Guide des Cyclades : Politique et économie

<p>Le village de Naousa.</p>

Le village de Naousa.

Politique

Fidèle à son cliché mythique d'inventeur de la démocratie, le peuple grec se passionne pour la vie politique. Athènes, la capitale, focalise les enjeux les plus houleux puisque là se prennent les décisions nationales qui heurtent parfois les habitudes locales ; les débats sont ainsi bien alimentés.

Structure étatique

La Grèce est une république parlementaire depuis le 8 juillet 1974. La constitution actuelle est votée en 1975 et amendée en 1986. L'Assemblée nationale, le Vouli, est élue pour 4 ans au suffrage universel : 300 députés y représentent 50 circonscriptions.
Le Président de la République est élu par le parlement pour une période de 5 ans, renouvelable une fois. Prokopis Pavlopoulos de Nouvelle Démocratie est président de la Grèce depuis 2015. Il est élu avec le soutien du parti de la gauche radicale Syriza et les Grecs indépendants. Avec des pouvoirs limités, son rôle est plutôt représentatif. C'est le Premier Ministre qui forme et dirige le gouvernement. Officiellement, le pouvoir exécutif est aux mains des ministres. Alexis Tsipras, membre de Syriza (Parti radical de gauche), est Premier Ministre depuis le mois de janvier 2015. Après une démission éclair, il est réélu en septembre 2015. Il dirige une coalition comprenant, outre son propre parti moins quelques dissidents, les Grecs indépendants. La Grèce ne compte depuis 2010 plus que 13 régions, appelées périphéries et dotées d'un parlement régional élu au suffrage universel pour une période de quatre ans.
Culture politique oblige, le suffrage en Grèce est obligatoire ; tout citoyen de plus de 18 ans a droit au vote, mais ne peut être éligible qu'à partir de 25 ans.

Partis

Les élections législatives grecques anticipées de septembre 2015 ont été remportées par les radicaux de gauche de Syriza, sans obtenir la majorité absolue. Ils forment depuis lors un gouvernement de coalition avec les Grecs indépendants. Sans changement imprévu, les prochaines élections auront lieu en 2019.

Syriza est depuis 2015 le premier parti politique du pays. C'est un parti de coalition de gauche, réunissant des partis d'extrême gauche, des éco-socialistes et des trotskystes luttant contre les politiques d'austérité imposées à la Grèce. Longtemps petit parti d'opposition, le parti a connu une ascension fulgurante au cours des 5 dernières années, porté par le mécontentement grandissant de la population face à la crise économique.

Nouvelle Démocratie est un parti conservateur et libéral et le principal parti d'opposition à Syriza. Membre du Parti populaire européen à l'image du parti des Républicains, de la CDU ou du Parti populaire espagnol, il se trouve à la droite de l'échiquier politique grec.

Aube dorée, le parti d'extrême-droite souvent considéré comme un parti néo-nazi, est actuellement le troisième parti de Grèce même s'il vient très largement derrière avec presque 7 % des voix aux dernières élections.

Le PASOK, le Parti socialiste fondé par Andreas Papandréou et longtemps premier parti de Grèce, a connu une chute impressionnante au cours des dernières années, au point qu'il n'est plus considéré comme une réelle force politique aujourd'hui. Il a intégré le parti Coalition démocratique avec DIMAR, l'ancien parti socialiste et écologiste.

Les autres partis sont le KKE, parti communiste, la Rivière et l'Union des centristes, partis centristes, et les Grecs indépendants, parti de droite souverainiste allié à Syriza.

Enjeux actuels

Depuis le début de la crise économique en 2009, l'enjeu central de toute la politique est de faire sortir le pays de la crise. Les autres enjeux majeurs, dont certains sont liés, sont les suivants :

L'Union européenne et l'euro. En 1981, la Grèce est devenue le dixième pays membre de l'Union européenne. En 2002, elle entre dans la zone euro. Avec une économie basée sur l'agriculture et le tourisme, la Grèce bénéficie de nombreuses subventions européennes. L'accueil des Jeux olympiques en 2004 a renforcé l'aide financière accordée au pays pour améliorer les infrastructures (routes, aéroports, métros...). Mais elle a aussi masqué ses déficits. La crise de la dette grecque prend de plus en plus d'ampleur à partir de 2009. Les plans de sauvetage de l'UE injectent des liquidités dans l'économie grecque, mais ne réduisent ni la crise ni la dette.

