Guide des Cyclades : Mode de vie

A la frontière de l'Orient et de l'Occident, au coeur de la Méditerranée, la Grèce est géographiquement, historiquement et culturellement imprégnée de sa position privilégiée. Cette richesse s'exprime à travers une grande fierté nationale.

Mœurs et faits de société

La famille. Plus encore avec la crise, la famille constitue la cellule de base de la société grecque. Elle centralise un important réseau de solidarité qui comble entre autres une insuffisance de prise en charge sociale. Ce n'est pas un vain mot : depuis 2009, il n'est plus rare de voir des familles quitter Athènes et retrouver le giron parental en province, faute d'avoir trouvé un emploi. Ou, à l'inverse, des familles accueillant leurs aînés privés d'une retraite suffisante... Plusieurs générations vivent ainsi sous le même toit et les maisons de retraite se font vides. Le village d'origine canalise un fort attachement et on assiste à un retour massif des " émigrés " nationaux et internationaux au moment des fêtes. Le réseau de parenté reste fort et contribue à entretenir une solidarité élargie. Les entreprises familiales sont nombreuses, vous remarquerez nettement cette tendance dans les activités touristiques.

Les femmes. Dans l'imaginaire social grec, les femmes sont le pilier de la vie familiale. Si, en société, l'homme grec parle fort, gesticule beaucoup et joue ostensiblement avec son komboloï (chapelet de perles), la cellule familiale est dirigée d'une main de fer par les femmes qui se font entendre aussi fort que les hommes. Celles-ci vivent dans un respect énorme pour toute la chose familiale. Traditions et religion, très prégnantes, ne constituent pas foncièrement un poids pour la liberté, plutôt des occasions de fête et de réunions familiales. Mais il n'est pas à négliger que bien des luttes sont à mener pour les femmes grecques, et les femmes en général, car parfois les esprits sont fermés et la société immobile face à l'évolution de leur statut dans l'imaginaire social, ainsi que dans la vie sociale (salaires encore inégaux, etc.).

Les enfants. Ils sont souvent les rois de la famille, les caprices et les libertés de mouvement sont assez tolérés, mais cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas de limites, elles sont tout simplement différentes. Avec 1,33 enfant par femme, les familles nombreuses sont assez rares. Les Grecs se montrent d'une grande générosité et affectivité avec les enfants, les leurs comme les vôtres. A la naissance d'un enfant, on se doit de lui donner le prénom de la grand-mère ou du grand-père. C'est pour cela que l'on retrouve un peu partout en Grèce les mêmes prénoms. Un bébé ne sera appelé par son prénom qu'à partir du moment où il sera baptisé. Si le baptême traîne, l'enfant peut s'appeler bébé, baby ou béba pendant plusieurs mois...

L'éducation. L'Etat moderne s'est efforcé de perpétuer la longue tradition grecque en matière d'éducation. De gros efforts ont ainsi été consentis durant les deux derniers siècles pour le développement de l'école publique. Aujourd'hui, l'éducation est en principe gratuite à tous les niveaux d'enseignement et elle est obligatoire jusqu'à 16 ans. L'école publique obligatoire commence vers l'âge de 5 ans. L'école se terminant en début d'après-midi, les parents doivent trouver une solution pour que leurs enfants soient surveillés jusqu'à leur retour du travail, vers 19h. L'Etat grec est très en retard sur le sujet de la petite enfance et, avec la crise et la pression de la troïka qui oblige la Grèce à se séparer de ses fonctionnaires, de nombreux postes d'enseignants de maternelles et de primaires ont été supprimés. En primaire et secondaire, les motifs de mécontentement et les faiblesses du système sont nombreux.

Ce système scolaire est un modèle un peu ancien qui a connu ses limites avec la crise. En effet, dans les lycées grecs, la réussite est avant tout indépendante de l'argent puisqu'il est " quasiment obligatoire " de suivre des cours particuliers en parallèle de l'école, cours payants organisés par des établissements annexes, les frontistiria, qui sont les seuls à fournir les connaissances nécessaires pour réussir aux panhelléniques, les examens finals équivalents de notre baccalauréat. Ce sont d'ailleurs souvent les professeurs des écoles qui agrémentent leur salaire en travaillant le soir dans le privé. Ces dernières années, le gouvernement a tenté de mettre en place une réforme du système éducatif, sans succès. Aujourd'hui, les enseignants sont trop peu nombreux à être embauchés, et leurs salaires se réduisent à vue d'oeil. Dans les classes, quasiment aucun outil pédagogique n'est mis à disposition des élèves et de leurs enseignants. Les établissements et infrastructures ne sont plus entretenus, car les municipalités qui en ont désormais la charge ne peuvent pas subvenir à ces dépenses.

