Le guide touristique CORSE du Petit Futé : Histoire

Histoire

Comme dans d'autres régions méditerranéennes aux reliefs tourmentés d'excavations et de grottes, de nombreux sites corses ont été mis au jour tardivement, laissant apparaître leurs vestiges presque intacts des millénaires après leur occupation. Le plus fameux est celui de Filitosa, près de Propriano, mais de nombreuses autres curiosités attendent l'amateur d'archéologie qui se passionnera pour les traces laissées par les civilisations mégalithiques et torréennes à travers toute l'île. La Corse est le premier site mégalithique de toute la Méditerranée.

Lorsqu'on fouille dans l'histoire ou dans la littérature, les références à la Corse fourmillent et divergent, mais tous ont le mérite de venter le pays et sa beauté. Qu'un Mérimée évoque dans sa nouvelle  Colomba  : "  L'aspect étrange, sauvage du pays, le caractère original de ses habitants, leur hospitalité et leurs moeurs primitives  ", que Maillebois, le 3 avril 1739, écrive que le peuple corse est un "  peuple foncièrement paresseux et opposé à ce qui s'appelle la discipline, subordination et dépendance  " ou enfin que Voltaire dans son  Précis du siècle de Louis XV déclare  : "  L'arme principale des Corses était leur courage  ", on retrouve toutefois le même tempérament, les mêmes attributs dans une continuité indéniable. Courage, entêtement, sens de l'appartenance au sang corse, autant de vertus qui jalonnent l'histoire de la Corse et qui méritent qu'on s'y arrête longuement.

Ils ont marqué l’Histoire de la Corse

Christophe Colomb (1436-1506)

Plusieurs théories élaborées par les historiens existent quant au lieu de naissance de ce grand voyageur  ; certains affirment qu'il serait né à Calvi. Les tenants de la théorie de la naissance insulaire, et ils sont majoritaires à Calvi où une maison de la rue Colombo, en ruine, porte sans complexe le titre de "  Maison natale de Christophe Colomb  ", ont collectionné des indices troublants, qui ne sont pas encore des preuves mais qui vont dans leur sens  : des noms corses qu'il aurait donné à certains lieux, des noms de saints en particulier et à certaines espèces animales, des allusions et des références. A noter aussi comme preuve, un manuscrit découvert à la fin du XIXe siècle à Monticello, près de l'Ile-Rousse, authentifié du XVIe siècle, d'un auteur corse, évoque la naissance calvaise de Colomb.

Sampiero Corso (1498-1567)

Un des héros emblématiques de la Corse profonde, celui qui se bat victorieusement, avec courage et intelligence pour sa terre. Primitivement au service des Florentins de la maison de Médicis, il combat aux côtés des troupes de François Ier, et notamment de Bayard, avant de revenir s'installer au pays servir le royaume de France, en s'opposant, entre autres, aux Génois, alors occupants de la Kalliste. Il parvient à les chasser et remet la terre corse à la couronne française, en l'occurrence à Henri II. Mais l'affaire tourne court, parce que, au nom de l'intérêt suprême du royaume, le roi français conclut un marché avec les Italiens et, par le traité de Cateau-Cambrésis, en 1559, leur rend la Corse sur un beau tapis vert. Le sang de Sampiero ne fait alors qu'un tour, et il repart à l'assaut. Entre-temps, sa notoriété lui a permis de se marier avec une demoiselle de haut vol, Vannina d'Ornano, qu'il épouse à 49 ans alors qu'elle en a quinze  ; cet arrangement nuptial lui permet de pénétrer au sein de la noblesse corse. Ce mariage fera sa joie mais aussi sa perte. Après 16 ans d'une union que l'on dit, par euphémisme, orageuse, le bouillant Sampiero étrangle sa femme en 1563. Lorsqu'il reprend les armes un an plus tard, il a pour ennemis les Génois, mais pire encore, le clan d'Ornano qui "  veut sa peau  ". Et quand on sait ce que l'honneur bafoué d'une famille signifie en Corse... Les cousins de Vannina tendent un piège à Sampiero en 1567 et le livrent aux Génois qui l'exécutent et portent triomphalement sa tête au bout d'une pique. On visite sa maison natale à Bastelica.

