur une population d'esclaves : interdiction de mariages mixtes, ségrégation des Chinois dans les grandes villes, obligation du port de la natte sous peine de mort, création d'enclaves mandchoues dans le Nord et la région de Pékin. Cependant, une rapide évolution adoucit le caractère draconien de ces mesures. C'est l'oeuvre du grand empereur Kangxi, patron des lettres et des arts chinois (contemporain de Louis XIV). Son oeuvre s'est accompagnée d'une sinisation de l'aristocratie mandchoue. C'est sous son règne que la civilisation chinoise brille d'un éclat particulier. Au XVIIe siècle, l'Occident exerce une grande influence grâce aux missionnaires jésuites. A la fin du règne de Qianlong (1736-1796), des troubles intérieurs (insurrections de paysans affiliés à la secte secrète du Lotus blanc) et des guerres aux frontières se multiplient. Révoltes des musulmans au Xinjiang, soulèvements des minorités ethniques dans le Sichuan et à Taïwan, chez les Miao dans le sud-ouest, ainsi que dans le nord de la Birmanie, au Népal et au Viêt-Nam. Au début du XVIIIe siècle, le sentiment national se développe et entraîne la rupture de toute relation avec l'Occident. A partir de 1757, seul le port de Canton reste ouvert au commerce avec l'étranger. Les firmes étrangères, acheteuses de thé et de soie, supportent avec impatience les restrictions du gouvernement mandchou. De nombreux soulèvements voient le jour dans la province du Guangxi, les tentatives pour renverser les Qing échouent. Au XIXe siècle, la dynastie mandchoue entre dans une période de déclin. L'économie chinoise, qui utilise une monnaie d'argent, entre en concurrence avec une économie mondiale fondée sur la monnaie d'or. Un conservatisme obstiné, la corruption, l'apparition des négociants européens et de leur opium minent le pouvoir des Mandchous. Les Occidentaux s'étaient mis à pratiquer sur une grande échelle la contrebande de l'opium, denrée produite à bon compte par les Bengalis de la Compagnie britannique des Indes orientales. Malgré l'interdiction chinoise, les Anglais continuent à en faire commerce pour équilibrer le volume croissant de leurs achats. Les incidents se multiplient à Canton entre marchands anglais et fonctionnaires chinois.

Le temps des révoltes : première guerre de l'Opium (1839-1842)

En 1839, Lin Zexu (gouverneur du Guangdong et du Guangxi) fait saisir et détruire 20 000 caisses d'opium à Canton pour les brûler. C'est un affront à l'orgueil des Anglais qui ripostent en envoyant leurs canonnières vers l'embouchure du Yangtse. Ces opérations aboutissent en 1842 à la défaite chinoise et la signature du traité " inégal " de Nankin. La Chine doit accepter de supprimer le système de " compradores " (intermédiaires commerciaux chinois), d'ouvrir cinq ports au libre commerce étranger : Canton, Shanghai, Amoy (Xiamen), Fuzhou et Ningbo. En outre, les résidents étrangers ne relèvent désormais plus de la juridiction chinoise, mais sont sous la protection de l'extra-territorialité. Enfin, Hong Kong est cédée à la Couronne britannique.

Révolte des Taiping

1850-1864. Incapable de repousser les envahisseurs, la dynastie mandchoue était en train de perdre son prestige de " mandat du Ciel " et la face vis-à-vis des Occidentaux. La secte des Taiping (Grande Harmonie) est l'héritière d'anciennes sociétés secrètes, dont les membres veulent libérer la Chine des Mandchous. A partir de 1850, le mouvement s'étend très vite dans la Chine du Sud et aboutit à la création d'un véritable Etat dissident ayant pour capitale Nankin (qui se maintient pendant treize ans). En 1864, après des années de guerre civile, la rébellion est finalement matée par le pouvoir mandchou grâce à l'aide de militaires occidentaux. Mais il y eut d'autres soulèvements populaires s'attaquant à l'ordre établi et aux classes possédantes, dont les Nian dans le nord en 1853-1868, les Miao dans le Guizhou en 1855-1872 et des Hui musulmans dans le sud-ouest en 1855-1878 (dans le Yunnan, à Dali, ils tentent d'établir un sultanat dissident). Dans les villes de la côte, à Shanghai, à Amoy (Xiamen) et Canton, les adhérents de la Triade, une des principales sociétés secrètes antimandchoues, organisent une série de soulèvements. " L'assistance technique " des Occidentaux aux côtés des impériaux contribua à la défaite de toutes ses insurrections.

Seconde guerre de l'Opium (1856-1860)

Prenant un incident comme prétexte, les Anglais passent à nouveau à l'offensive, avec le concours des Français cette fois. Ils débarquent d'abord à Canton, puis en Chine centrale et enfin en direction de Pékin qui sera pillée en 1859. Cette seconde guerre de l'Opium se solde, à l'avantage des Occidentaux, par le traité humiliant de Tianjin. Onze nouveaux ports sont ouverts et la Chine est forcée de laisser s'installer à Pékin des " légations occidentales ". Les Russes en profitent également pour occuper de vastes territoires dans le Nord. Ces " traités inégaux " arrachés à la Chine accentuent la rapide décadence du pays. La souveraineté chinoise est fortement diminuée avec les " concessions " étrangères, les privilèges d' " extraterritorialité " et la " politique de la canonnière " (le droit des flottes étrangères de remonter les fleuves chinois).