L'homosexualité. Entre mythe et réalité sociale, l'homosexualité grecque antique est un sujet qui fait parler. On sait désormais que les relations entre personnes du même sexe étaient, à l'époque, complémentaires de l'hétérosexualité qui était gage de reproduction de la cité. Elle était perçue positivement, comme en témoigne la pratique attestée des mariages collectifs. Pourtant, aucune répercussion directe de l'Antiquité grecque n'est sensible dans le pays. En effet, le pays n'est pas très tolérant sur la question, et les avancées sociales sont plus lentes qu'ailleurs en Europe. En milieu rural, l'homosexualité est loin d'être acceptée dans les moeurs. Les jeunes homosexuels s'éloignent de leur maison pour vivre leur vie là où ils seront le mieux acceptés. Cependant, le mardi 22 décembre 2015 est devenu une date historique pour les couples homosexuels car le parlement grec a adopté une loi ouvrant l'union civile aux couples de même sexe. Cette loi est considérée pour beaucoup (194 députés sur 300) comme une grande avancée d'un point de vue culturel et religieux malgré la résistance de l'Eglise orthodoxe.

Religion
<p>Cathédrale Panaghia Evangelistria, Tinos.</p>

Cathédrale Panaghia Evangelistria, Tinos.

Les Grecs sont, dans leur très grande majorité (88 %), chrétiens orthodoxes, les autres étant musulmans (5,3 %) ou de religions diverses (0,5 %). L'église grecque orthodoxe est autocéphale et a ses propres statuts, mais sa doctrine est indissolublement rattachée à celle du Patriarcat oecuménique de Constantinople. Les popes sont des fonctionnaires du ministère de l'Education et des Cultes, très présents dans la vie privée comme dans la vie publique. Ils peuvent se marier et avoir des enfants. L'Immaculée Conception de la Vierge Marie n'est pas reconnue.

L'institution religieuse est privilégiée dans la société grecque, ses fonctionnaires notamment ne sont pas touchés par les mesures d'austérité que subit le reste de la population. En fait, l'Eglise n'est pas encore séparée de l'Etat. La religion est l'un des piliers fondamentaux de l'Etat, avec l'armée (neuf mois de service militaire pour les jeunes garçons). La religion orthodoxe est ainsi pratiquée et enseignée dans les écoles publiques - en outre, le ministère en charge de l'école s'appelle "ministère de l'Education et de la Religion". En 2000, sous la pression de l'Union européenne et au prix d'un lourd contentieux avec l'Eglise, le gouvernement a finalement supprimé la mention de la religion sur la carte d'identité. Il est difficile d'évaluer l'influence politique et économique de l'Eglise, mais il est d'usage de consulter le patriarche pour la plupart des grandes décisions politiques. En outre, de nombreux représentants de l'Eglise siègent aux conseils d'administration des grandes entreprises grecques. La rumeur veut également que l'Eglise contrôle 6 % de la Banque nationale de Grèce et qu'elle demeure le premier propriétaire foncier du pays. En témoigne le très fameux mont Athos, situé au sud-est de la Macédoine sur la péninsule de Chalcidique, territoire auto-administré avec de nombreux monastères, formant depuis un millénaire un centre monastique orthodoxe.

Croyants sans être très pratiquants, les Grecs préfèrent quand même se marier à l'église et respectent les fêtes religieuses traditionnelles qui rythment l'année : cela va d'une grande fête de plusieurs jours pour Pâques à un cierge allumé à l'église pour la célébration de sa " fête " (jour où l'on célèbre le saint dont on porte le nom).

Les églises sont très nombreuses dans Athènes comme dans les petits villages. Les Grecs les fréquentent régulièrement, parfois par réflexe traditionnel plus que par conviction. Dans les métros, il est courant de voir des croyants se signer lorsque l'on passe devant une église ou une station portant le nom d'un saint. Ils craignent aussi le mauvais oeil - kako mati - dont ils se protègent en portant du bleu ou une amulette. La plus grande fête est Pâques, pour qui chaque lieu a ses propres traditions. Par exemple, sur l'île de Corfou, on jette des amphores du balcon - signe que l'on se débarrasse de l'année passée. Dans les Cyclades, des sortes d'épouvantails sur un âne représentent Judas et sont, après une parade où le prêtre chante, brûlés sur la place publique. L'influence religieuse est telle qu'elle s'exprime aussi beaucoup dans le langage : exclamations et injures font souvent appel au nom de Dieu ou des saints. Ainsi, le " père Noël " grec est le saint Vassili - ce qui démontre l'omniprésence de la religion dès le premier âge.

Ce qu'on dénote dans les comportements religieux en Grèce, c'est avant tout que la population se tourne de plus en plus vers la religion en vieillissant, ayant grandi avec tous ces codes au quotidien. On s'aperçoit vite que les personnes âgées sont bien plus impliquées dans la pratique de la religion et dans le respect des valeurs qui en découlent. Cependant, au sein de la jeunesse grecque, ce n'est pas un désintérêt croissant qui se traduit mais bien une animosité qui se dégage vis-à-vis de la religion, notamment à cause de son encrage en politique - opium du peuple du point de vue de ces jeunes. Ils ont souvent le blasphème facile, résultat de la lassitude envers les discours ultra-religieux qu'ils entendent souvent, dans leur famille ou ailleurs. La génération réclame une mise à distance du religieux et du politique, ce que leur a promis le gouvernement Syriza. A suivre...

Toutefois, au vu de l'importance symbolique et pratique de la religion, ne vous aventurez pas à en critiquer les coutumes.

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