Guide d'Inde du nord : Mode de vie

Au coeur du quartier Old Delhi.
Au coeur du quartier Old Delhi.
Vie sociale
Famille

L'importance des liens familiaux ne manque en principe pas d'étonner les Occidentaux voyageant en Inde et vous comprendrez vite que la liberté individuelle qui vous est sans doute si chère passe pour une curieuse fantaisie, voire pour une tare, auprès des Indiens.

Toutes les grandes décisions, y compris le choix d'une profession ou d'un (e) conjoint (e), sont prises en famille ou plus précisément par les parents. L'existence est divisée en quatre âges aux limites assez précises : l'enfance et le temps des études, le temps du mariage et des enfants, la retraite puis le renoncement. La vie de la majorité est ainsi réglée comme du papier à musique et pourra vous paraître bien monotone et ennuyeuse.

Dans beaucoup de villages et de petites villes, les Indiens ont gardé le principe de la " joint family " : plusieurs générations vivant sous le même toit avec oncles, tantes et cousins. Nul ne cherche à se soustraire à cet environnement finalement sécurisant.

Dans un pays ne connaissant pratiquement ni sécurité sociale, ni système de retraite, la famille constitue souvent le seul soutien possible en cas de maladie et lors de la vieillesse.

Dans les grandes villes, les nouvelles générations ont tendance à s'écarter du modèle, surtout dans les milieux éduqués où le contrôle permanent des parents ou des beaux-parents peut être perçu comme un frein au progrès.

Vous serez toutefois surpris par le conservatisme de la jeunesse indienne. Son manque d'idéalisme social proviendrait-il de ces traditions familiales les poussant à considérer le monde extérieur comme négligeable, voire hostile ?

Éducation

L'Inde du Nord a rattrapé son retard en matière d'alphabétisation de sa population : 74,04 % (82 % pour les hommes, 65 % pour les femmes), ce qui demeure néanmoins 10 points en dessous de la moyenne mondiale.

La scolarisation est quasi absente dans les zones désertiques, et particulièrement parmi les populations tribales. Dans certains districts, elle n'atteint même pas 10 % ! Dans le reste des campagnes, chaque village possède en principe une école, au moins pour les plus petits. La scolarisation est gratuite, mais il faut payer livres, cahiers et uniforme. Beaucoup de familles ne peuvent pas se permettre de telles dépenses et n'envoient qu'un seul enfant à l'école primaire.

Les gouvernements successifs accordent une attention toute particulière à l'éducation des enfants indiens et notamment des filles, souvent laissées de côté. Des programmes de sensibilisation sont régulièrement lancés à l'échelle nationale. Et ça fonctionne, car le taux d'alphabétisation n'était que de 12 % en 1947, lors de l'indépendance de l'Inde.

Le meilleur élève d'Inde du Nord est le Mizoram avec 91,5 % alors que l'État du Bihar ferme la marche avec seulement 63,8 % d'alphabétisation.

Structure sociale

L'Inde est connue pour ses systèmes sociaux compliqués et pour sa société à multiples facettes. En fait, aucune généralisation n'est possible à son propos qui soit applicable à l'ensemble des divers groupes qui la composent.

La diversité ethnique et linguistique de la civilisation indienne ressemble plus à la diversité d'une zone telle que l'Europe qu'à celle de n'importe quel autre Etat-nation. Les écarts entre les structures sociales du Nord et du Sud sont particulièrement remarquables, surtout en ce qui concerne les systèmes de parenté. Dans tout le pays, les différences religieuses peuvent également être significatives, notamment entre la majorité hindoue et la grande minorité musulmane, mais aussi entre ces groupes indiens que constituent bouddhistes, chrétiens, jaïns, juifs, parsis, sikhs et pratiquants de religions tribales.

L'accès à la richesse et à la puissance varie considérablement et les énormes différences de statut socio-économique sont évidentes. Le pauvre et le riche vivent côte à côte dans des secteurs urbains et ruraux, et il est courant de voir un homme prospère ou une femme dans une voiture avec chauffeur passer devant des habitants affamés et décharnés. Dans beaucoup de villages, les solides maisons de ciment des propriétaires terriens côtoient de fragiles cabanes de chaume des manoeuvres sans terre. Même quand elles ne sont pas aussi évidentes, ces distinctions de classe marquent pratiquement chaque agglomération.

Les différences entre zones urbaines et rurales peuvent être immenses. Presque 74 % de la population vit dans des villages aux murs enduits de boue séchée et ornés de dessins traditionnels, aux ruelles poussiéreuses parcourues de troupeaux de bétail cherchant leur pitance, tandis que dans les grandes villes, des millions de gens vivent dans la cacophonie - véhicules hurlants, foules déferlantes, haut-parleurs diffusant la musique des derniers films à succès - et respirent la pollution industrielle.

Les distinctions de genre sont évidentes : le comportement attendu des hommes et des femmes peut être tout à fait différent, particulièrement dans les villages mais aussi dans les centres urbains. Hommes et femmes ont des rôles bien définis dans la famille et à l'extérieur de la maison. Il est souvent surprenant pour les Occidentaux de constater que la plupart des tailleurs sont des hommes, alors que des femmes très pauvres travaillent sur les chantiers de construction, portant pierres, briques et coupelles de ciment sur leur tête.

Chevauchant et pénétrant toutes ces différences de région, de langue, de richesse, de statut, de religion, d'urbanisation et de genre, on trouve cette spécificité de la société indienne : la caste. Le peuple indien est divisé en des milliers de castes ou groupes fonctionnant comme tels, des groupes répertoriés et hiérarchiquement ordonnés.

Les membres d'une caste y sont, par définition, nés. On attend d'eux qu'ils se marient à l'intérieur du groupe et qu'ils suivent ses règles concernant de nombreux aspects de la vie (interdits alimentaires, rituels de purification, etc.). Certaines castes inférieures ou intermédiaires ont cependant tendance à adopter les interdits des castes supérieures, espérant ainsi y être assimilées. Ce processus s'intitule la sanscritisation.

Etant donné la grande diversité de la société indienne, toute observation doit être tempérée par le fait qu'elle peut ne pas s'appliquer à tous les Indiens. Cependant, certains thèmes ou principes sous-jacents de vie font en Inde l'objet d'un large consensus.

Santé publique

L'Inde est encore victime de maladies devenues rares en Europe, comme le paludisme ou la lèpre ; en 2016, elle a déclaré 34 000 nouveaux cas, soit 15 % des nouveaux cas recensés. Malgré ces chiffres élevés, le pays a atteint en 2005 les recommandations de l'Organisme Mondial de la Santé qui préconise moins d'une personne atteinte sur 10 000. Concernant le paludisme, de nouveaux cas sont recensés à travers tous le pays, y compris dans les mégalopoles, telles que Delhi ou Varanasi. Les États les plus atteints sont le Meghalaya, le Mizoram et Chhattisgarh. Le risque devient nul au-dessus de 2 000 mètres d'altitude, dans les États de l'Himachal Pradesh, du Jammu-et-Cachemire et du Sikkim. Quand il s'agit de se faire soigner, la frange de la population la moins fortunée est confrontée à un choix difficile en matière de santé : s'endetter pour se payer des soins de qualité dans un hôpital privé ou se contenter des services bas de gamme des établissements publics.

Politique

La Constitution indienne charge les Etats du devoir de " l'élévation du niveau de nutrition et du niveau de vie de ses habitants, et de l'amélioration de la santé publique ". Beaucoup de critiques vis-à-vis de la politique de santé nationale ont mis en avant l'absence de mesures spécifiques propres pour atteindre les buts mentionnés. Et en particulier son incapacité à intégrer les services de santé à un développement économique et social plus large, le manque de soutien alimentaire et le médiocre engagement participatif au niveau local.

Ces dernières années, les efforts du gouvernement central pour influencer la santé publique se sont concentrés sur les plans quinquennaux, sur une planification coordonnée avec les Etats et sur le parrainage de principaux programmes de santé. Les dépenses gouvernementales sont gérées conjointement par le gouvernement central et par ceux des Etats.

Médecine traditionnelle

Des praticiens médicaux traditionnels exercent dans tout le pays. Les deux formes principales de médecine traditionnelle pratiquées sont la médecine ayurvédique (qui signifie science de la vie) qui, dans son approche des symptômes et de leur traitement s'attache à tous les aspects du bien-être (mental, physique et spirituel) ; et l'unani (médecine galénique), pratique fondée sur l'utilisation d'herbes médicinales.

Un vaidya est un praticien de la tradition ayurvédique et un hakim est un praticien de la tradition unani. Ces professions sont généralement héréditaires. Diverses institutions proposent des formations dans la pratique médicale indigène.