Jean-Pierre Gaffori (1704-1753)

Authentique héros corse au service de son pays. Ce docteur en médecine, que rien ne prédisposait à la carrière militaire, prend pourtant les armes, en 1745, pour lutter contre l'occupant génois. Il s'empare de Corte en faisant preuve d'une grande bravoure, il est nommé en 1751 général de la Nation et dirige le pays. Tué, comme Sampiero Corso, dans une embuscade tendue par les Génois avec la complicité de son propre frère, il devint dans l'imagerie corse un héros mythique de vaillance et de dévouement. Son épouse, Faustina, se montrera en plusieurs occasions plus acharnée encore que son mari dans la défense de la cause corse (lors du siège de Corte, en 1749, elle menace de faire sauter un baril de poudre si les habitants montrent l'intention de se rendre aux Génois).

Pasquale Paoli (1725-1807)

Farouche partisan de l'indépendance, chef historique de la Corse au milieu du XVIIIe siècle, il se battit de toute son énergie pour faire triompher son idéal. Il va s'attacher à réaliser l'unité morale et politique de la Nation, autour de la première constitution des temps modernes  : séparation des pouvoirs, droit de vote aux femmes deux siècles avant la France. Il invente les symboles d'un Etat indépendant, comme le drapeau et la monnaie. Une justice intransigeante enraye la criminalité et les vendette. L'université de Corse est ouverte en 1762. Son grand moment sera la victoire de Borgo, en 1768, qui fera reculer les troupes françaises, un an avant le sanglant échec de Ponte Novu (8 000 Corses ont combattu contre 40 000 Français  !) qui ruinera les espoirs indépendantistes pour une longue période.

Cardinal Fesch (1763-1839)

Oncle de Napoléon, c'est aussi le grand bienfaiteur d'Ajaccio. Passionné d'oeuvres d'art, il en glanera, sa vie durant, près de 18 000. Il en lègue une partie à la ville, pour le palais qu'il veut faire construire pour permettre aux jeunes de se perfectionner en arts. Son testament sera annulé, et seules 843 toiles dont les célèbres primitifs italiens arriveront au musée Fesch, ouvert en 1852.

Colomba Carabelli (1765-1861)

La Colomba de Mérimée, que les Corses jugent plutôt comme une série de clichés sur leurs traditions, vues par un  pinzuttu, fût-il le grand Prosper, était originaire du village de Fozzano, près de Propriano, et vécut à Olmeto où elle mourut. L'histoire racontée par Mérimée a un fondement de vérité. Les deux familles en conflit, les Carabelli et les Durazzo, s'étripèrent réellement, à tel point que l'on compta finalement plus de morts (quatre, semble-t-il) lors du dénouement qu'il n'en est dénombré dans la nouvelle.

Napoléon Bonaparte (1769-1821)

Né à Ajaccio le 15 aout 1769 il est baptisé en la cathédrale Notre Dame de l'Assomption.
En janvier 1779, âgé de neuf ans et demi, Napoléon Bonaparte quitte la Corse et est admis à l'école militaire de Brienne le Château. Sous-lieutenant en 1785, il a 20 ans lorsqu'éclate la révolution Française (1789). En 1792 Napoléon se fait élire lieutenant-colonel de la Garde Nationale Corse.
Les désaccords entre Paoli et Bonaparte s'accentuent et en 1793, Napoléon doit quitter l'île
précipitamment à destination de la France continentale. En 1796, il épouse Joséphine de Beauharnais et devient général en chef de l'armée d'Italie. Retour triomphal de la campagne d'Egypte en 1799, Bonaparte devient Premier Consul. Disposant des larges pouvoirs que lui confère cette nouvelle Constitution (qu'il s'est façonnée), il entreprend alors la réorganisation du pays : 1800, création du corps préfectoral, et de la Banque de France ; 1801, Concordat ; 1802, Légion d'Honneur ; 1803, Franc germinal ; 1804, Code civil. Napoléon Bonaparte est proclamé empereur des français sous le nom de Napoléon 1er. Il est sacré par le pape Pie VII en personne le 2 décembre 1804 en la cathédrale Notre-Dame de Paris. En dépit des différents conflits, Napoléon n'en renonce pas moins à poursuivre ses réformes et à doter la France d'Institutions solides : création de l'Université, des conseils de prud'hommes (1806), de la Cour des comptes (1807). Sous son impulsion, routes, ponts et canaux sont créés. L'Europe entière reforme alors une nouvelle coalition qui mettra un terme définitif à sa carrière. Napoléon Bonaparte, suite à la défaite de notre armée à Waterloo le 18 juin 1815, abdique le 22 juin et s'exile à Sainte Hélène. Il y meurt le 5 mai 1821, après avoir subi pendant plus de cinq années humiliations et privations. Sur la demande du roi Louis-Philippe, les cendres de l'Empereur avaient été restituées à la France en 1840
et déposées aux Invalides.