Pillage de Pékin et sac du palais d'Eté

1859. Le corps expéditionnaire franco-britannique entre alors dans Pékin. Après la prise de la capitale par les alliés, le traité de paix accorde la péninsule de Kowloon à l'Angleterre. Les puissances occidentales profitent de la crise intérieure et de la faiblesse du pouvoir mandchou pour faire échouer le plan de modernisation de la Chine en 1872. Les humiliations sont encore suivies par des conflits désastreux avec la France et le Japon. La guerre franco-chinoise est la conséquence directe de l'intervention française au Tonkin. En 1884, les Français bombardent Fuzhou et bloquent les transports de riz vers Pékin. La France obtient des avantages économiques dans la Chine du Sud-Ouest. La flotte moderne que la Chine avait construite après la destruction de l'arsenal de Fuzhou par les Français ne résiste pas aux canons japonais. Le vainqueur annexe Taïwan et les îles Pescadores, s'assure le contrôle des richesses de la Mandchourie. Le traité de Shimonoseki en 1894 permet au Japon de participer au " dépeçage " de la Chine.

" Les concessions étrangères "

Entre 1896 et 1902, les puissances étrangères se font reconnaître le droit d'exploiter des mines, d'ouvrir des lignes de chemin de fer et de fonder des usines dans des " zones d'influence " : la Mandchourie au bénéfice de la Russie qui écarte le Japon en 1896, la péninsule du Shandong en faveur de l'Allemagne, le bassin du Yangtse où s'installe l'Angleterre et les trois provinces du Sud-Ouest pour la France, déjà maîtresse du Tonkin. Ces investissements financiers sont protégés par des bases militaires sur le sol chinois, les " territoires à bail " : Port-Arthur (Dalian) pour la Russie, Weihaiwei pour l'Angleterre, Qingdao (Tsingtao) pour l'Allemagne, Guangzhouwan pour la France.

Révolte des boxers

1900-1901. Cette poussée occidentale en Chine provoque une violente réaction populaire. Le mouvement des boxers (Justice et Concorde), une milice de paysans, veut chasser les " Barbares " de leur terre. Les premières victimes sont des missionnaires occidentaux. Des incidents graves avaient déjà eu lieu, en particulier le massacre de plusieurs religieux et du consul de France de Tianjin en 1870, mais ce nouveau mouvement antichrétien de 1898-1900 est d'une beaucoup plus grande ampleur. La secte des boxers, apparentée au Lotus blanc (Triade), pratiquait les arts martiaux sous forme d'une boxe sacrée et était censée posséder des pouvoirs magiques la rendant invincible. Au début de 1900, les boxers attaquent Pékin et la cour impériale évacue la Cité interdite. Les révoltés assiègent pendant quarante jours le quartier des Légations étrangères. Les boxers finissent par être dispersés par une colonne d'armées internationales sous commandement allemand, en accord avec le pouvoir impérial. Les Occidentaux pilleront une fois de plus la Cité interdite, abandonnée par l'empereur et l'impératrice douairière Cixi.

Chute de l'Empire

L'effacement du gouvernement mandchou confirmait la perte de son pouvoir. En 1905, il avait laissé passivement les Japonais se battre contre les Russes sur le sol chinois pour la possession de la Mandchourie et s'emparer de Port-Arthur (Dalian). Dans la même année, l'interdiction renouvelée par les Etats-Unis de l'immigration chinoise avait provoqué un vigoureux mouvement populaire en Chine, sans réaction de la part du gouvernement. La Russie prend le contrôle de la Mongolie extérieure en 1911, l'Angleterre celui du Tibet en 1914. En 1908 meurt la terrible impératrice douairière Cixi (née en 1835), une concubine qui s'était emparée du pouvoir en 1875 en emprisonnant son neveu, l'empereur Guangxu. Elle avait gouverné " derrière le paravent " avec rigidité, et écrasé plusieurs tentatives de modernisation du pays. Cixi finit sa vie comme locataire, otage des Occidentaux dans son propre palais. Un enfant de trois ans, Puyi, lui succède sur le trône. Les Occidentaux le laissent jusqu'en 1924 dans la Cité interdite. En 1911, c'est la chute de l'Empire chinois, et la fin de plus de 2 000 ans de régime monarchique. Cette année marque également le début de l'époque des seigneurs de la guerre, qui vont régner en semant la terreur dans le pays.

La Chine contemporaine

Sun Yat-sen (Sun Zhongshan, 1866-1925), né près de Canton, a étudié la médecine en Occident. À la tête d'un groupe révolutionnaire contre l'ordre impérial mandchou, le Guomindang, il parvient à soulever la Chine du Sud et tente d'unifier le pays. Le programme comporte les trois principes du peuple : indépendance, souveraineté et bien-être. Durant l'été 1911, le gouvernement mandchou avait tenté de s'approprier les chemins de fer dans le centre, ce qui souleva une violente opposition. La révolution d'octobre 1911 remporte un succès spectaculaire. L'armée et les autorités provinciales passent du côté des révolutionnaires. La première République est établie en 1912 et le dernier empereur doit abdiquer. Sun Yat-sen est élu président et il est depuis considéré comme le " petit père " de la nation moderne.

Mouvement du 4 mai 1919. Durant la Première Guerre mondiale, la Chine participe aux efforts de guerre aux côtés des Alliés contre l'Allemagne. Pourtant, le traité de Versailles attribue au Japon les anciens territoires allemands en Chine (Shandong). Cette décision choque le sentiment national et provoque des manifestations d'étudiants dans les grandes villes, surtout à Shanghai où un mouvement de boycott des marchandises japonaises est lancé par les marchands. Ce mouvement marque un tournant dans l'histoire chinoise. C'est une véritable lame de fond qui entraîne directement les masses, mouvement qui se répétera souvent en Chine.

