Guide de Sibérie Orientale : Arts et culture

Architecture
Maison sibérienne et son potager à Listvianka
Maison sibérienne et son potager à Listvianka

Dans toutes les villes d'une certaine importance, l'ère soviétique a laissé sa marque hideuse, malgré certains avantages (espace, fonctionnalité). Les Russes, toujours philosophes, vous rappelleront que Dostoïevski a écrit " le Russe aime le laid " ! Immeubles tristes et délabrés, vastes constructions où l'espace intérieur est toujours conçu pour accueillir les masses... Les premières impressions peuvent être rebutantes, mais on s'y fait vite, et le côté kitsch et gigantesque des couloirs interminables et des halls-hangars finit même par amuser. Dans les villes de Sibérie, les immeubles collectifs de la modernité socialiste (les HLM) cohabitent avec les anciennes demeures des marchands. Certains édifices datent du XVIIe siècle, mais la plupart sont du XVIIIe et, surtout, du XIXe siècle.

Les maisons sibériennes les plus courantes (isbas) sont celles dites à cinq ou six murs : quatre extérieurs, un ou deux intérieurs. Elles sont faites à partir de rondins de sapin et de mélèze d'environ 6 m de longueur, posés sur des fondations de brique ou de pierre. Les interstices entre les rondins sont obstrués par de la mousse végétale. Les pourtours des fenêtres et des toitures sont souvent décorés de motifs découpés à la scie (dentelles de bois). Très résistantes au froid, à l'eau et aux séismes, ces maisons sont cependant vulnérables au feu. C'est pourquoi les isbas de ce type sont parfois équipées dans les villes, sur l'une de leurs façades, d'un mur coupe-feu en brique. En général, le confort y est minimal : salle d'eau inexistante, toilettes dans l'arrière-cour et, pour tout chauffage, un poêle en brique. Les isbas comportent dépendances et portes cochères. Devant les maisons s'empilent les bûches de bouleau qui chaufferont les habitants pendant le long et rude hiver. Isbas et immeubles sont équipés de doubles et parfois triples fenêtres, pour mieux isoler du froid.

L'habitat des indigènes du sud de la Sibérie est la yourte, sorte de tente circulaire à armature de bois, couverte de peaux de mouton, avec un foyer central. Vous tomberez immédiatement sous son charme, le cercle central avec ses armatures donnant l'impression d'un soleil rayonnant. Nomades et éleveurs de rennes, les Nenets, ont pour habitat traditionnel le tchoum, une tente conique en peaux de rennes, très proche du tipi amérindien. Ce type d'habitation est très utilisé par les nomades de l'Arctique (kota des Sâmes, yaranga des Tchouktches...). II faut soixante-quatre peaux de rennes pour fabriquer un tchoum logeant une famille de six personnes. Le tchoum est équipé d'un fourneau central pour le chauffage et la préparation des repas. Une lampe à pétrole suffit à l'éclairer. Des tentes préfabriquées à armatures et surmontées d'une toile font aujourd'hui de la concurrence au véritable tchoum.

Baroque sibérien

Composé d'immenses édifices aux couleurs vives, dans une architecture mêlant inspiration orientale et baroque russe, le baroque sibérien est loin d'être sombre et répétitif. Changeant en fonction de la situation géographique de la région et de l'influence des peuples dans l'histoire du pays, la découverte des monuments typiques de la grande Sibérie sera une étape incontournable de votre voyage. Son origine se retrouve dans le baroque russe provincial du XVIIe siècle influencé par le baroque ukrainien et dans certains cas par le décor de temples bouddhistes tibétains. Un grand nombre d'édifices se situent dans les villes d'Irkoutsk, Tobolsk, Tomsk et Tioumen. Les intérieurs authentiques qui ont subsisté sont rares et ne se trouvent pratiquement que dans l'église de l'Elévation-de-la-Croix à Irkoutsk.

Artisanat
Broderie

Les peuples autochtones de la Sibérie aiment parer leurs habits traditionnels de broderies en fils de soie, d'or ou d'argent... Mais ce n'est pas tout. Ces ornements de textiles sont souvent accompagnés de fourrure et de cuir, que l'on trouve en abondance sur le territoire, complétés par des canines, des dents et des cornes d'animaux entrelacées. Chaque peuple a ses propres motifs traditionnels brodés et inspirés par les scènes de la nature et de la vie quotidienne, servant à l'origine à protéger celui qui les revêtait : empreintes et images d'animaux sauvages des Khantys et des Mansis, cornes de rennes des Nenets, soleil et étoiles des Tchouktches et des Evenks et cornes de bélier des Bouriates.

Châles

Les châles rouges et fleuris des babouchka peuvent paraître un peu kitsch, mais ils ont le grand avantage d'être très chauds. En fichu sur la tête ou posé sur les épaules, le châle est une partie intégrante de la panoplie de la femme russe. Présentant des tons vifs et fleuris ou bien sombres et géométriques, les châles russes sont coupés dans une toile de laine très serrée et très souple. Dans la Russie ancienne, ces carrés d'étoffe bariolés avaient une signification. Offrir un châle à une jeune femme revenait ni plus ni moins à la demander en mariage.

De la part d'un fils, ce cadeau symbolisait tout l'amour et le respect que l'on devait à une mère.

Les châles d'Orenbourg sont tissés manuellement avec une laine extrêmement soyeuse, celle de chèvres gambadant en pleine montagne. D'un blanc étincelant ou tirant sur le beige, voire le gris, ces étoles incroyablement chaudes ont la réputation de pouvoir passer tout entières au travers d'une bague.

Fer forgé

Un des artisanats traditionnels des Bouriates, des Yakoutes et des Touvas est la ferronnerie. Les objets en fer, damasquinés d'argent, des forgerons sibériens sont fortement appréciés en Russie et de par le monde au même titre que ceux de Daghestan et de Damask. Les forgerons produisent des instruments de chasse et de travail, des équipements militaires et des objets d'usage courant. Autrefois, chez les Bouriates, on différenciait les forgerons dits " blancs ", spécialisés dans le traitement des métaux non ferreux, et " noirs " qui travaillaient le fer et ses dérivés. Les Bouriates considéraient les forgerons ou " darkhans " comme les messagers du Ciel et croyaient que leurs réalisations étaient sacrées et protégeaient des esprits malins. Ce métier très respecté se perpétue depuis des siècles dans certaines familles, alliant techniques modernes et savoir faire-ancestral.

Joaillerie

Les tribus natives de Sibérie sont réputées pour leur qualité d'orfèvre et la création de bijoux de toutes sortes. La Yakoutie, connue pour ses mines d'or et ses gisements de diamants, est le centre de joaillerie de la Russie. Traditionnellement, les bijoux yakoutes comme la " bastynga ", sorte de collier autour de la tête avec de longues chaînes pendant de deux côtés, ou la " kosopliotka ", un attache-cheveux, sont faits uniquement en métaux précieux : or, cuivre, bronze, laiton mais surtout argent, sans aucune pierre précieuse. Les fameux diamants de Yakoutie ne sont pas utilisés pour sertir les bijoux coutumiers car leur extraction n'a commencé que dans les années 1950. Selon les traditions, les parures complètes pouvaient peser jusqu'à 25 kg lorsqu'elles étaient portées dans leur totalité.

Matriochka

Le grand classique des souvenirs, équivalent de la tour Eiffel en plastique ou du T-shirt " I love NY ". Les poupées russes, à tendance politique, folklorique, sportive ou musicale (on peut trouver des matriochki Elvis Presley !), sont souvent chères lorsqu'elles sont vendues dans des quartiers touristiques.

En principe, toutes les pièces sont taillées dans le même morceau de bois de tilleul, à la fois léger et qui ne se fendille pas. Celles qui sont peintes dans des monastères sont habituellement signées. Il suffit de les retourner. Cependant, n'importe qui peut écrire Sergueev Possad sous les jupons de ces dames de bois... Ce monastère, situé à 70 km au nord de Moscou et fondé dans les années 1340, est, selon certains, le berceau des poupées russes. Selon la légende, deux moines se seraient amusés à fabriquer ces jouets pour passer le temps.

Pour d'autres, l'origine nippone de la matriochka ne fait aucun doute. C'est en tout cas l'avis de l'écrivain Yoko Tawada, qui écrit dans Narrateur sans âmes : " Nombreux sont les Russes qui ignorent que ce jouet "typiquement russe" ne fut fabriqué en Russie qu'à partir de la fin du XIXe siècle, d'après d'anciens objets japonais. J'ignore seulement quelle poupée japonaise peut bien avoir servi de modèle à la matriochka. Peut-être une kokeshi, cette poupée dont ma grand-mère m'a parlé un jour : il y a très longtemps, à l'époque où les habitants de son village vivaient dans une profonde misère, il arrivait que des femmes tuent leurs enfants aussitôt après la naissance pour éviter de devoir mourir de faim avec eux. Pour chaque enfant tué, on fabriquait une kokeshi, ce qui signifie "l'enfant supprimé", pour qu'on n'oublie jamais qu'elles avaient survécu aux dépens des enfants. A quelle histoire la matriochka pourra-t-elle être associée, plus tard ? Peut-être à l'histoire du souvenir de voyage, quand les humains ne sauront plus ce qu'est un souvenir. J'avais lu dans un livre sur les chamans que nos âmes peuvent nous apparaître en rêve sous forme d'animaux, d'ombres ou bien de poupées. La matriochka est sans doute l'âme des voyageurs de Russie qui, plongés dans le sommeil, rêvent de la capitale alors qu'ils traversent la Sibérie. "

Quoi qu'il en soit, cet objet se popularisa fort tard, à la fin du XIXe siècle. Il est probable que sa diffusion soit due à son utilisation à but éducatif. En effet, les matriochki représentent à l'origine une famille. Elles sont aussi le symbole de la maternité et de la fertilité, et ces jouets servaient à inculquer aux petites filles le goût pour la chose familiale et procréative.

Souvenir obligé, la matriochka peut aussi être finement peinte et comporter quelques dizaines de pièces. Certaines séries évoquent l'histoire et les contes russes avec force détails. Mais qu'elles soient paysannes en fichu ou princesses orientales, les poupées russes restent un grand classique du " cadeau de Russie ", aux côtés de la vodka et du caviar.

