Guide de Singapour : Politique et économie

Politique

De la colonisation britannique, Singapour a hérité d'un système parlementaire fondé sur le modèle de Westminster, à savoir un gouvernement responsable devant le Parlement, assemblée monocamérale.

Structure étatique

Une apparence de régime parlementaire. Le Premier Ministre est le chef de l'exécutif. Le Premier Ministre de Singapour, Lee Kuan Yew, et fondateur du People's Action Parti, est resté au pouvoir de 1959 à 1990. Il est décédé le 23 mars 2015. Son successeur, Goh Chok Tong, a occupé le poste de 1990 à 2004. Lui a succédé le fils de Lee Kwan Yew, Lee Hsien Loong, en tant que chef de l'exécutif. Depuis que l'autonomie interne a été accordée à Singapour par les Britanniques en 1959, Lee Hsien Loong est le troisième Premier Ministre qu'a connu le micro-Etat, signe d'une " incroyable " stabilité politique.

Comme dans tous les régimes parlementaires, le Président de la République a un rôle essentiellement protocolaire même si un amendement de la constitution de 1991 prévoit son élection au suffrage universel pour six ans et ses pouvoirs sont accrus. En septembre 2017, pour la première fois de son histoire, c'est une femme, Halimah Yacob qui accède à ce titre. Les règles d'éligibilité sont si drastiques que dans les 4 élections au suffrage universel (1993, 1999 et 2005 et 2017), le candidat du pouvoir était le seul à pouvoir se présenter. Pour l'élection de 2017, tout comme en 2005, et en 1999, aucun vote n'a été organisé. Comme le Comité des élections présidentielles a estimé qu'aucun autre candidat ne répondait aux critères requis par la Constitution, Halimah Yacob a été déclarée présidente, sans opposition.

Comme dans tout régime parlementaire, les élections législatives rythment la vie démocratique et la dévolution du pouvoir. Le Parlement de Singapour est composé de 84 députés élus pour cinq ans au scrutin plurinominal majoritaire à un tour dans le cadre de circonscriptions, auxquels se joignent jusqu'à 6 députés désignés hors circonscription et jusqu'à 9 membres nommés par le Président.

En 2006, le People's Action Party (PAP), parti au pouvoir depuis l'autonomie interne obtenue en 1959, a obtenu 66,6 % des suffrages et 82 des 84 sièges en jeu. Les deux principaux partis de l'opposition, le Workers' Party of Singapore et la Singapore Democratic Alliance ont chacun obtenu un siège. Il y a au total 11 partis politiques à Singapour mais le pouvoir est concentré dans les mains du People's Action Party (PAP) depuis plus de 40 ans. Aux dernières élections, le PAP n'a " plus que " 80 sièges, soit toujours plus de 90 % des votes !

Aussi le parlement de Singapour exerce bien les trois missions d'une assemblée parlementaire (vote des lois, contrôle de l'action du gouvernement, vote du budget) mais en l'absence de réelle opposition, son rôle ne peut être que limité. Le système judiciaire est en principe indépendant. La peine capitale est en vigueur.

Partis

Une vie politique dominée par un seul parti au pouvoir depuis plus de 50 ans. Au vu de ce poids écrasant du PAP, beaucoup de commentateurs considèrent Singapour comme une " démocratie procédurale ", ou une " démocratie non libérale ". L'organisation non gouvernementale Random House classe Singapour parmi les pays " partiellement libres " ; The Economist Intelligence Unit la décrit comme un hybride entre démocratie et autoritarisme. " La stratégie du PAP pour se maintenir au pouvoir depuis 1959 a été de lier le destin de Singapour au maintien de son statut de premier parti politique de la cité-Etat, confondant intérêts nationaux, intérêts de la population et intérêts du parti, " explique Alexandre Besson, spécialiste de la politique de Singapour. L'objectif est de montrer que le PAP gère la sécurité, le niveau de développement et que l'alternance politique pourrait venir remettre en cause ce qui est acquis aujourd'hui. Cela explique la faiblesse des partis d'opposition qui peinent à rassembler par manque de crédibilité aux yeux des électeurs. Même si des voix s'élèvent parfois contre la " persécution " politique et juridique du parti au pouvoir à l'encontre de ses challengers, l'électorat ne semble pas encore prêt à mettre fin au règne tout puissant du PAP. Le changement : pourquoi faire ? s'interrogent certains. Les autres partis qui n'ont pas l'expérience du pouvoir pourront-ils faire mieux ? Tant que le PAP pourra remplir sa part du contrat social, son hégémonie ne devrait pas être contestée.

