Guide de la Nouvelle-Aquitaine : Patrimoine et traditions

Patrimoine culturel
Littérature

La Renaissance littéraire (milieu du XVIe - début du XVIIe). Un grand dynamisme culturel animait les provinces de Poitou, Angoumois, Saintonge et Aunis dans les années 1550-1620. A cette époque, la vie intellectuelle n'avait pas encore fait de Paris sa capitale. Poitiers, ville ouverte aux idées nouvelles (humanisme, Réforme), connaissait alors une grande activité littéraire.

Les dames des Roches. Dans toute l'Europe, à partir de 1570, le salon littéraire des dames des Roches connut une grande renommée. Madeleine Neveu (née en 1520) et sa fille Catherine Fradonnet (née en 1542) accueillaient chez elles, à Poitiers, les grands esprits de l'époque, qu'ils fussent poètes ou savants. Scévole de Sainte-Marthe, en particulier, était un habitué de ce salon brillant et réputé. Une anecdote rapporte que l'avocat parisien Etienne Pasquier, lors d'une visite en 1579, vit une puce sur le sein de Catherine... S'ensuivirent moult plaisanteries et la composition de nombreux poèmes. Ainsi naquit le recueil intitulé La Puce de Madame des Roches, qui regroupe tous les vers (en français, grec et latin  !) écrits sur ce sujet. Madeleine et Catherine furent elles-mêmes auteurs  : oeuvres, secondes oeuvres, missives. Elles moururent toutes les deux en 1587, le même jour.

La poésie à Poitiers. C'est en Poitou que la poésie du XVIe siècle s'est originellement épanouie. Poitiers, cité universitaire au grand foisonnement intellectuel, a contribué largement à l'essor de la langue française. La ville a attiré de grands noms comme du Bellay (en 1545-1547), Baïf (en 1553-1554) et Peletier du Mans (en 1549-1552), en même temps que s'est intensifiée l'activité des imprimeurs locaux Marnefz et Bouchet (ce dernier était par ailleurs un grand ami de Rabelais). Salmon Macrin (1504-1557), originaire de Loudun, était considéré comme le plus grand poète latin de son temps. L'illustre Joachim du Bellay reprendra ses idées dans son ouvrage Deffence et illustration de la langue françoyse (1549). Un autre Loudunais, Scévole de Sainte-Marthe (1536-1623), dirigeait un groupe de poètes. Dans cette "  Pléiade poitevine  ", on trouvait Jean Vauquelin de La Fresnaye, Charles Toutain ou encore Roger Maisonnier. Leurs oeuvres imitaient celles des Anciens (poètes romains et grecs). Parmi elles, il faut citer la Médée écrite par Jean Bastier de La Péruse, auteur considéré comme le second poète tragique français par Pierre Ronsard lui-même. L'emblématique Scévole de Sainte-Marthe s'essaya à tous les genres poétiques à la mode, en français ou en latin  : des sonnets, des odes, des élégies, des épigrammes. Il fut également l'auteur de Poedotrophia, traité de puériculture en vers latins qui laissa Ronsard béat d'admiration. Parmi les nombreux auteurs de la région, n'oublions pas les initiateurs du baroque français  : Jacques de Charrans (1547-1621) et le très célèbre Agrippa d'Aubigné (1552-1630). Le baroque à la française se caractérise par le mouvement et l'effet de style, l'exubérance de l'écriture (esthétique liée à la mort, métaphores marquantes, symboliques effrayantes...), le thème de la solitude à fleur de peau, l'évocation de la violence et du sang, etc.