 

Fondation du Parti communiste

C'est dans les années 1920 que Shanghai devient la grande ville cosmopolite de l'Extrême-Orient. Sur le Bund, l'avenue orgueilleuse qui borde le Huangpu, s'alignent de nouveaux immeubles néoclassiques où travaillent des fonctionnaires étrangers et avec eux les managers chinois, les " taipans " au col blanc. En 1925, après la mort de Sun Yat-sen, le parti nationaliste passe aux mains d'un groupe de militaires conduit par Tchang Kaï-shek qui instaure un régime autoritaire. Sun Yat-sen avait formé une coalition avec le Guomindang, mais en 1927 intervient la rupture entre les communistes et les nationalistes. L'insurrection ouvrière de Shanghai, soutenue par les communistes, est écrasée par Tchang qui liquide par les armes les milices ouvrières. Cette très grave défaite prend le Parti communiste par surprise et l'oblige à réviser sa stratégie de coopération avec les nationalistes. C'est donc vers la paysannerie et non plus le prolétariat industriel qu'il se tourne. Le Kuomintang a unifié presque toute la Chine, ce qui lui assure la reconnaissance des puissances occidentales. De nouveaux accords sont signés, et les puissances occidentales conservent une partie de leurs privilèges, dont les concessions. Durant la décennie de Nankin 1927-1937, le gouvernement nationaliste est présidé par Tchang Kaï-shek. En 1931, le Japon intervient militairement en Mandchourie chinoise. A partir de 1932, le pays est érigé en état indépendant, le Mandchoukouo, avec Puyi comme empereur pantin (le dernier empereur termine sa vie comme jardinier à Pékin en 1949).

 

La Longue Marche

1934-1935. Après les massacres des rouges à Shanghai (le Kuomintang bénéficiait de conseillers militaires allemands, des crédits anglo-saxons et du matériel de guerre français), le territoire des communistes est progressivement encerclé par les armées de Tchang. L'été 1943 se termine par une débâcle des communistes, et en octobre les rescapés doivent entreprendre la périlleuse Longue Marche qui les conduit à l'autre bout de la Chine, en passant vers l'Ouest, puis vers le Nord par le Sichuan, jusque dans la lointaine province du Shaanxi. C'est seulement alors que Mao Zedong, l'un des fondateurs du parti, réussit à écarter ses adversaires et à devenir le chef du parti. Plus de 100 000 hommes ont pris part à cette marche de 12 000 km qui dura un an. Les communistes perdront 90 % de leurs effectifs, et seulement 8 000 d'entre eux survivront...

 

Seconde Guerre mondiale

En 1937, les Japonais passent à l'offensive et attaquent l'ensemble du territoire chinois. C'est le début de huit années de guerre qui vont durer jusqu'en 1945. Le gouvernement nationaliste de Tchang Kaï-shek se replie à Chongqing dans le sud-ouest (il y restera jusqu'en 1945). Les Japonais s'emparent de Pékin, de Nankin et de Shanghai (où ils commettront des atrocités qui gâchent encore aujourd'hui les relations entre les deux pays). Un gouvernement de " collaboration pan-asiatique " avec les Japonais est constitué à Nankin. Un accord d'alliance contre l'envahisseur est alors signé entre les communistes et le Guomindang. Les Etats-Unis fournissent des armes aux troupes de Tchang Kaï-shek, mais celui-ci pratique une stratégie attentiste et la corruption est notoire. Les guérillas communistes constituées en arrière des lignes japonaises s'étendent progressivement. Elles ont le soutien actif de la population. Aux yeux de l'opinion publique, le communisme s'est identifié à la cause de la nation chinoise. A la reddition des Japonais en 1945, une mission américaine tente, sans succès, de former un gouvernement de coalition entre les nationalistes et les communistes.

 

Guerre civile

En 1946, éclate la guerre civile entre le Kuomintang et les communistes. Elle durera jusqu'en 1949. Le Kuomintang, malgré ses succès militaires initiaux facilités par l'aviation américaine, est discrédité par l'inflation, la corruption administrative, et l'ouverture de la Chine aux marchandises américaines sans barrière douanière. Le dynamisme du Parti communiste s'exprime dans la réforme agraire de 1947 qui partage, sans indemnité, les terres des propriétaires riches dans les zones libérées. Dans les villes, l'opposition gagne les intellectuels et les capitalistes nationaux incapables de faire face à la concurrence américaine.

 

Les communistes arrivent au pouvoir

Après que les communistes eurent écrasé les nationalistes, Mao Zedong proclame, le 1er octobre 1949, la fondation de la République populaire de Chine. Tchang Kaï-shek et les nationalistes s'enfuient à Taiwan (ex-Formose) où ils fondent l'état de Chine nationaliste. En Chine populaire, durant la réforme agraire de 1950, toutes les terres sont redistribuées selon un principe égalitaire. C'est ainsi que les domaines d'une dizaine de millions de grands propriétaires et de paysans riches sont confisqués. C'est aussi à partir de 1950 que la " libération pacifique " du Tibet est supervisée par Deng Xiaoping. Un grand nombre de " volontaires " chinois sont envoyés pour participer à la guerre en Corée.

 

Les Cent Fleurs

1956-1957. Au printemps 1956, Mao annonce l'instauration d'une nouvelle politique dite des " Cent Fleurs ", qui invite les intellectuels à exprimer leurs doléances. " Que cent fleurs s'épanouissent, que cent écoles rivalisent ", signifiait en théorie une liberté plus grande dans le domaine des arts, de la littérature et de la recherche scientifique. Ceux qui s'exprimeront vont être pourchassés lors de la lutte " antidroitière ", ordonnée par Mao et supervisée par Deng Xiaoping l'année suivante. Le mouvement des " Cent Fleurs " fait des dizaines de milliers de morts ; 50 000 à 100 000 personnes prendront le chemin des camps de travaux forcés, le laogai (le goulag chinois), et 1,7 million de personnes sont transformées en parias (par la suite, Mao s'est vanté d'avoir tué plus d'intellectuels que l'empereur Qin). Le président chinois déclare effectivement par la suite que son appel à la critique n'avait été qu'un piège pour " faire sortir les serpents de leur nid ". Il voulait débusquer tous les dissidents potentiels, faire une purge des intellectuels. Après cette campagne " anti-droitière ", les rares audacieux qui se hasardent à émettre quelques doutes sont immédiatement remis au pas. Leurs familles en subissent les conséquences et l'avenir de leurs enfants s'en trouve compromis à jamais.