C'est seulement dans les années 1970 que la politique de santé officielle a fait référence à une forme d'intégration entre le personnel médical d'orientation occidentale et les praticiens médicaux indigènes. Au début des années 1990, il y avait 98 universités ayurvédiques et 17 universités unanis fonctionnant dans des secteurs gouvernementaux ou non.

Même si aujourd'hui la situation reste alarmante, les progrès réalisés en un demi-siècle sont remarquables. L'espérance de vie est passée de 37 à 64 ans, pour atteindre 68,5 ans en 2016. Le taux de mortalité infantile a considérablement baissé (35 décès pour 1 000 naissances). Le nombre de personnes atteintes du paludisme est passé de 75 à 2 millions ; celui de personnes touchées par la lèpre, de 38 millions à 200 000 ; la variole a été éradiquée en 2005.

L’obésité, un fléau à grande échelle

L'Inde " grossit ". Non seulement par sa population (15 millions par an) et par sa croissance économique (environ 5 % par an), mais, il y a un fait nouveau : elle devient obèse.

L'Organisation mondiale de la santé a montré que l'obésité était un phénomène croissant plus rapidement dans les pays en voie de développement que dans les pays développés. El selon elle, les Asiatiques seraient plus vulnérables en matière d'obésité.

Donc dans ce pays qui se développe à vitesse grand V, les chiffres sont inquiétants. Le nombre de cas a doublé en seulement 10 ans et les statistiques prévoient que plus de 100 millions d'enfants indiens seront atteint d'obésité d'ici à 2025. Un chiffre qui fait figurer l'Inde parmi les cinq pays du monde les plus touchés. Rien qu'à Delhi, 45 % des hommes et 55 % des femmes seraient en grave surcharge pondérale. Près de 35 % des habitants du Sikkim présentent un indice de masse corporelle (IMC) supérieur à 25. Paradoxalement, le pays figure en tête des pays où la malnutrition pose problème.

Certains scientifiques prétendent que les enfants qui ont été mal nourris pendant leur développement utérin (ce qui est fréquent dans cette région du monde), produisent plus de graisse que certains adultes qui mangent pourtant de la nourriture à haute teneur en calories. D'autres croient au " gène économique " : après des milliers d'années de malnutrition, voire de famine, le métabolisme de la population actuelle serait incapable de gérer " l'abondance " des temps modernes.

La consommation de type fast-food ne cesse de se généraliser, notamment à cause de la démocratisation de vecteurs comme la télévision, l'ordinateur ou le four à micro-ondes. En mars 2006 s'est tenue, pour la première fois, une assemblée sur l'obésité à Delhi et depuis l'Inde est un membre actif de la Fédération mondiale de l'obésité qui rassemble de nombreux scientifiques et tient des conférences sur le sujet à travers le monde.

Mœurs et faits de société
Sexualité

L'homme et la femme sont censés découvrir la sexualité uniquement avec leur conjoint.

L'homosexualité en Inde

Par Lise Desceul, doctorante en littérature comparée, indianiste, spécialiste des études féministes, postcoloniales, subalternes, de la " queer theory " et de la représentation du spectre des sexualités et identités de genre dites alternatives, en Inde.

Jusqu'en 2018, l'homosexualité figurait à l'article 377 du Code pénal indien. Introduit en 1861 par le gouvernement britannique colonial, l'article définit comme délit contre l'ordre de la nature tout acte sexuel extérieur à la pénétration péniale-vaginale. Si dans les faits, cette section n'a que très rarement été utilisée pour juger des cas de relations mutuellement consenties entre adultes de même sexe au cours de l'Histoire, il n'en reste pas moins que son existence sert de prétexte à l'exercice de violences contre les minorités concernées. Ainsi, la police l'utilise comme menace pour agresser, violer, racketter, arrêter les populations aux sexualités alternatives. Les parents refusant l'homosexualité de leur enfant s'en saisissent à leur encontre, ou à l'encontre de leur(s) partenaire(s). La culture indienne est globalement hostile à l'homosexualité, présentée comme une maladie contagieuse importée de l'Occident notamment. Paradoxalement, l'homophobie a été introduite en Inde alors que les pratiques homo-érotiques n'étaient pas condamnables.
La société indienne est traditionnellement organisée autour de la famille patriarcale et hétéronormative. La sexualité ne se pense pas en-dehors de ce cadre, ce qui rend l'existence des sexualités et identités alternatives difficiles. Refuser le mariage et la procréation, c'est se défaire de sa famille et de sa garantie sociale dans la majorité des cas, ce qui incite nombre de personnes à mener des doubles vies, ou à effectuer des mariages de convenances. Espaces ruraux et espaces urbains n'appréhendent ni ne conceptualisent l'homosexualité de la même manière. En ville, il existe de plus en plus d'événements, de littératures, d'activisme, et donc de visibilité de ces communautés. Dans les espaces ruraux, démographiquement majoritaires, si l'homosexualité existe, elle est souvent peu nommée et s'actualise autrement. La communauté des MSM (Men having Sex with Men, littéralement " hommes ayant des rapports sexuels avec d'autres hommes ") en est ainsi un exemple flagrant, de la même manière que les saathi (amie en hindi) chez les femmes. Ces expressions désignent une pratique, une situation, sans s'inscrire dans une lignée identitaire.
De nombreuses personnes expérimentant des relations homo-romantiques ou homo-érotiques ne questionnent pas la nature de cette relation. Ils n'ont souvent pas connaissance de l'existence de la communauté LGBTQ+, ni les possibilités linguistiques de dépeindre leurs réalités. Ainsi, l'existence de l'homosexualité est en Inde polymorphe. Il est difficile de la désigner de manière catégorique, de tracer une ligne précise entre une amitié très intime et une relation queer ou des pratiques sexuelles contenues au sein d'un mode de vie normatif et traditionnel.
Une autre communauté subit des discriminations d'importance : les hijras ou transgenres. Ils sont à la fois source de fascination et de rejet par le gouvernement et la population. Depuis 2014, une loi permet aux hijras de s'identifier comme transgenres sur les documents officiels, grâce à l'ajout d'une case aux catégories d'homme et de femme. Disposant de quotas visant à les intégrer davantage socialement, les hijras travaillent souvent pour l'État. Un premier officier de police et un premier principal transgenres ont été nommés en 2017. Cependant, ils demeurent victimes de discrimination et d'abus, malgré leur position sacrée dans l'hindouisme, qui voit dans leur ambivalence de genre un statut spécial. De nombreux hijras habitent en communauté et vivent de la prostitution ou de la mendicité. Leur participation aux naissances et aux mariages constitue également une source de revenus. La bénédiction du couple ou d'un nouveau-né par un hijra est sensée procurer chance et protection.

La Cour Suprême a finalement dépénalisé l'homosexualité dans son arrêt rendu le 6 septembre 2018, provoquant le soulagement des membres de la communauté LGBTQ+.

Mariage

C'est l'événement majeur de la vie des Indiens, pour lequel certaines familles pauvres s'endettent pendant de longues années. On se marie dans sa communauté, pour ne pas dire sa caste. L'apparence physique, les diplômes, le rang social, l'aisance financière de la belle-famille et évidemment l'horoscope de l'époux ou de la promise : tout est étudié, rien n'est laissé au hasard. Les mariages d'amour sont encore rares, et on fait encore appel à ses parents même quand on a vécu à l'étranger pour trouver un bon parti. La presse dominicale consacre d'ailleurs de pleines pages aux petites annonces matrimoniales.

La dot, pourtant illégale, est également au centre des négociations entre les parents. Malheur à la famille qui n'a que des filles à marier : c'est la ruine assurée. En revanche, un fils est souvent signe d'enrichissement.

La jeune femme quitte ses parents pour vivre dans sa belle-famille : un changement parfois douloureux car elle tombe sous la coupe de sa belle-mère et de son mari. Parfois, c'est pire, cela tourne au tragique, les " accidents de sari " ne sont pas rares dans les cuisines indiennes : épouse brûlée vive après une dispute avec sa belle-mère ou le non-paiement de la dot.

Traditionnellement, les mariages ont lieu en décembre ou en avril, car les astres sont favorables, et durent plusieurs jours. De nombreuses cérémonies réunissant seulement les membres de la famille très proches se succèdent et certaines ne concernent que le futur époux ou la future épouse. Le matin du mariage proprement dit, le marié monté sur un cheval blanc va rejoindre sa future femme et sa famille le suit.

