Guide de Macédoine : Politique et économie

Politique
Structure étatique

La République de Macédoine est une démocratie dont le régime est fondé sur la Constitution du 17 novembre 1991, amendée depuis à plusieurs reprises et notamment par l'accord d'Ohrid en 2001. Dans son préambule, la Constitution amendée précise que " les citoyens de la République de Macédoine, le peuple macédonien, de même que les citoyens vivant à l'intérieur de ses frontières et qui font partie des peuples albanais, turc, aroumain, serbe, rom, bosniaque et autres, prennent leur responsabilité pour le présent et le futur de leur pays natal ". La Constitution établit une séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire.

Président du gouvernement. Appelé aussi Premier ministre, c'est dans les faits le premier personnage de l'État, celui qui mène la politique du pays. Il est nommé par le président de la République qui le choisit dans les rangs de la majorité parlementaire. Depuis le 31 mai 2017, le poste est occupé par le démocrate (SDSM) Zoran Zaev (né en 1974).

Président de la République. Il est élu pour cinq ans au suffrage universel, rééligible une seule fois au scrutin majoritaire à deux tours. Son rôle est limité, mais pas seulement honorifique, puisqu'il est officiellement commandant en chef des forces armées du pays, nomme les ambassadeurs, propose le nom de deux juges siégeant au Conseil constitutionnel, choisit trois membres du Conseil de sécurité et nomme tous les représentants des entités publiques définies dans la Constitution. Depuis le 12 mai 2009, le nationaliste (proche du VMRO-DPMNE) Gjorge Ivanov (né en 1960) est le président du pays. Une nouvelle élection doit avoir lieu en 2019.

Parlement. Il est monocaméral, c'est-à-dire composé d'une seule chambre, et comprend 120 députés plus trois représentants des citoyens vivant hors du pays. Les députés sont élus au suffrage universel direct. En tant que représentant des citoyens, le parlement exerce le pouvoir législatif. Depuis avril 2017, une coalition menée par les démocrates du SDSM contrôle l'assemblée et son président est l'Albanais Talat Xhaferi.

Collectivités locales. La structure administrative comporte un seul échelon territorial, la commune (opština). Il existe 80 communes au sein de la République de Macédoine. Skopje possède un statut particulier garanti par la Constitution. Elle forme une " unité d'autogestion locale " et est elle-même divisée en 10 municipalités. Depuis 2009, le pays est par ailleurs divisé en huit régions statistiques (regioni) qui n'ont aucun rôle politique ou administratif.

Partis
Partis représentés au Parlement

L'assemblée compte 123 sièges, mais trois sont vacants depuis 2016. Les élections législatives de décembre 2016 n'ont pas permis de dégager une majorité claire. En avril 2017, une coalition de 67 députés (sur 120 sièges) a été formée par le parti démocratique SDSM (50 sièges). Auparavant, le pays avait été principalement dirigé par le parti nationaliste VMRO-DPMNE.

VMRO-DPMNE. Fondé en 1990, ce parti nationaliste de droite domine la vie politique du pays depuis l'indépendance. C'est encore lui qui est arrivé en tête aux élections de 2016 avec 51 sièges, mais il ne détient plus la majorité depuis 2017 et 11 de ses députés ont quitté le parti. Son nom est très long : Organisation révolutionnaire macédonienne intérieure-Parti démocratique pour l'unité nationale macédonienne (Внатрешна македонска револуционерна организација-Демократска партија за македонско национално единство/Vnatrešna makedonska revolucionerna organizacija-Demokratska partija za makedonsko nacionalno edinstvo). En effet, le parti actuel se veut l'héritier de la VMRO, fondée en 1878, qui lutta pour le rattachement à la Bulgarie, puis pour l'indépendance de la province. Il défend les intérêts de l'Église orthodoxe et des Slavo-Macédoniens contre les minorités ethniques et religieuses, même s'il s'est régulièrement allié à des formations albanaises. Comme la plupart des partis politiques du pays, il souhaite une adhésion à l'UE et à l'Otan, mais il s'est montré inflexible dans le conflit du nom du pays avec la Grèce. La principale figure du VMRO-DPMNE est Nikola Gruevski. Premier ministre de 2006 à 2016, c'est lui qui a assuré la nouvelle victoire de son parti en 2016. Condamné à deux ans de prison pour abus de pouvoir et poursuivi dans plusieurs autres affaires, celui-ci était en fuite en Hongrie fin 2018. Depuis 2017, certains députés du VMRO-DPMNE apportent leur soutien à la coalition formée par la SDSM. Ce fut notamment le cas lorsque les deux tiers du Parlement ratifièrent le nouveau nom du pays, " République de Macédoine du Nord ", en 2018.

SDSM. Créée en 1991, l'Union sociale-démocrate de Macédoine (Социјалдемократски Сојуз на Македонија/Socijaldemokratski Sojuz na Makedonija) est l'un des deux grands partis du pays avec le VMRO-DPMNE. Parti social-démocrate, la SDSM détient 50 sièges au Parlement depuis 2016. En avril 2017, son président Zoran Zaev a formé la coalition qui dirige le pays, lui-même ayant été élu au poste de Premier ministre. La SDSM défend une ligne pragmatique dans le but d'apaiser les tensions interethniques et de résoudre les problèmes diplomatiques avec les pays voisins. En 2018, Zoran Zaev est ainsi parvenu à négocier deux accords historiques avec la Grèce et la Bulgarie. L'orientation néolibérale de la SDSM fait qu'elle est plus souvent soutenue par les classes aisées que par les milieux populaires de la majorité slavo-macédonienne.

BDI. L'Union démocratique pour l'intégration (Bashkimi Demokratik për Integrim) défend les droits de la minorité albanaise. Elle détient 10 sièges au Parlement depuis 2016. Depuis 2017, elle fait partie de la coalition menée par le SDSM. Formé aussitôt après l'insurrection de 2001 par des militants de l'UÇK-M, le BDI est devenu le principal parti des Albanais de République de Macédoine. Au sein de l'électorat albanais, le BDI est le principal concurrent du PDSh.