Depuis, les Grecs reprochent à l'UE ses politiques autoritaires d'austérité qui plongent de plus en plus le pays dans la crise. Les relations sont tendues, notamment avec l'Allemagne qui ne souhaite pas plier aux demandes grecques. En 2015 se pose la question d'un " Grexit ", soit une sortie de la zone euro de la Grèce : Alexis Tsipras organise un référendum qui vote largement pour le " Grexit ", mais ces résultats ne sont finalement pas pris en compte et malgré des tensions très fortes entre la Grèce et le reste de l'UE, le pays est maintenu dans la zone euro. Aujourd'hui, les relations de défiance réciproque doivent être améliorées pour envisager l'avenir de la Grèce dans l'UE de manière plus sereine. Les négociations récentes semblent aller dans ce sens.

La crise des réfugiés. L'autre enjeu majeur de la politique grecque contemporaine concerne la gestion de l'afflux massif de réfugiés sur les côtes grecques. Fuyant pour la plupart les conflits du Moyen Orient (guerre civile en Syrie, zones sous contrôle de l'Etat islamique, Irak), ces populations ont massivement débarqué sur les côtes des îles du Dodécanèse et du nord de l'Egée. Ces îles sont les premières concernées, car elles sont la porte d'entrée à l'UE la plus proche de la Turquie et des zones de conflit. La Grèce n'est pas en mesure de gérer seule cet exode et les autorités présentes sur les îles sont très largement dépassées. L'été 2015 a montré que cette crise humanitaire pouvait tourner à l'émeute si des mesures globales, à la fois au niveau européen et international, n'étaient pas rapidement mises en place. Des négociations avec la Turquie ont quelque peu tari ce flux d'arrivants au cours de l'année 2016-2017, mais l'instabilité politique de la région ne garantit en rien une solution à un problème géopolitique global et majeur.

Relations avec ses voisins. Située au centre d'un triangle d'influence comprenant les Balkans, l'Europe de l'Ouest et le Proche-Orient, la Grèce a une position stratégique pour l'OTAN. Membre de cette dernière, elle cultive malgré tout de bonnes relations avec la Russie. L'opinion publique s'est surtout cristallisée en 2018 sur la question de la " Macédoine du Nord ". Longtemps, la Grèce a reproché à l'ancienne République de Macédoine voisine d'avoir " volé " le nom de la dynastie d'Alexandre le Grand et l'ONU avait accepté que le pays s'appelle officiellement, pendant 27 ans, FYROM (Former Yougoslavian Republic of Makedonia). Finalement, un accord historique a été signé entre les deux Etats en juin 2018 où la Grèce accepte que sa voisine soit rebaptisée République de Macédoine du Nord. Le traité, ratifié de justesse par le parlement grec, marque une avancée historique de la part de la Grèce qui autorise son voisin à rejoindre l'OTAN. Enfin, la Grèce a toujours eu des rapports mouvementés avec la Turquie qui occupe encore le nord de Chypre. Régulièrement, des contentieux portent aussi sur la souveraineté de certaines îles de la mer Egée en raison d'une extension des eaux territoriales grecques près des côtes turques. La Grèce accueille des réfugiés kurdes, une position mal vue par les autorités turques.

Économie
<p>Kastro Sifnos.</p>

Kastro Sifnos.

Selon les dernières statistiques connues de l'OCDE, le PIB s'élevait à environ 254 milliards d'euros, soit une hausse par rapport aux années précédentes. Le taux de croissance estimé pour 2018 s'élevait à 1,95 % et le taux projeté pour 2019 s'élevait à 2,32 %, soit une croissance significative par rapport à la décroissance des années précédentes et à la stagnation des années 2014-2016 (croissance nulle). La dette représentait 191 % de son PIB et le chômage était passé à 21,5 % de la population active, soit en très légère baisse par rapport aux années précédentes. Chez les Grecs de moins de 25 ans, le chômage était redescendu autour de 43,6 % après avoir dépassé les 60 % de la population active à deux reprises au cours des dernières années. Le salaire moyen s'établissait à un peu plus de 1 800 € par mois à la rédaction de ce guide (contre près de 3 100 € bruts en France).

La Grèce est très dépendante de l'Union européenne qui représente environ 65 % des exportations et des importations grecques. A ce jour, environ 4 % des activités économiques proviennent de l'agriculture, 15 % de l'industrie et 81 % des services.

