Guide de Macédoine : Population et langues

Chose rare dans les Balkans, la République de Macédoine a su conserver un large éventail d'ethnies sur son territoire. Car les autres pays de la région ont souffert de politiques de nettoyage ethnique qui ont bouleversé les structures traditionnelles héritées du Moyen Âge et de la période ottomane. Certes, tout ne se passe pas forcément sereinement dans ce petit pays, mais les ethnies cohabitent dans l'ensemble plutôt bien. On passe d'un village de montagne turc à un monastère orthodoxe, sans parfois se rendre compte que l'on fait une pause dans un café albanais et achète des brochettes à un vendeur aroumain. Reste que la démographie en chute libre et la prise en compte des minorités font partie des principaux enjeux pour le pays aujourd'hui (voir " Enjeux actuels ").

Un pays qui se vide. En traversant la République de Macédoine, on peut parcourir des kilomètres sans rencontrer âme qui vive. Certaines zones rurales sont en effet devenues de vrais déserts, avec des villages quasi à l'abandon peuplés seulement de quelques vieux. En 2018, le pays comptait 2,085 millions d'habitants selon l'État et aux alentours de 1,5 million selon la Banque mondiale. Un écart dû à une émigration très importante depuis les années 1990 mais (volontairement) sous-estimée par les gouvernements successifs.

Mosaïque de peuples. Au total, le pays compterait 27 groupes ethniques. À côté des Slavo-Macédoniens qui constituent la majorité de la population (60-65 %), la part des Albanais serait de plus de 25-30 %. Avec environ 80 000 personnes (4 %), les Turcs représentent la troisième communauté, suivis par les Roms (54 000), les Serbes (36 000), les Bosniaques (17 000), les Aroumains (10 000), les Croates (2 600) et les Monténégrins (2 000), etc. Un groupe est quasiment ignoré : les Bulgares. Ils seraient 1 400 selon Skopje, 71 000 selon Sofia. Depuis la période ottomane, deux populations ont quasiment disparu du territoire : les Juifs exterminés par les Allemands durant la Seconde Guerre mondiale ne seraient plus qu'une cinquantaine, et les Grecs, progressivement chassés du pays depuis un siècle, seraient environ 400-500.

Les Slavo-Macédoniens

Un peuple récent. Ethnie majoritaire (60-65 % de la population), les Slavo-Macédoniens (appelés localement " Macédoniens ") sont les descendants des Bulgares du Moyen Âge. C'est un sujet sensible, mais l'identité " slavo-macédonienne " a réellement été inventée à partir de 1945 par Tito pour rompre avec le passé bulgare du pays. La langue " macédonienne " est elle-même décrite par certains linguistes comme du " bulgare tapé sur une machine à écrire serbe ". Si les Slavo-Macédoniens sont majoritairement orthodoxes, des sous-groupes comme les Torbèches (environ 35 000) et les Pomaks (environ 40 000) sont, eux, musulmans.

Population. Les Slavo-Macédoniens seraient environ 2 millions à travers le monde, dont un peu plus de la moitié en République de Macédoine. Hors du pays, les principales communautés se trouvent en Australie (entre 84 000 et 200 000), en Italie (environ 90 000), en Allemagne (entre 62 000 et 85 000), en Suisse (environ 60 000) et aux États-Unis (entre 50 000 et 200 000). Dans les pays voisins, ils seraient environ 20 000 en Serbie, 5 000 en Albanie, 1 500 en Bulgarie et de 700 à 30 000 en Grèce.

Les Albanais

Les Albanais (Shqiptarët en albanais ou Albanči en slavo-macédonien) représentent entre 25 et 30 % de la population (environ 500 000 personnes). Ils sont aussi présents au Kosovo et en Albanie, où ils sont majoritaires, ainsi qu'en Grèce, en Serbie, au Monténégro et en Bulgarie. La diaspora se retrouve comme celle des Slavo-Macédoniens principalement en Amérique, en Océanie et en Europe de l'Ouest.

Histoire. Ils sont les descendants des Illyriens, peuple protohistorique implanté dans toute la partie ouest des Balkans. Des anciens peuples du territoire actuel de la République de Macédoine, c'est le seul à avoir subsisté après l'arrivées des Huns, des Avars et des Slaves (Ve-VIIe siècles). Christianisés, ils ont été un des principaux peuples à s'opposer aux Ottomans au XIVe siècle avant de se convertir massivement à l'islam. Considérés souvent à tort comme des " auxiliaires " des Ottomans, les Albanais se sont retrouvés déclassés lors de prise de contrôle du territoire par les Serbes et les Bulgares à partir de 1913. Si les Albanais appartiennent majoritairement à la tradition sunnite de l'islam, on compte aussi de petits groupes de bektachis (courant mystique proche du chiisme), d'orthodoxes et de catholiques, comme le personnage le plus célèbre du pays, mère Teresa. Mais dans l'ensemble, les Albanais se définissent surtout par leur ethnie et se montrent tolérants avec les autres groupes religieux. S'il existe des intégristes barbus, une bonne partie des Albanais musulmans boivent de l'alcool, par exemple.