La célébration des mariages hindous se déroule selon des règles strictes : les époux tournent sept fois autour du feu sacré (havan) et échangent des guirlandes de fleurs (sehra). Généralement, la famille du marié parade dans les rues aux sons d'une fanfare alors que la famille de la mariée les attend avec un buffet pantagruélique. Pas de fête, ni de repas convivial donc mais plutôt une kermesse géante où il faut se montrer. Plus il y a d'invités (cousins, voisins, collègues de bureau...), plus la richesse de la famille de la mariée (qui organise) est visible.

Place de la femme
Femme en costume traditionnel.
Femme en costume traditionnel.
La femme traditionnelle
Le temple Sikh Gurdwara Bangla Sahib.
Le temple Sikh Gurdwara Bangla Sahib.

Malgré leurs saris lumineux et leurs bijoux éclatants, les femmes n'ont malheureusement pas le beau rôle dans la société indienne. Dès son plus jeune âge, la petite fille fait l'objet de moins d'attention que ses frères.

Dans les campagnes, son éducation reste le plus souvent limitée aux premières années d'école. Ses parents se soucient surtout de lui assurer une dot ou dahej (nécessitant parfois plusieurs années d'économie) qu'ils verseront à sa belle-famille lors du mariage. La jeune épouse ira en effet vivre chez ses beaux-parents. Un proverbe rural traduit sans nuance cette dure réalité des familles rajasthani : " Elever une fille, c'est labourer le champ du voisin ". Vivant au service de son époux et de sa belle-famille, la jeune femme aura pour mission principale de faire des enfants et de les élever. Dans les familles rurales, elle s'occupera aussi du petit bétail et des corvées de bois et d'eau. Dans les milieux aisés conservateurs, elle vivra recluse dans une partie de la maison, selon la règle du purdah, et sans jamais pouvoir parler aux visiteurs. Malgré son interdiction par les Anglais en 1829, la tradition du sati (sacrifice de la veuve sur le bûcher de son époux) perdura jusqu'au XXe siècle. Elle aurait totalement disparu... Mais le culte que les Indiens et Indiennes vouent encore à ces épouses modèles des temps anciens donne à réfléchir sur la place des femmes seules et âgées dans la société.

Phoolan Devi, reine de bandits

Née en 1963 dans une basse caste de pêcheurs et bateliers nommée mallah, mariée à l'âge de 11 ans à un veuf de 20 ans son aîné, Phoolan aurait dû avoir une existence misérable. Au lieu de cela, elle eut le destin d'une reine. Rendue à l'état d'esclave par sa belle-famille, battue et violée régulièrement par son mari, elle parvient à s'enfuir du domicile conjugal et regagne son village. Déshonorée car sans mari, elle entend bien survivre et revendique un terrain appartenant à sa famille, spolié par son cousin. Elle gagne le procès mais la loi des hommes n'en a que faire : pour la punir d'avoir outrepassé son rôle de femme, elle subit un viol collectif pendant des jours. Ses bourreaux sont, entres autres, des policiers ou des propriétaires terriens, appartenant à des castes aisées. Elle est ensuite enlevée par des bandits. Parmi eux, un homme, lui aussi issu de la caste des mallah, tombe amoureux d'elle et renverse le chef en place. Un an plus tard, Phoolan tient sa vengeance et tue 22 de ses bourreaux ! Surnommée la reine des Bandits, la clandestine s'illustre avec ses expéditions punitives pour soutenir la cause des femmes opprimées, battues ou brûlées pour une dot insuffisante. Certains voient en elle la réincarnation de la déesse Kali. Elle croupira plus de 11 ans en prison pour le meurtre de 70 hommes. Libérée en 1994, elle passe à une action plus légale en se faisant élire député socialiste. Le 25 juillet 2001, elle tombe devant la porte de sa résidence de New Delhi sous les coups de six balles de revolver. Ses assassins affirment avoir ainsi vengé le meurtre des 22 hommes de hautes castes qui l'avaient violée. Un film de Shekar Kapoor retrace son étonnant destin : Bandit Queen.

A lire : Devi, reine des bandits d'Irène Frain.

La femme moderne

Avec l'éveil du mouvement Raja Ram Mohan Roy contre la soumission des femmes, et l'influence des Britanniques sur la culture indienne, la situation des femmes a connu des changements. Mais c'est sous l'égide du Mahatma Gandhi qu'elles ont eu l'occasion d'affirmer leur égalité avec les hommes. En réponse à l'appel de Gandhi, elles ont ôté leur voile et sont sorties de leurs maisons afin de lutter épaule contre épaule avec les hommes dans la bataille pour la liberté. Le résultat est que la Constitution indienne actuelle confère aux femmes un statut égal à celui des hommes. Il n'y a aucune discrimination entre les deux sexes : toutes les professions sont ouvertes aux femmes, avec le mérite comme seul critère de choix.

Les moeurs ont notamment évolué dans les milieux hindous urbains et aisés. Les jeunes filles vont à l'université et entrent dans le monde du travail, même si parfois leurs études ne leur servent qu'à trouver un meilleur conjoint ! Elles se marient de plus en plus tard - mais rarement après 22 ans toutefois -... et éventuellement avec quelqu'un de leur choix ! Une telle liberté est rarement envisageable dans les familles musulmanes.

Avec intelligence et âpreté à la tâche, elles rivalisent désormais avec succès auprès des hommes dans toutes les entreprises commerciales. Des femmes travaillent dans tous les domaines de l'économie indienne. Dans le travail administratif, elles s'efforcent d'atteindre le plus haut degré d'efficacité et de perfection. Elles semblent généralement moins sujettes à la corruption et au favoritisme que leurs homologues masculins.

Cet acharnement au travail et ce dévouement ont conduit les femmes indiennes à se distinguer dans les diverses sphères de la vie sociale en tant que politicienne, oratrice, avocate, docteur, administratrice, etc. Il n'y a guère de domaines où elles n'aient pris une part et témoigné de leur valeur, ce qui montre bien ce qu'elles ont gagné en liberté et en égalité dans l'Inde d'aujourd'hui.

Religion
Couple priant, Jaïpur.
Couple priant, Jaïpur.

La religion prédominante est l'hindouisme (82 % environ). Mais de grands courants mystiques - à l'intérieur de l'hindouisme ou dérivés de l'hindouisme (bouddhisme, jaïnisme, sikhisme) - ainsi que les invasions musulmanes et la colonisation occidentale ont suscité l'un des paysages religieux les plus variés du monde. Les grands maîtres spirituels de l'Inde moderne ont toujours insisté sur la tolérance nécessaire à la découverte de la Vérité ultime. Les fidèles sont guidés par de " grandes âmes " (mahatma) qui sont d'ailleurs parfois considérées comme des incarnations du Divin (avatars).

Hindouisme
Élèves d'une école hindoue défilant dans les rues de New Delhi.
Élèves d'une école hindoue défilant dans les rues de New Delhi.

Pour les hindous, le but de notre passage sur terre est de " réaliser la divinité de l'âme ". Une telle visée mystique laisse entrevoir une grande diversité d'enseignements et de doctrines. Cette tolérance étonne souvent les visiteurs occidentaux habitués aux religions dont les dogmes sont définitifs, tel le christianisme ou l'islam. Beaucoup sont donc fascinés par la spiritualité de l'Inde ; d'autres déplorent l'aspect ritualiste de la religion.

Les principes sous-jacents de l'hindouisme ne sont pas facilement descriptibles : il n'y a pas de philosophie unique. L'hindouisme est peut-être la seule confession religieuse dont les principes théoriques et les pratiques sont si variés. Cette religion ne peut pas être imputée à un fondateur spécifique, elle n'a pas non plus un Livre saint servant de guide scriptural de base. Rig Veda, Upanishad et Bhagwad Gita peuvent tous être décrits comme textes sacrés des hindous.

Pour les hindous, le chemin religieux le plus important est la dévotion (bhakti) envers des dieux personnels. On peut choisir parmi une large variété de dieux et, bien que l'adhésion sectaire à plusieurs déités soit répandue, le choix d'un seul dieu (ishta devata) susceptible de susciter la dévotion est largement accepté. La plupart des fidèles sont donc polythéistes, adorant tout ou partie du vaste panthéon de déités, certaines descendant des temps védiques. En pratique, un adorateur a donc tendance à concentrer ses prières sur un dieu, ou plusieurs d'entre eux, avec qui il a un rapport personnel étroit.

Dieux et principes fondateurs
Veda et polythéisme

Le Veda (vision et connaissance, en sanskrit) est une " connaissance révélée " transmise oralement de brahmane à brahmane au sein du védisme, du brahmanisme, et de l'hindouisme jusqu'à nos jours. Cette connaissance, rassemblée en un ensemble de textes, aurait été révélée (par l'audition, Shruti) aux sages indiens nommés Rishi. Les hindous pensent que le Véda est éternel et singulier. Les premiers textes de la tradition védique s'écrivent entre 1800 et 1500 av. J.C. et sont réunis en collections nommées Samhita.