Roger Grosjean (1920-1975)

Son nom ne vous dit rien  ? Pas très étonnant, les scientifiques sont moins connus que les militaires ou les sportifs. En plus, il n'est pas d'origine corse. Et pourtant, Roger Grosjean a fait beaucoup, indirectement, pour l'attrait culturel de la Corse. Ce spécialiste d'archéologie et de préhistoire a en effet largement contribué à une meilleure compréhension des sites corses, aux découvertes majeures sur les civilisations lointaines, en particulier celle des Torréens.

PréhistoireHaut de page

Si Sénèque n'y voyait qu'une terre hostile peuplée de barbares, les Grecs baptisèrent cette île " Kallisté  ", c'est-à-dire "  la plus belle  ". Sans doute, des quatre grandes îles de la Méditerranée, la Corse est-elle la plus montagneuse, la plus variée dans ses paysages, la plus attachante par ses coutumes, ses traditions, la fierté de ses habitants. Et les premiers Corses que l'on connaisse échappent déjà à tout cliché. La préhistoire de la Corse est tardive, elle ne débute qu'au septième millénaire avant notre ère (deux millions d'années avant notre ère en Europe). Et pourtant, il existe de nombreux monuments, parfois spectaculaires, témoins de cette préhistoire. Que l'on regarde les statues-menhirs élevées par les Torréens du côté de Filitosa  : un visage, une épée, une symbolique de guerriers ennemis, envahisseurs armés. Abris sous roche sans véritable structure d'habitat, économie basée sur la pêche, la chasse ou la cueillette, ignorant l'usage de la poterie, ne pratiquant ni l'élevage, ni l'agriculture, telle est la vie des premiers insulaires, évoluant dans un milieu tout proche de l'état actuel de l'île, au climat méditerranéen depuis la fin de la glaciation würmienne. Tout le territoire est occupé, aussi bien les côtes que les zones montagneuses de l'intérieur. En fait, il s'agit d'un tissu d'hommes vivant pauvrement, dispersés en petits groupes sur l'ensemble de l'île.

Les premières invasions

Il faudra attendre ces envahisseurs, les Torréens, pour que soit introduit le bronze et qu'apparaissent des villages de cabanes circulaires, des enceintes massives. La coexistence avec le peuple aborigène, que l'on ne peut encore nommer "  corse  ", est pacifique. Mais les Torréens sont bien trop différents pour que ce statu quo demeure. Vêtus de cuir, éleveurs en masse, incinérant leurs défunts (alors que les autochtones les enterraient sous des dolmens), armés d'épées et de poignards, frondeurs... Tout est réuni pour que les Torréens l'emportent. Les premières luttes poussent les envahisseurs à se cloîtrer dans leurs villages fortifiés. Courte victoire. Vers l'an mille avant J.-C., le conflit se calme, l'équilibre semble s'installer et la paix revenir.

AntiquitéHaut de page

La Corse, riche territoire situé à une place de choix dans le bassin méditerranéen en raison des courants marins et des vents, où l'on trouve des produits minéraux utiles à la navigation, n'a qu'un défaut pour les peuples de l'Antiquité  : sa petite taille qui ne permet pas un peuplement dense. Phocéens puis Athéniens se rendent dans l'île jusqu'en 413 avant J.-C., date à laquelle le prestige d'Athènes s'effondre. Il faut dès lors compter sur les Syracusains qui prennent pied au Portus Syracusanus dans la baie de Porto-Vecchio. Dès 340 avant J.-C., les peuples d'Italie centrale débutent leurs incursions commerciales en Corse. Et c'est sous l'influence punique de Carthage que s'ouvre la période de l'âge du fer dans l'île.