Besa. Fondé en 2014, le Mouvement Besa (Lëvizja Besa) défend officiellement les modes de vie traditionnels des Albanais du pays. Le parti détient 5 sièges au parlement depuis 2016. Depuis 2017, trois de ses députés font partie de la coalition menée par la SDSM (deux autres siègent dans l'opposition). Le nom du mouvement se réfère à la besa, un terme qui définit " l'honneur " dans la société traditionnelle albanaise.

PDSh. Le Parti démocratique des Albanais (Partia Demokratike Shqiptare) représente la minorité albanaise et détient deux sièges au Parlement depuis 2016. Depuis 2017, il fait partie de la coalition menée par la SDSM. Créé en 1997 de la fusion de deux partis albanais, le PDSh se positionne généralement à droite. Considéré comme très radical dans son combat pour la défense des droits de la minorité albanaise, il est en perte de vitesse depuis la fin des années 2000.

RDK. Le Renouveau démocratique national (Rilindja Demokratike Kombëtare) compte un député élu en 2016. Depuis 2017, il fait partie de la coalition menée par la SDSM. Ce parti fondé en 2011 défend les intérêts de la minorité albanaise. Il constitue la branche locale du parti conservateur du Kosovo, la Ligue démocratique du Kosovo (LDK), dont il partage le même logo.

SRM. L'Union des Roms en Macédoine (Сојуз на Ромите од Македонија/Sojuz na Romite na Makedonija) compte un député élu en 2016. Depuis 2017, il fait partie de la coalition menée par la SDSM. Fondé en 1996, ce petit parti défend les intérêts de la minorité rom du pays et a longtemps été un allié du VMRO-DPMNE.

AS. L'Alliance pour les Albanais (Aleanca për Shqiptarët) est un nouveau parti fondé en 2015 qui compte deux députés élus en 2016. Depuis 2017, l'AS apporte régulièrement son soutien à la coalition menée par la SDSM, mais sans toutefois en faire partie.

Non-inscrits et sièges vacants. Depuis 2017, le parlement compte huit députés indépendants qui ont quitté le VMRO-DPMNE. Trois autres sièges sont réservés aux représentants des citoyens vivant en Amérique, en Europe-Afrique et en Asie-Océanie. Mais du fait d'une trop faible participation à l'étranger, ces derniers n'ont pas été attribués et restent vides.

Partis non représentés au Parlement

Outre les huit partis représentés au Parlement, le pays compte une cinquantaine de formations politiques.

Partis multiethniques et nationaux. Ils sont une dizaine à avoir déjà envoyé des députés au Parlement. Le Parti socialiste de Macédoine (SPM) est le successeur de l'ancien parti unique de la République socialiste. Il a compté jusqu'à trois députés mais après une alliance avec le VMRO-DPMNE en 2006, il n'a plus été en mesure de revenir au Parlement. Placé au centre, le Parti libéral-démocrate (LDP) compta, lui, jusqu'à douze députés en 2002. Ses trois députés actuels ont rejoint le SDSM. Le Renouveau démocratique de Macédoine (DOM) est le seul parti écologique du pays. Fondé en 2006, il compte aujourd'hui un député affilié à la SDSM. Enfin, il faut noter l'existence du Parti des forces de gauche de Tito (STSL) qui s'inscrit dans le courant " yougostalgique " apparu dans les années 2000 dans l'ex-Yougoslavie mais désormais en perte de vitesse. Ce petit parti a tenté une alliance avec le VMRO-DPMNE en 2016, mais n'a remporté aucun siège.

Partis représentant les minorités. Outre les formations défendant les intérêts des minorités rom et albanaise présents au Parlement, le pays compte un parti musulman, trois partis pour les Turcs, un parti pour les Serbes, un parti pour les Bosniaques, un autre parti pour les Roms ainsi que plusieurs mouvements pour les Albanais. Les Aroumains sont représentés par deux sous-partis affiliés à la SDSM et au VMRO-DPMNE. Plusieurs minorités comme les Croates ou les Monténégrins ne disposent pas de parti. Enfin, la minorité bulgare (qui pourrait être officiellement reconnue suite à l'accord de 2018 avec la Bulgarie) est représentée par le parti Radko. Mais celui-ci est à ce jour considéré comme illégal et siège à Ohrid sous la forme d'une association.

Enjeux actuels

Depuis son indépendance, en 1991, le pays est confronté à cinq problèmes majeurs qui mettent en cause son existence même. Ces cinq enjeux semblent avoir trouvé un début de réponse positive depuis 2017.

Enjeu n° 1 : l'économie

Jugée " non viable " économiquement par de nombreux analystes, la République de Macédoine doit toujours se trouver un modèle de développement.

Héritage yougoslave. Durant la période de la Yougoslavie socialiste, chaque entité fédérale fut plus ou moins officiellement dotée d'une spécialité : industrie en Serbie, tourisme en Croatie... La République socialiste de Macédoine fut quant à elle chargée de l'agriculture, avec deux secteurs fournissant l'essentiel des besoins des autres républiques : le tabac et le vin. Or, le tabac brun de la région de Prilep est jugé trop fort et ne trouve plus assez de débouchés. Quant au vin local, il est désormais concurrencé par les vignobles de Croatie ou du Monténégro qui sont bien plus réputés sur le marché international.

Investisseurs frileux. Du fait de la décomposition de la Fédération et des guerres de Yougoslavie, la République de Macédoine a en outre perdu ses marchés traditionnels, et en particulier ses liens privilégiés avec la Serbie, qui était son principal partenaire. Face à une agriculture en crise et un taux de chômage dépassant les 25 %, le Premier ministre nationaliste Nikola Gruevski (2006-2016) a cherché à développer le secteur des services et des nouvelles technologies en attirant les capitaux étrangers par le biais d'une fiscalité très basse. Mais les tensions interethniques, le manque de reconnaissance internationale et l'instabilité politique ont créé un climat peu propice. Si bien que les investisseurs étrangers ont largement boudé le pays.

Enjeu n° 2 : la démographie

Comme tous les pays des Balkans, la République de Macédoine est confrontée à un exode massif de sa population et à une baisse du taux de natalité. Et, comme dans les pays voisins, ce sujet est à la fois tabou et peu documenté.