Les étapes de la crise

Les origines de la crise

A l'origine de la crise, des mensonges d'Etat et des chiffres falsifiés pour entrer dans la zone euro et couvrir un déficit public bien au-delà des limites autorisées par les critères de Maastricht. Ceux-ci sont dévoilés à l'occasion d'une crise financière mondiale d'ampleur inédite.
A l'automne 2008, le monde de la finance fait face à l'un de ses plus gros crashes des dernières décennies. La banque d'investissement Lehman Brothers annonce officiellement qu'elle dépose le bilan le 15 septembre 2008. C'est le début d'une crise financière mondiale qui bientôt se développe en crise économique globale. Les Etats-Unis sont touchés de plein fouet dès septembre 2008. L'Europe est préservée quelque temps avant d'être elle aussi frappée.
Avec une économie fragile, fortement dépendante de subventions européennes et largement souterraine, la Grèce n'est pas épargnée et connaît la récession. A l'automne 2009, le gouvernement grec du socialiste Georges Papandréou, fraîchement élu, décide de faire la vérité sur le déficit budgétaire du pays : 12,7 % du PIB et non 3 % comme le prévoient les accords de Maastricht. C'est le début d'un engrenage qui coûte cher au pays. Les marchés perdent confiance. Les taux de la dette grecque grimpent. Le pays emprunte à des coûts de plus en plus prohibitifs. En avril 2010, une étape supplémentaire est franchie quand l'agence de notation Standard & Poor's dresse un constat alarmant de l'économie générale et réduit sa notation du pays. La dette ne cesse alors d'augmenter.

Les débuts d'une politique d'austérité drastique

Dès décembre 2009, le gouvernement de Papandréou lance le tout premier plan de rigueur pour réduire les déficits. Il met en place des mesures comme la réduction de 10 % des frais de fonctionnement de l'Etat ou le gel du recrutement des fonctionnaires. Début 2010, le gouvernement lance un deuxième plan de rigueur pour couper encore les dépenses de l'Etat. Rapidement, ces mesures d'austérité provoquent des manifestations, car nombre de simples citoyens ont l'impression de " payer " pour les autres, et notamment les gouvernements précédents. L'Etat doit geler les salaires des fonctionnaires (13 % de la population active), supprimer les primes des treizième et quatorzième mois et augmenter l'âge moyen de la retraite jusqu'alors fixé à 53 ans. En outre, il doit aussi combattre, à plus grande échelle, la fraude fiscale et l'économie parallèle. Mais cela ne convainc pas les investisseurs et la notation du pays bascule dans la catégorie spéculative.

Les plans de sauvetage internationaux

Pour éviter la faillite de la Grèce, les pays de la zone euro lancent un premier plan de sauvetage international en mai 2010 : 110 milliards d'euros sont prêtés sur trois ans dont 30 milliards pris en charge par le FMI. Malgré les réformes, le pays frôle une deuxième fois le défaut de paiement en juillet 2011. Les créanciers internationaux approuvent le 22 juillet 2011 un nouveau plan d'aide à Athènes de 109 milliards d'euros, assorti d'une participation des banques et assureurs européens sous la forme d'un échange de dette. Mais la Grèce doit encore prendre des mesures drastiques d'austérité pour montrer sa volonté de réformer l'économie, retrouver la croissance et rembourser ses créanciers. S'enchaînent alors plans d'austérité sur plans d'austérité : la Grèce met en oeuvre 7 plans de rigueur supplémentaires entre 2011 et 2015. Le mécontentement de la population prend de plus en plus d'ampleur et l'instabilité gouvernementale devient chronique.

La Grèce peut-elle faire faillite ou sortir de l'euro ?

Alors que l'année 2014 semble voir une relative amélioration de la croissance économique, la dette quant à elle ne fait qu'augmenter de mois en mois. En janvier 2015, le parti radical de gauche Syriza remporte les élections législatives sur son programme anti-austérité. Le nouveau gouvernement entend tenir une position ferme face aux bailleurs internationaux et à l'UE pour renégocier les accords. Il demande de nouvelles aides internationales, un allégement de la dette et l'arrêt des plans d'austérité. Le bras de fer reprend de plus belle, mais les créditeurs n'entendent pas sauver la Grèce sans contreparties d'austérité : en juin 2015, le pays fait officiellement défaut. Les banques sont fermées, le cap de la faillite, jusqu'alors évité, est franchi. Alexis Tsipras lance un référendum pour demander au pays s'il accepte le dernier plan de rigueur exigé par les créanciers internationaux. La population rejette l'accord : se pose alors la question d'un " Grexit ", c'est-à-dire une sortie de la zone euro pour la Grèce, mais il est évité par la négociation d'un nouvel accord avec l'UE.

Le durcissement

Le dernier accord conclu avec les créanciers européens et internationaux date de juillet 2015, a été voté par le parlement grec en août 2015 et a été lancé en octobre 2015. L'Union européenne prévoit d'accorder 86 milliards de prêt à la Grèce sur trois ans si de nouvelles mesures d'austérité sont mises en place. Parmi les mesures prioritaires il faut noter : l'allongement de l'âge de la retraite à 67 ans, baisse des pensions, hausse des cotisations maladies pour les retraités et introduction d'une cotisation sur les retraites complémentaires, unification des caisses de sécurité sociale, hausse de la TVA, hausse des impôts... Il s'agit du plus dur plan d'austérité depuis le début de la crise. Alexis Tsipras démissionne après avoir signé cet accord qui apparaît comme un échec de sa politique de renégociation. Il est cependant réélu quelques semaines plus tard aux élections anticipées de septembre 2015, avec un taux d'abstention record dans un pays où le vote est obligatoire.