De Carthage à Rome

Hélas, en 264 avant. J.-C., la première guerre punique, entre Rome et Carthage, précipite le destin de la Corse. Tentée par de nouvelles conquêtes pour prendre une place prépondérante en Méditerranée face à sa rivale, Rome décide l'invasion. Le consul Lucius Cornelius Scipio est chargé, environ deux siècles avant J.-C., de conquérir Aléria (fondée en 561 av. J.-C. par les Grecs sous le nom d'Alalia). La ville se défendant avec vigueur, Scipion la brûle. Une fois installés, les Romains font prospérer la cité tandis que les incursions dans le nord et le sud se multiplient. Trente-trois ans plus tard, la Corse devient province romaine. Mais l'opposition gronde et les deux autres guerres puniques sont des occasions d'insurrection. Pour garantir la paix, Rome fait prendre des otages en Corse dès que les navires carthaginois se présentent dans la région. La défaite de Carthage en 146 avant J.-C., la conquête de la Gaule, l'avènement de Cicéron à Rome sonnent l'heure d'une colonisation de la Corse. Les révoltes sont étouffées, le poids des armes pèse sur l'île. Rome est maîtresse en Europe. Tombée sous l'influence de Pompée qui purgeait la Méditerranée de ses pirates, la Corse devient un enjeu de conquête pour César, d'autant que l'économie de l'île est à l'agonie et que ses administrateurs sont des plus corrompus. Après la révolution de 49 avant J.-C. à Rome et l'assassinat de Pompée à Alexandrie, César se rend maître de Marseille, de l'Espagne, de l'Egypte et de la Sardaigne. La Corse, elle, n'a plus qu'à s'incliner. Les légions entières avancent, les peuples reculent  : l'île est placée sous le contrôle direct de Rome. Des colons d'Italie, de Provence et d'Orient s'installent sur le territoire. Industriels, commerçants, artistes et artisans fleurissent. Les cités de Balagne, de Sagone et surtout d'Ajaccio prospèrent. Expansion démographique, vie économique fournie, capitalisme local, échanges multiples, tout participe à l'essor de la Corse. Cela dure plusieurs siècles, jusqu'à ce que les dirigeants de l'île laissent se détériorer la situation économique à partir du IXe siècle. La guerre civile à Rome en 340 et la chute de l'Empire d'Occident en 364, contribuent à l'effondrement de la conjoncture.

Moyen-âgeHaut de page

L'Empire écroulé, la Corse est aux mains de l'Eglise qui s'est immiscée dans la population dès le début de l'ère chrétienne. Seule puissance économique et sociale, elle s'empare de l'héritage romain. Livrée, comme le continent, aux invasions barbares, la Corse est placée sous la protection du pape. En 590, Rome se montre soucieuse de la détresse religieuse et sociale de l'île. Grégoire Ier le Grand, désireux de relancer l'évangélisation du pays, confie à Martino, évêque de Sagone, la mission de réussir. Toujours soumis aux assauts sarrasins, les Corses placent leur confiance en ce pape. Mais l'ordre ne se rétablit pas, surtout face aux hordes assassines venues d'Europe centrale ou d'Espagne maure. A la mort de Pépin le Bref, la Corse est quasiment sans protection. Menacée par les Sarrasins, objet de luttes entre souverains et pontifes, l'île est torturée par les musulmans d'Arabie, du Maghreb ou d'Espagne. Entre les notables locaux, les marquis de Toscane et les évêques, le pouvoir change souvent de main. En 1133, un partage a lieu pour mettre fin à ces luttes fatales. Pise conserve les évêchés d'Ajaccio, d'Aléria et de Sagone, Gênes reçoit celles de Mariana et de Nebbio (Saint-Florent). C'est le début de la domination pisane et, selon le chroniqueur Giovanni della Grossa, "  le gouvernement des Pisans se fit universellement chérir  ". Les moines s'installent, les monastères romans s'élèvent, dont il reste des édifices cultuels, des vestiges.