Enjeux actuels

L'après Lee Kwan Yew. 2015 a été une année riche en actualité pour les Singapouriens. Ils ont perdu le père fondateur de leur cité-Etat prospère et ils ont fêté le 50e anniversaire de leur indépendance.

Issu du People's Action Party (PAP), au pouvoir depuis l'indépendance de 1965, le Premier ministre Lee Hsien Loong a été réélu mi-2017 pour un mandat qui prendra fin en 2021. Le PAP est toujours au pouvoir, et pour l'instant, rien ne bouge côté opposition...

Économie

Située à l'extrémité sud-est de l'Asie continentale et au carrefour des océans asiatiques, Singapour connaît depuis 1965 une trajectoire économique souvent qualifiée de " miracle ". En effet, comment la petite cité-Etat sans ressources est-elle devenue l'une des plus prospères au monde ?

Albert Winsemius, l'homme de l'ombre

Lorsque l'on parle du succès économique de Singapour, on l'attribue à la vision et au génie d'un seul homme : Lee Kwan Yew évidemment. Et pourtant à y regarder de plus près, Lee Kwan Yew a reçu un décisif coup de pouce de la part d'un homme : l'économiste hollandais Albert Winsemius, qui passa près de vingt ans de sa vie au service de l'économie singapourienne.
Dans les années 1960, le docteur Winsemius, économiste hollandais, fut nommé à la tête d'une mission des Nations unies visant à examiner le potentiel d'industrialisation de Singapour. Singapour vient tout juste d'obtenir l'auto-détermination et est en proie à de nombreuses grèves et manifestations. Albert Winsémius présente alors un plan de développement sur 10 ans visant à transformer Singapour en un centre industriel et manufacturier. Parmi ses priorités : créer de l'emploi et attirer les investisseurs étrangers. Il encourage le développement de la production de t-shirts et de pyjamas et soutient activement la construction de l'habitation publique, élément indispensable selon lui pour moderniser le pays et donner une bonne image. Il conseille également le jeune gouvernement de conserver la statue de Raffles, symbole de l'acceptation de l'héritage colonial britannique et message rassurant pour les investisseurs étrangers. Grâce au Dr Winsemius, des compagnies comme Shell ou Esso viennent installer leurs raffineries à Singapour. Dans les années 1970, pour lancer Singapour sur la voie de l'électronique, c'est lui qui personnellement convainc Philips d'y ouvrir une usine. Durant sa mission de conseiller économique en chef de Singapour de 1961 à 1984, le Dr Winsemius travailla de façon étroite avec Lee Kwan yen, Goh Keng See et Goh Chok Tong et participa à l'élaboration des nouveaux plans stratégiques. Il proposa aussi que Singapour devienne un centre financier ainsi qu'une plate-forme internationale pour le transport maritime et aérien. En décembre 1983, à l'âge de 74 ans, il se retire après avoir contribué à la formulation de la stratégie économique de Singapour. Et si le véritable mentor c'était lui ?

Principales ressources

Les 3 piliers de l'économie singapourienne.

1 - Les activités manufacturières (20 % du PIB), notamment dans l'électronique, la chimie, le pharmaceutique.

2 - Les activités de logistique et de communication.

3 - Les nouvelles technologies, ainsi que les activités financières et de services aux entreprises, avec en toile de fond une dynamique commerciale, étroitement liée à la fonction prééminente du port qui est redevenu en 2005 (et jusqu'à 2010 dépassé par Shanghai) le 1er port mondial en termes de nombre de transbordements de containers.

C'est grâce à cette politique réactive notamment (un système financier sain, une fonction publique de qualité et une politique économique pragmatique et réactive) que Singapour a pu sortir rapidement de la crise économique de 2009. Dès les premiers signes d'un ralentissement, l'État a lancé un ambitieux plan de relance (8 % du PIB), visant notamment à soutenir l'emploi. Rapidement, l'économie singapourienne a repris des couleurs comme en témoigne le taux de croissance de 2010 qui caracolait à 14,7 %. L'économie a ralenti depuis pour atteindre tout de même 2,5 % de croissance en 2018. Même si la dette publique est affichée à un niveau élevé, elle est plus que compensée par l'importance des actifs financiers des fonds souverains.

 

Plate-forme régionale commerciale et logistique incontournable, la cité-Etat est bien positionnée pour bénéficier du dynamisme de la région, position qu'elle renforce en menant une politique active de libéralisation des échanges combinant approche multilatérale et négociation d'accords régionaux et bilatéraux de libre-échange.