Âtman, Karma, Libération, etc.

Les Upanishad (commentaires des Veda, datant de 800 et 200 av. J.-C.) contiennent des spéculations sur le sens de la vie, qui ont énormément influencé les traditions religieuses indiennes. Le concept le plus important est celui d'âtman (âme humaine).

L'Atman implique la notion de transmigration ou réincarnation après la mort ; qui est au coeur des religions d'origine indienne. Le vrai but de l'âtman est la libération - ou sortie (moksha) du monde limité de l'expérience - et la réalisation de son unité avec dieu ou le cosmos. Pour réaliser sa libération, l'individu doit pratiquer une discipline, le yoga, adaptée à ses capacités et à sa situation dans l'existence, et suivre sa ligne de conduite.

Le karma. La signification de ce mot d'origine sanskrit est " action ". La tradition religieuse en Inde considère le karma (principe de la juste rétribution des actions passées) comme la source du problème de la transmigration. Les bonnes actions d'une vie peuvent conduire à une renaissance heureuse, et les mauvaises à une existence inférieure. C'est le karma qui détermine le degré de réincarnation. Les conséquences des actes passés finissent inexorablement par ressurgir. On récolte ce que l'on sème, telle est la loi de l'Univers.

Le tantrisme est la croyance au tantra (terme sanscrit signifiant contexte ou continuum), un ensemble de textes qui soulignent l'utilité de rituels, pratiqués avec une discipline stricte, comme moyen d'atteindre la compréhension et l'éveil spirituel.

Le gourou. Un important aspect de toute discipline religieuse est l'importance du gourou ou enseignant. La religion indienne peut accepter le caractère sacré de textes et de rituels spécifiques, mais en confie l'interprétation à un praticien qui a une expérience personnelle de libération et peut transmettre des techniques efficaces à ses disciples.

Depuis les temps védiques, il n'a jamais été possible, et rarement désiré, de rassembler toutes les branches d'une croyance sous une seule et même autorité. Au lieu de cela, il y a eu une tendance à accepter l'innovation et la diversité religieuses comme le résultat naturel de l'expérience personnelle de générations successives de gourous, qui ont adapté leurs messages aux contextes géographiques, historiques et sociaux qui étaient les leurs, et qui ont ensuite transmis leurs connaissances à des générations de disciples. En conséquence, la religion indienne est une masse de traditions anciennes et modernes, certaines toujours préservées, d'autres changeant constamment. L'individu est relativement libre de choisir les croyances et comportements religieux qui lui semblent les plus efficaces sur la voie de la délivrance.

La trinité hindoue
Brahma

Brahma, le dieu créateur de la trinité, symbolise l'aspect de la Réalité Suprême qui porte en avant la création. Les hindous l'appellent le Créateur de l'univers. Il est le premier membre de la trinité hindoue qui inclut aussi Vishnu et Shiva. Son épouse divine est Saraswati, déesse des Etudes et de la Connaissance. Saraswati fournit à Brahma la connaissance nécessaire au processus de création.

Brahma est d'habitude représenté par les hindous comme une déité barbue, à quatre visages et quatre mains. Sur les images populaires, il est représenté assis sur un lotus (symbole d'existence glorieuse). Il tient un chapelet dans la main droite supérieure, un livre dans la main gauche supérieure, un kamandalu (pot d'eau) dans la main gauche inférieure et accorde sa grâce de sa main droite inférieure. Ses quatre visages représentent la connaissance sacrée des quatre Veda (Rig, Yajur, Sama et Atharva) et c'est l'aspect le plus marquant de toutes les représentations de Brahma. Ses quatre visages symbolisent donc le fait que Brahma est la source de toute la connaissance nécessaire à la création de l'univers. Ses quatre bras représentent les quatre directions ainsi que l'omniprésence et l'omnipotence de Brahma. Ses quatre mains représentent les quatre aspects de la personnalité humaine : esprit (main droite arrière), intellect (main gauche arrière), ego (main droite de devant), moi empirique ou conscience conditionnée (main gauche de devant). Le chapelet symbolise le cycle du temps par lequel le monde va de la création à la conservation, de la conservation à la dissolution, et de la dissolution à une nouvelle création. Ce dieu est peu répandu en Inde, excepté chez ceux qui cherchent la connaissance, comme les étudiants, les enseignants, les savants et les scientifiques...

Vishnu

Vishnu est considéré comme le dieu principal de l'hindouisme et de la mythologie indienne. Il est le conservateur de l'univers. Les deux autres dieux hindous majeurs, Brahma et Shiva, sont considérés respectivement comme le créateur et le destructeur de l'univers.

On ne connaît pas exactement l'origine de l'adoration des conquérants aryens ou des habitants drâvidiens pour Vishnu. Dans les Veda et la littérature sacrée des Aryens, Vishnu est classé parmi les dieux mineurs. Dans une certaine littérature puranique, Vishnu est dit éternel, c'est un esprit unique associé aux eaux primitives, omniprésentes avant la création de l'Univers.

Dans l'hindouisme, la réprésentation de Vishnu comme sauveur du monde est tardive. Selon une croyance, les puissances du Bien et du Mal (dieux et démons) sont en lutte pour la domination du monde. Quand l'équilibre de ces puissances est détruit, Vishnu ou son avatar descend sur Terre pour rétablir leur égalité. On dit que neuf descentes ont déjà eu lieu, la dixième devant encore arriver. Celles de Râma et Krishna étaient les septième et huitième. Vishnu est peint en bleu ou en noir et a quatre bras. Il a mille noms et leur répétition est un acte de dévotion.

Shiva

Autre dieu important dans la religion hindoue : Shiva, le Destructeur, mais qui présente aussi un aspect de régénération. En tant que destructeur, il apparaissait comme un ascète nu accompagné par un train de démons affreux, entouré de serpents et portant un collier de crânes.

En tant que puissance propice et reproductrice, on l'adore sous la forme du lingam ou phallus. Shiva est peint en blanc, avec une gorge bleu foncé. Il a plusieurs bras et trois yeux. Il porte un trident et monte un taureau blanc.

Contrastant avec la représentation de Vishnu, Shiva symbolise aussi la renonciation. Il apparait alors comme un ascète pratiquant la méditation seul dans l'Himalaya, assis sur une peau de tigre, vêtu d'un simple pagne et couvert de cendre sacrée. Ce qui donne une couleur grise à sa peau. Son trident est planté en terre à côté de lui. Un serpent est enroulé autour de son cou. De ses cheveux emmêlés, noués en chignon sur le sommet du crâne, la rivière Gange coule... jusqu'à la terre. Son cou est bleu, un rappel du temps où il but le poison qui émergea alors que les dieux et les démons rivalisaient pour baratter l'océan de lait.

Souvent, Shiva apparaît comme un être antisocial, qui brûla Kama, le dieu d'amour, d'un seul regard.

Mais cette image en cache une autre. Bien qu'il semble difficile à atteindre, Shiva est une déité aimante qui sauve les fidèles qui lui sont dévoués.

Son épouse est Pârvatî (Devi) et ils ont deux fils : Karttikeya (ou Skanda, dieu de la Guerre) et Ganesh, qui a le corps d'un homme à quatre bras et la tête d'un éléphant. C'est le dieu de la sagesse, de l'intelligence, de l'éducation et de la prudence, le patron des écoles et des travailleurs du savoir. C'est le dieu qui lève les obstacles des illusions et de l'ignorance.

Les déesses hindoues

Le divin est souvent féminin en Inde. Voici les déesses les plus connues (et/ou répandues en Inde) :

Lakshmi, épouse de Vishnu, a un certain nombre d'incarnations bien connues, et chacune se voit adresser un culte en propre. Au moment de la grande fête de Diwali, Lakshmi est célébrée lors de feux d'artifice et les gens implorent succès et richesse pour l'année à venir.

Pârvatî, la Divine Mère, sous ses formes variées, est la divinité la plus vénérée en Inde. L'épouse de Shiva présente deux facettes principales : une personnalité bienveillante, qui apporte de l'aide, et une personnalité puissante et dangereuse, qui doit être apaisée. Elle apparaît sous son aspect bienveillant dans beaucoup de temples dédiés à Shiva, où la déesse a son autel propre qui est en pratique le plus fréquenté par les dévots. Lors de festivités quand dieux et déesses sont menés en procession hors des lieux saints, c'est souvent la déesse la plus attendue.

Durga est l'un des épithètes de Parvati et considérée comme la shakti (l'énergie) de l'Absolu impersonnel et adorée seule (signe de sa toute-puissance), à la différence de Parvati. C'est l'une des divinités principales du panthéon hindou. Elle est représentée comme un grand guerrier qui porte épées et bouclier, monte un tigre et détruit des démons quand les dieux en sont incapables.