Langue. Selon les accord d'Ohrid de 2001, l'albanais (shqip) est considéré comme une des langues officielles de la République de Macédoine dans les régions où cette langue est parlée par au moins 20 % de la population. L'albanais fait partie de la famille des langues indo-européennes. Influencée par les langues thraco-illyriennes, il s'est peu à peu enrichi de mots grecs, latins (un tiers du vocabulaire actuel), slaves, puis turcs. On distingue deux dialectes, le guègue et le tosque. Le guègue (constitué de multiples sous-dialectes) est parlé au nord de la République de Macédoine, au Kosovo, dans le nord de l'Albanie, au sud du Monténégro et dans le sud de la Serbie). Le tosque est parlé au sud de la République de Macédoine, au sud de l'Albanie et au nord de la Grèce). L'albanais littéraire, basé sur le tosque et codifié en 1973, est utilisé comme langue officielle. La grande majorité des Albanais de République de Macédoine parlent au minimum l'albanais et le slavo-macédonien. Mais très peu de Slavo-Macédoniens parlent albanais. Enfin, certains jeunes de la minorité qui ont suivi leur scolarité dans des établissements slavo-macédoniens (souvent les mieux cotés) maîtrisent généralement mieux le slavo-macédonien que leur langue natale.

Les autres minorités

L'actualité met souvent en lumière les deux principaux groupes ethniques du pays. Mais la République de Macédoine est aussi la nation de bien d'autres peuples. Un héritage de l'histoire mouvementée des Balkans.

Les Turcs. Troisième groupe ethnique du pays, les Turcs seraient entre 80 000 (recensement de 2002, soit 4 % de la population) et 200 000 (à la fois d'après la communauté turque elle-même et selon une étude sur les langues parlées dans le pays menée en 2010). Cet écart provient du fait que cette minorité est parfois localement assimilée aux Slavo-Macédoniens ou aux Albanais. Ils sont les descendants de colons d'Anatolie, venus notamment de la région de Konya, mais aussi de tribus nomades d'Asie Mineure, les Yürük. À la chute de l'Empire ottoman, ils représentaient près de 20 % de la population, mais plus de la moitié d'entre eux seront chassés du pays entre 1913 et 1966. Reconnue comme minorité constitutive de la République depuis 1944-1945, la communauté turque possède ses propres établissements scolaires (60 écoles et deux lycées à Gostivar et Tetovo) ainsi que des journaux et des programmes en langue turque sur les antennes du service public. Principalement présents à Skopje et Gostivar, ils sont majoritaires dans les municipalités de Centar Župa (le long de la frontière albanaise) et Plasnica (près de Kičevo). Parlant un turc enrichi de slave et de grec, cette communauté bénéficie depuis quelques années du soutien de la Turquie qui entretient de très bonnes relations avec la République de Macédoine.

Les Roms. Officiellement, ils forment le quatrième groupe ethnique du pays avec entre 53 000 (recensement de 2002, soit 2,66 % de la population) et 250 000 personnes (selon certains rapports de l'ONU, soit plus de 10 %). De tels écarts ne surprennent pas les chercheurs, les Roms préférant généralement ne pas se déclarer comme tels. Peuple indo-européen d'origine indienne, les Roms sont arrivés dans les Balkans entre les IXe et XIIIe s. Certains d'entre eux réfutent cette version et se disent d'origine égyptienne (3 843 personnes se sont déclarées comme telles dans le recensement de 2002). Parlant le romani et principalement musulmans, les Roms de République de Macédoine ont été progressivement sédentarisés et sont aujourd'hui présents dans tout le pays, mais principalement dans l'agglomération de Skopje. Reconnus comme minorité constitutive, ils sont ainsi majoritaires dans la municipalité de Šuto Orizari, considérée comme la plus grande ville rom au monde. Largement exclus de la société, ils bénéficient depuis peu d'un plan d'aide à l'intégration.

Les Aroumains. Avec entre 7 000 et 20 000 habitants, ils forment le cinquième groupe ethnique et sont reconnus comme une des minorités constitutives du pays. Leur origine est mal connue, car peu étudiée par les chercheurs. Les Roumains ont ainsi tendance à les considérer comme les descendants de tribus roumaines venues de Dacie. Il est vrai qu'ils sont l'un des rares peuples des Balkans avec les Roumains à parler une langue latin. Aussi séduisante soit-elle, cette thèse est réfutée non seulement les scientifiques, mais les Aroumains (ou Valaques) eux-mêmes. En fait, il s'agit plutôt de descendants de tribus latines ou de tribus grecques romanisées. Présents à la fois en Albanie, en Grèce, en Serbie et en Bulgarie, ils vivaient généralement dans les montagnes et ont ainsi pu préserver leur langue et leurs coutumes. Depuis quelques années, des efforts sont menés pour dynamiser la langue. Celle-ci a été ajoutée comme matière facultative dans certaines écoles et est enseignée à l'université. Généralement bien intégrés, les Aroumains de République de Macédoine sont principalement établis dans le sud, dans la région de Prilep et de Kruševo, ainsi qu'à Bitola et à Štip.