Pierres de l’Oural

Elles étaient connues dans la Grèce antique et mentionnées dans les sagas scandinaves. L'Oural regorge de pierres et de minéraux : jaspe, agate, malachite, serpentine, turquoise, quartz néphrite, rhodonite, aventurine, topaze, lapis-lazuli, hématite, cornaline... Si avec tout ça vous n'arrivez pas à trouver un collier à votre goût, sachez que la Sibérie est également productrice de diamants, mais le collier est nettement plus cher.

Plateaux

Les fameux plateaux métalliques, noirs, bariolés de fleurs ou de paysages sont une spécialité de l'Oural, de Nijni Taguil et d'Omsk. Ils sont peints en noir, séchés, décorés à la main et laqués. Ils présentent des décors floraux naïfs ou bien des scènes de mythologie, complexes et baroques.

Un cadeau pratique et qui se range facilement dans une valise !

Objets en bois de bouleau
Souvenirs du Baïkal sculptés dans du bois de bouleau
Souvenirs du Baïkal sculptés dans du bois de bouleau

Le bouleau est l'arbre russe par excellence. Féminin (" berioza " en russe), cet arbre présente une écorce argentée et une allure faussement fragile qui s'accordent à merveille avec la neige. Utilisé depuis la nuit des temps, notamment pour servir de support à l'écrit (l'écorce se roule facilement), il est largement utilisé dans l'artisanat : boîtes, jouets, jeux d'échecs, bijoux, chaussures, vêtements, sacs ou oiseaux du bonheur. Ces derniers déploient une queue en forme d'éventail, taillée dans une seule pièce, humidifiée et formée à la main. Ils occupaient les mains des paysans pendant les longues soirées d'hiver. Grâce aux excellentes qualités antibactériennes de cette écorce, les aliments, liquides ou solides, peuvent y être conservés pour une longue durée.

Samovars

Même si cela est moins vrai de nos jours, le samovar a longtemps été le coeur du foyer regroupant toute la famille autour du thé. Le samovar est une grande bouilloire ventrue faite de porcelaine, de cuivre, de laiton ou d'autres métaux précieux et il est souvent joliment décoré. Souksoun, village de la région de Perm, est la " capitale du samovar " ; c'est ici que le premier aurait été fabriqué et non pas à Toula, comme beaucoup d'historiens le prétendent.

Sculpture sur os et ivoire

Les sculpteurs orientaux russes, principalement basés à Tobolsk, Ouelen et Yakoutsk, utilisaient l'ivoire de mammouths puis de morses avant l'instauration de décrets internationaux interdisant ce commerce pour la préservation des espèces. De nos jours, les artisans utilisent des os et les cornes de rennes afin de réaliser bijoux, boîtes, peignes, tabatières, écrins, décorations de table et même des ornements de meubles essentiellement inspirés de scènes folkloriques et d'illustrations du quotidien.

Cinéma

Depuis le tout début de cet art, la Russie a largement participé au développement du cinéma. Des réalisateurs pionniers comme Dziga Vertov ou Sergueï Eisenstein ont posé les bases de décennies de réflexion sur le cinéma. Leurs oeuvres ont influencé les plus grands réalisateurs européens et sont aujourd'hui au programme de toutes les écoles. Monumental par sa modernité et sa créativité, le 7e art russe prit très tôt une dimension particulière, à laquelle ont été rarement confrontés les Occidentaux : l'instrumentalisation par le pouvoir en place. Se détourner pour des raisons politiques des comédies et drames soviétiques serait pourtant passer à côté de nombreux chefs-d'oeuvre. Aujourd'hui, une nouvelle génération d'artistes pourraient bien donner un souffle nouveau à l'industrie cinématographique. Pour vous y retrouver, préparer votre séjour ou faire quelques découvertes, voici un bref survol du rousskoïé kino.

Les premiers pas du cinéma en Russie

C'est à Saint-Pétersbourg qu'a lieu pour la première fois en Russie une séance de cinéma. Le 4 mai 1896, soit six mois après la première projection parisienne, les frères Lumière dépêchent sur place deux envoyés, Emile Doublier et Charles Moisson. Les deux " reporters " réalisent quelques jours plus tard le premier reportage cinématographique russe, à l'occasion du couronnement du tsar Nicolas II à Moscou. Premier film dans ce pays qui ne connaît que quelques réalisations d'amateurs et premier acte de censure. Les deux comparses, témoins d'un épouvantable accident causé par l'écroulement d'une balustrade, sont arrêtés et leur matériel est confisqué.

Le cinéma se développe d'abord sous l'impulsion étrangère, dont la société française Pathé, qui joue un rôle prédominant à partir de 1904. Quelques salles ou des cinémas ambulants montrent des petits films de production étrangère privilégiant les farces légères, voire grivoises. Les autorités morales s'offusquent, le saint-synode interdit à tout le clergé d'assister aux projections. En 1907, le premier producteur, réalisateur et photographe russe se lance dans la compétition avec les étrangers, principalement français. Alexandre Drankov se sert de la publicité pour annoncer ses Sujets courants, événements russes sur écran, vues de villes et paysages. Il reçoit l'appui de la famille impériale et est le premier à filmer Léon Tolstoï, lors de son quatre-vingtième anniversaire. En 1908, Drankov produit ce que l'on peut considérer comme le premier film russe, Stenka Razine, qui, délaissant le ton de la farce grossière, propose une vraie mise en scène, une musique originale et un sujet national : les exploits légendaires du plus farouche des cosaques.

Pendant les premières années d'existence du cinéma, en Russie comme ailleurs, l'intelligentsia se montre réservée, voire franchement hostile, à deux exceptions près : Léon Tolstoï et Maxime Gorki qui pressentent la possibilité d'utiliser ces nouvelles techniques pour l'éducation des masses. Les industriels du film brisent ce mur de frilosité en demandant aux plumes nationales d'écrire des scénarios. Le mur cède, des revues se créent, les débats s'enhardissent et, en 1913, les futuristes, rejoints par Maïakovski, réalisent leur premier film, Drame au cabaret futuriste n ° 13. Yakov Protazanov, qui y fait ses débuts, deviendra le plus célèbre réalisateur d'avant la révolution.

A la veille de la Première Guerre mondiale, la production locale est encore médiocre, mais une réelle réflexion prend corps. Starevitch fonde l'animation russe, l'une des plus anciennes et les plus créatives au monde. Il utilise la technique de l'image-par-image pour animer des figurines représentant des insectes et des animaux. L'Etat reconnaît la valeur du cinéma et ne néglige pas son utilisation dans la diffusion de sa propagande. La censure veille. Ainsi, il est interdit d'évoquer Raspoutine sans autorisation signée des autorités compétentes en la matière. Cependant la Première Guerre mondiale et la révolution de 1917 vont renforcer le cinéma russe.

Un art révolutionnaire ?

Fin des importations de bobines étrangères, interdiction des productions allemandes, ennui à " l'arrière ", interdiction de la consommation d'alcool... Le premier conflit industriel de l'histoire de l'humanité a pour conséquence, en Russie, d'asseoir les productions nationales. Le patriotisme russe doit être flatté et les salles remplies. Les autorités et les industriels du cinéma s'allient pour produire des films locaux. Les gens de théâtre, autrefois réfractaires, se laissent tenter par le cinéma et même Meyerhold tourne casaque en réalisant un film que beaucoup considèrent comme le meilleur de la période pré-révolutionnaire, Le Portrait de Dorian Gray. Les bobines ont disparu, mais l'incursion des comédiens de théâtre dans le cinéma influencera durablement les productions russes.

Par ailleurs, de 1914 à 1917 apparaissent de nombreuses adaptations littéraires : Guerre et Paix, de Vladimir Gadine et Yakov Protozanov, Les Possédés ou, encore, La Dame de pique, du même Protozanov. Les efforts, dès 1917, pour implanter en Russie un cinéma indépendant orientent une culture du cinéma s'appuyant fortement sur l'histoire et la littérature et développant une réflexion propre. Malheureusement, la plupart de ces films ont disparu ou sont aujourd'hui en bien mauvais état. De 1908 à 1919, 305 films sont produits et, dans un article de 1913, le correspondant d'un périodique américain écrit qu'il y a en Russie entre 800 et 1 000 salles, modestement équipées et fréquentées par des gens d'un rang social " bien plus élevé que dans la plupart des autres pays ".

Au lendemain de la révolution, les structures économiques du cinéma russe changent peu. D'autres priorités retiennent l'attention des autorités. La censure politique disparaît (elle reviendra rapidement) et devient économique. Les films réalisés dans les premières heures de la Russie soviétique tressent des couronnes de louanges à la révolution ou vilipendent l'ancien régime. Le thème religieux n'est plus tabou. Critique caricaturale ou réelle réflexion métaphysique, il fournit un sujet d'inspiration nouveau et est à l'origine de quelques productions célèbres comme Le Père Serge, de Yakov Protazanov. Cependant le jeune cinéma soviétique passe rapidement à la vitesse supérieure et dépasse la simple réaction à l'époque tsariste. C'est un immense mouvement qui naît dans l'enthousiasme, animé par des artistes de talent et obsédés par l'idée de mettre au service d'une société nouvelle un art nouveau. Malgré les pires difficultés matérielles, les réalisateurs bâtissent une réflexion théorique et multiplient les essais expérimentaux.

Le nouveau pouvoir est également très favorable à cet art jeune et prometteur, pour des raisons de propagande, mais aussi parce que les projections ont un rôle éducatif auprès des plus défavorisés. En 1919, Lénine nationalise la production et la distribution et crée L'Ecole nationale de cinéma, l'une des premières au monde. Comme dans d'autres disciplines artistiques, les créateurs connaissent un moment de liberté qui s'amenuise considérablement dans les années 1930. Citons Maïakovski, dont trois scénarios sont portés à l'écran en 1918, et Edouard Tissé, futur chef-opérateur d'Eisenstein, qui filme le premier anniversaire de la révolution et est en charge du cinéma dans le premier agit train (des trains qui sillonnent le pays, ornés de banderoles et de slogans révolutionnaires, et organisent discours et spectacles à chaque halte). Entouré de quelques amis, les kinoks (fous de cinéma), le monteur de Tissé, Dziga Vertov, invente la théorie de kinoglaz, ou ciné-oeil, donnant naissance à un nouveau genre : le " cinéma-vérité ". Autre sensation postrévolutionnaire : Lev Koulechov, qui, avec Le Projet de l'ingénieur Pright, introduit bon nombre d'innovations : un détachement de l'inspiration littéraire, une société technologique moderne pour cadre, des acteurs amateurs et, surtout, des procédés de montage radicalement différents.