 

Le Grand Bond en avant

En 1958, est lancé le mot d'ordre du Grand Bond en avant. Mao voulait passer au communisme intégral pour rattraper les pays capitalistes par l'industrialisation des campagnes. Pour toute la Chine commencent alors trois années noires où le pays se trouve au bord du désastre. De l'école à l'usine et de la ville à la campagne, toute la Chine est en état de mobilisation. " Egalons et dépassons l'Angleterre en quinze ans ! ", proclament les slogans, " Marchons sur deux jambes ". L'une était l'industrie, l'autre l'agriculture. Au bout d'une année à peine, il faut freiner cet élan frénétique en raison de l'échec évident du Grand Bond en avant, étayé de catastrophes naturelles (inondations).

 

Les " communes populaires "

Afin d'accélérer l'industrialisation, Mao regroupe les paysans dans des communes populaires. Nées de la fusion de petites coopératives agricoles, les communes populaires groupent, à la fin de 1958, la quasi-totalité des paysans. La propriété privée des moyens de production est complètement abolie. La vie communautaire cherche à dissoudre les liens traditionnels et très rigides de la famille chinoise, à créer une nouvelle classe de " prolétaires agricoles ". Le régime interdit même les repas pris en famille, et instaure des " cantines publiques gratuites ". Tout le monde est pris en charge par la commune et par l'Etat. L'agriculture est totalement négligée en raison de la priorité accordée à l'acier. Au moment de la moisson, à l'automne 1958, il n'y a pour ainsi dire personne dans les champs. Ces récoltes catastrophiques entraînent une terrible famine (même si les statistiques officielles annoncent que la Chine a produit davantage de blé que les Etats-Unis). Mao décide, sur la foi des chiffres, que les terres cultivées pourront être réduites du tiers grâce à l'intensification des méthodes de culture.

 

Les " petits hauts-fourneaux "

La constitution d'une industrie de style " artisanale ", employant la main-d'oeuvre rurale sous-employée, devient alors la clé de voûte de la nouvelle stratégie du développement économique. C'est dans les communes populaires qu'apparaissent les milliers de petits hauts-fourneaux ainsi que la chasse au minerai. La nation tout entière doit se consacrer corps et âme au seul secteur de la production d'acier. Près de cent millions de paysans doivent abandonner leurs travaux agricoles pour se lancer dans la production sidérurgique (qui se révélera un échec total). Des forêts entières sont coupées pour obtenir du combustible, tout objet métallique même les ustensiles de cuisine sont réquisitionnés et fondus. Mais l'acier produit s'avère impropre à la consommation. La mobilisation des travailleurs affectés à cette production avait réduit d'autant les effectifs de l'agriculture. Les récoltes sont faites à la hâte et engrangées dans de mauvaises conditions. Le résultat est désastreux : l'économie est désorganisée et la famine sévit.

 

Les " Quatre Fléaux "

A la même époque, Mao se découvre une aversion pour les moineaux, parce qu'ils dévorent les semis. Tous les foyers de Chine sont alors mobilisés. Les gens passent des heures dehors à taper sur des objets en métal afin de chasser les oiseaux des arbres, dans l'espoir qu'ils finiront par tomber raides morts d'épuisement ! La campagne d'extermination des " Quatre Fléaux " (mouches, moustiques, rats et moineaux) n'a pas seulement éliminé pour longtemps les mouches, les moustiques, les rats et les moineaux mais aussi, dans certaines régions, à peu près tout ce qui est capable de voler.

 

Le résultat du Grand Bond, une effroyable famine

1959-1962. La tentative de passer au communisme intégral se termine par un désastre total. Au moment même où elle sortait épuisée du Grand Bond, la Chine est frappée par la disette. L'année 1960 voit s'abattre sur la Chine les pires calamités naturelles. La moitié des terres arables sont inondées. L'aventure du Grand Bond se solde par une des famines les plus meurtrières du pays (qui atteint son paroxysme au printemps 1961) : au moins 20 millions de morts en trois ans (un bilan encore secret évalue le coût humain entre 35 et 60 millions de morts). L'équilibre alimentaire, retrouvé par la suite, reste fragile. La rupture avec Moscou, en 1960, met fin à l'aide économique de l'Union soviétique qui rappelle tous ses conseillers techniques. Les Chinois doivent désormais assurer seuls leurs projets industriels. Il leur faut redessiner les plans de montages des usines que les Soviétiques ont emportés avec eux. En 1959 sévit également la répression sanglante du Tibet, qui entraîne la fuite du dalaï-lama vers l'Inde. La France établit des relations diplomatiques avec la Chine en 1964. La Chine procède à son premier essai nucléaire en octobre de la même année. L'âge encore peu avancé de Mao, les conditions dans lesquelles est annoncé son départ laissent deviner le désaccord profond qui règne au sein du parti. Le clivage s'accentue entre l'ancienne équipe (Mao et Lin Biao) et la nouvelle. Avec le retrait politique de Mao en 1962, Zhou Enlai et Deng Xiaoping ont les mains libres pour élaborer un nouveau programme de développement économique, les " Quatre Modernisations ". C'est l'époque du " premier réajustement ". Dans les usines, on remet les techniciens au pouvoir, on assouplit les communes populaires, les entreprises rurales émergent...