Peinture

La peinture trouve dès l'Antiquité sa pleine expression sur les fresques décorant les grandes villas gallo-romaines. Des traces ont été retrouvées par exemple lors des fouilles de la villa des Châteliers à Embourie en Charente. Cette pratique murale poursuit son essor au Moyen Age sur les murs et les plafonds des églises romanes. Le chef-d'oeuvre pictural de l'époque romane est en Poitou-Charentes, classé au patrimoine mondial de l'Humanité, ce sont les magnifiques fresques de l'abbaye de Saint-Savin. Mais il faut attendre le XVIIIe siècle et le XIXe siècle pour mieux connaître individuellement les peintres de Poitou-Charentes et les voir se développer en se libérant des thèmes événementiels et religieux. Il n'y a pas d'Ingres ou de Delacroix nés dans la région mais nombre de talents ont quand même proliféré, bénéficiant des enseignements des plus grands. En Charente, on pourra citer l'élan donné par Edouard May fondateur en 1850 de l'école de dessin d'Angoulême puis Jules Balmette, Léonard Jarraud, René Hérisson, Armand Vergeaud, Gaston Boucard ou Louis Suire qui, en général, ont trouvé leur voie en rendant hommage aux paysages ruraux et lumineux mais aussi en témoignant de la vie quotidienne. La mer, la lumière de Charente-Maritime ont attiré nombre de grands peintres tels Signac ou Redon et inspiré les peintres locaux parmi lesquels Gaston Balande, Eugène Fromentin, William Barbotin ou encore Julien Viaud dit Pierre Loti qui était un excellent dessinateur. A Poitiers, toujours pas de grands révolutionnaires de la peinture, et une tendance forte à préférer l'histoire à la géographie. Se détachent des autres artistes des noms comme Alfred de Curzon, Henri Doucet ou Pierre Duclos de la Haille et André Brouillet. Et comment expliquer que les Deux-Sèvres aient vu la naissance de plus de peintres en deux siècles que dans tous les autres départements ? D'après Christian Gendron, conservateur des musées de Niort, ce serait dû à l'éducation artistique prodiguée très tôt par des personnes de talent comme Bernard d'Agesci. Les peintres niortais étaient souvent enseignants tels que Louis-Alphonse Combe-Velluet. On peut noter aussi Julien Thibaudeau, Louis Ribouleau, Antonin Proust.

Cinéma

Le Charentes-Poitou est une terre de cinéma. De nombreux acteurs et réalisateurs sont nés dans la région  : le Rochelais Bernard Giraudeau, le Charentais Christophe Malavoy, les Niortais Catherine Breillat et Henri-Georges Clouzot, le Pictavien Jules Berry, etc., ont participé ou participent encore à la belle et riche histoire du 7e art français. En outre, les paysages et le patrimoine locaux ont souvent été des sources d'inspiration pour les cinéastes. Vents de galerne, par exemple, tourné en 1989 par Bernard Favre, évoque le thème des guerres de Vendée. D'autres films connus ont été tournés dans la région  : Pleure pas la bouche pleine (1973) de Pascal Thomas (à Moncontour, dans la Vienne et au Café des Arts de Thouars)   ; La Révolte des enfants (1991), avec Michel Aumont (île d'Yeu)   ; Aux yeux du monde (1991) d'Eric Rochant (Vivonne, Fleuré et Jaunay-Clan)   ; L'Arbre, le Maire et la Médiathèque (1993) d'Eric Rohmer, avec Fabrice Luchini (à Saint-Juire-Champgillon). Sans oublier certaines scènes d'intérieur de la Jeanne d'Arc de Luc Besson (dans la superbe salle des Pas Perdus de Poitiers) ou encore Un Long Dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet, (tourné à Montmorillon). La Charente est devenue également une terre de tournages, pour des séries télévisées notamment mais aussi pour le cinéma avec Les Destinées sentimentales d'Olivier Assayas, (2000). La cinéphilie picto-charentaise se traduit tous les ans par de nombreux rendez-vous spécialisés tels que le Festival du film policier de Cognac, les Rencontres internationales Henri-Langlois de Poitiers, le Festival international du film de La Rochelle ou les Cinésites Poitou-Charentes de Thenac. Dans un autre registre, le Futuroscope, près de Poitiers, contribue lui aussi à promouvoir la création audiovisuelle dans toutes ses dimensions.

Patrimoine architectural

Sept sites de la région sont classés au patrimoine mondial de l'Unesco : l'abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe, les fortifications de Vauban de Saint-Martin-de-Ré et cinq édifices situés sur les Chemins de Compostelle (l'église Saint-Eutrope à Saintes, l'abbaye royale de Saint-Jean-d'Angely, l'église Saint-Hilaire de Melle, l'église Saint-Pierre d'Aulnay et l'église Saint-Hilaire-le-Grand de Poitiers).

Villes et villages
<p>Façade de maison charentaise</p>

Façade de maison charentaise

Dans cette région de confluences, les villes et les villages ne dérogent pas à la règle de la diversité : certaines cités présentent un visage médiéval (Poitiers), d'autres plutôt Renaissance (La Rochelle) ou Antique (Saintes), certaines sont portuaires, d'autres rurales, d'autres défensives. la plupart arborent plusieurs facettes.