Minakshi, la Déesse aux yeux de poisson, est décrite dans les mythes comme une reine sombre née avec trois seins et s'apprêtant à vaincre l'univers. Après avoir envahi le monde et vaincu les dieux, Minakshi a rencontré Shiva et, quand son troisième sein a disparu, l'a accepté comme son seigneur. Le plus célèbre temple qui lui est dédié se trouve dans le Sud de l'Inde à Madurai.

Kali, la Noire est la Déesse Mère destructrice et créatrice de l'hindouisme. Elle offre souvent une image encore plus terrifiante du divin, avec une langue sanglante lui sortant de la bouche, des guirlandes de crânes humains autour de son cou, une tête coupée à la main et des armes brandies ruisselantes de sang - une image qui tente de capturer la capacité destructrice du divin, la souffrance du monde et l'ultime retour de toutes les choses à la déesse, lors de la mort.

Les divinités locales

Au bord des routes de campagne, on peut apercevoir des endroits sacrés (dans les arbres, dans des mini temples de fortune...) ornés de fleurs, d'offrandes et de statues toutes simples. Il s'agit souvent d'autels dédiés à des déités locales qui protègent les habitants des catastrophes naturelles ou des mauvaises influences. Les fidèles donnent souvent à ces protecteurs le visage d'un guerrier ou celui d'un combattant " martyr " du village. Si certaines divinités locales ont leur propre lieu de culte, certaines sont rattachées au temple d'un autre grand dieu (Vishnu, Shiva...). Au niveau local, ces divinités attirent une forme expressive et extatique d'adoration et attendent des sacrifices d'animaux (chèvres, poulets).

Vaishno Devi. En Inde du Nord-Ouest, la popularité de la déesse Vaishno Devi s'est accrue depuis l'Indépendance. Vaishno Devi, qui combine les éléments de Lakshmi et de Durga, est une manifestation extrêmement bienveillante de la vierge éternelle, qui confère le bien-être matériel à ses adorateurs. Un million de pèlerins visitent annuellement son lieu saint dans les contreforts de l'Himalaya, à 50 km au nord de la ville de Jammu.

Santoshi Ma. Depuis 1950, le culte voué à Santoshi Ma (mère du Contentement) est spectaculaire. La légende raconte les souffrances d'une jeune femme abondonnée par son mari parti travailler et abusée par ses beaux-parents. Demeurant néanmoins aimante et fidèle envers son homme, et adressant de simples voeux à la déesse, elle voit finalement son mari revenir, désormais riche. Santoshi Ma, fille de Ganesh, est vénérée surtout par des femmes de classe moyenne inférieure, qui prient elles aussi pour obtenir des biens matériels.

Karni Mata. Sainte vénérée au Temple des rats à Deshnok (Rajasthan) est considérée comme une incarnation de Durga. Cette dernière est également adorée à Osyan, sous le nom de Sachya Mata, la Mère de Vérité.

Rituels

Pureté et impureté. Le monde rituel de l'hindouisme, dont les manifestations diffèrent énormément selon les régions, les villages et les individus, offre cependant un certain nombre de traits communs qui relient tous les hindous entre eux (et aussi bien sûr, dans une certaine mesure, à d'autres religions). Le dispositif le plus remarquable dans le rituel religieux est la division entre la pureté et impureté. A toute pratique religieuse est liée l'idée qu'un certain degré d'impureté ou de souillure est à surmonter ou à neutraliser avant ou pendant les procédures rituelles.

La purification, d'habitude avec de l'eau, est ainsi un fait typique de l'action la plus religieuse. Eviter les impuretés - ôter la vie à un animal, manger de la chair, s'associer à des choses mortes ou à des fluides corporels - est une autre règle du rituel hindou, importante pour échapper à la souillure. Au niveau social, on accorde aux individus ou groupes qui réussissent à éviter l'impureté un respect accru. Un autre aspect fondamental de la pratique religieuse est la croyance en l'efficacité des sacrifices. Ceux-ci impliquant souvent que les offrandes soient faites d'une façon régulée, avec la préparation d'un espace sacré, la récitation de textes et la manipulation d'objets. Un dernier point important du comportement religieux repose sur la notion de mérite, gagné par la pratique d'actes de charité ou l'accomplissement de bonnes oeuvres qui s'accumuleront au cours du temps et réduiront les souffrances dans le monde suivant.

Rituels du cycle de vie

Une série bien définie de rituels du cycle de vie (samskara, ou affinage, épuration) marque les transitions principales dans la vie de l'individu. Des familles hindoues particulièrement orthodoxes peuvent inviter des prêtres brahmanes dans leurs maisons pour pratiquer ces rituels, complétés par le feu sacré et la récitation de mantra. Cependant, la plupart d'entre eux ne se déroulent pas en présence de prêtres, et dans les nombreux groupes qui ne révèrent pas les Veda et les brahmanes, il peut y avoir d'autres officiants et des variations dans les rites.

La période de l'enfance. Des cérémonies peuvent être pratiquées pour assurer la santé de la mère et de l'enfant. A la naissance, avant que le cordon ombilical ne soit coupé, le père peut toucher les lèvres du bébé avec une cuillère en or ou un anneau trempé dans du miel, du lait caillé et du beurre clarifié. Le mot vak (discours) est murmuré trois fois à son oreille droite et des mantras sont chantés pour lui assurer une longue vie. Les rituels pour l'enfant en bas âge incluent sa première visite à l'extérieur, au temple, sa première alimentation avec une nourriture solide (généralement du riz cuisiné), la cérémonie du perçage d'oreille et la première coupe de cheveux (leur rasage, en fait) opérée souvent au temple ou pendant une fête, lorsqu'on offre les cheveux à une déité.

La cérémonie d'initiation (upanayana), événement crucial dans la vie du mâle hindou orthodoxe de caste supérieure, a lieu entre 6 et 12 ans, pour marquer la transition vers la conscience et les responsabilités religieuses adultes. Durant la cérémonie, le prêtre de famille revêt le garçon d'un fil sacré qu'il devra porter toujours sur l'épaule gauche, et les parents l'instruisent en prononçant le Gayatri Mantra. On considère la cérémonie d'initiation comme une nouvelle naissance ; les groupes ayant le droit de porter le fil sacré sont appelés les " nés deux fois ".

Dans l'ancienne structure sociale associée aux Veda, seuls les trois groupes les plus élevés - brahmanes, guerriers et marchands - étaient autorisés à porter le fil, qui les rendait différents du quatrième groupe, les ouvriers et serviteurs. Beaucoup d'individus et de groupes, vaguement associés aux vieilles élites " nées deux fois ", pratiquent encore la cérémonie upanayana et revendiquent le haut statut qu'elle accorde.

Les fiançailles du jeune couple, sa date exacte et celle du mariage sont des questions décidées par les parents, après consultation des astrologues. Aux mariages hindous, la fiancée et le jeune marié représentent le dieu et la déesse, bien qu'il y ait une tradition parallèle qui considère le marié comme un prince venant épouser sa princesse. Le marié fait souvent le voyage vers le lieu des noces sur un cheval blanc caparaçonné ou dans une limousine ouverte, accompagné par un cortège de parents, de musiciens et de porteurs de lampes ornées. Les cérémonies proprement dites sont dans de nombreux cas extrêmement complexes. Elles connaissent des variations importantes selon la région, la langue et le groupe social, mais c'est la récitation de mantras par des prêtres qui est au coeur des mariages hindous. Dans un rite crucial, le nouveau couple fait sept pas au nord d'un feu sacré domestique, se retourne et fait des offrandes aux flammes.

Après la mort d'une personne, les membres de sa famille sont impliqués dans les cérémonies pour la préparation du corps et le cortège vers la crémation ou le cimetière. Pour la plupart des hindous, l'incinération est la méthode idéale, bien que de nombreux groupes pratiquent l'enterrement ; les enfants en bas âge sont enterrés plutôt qu'incinérés. Sur le site funéraire, en présence des parents masculins du défunt, celui qui en est le plus proche (en général le fils aîné) se charge du rite final et, en cas d'incinération, allume le bûcher. Après une incinération, les cendres sont rassemblées et immergées dans une rivière sainte. Après les obsèques, chacun prend un bain de purification. La famille la plus proche reste dans un état de grande impureté pendant un certain nombre de jours (parfois dix, onze ou treize). A la fin de cette période, elle se réunit pour un repas cérémoniel et donne souvent des cadeaux aux pauvres. Au cours de services religieux commémoratifs, des boules de riz (pinda) sont offertes à l'esprit de la personne défunte. On considère que ces cérémonies contribuent au mérite du défunt, mais aussi qu'elles pacifient son âme, de sorte que celle-ci ne s'attarde pas dans ce monde comme un fantôme, mais accède au royaume de Yama, le dieu de la mort.

