Guide de la Jamaïque : Lexique

Patois, comprenne qui pourra !

L'anglais parlé en Jamaïque n'est pas toujours très académique, et même si vous parlez couramment la langue de Shakespeare, vous éprouverez sans doute au début quelques difficultés à comprendre les Jamaïcains.

Pour ce qui est de leur patois, accrochez-vous bien ! Quant au langage rasta, c'est encore une autre histoire...

Des archaïsmes anglais, quelques accents créoles, des emprunts africains, saupoudrés de formulations héritées des anciens prêcheurs protestants, une touche d'espagnol, le tout pimenté de créations rastas...

Les influences linguistiques sont multiples, qui ont façonné le patois jamaïcain, une véritable seconde langue, musicale et rythmée, que chaque Jamaïcain maîtrise et dont il peut faire usage à tout moment.

Surtout utilisée dans les zones rurales, cette seconde langue permet une communication codée à l'écart des oreilles étrangères.

Les Jamaïcains l'utilisent volontiers pour évincer un étranger importun de leurs conversations personnelles ou pour se faire respecter et donner des ordres dans le monde du travail. Le patois jamaïcain a perdu son chantre en la disparition de Louise Bennett, véritable virtuose du patois qui a écrit de nombreux romans et nouvelles dans ce langage savoureux.

Voici quelques clés pour familiariser vos oreilles aux sonorités du patois.

Volontiers emphatique, le Jamaïcain utilise le " up " pour intensifier son discours.

Le patois emprunte à la Bible une phraséologie parfois ampoulée héritée des anciens prêcheurs protestants.

Le " th ", phonème difficile à prononcer pour les anciens esclaves africains, est devenu " t " ou " d " (" that devient " dat ", " them " = " dem ", " thing " = " ting ", " youth " = " yout "). Plus difficile encore le th final ; le " gh " devient " f ".

Le changement de voyelles est fréquent, spécialement le " a " qui devient " o ". Les lettres ou les syllabes sont parfois interverties.

L'interversion de consonnes intervient dans de nombreux mots : aks au lieu de ask ou flim pour film par exemple.

L'introduction de mots africains, tels putta putta pour boue, anansi pour conte ou nyam pour manger, est occasionelle.

Introduction au langage rasta

Essayez de les comprendre mais pas de parler leur langue ! Pour les rastas, la langue " Iyaric de l'empereur " s'oppose à " l'anglais de la Reine " imposé par la civilisation blanche. Mélange de créole aux relents africains avec une structure anglaise, la langue rasta résulte d'une manipulation du langage à partir de quelques principes simples mais que chacun interprète à sa façon. Création permanente jamais figée, le langage rasta n'obéit à aucune règle institutionnalisée et chaque rasta y va de ses propres initiatives et trouvailles linguistiques qui obéissent à quelques règles de base en étroite relation avec les préceptes de leur religion. Peter Tosh, rastafarien convaincu, avait enrichi la langue d'un certain nombre d'inventions savoureuses et établi un lexique personnel. Son langage est incompréhensible sans le lexique à son usage unique. Un petit aperçu ? Agonizer : organizer, Boo York Shitty : New York City, Christ T'ief come rob us : Christopher Colombus, Crime Minister : prime minister, damager : manager, Hell A : LA (Los Angeles), Kill some shitty : Kingston City, out formation : information, trinibad : Trinidad, shitstem : system, politricks : politics, and so on...

Parmi les orientations de base, on retiendra les plus pratiquées : emphaser le I qui marque l'importance de l'individu, supprimer les connotations négatives des mots, les emphaser, ou les positiver en les remplaçant par le divin I, telles sont les bases du parler rasta. Un dernier exemple : High Way : I & I Way.

Quelques exemples

La syllabe " ba " ressemblant par trop à bad (" mauvais "), banana devient donc Inana.

Dans le mot belief (" croyance "), qui contient lie (" mensonge "), le l est supprimé.

Dans un mot comme dedicate qui commence par dead (" mort "), les trois premières lettres seront remplacées par live (" vie ") : dedicate devient donc livicate.

Appreciate contient " ate " voisin de hate (" haine "), le mot devient apprecilove.

Understand, où under évoque l'infériorité, devient overstand.

Up ou down ajoutés au début des mots mettent l'emphase sur leur sens positif ou négatif : rise devient uprise, et oppressor devient downpresser.

Pour parler de soi, le rasta parle de lui en disant " I and I " au lieu de " I " pour bien marquer la considération accordée à l'individu. Pour aller encore plus loin on introduit des I dans certains mots quitte à changer les lettres ou à en abandonner : divine devient Ivine et Ethiopia, Ithopia.

Entre nous bien malin qui y retrouve son franc-parler !

Mots usuels

Batty : fessier.

Breda : frère.

Bway : garçon.

Chat : parler.

Cooyah : viens ici.

Cyan't : (je ne) peux pas.

Cyar : voiture.

Dong (down) : bas.

Dunza : argent.

Duppy : revenant, fantôme.

Gal : fille.

Jamdong, Jamyeca : Jamaïque.

Mek : faire.

Mon : homme.

Nyam : manger.

Pickney : enfant.

Sista : soeur.

Yardie : Jamaïcain.

Yam : igname.

Quelques exemples de phrases

Me deh ya : je suis là.

Mi want fi rent a cyar : je veux louer une voiture.

Mi haffi go dong deh : il faut que j'aille là-bas.

It go so ! ou a so it go : c'est comme ça.

Weh you a seh ? Wha'appen ? Quoi de neuf ?

Weh dem gwaan ? Où sont-ils partis ?

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