Chiffres officiels douteux. Depuis l'indépendance, seuls trois recensements ont été menés en 1991, en 1994 et 2002. Ceux-ci montrent une très légère baisse de la population : 2,023 millions d'habitants en 2002 contre 2,034 millions d'habitants en 1991. Mais que s'est-il passé depuis 2002 ? Mystère. Le résultat du dernier recensement, en 2011, a été invalidé pour cause de boycott des minorités ethniques. Les dernières estimations officielles de 2018 donnent le chiffre de 2,085 millions d'habitants. Mais selon tous les observateurs étrangers, ce chiffre est exagéré, voire carrément faux. Le taux de natalité ne cesse de baisser (1,42 enfant par femme en 2017) et ne permet pas de compenser l'exode de la population à l'étranger.

Un pays qui se vide. La Banque mondiale évoque le départ de près d'un quart de la population depuis l'indépendance. C'est probable, puisqu'il suffit de sillonner les campagnes du pays pour découvrir des villages vides, d'autres où ne vivent plus quelques vieillards. Pour enrayer ce qui est décrit comme une " catastrophe démographique ", le pays doit résoudre le problème numéro 1 : l'économie. De manière à permettre aux jeunes (dans l'ensemble diplômés) de rester et de trouver un emploi.

Enjeu n° 3 : la reconnaissance des minorités

Peuplé en majorité de Slavo-Macédoniens (entre 60 et 65 % de la population), le pays est en fait composé d'une dizaine d'ethnies différentes. La question des minorités est déterminante non seulement pour la cohésion du pays, mais aussi parce que l'intégration des différentes ethnies est l'un des objectifs fixés par l'UE en vue d'une adhésion de la République de Macédoine.

Les Albanais. Depuis les accords d'Ohrid, en 2001, les Albanais (entre 25 et 30 % de la population) bénéficient d'une représentation politique convenable : ils ont des ministres et contrôlent certaines villes, les partis défendant la minorité sont de toutes les alliances qui ont gouverné le pays. Le processus devrait même aller plus loin, puisque le gouvernent de Zoran Zaev, élu Premier ministre en 2017, prévoit de faire de l'albanais la seconde langue officielle nationale avec le slavo-macédonien. Les chose s'améliorent. Il n'en demeure pas moins que de fortes disparités économiques subsistent entre la majorité slavo-macédonienne et la minorité albanaise.

Les autres minorités. Si la question albanaise a été centrale dès les années 1950, elle a occulté la place laissée aux autres ethnies du pays (entre 10 et 15 % de la population) : Turcs, Roms, Serbes, Aroumains, Bulgares, Bosniaques... Ceux-ci demeurent presque absents de l'appareil politique et de la fonction publique. Par exemple, l'accord d'Ohrid exige qu'une minorité représente 20 % de la population d'une municipalité pour que sa langue ait un statut officiel local, ce qui n'avantage que les Albanais et les Slavo-Macédoniens. Certaines parties de la population sont quant à elles complètement ignorées. C'est le cas des citoyens refusant d'êtres assimilés à telle ou telle ethnie.

Les Bulgares. L'existence d'une ethnie " bulgare " a été niée par la République de Macédoine depuis son indépendance. Elle pose il est vrai une question épineuse, puisque les Slavo-Macédoniens sont historiquement eux-mêmes des Bulgares. Depuis les années 2010, Sofia a cherché à déstabiliser le pays en accordant environ 70 000 passeports bulgares à des citoyens de la République de Macédoine. Cela a envenimé les relations entre les deux pays. Mais les choses pourraient toutefois évoluer suite au traité d'amitié signé avec la Bulgarie en 2018.

Enjeu n° 4 : la reconnaissance internationale

Le conflit sur le nom du pays avec la Grèce empêche la République de Macédoine d'être pleinement reconnue au niveau international. L'accord de Prespa signé en 2018, s'il est ratifié, permettra à Skopje d'adhérer à l'Otan et, peut-être, à l'UE.

Minorité de blocage. Depuis 1991, la grande majorité des 193 États membres de l'ONU a reconnu le pays sous le nom de " République de Macédoine ". Mais une minorité de 18 États membres, dont la Grèce, la France, l'Italie et l'Allemagne, ne reconnaissant le pays que sous le nom d'" ancienne république yougoslave de Macédoine " (Arym ou FYROM en anglais). C'est très vexant pour les habitants. Mais surtout, cela bloque le processus de reconnaissance du pays dans les instances où siège cette minorité de 18 pays. Pour des organisations comme l'ONU, la Fifa, le Comité olympique ou l'Unesco, ce n'est pas très grave car le pays y est admis en tant qu'Arym. Mais pour l'UE ou l'Otan, là, ça coince vraiment : ces deux instances attendent que le conflit du " nom " soit réglé pour accepter un dossier de candidature.

République de Macédoine... du Nord. Grâce à l'accord de Prespa signé avec la Grèce le 12 juin 2018, le pays pourrait être reconnu par l'ensemble des nations et des institutions internationales comme " République de Macédoine du Nord ". Mais ce changement de nom doit encore être validé complètement par les institutions à Skopje et à Athènes. De part et d'autre de la frontière, des blocages subsistent. Des élections en Grèce pourraient amener au pouvoir une nouvelle majorité nationaliste qui risque de dénoncer l'accord. À Skopje, le nouveau nom a été inscrit dans la Constitution après un vote des deux tiers des députés. Mais le président de la République Gjorge Ivanov, proche des nationalistes, bloque le processus. S'il paraît de plus en plus en isolé au sein de son pays, il a reçu un soutien inattendu : la Russie.

Enjeu n° 5 : l'indépendance réelle du pays

Cet enjeu est le plus difficile à cerner. Certes, la République de Macédoine est officiellement et juridiquement indépendante. Mais sa situation économique et démographique, ses problèmes ethniques et son manque de reconnaissance internationale l'ont placée dans une situation délicate. En étant resté en dehors de l'UE, le pays a cherché à nouer des liens avec des grandes puissances capables de l'aider. Le gouvernement nationaliste de Nikola Gruevski (2006-2016) a régulièrement dénoncé une ingérence de l'UE, de la Grande-Bretagne et des États-Unis. En fait, ce sont surtout deux autres nations qui ont mis à mal l'indépendance du pays : la Turquie et la Russie.