L'habitat traditionnel. La ruralité est une des caractéristiques de la Région Poitou-Charentes. Pendant des siècles, la population campagnarde a vécu dans des maisons souvent à pièce unique et conçues à partir de matériaux locaux. L'aspect de ces habitations varie considérablement et, selon les endroits, les nuances de couleurs et de structures sont importantes. Le Marais breton vendéen est le pays de la bourrine, une maison très basse enduite de chaux et couverte de roseaux. Le Bocage vendéen, lui, présente un autre type d'habitation  : la borderie, petite maison de pierre, de schiste ou de granit, qui réunit sous un seul toit toutes les activités (habitation, stockage des récoltes, pavage des animaux...). En Loudunais, et dans l'ensemble du nord de la Vienne, le tuffeau blanc (roche calcaire assez tendre) fut longtemps utilisé dans la construction des murs alors que l'argile (roche terreuse) est plus fréquente en Charente. Plus solide et plus sombre, le granit se trouve en Gâtine, dans le sud de la Vienne (Montmorillon) et en Charente limousine (Confolens). Le sud de la Charente ainsi que la Charente-Maritime ont des maisons faites d'un grès siliceux appelé "  grison  ". La pierre, bien sûr, est très présente dans l'habitat picto-charentais. Des carrières de pierre de taille ont depuis longtemps une grande réputation  : Chauvigny (Vienne), Saint-Même (Charente, près de Cognac), Crazannes (Saintonge), etc.

Le Poitou-Charentes est traditionnellement le pays de la tuile (terre cuite), en opposition notamment avec l'ardoise angevine. D'ailleurs, des toits en ardoise sont visibles dans le nord de la Vienne, aux confins du Poitou et de l'Anjou. La tuile creuse (arrondie) reste cependant la plus répandue dans l'ensemble de la région, bien que la tuile plate fasse des apparitions (pour les toits très pentus) dans le sud et l'est de la Vienne, et dans l'est de la Charente.

Architecture religieuse
Art roman

Poitou-Charentes compte 800 églises romanes, c'est la région romane par excellence. Ce style apparaît au XIe siècle, après les IXe et Xe siècles, marqués par la fragilité du pouvoir monarchique (déclin des Carolingiens) et les violences (rivalités entre grands féodaux, pillages vikings...). L'Eglise chrétienne semble impuissante à remettre de l'ordre en ces temps troublés. Après l'an mil, l'influence du clergé se fait cependant plus forte et la foi religieuse connaît un véritable renouveau, comme en témoignent le début des croisades (appel du pape en 1095) et les pèlerinages. Poitou, Angoumois et Saintonge se trouvent sur les chemins des pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle. Ces provinces de passage se caractérisent en outre par la présence de pierre calcaire facile à sculpter, d'où la floraison de ces nombreux édifices religieux au plan cruciforme. L'art roman s'est ainsi développé durant deux siècles (XIe et XIIe siècles), laissant apparaître selon les endroits quelques nuances architecturales.

La façade. Le premier intérêt des églises romanes réside dans leurs façades. Les façades romanes sont constituées de plusieurs niveaux et d'arcades très souvent sculptées. En Poitou, elles forment des séries décoratives appelées arcatures, qui sont comme un livre ouvert. La façade de l'église Notre-Dame de Poitiers, par exemple, se caractérise par des statues nichées dans les arcatures. L'église Saint-Nicolas-de-Civray (sud de la Vienne) est un autre bel exemple de "  façade à lire  ". On notera que les façades sont plus sobres en Saintonge et en Angoumois (excepté les 70 personnages sculptés de la cathédrale Saint-Pierre d'Angoulême). Les portails, quant à eux, sont souvent profonds, avec plusieurs voussures mais rarement un tympan.

Le chevet. A l'opposé des façades, les chevets sont "  l'arrière  " des églises. Une grande diversité les caractérise  : les chevets peuvent être polygonaux ou semi-circulaires. Mais le chevet roman le plus typiquement poitevin est constitué de chapelles rayonnantes (appelées aussi absidioles). En Saintonge, la forme de chevet la plus répandue est l'abside unique avec cinq pans et contreforts-colonnes (église de Rioux).