Essais, manifestes, revues foisonnent et débattent de deux grands sujets : le jeu des acteurs et le montage.

La parole confisquée

Le premier grand film proprement révolutionnaire, dans ses innovations techniques et narratives, est La Grève, d'Eisenstein. Le critique anglais David Sylvester écrit à ce propos : " L'art de ce film rappelle celui d'un poème qui fut presque son contemporain, The Waste Land. Il le rappelle par la même liaison rythmique d'images hétérogènes et par les mêmes images, à la fois naturalistes et symbolistes, qui créent le choc par leur superposition. "

En 1926, Le Cuirassé Potemkine, d'Eisenstein également, connaît un succès international, favorisé encore par son interdiction dans de nombreux pays, dont la France. Dziga Vertov tourne L'Homme à la caméra. Il refuse la notion même d'acteur et de scénario. Artiste singulier, son oeuvre marquera durablement les générations suivantes de cinéastes et sa conception du montage bouleversera tout ce qui se faisait jusque-là. Les mouvements révolutionnaires, la guerre civile, les difficultés de la construction de l'Etat et de la société soviétiques servent de thèmes principaux. Regardés à l'étranger comme des témoignages sur un pays finalement mal connu, chargés d'une fonction éducative, voire propagandiste, ces films sont pourtant des oeuvres de portée universelle. Les réduire à l'agitprop serait injuste et la réflexion théorique qui les sous-tend déborde largement les salons de l'intelligentsia. Elle offre une base de travail pour les cinéastes du monde entier et fonde la culture cinématographique russe. Cet art en plein essor, lancé par de jeunes enthousiastes assoiffés de nouveauté, sera bientôt bâillonné par le pouvoir stalinien. Avec le passage au parlant, le cinéma va en effet constituer une zone possible de rébellion que le Petit Père des peuples surveillera de très près.

Le vent tourne dans la première moitié des années 1930 qui correspond au premier plan quinquennal (1929-1934). C'est l'époque de la collectivisation des terres, du durcissement du pouvoir et du renforcement de son contrôle sur la vie intellectuelle et artistique. Maïakovski se suicide, Eisenstein part au Mexique et le réalisme socialiste cadre officiellement les élans artistiques à partir de 1934, date du Congrès des écrivains.

Parallèlement, le cinéma devient parlant et l'avant-garde russe vit ses dernières heures. Cette transition se fait progressivement, tiraillée entre l'attachement de certains cinéastes au muet et la volonté du pouvoir de développer le parlant. Le premier film parlant est Le Chemin de la vie, de Nicolaï Ekk (1931). Le militantisme enthousiaste est toujours prégnant, mais l'expérimentation de l'image est bientôt taxée d'élitisme et les films sont sommés de renouer avec un déroulement linéaire du scénario. Le cinéma s'attache à peindre les rapports de l'homme à son travail, la réalité socialiste et les bienfaits du pouvoir soviétique. Mais il est étonnant de constater que si cette période d'instrumentalisation de l'art est catastrophique pour la littérature et les arts plastiques, elle n'appauvrit pas complètement le cinéma. Quelques réalisateurs comme Eisenstein et Dovjenko, certains films comme Tchapaev et Les Joyeux Garçons maintiennent la réputation internationale du cinéma soviétique. Le pouvoir stalinien trouve dans le cinéma un formidable outil de propagande (les documentaires fleuves de l'époque martèlent la promesse de lendemains qui chantent), mais les gardiens de la doctrine redoutent aussi le considérable espace de liberté qu'il représente. Un genre incongru voit le jour au moment même où Staline purge le pays de ses éléments les plus séditieux : la comédie musicale. Lourde, interminable et mensongère, elle met en scène la joie de la vie à la campagne et emprunte à Hollywood ses artifices les plus pompiers.

Muselés et persécutés, les cinéastes ont une marge de manoeuvre ridicule, mais possible. L'industrie cinématographique est dynamique et certains films, n'ayant rien qui pourrait choquer les cerbères de la censure, sont de grandes oeuvres. Elles sont le fait de réalisateurs qui tiennent une place à part dans leur époque. Mark Donskoï, après la guerre, adapte à l'écran la trilogie de Maxime Gorki. Peu soucieux de technique, il peint la plaine et le fleuve, les méfaits d'un monde corrompu par l'argent. Cinéaste du passé, il peint la vieille Russie tsariste pour y trouver l'universalité de l'homme russe... En 1945, Eisenstein fait son grand retour avec Ivan le Terrible, qui restera son testament inachevé.

Un lent renouveau

Avec la mort de Staline en 1953 et l'arrivée de Khrouchtchev au pouvoir, l'atmosphère se détend. Sans pour autant devenir permissive, la société soviétique se détache du sacro-saint culte de la personnalité. Kalatozov, longtemps brimé, tourne le mélodramatique Quand passent les cigognes, en 1957. Cette oeuvre très moderne ouvre la voie à la Nouvelle Vague française. C'est à cette période que des cinéastes majeurs font leurs débuts. Paradjanov tourne Les Chevaux de feu et Kontchalovski Le Premier Maître. Le réalisateur le plus célèbre de cette nouvelle génération est Andreï Tarkovski, dont le premier film, L'Enfance d'Ivan, est accueilli comme un tournant dans l'histoire du cinéma russe.

Cinéaste incontournable (il s'exilera en France), il réalise en 1967 Andreï Roublev, qui retrace la vie et les combats spirituels du célèbre peintre d'icônes. Il croit au génie, à une valeur individuelle de l'être humain qui s'oppose à la barbarie. Avec Solaris, contrepoint soviétique de 2001 l'Odyssée de l'espace de Kubrick, Tarkovski ne s'occupe pas vraiment de science-fiction, mais bien plus d'une réflexion sur la connaissance de soi. Avec Le Miroir (1974) et, plus tard, Nostalgia (1983), Stalker fait partie des films les plus puissants de Tarkovski. Au cours d'une longue promenade philosophique, le stalker est celui qui tente de rallumer l'étincelle divine de l'homme et croit pouvoir faire son bonheur malgré lui. On comprend qu'avec des sujets aussi peu soviétiques, le cinéaste ait été contraint à l'exil.

Sous Brejnev, le cinéma est à l'image du reste de la société : il stagne. Cependant quelques personnalités, et non des moindres, se détachent nettement. Mikhalkov, Panfilov, Iosseliani (d'origine géorgienne) et Guerman renouvellent le cinéma soviétique. On retiendra le magnifique Mon ami Lapchine, de Guerman. Ce dernier réalisera, après la perestroïka, Khroustaliov, ma voiture !, un film magistral en noir et blanc sur le célèbre " complot des blouses blanches " de 1953. Truffé de références historiques, il retrace l'atmosphère de paranoïa et de terreur entourant les derniers moments du régime stalinien.

Toutefois, le cinéma soviétique n'a pas produit que des oeuvres pour cinéphiles avertis. Les années 1970 seront riches en drames et comédies ayant pour cadre le quotidien des Soviétiques et auscultant leurs sentiments. Le personnage est individualisé : il a un travail, une famille, des amis, des problèmes de coeur...

Nous sommes désormais loin de la rigidité stalinienne. De l'idée, on passe au sujet. Les comédies familiales de cette époque sont aujourd'hui rediffusées à la télévision lors des fêtes de fin d'année. La plus populaire et la plus drôle s'appelle Ironiya sud'by, ili s liokhkim parom !, soit " l'ironie du destin, ou... ", une phrase parfaitement intraduisible signifiant littéralement " que la vapeur te soit légère ! " et que l'on s'adresse après une séance de bania. L'intrigue est à la fois simple et révélatrice du degré, tout de même élevé, de critique possible. A Moscou, des amis célèbrent les fêtes de fin d'année au bania et " boivent plus que de raison ". L'un d'entre eux doit partir le même soir à Leningrad pour son travail. Par blague, ils mettent dans l'avion un autre de leurs copains, qui, une fois arrivé à l'aéroport de Leningrad, ne se souvient ni de sa soirée ni de son voyage. Il prend un taxi, donne une adresse et le voilà devant chez lui. Le même nom de rue, le même immeuble, la même cage d'escalier, la même serrure, la même clef et le même appartement. Il ne comprend qu'il est à Leningrad et non à Moscou qu'au retour de la jolie locataire de l'appartement.

Dersou Ouzala (Akira Kurosawa, 1975)

Après l'échec de Dodescaden et une tentative de suicide, Akira Kurosawa accepte l'invitation du réalisateur Sergueï Guerassimov à venir tourner en URSS. Le maître nippon choisit d'adapter les mémoires du capitaine Vladimir Arseniev. Publiés en 1921 et 1923, ces livres ont fait rêver des générations de Russes.

Capitaine de l'armée impériale, Arseniev est chargé, en 1922, de cartographier la région de l'Oussouri, encore peu connue à l'époque. Il y fait la rencontre de Dersou, un chasseur qui n'a pas de maison et vit de la vente de fourrures. Sa taille, sa peau sombre et ses yeux plissés lui attirent les moqueries des compagnons d'Arseniev, mais sa connaissance de la taïga s'avère vite indispensable.

Dersou vit en parfaite harmonie avec la forêt. Hommes, arbres, animaux... tout communique. Cependant, d'année en année, la vieillesse le rend incapable de survivre dans la taïga. Sa vue baisse et il blesse un tigre des neiges sans le tuer : mauvais signe. Arseniev invite le vieil homme à vivre chez lui, en ville. Dersou s'adaptera-t-il ?

Akira Kurosawa évite tout sentimentalisme d'amitié virile ou de retour à la nature, et filme la nature sibérienne comme personne ne l'avait jamais fait auparavant. Il témoigne aussi de la culture d'un peuple bafoué par le régime soviétique.