Influence de la Turquie. Ce n'est plus un secret, l'homme fort de la Turquie, Recep Tayyip Erdoğan, a lancé une " reconquête " des anciens territoires ottomans des Balkans depuis 2003, en particulier dans les pays peuplés en majorité de musulmans (Albanie, Bosnie-Herzégovine, Kosovo). Fidèle allié de la République de Macédoine depuis 1992, la Turquie a depuis toujours soutenu le pays, que ce soit pour l'adhésion à l'UE ou à l'Otan ou contre la Grèce dans le conflit sur le nom. Ankara profite ici d'un relais d'opinion avec la présence d'une forte minorité turque. Les investissements turcs (1,2 milliard d'euros annoncés... avant la dégringolade de la livre turque en 2018) sont parmi les plus importants, avec notamment le groupe immobilier Limak et, surtout, TAV qui détient les deux aéroports internationaux du pays (Skopje et Ohrid). Par ailleurs, en 2017, l'agence de développement turque TIKA finançait pas moins de 600 projets à travers le pays comme des constructions de mosquées et des aménagements publics (routes, hôpitaux, etc.). C'est par ce biais qu'Ankara aurait plus ou moins directement " financé " toute une partie de la classe politique locale : un parti albanais, des députés, des ministres slavo-macédoniens... Ces financements occultes sont au centre de la vaste enquête lancée par la police judiciaire qui a déjà abouti à la condamnation de l'ancien Premier ministre Nikola Gruevski. L'implication de la Turquie est difficile à mesurer. Mais pour les observateurs étrangers, la République de Macédoine serait devenue le cheval de Troie de la Turquie en Europe.

Influence de la Russie. Moscou s'est intéressé à la République de Macédoine plus récemment. Si son objectif est de restreindre l'expansion de l'EU et de l'Otan dans les Balkans, le Russie était jusque-là surtout intervenue en Serbie et au Monténégro, deux pays slaves et orthodoxes dont elle a été la protectrice à partir du XVIIe siècle. Les investissements russes et les échanges commerciaux avec la Russie demeurent pour l'heure limités en République de Macédoine. Moscou ne dispose pas des moyens financiers de la Turquie. Mais le gouvernement de Vladimir Poutine a révélé au grand jour ses ambitions récemment. Celui-ci est intervenu en 2018 pour condamner l'accord de Prespa entre Skopje et Athènes. Il est vrai que cet accord historique ouvre la voie à une adhésion à l'UE et à l'Otan de la République de Macédoine. Il risque donc de réduire encore la sphère d'influence russe en Europe.

Diplomatie : des relations de voisinage compliquées

La République de Macédoine est entourée par cinq pays : la Grèce (au sud), l'Albanie (à l'ouest), le Kosovo (au nord-ouest), la Serbie (au nord-est) et la Bulgarie (à l'est). Elle entretient avec chacun des relations complexes et fluctuantes.

Grèce

Après vingt-sept ans de crise, une nouvelle relation s'est instaurée en 2018 entre la République de Macédoine et son voisin le plus puissant et le plus peuplé (11 millions d'habitants).

Accord de Prespa. Le 12 juin 2018, sur la rive grecque du grand lac Prespa, les deux États ont signé un accord qui doit mettre fin au conflit sur le " nom ". Athènes refusait jusqu'alors catégoriquement que son voisin puisse s'appeler " Macédoine ", continuant de le nommer " Ancienne République yougoslave de Macédoine " (Arym). Le compromis trouvé à Prespa est " République de Macédoine du Nord ". Cette solution était déjà dans les tuyaux diplomatiques depuis les années 2000. Mais le nationaliste Nikola Gruevski, au pouvoir à Skopje de 2006 à 2016, a plombé le dossier. Celui-ci ne voulait que le nom " Macédoine " seul, sans rien d'autre. Il a trouvé face à lui des négociateurs grecs aussi inflexibles. Et les pourparlers sont restés dans l'impasse plus de dix ans.

Pragmatisme. Il a fallu l'arrivée au pouvoir d'Alexis Tsipras à Athènes, en 2015, pour que les choses commencent à bouger. Son parti de gauche radicale, Syriza, avait sur la question du " nom " une approche plus pragmatique que le Pasok (gauche) et la Nouvelle Démocratie (droite). Ces grandes formations qui dirigeaient la Grèce en alternance depuis 1974 partageaient les mêmes vues nationalistes sur le sujet. Mais les deux partis ont été balayés après la crise financière qui a secoué le pays en 2009. À Skopje, le sujet du " nom " n'était alors plus d'actualité. Mais la crise institutionnelle des années 2013-2016 a changé la donne. Le démocrate Zoran Zaev, Premier ministre élu en 2017, avait besoin d'imposer une rupture avec la précédente majorité nationaliste, et mieux, d'obtenir des résultats. Il partageait le même pragmatisme que Tsipras. Ensuite, tout est devenu possible et c'est en à peine un an que l'accord a été formalisé.

Une signature fragile. De part et d'autre de la frontière, l'accord n'était toujours pas complètement finalisé fin 2018. À Skopje, après un référendum favorable mais annulé du fait de la trop faible participation (et de listes électorales ne prenant pas en compte l'exode massif des inscrits à l'étranger), il a fallu modifier la Constitution au forcing, via le Parlement, pour inscrire le nouveau nom du pays dans le marbre. Après le vote favorable des deux tiers des députés, un dernier obstacle demeure : le président de la République Gjorge Ivanov (proche des nationalistes) refuse de signer la Constitution amendée. De ce côté-là, tout espoir n'est pas perdu, puisqu'un nouveau président devrait être désigné en 2019. Mais cette même année, doivent aussi se tenir en Grèce des élections qui risquent de causer le départ de Tsipras. Celui-ci a été largement fragilisé par l'accord de Prespa, puisque près de 70 % des Grecs restent opposés à l'utilisation du nom " Macédoine " sous toutes ses formes par le pays voisin. Un nouveau gouvernent dirigé par le Pasok ou la Nouvelle Démocratie pourrait dénoncer l'accord. Reste que l'UE, qui a soutenu la voie du pragmatisme depuis 1991, va aussi peser de tout son poids pour que l'on ne touche plus à la " Macédoine du Nord ". D'autant que l'accord a été salué par toutes les grandes nations et institutions internationales, à l'exception notable de la Russie.