 

La " révolution culturelle "

1966-1976. Mao, qui sent le pouvoir lui échapper et qui a peur d'être la cible des révisionnistes, accuse ses collaborateurs modérés, tel Deng Xiaoping, de chercher à restaurer le capitalisme. Dans une tentative de reconquête du pouvoir, il appelle à la " révolution continue ". En s'appuyant sur les plus " gauchistes " du parti, Mao lance en 1966 la " révolution culturelle ". L'objectif du mouvement est de renverser ceux qui, dans le parti, ont pris la voie capitaliste, et d'éliminer de la société tous les éléments bourgeois qui, en s'appuyant sur les " Quatre Vieilleries " (vieilles idées, culture, coutumes et habitudes), cherchent à revenir au pouvoir. Dans la mesure où les dirigeants du parti sont eux-mêmes contaminés, Mao ne peut pas leur laisser la responsabilité de purifier l'appareil et la société. D'ailleurs, ils semblent peu enclins à vouloir appliquer un programme aussi radical. La " révolution culturelle " fut un cauchemar incompréhensible qui dura dix ans, une période d'anarchie sociale et politique durant laquelle le pays fut en état de stagnation absolu et qui ne se termina complètement qu'avec la mort de Mao. Cette lutte pour le pouvoir provoque en trois ans et demi (1966-1969) la destruction du parti, puis son rétablissement.

Pour assurer sa victoire, Mao fait appel aux jeunes parce qu'ils constituent le seul groupe encore mobilisable (démocrates et intellectuels ont été écartés par les Cent Fleurs ; les paysans balayés par le Grand Bond). Pour lancer les Gardes rouges (collégiens et étudiants) à l'assaut du parti et de la vieille société, Mao demande à Lin Biao et à l'APL d'aider les jeunes rebelles à s'organiser. Durant l'été 1966, d'immenses rassemblements sont organisés sur la place Tian'anmen. Un million de Gardes rouges défilent à Pékin, 300 millions d'exemplaires du Petit Livre rouge imprimés par l'armée sont distribués. Les Gardes rouges ont pour mission de se révolter et de détruire, car selon Mao : " Sans destruction pas de construction. " De 1967 à 1969, la violence s'abat sur tous ceux qui détiennent une parcelle d'autorité : administrateurs, enseignants, représentants du parti. C'est l'époque des dazibaos, affiches de critiques et journaux muraux. Les professeurs sont dénoncés, humiliés en public, les écoles ferment (elles resteront fermées pendant six ans). Des " comités de quartier " sont instaurés. Les cadres du parti sont persécutés et envoyés dans des camps de rééducation à la campagne, de même que des centaines de milliers d'intellectuels. Au plus fort de la campagne menée par les Gardes rouges, le système de transport est engorgé par l'obligation de se mettre au service des jeunes effectifs révolutionnaires. Le désordre s'étend avec " l'échange des expériences " : onze millions de Gardes rouges se déplacent à Pékin dans l'espoir d'apercevoir Mao Zedong, qui en envoie des milliers d'autres de la capitale vers les provinces afin d'aider les masses locales à se rebeller. Ces millions d'adolescents profitent de l'occasion exceptionnelle qui leur est offerte de découvrir leur propre pays (des trains sont réquisitionnés à cet usage et des unités militaires organisent l'hébergement et l'approvisionnement). A la fin 1966, les Gardes rouges ont réussi à renverser l'ordre établi et à mettre le vieux monde à l'envers. Au mois d'août, la Chine plonge dans la guerre civile. Les rebelles s'en prennent à Zhou Enlai et réclament qu'on leur livre Deng Xiaoping (qui est envoyé en camp de rééducation à l'âge de 65 ans). La " révolution culturelle " atteint alors son point culminant. Avec le chaos à Shanghai pendant l'été 1967, Mao prend le risque de briser l'élan révolutionnaire par un coup de frein brutal - l'intervention de l'armée. En juillet 1968, Mao désavoue l'action des Gardes rouges : " Vous ne m'avez pas soutenu, vous avez déçu les travailleurs, les paysans et les soldats de Chine. " Désormais, la politique de répression ne connaît plus de rémission. En 1969, le parti se donne de nouveaux statuts en réintroduisant la pensée de Mao comme fondement théorique. Mais la société chinoise se remet mal des traumatismes. Les désordres de toute nature - délinquance, criminalité, marché noir - persistent et se développent dans les années 1970. Le système de contrôle et d'arbitrage mis en place au début de la " révolution culturelle " (comités de quartiers et commissariats de police) ne marche plus très bien. En 1971, Lin Biao, dauphin pressenti de Mao, est éliminé du parti. Durant sa fuite vers l'URSS, son avion s'écrase " accidentellement " en Mongolie. Le refus opposé par les Américains et la plupart des nations occidentales d'accorder une reconnaissance diplomatique à la Chine avait profondément humilié la population chinoise. Mais avant la visite du président Nixon à Pékin en 1972, la Chine entre aux Nations unies en obtenant le siège qu'occupait Taïwan.

Après la chute de Lin Biao, le système éducatif est révisé, les principes de sélection commencent à réapparaître dans les collèges et les universités. En 1973, débute la campagne contre Confucius. Affaibli par l'âge et la maladie, Mao Zedong est de plus en plus soumis à l'influence de son entourage. Il devient otage de la " Bande des Quatre " dominée par son épouse Jiang Qing, qui règne en dictateur sur l'art et la littérature et réprime les influences occidentales. En 1975, le programme des " Quatre Modernisations " présenté par Zhou Enlai est adopté, mais comme Mao, Zhou est engagé dans une course contre la mort (cancer). Il confie en 1975 à Deng Xiaoping la mise en oeuvre du premier programme des " Quatre Modernisations ". Zhou Enlai meurt en janvier 1976, mais en dépit des manifestations populaires sur la place Tian'anmen, Jiang Qing, à la tête de la " Bande des Quatre ", s'empare du pouvoir. Deng Xiaoping se réfugie à Canton avec l'aide des maréchaux de l'armée. La situation ne se débloque qu'avec la mort de Mao en septembre de la même année. Seulement quatre semaines après son décès, la " Bande des Quatre " est arrêtée et l'on condamne la " veuve Mao " ainsi que ses trois complices.