La nef. Il s'agit de cette longue allée qui mène de l'entrée à l'autel. En Angoumois et Saintonge, la nef est le plus souvent unique, sans collatéraux (bas-côtés). En Poitou, la nef est flanquée de deux bas-côtés. Dans le style roman purement poitevin, nef et collatéraux ont la même hauteur, l'éclairage de l'église se fait par conséquent par les bas-côtés (église de Lencloître). Néanmoins, la plupart des églises poitevines respectent la règle romane générale avec une nef plus haute que les collatéraux.

Les voûtes. De toutes les voûtes, celle en berceau plein-cintre est la plus associée à l'art roman. L'arc-doubleau est assez fréquent  : la voûte en berceau (ou voûtain) est supportée par des arcs en plein-cintre. On peut trouver aussi la voûte en berceau brisé. En levant les yeux, les visiteurs rencontrent un autre élément architectural, quoique plus rare  : la coupole. La nef de l'église Saint-Hilaire-le-Grand de Poitiers, par exemple, est surmontée de trois coupoles sur trompes. Enfin, n'oublions pas la voûte en cul-de-four qui concerne les absides et absidioles.

Les fresques et les sculptures. Les décors peints n'ont malheureusement pas toujours bien résisté au temps. Les églises médiévales étaient inondées de couleurs et servaient de livres d'images à des fidèles qui, le plus souvent, ne savaient pas lire. Les thèmes de ces fresques sont liés à des épisodes de la Bible ou à des vies de saints. De nos jours, des couleurs comme l'ocre rouge ou le jaune sont bien conservées, d'autres comme le bleu ou le vert ont disparu. Les plus célèbres fresques se trouvent dans l'église de l'abbaye de Saint-Savin, considérée comme la "  chapelle Sixtine de l'art roman  " et classée au patrimoine mondial de l'Unesco. Autres lieux à fresques  : l'église d'Antigny (Vienne), le baptistère Saint-Jean, les églises Notre-dame et Saint-Hilaire (ces trois derniers édifices à Poitiers), la chapelle des Templiers à Cressac... A partir du XIIe siècle, les sculptures prédominent sur les peintures. Chapiteaux, façades, voussures abondent. Les thèmes sculptés sont très diversifiés, allant du sacré au profane, avec bien sûr des scènes bibliques (en particulier le Jugement dernier), des saints, les Vertus et les Vices, des animaux fantastiques (dragons, griffons, serpents...), des éléments végétaux (la feuille d'acanthe...), le cavalier (notamment celui de l'église de Melle), etc.

Le style Plantagenêt (XIIe-XIIIe siècles)

Le style Plantagenêt est aussi appelé "  style gothique angevin  ". Il tient son nom de Henri Plantagenêt (1133-1189), comte d'Anjou et roi d'Angleterre, qui épousa la fameuse Aliénor d'Aquitaine en 1152. Ce style transitoire entre le roman et le gothique a connu son apogée au XIIIe siècle et s'est développé sur l'étendue des possessions territoriales de ce prince  : principalement en Anjou et dans le Maine, mais aussi en Poitou, Saintonge et Angoumois. Particularités architecturales  : le style Plantagenêt est une forme architecturale prégothique présentant des différences avec les constructions gothiques du nord de la France. En premier lieu, la voûte sur croisées d'ogives est beaucoup plus bombée que dans le gothique traditionnel. De ce fait, la clef d'ogive est beaucoup plus haute que les doubleaux et les formerets. Cela dénote bien que le Plantagenêt est un stade intermédiaire entre la coupole romane (bombée) et la croisée d'ogives gothique (clef d'ogive, formerets et doubleaux à même hauteur). Cette voûte "  angevine  " est visible dans la cathédrale Saint-Pierre de Poitiers, à Saint-Jouin-de-Marnes, à Airvault et jusqu'en Vendée et Saintonge. Une autre particularité du style Plantagenêt réside dans la présence de murs latéraux très renforcés  : contreforts extérieurs, arcatures intérieures aveugles.