L'occupation génoise

Mais la reprise du conflit entre Rome et l'Empire au XIIe siècle attise la rivalité entre Pise et Gênes. Sur le déclin, Pise se laisse entraîner dans une guerre contre son ennemie qui déchire la Toscane et laisse la Corse à ses difficultés. C'est à cette époque que les seigneuries locales, familles puissantes à la clientèle féodale développée, émergent et tentent d'obtenir une conciliation avec Gênes. Contre la citoyenneté génoise, des familles placent leurs biens sous la protection de la commune de Gênes et lui jurent fidélité. En 1284, la défaite de Pise à Meloria permet à sa rivale d'asseoir sa domination, scellée par la paix de 1299. Pise abandonne toutes ses prétentions. Les Génois, devenus maîtres, installent des citadelles partout où ils le peuvent, une centaine de tourelles le long de la côte (les fameuses tours génoises) et occupent toutes les villes. Cela ne leur permet pourtant pas de prévenir la révolte populaire de septembre 1358, sous l'influence du Génois Leonardo da Montalto, qui balaie la Corse, abat les châteaux et détruit tout. Cela aboutit à un acte de soumission volontaire entre la commune de Corse et celle de Gênes. Tous les châteaux forts sont détruits pour garantir la paix et le Saint-Siège, toujours suzerain officiel de la Corse, donne son accord à Gênes. Biguglia devient capitale. Ceci n'empêche pourtant pas les troubles de 1366 qui mettent l'île à feu et à sang. Trop agitée la Corse  ! La commune de Gênes pense à placer l'administration de l'île sous la tutelle de la Banque de Saint-Georges, comme elle doit le faire de ses possessions d'outre-mer. Réputée exacte, probe et scrupuleuse, la Banque devient un nouvel espoir pour le peuple corse. Il demande que son île soit comprise dans la cession que la République doit faire. L'acte est signé le 22 mai 1453. Une semaine plus tard, les Turcs entrent à Constantinople. Le Moyen Age s'achève.

La «  tête de Maure  »

Les Corses se souviennent des terribles Sarrasins ou Maures. C'est une tête de Maure décapitée au bout d'une lance qui figure en effigie, noire avec son bandeau blanc, sur le drapeau corse. Eminent emblème de la liberté retrouvée, à l'époque, après tant de siècles d'exactions, de razzias, d'esclavage et de tragédies  ! Plusieurs versions quant à l'explication de cette tête toute noire, sur fond blanc, du drapeau corse. Le blanc fut adopté en 1735 en référence à la Vierge Marie. La "  tête de Maure  " est l'emblème de la lutte acharnée contre l'envahisseur, de la liberté retrouvée et était représentée avec des chaînes et le bandeau des esclaves baissé sur les yeux. Les Corses en ont symboliquement relevé le bandeau... Une "  tête de Maure  ", jumelle, se trouvait sur le drapeau du roi d'Aragon et sur celui de Sardaigne. Malgré les réticences de certains historiens, la légende dirait même que Napoléon aurait déplacé le bandeau des yeux sur le front d'un serviteur qui lui aurait sauvé la vie, le libérant ainsi de l'esclavage.

De la Renaissance à la RévolutionHaut de page

Les banquiers accomplissent en Corse le plus gros travail de défense  : citadelles, tours, forts, bastions. Il en demeure encore de nombreuses traces. La Banque installée, la Corse comme la France, tente de se libérer de cette tutelle italienne. Le roi Alphonse d'Aragon qui pense être capable de gérer l'île, entreprend le siège de Bonifacio puis de Calvi, en vain. Puis, au cours du XVIe siècle, le héros de la Corse libre, Sampiero Corso, décide de bouter les Génois hors du territoire. Avec l'aide du roi de France Charles VIII, alors en lutte avec les ducs de Milan, puis de Louis XII, il y parvient. Tout semble possible en 1556. Mais à son avènement, en 1559, le roi Henri II revient, pour des raisons obscures, sur cette décision. Les Génois convoquent une assemblée générale à Bastia. Leur but est de prouver que la Corse est intimement attachée à la Banque de Saint Georges. Du coup, l'assemblée confirme les anciens privilèges des Corses, en concède de nouveaux. Obligée de se plier aux règles de la Banque, la Corse se voit contrainte d'oublier ses prétentions de reconquête.