 

Retour au pouvoir de Deng Xiaoping

1977. Deng Xiaoping peut alors revenir au pouvoir. Il convainc le parti d'abandonner la ligne maoïste dure et de s'orienter vers une ouverture de marché. Les errements de la " révolution culturelle " sont définitivement soldés. Les séances d'endoctrinement sont supprimées. Deng Xiaoping peut désormais relancer les " Quatre Modernisations " : agriculture, industrie, recherche scientifique et technique, défense. Un retour à la propriété privée est amorcé avec la décollectivisation de l'agriculture. Les terres sont allouées aux familles paysannes, assorties d'un bail de trente ans, en échange d'un paiement de la plus grande partie de leurs récoltes dont ils gardent le surplus. Et déjà des marchés libres aux étals fournis refleurissent le long des trottoirs de toutes les villes. A l'époque, très peu d'étrangers étaient admis à visiter le pays, et ils n'avaient accès qu'aux " villes ouvertes ", en groupes dûment encadrés. L'accueil des touristes était totalement déficient : manque d'hôtels, de personnel qualifié, de restaurants, de bus, et même d'avions. A la longue, tout rentre dans l'ordre. En 1979, la guerre sino-vietnamienne ne durera que quelques semaines. Cette guerre sans vainqueur est très vite devenue le symbole des relations tendues entre la Russie et la Chine. Le Viêt-Nam était un allié de la Russie et la Chine soutenait le Cambodge alors en guerre avec le Viêt-Nam.

 

Début de l'ouverture

Pendant l'hiver 1978-79, le " mur de la démocratie " de Xidan, à Pékin, se couvre de dazibaos réclamant la " Cinquième Modernisation " : la démocratie. Deng se sert d'abord du mouvement contestataire, mais finit par le trouver intolérable et réprime ses membres les plus actifs. Wei Jingsheng est arrêté et condamné à quatorze ans de réclusion pour trahison et activité contre-révolutionnaire. A l'occasion de la candidature de la Chine pour les Jeux olympiques de l'an 2000, il est sorti de prison pour montrer que la Chine respecte les droits de l'homme. Les J.O. sont attribués à l'Australie, et Wei retourne en prison pour quatorze ans de plus, avant d'être finalement libéré " pour raison de santé ". Deng Xiaoping propose le principe des ZES (zones économiques spéciales) destinées à attirer les investissements étrangers. C'est le point de départ de la croissance économique du pays, et du boum spectaculaire des années 1990. Quatre zones franches sont mises en place à Shenzhen (près de Hong-Kong) et Zhuhai (limitrophe de Macao), ainsi qu'à Xiamen (délocalisation des industries de Taiwan) et à Shantou (dans le Fujian) puis, en 1984, sur l'île de Hainan. Avec l'autorisation de créer des entreprises mixtes sino-étrangères, ce sont de véritables laboratoires d'initiation au capitalisme. Les deux tiers des capitaux viennent de Hong Kong, mais une bonne partie ne fait qu'y transiter, venant de pays tiers. Shenzhen sert d'aire de délocalisation de Hong Kong (main-d'oeuvre pour le textile, l'électronique de consommation). Avant d'être déclarée ZES, la petite ville frontalière ne comptait que 15 000 habitants contre trois millions aujourd'hui. En 1980, le procès de la " Bande des Quatre " est diffusé sur toutes les télévisions du monde (condamnée à perpétuité, la veuve de Mao, Jiang Qing, se suicidera après douze ans de prison). Le comité central du parti adopte, en 1981, une résolution évoquant les erreurs de Mao dès 1955, et qualifiant la " révolution culturelle " d'erreur généralisée et prolongée. En 1983, le gouvernement lance une campagne contre la corruption et la criminalité, mais aussi contre la " pollution spirituelle " de l'Occident (campagne qui s'apaise rapidement). On ouvre encore 14 villes côtières aux investissements étrangers et les communes populaires sont supprimées.

 

La fin d'une humiliation

En 1984, Deng Xiaoping obtient de Margaret Thatcher, Premier ministre britannique à l'époque, l'accord de la rétrocession de Hong Kong à la Chine sous la promesse du statut défini par l'expression " un pays, deux systèmes ", qui prévoit un haut degré d'autonomie. Deng, ayant ainsi lavé la honte nationale, s'était juré d'assister au retour dans le giron de la mère patrie de l'ancienne colonie britannique. Mais il meurt quelques mois avant la rétrocession, et ses cendres sont répandues au large de l'île. L'accord sino-portugais sur la rétrocession de Macao suivra en 1987 : la colonie portugaise est rendue à la Chine le 20 décembre 1999. Parmi les bonnes nouvelles de l'année 1987, il y aura aussi la loi sur le rétablissement du commerce privé. Mais le 1er octobre, la répression des émeutes anti-chinoises à Lhassa, au Tibet, se termine dans un bain de sang avec l'armée qui tire sur les manifestants.