Architecture militaire

Les fortifications du Moyen Age. Le Poitou-Charentes est célèbre pour ses faits d'armes médiévaux  : bataille de Vouillé (507) et batailles de Poitiers (732, 1356), notamment. La région a conservé beaucoup de traces du Moyen Age. La plupart des villes sont d'ailleurs nées ou se sont fortement développées durant cette période. Seuls Poitiers et Saintes ont une origine beaucoup plus ancienne (voir précédemment). La ville de Châtellerault, par exemple, est née au IXe siècle. Elle était au départ le château du seigneur Airaud (le "  castel Airaud  "), édifié à la confluence de plusieurs rivières (Clain, Vienne, Ozon...) pour stopper les invasions vikings. Après l'an mil, les tours en pierre remplacent les anciennes fortifications de torchis ou de bois. En 1040, le comte d'Anjou, Foulque Nerra, bâtit la tour carrée de Loudun dans une zone de marche (zone intermédiaire) assez turbulente entre les provinces d'Anjou et de Poitou. Après avoir divorcé de Louis VII, roi de France, Aliénor d'Aquitaine épouse en 1152 en seconde noce Henri II Plantagenêt, comte d'Anjou puis roi d'Angleterre. Elle lui apporte en dot toutes ses possessions territoriales. La rivalité entre Henri et la couronne de France est à l'origine de la construction de châteaux forts (Le Coudray-Salbart dans les Deux-Sèvres) et de fortifications urbaines (le donjon de Niort). Les conflits incessants entre seigneurs locaux puis la guerre de Cent Ans (1337-1453) ont causé de nombreux remaniements des forteresses (consolidations, agrandissements...). Les éléments architecturaux peuvent dater de siècles différents  : châteaux de Tiffauges (en Vendée, donjon du XIIe, tour du XVe siècle), de Bressuire (dans les Deux-Sèvres, deux enceintes, dont une du XIe et une autre du XIIIe siècle)... A voir également  : le château de Gençay (dans la Vienne, XIIIe siècle), le château et la citadelle de Parthenay (Deux-Sèvres), le château fortifié de Villebois-Lavalette (Charente), l'enceinte de Surgères (Charente-Maritime, remodelée au XVIe siècle), etc. En plus des villes à protéger et des ouvrages purement militaires que sont les châteaux forts, la fortification a aussi concerné quelques édifices religieux  : l'abbaye de Nouaillé-Maupertuis (près de Poitiers, enceinte du XIVe siècle), l'église d'Esnandes (au nord de La Rochelle, XIIe-XIVe siècles), etc.

Fortifications Vauban. Sébastien Le Prestre de Vauban, ingénieur et architecte militaire de Louis XIV, est mort en 1707 en laissant derrière lui un vaste réseau de forteresses. Durant sa vie, il en a remanié 130 et construit ex-nihilo près d'une trentaine. Notons qu'il ne faisait pas que construire des places fortes, il en prenait aussi, il a mené près de 50 sièges pendant son existence. Douze de ces places fortes ont été inscrites en 2008 au patrimoine mondial de l'Unesco pour leur caractère représentatif du génie protéiforme de Vauban, mais aussi du tournant qu'elles marquent dans l'évolution de l'architecture militaire et également en tant que témoins de la mise en forme d'un réseau de sites frontaliers, prémices de nos frontières actuelles. Parmi ces douze places, figure Saint-Martin-de-Ré en Charente-Maritime. Vues du ciel les 14 km de fortifications dessinent une étoile de pierre géante qui devait abriter tous les habitants de l'île de Ré en cas de débarquement ennemi. La citadelle, construite entre 1681 et 1685, fut utilisée comme prison au XIXe siècle. D'après l'Unesco, " Saint-Martin-de-Ré est la plus belle application conservée du premier système de Vauban et sûrement le plus bel exemple d'un réduit insulaire ".

Ouvrages d’art

Le pont transbordeur de Rochefort - Martrou. C'est le dernier pont transbordeur de France. Construit en 1900 pour remplacer le bac traversant la Charente au niveau de Martrou (à Echillais), ce pont devait assurer le passage des piétons sans gêner la navigation sur le fleuve, notamment celle des navires de l'arsenal de Rochefort. Conçu par Ferdinand Arnodin, cet ouvrage métallique est constitué de 2 pylones de 66 mètres de haut supportant un tablier long de 175 mètres sur lequel glisse un chariot. Les passagers embarquent sur une nacelle suspendue à ce chariot, ils n'ont qu'à faire un signe au nacelier pour faire la traversée de 4 minutes et 30 secondes. Le pont transbordeur fonctionne encore d'avril à novembre.

Canal de Marans. Creusé de 1806 à 1883 entre La Rochelle et Marans (24 km), ce canal appelé aussi canal de Rompsay devait faire la jonction navigable entre La Rochelle et Niort. Son parcours est jalonné de nombreux ouvrages spécifiques tels que quatre écluses (à Marans, à Andilly - ouvrage de croisement -, à Rompsay et l'écluse de jonction avec le vieux port de La Rochelle), le tunnel Saint-Léonard à Dompierre-sur-Mer est équipé d'un chemin de halage et deux ponts-canaux. Le canal n'est plus navigué mais sa réabilitation est dans les cartons du conseil général, concessionnaire depuis 1978.