Bouge pas, meurs et ressuscite (Vitali Kanevski, 1989)

Ce film au titre énigmatique a pour cadre un camp sibérien de la fin des années 1940. Détenus politiques et prisonniers de guerre partagent un univers de cauchemar, fait de violence et de désespoir.
C'est là que grandit Valerka, un gamin de 12 ans recherché par la police pour avoir fait dérailler un train. Ce jeune " terroriste " tombe amoureux de Galia, une jeune Tatare qui le tire des pires situations et avec laquelle il décide de s'échapper du camp pour gagner Vladivostok.
Avec l'histoire de ces deux enfants, c'est toute l'inhumanité inhérente aux camps qu'évoque Kanevski.
A la sortie du film, Caméra d'or à Cannes en 1990, il déclarera à propos du monde du Goulag : " Le système, le mode de vie imposent aux gens une seule issue qui est le chemin du mensonge, du vol, du viol, de la folie et des monstruosités. "

La parole libérée

Dès les premières heures de la perestroïka, le cinéma est traversé par un vent de libéralisation et connaît un élargissement de son spectre. Pavel Lounguine marque les esprits avec son très politique Taxi Blues, racontant la rencontre d'un chauffeur de taxi taciturne, interprété par l'inimitable Piotr Mamonov, avec une future star du rock, alcoolique et turbulente. Le musicien qui joue de deux saxophones en même temps, c'est lui ! Une autre figure très importante du cinéma russe est Sokourov, dont le formalisme rigoureux et la recherche esthétique déroutent ou enchantent. Un de ses films les plus récents, L'Arche russe, retrace l'histoire et les questionnements de la Russie, en suivant la visite à l'Ermitage de Custine, célèbre pour ses assassines Lettres de Russie. Réalisé in situ en tourné-monté, c'est-à-dire en une seule prise d'une heure et demie, ce film conduit le spectateur dans différentes époques. On y croise Pierre le Grand, la Grande Catherine... Autre genre : le réalisme postsoviétique qui s'attache à dépeindre les conséquences de la fin de l'URSS sur la population. A ce titre, La Petite Véra est le film de toute une génération. Vassili Pitchoul y décrit l'ennui et le sentiment d'abandon de la jeune génération, déboussolée et privée d'avenir radieux. A l'inverse, Vitali Kanevski pratique la transe et le merveilleux sur un sujet historique. Dans Bouge pas, meurs et ressuscite, il nous livre un tableau des villages entourant les Goulags, où les anciens prisonniers s'installaient lorsqu'ils étaient libérés. Tourné en noir et blanc, avec une mise en scène tour à tour centrée sur les visages et largement théâtrale, ce film est un des plus touchants de l'après-URSS.

L'ouverture de studios indépendants à la fin des années 1990 et l'émergence des grands opérateurs audiovisuels, tel NTV, laissaient présager une importante distribution. Mais cette production est souvent consacrée au petit écran. Les films étrangers envahissent les affiches et les productions locales à gros budget tentent de les imiter. C'est le cas des trois films de la série Brat (Frère) qui ont connu un succès phénoménal. Mêlant violence, image virile du voyou et relents nationalistes, ces films ont certes rempli les salles, mais ont éloigné les cinéphiles de la production russe.

Ces dernières années, le jeune cinéma d'auteur est en plein renouveau, et commence à largement dépasser les frontières de la Russie. En témoignent les succès du Retour (2003), de Zviaguintsev, une oeuvre poétique sur l'attente du père et l'apprentissage de l'âge adulte qui a obtenu le lion d'or à Venise ; de Baboussia (2004) de Lidiya Bobrova qui relate le périple d'une grand-mère partie à travers la Russie à la rencontre de sa famille ; ou plus récemment de Soldat de papier (2008) d'Alexis Guerman Junior dans lequel le récit de la préparation de cosmonautes envoyés dans l'espace par l'URSS cache une critique du pouvoir soviétique. Ce dernier a obtenu le lion d'or de la meilleure réalisation à la Mostra de Venise en 2008. Si les spectateurs russes s'intéressent plus qu'avant aux productions nationales, c'est notamment grâce à des blockbusters tel Stalingrad qui a déjà rapporté 1,7 milliards de roubles (37 millions d'euros) ou la comédie Gorko ! (2013, sorte de Bienvenue chez les ch'tis qui se déroule lors d'un mariage provincial). La surprise de l'année 2013 est sans doute Le Géographe a bu son globe d'Alexander Veledinsky, racontant l'histoire d'un jeune biologiste qui accepte un poste de géographe dans une école secondaire de Perm car il a besoin d'argent. En 2014 Zviaguintsev sort son quatrième film, Léviathan, encore primé à Cannes, cette fois-ci par le Prix du meilleur scenario. Grâce au film Paradis (2016), histoire d'une femme russe dans un camp nazis pendant la guerre, Andreï Kontchalovski remporte le Lion d'argent pour son travail de réalisateur à Venise.

Littérature

" Les Russes écrivent entre les lignes au lieu d'écrire dessus. "

En Russie, le nombre de passagers des transports en commun plongés dans leur lecture vous surprendra. Malgré le prix élevé des livres, les Russes persistent à lire beaucoup. Les appartements des lettrés, toujours désargentés, sont souvent remplis de livres jusque dans les faux plafonds.

Cependant, la littérature n'est pas ici un domaine abstrait réservé à une élite cultivée, elle est vivante, partagée et inscrite dans le quotidien. Tous les Russes connaissent par coeur au moins quelques extraits des poètes nationaux et certains vont jusqu'à mémoriser des oeuvres entières. Un lien quasi sentimental les relie à ces piliers de la littérature mondiale que sont Pouchkine, Gogol ou Tolstoï, comme en témoignent le nombre et la fréquentation assidue des maisons-musées d'écrivains, où les touristes se rendent comme en pèlerinage. Monumentale jusqu'à l'intimidation, foisonnante jusqu'à la confusion, la littérature russe constitue une excellente introduction à la " planète Russie ".

La littérature des origines

Vers la fin du Xe siècle, l'alphabet cyrillique a été introduit en Russie par la voie de la christianisation et de la catéchisation.

Deux siècles plus tôt, les moines Cyrille et Méthode en avaient fixé les règles afin d'évangéliser les populations slaves. La langue choisie pour diffuser la bonne parole était un dialecte bulgare compris par la majorité des Slaves. En se fixant, ce dialecte est devenu la langue savante des fidèles orthodoxes : le slavon, encore aujourd'hui langue de la liturgie. Mais ce dialecte devenu langue écrite n'est plus parlé nulle part lorsqu'il s'implante dans la Rous. Utilisé pour la diffusion des livres saints, il est rapidement influencé par la langue orale locale, donnant ainsi naissance au vieux russe.

En marge de la littérature savante, la culture populaire développe un folklore riche et varié : contes, chansons, proverbes, parodies et satires seront redécouverts au XVIIIe siècle. Dans le nord, les bylines, longues mélopées rythmées, étaient consacrées aux héros légendaires du passé de Kiev ou Novgorod.

La culture écrite reproduit et adapte le legs byzantin, restreint aux nécessités de la catéchèse ou de la célébration du pouvoir en place. C'est pourquoi il n'y pas d'ouvrages scientifiques, philosophiques ou artistiques. Toutefois, la Rous médiévale a connu quelques oeuvres originales, dont la fameuse Chronique des temps passés, attribuée au moine Nestor et qui retrace l'histoire de la Rous. L'ouvrage le plus remarquable de cette période est certainement le Dit de la campagne d'Igor. Il rapporte la lutte du prince Igor contre les Polovtsiens et suggère, idée neuve pour l'époque, une union de toutes les terres russes divisées face à leurs turbulents voisins.

On observe dans la littérature du XIVe au XVIIe siècle l'évolution de la langue, la montée de l'idéologie " nationale chrétienne " et la sécularisation croissante de la société. Mais sa valeur littéraire est très en deçà de celle de la culture orale. Ce gigantesque corpus n'aura pratiquement aucune influence sur la genèse de la littérature moderne dont les genres seront empruntés au fonds occidental via le classicisme français. S'esquissait déjà un fossé entre culture savante européanisée et culture populaire, entre l'élite dirigeante et le peuple.

Puis vint Pouchkine

Statues, monuments, musées, citations... la pouchkinomania ne faiblit pas. Né en 1799 à Moscou dans une vieille famille noble, Alexandre Sergueïevitch Pouchkine est le descendant d'Abraham Hannibal, un Abyssinien noir comme l'ébène " offert " à Pierre le Grand par un sultan turc. Comme tous les futurs membres de l'élite russe, Alexandre fréquente le lycée de Tsarskoïé Selo, où règnent alors des idées progressistes. Il compose des épigrammes satiriques sur ses contemporains, dont le favori d'Alexandre Ier. Des amis lui évitent la déportation en Sibérie, mais pas l'exil qui le fait voyager dans tout le pays entre 1820 et 1826. Cette période de bannissement s'avère fertile pour Pouchkine, puisqu'il écrit, entre autres, Le Prisonnier du Caucase, Les Tziganes, un roman en vers, Eugène Onéguine, et la tragédie shakespearienne Boris Godounov.

Même s'il n'a pas participé au soulèvement des décembristes, nombre de ses amis sont inquiétés. Nicolas Ier l'autorise à rentrer d'exil, le fait étroitement surveiller et s'autoproclame " critique et censeur attitré " du poète, qui aura désormais maille à partir avec la censure. Cela ne l'empêche pas d'écrire La Petite Maison à Kolomna, un conte satirique. En 1831, il épouse une jeune femme futile adonnée aux mondanités. Mais bals et fêtes ennuient Pouchkine, qui se réfugie dans l'écriture. La postérité y gagnera Le Cavalier de bronze, Histoire de la révolte de Pougatchev et La Fille du capitaine. L'écrivain meurt en 1837, dans un duel l'opposant à l'un des Français les plus connus en Russie, Georges d'Anthès.

L'effervescence du XVIIIe siècle avait préparé l'arrivée du grand génie. Les travaux linguistiques de Lomonossov vont fixer les règles de la langue russe moderne. L'omniscient fondateur de l'université de Moscou introduit en Russie une littérature classique conforme aux prescriptions de Boileau. Après la Révolution française, les écrivains se choisissent des références anglaises ou allemandes. Walter Scott, Byron, Goethe, Schiller ou Hoffmann inspirent Karamzine, le protecteur de Pouchkine, qui sacrifie à l'occasion à la mode romantique. En plus d'avoir fixé la langue moderne, Pouchkine inaugure une grande tradition : face au tsar tout-puissant et autoritaire, c'est l'écrivain qui assume la fonction prophétique et éclaire le peuple.