 

Printemps de Pékin

Au printemps 1989, Deng Xiaoping est respecté et courtisé à l'Ouest comme à l'Est. En présence des télévisions du monde entier, il se prépare à accueillir Mikhaïl Gorbatchev. Mais dans la nuit du 3 au 4 juin, la révolte des étudiants qui manifestent depuis avril pour la démocratie sur la place Tian An Men est écrasée par l'armée. C'est un massacre sanglant. Officiellement, la répression fait 1 800 morts et une dizaine de milliers d'arrestations. Bien que les chiffres réels ne soient toujours pas connus, on estime à plusieurs milliers le nombre des victimes civiles de ce massacre. Les pays occidentaux brandissent la menace de réactions économiques. La Banque mondiale gèle les crédits pour les projets chinois dans l'énergie et les transports. Le Japon remet en cause l'aide accordée en 1988. Le Conseil européen décide la suspension des contacts ministériels à haut niveau et l'embargo du commerce des armes avec la Chine. A Hong Kong, la population, bien connue pour son apolitisme, manifeste en masse contre la répression. Les touristes du monde entier boycottent également le pays (jusqu'en 1991). Le 5 octobre, le prix Nobel de la paix est attribué au Dalaï-Lama, chef spirituel et politique des Tibétains. Deng Xiaoping feint d'ignorer le boycott de l'Occident, pariant que les hommes d'affaires reviendront rapidement... Il passe néanmoins les rênes du pouvoir à Jiang Zemin, et se retire du devant de la scène politique. Les années 1989 à 1991 marquent le retour sur la scène politique de la faction révolutionnaire âgée ainsi qu'une période de conservatismes économique, culturel et politique. Toutefois la Chine reste présente sur la scène internationale avec son entrée à l'APEC. En 1991, Paris autorise la vente de 16 frégates à Taïwan. La crise sino-française, aggravée ultérieurement par la vente de 60 chasseurs Mirage 2000, entraîne la fermeture du consulat de France à Canton.

 

Le modèle chinois, ou le " capitalisme socialiste "

En 1992, Deng Xiaoping réapparaît d'une manière spectaculaire lors d'un voyage très médiatisé dans le sud, à Shenzhen, pour faire redécoller les réformes (en suspens depuis la répression de 1989). Il ouvre également Shanghai au capitalisme, appelle à un développement accéléré et à des réformes plus radicales que jamais. " Enrichissez-vous ", lance-t-il à la population. La Chine bat tous les records de croissance avec un taux annuel de plus de 10 %, et attire des milliards d'euros d'investissements. Utilisant la croissance économique comme défense contre les conservateurs du parti, Deng réussit in extremis à renverser le rapport de forces en faveur des réformateurs lors du Congrès en octobre 1992. La notion d'économie socialiste de marché est inscrite dans la Constitution chinoise en 1993, suite au plénum du parti : le processus de réforme du marché (banques, taxes, investissements) s'accélère alors que Jiang Zemin devient chef de l'Etat. L'idéologie communiste est peu à peu remplacée par un confucianisme rénové et un patriotisme utilisés comme un rempart contre la " contagion " des idées de liberté à l'occidentale. Edouard Balladur scelle à Pékin la " normalisation " des relations entre la France et la Chine (la France a pris du retard sur d'autres pays européens comme l'Allemagne et l'Italie). Les pays capitalistes qui ont obtenu le droit d'investir dans les ZES profitent d'une main-d'oeuvre à bon marché, très peu libre, et d'avantages fiscaux. En échange, ils ont dû créer des sociétés mixtes, permettant aux Chinois d'accéder à leurs technologies. Les années 1994 à 1996 marquent une période de fort développement économique qu'on appelle même " années de prospérité ".

 

Un nationalisme exacerbé

En mars 1996 a lieu la première élection démocratique présidentielle à Taïwan. L'armée chinoise entreprend alors des manoeuvres militaires d'envergure, afin d'intimider l'électorat taïwanais. Les Américains dépêchent dans la zone deux porte-avions, mais les choses en restent là. A la fin de l'été, éclate la crise entre la Chine et le Japon à propos de l'archipel des Diaoyu (Senkaku), îlots inhabités sans grande utilité pour les protagonistes. Ces incidents sans suite grave auront cependant montré une sombre vision de la passion nationaliste et l'ambition de reconstituer la " Grande Chine ". A la grande satisfaction de Pékin et des entreprises américaines, Bill Clinton déclare que les Etats-Unis ne feront plus de liens entre relations de commerce avec la Chine et droits de l'homme (cette approche très conciliante est vivement contestée au Congrès). En février 1997, la mort de Deng Xiaoping marque la fin d'une époque, celle des " empereurs rouges ", les fondateurs du parti et les vétérans de la Longue Marche. Il avait rappelé peu de temps avant sa mort que " le désastre attend ceux qui veulent freiner les réformes ". Il n'assistera pas à la rétrocession de Hong Kong, retournée dans le giron de la mère patrie le 1er juillet 1997. La promesse de l'application de la politique " un pays, deux systèmes " pendant 50 ans est censée être mise en oeuvre à Hong-Kong pour faciliter la future " réunification pacifique " avec Taiwan. Durant l'hiver 1997-98, Zhu Rongji est nommé Premier ministre et lance plusieurs réformes : dénationalisations, concentration de l'appareil d'Etat, campagne anticorruption, limitation des activités commerciales de l'armée, alors que la Chine est meurtrie durant l'été par les graves inondations du Yang-Tsé.