Les écluses. On trouve deux types d'écluses en Charente-Maritime  : les écluses fluviales, qui jalonnent la Seudre et la Charente, et les écluses de Ré et d'Oléron. Régies par un système de concession, la pêche y était soumise à des règles très strictes. Ces pièges à poissons, en forme de fer à cheval, ont fait leur apparition au Moyen Age pour nourrir le peuple. Leur reconstruction nécessitait entre 10 000 et 20 000 heures de travail, mais une fois les pierres ajustées, sans chaux ni ciment, elles s'avéraient d'une efficacité redoutable pour capturer les mulets, merlans, seiches et autres daurades. En se vidant après la marée haute, l'écluse gardait les poissons prisonniers. Il ne restait alors plus au pêcheur qu'à les assommer à l'aide d'un sabre en fer plat non tranchant, puis à les jeter dans un panier en osier appelé " gourbeille ". Aujourd'hui, les écluses sont tombées en désuétude et les pêches miraculeuses n'existent plus. Il en reste à peine deux douzaines, alors qu'elles étaient plusieurs centaines au XIXe siècle. Des associations continuent de les valoriser en organisant régulièrement des visites de ce patrimoine intéressant, que l'on retrouve à l'identique dans le sud de l'Andalousie.

Traditions et modes de vie
Langue
Le "  parlanjhe  " poitevin-saintongeais.

En venant du nord, et en traversant la Loire à Nantes, les toits de tuiles à faible pente remplacent les toits pentus d'ardoises de Bretagne ou de l'Anjou voisine. Certes, les Vendéens, les anciens Bas-Poitevins, vous diront "  qu'o molle  ", que ça mouille, bref qu'il pleut bien plus à Nantes qu'à La Roche-sur-Yon, ce qui est sans doute vrai, mais la différence de pluviométrie n'est pas telle qu'elle justifie à elle seule cette différence d'architecture. La région culturelle Poitou-Charentes n'est pas le Midi, mais ce n'est plus la France du Nord. Et les toits de tuiles ont aussi à voir avec la culture, une culture tournée d'abord vers le Sud. L'originalité des parlers de cette région, c'est justement leurs nombreux traits communs avec l'occitan, la langue du Sud, celle des troubadours, qui inaugurèrent la première poésie lyrique dans une langue romane sur le futur territoire de la France. Et le premier troubadour connu fut Guillaume IX, comte du Poitou et duc d'Aquitaine. Le parlanjhe de Poitou-Charentes a donc comme origine le latin articulé, déformé par les peuples gaulois des Pictons et des Santons. Et ce qu'on appelle aujourd'hui le poitevin-saintongeais eut d'abord plus à voir avec l'oc qu'avec l'oïl. Mais à partir de 1204, année de la mort d'Aliénor, la petite-fille de Guillaume IX, qui défendit jusqu'au bout son Etat féodal poitevin et aquitain, les rois de France vont conquérir progressivement ce vaste territoire. C'est la langue des rois de France, la langue du Nord, qui va désormais être utilisée par les notables et les commerçants.

N'empêche, de ce contact entre le Nord et le Sud, naquit une langue originale qui est parvenue jusqu'à nous. A noter que l'est de la Charente et une petite partie du sud-est de la Vienne ont conservé la langue d'oc. Pour s'initier, on pourra lire Le parlanjhe en trente questions, de Liliane Jagueneau.

Une grammaire originale. Le pronom neutre "  o  " comme sujet et complément, commun avec l'occitan, caractérise le poitevin-saintongeais depuis l'origine  : "  o bufe  " /il vente, "  i o di  " /je le dis (ça).

Le pronom "  i  " /je, voisin de l'occitan "  ieu  " /moi, est encore employé dans la plus grande partie du domaine linguistique  : "  i garoche  " /je lance. En Saintonge, il est remplacé par "  jhe  ".
A noter encore les articles et les démonstratifs  : "  dau bea tenp  " /du beau temps, "  çhés draules  " /ces enfants, "  qu'ét o çheù  ?   " /qu'est-ce que c'est, ça  ?
Les troisièmes personnes du pluriel sont en " - ant  "   : "  lés felles dançant  " /les filles dansent.