Adoration domestique

La puja (littéralement " respect ") des dieux consiste en un ensemble d'offrandes rituelles (fleurs, nourriture, objets, argent...) et de prières quotidiennes ou lors de certaines occasions spéciales (très nombreuses en Inde !). Elle peut aussi prendre la forme d'une simple prière adressée à l'image d'une divinité. Il est courant de voir des gens s'arrêter un instant devant un lieu saint au bord d'une route, joindre leurs mains et invoquer les dieux.

La maison est le lieu où la plupart des hindous pratiquent leurs prières et les rituels religieux. Les moments les plus propices sont l'aube et le crépuscule, même si les familles particulièrement dévotes s'y livrent plus souvent.

Pour beaucoup de ménages, la levée du jour coïncide avec les figures géométriques propitiatoires que les femmes de la maison dessinent à la craie ou à la farine de riz sur le plancher ou le seuil de l'habitation. Chez les hindous orthodoxes, l'aube et le crépuscule sont salués par la récitation, tirée du Rig Veda, du Gayatri Mantra pour le soleil, la seule prière en sanscrit que beaucoup connaissent.

Après un bain, vient l'adoration personnelle des dieux devant l'autel familial, qui implique toujours l'éclairage d'une lampe et l'offrande de nourriture devant les images saintes, tandis que des prières en sanscrit ou dans une langue régionale sont récitées.

En soirée, particulièrement dans les zones rurales, les femmes se réunissent pour de longues sessions d'hymnes chantés à la gloire d'un ou plusieurs dieux.

A chaque repas, les familles peuvent mettre de côté une poignée de grains pour en faire don aux mendiants ou aux personnes indigentes, mais aussi aux oiseaux ou autres animaux. Tous ces petits sacrifices servent à accumuler des mérites pour la famille.

Adoration publique : les temples

Le temple est le lieu de culte hindouiste. La forme de base du temple indien est une cellule carrée, orientée vers les quatre points cardinaux, comprenant une plate-forme avec une image de la déité au centre, un toit plat au-dessus et une embrasure sur le côté est. Chaque temple hindou symbolise le centre de l'univers, où le dieu surveille son domaine et aide ses fidèles.

L'adoration n'est pas le fait d'une congrégation. Ce sont des individus ou des groupes de fidèles qui viennent au temple pour y avoir une vision (darshana) du dieu, y prier, y faire une offrande. Parce que le dieu existe en totalité dans le lieu saint, toute offrande qui a touché son image, ou qui même simplement s'en est approchée, apporte la grâce du divin au monde des humains quand elle revient parmi eux. Seules les personnes à la pureté requise et qui ont été spécialement formées sont capables de manipuler la puissance de la déité, et la plupart des sanctuaires sont gérés par des prêtres qui prennent les offrandes, les présentent directement à l'image de la déité et en rendent ensuite la plus grande partie aux fidèles pour leur utilisation ou leur consommation à la maison.

Après le déclin du bouddhisme (dès le VIe siècle), les temples ont accumulé les donations généreuses des rois, de la noblesse et des riches. Ce qui explique leur nombre considérable dans tout le pays et la transformation des principaux d'entre eux en de gigantesques complexes architecturaux dont la statuaire et l'ornementation constituent un des plus importants héritages artistiques du monde.

Origine des temples hindous

Les cultes prévédiques se déroulaient probablement dans des grottes, lieux mystiques par excellence et parfaits symboles des relations entre l'Homme et la Terre, Déesse Mère.

A partir du VIe siècle avant notre ère, la religion védique fondée sur des sacrifices, fait place à l'hindouisme moderne donnant une grande place à la dévotion. On construit alors des temples destinés à accueillir le sacrifice mais aussi des fidèles plus nombreux et surtout des objets de vénération, reliques ou lingam shivaïtes. Les premiers sanctuaires en pierre n'apparaissent que bien plus tard. Les temples classiques indo-aryens reprennent le thème de la grotte. Celle-ci est symbolisée par la pièce, garbha-griha, destinée au sacrifice ou abritant la statue de la divinité. Elle est surmontée d'une tour, sikhara, représentant la montagne. L'ensemble est précédé d'un hall, mandapa, sous lequel se rassemble l'assistance.

Pèlerinage

L'Inde possède de nombreux lieux saints associés aux exploits des dieux, aux eaux d'une rivière sacrée, ou à la présence d'hommes saints. Les textes appelés Pûrana (" connaissance antique " en sanscrit) décrivent les innombrables lieux sacrés et le mérite que l'on gagne à s'y rendre en dévot. Le développement des transports publics au XXe siècle a favorisé l'augmentation considérable du nombre de pèlerins. En fait, pour beaucoup d'Indiens, le pèlerinage est la forme préférée de tourisme, où toute la famille participe à des vacances à la fois agréables et édifiantes. Certains sites importants et bien connus attirent chaque année des centaines de milliers de pèlerins.

Varanasi (Bénarès ou Kashi) dans l'Uttar Pradesh sur la rive nord du Gange, est le plus célèbre. Le fleuve est sacré pour les hindous, les bouddhistes et les jaïns, qui affluent des ghâts à la recherche d'un site propice pour la mort, l'incinération, ou l'immersion des cendres.

Haridwar, au nord-ouest de l'Uttar Pradesh, au pied des Himalayas, est le Varanasi du nord-ouest de l'Inde pour les hindous qui y vivent, et un endroit idéal pour le bain rituel. Il existe de nombreux lieux de pèlerinage dans l'Himalaya, dont Badrinath et Kedarnath, des sites isolés au nord de l'Uttar Pradesh, qui nécessitaient autrefois un long voyage à pied.

Pour la plupart des fidèles, un pèlerinage implique des voeux préliminaires et le jeûne, une patiente organisation de coopération entre familles ou différents groupes, et un long voyage à pied accompagné de chants de dévotion. A l'arrivée, les groupes de pèlerins prennent souvent contact avec des prêtres spécialisés dans ce genre de commerce qui, moyennant honoraires, planifient leur programme et leurs activités rituelles. Dans certains sites principaux, des familles de prêtres servent de guides aux groupes de pèlerins depuis des générations. Quand un lieu saint est très prisé, le fidèle peut avoir à attendre dans la file pendant de longues heures juste pour apercevoir l'image de la déité, alors que le personnel de sécurité presse les foules vers la sortie. Sur les lieux de bains rituels, les pèlerins ont parfois à patauger avec une foule compacte de dévots avant de pouvoir s'immerger dans les eaux sacrées. Les pèlerins engagés dans des voeux spéciaux ou dans une prière pour la guérison d'un proche peuvent acheter des amulettes du lieu saint et les offrir au dieu, ou des produits alimentaires, sanctifiés par la présence du dieu pour les offrir aux amis et à la famille. A proximité des lieux saints, la présence de vendeurs de souvenirs, de boutiques et même, parfois, de parcs d'attractions, contribue à créer une atmosphère animée qui participe certainement à la popularité de ces sites de pèlerinage.

Fêtes

De nombreuses fêtes locales hindoues sont liées à l'adoration des dieux. Partout en Inde, au moins une fois par an, les pèlerins mènent en procession les images des dieux sur des palanquins. Les déités sont revêtues de précieux habits de cérémonie, avec des guirlandes de fleurs entourant leur cou ou bien l'autel dans lequel elles sont enchâssées. Pendant que le cortège avance, la foule d'adorateurs prie et prononce des voeux tandis que la communauté regarde et participe au spectacle. Souvent, ces parades publiques durent plusieurs jours. Un certain nombre de fêtes religieuses hindoues sont officiellement reconnues par le gouvernement comme jours fériés (Dussehra et Diwali). Les plus importantes d'entre elles s'inscrivent à l'intérieur de deux périodes, toutes deux après la fin de la mousson du Sud-Ouest.

Courants mystiques modernes

La fin du XIXe siècle et le début du XXe sont marqués par le passage de grands mystiques dont l'enseignement débouche sur une vision universaliste de la religion. Le discours principal reste typiquement hindou : existence d'une " Ame absolue " ou Brahman, que l'être doit réintégrer, pratique du yoga (sous une ou plusieurs formes) comme technique mystique, référence à la mythologie classique... Mais ces maîtres ne s'adressent plus uniquement à l'Inde. Ils cherchent à formuler leurs discours de façon à répondre aussi aux interrogations des Occidentaux. Plusieurs sont originaires du Bengale et trouvent dans Calcutta, la capitale des Indes britanniques, le carrefour idéal aux échanges culturels et religieux.