Des velléités indépendantistes à la conquête française

Il semble que la paix génoise soit durable, plus ou moins, jusqu'en 1729. La défense contre les Barbaresques s'organise, la restauration religieuse se met en place, l'économie agricole se diversifie. Mais on assiste également à l'agonie de la féodalité, à l'émergence des notables locaux, à l'essor du pouvoir des villes. En cela, la Corse suit le mouvement européen. Mais l'insurrection des Corses contre Gênes reprend en 1729, et ce pour quarante ans  !

L'insurrection

La première vague débute en 1730 avec les révoltés de la Castagniccia qui occupent les faubourgs de Bastia. Ces derniers défont à Borgo les troupes génoises. Aidée par l'empire d'Autriche, la République brise ce mouvement et déporte les chefs mutins sur le continent. Dès le départ du corps expéditionnaire autrichien, la seconde révolte éclate. Dans le Rostino, Hyacinthe Paoli sonne le début des troubles en novembre 1733. Les Corses élisent même, en 1736, Théodore de Neuhoff, un aventurier allemand, comme roi de Corse (un règne de sept mois  !) ; cela alarme les Génois qui réclament l'aide de Louis XV. Rapidement soumis par le marquis de Maillebois, les insurgés sont défaits le 25 juillet 1739. Les troupes françaises s'installent jusqu'en 1741. Une fois retournée sur le continent, l'insubordination reprend sur l'île. En pleine guerre de succession d'Autriche, l'insurrection de la Corse place le territoire dans la zone des opérations militaires. D'un côté les Franco-espagnols, alliés à Gênes, s'opposent aux Anglo-Austro-Sardes qui tentent de s'emparer de Bastia. Débarqués à Saint-Florent en 1748, les Autrichiens échouent devant Bastia. Les Français les supplantent et s'installent sur l'île à la demande de la République. Des tensions avec les Génois conduisent au départ des Français le 4 avril 1753. Déjà prête depuis deux ans, une organisation se met en place. Pasquale Paoli se montre en chef unitaire de la nation. Il s'attache à réussir l'unité morale et politique de la Corse, d'obtenir l'indépendance de son pays, le développement de l'identité et de la culture corse  ; il est le premier à donner le droit de vote aux femmes, à créer une université, à battre monnaie, etc. Pour lui, la démocratie est le meilleur régime souhaitable, mais il n'échappe pas aux ambiguïtés des hommes du Siècle des Lumières. Jouant sur les rivalités entre la France et l'Angleterre, Paoli fonde son propre système. Il fait des offres aux Anglais pendant la guerre de Sept Ans, offres semblables à celles qu'il venait de faire à Louis XV, qui les avait refusées  ! Finalement, l'affaire corse se solde par une conquête militaire française en 1768. Le 13 juin de cette année, Paoli renonce à la lutte et s'embarque à Porto-Vecchio. Dès lors, la Corse devient territoire français, jusqu'à aujourd'hui.

La Corse française

Une année plus tard, Napoléon Bonaparte naît dans cette île. D'abord engagé dans la cause corse, Bonaparte, militaire français, abandonne cette cause pour servir la sienne et parvenir à la tête de la France. Empereur, il organise une France moderne et de nombreuses institutions dont nous bénéficions encore de nos jours, sous des versions actualisées ou modifiées. On lui doit, en tout cas, que la Corse soit connue mondialement.

De la Révolution au XXIe siècleHaut de page
Le village d'Evisa.
Le village d'Evisa.

Au cours de la Révolution, la Corse ne participe pas activement aux événements.