Des sons particuliers. La diphtongue "  ea  "   : "  chapea  " /chapeau  ; la diphtongue "  àu  "   : "  la sàu  " /le sel  ; des consonnes palatales (mouillées)   : "  çheù  " /ça, "  ghàepe  " /guêpe  ; le "  l  " mouillé  : "  bllai  " /blé, "  cllai  " /clé, "  gllajhou  " /iris d'eau. Le son noté "  jh  " est un son "  j  " expiré  : le "  jhàu  " /le coq.

Variétés d'une même langue. Bien entendu, du marais de Challans à la Gironde, il y a plusieurs variétés de poitevin-saintongeais.

Par exemple, la diphtongue notée "  ea  " peut se prononcer "  èa  ", "  ia  ", ou être réduite à "  è  ". La diphtongue "  àu  " peut se prononcer "  aou  ", "  ou  ", "  a  ", "  o  ". Exemple  : "  i ae chàud  "   : j'ai chaud. La consonne notée "  çh  " peut se prononcer "  tch  ", "  ti  "... Dans les exemples cités, on voit que le système d'écriture qui a été mis au point par l'UPCP (Union pour la culture populaire) propose un même groupe de lettres pour diverses prononciations locales.

Artisanat

La broderie en or de Rochefort. La broderie d'art est une longue tradition à Rochefort. En 1666, Louis XIV et son ministre Colbert donnent à la manufacture royale de la ville le monopole des activités de confection (soie, dentelles...), de broderie et de tapisserie. Au XIXe siècle, une Rochefortaise se spécialise dans la technique de la broderie en or. Les travaux sont effectués avec du fil d'or appelé cannetille. Ces brins dorés orneront des pièces prestigieuses  : les costumes de scène de l'actrice Sarah Bernhardt, des habits d'académicien, les vêtements du mariage de l'impératrice Farah Diba, etc. Outre la haute couture, la broderie en or concerne aussi les drapeaux, les blasons et des objets traditionnels comme la tontine, ce panier qui transportait les bégonias arrivant par bateau d'Amérique à Rochefort. Depuis 1995, Les Ateliers du Bégonia d'Or, les doigts de fée de Sylvie Deschamps (responsable d'atelier) et Samme Shédany (brodeuse main), perpétuent le savoir-faire de cette activité de broderie à la main (broderie or mais aussi broderie blanche, broderie d'ameublement et de décoration), en assurant de nombreuses commandes et en organisant des stages pour tous les niveaux.

Les jours d'Angles. Depuis le milieu du XIXe siècle, le village d'Angles-sur-l'Anglin dans la Vienne est célèbre pour ses "  jours  ". Rien à voir avec les tranches de 24 heures qui rythment le cours de notre existence  ! Les jours sont de fins motifs décoratifs obtenus en retirant dans un tissu (soie, lin, coton...) les fils dans les deux sens (trame et chaîne) avec des petits ciseaux très fins. La réputation de cette technique de broderie artisanale et de très haute précision a vite dépassé les frontières régionales. A la Belle Epoque, les toilettes des jolies Parisiennes étaient parfois ornées de jours d'Angles. Ceux-ci connurent leur apogée dans les années 1920-1950. A cette époque, environ 300 ajoureuses d'Angles travaillaient pour la haute couture et les grands magasins parisiens. On retrouvait ses fameux jours d'Angles sur les trousseaux des princesses et sur le linge des plus luxueux paquebots. Le trousseau de satin noir de Joséphine Baker en est une des pièces les plus prestigieuses. En 1997, la catégorie "  jours à fils tirés  " a été créée, véritable acte de reconnaissance du travail des jours comme métier. L'ajoureuse Maïté Chevreau a d'ailleurs été lauréate du concours de meilleur ouvrier de France. On peut apprécier ce savoir-faire tout en délicatesse dans l'atelier de la ville basse.