Du romantisme au réalisme

Mikhaïl Lermontov (1814-1841) partage avec Pouchkine le fait d'être mort en duel, un exil caucasien et une même conception du poète prophète et combattant. Sa poésie, sombre et pessimiste, se divise en deux corpus : les poèmes historiques et les poèmes exaltant le courage et la liberté des montagnards du Caucase. C'est d'ailleurs Lermontov qui introduit le thème du Caucase dans la littérature russe. Son roman le plus connu est Un héros de notre temps, publié en 1840. Lermontov s'y attache aux effets qu'exerce la société sur la psychologie de Petchorine, jeune officier perdant son temps en vaines prouesses sentimentales. Il est froid, insensible et gaspille son énergie. Lermontov nous livre cinq épisodes de sa vie, traités séparément mais qui, ensemble, forment un récit cohérent. Il s'agit du premier roman psychologique russe et de la première utilisation du monologue intérieur. Auteur romantique, ses portraits réalistes des êtres humains ont ouvert la voie aux grands prosateurs de la deuxième moitié du XIXe siècle.

Dans l'histoire littéraire, le nom de Nicolaï Gogol (1809-1852) reste lié au réalisme et à l' " école naturelle ", même si l'auteur est plutôt inclassable. Conteur hors pair, Gogol dépeint la vie des campagnes ukrainiennes dans Veillées à la ferme de Dikanka et Mirgorod, qui enchantent Pouchkine. Avec Tarass Boulba, récit des guerres entre la Pologne et l'Ukraine, il prolonge le tropisme petit-russien. Les Contes de Saint-Pétersbourg, regroupant Le Portrait, La Perspective Nevski, Le Journal d'un fou, Le Nez et Le Manteau, abordent un tout autre univers, à la fois fantastique (un personnage se réveille sans son nez, un autre se prend pour le roi d'Espagne) et social (Le Manteau décrit l'univers d'un obscur fonctionnaire percevant un salaire de misère). Mais c'est à sa pièce Revizor et à son roman Les Ames mortes, publié en 1842, que Gogol doit principalement sa renommée. Le héros des Ames mortes va de propriété en propriété acheter des " âmes mortes ", c'est-à-dire des serfs décédés mais non rayés des écritures comptables et qui lui servent de gage pour emprunter de l'argent. Sombre peinture de la Russie de l'époque, ce récit est un des grands romans de la littérature russe. Il a fait de son auteur le porte-drapeau, à son insu, du " réalisme critique " représenté par Ivan Gontcharov (1812-1891), auteur d'Oblomov, et par Ivan Tourgueniev (1818-1883), dont les ouvrages les plus connus sont Père et Fils et Les Récits d'un chasseur.

Les géants du réalisme

Les Possédés, Crime et Châtiment, Les Frères Karamazov, Le Joueur... Nul besoin de présenter Fiodor Dostoïevski (1821-1881), dont l'oeuvre continue de nous fasciner. Condamné à mort à la suite de " l'affaire Petrachevski ", préparation d'une insurrection contre le régime tsariste, il est gracié in extremis et enfermé dans la forteresse d'Omsk. Soumis aux travaux forcés qui le marqueront à vie, il sort de cet enfer à l'âge de 35 ans. Il a écrit là-bas ses Souvenirs de la maison des morts ainsi qu'un recueil, Le Cahier sibérien, où il consigne proverbes, scènes et expressions saisis sur le vif dans le milieu des condamnés. Et c'est à 44 ans que Dostoïevski commence à écrire ses ouvrages les plus fameux. Entre Balzac et Proust, Dostoïevski est aussi à l'aise dans la sculpture que dans l'autopsie, représentant avec la même puissance illuminée les êtres simples et les sentiments complexes. Sur le plan politique, ses idées selon lesquelles le peuple ne tolérerait aucune révolution seront largement démenties par la suite. Il reste cependant l'un de grands penseurs de son siècle et qui a su soulever des problématiques encore d'actualité.

L'autre géant du réalisme, Léon Tolstoï (1828-1910), est un personnage emblématique, issu de la noblesse mais très préoccupé par le sort du peuple russe. Son superbe domaine de Iasnaïa Poliana, situé dans la région de Moscou, est toujours très visité par les touristes russes. Immense écrivain, le comte Tolstoï a été aussi une force de la nature, passionné par l'agriculture, la pédagogie et le vélo, qu'il découvre à l'âge de 67 ans. Alors que Dostoïevski décrit des gens tourmentés et maladifs, Tolstoï s'intéresse à des psychologies plus équilibrées dont il fait apparaître les ressorts profonds.. On pourra lire, ou relire, sa trilogie autobiographique, Enfance, Adolescence et Jeunesse, l'incontournable Guerre et Paix, son très flaubertien roman Anna Karénine et le sublime Mort d'Ivan Ilitch, dont Maupassant disait qu'il était prêt à l'échanger contre ses propres oeuvres complètes.

L'ère des grands romans laisse place à des genres plus succincts. Vsevolod Garchine (1855-1888) est le grand nouvelliste des années 1880, tandis que Nicolaï Leskov (1831-1895) esquisse de magistraux tableaux de la vie du peuple (La Fiancée). Mais le maître incontesté de la nouvelle russe est bien sûr Anton Tchekhov (1860-1904).

La période moderne

Si les lecteurs français apprécient le théâtre de Tchekhov (Oncle Vania, La Mouette, Les Trois Soeurs, La Cerisaie...), ils connaissent en général moins bien ses nouvelles qui sont un modèle du genre : concision, finesse des détails et densité (La Dame au petit chien, La Steppe, Une histoire triste, La Salle numéro 6...). Sa langue d'une grande clarté en fait souvent le premier écrivain lu dans le texte par les étudiants en russe. Il a su rendre la vie provinciale et les soubresauts de la société pré-révolutionnaire russe intelligible au-delà des frontières de l'empire. Pour preuve : les metteurs en scène occidentaux continuent avec le même succès à faire vivre son théâtre.

Si Anton Tchekhov meurt avant la révolution de 1905, Maxime Gorki (1868-1938), lui, jette un pont littéraire entre la Russie tsariste et l'URSS, époque où il fut l'un des auteurs les plus lus. Orphelin à l'âge de 11 ans, il vagabonde à travers la Russie, l'Ukraine et la Géorgie, et pratique mille petits métiers. Prolétaire, socialiste et révolté, il est l'auteur du Chant du pétrel, une allégorie sur l'imminence de la révolution, tout comme l'est sa pièce Les Bas-Fonds. Son roman La Mère est d'une remarquable noirceur sociale. Après 1917, Gorki ne tarde pas à dénoncer les atrocités commises par le nouveau pouvoir, avant d'initier, plus tard, le réalisme socialiste et de soutenir inconditionnellement le régime stalinien.

La littérature de la fin du XIXe siècle, annonciatrice d'un cataclysme social ou prophétesse des lendemains qui chantent, connaît, à l'instar de l'Europe, ses mouvements littéraires en " isme ". Le symbolisme russe, nourri de Poe, Mallarmé, Baudelaire, Wilde et Huysmans, est placé sous le signe de la décadence et du mysticisme. Dimitri Merejkovski (1865-1941), le père de ce mouvement, fulmine inlassablement contre le réalisme jugé trivial et utilitaire.

La révolution de 1905 donne un air nouveau à la vie intellectuelle. Les symbolistes Andreï Bely (1880-1934), auteur de l'envoûtant Pétersbourg, et le poète Alexandre Blok (1880-1921) restent moins à l'écart des réalités de ce monde. L'acméisme, qui renie le symbolisme et souhaite redécouvrir la valeur du quotidien et du réel, est un mot aujourd'hui oublié mais un courant auquel participe l'une des plus grandes poétesses du XXe siècle, Anna Akhmatova (1889-1966).

Le futurisme a également ses émules en Russie avec, en tête de file, le singulier Velimir Khlebnikov. Son oeuvre est la quête d'une langue primitive qui serait à l'origine de toutes les autres. L'Age d'argent (on désigne ainsi la période comprise entre 1905 et 1917) est celui d'une avant-garde dont la vitalité et les expériences seront en grande partie anéanties par la révolution.

Littérature, révolution et stalinisme

La majorité des écrivains qui appelaient de leurs voeux la survenue de changements reste finalement perplexe et aurait préféré s'en tenir au réformisme démocratique. L'intelligentsia allait pouvoir vérifier si ses idéaux étaient ou non une vaste illusion.

Serge Essenine (1895-1925) est un poète marqué par la poésie populaire, un poète convaincu que la paysannerie tiendra une place de choix dans la société à venir. Il donne à la révolution une interprétation religieuse et s'étonne du manque d'enthousiasme des paysans russes. Ses voyages en Occident lui inspirent le dégoût des sociétés industrielles modernes et son retour au pays, en 1924, lui procure le sentiment de ne plus être complètement chez lui. Il se suicide un an plus tard à l'Hôtel d'Angleterre, à Leningrad. Les services secrets l'auraient un peu aidé.

A l'inverse, le futuriste Vladimir Maïakovski (1893-1930), auteur du Nuage en pantalon, met spontanément sa fougue au service des bolcheviks. Partisan d'une littérature sociale et utilitaire au service des masses, Maïakovski disloque la langue et la prosodie. Dans sa pièce La Punaise, un petit-bourgeois est congelé pendant le NEP et réveillé en 1979. Il termine dans un zoo comme seul représentant d'une époque révolue...

Dans les années 1920, alors que des luttes intestines divisent le parti, la vie intellectuelle est intense. Les bases du formalisme russe sont posées. Des groupes littéraires, comme la Forge, le LEV ou le RAPP, ne survivront pas à la reprise en main des lettres soviétiques par Staline. La NEP littéraire avait fait son temps.

Mikhaïl Boulgakov (1891-1940) passe miraculeusement à travers les mailles du filet. Muselé, affamé et rejeté par la critique, il appelle Gorki à l'aide et adresse une lettre mémorable au Petit Père des peuples. En 1930, quatre jours après le suicide de Maïakovski, Staline lui répond par téléphone. L'écrivain est autorisé à travailler au Théâtre d'art de Moscou, ce qu'il fera jusqu'en 1936. Son roman Le Maître et Marguerite, qui transpose le mythe de Faust dans la Moscou des années 1920, est un livre incontournable. Satire de la vie soviétique, ce texte est également une ode à l'individualisme qui prendra finalement le dessus sur le totalitarisme d'Etat.

Les années 1930 sont, du point de vue de la production officielle, d'une pauvreté à peine imaginable. Seuls quelques noms émergent, dont celui de Mikhaïl Cholokhov, Prix Nobel en 1965 pour son Don paisible.