Ramakrishna (1834-1886) puis son disciple Swami Vivekananda, fondateur de la Ramakrishna Mission, montrent que l'essentiel n'est pas la voie empruntée (c'est-à-dire l'appartenance à telle ou telle confession) mais le but à atteindre (l'Union mystique) et que toutes les religions devraient mener leurs fidèles à cette réalisation.

Swami Shri Yukteshwar (1855-1936), grand maître yogi, démontra également que l'hindouisme et le christianisme avaient le même but : le salut de l'âme. Dans son livre The Holy Science (1894), il expose l'identité des enseignements mystiques des textes hindous et du Nouveau Testament.

Swami Paramahansa Yogananda (1893-1952) son disciple, autre maître d'origine bengali, effectua lui-même un long séjour aux Etats-Unis où il enseigna le yoga.

Shri Aurobindo (1872-1950), après avoir milité pour l'Indépendance, il quitte le Bengale pour fonder un ashram à Pondichéry d'où son enseignement rayonnera à travers le monde.

Swami Shivananda (1887-1963) fonde, quant à lui, un ashram à Rishikesh (Etat actuel de l'Uttar Pradesh) au bord du Gange et la Divine Life Society (1936), qui dispense toujours son enseignement basé sur le Yoga.

D'une façon générale, cet hindouisme " mystique " échappe à son cadre uniquement indien pour se propager à travers le monde, via des communications de plus en plus aisées, la recherche spirituelle de l'Occident et l'existence d'une puissante diaspora indienne.

Swami Vivekananda

Narendranath Dutta, né à Calcutta le 12 janvier 1863 et mort le 4 juillet 1902, est devenu célèbre en tant que Swami Vivekananda, principal disciple de Sri Ramakrishna. Il est également connu pour avoir été un penseur indépendant. L'une de ses contributions les plus importantes a été de montrer comment la pensée d'Advaitin n'était pas simplement d'une grande portée philosophique, mais qu'elle avait aussi des conséquences sociales et même politiques. La leçon qu'il a reçue de Ramakrishna est que Jiva est Shiva, c'est-à-dire que " chaque individu est la divinité elle-même ". Cette phrase est devenue son mantra et il a inventé le concept de daridra narayana seva : le service de Dieu dans et par les êtres humains. S'il y a vraiment l'unité du Brahmane au coeur de tous les phénomènes, alors sur quelle base nous considérons-nous nous-mêmes comme bon ou mauvais, ou même simplement comme mieux ou moins bien lotis que d'autres ? Ces distinctions s'anéantissent à la lumière que le dévot expérimente dans la moksha (l'ultime libération de tous les liens terrestres, du cycle des rennaissances).

Autres religions
Islam
La mosquée Jama Masjid est la plus grande d'Inde.
La mosquée Jama Masjid est la plus grande d'Inde.

Outre le pillage et la confiscation du pouvoir, les premiers envahisseurs musulmans avaient pour but la propagation de l'islam. La fondation du sultanat de Delhi à la fin du XIIe siècle suscita quelques conversions dans les classes aisées soucieuses de rester en bon terme avec l'occupant et de conserver des postes dans l'administration locale. Cependant, pour la plupart, les nouveaux convertis à l'islam provenaient des basses castes et voyaient dans ce changement de religion l'occasion d'échapper à leur situation sociale.

L'islam continua de jouer un rôle prédominant à Delhi jusqu'au déclin de l'Empire moghol (début du XVIIIe siècle). Il eut beaucoup moins d'influence dans les royaumes du Rajasthan gouvernés par des souverains hindous.

Malgré la partition de l'Empire des Indes britanniques en 1947 et la création du Pakistan, pays créé pour les musulmans de la péninsule, l'Inde compte la deuxième population islamique du monde après l'Indonésie.

Il serait inutile de chercher à le cacher : l'islam au dogme unique se référant à la révélation coranique ne fait pas bon ménage avec l'hindouisme en perpétuelle recherche, basé sur l'expérience personnelle et ouvert à toutes les mystiques. Les musulmans indiens continuent d'appeler les membres des autres religions " les infidèles " (kefir)... nous dispensant ainsi de longs commentaires sur les relations entre l'islam et l'hindouisme.

L'idée que le Coran contient toute la vérité et rien que la vérité coince sérieusement les intellectuels musulmans de la péninsule. Aucun ne saurait ouvertement remettre en cause la révélation coranique. Oui, Mohammed a bien reçu le Coran de Dieu via l'ange Djibril ; examiner le cas contraire serait sacrilège et exposerait le mécréant à de graves difficultés de la part de ses proches.

Sikhisme
Sikh lors de l'anniversaire du martyr de Gourou Tegh Bahadur.
Sikh lors de l'anniversaire du martyr de Gourou Tegh Bahadur.

Gourou Nanak (1469-1539), le fondateur de cette religion, grandit dans une famille hindoue pieuse du Pendjab. Influencé par des mystiques hindous et musulmans, il affirme l'unicité de Dieu et la nécessité de liens pacifiques entre toutes les religions. Il proscrit le système des castes, le mariage des enfants et le sacrifice des veuves sur le bûcher funéraire de leur époux.

Ses neuf successeurs organisent la communauté des sikhs (" disciples " ou " étudiants " en hindoustani du XVIe siècle). A la mort du 10e gourou, Gobind Singh (1708), assassiné par un fanatique musulman, les sikhs ne reconnaissent plus comme source d'inspiration que leur livre sacré, le Granth Sahib, compilation d'écrits des gourous et de textes issus d'autres religions.

Réputés pour leur tolérance et leur dynamisme, les sikhs sont surtout représentés dans l'Etat indien du Pendjab, dans l'Haryana et à Delhi. On les retrouve fréquemment dans les quartiers d'affaires des villes râjasthâni. Ils forment également d'importantes communautés au Royaume-Uni, au Canada et aux Etats-Unis.

On reconnaît de loin les hommes sikhs à leur turban couvrant leur longue chevelure (kesh) et à leur barbe. Il ne s'agit là que de deux de leurs caractéristiques : les fidèles ne se coupent en fait ni les cheveux, ni la barbe, ils portent un peigne (kangha), un bracelet en métal (kara) pour se rappeler Dieu dans tous leurs actes, un poignard ou un sabre (kirpan) pour défendre les opprimés, un caleçon (kachha) par mesure d'hygiène (une innovation au XVIe siècle). Les femmes ne portent pas de sari, mais le traditionnel salwar-kamiz, tunique surmontant un pantalon resserré aux chevilles, un dupatta, foulard posé sur les épaules ou sur le crâne, et éventuellement un poignard.

Une communauté accueillante. Afin de lutter contre les préjugés de castes, Gourou Nanak institua des salles à manger communes, ou langar, dans les Gurudwara (temples sikhs, littéralement " Porte vers Dieu "). De nos jours encore, les visiteurs, quelle que soit leur religion, sont invités à y prendre un repas.

Outre leur religion, les sikhs ont un point commun : leur nom, Singh (" Lion "), donné par Gourou Gobind Singh pour souligner la bravoure de ses fidèles.

Jaïnisme
Temple jain de Jaisalmer.
Temple jain de Jaisalmer.

Présent surtout dans le Gujarat et le Rajasthan, le jaïnisme est célèbre pour la splendeur de ses temples, tels ceux de Ranakpur ou de Dilwara (voir les chapitres " Ranakpur " et " Mount Abu "). La communauté elle-même reste plutôt discrète... Rien d'étonnant puisqu'elle prêche une forme de vie austère destinée à favoriser le détachement et la libération du cycle des réincarnations.

Le fondateur, Mahavir (contemporain du Bouddha, c'est-à-dire au VIe siècle avant notre ère), est le dernier de 24 pieux personnages, les tirthankar ou passeurs de gué, considérés comme les inspirateurs du jaïnisme. L'exemple de ces sages aide les fidèles à se dégager des illusions attachant l'âme au monde grossier. Outre cette dévotion, les jaïns s'efforcent également de ne nuire à aucune forme d'existence (ahimsa ou non-violence). On les voit parfois allant la bouche recouverte d'un mouchoir afin de ne pas avaler d'insectes.

Les religieux de la secte digambara (" vêtus d'espace ") sont les plus rigoristes et vivent entièrement nus par signe de détachement total. Les svetambara (vêtus de blanc) sont prêts à plus de concessions avec le monde matériel... Mais tous observent un régime strictement végétarien et des interdictions liées à la pureté rituelle (ne pas porter de cuir ou ne pas pénétrer dans un temple pour une femme ayant ses règles).