 

Les années 2000

En 2001, la Chine rentre dans l'OMC et Pékin apprend qu'elle accueillera les Jeux olympiques en 2008. En 2004, c'est l'année de la France en Chine. De nombreux événements culturels sont organisés. Les regards se tournent vers l'empire du Milieu. Jacques Chirac enchaîne ses visites en Chine. Des accords commerciaux entre les deux pays voient le jour. En 2006, la ligne de chemin de fer qui relie Pékin à Lhassa (au Tibet) est inaugurée. Google et Yahoo collaborent avec le gouvernement chinois et sa politique de censure. De nombreux sites sont ainsi bloqués. Jacques Chirac continue ses visites en Chine. De nombreux contrats sont signés notamment dans l'énergie nucléaire et l'aéronautique. Les relations entre la Chine et le Japon prennent un nouveau tournant avec la visite du Premier ministre japonais Shinzo Abe. Le gouvernement chinois doit faire face à une montée des disparités entre les villes et les campagnes. En 2008, année supposée faste pour la Chine avec les Jeux olympiques de Pékin en ligne de mire, tout commence mal. Au mois de mars, une vague d'insurrections est réprimée dans le sang au Tibet, avant qu'un violent tremblement de terre ne ravage en mai une partie de la province du Sichuan, faisant près de 70 000 morts. Difficile dans ces conditions d'apprécier pleinement la grande fête du sport mondial que sont les Jeux olympiques, malgré une organisation sans faille. En 2009, de nouvelles émeutes sont réprimées par le gouvernement chinois, cette fois-ci du côté de la région autonome ouïghoure du Xinjiang, tandis que Macao fête dans l'anonymat le dixième anniversaire de son retour au sein de la " mère-patrie " chinoise. En 2012, un climat délétère s'installe dans les régions tibétaines, avec plusieurs immolations de moines, et des villages chinois se révoltent contre l'impunité de leurs autorités locales.

 

La cinquième génération de dirigeants

Malgré ses difficultés initiales à imposer son autorité au sein de l'appareil d'État (Jiang Zemin est resté chef des armées pendant deux ans et a gardé des contacts influents dans les plus hautes instances de l'État), Hu Jintao a progressivement développé un mode de gouvernement plus à l'écoute du peuple (en rupture avec la politique prônée par ses prédécesseurs) et une politique plus pragmatique et teintée d'humanisme, dans un pays où les troubles sociaux liés à la corruption et aux fortes disparités sociales prennent de l'ampleur d'année en année. Hu Jintao a également su donner à la Chine un rôle international qui lui faisait jusqu'alors défaut. Le régime a su gérer les retombées des " printemps " arabes ; mais pas seulement. Pékin a notamment été très actif dans les négociations sur la crise nucléaire nord-coréenne, sur la " succession " de Kim Jong-il et a dû prendre position sur le Darfour, la Syrie ou encore la question nucléaire iranienne (et leurs implications dans la zone). En cette fin de XXe siècle, la Chine, parfois contrainte et forcée, est donc sortie de sa traditionnelle réserve diplomatique. Reste que la légitimité du Parti, qui n'a plus de communiste que le nom, repose sur la croissance économique, et que celle-ci, si elle reste très forte au début du XXIe siècle, génère d'importants problèmes sociaux que Hu Jintao, président jusqu'à 2012, n'a pas réussi à résoudre.

L'avènement de Xi Jinping

Depuis le début du XXIe siècle, la Chine est une puissance incontournable mais la tâche à accomplir, tant sur le plan politique que sur les questions sociales et économiques, est à l'image du pays : gigantesque. Et depuis le congrès d'octobre 2012, cette tâche est dévolue à une nouvelle équipe de dirigeants : Xi Jinping et Li Keqiang. Dès leur prise de pouvoir, leur tâche fut ardue et les problèmes se sont amoncelés. Au moins autant que les scandales politico-financiers tels que révélés par la diffusion des documents dits " Chinaleaks " en janvier 2014 ou par les " Panama Papers " en avril 2016 qui ont montré l'enrichissement indu des dirigeants politiques en place et la corruption généralisée. C'est cette corruption (et sous couvert une lutte d'influence politique également) que s'est employée à faire disparaitre Xi Jinping depuis sa nomination au poste de Président, avec une vaste campagne ayant déjà mis sous les barreaux nombre de cadres du régime. Depuis la prise du pouvoir du nouveau couple dirigeant, le parti communiste chinois connaît donc une forte période de turbulences, et ce d'autant plus que sa légitimité repose sur la croissance économique, et que celle-ci, si elle reste très forte actuellement (6 à 8 % de croissance), génère d'importants problèmes sociaux qu'il se doit de résoudre. Tous les voyants ne sont donc pas au vert, et le climat pas au beau fixe dans cette Chine qui, si elle se veut surpuissante au niveau international, est aujourd'hui contestée notamment autour de la question de sa souveraineté - ou non - en Mer de Chine du Sud par les nombreux pays frontaliers ; ce qui exacerbe toujours plus les questions de nationalisme. De même, la récente réforme de la Constitution autorisant le président en exercice à effectuer plus de deux mandats consécutifs a rebattu les cartes : certains estimant que cette réforme apporte de la stabilité au pouvoir chinois, tandis que d'autres plus proches des milieux intellectuels expriment une certaine méfiance devant la tendance " autoritariste " qui pourrait se mettre en place. Les questions sont donc encore nombreuses, même si la Chine s'affirme toujours un peu plus, en cette année 2018, comme le nouveau géant économique du monde.

Organiser son voyage en Chine du Sud-Ouest
Transports
Réservez vos billets d'avions
Location voiture
Taxi et VTC
Location bateaux
Hébergements & séjours
Tourisme responsable
Trouver un hôtel
Location de vacances
Echange de logement
Trouvez votre camping
Services / Sur place
Assurance Voyage
Réservez une table
Activités & visites
Voyage sur mesure

Adresses Futées de Chine du Sud-Ouest

Avis
Jeu concours

Les jeux concours du moment

Remportez un séjour en Auvergne et 2 pass 3 jours pour le Festival de Saint-Jacques !

Profitez d'un week-end festif en pleine nature au Puy en Velay avec We Like Travel !