Ce que pourrait changer l'accord. Beaucoup de choses. Car, depuis 1991, la Grèce a fait valoir son droit de veto dans toutes les organisations internationales dont elle est membre pour s'opposer à la " Fyrom ", en particulier à l'Otan et à l'UE. Désormais, si les deux pays sont d'accord sur le nom de " République de Macédoine du Nord ", il n'y aura plus de raison pour Athènes de bloquer une candidature de Skopje. L'UE pourrait même se montrer plus coulante envers le candidat, accélérer l'examen du dossier, voire tolérer des approximations sur bien des critères, en particulier le " respect des minorités " et " une économie de marché viable ", les principales faiblesses du pays actuellement. Pour sa part, l'Otan a déjà invité Skopje à se monter candidate. L'UE a également envoyé des signaux positifs. La possibilité d'une entrée dans le club européen signifie que la " Macédoine du Nord " profitera enfin d'une pleine reconnaissance, de davantage d'aides et de stabilité, de plus d'attention de la part des investisseurs, d'un accès facilité aux marchés voisins et au port vital de Thessalonique, etc. C'est pour toutes ces raisons que la population du pays soutient l'accord de Prespa à plus de 80 %.

Bulgarie

Le médiatique contentieux avec la Grèce a occulté un autre imbroglio diplomatique, celui entre Sofia et Skopje. Car depuis l'indépendance de la République de Macédoine, en 1991, la Bulgarie (7 millions d'habitants) entretient des relations difficiles avec son voisin, jusqu'à nier l'existence de sa population. Mais là aussi les choses bougent.

Bulgares et Slavo-Macédoniens. C'est une subtilité diplomatique dont seuls les Balkans semblent avoir le secret. Le 15 janvier 1992, la Bulgarie a été l'un des tout premiers pays à reconnaître l'indépendance de la République de Macédoine. En revanche, elle a toujours précisé qu'elle ne reconnaissait pas l'existence d'un peuple " slavo-macédonien " et d'une citoyenneté " macédonienne ". Pour Sofia, le pays voisin est majoritairement habité par des " Bulgares ". Historiquement, génétiquement, linguistiquement et culturellement, ce n'est pas faux : la plupart des Slaves de République de Macédoine sont bien des descendants des Bulgares du Moyen Âge. Mais cela remet complètement en cause les bases de la nation inventée par Tito en 1945. Il est vrai que la Bulgarie n'a jamais digéré la perte de la " Macédoine du Vardar " en 1913.

Un siècle de conflit, dix ans de blocage. L'origine du conflit remonte bien à 1913, quand la Bulgarie a définitivement perdu le territoire de l'actuelle République de Macédoine. Depuis la création de la République socialiste de Macédoine, en 1945, un conflit a opposé les politiciens, mais surtout les historiens et les linguistes des deux nations. Le courant " macédoniste " porté par Tito a été ravivé depuis l'indépendance de 1991. En 1999, les choses se sont enfin un peu calmées avec le début de négociations. Mais l'insurrection albanaise de 2001 a relayé le sujet au second plan. Puis, en 2006, l'arrivée de Nikola Gruevski au pouvoir à Skopje a causé une nouvelle rupture. Le Premier ministre nationaliste s'est montré aussi inflexible qu'avec les Grecs. Or, en 2007, la Bulgarie est devenue membre de l'UE. Elle a dès lors répliqué avec deux armes aux arguments de Skopje. Tout d'abord, Sofia a menacé d'utiliser son droit de veto à une candidature de la République de Macédoine à l'UE. Puis elle a été plus loin, en offrant le passeport bulgare (et donc européen) aux citoyens du pays voisin qui le désiraient. Une proposition d'autant plus alléchante que la population de République de Macédoine devait alors payer des visas distribués au compte-gouttes pour entrer dans l'UE. Plus de 70 000 personnes (l'équivalent de la population de Bitola, la deuxième ville du pays) ont ainsi opté pour la nationalité bulgare.

Accord historique. Comme avec la Grèce, tout s'est finalement débloqué après le départ du nationaliste Nikola Gruevski, en 2016, et l'arrivée au pouvoir du démocrate pragmatique Zoran Zaev, en juin 2017. En août, les deux pays ont signé un " traité d'amitié " : la République de Macédoine reconnaît l'existence d'une " minorité bulgare " sur son sol et s'engage à aborder son histoire " de manière objective ". En échange, la Bulgarie reconnaît le peuple " macédonien " et annonce soutenir la candidature de son voisin pour l'intégration à l'UE. Le traité a été symboliquement ratifié par le Parlement de Sofia le 15 janvier 2018 (vingt-six ans jour pour jour après la reconnaisse de l'indépendance de la République de Macédoine), puis trois jours plus tard par le Parlement de Skopje. Le traité est assorti de différentes clauses sur la coopération économique qui devraient permettre de développer les échanges, jusque-là minimes, entre les deux pays, notamment en construisant de nouveaux axes transfrontaliers.

Albanie et Kosovo

Tous deux peuplés majoritairement d'Albanais, l'Albanie (3 millions d'habitants) et le Kosovo (1,9 million d'habitants) sont les pays voisins avec lesquels Skopje entretient les meilleurs rapports diplomatiques. Ce n'est pas forcément la grande amitié, mais du pragmatisme. Le but : éviter la création d'une Grande Albanie qui ferait disparaître la République de Macédoine.