A l'origine, le jaïnisme visait à échapper au ritualisme brahmanique et ne reconnaissait pas de clergé. Les brahmanes surent pourtant récupérer le culte et officient toujours comme prêtres dans les temples jaïns.

Bouddhisme

L'une des grandes originalités de cette religion est d'être apparue en Inde, de s'être propagée sous une forme ou une autre dans presque toute l'Asie, de susciter un intérêt non négligeable en Occident... et d'avoir pratiquement disparu de son pays d'origine. Le bouddhisme ne se retrouve guère en Inde que dans les régions himalayennes (Ladakh, Zanskar), chez les réfugiés tibétains et, encore une fois, parmi les membres de basses castes hindoues convertis pour échapper au système qui les dévalorise.

Le prince Siddhartha Gautama Shakyamuni, le Bouddha (l'Eveillé), naît en 563 avant notre ère à Lumbini (ville du Népal). Echappant au luxe de son milieu, il comprend la vraie nature de l'Etre, la souffrance, et à force de méditation découvre le moyen d'en sortir : le Sentier à huit voies ou " une foi pure, une volonté pure, un langage pur, une action pure, des moyens d'existence purs, une concentration pure, une mémoire pure et une méditation pure "...

Autant de rigueur nécessite une vie monastique et les premiers disciples sont effectivement des moines. Le respect qu'ils suscitent dans le peuple vaut beaucoup de popularité à la doctrine. Des souverains eux-mêmes se convertissent au bouddhisme que l'empereur Ashoka (règne de 268 à 231 avant notre ère) propage à travers toute la péninsule.

Cette vulgarisation, ajoutée à l'essor de l'hindouisme moderne et à sa propension à assimiler les doctrines les plus contradictoires, suscite rapidement un syncrétisme complet entre bouddhisme et hindouisme.

Le Bouddha lui-même est considéré comme un avatar de Vishnu et lorsque les musulmans rasent les derniers monastères bouddhistes de la plaine du Gange à la fin du XIIe siècle, l'enseignement du prince Siddhârta a déjà été soumis à assez de réformes et de réexamens pour que l'on ne puisse plus parler de bouddhisme indien.

Christianisme

Le christianisme aurait été introduit en Inde par saint Thomas, l'un des apôtres de Jésus-Christ, qui a passé quelques années au sud de l'Inde et qui y est probablement mort. Arrivé sur la côte de Malabâr, il aurait réalisé des miracles et évangélisé le Kerala et le Tamil Nadu.

Contestant la présence de saint Thomas en Inde, certains croient que le premier missionnaire à arriver dans le pays fut saint Barthélemy. Historiquement, l'activité missionnaire chrétienne a commencé avec le jésuite portugais saint François Xavier, en 1544, suivi des missionnaires portugais d'abord et d'autres pays tels que le Danemark, la Hollande, l'Allemagne et la Grande-Bretagne. Aux XVIIIe et XIXe siècles, les missionnaires catholiques et protestants ont continué de prêcher les doctrines chrétiennes et apporté des améliorations sociales.

Les convertis au christianisme ont été nombreux. Les missionnaires catholiques romains, particulièrement portugais, menés par saint François Xavier ont étendu leur base à partir de la côte ouest, touchant particulièrement les castes inférieures et les réprouvés. Le corps miraculeusement intact de saint François-Xavier peut toujours être contemplé dans son cercueil de verre, à la basilique du Bom Jésus à Goa.

Le nombre total de chrétiens en Inde s'élève environ à 20 millions de personnes dont quelque 14 millions sont des catholiques romains, incluant 300 000 membres de l'Eglise syro-malankara.

La plupart des congrégations protestantes sont représentées en Inde, résultat de l'activité des missionnaires dans tout le pays dès le début de l'autorité britannique. La plupart d'entre elles, cependant, sont presque exclusivement constituées d'un personnel indien et le rôle des missionnaires étrangers y est limité. Depuis 1947, la plus grande congrégation protestante du pays est l'Eglise du sud de l'Inde, une union de presbytériens, de réformés, de méthodistes et de congrégations anglicanes comportant environ 2,2 millions de membres. Une Eglise similaire du Nord de l'Inde compte 1 million de membres. Il y a 473 000 méthodistes, 425 000 baptistes et environ 1,3 million de luthériens. Les églises orthodoxes de Malankara et les rites malabâr totalisent respectivement 2 millions et 700 000 membres.

Les communautés chrétiennes, en expansion, vivent dans le Nord-Est, parmi les Khasi, Mizo, Naga et autres tribus des collines. Le christianisme offre un mode non hindou d'acculturation à une époque où l'économie d'Etat moderne a radicalement transformé le style de vie des peuples des collines. Les missionnaires ont montré la voie dans le développement des langues écrites et de la littérature pour beaucoup de groupes tribaux. Les Eglises chrétiennes ont également apporté avec elles tout un ensemble d'institutions charitables dont Mère Teresa est la plus emblématique des représentantes.

Zoroastrisme

Il y aurait environ 80 000 zoroastriens, dont 79 % au Maharashtra ; les autres étant au Gujarat. Mais cette communauté diminue inexorablement du fait de la pratique du mariage endogamique. Les zoroastriens étaient à l'origine des descendants d'immigrants venus de Perse au Xe siècle, pour échapper aux persécutions des musulmans, et ayant conservé la religion de Zoroastre, un prophète d'Iran qui a enseigné probablement au VIe siècle av. J.-C. Au XVIIe siècle, la plupart d'entre eux vivaient à Bombay. A l'origine, les Parsis étaient des constructeurs de navires et des commerçants établis dans les ports et les villes du Gujarat. Puis beaucoup s'exilèrent à Bombay pour développer leurs activités commerciales.

Dans l'Inde contemporaine, les Parsis zoroastriens sont le groupe religieux le plus urbain et le plus riche de la nation. Leur rôle dans le développement du commerce, de l'industrie, des finances et de la philanthropie leur a conféré une place importante dans la vie sociale et économique du pays, et plusieurs d'entre eux ont atteint un rang élevé au gouvernement.

La source de la religion parsie est un ensemble de textes appelé Avesta, qui inclut un certain nombre de paragraphes attribués à Zoroastre lui-même et où le dualisme oppose l'esprit suprême, Ahura Mazda (ou Ohrmazd), à la force du mal, Angra Mainyu (ou Ahriman). La volonté d'Ahura Mazda se manifeste dans le monde par des actions bienfaisantes d'immortels ou de bons attributs spirituels qui soutiennent la vie et l'amour, une volonté à laquelle s'affronte Angra Mainyu, qui est la cause de toute la destruction et corruption du monde. Disposant du libre arbitre, les humains peuvent choisir leur camp dans cette lutte et, après la mort, ils comparaîtront sur le pont du jugement où ils seront dirigés vers le paradis ou vers l'enfer, selon qu'ils avaient choisi les bonnes actions ou l'alliance avec le diable. Les forces cosmiques opposées combattront à travers l'histoire de l'univers jusqu'au jugement dernier, à la fin des temps, et à la résurrection des morts dans un monde parfait.

Judaïsme

Des contacts commerciaux entre la région de la Méditerranée et la côte ouest de l'Inde ont probablement conduit à l'installation de juifs en Inde dès le premier millénaire av. J.-C. Au Kerala, une communauté de juifs, arrivée à la suite de la chute de Jérusalem aux mains des Romains, est restée associée aux villes de Cranganore et Kochi (anciennement Cochin) pendant au moins 1 000 ans. La synagogue de Kochi, reconstruite en 1568 dans le style architectural du Kerala, conserve le rituel archaïque séfarade, avec une touche d'influences babylonienne et yéménite. Les juifs de Kochi, concentrés surtout dans l'ancienne " ville juive ", se sont complètement intégrés à la culture locale, parlant le malayalam et prenant des noms locaux, tout en préservant leur connaissance de l'hébreu et des contacts avec l'Asie du Sud-Ouest.

Une communauté séparée de juifs, appelés Bene Israël, a vécu le long de la côte de Konkan, et autour de Bombay, Pune et Ahmadabad, pendant presque deux mille ans. Ceux-là s'étaient fondus dans la communauté rurale environnante en ne maintenant que peu de contacts avec les autres communautés juives. Ils pratiquaient le rite séfarade sans rabbin, avec la synagogue comme centre de vie religieuse et culturelle.

Un troisième groupe de juifs a immigré en Inde à la fin du XVIIIe siècle, à l'occasion des échanges commerciaux instaurés par l'Empire britannique. Ces juifs de Bagdad venaient principalement de l'Irak moderne et se sont installés à Bombay et à Calcutta, où beaucoup d'entre eux ont prospéré et contribué à la réussite économique de ces villes en expansion. Il ne seraient pas plus de 6 000 à travers tout le pays.

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