Elle connaît des désordres comme dans de nombreuses provinces françaises, mais rien de notable. Paoli, de passage à Paris en 1790, rentre à Bastia le 17 juillet de la même année. Dans son île, devenue un département français, il est élu président du directoire départemental. Intriguant avec l'Angleterre dès 1794 (une constitution d'un royaume anglo-corse est préparée), il doit s'embarquer pour Londres en 1795. Il y meurt en 1807. Alors que sur le continent l'économie publique de la République se développe, la Corse est régie, quant à elle, par un système militaire et administratif hors norme. La Corse rate son industrialisation en raison d'une absence de politique publique. Malgré une insurrection en 1816, appelée "  guerre du Fium'Orbu  ", l'intégration à la France semble belle et bien acquise. Terre des exilés italiens, des bonapartistes, toujours fermement ancrée dans son désir d'existence, la Corse est agitée depuis 1820 par des mouvements indépendantistes. Mais à l'aube du XXe siècle, le tableau n'est pas reluisant. La faiblesse économique s'étend. La Corse subit une loi douanière inique taxant les exportations et détaxant les importations. La chute de Napoléon III, en 1870, qui avait mis en place une politique de rattrapage, conduit à ce que le peuple corse rejette de nouveau son appartenance à la France. On proposa même que l'île soit rendue à l'Italie pour "  un franc  " ! Lorsque survient la Première Guerre mondiale, la Corse s'apprête à payer un lourd tribut à son appartenance à la République. L'ordre de mobilisation du 2 août 1914 est accueilli par des manifestations patriotiques, des sons de cloches et "  La Marseillaise  ". Toutefois, l'horreur de la réalité engendrera le "  saignement à blanc  " de la population masculine  : plus de 20 000 morts. Le terrible bilan, ajouté à la vague de grippe espagnole de 1918, va toucher de plein fouet un peuple déjà bien mal en point. Tout manque, des produits alimentaires aux matières premières, en passant par les sources d'énergie. Et il en est de même du moral collectif  : l'exil s'annonce pour le reste des forces vives. La population passe de 260 000 à 200 000 habitants. La politique de francisation des années 1920-1939 prétend réduire, voire interdire (!), l'usage de la langue corse. C'est sans compter sur le fort caractère local et oublier que le corse n'est pas un patois pratiqué par une élite mais bien une langue "  nationale  ". Pourtant, de nombreux Corses profitent de cette opportunité pour grimper les échelons de la société alors que la majorité y restera insensible. C'est l'époque du banditisme, des indépendantistes insurgés pour l'honneur, tels Romanetti, François Caviglioli exécuté en 1931, Joseph Bartoli dit "  le roi de Palneca  " ou encore André Spada, assassin fou qui sévit dans la région de Sagone. Terrorisant les habitants, rançonnant les voyageurs, les commerçants, faisant plier les journaux, ces malfrats instaurent une véritable psychose au point que le gouvernement décide d'employer de grands moyens pour les soumettre. C'est ainsi qu'en 1931, il expédie une petite armée de blindés sur la côte afin de ferrer les insoumis. Ce nettoyage du maquis est néanmoins jugé fort sévèrement par le peuple corse, dans sa méthode surtout. Mais l'éclatement de la guerre en septembre 1939, en plaçant la Corse au centre des enjeux internationaux, va briser ce rythme. A la fois soldats et barrière contre les envahisseurs, les Corses se retrouvent placés au coeur du combat. L'Italie mussolinienne ne se résout pas, en effet, à ce que la Corse soit territoire français et laisse entendre qu'elle fait partie de son espace vital. Il en est de même pour la Savoie et Nice. Ces doctrines irrédentistes ne prennent cependant que dans le coeur de quelques très rares traîtres. Soulagement en 1940 lorsque la Corse se voit placée dans la zone libre, elle qui craignait une annexion par Mussolini. Dès lors, l'opinion corse suit l'opinion continentale. Une partie des députés vote les pleins pouvoirs à Pétain  ; François Pietri devient membre du gouvernement de Vichy, d'autres adoptent le comportement de la France Libre et écoutent "  Radio Londres  ". Le député François Giacobbi prend le maquis. Mais la faiblesse de Pétain et de son gouvernement ne garantissant pas les Corses d'une annexion par l'Italie, on lui fait de moins en moins confiance. D'ailleurs, en 1942, ce sont les Italiens qui occupent la Corse lorsque les alliés débarquent en Afrique du Nord et que les Allemands envahissent la zone libre. Et le 9 septembre 1943, résultat de cette pression, le peuple corse se soulève et se libère  ! C'est le premier département français libéré, bien avant la Normandie  !