Les livres deviennent instruments de propagande. De braves paysannes et de courageux soldats réussissent leurs humbles vies à force de travail et d'obéissance.

La littérature soviétique

Il serait naïf de croire que la politique littéraire répressive de l'époque vint à bout de toutes les plumes. Andreï Platonov, Ossip Mandelstam, Isaak Babel ou Vassili Grossman poursuivent leur travail de romancier clandestinement, en espérant être publiés de manière posthume ou par samizdat, des publications artisanales vendues sous le manteau.

Des générations entières ont ainsi pu découvrir des oeuvres interdites recopiées à la machine sur papier carbone ou intégralement photographiées. C'est ce que Anna Akhmatova a appelé " les temps prégutenberguiens de la littérature soviétique " et qui concernait également la musique : une banale radio des poumons pouvait être gravée de microsillons.

Les écrivains exilés Vladimir Nabokov, Alexandre Kouprine et Andreï Bely parviennent à vivre de leur travail mais ne peuvent être publiés en URSS. La mort de Staline en 1953 marque le début d'un lent dégel littéraire. Il est désormais sans danger de parler de Boulgakov, Akhmatova, Essenine ou de Boris Pasternak (1890-1960), futur Prix Nobel et auteur du Docteur Jivago. Les Soviétiques peuvent lire Hemingway, Zweig, Camus et même Agatha Christie. Les sujets plus personnels, abordant l'être humain comme individu et autrefois conspués, sont enfin autorisés.

Se moquer de la bureaucratie et de la nomenklatura n'est plus passible de déportation. Les " soixantards " forment un petit groupe d'écrivains aspirant à un socialisme à visage plus humain : Evgueni Evtouchenko, Valentine Raspoutine, Bella Akhmadoulina et Andreï Voznessenski renouent avec la grande tradition poétique russe et remettent la nouvelle au goût du jour.

En 1962 se produit l'impensable : Alexandre Soljenitsyne (né en 1918) publie Une journée d'Ivan Denissovitch, la description minutieuse d'une journée de la vie d'un bagnard. Le tabou des camps tombait, mais pas ceux de la censure et de la répression. Soljenitsyne quitte l'URSS pour les Etats-Unis en 1974.

L'Archipel du Goulag, La Roue rouge et Le Pavillon des cancéreux, publiés plus tard, donneront un visage et une voix aux victimes de l'enfer du Goulag. Malgré le lent dégel des lettres, de nombreux écrivains choisiront ou seront obligés de continuer à être diffusés par samizdat.

C'est le cas de Venedict Erofeiev (né en 1947), qui deviendra, avec Une beauté russe, le romancier le plus connu de la perestroïka. Dans la phase déclinante de l'URSS, des écrivains exilés comme le Prix Nobel Joseph Brodsky ou le nouvelliste Serge Dovlatov sont reconnus à l'étranger.

Glasnost

La fin de la censure, en 1992, délie toutes les plumes. La graphomanie russe reprend le dessus avec pléthore de sujets et de genres.

De nombreuses maisons d'édition sont créées et le public russe, grand lecteur, se rue sur les nouveautés. Les ouvrages délaissent l'idéologie et abordent des thèmes autrefois tabous, comme le sexe, l'auto-analyse ou la guerre.

Le thème de la guerre permet à toute une lignée d'écrivains d'évacuer certains traumatismes, dont celui de la réécriture soviétique de l'histoire. Citons Récits afghans et La Marque de la bête, d'Oleg Ermakov, ainsi que Blanc sur noir, de Ruben Gonzales Galliego, racontant la vie d'un enfant espagnol attardé mental dans un hôpital psychiatrique soviétique. Plus récemment, Andreï Guelassimov a, pour la première fois, abordé le conflit russo-tchétchène vu du côté des soldats russes, dans La Soif, poignant portrait d'un jeune militaire rentré défiguré du Caucase.

Le thème de la réalité au présent donne lieu a de patients et passionnants portraits d'une société en proie au doute et en plein bouleversement. La vie quotidienne et ses méandres restent un sujet de prédilection. Dans Feu et Poussière, Tatiana Tolstaïa montre les difficultés de la vie de tous les jours dans un style baroque à la lisière du rêve et du conte de fées. Dans La nuit m'appartient, Loudmila Petrouchevskaïa décrit une société où les relations sociales se délitent.

Une littérature que l'on pourrait qualifier de néo-sentimentaliste, attachée à évoquer les personnages avec tendresse et compassion, se développe en parallèle. Lioudmila Oulitskaïa délivre un message de tolérance et de retour à la vie dans Sonetchka, Médée et ses enfants et De joyeuses funérailles. Victoria Tokareva livre de délicats portraits de femmes dans Happy End. Avec Pastorale sibérienne, Oleg Ermakov se projette dans les fastueux paysages de son immense pays. La libération des aspirations permet enfin aux écrivains de donner leur vision du passé soviétique sans passer par la moulinette de la censure. La Saga moscovite, de Vassili Aksionov, retraçant la vie d'une famille à travers l'ère soviétique, connaît un immense succès. Avec Underground, Vladimir Makanine dresse un bilan des trente dernières années littéraires et artistiques. Irina Denejkina dépeint une génération déboussolée se réfugiant dans l'alcool et le sexe.

Littérature contemporaine

Cette réalité du temps présent en appelle aussi au roman picaresque avec, par exemple, Je n'est pas moi, d'Alexeï Slapovski : le héros se transforme successivement en tous ceux qu'il voit et devient tour à tour mafieux, premier secrétaire du parti, etc. Ce genre truculent est également représenté par l'autobiographie d'Ilya Kotcherguine, L'Assistant chinois.

A l'opposé de ce réalisme parfois violent, certains écrivains préfèrent prendre de la distance par rapport à cette drôle de société et opter pour un certain conceptualisme, en ce sens qu'ils partent d'une idée, de l'image que l'on se fait de la réalité pour bâtir leurs récits. Mais il s'agit d'un conceptualisme russe, coloré, enlevé et tutoyant le fantastique de la meilleure veine. Le plus connu de ces écrivains se moquant ainsi du réel est Victor Pelevine, traduit en français (La Flèche jaune, La Vie des insectes, Omon Râ). Le sulfureux Vladimir Sorokine signe La Queue, des bribes de dialogues dans une gigantesque file d'attente. Dans La Brèche, Vladimir Makanine décrit une société contemporaine complètement délabrée : en sous-sol les intellectuels, à l'air " libre " le monde totalitaire. Tatiana Tolstaïa recourt également au fantastique dans Slynx : après Tchernobyl, les êtres humains sont devenus mi-hommes, mi-animaux. Le héros devient accro à la lecture, découvre des bibliothèques secrètes et lit sans comprendre.

Enfin, une littérature populaire d'excellente qualité inonde les librairies russes et étrangères.

Le genre policier atteint des sommets avec Alexandra Marinina, qui entraîne son lecteur dans les différents milieux de la société russe actuelle, et avec le dandy Eraste Fandorine, personnage des romans historico-policiers de Boris Akounine, évoquant la Russie du XIXe siècle. Andreï Kourkov, scénariste de formation, mêle grotesque et intrigue policière dans Le Pingouin, Le Caméléon et L'Ami du défunt. Peut-être moins ambitieux que les classiques monuments de la littérature russe, ces écrivains, qui multiplient les genres et les approches d'une société déroutante et enthousiasmante (que vous vous apprêtez à découvrir), vous surprendront par leur belle fantaisie, leur regard lucide sur le monde et la haute tenue de leur art. Bref, la relève est sur le pont et, bonne nouvelle, elle est abondamment traduite en français.

Littérature et témoignages du Goulag

Souvenirs de la maison des morts ainsi qu'un recueil, Le Cahier sibérien, où Fiodor Dostoïevski (1821-1881) décrit la vie en prison sibérienne.

L'Archipel du Goulag, d'Alexandre Soljenitsyne. Les trois volumes de ce monument de la littérature carcérale réunissent les souvenirs de l'auteur et les témoignages d'anciens détenus.

Une journée d'Ivan Denissovitch, du même auteur. L'univers du Goulag vu par les yeux d'un zek dont on suit une journée, du lever au coucher.

Les Récits de la Kolyma, de Varlam Chalamov. Dix-sept ans de camps dont dix pour avoir déclaré qu'Ivan Bounine, écrivain russe émigré et Prix Nobel, était un classique. Chalamov décrit avec minutie l'impact physique du Goulag et sa foi en la nature, seule source de consolation. Certainement l'oeuvre la plus complète et la plus poignante sur le sujet. Chalamov est mort en 1982 dans la solitude d'un hôpital psychiatrique.

Mes souvenirs, d'Ekaterina Oulitskaïa. Une des rares SR (socialiste révolutionnaire) a être passée à travers les mailles du filet, Ekaterina a passé trente ans au Goulag. Son témoignage sur les Solovki des années 1920 est d'une grande valeur documentaire.

Itinéraire ardu, d'Evguénia Ginzburg. Seize années de déportation n'ont pas fait perdre la foi à cette communiste convaincue et mère de l'écrivain Vassili Aksionov. Une réflexion sur l'archipel de l'absurde.

Une jeunesse en prison, de Piotr Yakir. Fils d'un ennemi du peuple, l'auteur décrit avec sobriété l'univers des colonies de redressement pour mineurs.

Mes déclarations au tribunal, d'Anatoli Martchenko. Compte rendu d'un ouvrier déporté à la suite d'une méprise. La publication de ces écrits à l'étranger, à la fin des années 1960, valut à leur auteur un nouveau voyage en Sibérie.

Le Criminel, Le Vagabond de la taïga et Le Diable roux, de Mikhaïl Diomine. Cette trilogie au rythme enlevé, truffée de termes d'argot, évoque l'univers de la pègre, sans la moindre once de regret ou de culpabilité.

Journaux intimes et Un marathon mordove, d'Edouard Kouznetsov. Edouard Kouznetsov participa, en 1970, au détournement d'un avion, opération qui était censée attirer l'attention de la communauté internationale sur le sort des juifs soviétiques. Les pirates furent condamnés à la peine capitale, commuée en quinze ans de camp.