Les Yougoslaves. On compte aujourd'hui environ 250 000 habitants originaires des anciennes Républiques de la Yougoslavie socialiste. Les Albanais du Kosovo constituent sans nul doute la plus importante communauté avec environ 150 000 personnes. La plupart ne disposent pas de la citoyenneté et sont arrivés lors de la guerre au Kosovo en 1999 (jusqu'à 400 000 réfugiés en République de Macédoine). Assimilés à la minorité albanaise, ils ont souvent été accusés d'être à l'origine du conflit ethnique de 2001. Les liens historiques sont très forts entre les deux pays puisque, pendant la période ottomane, le Kosovo s'étendait jusqu'à Skopje. Le poids politique de cette minorité est tel que la République de Macédoine a été le premier pays à reconnaître l'indépendance du Kosovo en 2008. Ce qui n'a pas été sans poser quelques problèmes avec les Serbes. Reconnus comme minorité constitutive, ceux-ci seraient entre 36 000 et 40 000, principalement le long des frontières avec la Serbie et le Kosovo, avec deux grandes communautés à Skopje et Kumanovo. Leur présence remonte au Moyen Age, quand la Macédoine du Vardar faisait partie des royaumes serbes (du XIe au XVe siècle). Depuis cette période, les liens ont été constants, marqués notamment par l'installation de colons serbes et une politique de " serbisation " forcée dans les années 1920. De nos jours, les Serbes sont relativement bien intégrés à la société. Outre la question du Kosovo, la minorité serbe est au coeur du conflit pour l'indépendance de l'Eglise orthodoxe macédonienne vis-à-vis du Patriacat serbe de Niš. Culturellement très proches des Serbes, les Monténégrins, environ 2 000, sont très proches des Serbes. Les Bosniaques, seraient entre 17 000 et 25 000, implantés essentiellement à Skopje et Veles. En grande majorité musulmans, ils sont souvent assimilés aux Albanais et aux Turcs. Enfin, le pays compterait 3 000 Croates et 500 Slovènes, habitant surtout à Skopje et Bitola.

Les Torbèches. Ces Slaves musulmans seraient entre 40 000 et 100 000 dans le pays. Ils sont considérés comme des Slavo-Macédoniens et appelés " Macédoniens musulmans " par les autorités. Réclamant un staut à part, ils sont proches des Goranis d'Albanie et du Kosovo et des Pomaks de Bulgarie et de Grèce, qui sont comme eux des descendants de Slaves chrétiens islamisés durant la domination ottomane. Certaines études estiment qu'ils sont même issus des populations chrétiennes appartenant au courant hérétique des Bogomiles (Xe-XVe siècle). Présents dans les régions de Debar, Kičevo et Skopje, ils se nomment eux-mêmes nashentzi (" les nôtres "), parlent le nashenski (" notre langue "), un dialecte bulgare ancien et célèbrent aussi bien les fêtes musulmanes que certaines fêtes chrétiennes. Millionaire et député, Fijat Canovski est le Torbèche le plus riche et connu du pays, créateur de la l'université privée FON à Skopje en 2002.

Les Bulgares. Présents principalement dans la région de Strumica, il seraient entre 1 400 (recensement de 2002) et 71 000 (nombre de détenteurs d'un passeport bulgare). Leur présence dans le pays est quasiment un tabou et les associations militant pour un rappocrochement avec Sofia sont très mal vues.

Les Grecs. Moins de 500 selon les statistiques officielles. Et nettement plus selon les partis politiques d'extrême droite en Grèce (jusqu'à 280 000). La notion de population " grecque " couvrait jusqu'en 1913 une large part des habitants de la Macédoine du Vardar, du fait de la place prépondérante accordée à la langue grecque et à l'Eglise orthodoxe grecque par les Ottomans. Dans les faits, il s'agissait le plus souvent de Slaves et Valaques hellénisés, les familles ethniquement grecques étant minoritaires. Celles-ci ont d'ailleurs été progressivement chassées du territoire après la chute de l'Empire ottoman. De nos jours, la plupart des Grecs de la République de Macédoine sont des descendants de réfugiés politiques communistes arrivés lors de la guerre civile grecque (1946-1949) et résident près de la frontière, dans les régions de Bitola et Gevgelija. Les Grecs considèrent souvent les Valaques comme des Grecs, du fait que ceux-ci continuent encore aujourd'hui de parler le grec.

Les Juifs. Il seraient moins de 200 aujourd'hui en République de Macédoine, alors que la communauté compta jusqu'à 30 000 personnes à la fin de la période ottomane, principalement à Bitola. Présents en Macédoine géographique depuis la période romaine, leur présence s'est considérablement accrue après la Reconquista au XVe s. De Salonique à Monastir (Bitola), les Juifs originaires d'Espagne ont pendant des siècles constitué une des communautés les plus importantes d'Europe, avec ses propres coutumes et sa propre langue, le ladino, proche de l'espagnol. La montée de l'antisémitisme en Yougoslavie a provoqué le départ d'un grand nombre d'entre eux dans les années 1910-1930. La communauté restante a quasiment toute été exterminée en 1943 part les nazis, avec un taux de mortalité comparable aux Juifs de Pologne.

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