 

L'attractivité de Singapour. La cité-État a beaucoup misé sur son rôle d'hôte vis-à-vis de sociétés étrangères en offrant un environnement politique et social stable, une grande sécurité juridique et des infrastructures de tout premier ordre. En 2015, le pays est 1er au classement de la Banque mondiale pour la facilité à faire des affaires et ce pour la 8e année consécutive. Par ailleurs, le faible taux d'imposition (18 % pour les entreprises et 20 % maximum pour les particuliers), le respect de la propriété intellectuelle, la qualité des infrastructures, mais aussi la remarquable ouverture de l'île sur l'extérieur sont autant d'atouts pour attirer les investisseurs étrangers.

En 2018, grâce à la progression des revenus des fonds souverains, Singapour devrait à nouveau engranger un excédent budgétaire tout en maintenant une politique budgétaire expansive.

Points forts et points faibles pour 2018

Points forts

Une grande compétitivité hors prix.

Un développement de secteurs à forte valeur ajoutée.

Un important hub pour le commerce régional et international et pour le secteur financier.

D'importantes entrées d'IDE grâce à un régime fiscal avantageux, la stabilité politique et un excellent environnement des affaires.

Un exportateur majeur de capitaux en Asie via les fonds souverains Temasek et Government of Singapore Investment Corporation (GIC).

Point faible

Une économie dépendante des exportations.

Un vieillissement de la population.

Une vulnérabilités face au ralentissement de l'économie chinoise.

(Sources coface for trade)

Cocorico : les entreprises françaises à Singapour

Destination traditionnelle des implantations françaises en Asie, Singapour accueille aujourd'hui 600 filiales de grands groupes et plus d'une centaine de PME créées sur place. Présentes sur les secteurs qui portent la croissance singapourienne et reconnues pour leur savoir-faire, les entreprises françaises tirent leur épingle du jeu sur un marché très attractif, fiscalement avantageux mais aussi très compétitif.

Place du tourisme

Le tourisme : priorité de la cité-Etat. Depuis l'ouverture de deux énormes complexes touristiques : Marina Bay Sands et Resorts World Sentosa (Universal Studio), tous deux adossés à des casinos, Singapour multiplie les nouveaux projets pour attirer davantage de touristes et faire en sorte que Singapour devienne une destination touristique en soi et non plus juste un point de passage. Pari réussi puisqu'en 2017 Singapour a accueilli 17,4 millions de visiteurs étrangers ; soit une augmentation de 6,2 % par rapport à l'année précédente. Les Français aussi sont toujours plus nombreux (163 558) à s'intéresser à la destination, même si la moitié des touristes à Singapour viennent de la zone : Indonésie, Chine, Inde et Malaisie. Les revenus du tourisme ont généré en 2017 la somme de 26,8 milliards de dollars singapouriens (16,9 milliards d'euros). Le chiffre d'affaires total des revenus générés par les chambres d'hôtel a augmenté lui de 3,9 % pour atteindre 3,7 milliards de dollars singapouriens (2,26 milliards d'euros) en 2017, le taux d'occupation des hôtels ayant augmenté de 1,5 %.

Pour 2018, Singapour prévoit encore une augmentation de recettes touristiques de l'ordre de 1 % à 3 %.

La meilleure destination des expats

Selon une étude d'HSBC réalisée en décembre 2017 auprès de 27 000 expatriés dans 159 pays, la cité-Etat se classe sur la première marche du podium, pour la troisième année consécutive devant la Norvège et la Nouvelle-Zélande comme la meilleure destination des expatriés. La très grande majorité des expatriés venant du monde entier interrogée, avoue préférer le cadre de vie, la sécurité, la stabilité du régime politique, le climat, la qualité de l'éducation, les opportunités de carrière, la rémunération (42 % supérieure en moyenne)... à leur pays d'origine. La France se situe au-delà de la 20e place.

Enjeux actuels

Trouver de nouveaux axes de développement pour un nouveau souffle. Si Singapour peut se féliciter d'enregistrer parmi les meilleurs taux de croissance de la planète, elle est classée deuxième économie la plus compétitive par le Forum économique mondial pour la cinquième année consécutive, elle sait aussi que la concurrence en Asie est de plus en plus accrue. Pour rester dans la course, elle doit sans cesse innover, monter en gamme, renforcer sa compétitivité et trouver de nouveaux axes de développement.

L'amélioration des relations diplomatiques avec la Malaisie reste la priorité pour 2018.

Le micro-Etat accueille en 2018 la présidence de l'ASEAN, l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est, et proposera un renforcement de l'intégration économique pour renforcer l'attractivité et la compétitivité de la région. Il travaillera à stimuler la collaboration en matière d'innovation, particulièrement dans le secteur des nouvelles technologies.

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