Écrivains de Sibérie
Astafiev Victor (1924-2001)

Ecrivain, lauréat de plusieurs prix littéraires. Ses nouvelles sur l'enfance (Le Passage, 1959 ; Le Vol, 1966 ; Adieu, 1967) s'inspirent de son expérience des orphelinats sibériens. On retrouve les souvenirs de sa participation aux combats de la Seconde Guerre mondiale dans un autre recueil de nouvelles, Prose de la guerre, et dans son roman Maudits et Tués. Sa nouvelle Le Poisson-Roi (1975) se fait l'écho du souci de la préservation du milieu naturel.

Choukchine Vassili (1929-1974)

Acteur, cinéaste et écrivain originaire du village de Srostki, dans l'Altaï. Prix Lénine de littérature, il fut le peintre truculent des types ruraux dont il appréciait la verdeur et la spontanéité (Les Villageois, 1963 ; Là-bas au loin, 1968). Il oppose, dans ses brefs récits et ses films, de généreux réalistes à des formalistes secs, souvent issus du milieu urbain (Caractères, L'Obier rouge, 1973). On lui doit aussi des pièces de théâtre et un roman historique sur Stenka Razine, chef d'une grande rébellion paysanne au XVIIIe siècle.

Chichkov Vassili (1873-1945)

Ecrivain, ingénieur des Ponts et Chaussées, auteur du projet de la route de Tchouïsk en Altaï, c'est surtout à sa plume qu'il doit sa renommée. Scrutant le passé de la Sibérie, ses romans les plus lus sont La Rivière maussade, l'histoire des premières fortunes sibériennes mal acquises, et Emelian Pougatchev, une épopée sur l'insurrection paysanne au XVIIIe siècle.

Evtouchenko Evgueni (1932)

Evtouchenko est un représentant de la génération " dégel " des années 1960, il était l'un des premiers, après la mort de Staline, à s'exprimer en Union soviétique pour défendre la liberté individuelle. En 1961 il écrit un de ses poèmes les plus célèbres, Babi Yar, sur le massacre des juifs en Ukraine en 1941. Auteur de nombreux poèmes, scénarios, textes de chansons, Evtouchenko a même réalisé deux films Funérailles de Staline et L'Ecole maternelle.

Namsaraïev Khotsa (1889-1959)

Ecrivain, fondateur de la littérature bouriate soviétique. Membre du parti communiste à partir de 1925. Son oeuvre retrace les principaux changements survenus dans la vie du peuple bouriate après la révolution d'Octobre. Ses ouvrages les plus connus sont ses deux pièces Une vie pénible (1921) et Le Fouet de la taïga (1945), un roman, A l'aube (1950), et une nouvelle, Tsyrempil.

Obroutchev Vladimir (1863-1956)

Géologue, explorateur de la Sibérie. Outre son ouvrage en plusieurs volumes devenu un classique (Géologie de la Sibérie), on lui doit ces extraordinaires romans de science-fiction que sont La Terre de Sannikov, Plutonia, etc. Il reçut plusieurs prix de l'Académie des sciences de Russie ainsi que de celle de France. Son nom a été donné à plusieurs lieux géographiques et à un minéral, l'obrotchevite.

Nevelskoï Guennadi (1813-1876)

Grand explorateur, amiral de la Marine impériale russe (1874). En 1848-1849, étant commandant du transport Baïkal, il passa de Kronstadt à Petropavlosk-Kamtchatski. En 1950-1955, il dirigea l'expédition sur l'Amour au cours de laquelle furent explorés la partie sud de Sakhaline et le détroit Tatarski, fonda des forts, et hissa les couleurs russes dans la partie sud de Sakhaline et dans la baie de l'empereur Nicolas (Sovetskaïa Gavan). Les cartographes lui ont dédié une ville, une baie et une chaîne montagneuse de Sakhaline. Des monuments en son honneur ont été érigés à Vladivostok, à Khabarovsk et à Komsomolsk-sur-Amour.

Oiounski Platon (1893-1938)

Ecrivain, grand humaniste, fondateur de la littérature iakoute qu'il libéra du symbolisme de l'ancien folklore. Guidé par les idéaux de la liberté, de l'égalité et de la fraternité des peuples, il prit une part active à la lutte révolutionnaire en Iakoutie. Il traduisit en iakoute l'Internationale d'Eugène PoTtier. En 1993, le centenaire de sa naissance fut célébré par l'Unesco à Paris.

Raspoutine Valentin (1937-2015)

Après des études de journalisme, Raspoutine devient, dans les années 1970, un écrivain préoccupé par la ruine de l'âme et de la nature. Chez lui, les personnages sont toujours confrontés à l'imminence de la fin (De l'argent pour Maria, 1967 ; Le Dernier Délai, 1970 ; Vis et souviens-toi, 1974 ; L'Adieu à l'île, 1976). Raspoutine montre la ruine spirituelle, sociale et écologique à laquelle la tentation prométhéenne, dont Gorki fut l'un des chantres, a conduit le pays (L'Incendie, 1985). Pour lui, la solution " des problèmes économiques et sociaux passe avant tout par le recouvrement par l'homme de son âme et du sens de la vie ". Entendez par là le recouvrement de la foi orthodoxe russe.

Rytkhèou Youri (1930-2008)

Ecrivain tchouktche. Nourris de mythes ancestraux, ses romans retracent, dans une langue poétique, l'aventure d'un petit peuple du nord passé du stade tribal au socialisme, et s'attachent à préserver les richesses d'une culture originale, tout en témoignant des immenses progrès accomplis (Le Temps de la fonte des neiges, 1958-1967 ; Un rêve au début du brouillard, 1969 ; La Fin de la merzlota perpétuelle, 1977 ; Légendes contemporaines, 1980). Actes Sud a publié d'excellentes traductions : Unna (2000), L'Etrangère aux yeux bleus (2001), Le Miroir de l'oubli (2001), La Bible tchouktche (2003). Egalement, chez POF, coll. " Contes et légendes ", Les Contes de la Tchoukotka (2003).

Vampilov Alexandre (1937-1972)

Acrivain et dramaturge, Vampilov débute en 1962 avec ses comédies en un acte comme Le Bosquet du corbeau et Cent roubles d'argent neuf et continue à écrire des pièces de théâtre comme Adieu en juin, Chasse au canard, représentatives de sa technique, mais aussi un recueil Anecdotes provinciales réunissant ses célèbres nouvelles comme Fils aîné, 20 minutes avec un ange et bien d'autres, et un scénario, Les Sources de pins. Au total il écrivit plus de 70 oeuvres jusqu'à l'avant-veille de son 35e anniversaire, jour où il se noya dans le lac Baïkal. En son honneur, le théâtre des jeunes spectateurs d'Irkoutsk porte son nom.

Médias locaux
Peinture et arts graphiques
Fresque religieuse de la cathédrale de l'Epiphanie
Fresque religieuse de la cathédrale de l'Epiphanie

La peinture russe s'est d'abord formée en suivant des modèles extérieurs. L'art byzantin demeure l'influence principale jusqu'au XVe siècle, puis à partir du XVIIIe siècle et sous l'influence de Pierre le Grand de Russie elle prend connaissance et s'inspire des peintres français, allemands et italiens.

C'est à partir du XIXe siècle qu'elle trouve sa voie unique et originale qui aura des répercussions sur la création artistique au niveau mondial. On peut considérer que la peinture russe a connu deux âges d'or. La peinture d'icônes qui domine jusqu'au XVe siècle, puis l'avant-garde russe et l'art pour l'art à la fin du XIXe siècle et jusqu'en 1925.

Et, phénomène remarquable, cette avant-garde saura retrouver dans une création authentique et originale la spécificité de l'art russe de l'icône.

Du Xe au XVIIIe siècle : influence de Byzance puis de l’Occident

Sous l'influence de Byzance, de qui elle a reçu religion, art, architecture, et littérature, la peinture en Russie est dominée jusqu'au XVIIIe siècle par les thèmes religieux. Suivant des règles strictes ces oeuvres sont souvent le fait de peintres grecs invités à travailler dans le pays et qui enracinent et perpétuent la culture byzantine.

C'est avec Pierre le Grand et sa fameuse ouverture européenne que l'art s'émancipe du religieux et renouvelle ses sujets. Installant la capitale à Saint-Pétersbourg, il la coupe des influences culturelles traditionnelles de Moscou et travaille à amorcer une nouvelle orientation picturale.

Pour cela il fait venir des peintres étrangers pour former les artistes russes. S'ouvrant à la peinture allemande, française et italienne, la création russe prend un nouvel essor. Ainsi une dichotomie se crée entre Moscou qui devient le sanctuaire de l'art religieux et Saint-Pétersbourg où prend naissance une nouvelle école de peinture.

XIXe siècle : émancipation de la peinture

C'est à partir du XIXe siècle que la peinture russe s'émancipe des modèles précédents pour trouver sa propre voie. A contre-courant de la vogue néoclassiciste qui met à l'honneur l'art antique de la Grèce et de Rome, une figure se distingue par l'inventivité de ses créations : Venetsianov. Ce peintre s'inspire de la vie rurale dont il exprime le charme et la sérénité en représentant de façon bucolique de très belles scènes de genre. Son tableau L'été représentant une paysanne donnant le sein à son enfant est emblématique de son thème-phare : le parallèle entre le travail de la terre et la maternité. Puis deux artistes dominent le deuxième quart du XIXe siècle, Karl Brioullov et Alexandre Ivanov. Ils contribuent à frayer à la peinture russe une voie propre, indépendante des grands modèles étrangers. " Le Dernier jour de Pompéi est le premier jour de l'art russe ", s'exclame un critique devant la toile de Brioullov. L'artiste acquiert alors une réputation dans tout l'Occident. Quant au régime soviétique il considérera cette oeuvre comme la représentation de la décrépitude de l'ancien régime, vouée à s'effondrer.

Puis la peinture russe explore la veine réaliste avec notamment Vasily Perov qui exploite des thèmes sociaux comme l'alcoolisme.

Les Ambulants : naissance de la peinture sociale

Cette peinture réaliste conduit progressivement à une peinture sociale qui s'incarne dans le mouvement des Ambulants dont les oeuvres à thèmes sociaux se font revendicatrices. On les appelle Ambulants parce qu'ils sillonnent la Russie pour éveiller le monde paysan à l'art. L'artiste phare de ce mouvement est Ilya Repin dont les deux oeuvres majeures Les Chanteurs de la Volga et Les Cosaques zaporogues écrivant au sultan turc font grande impression sur la Russie de l'époque par leur réalisme cru et l'impression de vie qui s'en dégage.