Un avenir incertain

Depuis, l'enjeu majeur est de mener le pays vers la reprise économique. Le gouvernement grec s'attelle aux réformes avec plus de vigueur que jamais, suscitant de nouvelles manifestations de grande ampleur, courant 2016. La croissance est stabilisée autour de 0 % et le gouvernement continue à mettre en place des réformes à marche forcée. Tant et si bien que l'UE et le FMI acceptent enfin de renégocier un allégement de la dette grecque. Celui-ci est discuté à l'été 2017 et prévoit des facilités de remboursement avec une extension des maturités de la dette, ce qui devrait avoir pour effet d'éviter une nouvelle crise grecque. La reprise semble s'amorcer avec une croissance estimée à 2,5 % pour 2018.

Principales ressources

La PAC (politique agricole commune) fonctionne très bien en Grèce, de nombreux agriculteurs bénéficient de subventions de l'Union européenne. Traditionnellement, l'économie de la Grèce est basée sur l'agriculture. Le secteur représente 4 % du PIB et emploie 13 % de la population active. Les principales récoltes sont le tabac (premier producteur européen) et le coton (cinquième exportateur du monde). La Grèce dispose également d'un cheptel d'ovins important et l'industrie de la pêche est développée dans les régions côtières.
L'agriculture reste une activité principale dans les îles, surtout pour le marché local. Elle demeure toutefois difficile dans certaines îles en raison des conditions météorologiques (sécheresses, pluies torrentielles...) et de la nature des sols (érosions, aridité...). Dans les îles, la culture est typiquement méditerranéenne : vigne, olives, agrumes, amandes, figues... Cultures qui contribuent à la beauté des paysages. La moitié des productions insulaires sont des oliveraies, un tiers des vignobles et un quart des vergers. Ce n'est pas par hasard si la Grèce est le 3e producteur mondial d'huile d'olives et le 11e producteur de vin...
La Grèce dispose de larges réserves de minerais et d'or, selon un rapport des Nations unies. Plus gros producteur européen de bauxite, cinquième producteur mondial de lignite, la Grèce dispose aussi de minerais ferronickels, de magnésite, de perlite et quelques gisements d'or, d'argent et de cuivre qu'elle relance en raison de la hausse de la demande mondiale pour ces métaux.
La Grèce, au carrefour de trois continents, bénéficie d'une situation favorable. Ses ports sont toujours classés dans les 60 premiers mondiaux.

Place du tourisme

Avec 15 000 km de côtes (dont les deux tiers sont insulaires), le littoral grec permet une activité touristique unique en Europe et en Méditerranée. Le tourisme constitue ainsi une des principales ressources du pays. Tous les ans, la Grèce accueille plus de touristes que le nombre de sa population nationale ! Et les records annuels sont pulvérisés d'une année sur l'autre, tant et si bien que certaines destinations manquent d'imploser en saison.

Si cette tendance se maintient, en dépit des revenus générés évidemment bienvenus dans un pays en crise, le pays pourrait subir les effets négatifs d'un trop-plein touristique, notamment en termes écologiques. En 2017, la Grèce avait accueilli plus de 27 millions de touristes, ce qui semblait un record absolu. Il a été dépassé en 2018, avec environ 32 millions de visiteurs, soit près de trois fois la population grecque dans son ensemble ! Le tourisme représente près de 20 % du PIB soit un ratio tourisme/PIB quasiment trois fois plus élevé qu'en France, pourtant réputée pour ses revenus liés au tourisme. Les recettes cumulées du tourisme ont rapporté à l'économie environ 37 milliards d'euros en 2018 et le secteur représentait un cinquième des emplois en 2017.

Enjeux actuels

Depuis 2009, la crise de la dette grecque est dans tous les esprits. Impossible d'y échapper : l'avenir de l'économie grecque est encore très incertain. Au moment où nous écrivons ce guide, la crise n'a pas encore dit son dernier mot et l'économie parallèle reste importante. Il est donc compliqué de dresser un portrait valable de l'économie du pays, malgré les récents cris de joie face à la reprise de la croissance : les Grecs eux-mêmes restent très sceptiques face à ces chiffres qui représentent mal leur réalité et l'état catastrophique des services publics élémentaires, notamment dans le domaine de la santé et de l'éducation.

Adresses Futées des Cyclades

Où ?
Quoi ?
Avis