La nacre de l'île d'Aix. La nacre est un mélange de calcaire et de kératine qui recouvre quelques rares variétés de coquillages comme les haliotides, les burgaux, les palourdes du Mississippi ou encore les moules du Japon. Le patient travail de cette matière noble transforme les coquillages en objets d'art de la table ou de décoration, en boucles d'oreilles, en bracelets, en colliers, en pendentifs, en leurres de pêche... La nacre est également utilisée pour la restauration de mobilier marqueté. L'Atelier de la Nacre, sur l'île d'Aix, est le dernier de France. Depuis 1952, année de sa création par Léon Gallet, il importe des coquillages du monde entier, principalement des mers chaudes du globe (océan Indien, océan Pacifique). Pour révéler toute la beauté de la nacre, les artisans nacriers procèdent à plusieurs opérations, du triage à la pose d'apprêts en passant par le calibrage, le meulage, le polissage, les assemblages, etc. L'Atelier crée ainsi ses propres modèles de bijoux et d'objets décoratifs ou plus usuels. D'avril à octobre, des présentations de cette activité artisanale sont réalisées tous les jours pour les groupes. Près de l'atelier de fabrication, une boutique est ouverte au public, qui peut admirer toutes les nuances de couleurs, de profondeur, d'irisation et de lumière des différentes nacres. 2005 a également vu la naissance d'un musée de médiatisation scientifique sur la nacre, se rajoutant à l'atelier et à la boutique.

La charentaise. Cette pantoufle a fait le tour du monde et fait connaître le département de la Charente. On ne trouve le terme de "  charentaise  " dans les dictionnaires que depuis le début des années 1980. Une reconnaissance tardive pour une institution régionale qui trouve ses origines il y a plusieurs siècles. Quand Colbert, ministre de Louis XIV, crée le port militaire de Rochefort en 1666, il encourage considérablement l'économie locale. La marine de guerre, en effet, a besoin de fournitures. Tout au long du fleuve Charente, les artisans des moulins proposent du feutre foulonné (étoffe obtenue à partir de laine ou de poil) à l'intendance maritime. Mais le feutre, souvent de médiocre qualité, est refusé. Les rebuts sont alors utilisés pour garnir l'intérieur des sabots et les rendre ainsi moins pénibles à l'usage. Et c'est un siècle plus tard qu'intervient l'idée géniale. A la fin du XVIIIe siècle, un cordonnier de La Rochefoucauld décide de coudre directement les pièces de feutre les unes aux autres et de leur adjoindre une semelle d'un feutre plus rigide pour remplacer le sabot. C'est la naissance de la célébrissime charentaise. Au XXe siècle, des industriels vont lui donner ses lettres de noblesse. André Chaignault, originaire de La Rochefoucauld lui aussi, invente les charentaises aux couleurs vives  : celles au décor de type écossais sont devenues emblématiques. James Rondinaud, autre industriel de Charente, exporte les divins chaussons dans le monde entier. Autrement dit, depuis sa création, la charentaise n'a pas cessé de soulager les petons endoloris de l'humanité grâce à ses éclatantes vertus. Antirhumatismale et souple, elle est même parfois considérée comme un élément vestimentaire de luxe. Un exemple parmi d'autres  : le jour de son sacre, Napoléon Bonaparte portait des charentaises fourrées de laine dorée. Et de nos jours, sur les Champs-Elysées, une paire de charentaises peut atteindre 150 €.

La poterie. La géologie du Pays des Charentes explique l'importance passée et présente de l'activité potière. Le sol est en effet riche en argile. De très nombreux tessons de céramiques de l'époque gallo-romaine ont été découverts lors de fouilles archéologiques. La poterie perdure au Moyen Age avec la production d'objets en terre. Au XVIIIe siècle apparaissent les premières faïences d'Angoumois et d'Aunis. Il faut attendre l'année 1887 pour voir la création de la faïencerie d'art d'Angoulême par Alfred Renoleau. Mais la faïence n'est pas exclusive. Des objets en terre vernissée sont toujours fabriqués. Le travail de la poterie a durablement imprégné la toponymie des lieux  : La Chapelle-des-Pots, en Charente-Maritime, en est un des exemples. Au XIIIe siècle, des ateliers de potiers s'activaient déjà dans ce village. Sur place, le musée de la Céramique présente toute l'histoire régionale de cet artisanat. C'est d'ailleurs ici que le fameux Bernard Palissy s'initia à cet art. Selon la légende, notre homme brûla ses meubles et le plancher de sa maison pour retrouver les secrets de fabrication de céramique des maîtres italiens...

Musique – Danses

La Région Poitou-Charentes s'est toujours trouvée à la confluence. C'est aussi le cas dans le domaine des danses et chants traditionnels qui présentent un répertoire très varié ayant absorbé des influences de la Vendée, du Limousin : maraîchines, gatinelles, bourrées sont reprises par quelques groupes folkloriques.

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