L'indépendantisme d'après-guerreHaut de page

Le Front national

A Ajaccio, le "  Front national  " prend le pouvoir et nomme un Conseil de préfecture.

Mais ceci ne libère pas l'ensemble du territoire. Lors de l'armistice avec l'Italie, le 8 septembre 1944, l'ordre de soulèvement général est lancé par Colonna d'Istria. C'est la reprise des combats, face à des Italiens neutralisés, certes, mais à des Allemands forts de 10 000 hommes, d'une centaine de chars et d'une division d'infanterie de 20 000 hommes ainsi que de blindés en Sardaigne.

L'opération "  Vésuve  ", menée par Giraud et le général Henry Martin est couronnée de succès le 3 octobre. Victoire militaire qui ouvre la porte d'une réussite politique...

A partir de 1944, gaullistes et communistes du " Front " vont s'opposer pour la domination politique de l'île. Aux communistes la mise en place des municipalités  ; aux gaullistes la composition de la commission départementale intérimaire. Aux élections de 1945, le " Front  " remporte 189 municipalités. Effacés de la scène politique l'an suivant, les gaullistes laissent aux radicaux-socialistes le soin de barrer la route aux communistes. Ce sera l'unique relief de la vie corse jusqu'aux années 1960.

Inspiré du mouvement algérien, l'indépendantisme va réapparaître dès 1958.

L'Union corse et l'ARC

En 1963, à Paris, est créée "  l'Union Corse  ". L'avenir donnera au mouvement une portée politique. Terre proposée aux rapatriés français d'Algérie que le Premier ministre Pompidou tente de réintégrer, l'île est à la recherche de son identité.

Qu'on lui vole ses terres ne saurait être accepté et l'opinion vire à l'indépendantisme. 1968  : effervescence en France, en Europe, effervescence en Corse. Les plastiquages se multiplient tandis que les manifestations deviennent violentes. Dès 1970, Jacques Chaban-Delmas place la Corse sous le statut de région économique. Ce n'est pas suffisant pour calmer les esprits.

La lutte a désormais un but  : l'autonomie. Lors du congrès annuel de l'ARC (Action Régionaliste Corse), le 17 août 1975, le tableau dressé ne laisse espérer qu'une solution  : la bataille à visage découvert, avec l'esprit de sacrifice.

La révolution pour l'autonomie, tel est le programme proposé par Edmond Simeoni. Le 21 août, un commando de vingt hommes, conduit par E. Simeoni, occupe la cave d'un rapatrié à Aléria. La presse est convoquée, la cave bouclée par la Gendarmerie.

Deux militaires sont tués et Edmond Simeoni se constitue prisonnier au terme d'un assaut éclair.

Des émeutes éclatent à Bastia. Paris tente de calmer le jeu. Valéry Giscard-d'Estaing fait rétablir par Jacques Chirac les liaisons maritimes et la vie économique en Corse.

Le FLNC

Le drame d'Aléria ouvre une période de vingt années de tensions, d'attentats divers qui divise l'opinion sur les victimes inutiles, ruine l'économie locale et mine les politiques. Le FLNC reprend le flambeau de l'ARC en critiquant ses méthodes trop conciliantes. Il y a la période romantique de 1975 à 1984 et la période des années de plomb de 1993 à 1997. Dès 1982, les indépendantistes entrent à l'Assemblée de Corse. Le malaise s'accroît, à tous les niveaux. Le débat "  la Corse et la France  " est ouvert, pour longtemps... L'Etat de droit, bafoué, ne se relève pas dans cette situation délabrée et laisse entrevoir une crise que l'on tente de juguler et qui éclate, une fois de plus, au grand jour avec l'assassinat du préfet Erignac en 1998. L'assassin présumé du préfet a été arrêté au mois de juillet 2003 ainsi que tout le commando. L'effort du renouveau engagé dernièrement ne doit cependant pas éclipser les difficultés du cas corse et la dominance d'une sensibilité, d'une complexité facilement détectable. Il demeure cependant que la Corse reste une des régions françaises les plus originales, les plus radieuses, les plus belles  ; bref, un lieu privilégié que l'Histoire a façonné sans jamais lui ôter son étonnante personnalité.

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