Albanie. Tirana a été l'une des premières capitales à reconnaître l'indépendance de son voisin, dès décembre 1991. À une nuance près, toutefois : elle reconnaît le nouveau pays en tant qu'Ancienne République yougoslave de Macédoine. Il s'agit pour l'Albanie de ménager les susceptibilités de son autre voisin, la Grèce. Mais dans les relations bilatérales avec Skopje, Tirana utilise volontiers le nom de " République de Macédoine ". En fait, l'Albanie n'a jamais voulu prendre parti dans le débat sur le " nom ". Elle a aussi évité d'intervenir trop directement pour soutenir la minorité albanaise de son voisin, notamment lors de l'insurrection de 2001. C'est donc, depuis 1991, des relations tout à fait cordiales qu'entretiennent les deux pays, mais sans plus. Il ne viendrait jamais à l'idée pour un Slavo-Macédonien d'aller passer ses vacances sur la " Riviera albanaise ". Les échanges économiques demeurent embryonnaires : les deux pays sont partenaires à hauteur d'environ 1 % de leurs importations et exportations.

Kosovo. La plus jeune nation d'Europe a déclaré son indépendance le 17 février 2008. Après quelques tergiversations, la République de Macédoine a reconnu le Kosovo le 17 octobre 2009. En échange de quoi, Pristina à aussitôt reconnu son voisin en tant que " République de Macédoine " (et non comme Arym). Les choses avaient plutôt mal commencé. Car avant même leur indépendance, ces deux anciens territoires yougoslaves et ottomans ont connu des heures difficiles. Depuis le XIXe siècle, toutes les grandes révoltes albanaises du Kosovo ont rejailli au-delà des monts Šar, dans la ville de Tetovo, elle aussi majoritairement peuplée d'Albanais et historiquement revendiquée par les Slaves. En 1998, c'est par là que sont passés les réfugiés kosovars fuyant la répression des troupes de Slobodan Milošević. Et c'est encore par là que la guerre du Kosovo s'est propagée, faisant éclater, en 2001, l'insurrection albanaise de République de Macédoine. C'est d'ailleurs pour s'assurer du tracé exact de la frontière que les autorités de Skopje ont attendu quelques mois avant de reconnaître le Kosovo. Durant ce laps de temps, à Skopje, les débats ont été houleux entre nationalistes albanais et slavo-macédoniens. Ces derniers ne voulaient pas vexer la Serbie, qui revendique toujours le Kosovo. Et c'est justement ce qui s'est passé. Le 10 octobre 2009, avant même la reconnaissance officielle du Kosovo par Skopje, l'ambassadeur de République de Macédoine à Belgrade était expulsé par les autorités serbes. Depuis, malgré des liens peu étroits et des relations économiques quasi inexistantes entre le Kosovo et la République de Macédoine, Skopje a toujours réaffirmé son amitié envers Pristina.

Serbie

La Serbie (6,8 millions d'habitants) est aujourd'hui le voisin avec lequel la République de Macédoine a les relations les plus complexes.

Kosovo. Bastion politique et religieux de l'illustre dynastie serbe des Nemanjić du XIIe au XIVe siècle, cette province fut aussi, au Moyen Âge, le symbole de la résistance chrétienne face à l'envahisseur ottoman : la grande défaite des princes des Balkans lors de la bataille du Champ des Merles (Kosovo Polje), près de l'actuelle Pristina, le 15 juin 1389, est aujourd'hui célébrée comme la fête nationale serbe, Vidovdan, le jour de la Saint-Guy. Autant dire que la perte du Kosovo, en 1999, a été vécue comme un drame par les Serbes. Ce qui est aussi très mal passé, c'est que des nations considérées " amies " comme la République de Macédoine reconnaissent le nouvel État kosovar en 2009. L'ambassadeur de Skopje a été aussitôt expulsé de Serbie. Les relations diplomatiques ont repris un an plus tard. Mais cela témoigne de liens ambigus entre ces deux pays majoritairement orthodoxes au long passé commun. Depuis la conquête du territoire de l'actuelle République de Macédoine par les Nemanjić au XIVe siècle, la Serbie a toujours considéré son voisin comme faisant partie de sa sphère d'influence. D'autant que la République de Macédoine conserve un important patrimoine religieux serbe ainsi qu'une petite minorité serbe (1,8 % de la population). Belgrade a donc mal supporté la déclaration d'indépendance de la République de Macédoine en 1991. Le régime de Slobodan Milošević menaça d'envahir le pays et lui infligea un embargo économique jusqu'en 1992. La Serbie a donc tardé à nouer des relations diplomatiques avec le nouvel État. Cependant, malgré ses liens d'amitié profonds avec Athènes, Belgrade a reconnu la " République de Macédoine " (et non l'Arym) le 8 avril 1996. Depuis, les relations sont en dents de scie. Outre la rupture diplomatique de 2009-2010, des différends territoriaux (aujourd'hui résolus) sont venus fissurer de nouveau l'amitié entre les deux pays. Dernier incident en date, le 12 décembre 2017, la Serbie a rapatrié tout le personnel de son ambassade à Skopje. La raison : encore le Kosovo. Le Premier ministre de la République de Macédoine Zoran Zaev venait d'annoncer vouloir soutenir le dossier de candidature de Pristina à l'Unesco.