De l’art à visée sociale à l’art pour l’art

C'est à partir de 1885 et jusqu'en 1925 que la Russie connaît une véritable effervescence artistique qui rayonne sur la scène culturelle internationale.

Le centre de ce bouillonnement est le domaine d'Abramtsevo de Savva Mamontov où se réunit tout le milieu de la peinture, de l'architecture et de la sculpture. C'est là que se développe le courant symboliste qui influence le monde entier en créant une rupture radicale avec le réalisme. Le folklore national est célébré comme source d'inspiration.

C'est un peintre fréquentant Abramtsevo qui rompt avec la tradition de la peinture sociale assise par les Ambulants, et qui donne alors à la création artistique une ampleur toute nouvelle. Ce peintre s'appelle Mikhail Vrubel et de son obsession pour le diable va naître une oeuvre à tonalité fantastique absolument remarquable. Il sera ainsi à contre-courant du mouvement de l'art social alors en vogue, le précurseur de " l'art pour l'art ".

En 1898 se constitue un groupe d'artistes revendiquant " l'art pour l'art ", version russe du Jugendstil allemand et de l'Art nouveau français. Ils cherchent à décloisonner les différents types d'art, théâtre, peinture et littérature. La revue qu'ils créent, Le Monde de l'art, aura une grande répercussion dans la suite de la création.

La grande époque de l’avant-garde

C'est alors que naît l'avant-garde russe, pierre angulaire de l'histoire de l'art. Le précurseur en est Kandinsky qui oriente la peinture vers l'abstrait pour ne faire ressortir que les couleurs et tourner la peinture vers l'esprit plus que vers la matière.

La deuxième grande figure de cette avant-garde est Kazimir Malevitch dont le fameux Carré noir sur fond blanc, qui est un carré noir sur une toile blanche, annonce une réelle rupture dans l'histoire de l'art, coupant la création de la représentation du réel pour l'emmener explorer des dimensions complètement inconnues dans les lignes et les matières, ce que Malevitch lui-même appellera le " suprématisme ". Vladimir Tatline se fait le précurseur du constructivisme. Il s'inspire de la peinture d'icône. Marc Chagall qui passe la plus grande partie de sa vie à l'étranger berce ses toiles de rêve enchanté dans des tons oniriques mâtinés de fantastique. Enfin Kouzma Petrov-Vodkin s'inspire lui aussi de la peinture d'icône. Il utilise, dans les règles de l'art de la peinture d'icône, des rouges vifs et la couleur dorée, symbolique de la divinité. Il donne ainsi à ses personnages la même luminosité que les saints iconiques.

Du réalisme socialiste destructeur à l’underground créateur

Avec la révolution, deux tendances apparaissent, les artistes qui acceptent d'appliquer le réalisme socialiste tel qu'il est défini en 1932 et ceux qui choisissent l'exil. Les canons socialistes imposent de représenter la vie des paysans et des ouvriers sous le jour le plus favorable, pour montrer l'enthousiasme apporté par la révolution. L'art est un des plus grands moyens de propagande de l'Etat qui n'hésite pas à l'utiliser pour rendre visuelle son idéologie. Ainsi le métro, construit dans les années 1930, est hautement symbolique car il doit prouver que le socialisme peut faire aussi bien que le capitalisme, aussi nombre d'artistes sont-ils appelés à venir le décorer. Beaucoup d'artistes qui ne respectent pas les canons sont interdits d'exposition. Mais jusqu'en 1945 il n'y a pas de dissidence picturale ni d'underground. C'est avec le dégel de Khrouchtchev à partir de 1953 que commence une nouvelle période. De nombreux artistes violant les dogmes du réaliste socialiste proposent une peinture novatrice, voire révolutionnaire. Commence l'époque des expositions d'appartement où l'on montrait les tableaux interdits. Et c'est à la fin des années 1960 qu'on assiste à une séparation entre l'art officiel et le non officiel. C'est alors la naissance d'une peinture d'opposition : Ilya Kabakov, Komar et Melamid détournent les clichés du réalisme socialiste pour contester une façon de vivre. 1974 marque une date phare : les artistes décident d'organiser des expositions publiques ; l'une d'elles sera écrasée par un bulldozer.

Depuis les années 1980 l'art, qui n'a plus besoin de correspondre à un modèle ou de s'opposer à lui, se cherche une nouvelle voie. De ce fait la création connaît une sorte de vide et se cherche de nouveaux repères. On voit réapparaître depuis quelques années des expériences intéressantes et innovantes. Nicolas Polissky et Constantin Batynkov réalisent des performances artistiques très originales dans d'anciens kolkhozes, mettant à contribution toute la population agricole. Plaçant la réalisation artistique au coeur même de ce qui fut la production politique.

Essor des artistes contemporains

L'art contemporain se propage dans le monde entier et la Sibérie n'est pas une exception. Des galeries d'art, des musées, des espaces culturels apparaissent de plus en plus dans les grandes villes sibériennes en invitant leurs habitants et les touristes à découvrir les oeuvres classiques et modernes des artistes russes ou issus de groupes ethniques composant le territoire. Le mythe de l'artiste pauvre et affamé a basculé dans l'oubli, les peintres, les sculpteurs et les photographes sont maintenant considérés comme des stars. Grâce à de généreux actionnaires ou collectionneurs privés, de nombreuses expositions sont aujourd'hui accessibles à Perm, Ekaterinbourg, Novossibirsk, Irkoutsk, Krasnoïarsk, Tchéliabinsk, Khabarovsk et Vladivostok.

Sciences
Centre scientifique de Novossibirsk
Centre scientifique de Novossibirsk

Dravert Piotr (1879-1945). Né à Viatka (Kirov). Savant, poète, explorateur de la Sibérie (de la région d'Omsk principalement), paléontologue, professeur de minéralogie, membre du Comité de météorites de l'Académie des sciences de l'URSS. Il dressa la liste des météorites sibériennes et découvrit l'opale de Iakoutie. Il légua sa bibliothèque et ses riches collections de minéraux au musée de la région d'Omsk.

Kondratuk Youri (1900-1942). Autodidacte et inventeur, ce simple mécanicien de Novossibirsk fut un pionnier des techniques cosmiques. En 1929, il publia à ses frais son ouvrage, La Conquête des espaces interplanétaires, qui s'avéra d'une valeur inestimable pour l'astronautique mondiale. " Quand j'observais, le coeur serré, le départ du vaisseau Apollon 9 vers la Lune, ma pensée allait vers le Russe Youri Kondratuk, qui avait élaboré la trace qu'allaient suivre nos astronautes ", a dit le chef du programme américain John Hubolt. Soldat de l'armée populaire, Youri Kondratuk périt dans la bataille de Moscou, en 1942.

Lavrentiev Mikhaïl (1900-1980). Professeur à Moscou (1931), il fut élu en 1946 membre de l'Académie des sciences de l'URSS. L'un des plus grands mathématiciens contemporains, il dirigea l'Institut de mécanique théorique, avant de présider, en 1957, à la création d'Akademgorodok, une ville pépinière de savants, près de Novossibirsk, centrée sur l'enseignement et la recherche scientifique (1957-1975). Ses travaux portent sur la théorie des ensembles et sur celle des fonctions de plusieurs variables complexes ; il y introduisit les fonctions presque analytiques et mit au point la théorie des représentations conformes.

Mendeleïev Dmitri (1834-1907). Chimiste, né à Tobolsk, il termina ses études à Paris et travailla dans le laboratoire de Wurtz. Après des séjours en Pennsylvanie et dans le Caucase pour étudier le pétrole, il obtint la chaire de chimie de l'université de Saint-Pétersbourg. On lui doit divers travaux sur l'isomorphisme, la compression des gaz, les propriétés de l'air raréfié. Mais il est connu comme l'auteur de la classification périodique des éléments chimiques, parue dans son ouvrage de 1869. Il eut l'idée, dans ce tableau, de ménager des cases vides, devant correspondre à des corps inconnus dont il a su prévoir les propriétés. Ses hypothèses furent rapidement confirmées par les découvertes du gallium, du scandium et du germanium.

Okladnikov Alexei (1908-1981). Archéologue, né dans le petit village de Birioulskoïé, près de la source de la Léna, dans la région d'Irkoutsk. Très jeune, il se passionna pour l'archéologie, qu'il étudia à l'Institut pédagogique et à l'université d'Irkoutsk. Il conduisit sa première expédition et fit sa première découverte archéologique sur la Selenga, à l'âge de 18 ans. Au cours de sa longue carrière, il mit au jour de nombreux sites préhistoriques et des sépultures des premiers habitants de la Sibérie et de l'Asie centrale. Ses travaux prouvèrent que la Sibérie septentrionale était déjà peuplée au paléolithique inférieur, il y a 150 000-200 000 ans. On lui doit la découverte d'un remarquable site du paléolithique supérieur sur la rive droite de l'Angara, à Bouriet ; un des plus beaux ensembles d'art néolithique aux îles Pierre (Kameny) sur l'Angara ; le site de Techik-Tach en Ouzbékistan, daté de l'interglaciaire Riss-Würm, avec la sépulture d'un jeune garçon ; des campements des chasseurs préhistoriques dans l'embouchure de la Léna, au-delà du cercle polaire, près des roches Soukhotino ; la grotte Chilkinskaïa, etc. Explorateur infatigable, Okladnikov a dirigé des expéditions dans le Gobi, dans l'Altaï, sur l'Amour, sur la Selenga, en Kirghizie... Mais c'est la Sibérie, surtout la Léna et la Baïkalie, qui fut sa grande passion. Vera Zaporojskaïa, son épouse et son assistante, l'accompagna partout, depuis la toundra du Taïmyr jusqu'aux déserts de l'Asie centrale. Dessinatrice remarquable, elle reconstitua les vêtements des tribus néolithiques et les habitations des chasseurs du paléolithique supérieur.

Yadrintsev Nikolaï (1842-1894). Savant, économiste, ethnographe, membre de la Société géographique russe de la Sibérie occidentale. Il fit ses études à Saint-Pétersbourg et fut membre du groupe des " narodniks " (populistes). Il est à l'origine de la création de l'université d'Omsk. Revenu à Saint-Pétersbourg en 1881, il écrivit un ouvrage capital sur la Sibérie : La Sibérie comme une colonie. Yadrintsev est enterré à Barnaoul.

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