Église orthodoxe. Les Slavo-Macédoniens orthodoxes sont très fiers de leur Église orthodoxe de Macédoine qui siège à Ohrid. Problème : cette institution religieuse n'est pas reconnue comme autocéphale (indépendante) par les autres Églises orthodoxes à travers le monde. Elle dépend officiellement du patriarcat serbe, à Belgrade. C'est l'autre dossier qui divise la Serbie et la République de Macédoine, en théorie simplement au niveau des autorités ecclésiastiques, mais, dans les faits jusqu'aux plus hautes sphères des deux États. Là encore, les causes remontent au Moyen Âge. Au IXe siècle, sous l'impulsion de l'empereur bulgare Boris Ier, Ohrid devient le principal foyer d'évangélisation des Slaves. Dès lors, cette ville " sainte " sera continuellement disputée entre les Serbes, les Bulgares et les Grecs. Ces derniers fondent, en 1018, l'archevêché d'Ohrid, qui passe ensuite sous contrôle bulgare, puis serbe au XIVe siècle. En tant que symbole, l'archevêché fera l'objet de luttes d'influences entre les trois nations, y compris durant la période ottomane, jusqu'à ce qu'il soit aboli sous la pression des Grecs en 1767. Puis, durant la période socialiste, Tito autorise la refondation de l'archevêché d'Ohrid comme siège d'une nouvelle Église orthodoxe de Macédoine. Plutôt anticlérical, le dirigeant yougoslave souhaite par ce geste rompre avec le passé bulgare de la région et promouvoir une nouvelle identité " slavo-macédonienne ". Mais pour éviter un risque de " bulgarisation " du clergé local, l'institution est placée sous la tutelle du patriarcat serbe. Sauf qu'en 1967 (deux siècles après l'abolition du premier archevêché), le clergé slavo-macédonien se rebelle en déclarant l'autocéphalie de l'Église orthodoxe de Macédoine. Pendant une quarantaine d'années, deux institutions orthodoxes cohabitent dans le pays : un exarchat d'Ohrid, autonome mais sous contrôle serbe et reconnu par l'ensemble des Églises orthodoxes, et une Église d'Ohrid se déclarant indépendante, mais désignée comme " schismatique " par le patriarcat oecuménique de Constantinople, l'autorité morale suprême des orthodoxes. Après l'indépendance, le gouvernement de Skopje déclare quant à lui illégal l'exarchat d'Ohrid. Puis, en 2005, la police est envoyée pour expulser tous les prêtres et moines se réclamant de celui-ci. L'archevêque Jovan (pro-serbe) de l'exarchat est condamné à dix-huit mois de prison. L'affaire fait grand bruit. Une pluie de critiques s'abat sur Skopje, aussi bien de la part des Églises orthodoxes, des gouvernements serbe et américain, d'Amnesty International que de la Commission européenne, qui y voit une " atteinte à la liberté de culte ". La République de Macédoine accepte de libérer l'archevêque en 2006. Mais entre-temps, le patriarcat oecuménique de Constantinople a interdit à tous les prêtres et moines orthodoxes de se rendre dans le pays tant que l'exarchat ne serait pas rétabli. Cet ordre est à ce jour maintenu. Toutefois, depuis 2018, le patriarche de Constantinople a accepté d'étudier la possibilité de reconnaître l'autocéphalie de l'Église orthodoxe de Macédoine. La décision dépendra surtout de l'évolution des relations entre Belgrade et Skopje.

Économie

Juste avant son indépendance, en 1991, la République de Macédoine ne représentait que 5 % de l'économie yougoslave. Le passage à l'économie de marché fut d'autant plus rude, que le pays dut subir coup sur coup la perte de ses débouchés yougoslaves et les effets de trois embargos (voir Histoire), dont celui imposé par la Grèce en 1994-1996. Malgré la privatisation jugée réussie des entreprises publiques dans les années 2000, la République de Macédoine reste très fragile économiquement, très dépendante de la santé des marchés européens. Car si elle autonome en termes de produits agricoles, elle doit importer quasiment tout le reste. Elle dépend encore en grande partie des " aides " (prêts) du FMI et de la Banque mondiale pour son développement. Considérée comme l'économie la plus libérale des Balkans, elle ne parvient pourtant pas attirer suffisamment d'investisseurs. Le pays souffre en effet d'une mauvaise image (persistance des conflits ethniques, poids de l'économie parallèle estimée à 20 % du PIB). La population souffre particulièrement avec un taux de chômage qui stagne à plus de 20 %, atteignant plus de 40 % au sein de minorités ethniques.

Principaux chiffres

PIB et balance commerciale. Le produit intérieur brut s'établissait à 11,34 milliards de dollars en 2017. La balance commerciale est largement déficitaire : 5,8 milliards de dollars pour les exportations et 6,5 milliards de dollars pour les importations (2017).

Croissance et inflation. Après s'être maintenue à 4 % du PIB chaque année dans les années 2000, elle est désormais plus basse et très fluctuante : + 3,9 % en 2015, + 2,9 % en 2016, - 0,5 % en 2017, + 2,3 % en 2018. Ces changements soudains s'expliquent par la grave crise institutionnelle des années 2013-2017, mais aussi par la mauvaise santé des entreprises turques, qui devaient investir massivement dans l'économie locale et ont dû y renoncer. L'inflation est quant à elle faible (0,3 % en 2017) après avoir atteint jusqu'à 11 % dans les années 2000.

Chômage. Il est en baisse constante depuis 2005. Mais on part de très haut, puisqu'il touchait alors 38 % de la population active, contre " seulement " 21 % en 2018. Il pourrait passer sous les 20 % vers 2020.

Richesses et revenus. Avec un PIB par habitant de 15 200 dollars en 2017, le pays se classe au 85e rang mondial, devant la Serbie et derrière le Brésil. Mais la République de Macédoine demeure le 9e État le plus pauvre d'Europe. Le salaire moyen mensuel est de 414 € nets.

Secteurs de l'économie

Agriculture. Le secteur occupe 16 % de la main-d'oeuvre et génère 8 % du PIB (2017). Les exploitations sont de taille réduite, puisque 80 % d'entre elles font moins de 3 hectares. L'élevage repose surtout sur les ovins : les moutons sont exploités à la fois pour leur lait (production de fromages semblables à la feta grecque), leur viande et leur laine. Les cultures se concentrent dans le Sud-Est, dans la région de Strumica où l'on produit à la fois des céréales, du maïs, du riz, des fruits et légumes, mais aussi du vin, du tabac et de l'opium (introduit par les Ottomans et utilisé par l'industrie pharmaceutique pour les somnifères).

Services. Ils représentent 54 % des emplois et 67 % du PIB (2017). Le secteur repose essentiellement sur les banques, les commerces, l'hôtellerie-restauration et l'administration.

Industrie. Elle emploie 30 % des travailleurs et pèse pour 25 % dans le PIB (2017). C'est le principal secteur pour l'exportation avec d'importants sites dans la chimie, les mines, l'agroalimentaire, l'automobile (sous-traitance), la pharmacologie et le textile. Les usines sont généralement polluantes et obsolètes. Un ensemble de barrages construits dans les années 1950-1960 assure au pays des ressources en électricité hydraulique, en complément de la production des centrales thermiques.

Partenaires économiques et investisseurs

Principaux partenaires. L'Allemagne est le principal partenaire économique du pays : 41 % des exportations se font vers l'Allemagne, et la République de Macédoine importe 12 % de ses biens de l'Allemagne. Pour les exportations au départ de la République de Macédoine, viennent ensuite la Serbie (7 %), la Bulgarie (5 %) et la République tchèque (5 %). Pour ses importations, outre l'Allemagne, le pays fait venir ses produits principalement du Royaume-Uni (10 %), de Serbie (8 %), de Grèce (7 %) et d'Italie (5 %). La France est un partenaire marginal : 0,8 % des exportations, 1,4 % des importations.

Principaux investisseurs. En théorie, la Turquie est le plus gros investisseur, mais sur les 1,2 milliard d'euros annoncés depuis 2007, peu de projets ont été menés à bien. En 2014, le groupe textile Weibo avait promis de créer un immense site de production à 315 millions d'euros générant 5 000 emplois, mais seuls 3,4 millions ont réellement été injectés avec 25 salariés à la clé. Au final, à ce jour, seul le groupe turc TAV (détenu à 49 % par Aéroports de Paris) a vraiment misé sur la République de Macédoine avec 66 millions d'euros investis depuis 2008 dans les deux aéroports d'Ohrid et de Skopje. En réalité, c'est l'Allemagne qui se place en tête des pays investisseurs avec 117 millions et 10 000 emplois créés répartis principalement entre trois sites de sous-traitants du secteur automobile. Les Britanniques se classent également devant les Turcs, avec notamment le groupe Johnson Matthey. Celui-ci a ouvert en 2013, dans la banlieue de Skopje, une usine de pièces détachées pour automobiles d'un coût de 93 millions d'euros et employant 680 salariés. Côté français, le bilan est bien maigre. Le plus gros investissement s'élève à 1,5 million d'euros. C'est celui de deux musiciens, Laurent Koppitz et Aude Nassieu Maupas, qui ont créé en 2015, à Skopje, le studio d'enregistrement pour musiques de films Fames employant 10 personnes.

Place du tourisme

La République de Macédoine est le dernier pays des Balkans en termes de fréquentation touristique. En cause : l'absence d'accès à la mer, l'instabilité politique et, surtout, une méconnaissance quasi complète de la destination. Malgré des investissements (salons spécialisés, publicités, invitations de journalistes, etc.), le pays reste mal connu. Le tourisme occupe une place très marginale dans l'économie locale, contribuant directement et indirectement à 5 % du PIB (c'est l'un des plus faibles taux en Europe).

Fréquentation en hausse. Le secteur est en hausse constante depuis 2010 (de 5 à 10 % par an), au point qu'il a presque retrouvé son niveau des années 1980, lorsque 700 000 visiteurs de Yougoslavie affluaient chaque année sur les lacs d'Ohrid et Prespa. En 2017, on comptabilisait ainsi 631 000 visiteurs étrangers. Ceux-ci viennent principalement de Turquie (20,5 %) et des pays voisins : Serbie (8,4 %), Bulgarie (7,3 %) et Grèce (7 %).

Chiffres à relativiser. Les chiffres de fréquentation sont à prendre avec des pincettes : les " touristes turcs " sont pour beaucoup des familles turques originaires de République de Macédoine chassés du pays dans les années 1950-1960 qui reviennent voir les cousins et veiller sur leurs maisons. Les " touristes serbes " et les " touristes bulgares " sont dans le même cas que les Turcs : ils viennent souvent pour voir des proches ou des villages qu'ils ont quittés. Les Serbes transitent aussi par la République de Macédoine pour aller passer des vacances d'été en Chalcidique (Grèce). Les " touristes grecs " sont quant à eux surtout des joueurs d'argent venant de Thessalonique dépenser leurs euros dans les hôtels-casinos de Gevgelija, près de la frontière.

Touristes occidentaux. Ils sont rares. Les plus nombreux sont les Néerlandais, mais ils ne sont que 27 000 à venir chaque année (4,3 % du total des " touristes "). Leur destination, c'est Ohrid, qui a été rendue célèbre aux Pays-Bas par l'écrivain et journaliste A. den Doolaard (1901-1994). C'est de toute façon la région d'Ohrid qui attire le plus les touristes, avec environ 60 % des nuitées, suivie par Skopje (10 %), puis par Gevgelija et la région viticole de Tikveš (10 %). Le nombre de touristes francophones reste très limité. Les Français seraient moins de 10 000 chaque année. Mais ce nombre pourrait augmenter grâce à la liaison aérienne régulière mise en place par Wizz Air entre Ohrid et Bâle-Mulhouse.

Présence française

Selon l'ambassade de France à Skopje, la France est le 21e pays investisseur en République de Macédoine (45 millions d'euros en 2017). Dans les années 2000, la France occupa la 7e place, mais elle est aujourd'hui distancée par l'Allemagne, la Grande-Bretagne et la Turquie.

Principales entreprises françaises. Le plus gros investissement a été réalisé en 2006 par la banque Société générale en rachetant le réseau Ohridska Bank. Dans l'agroalimentaire, le groupe Lactalis possède l'usine Ideal Šipka, à Bitola, où sont produits des fromages vendus notamment sous les marques Président et Galbani. Dans les transports, depuis 2017, le groupe Aéroports de Paris détient 46 % de TAV, principal investisseur turc dans le pays, qui possède les aéroports de Skopje et d'Ohrid. On note aussi la présence de Publicis dans la communication, de Freyssinet (groupe Vinci) et Egis dans le BTP, d'Apave dans la formation professionnelle, d'Accord dans l'hôtellerie avec un établissement Ibis à Skopje, de Sanofi-Pasteur dans le secteur pharmaceutique et d'un point de vente Mr Bricolage dans la capitale. Enfin, en 2015, deux musiciens français ont créé à Skopje le studio d'enregistrement Fames spécialisé dans les musiques de films.

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