Guide du Portugal : Arts et culture

Architecture

Au cours de ses millénaires d'existence, le pays a accumulé un impressionnant patrimoine architectural qui va de l'époque préromaine à l'art contemporain.

Les vestiges préromains

Au début de l'Antiquité, le territoire, qui correspond a l'Alentejo et à l'Algarve actuels, était parsemé de petits villages ibères et celtiques. L'impressionnant Cromeleque dos Almendres près d'Evora (27 menhirs disposés en trois cercles concentriques) et les quelques dolmens dans l'ouest de l'Algarve témoignent encore de nos jours de cette première présence humaine sur le territoire portugais.

Edifices romains

Les Romains ont laissé à la Lusitanie leur langue et leurs avancées en matière d'architecture. A la fin de l'époque antique et au début du Moyen Âge, temples, ponts, maisons seigneuriales, aqueducs, théâtres et amphithéâtres dominaient les paysages urbains. La majorité de ces monuments ont disparu avec le temps, mais vous pourrez en admirer encore aujourd'hui les beaux vestiges dans certaines régions : le temple de Diane à Evora, les villas patriciennes au nord de Beja, les villes thermales de Coninbriga (près de Coimbra qui compte aussi des vestiges romains d'exception) et de Braga, le pont romain de Ponte de Lima... Après la chute de l'Empire romain, les Wisigoths ont imposé leur civilisation, qui n'a cependant laissé que peu de traces architecturales (à voir cependant, les splendides églises wisigothes de Lamego et Beja).

Roman

Le style roman n'a jamais atteint un fort niveau de développement au Portugal qui, entre le Xe et le XIIe siècle, était en très grande partie dominé par des forces musulmanes. A noter néanmoins, les cathédrales massives de Porto et de Lisbonne, uniques dans leur genre, qui ressemblent bien plus à des forteresses qu'à des lieux saints.

Gothique

Royaume relativement prospère après la victoire définitive sur les musulmans au XIIIe siècle, le Portugal a connu une première effervescence des arts aux XIVe et XVe siècles, avec des réalisations architecturales majeures construites en style gothique. Pour les amateurs de ce courant en vogue à la fin du Moyen Âge, Santarém (Ribatejo) vaut un détour : les fortifications et la majorité des églises constituent de très beaux vestiges de cette époque.

A voir également : les cathédrales de Braga et de Coimbra, l'église du Carmo dans le Barrio Alto de Lisbonne et le spectaculaire monastère d'Alcobaça.

Art manuélin

A cheval entre le gothique et les temps modernes, sans aucun doute, c'est l'époque artistique la plus spécifiquement portugaise qui a fait naître quelques-uns des plus beaux monuments du patrimoine culturel européen. Même s'il tient son nom du roi Manuel Ier (1495-1521), c'est à un architecte français du nom de Boytac que l'on doit le premier édifice manuélin : le cloître du monastère de Batalha (Extremadura), inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco. Dans les années 1490, Boytac introduit dans ses créations des détails architecturaux qui évoquent la richesse que les grandes découvertes ont donnée au Portugal, en combinant un style médiéval et des motifs naturels et marins.

Ce mélange insolite est d'une grande élégance : les piliers ne sont plus droits, mais en spirale, les moulures des portes et des fenêtres sont ornées de motifs de cordages, d'ancres, de globes terrestres, de fleurs exotiques et puis, surtout, de la croix du Christ. Ce style, marqué par les détails évoquant la passion de la mer et la prospérité du pays, va disparaître à la mort du roi Manuel Ier. Hormis le grand cloître du monastère de Batalha, les exemples les plus marquants en sont le monastère des Jerónimos à Belém, l'église de Jesus à Setúbal et la fameuse fenêtre du couvent du Christ à Tomar.

Renaissance

En général peu présent dans la péninsule Ibérique, le style Renaissance s'est nettement moins développé que l'art manuélin au début du XVIe siècle. De plus, les idéaux humanistes qui ont inspiré les grandes réalisations de ce style en Italie ou en France étaient plutôt absents dans ce Portugal fortement influencé par l'Inquisition. La très belle place purement Renaissance de Viana de Castelo (Minho) constitue pourtant une exception remarquable à cette règle.

Baroque

Le terme " baroque " vient quand même du terme portugais barroco (rocher côtier aux formes irrégulières), attendez-vous donc à de nombreux monuments de style baroque rococo lors de votre visite. En effet, nombreuses sont les églises construites à des époques antérieures qui ont été " baroquisées " par la suite et vous pourrez en trouver sur tout le territoire portugais, dans un style très tape-à-l'oeil : dorures omniprésentes, sculptures complexes et richesse ostentatoire sont les maîtres mots de ce style témoignant de l'abondance d'un pays en pleine expansion coloniale. Les monuments les plus remarquables : l'église São Francisco à Porto et le château de Vila Viçosa. C'est également à cette époque que les carreaux de faïences, les fameux azulejos, sont entrés dans les moeurs architecturales. Pour voir l'un des plus beaux résultats du mélange du style baroque et des azulejos, visitez la basilique royale de Castro Verde (Alentejo). Notez aussi que, dans la banlieue de Lisbonne, le château de Queluz est l'un des plus beaux exemples de style rococo de toute l'Europe.

Azulejos

Comment les ignorer au Portugal ? Ces carreaux peints à la main et vernissés recouvrent façades et murs intérieurs de leurs coloris chatoyants et de leurs dessins sophistiqués ou naïfs. C'est vrai que c'est pratique : frais l'été, inaltérable en milieu humide.

Le mot ne vient pas de azul, mais de l'arabe az-zulaïj qui signifie " pierre polie " et se prononce " azoulejouch ". Au XIVe siècle, dans le but de décorer palais et mosquées, les Maures ont apporté les azulejos dans leurs bagages (ou, du moins, la technique de fabrication, parce que cela pèse le poids d'un âne mort).

Après la Reconquista, Séville en est devenue le centre de production pour toute la péninsule ibérique. Ce n'est qu'au XVIe siècle que les Portugais vont produire leurs propres carreaux de faïence : bleus et blancs à l'origine ; à partir du XVIIe siècle, les azulejos deviennent polychromes. Après avoir utilisé les motifs mauresques géométriques et colorés, les Portugais deviennent les maîtres de la polychromie avec le style dit majolique. Plus tard, ils réalisent de véritables tableaux puis développent à partir du XVIIIe siècle des motifs plus spécifiques. Les azulejos étant de plus en plus demandés pour décorer les quintas d'été, les Portugais ont fait appel aux Hollandais (Delft), dont les techniques permettaient de réaliser des panneaux plus complexes.

L'azulejo peut tout imiter. Simple et monochrome au XVIIe siècle, sous la domination espagnole, il se pare de couleurs et de motifs figuratifs dès le retour des Portugais sur le trône. L'art de l'azulejo se développe alors de façon extraordinaire. C'est la grande époque des panneaux décoratifs inspirés des gravures françaises et hollandaises, et bordées de cadres en trompe-l'oeil, et aussi des convites, ces silhouettes de gardes plaquées sur les murs. A la fin du XIXe siècle, l'amélioration des conditions économiques stimule la construction et la rénovation de nombreux édifices pour lesquels il est nécessaire de produire des milliers d'azulejos. A la polychromie traditionnelle sont substitués, sous l'influence chinoise, des motifs bleus sur fond blanc. Ces motifs orneront alors les maisons, les administrations et les lieux publics (ne ratez pas les énormes tableaux en azulejos de la gare São Bento à Porto).

Depuis, le genre s'est renouvelé, et des artistes contemporains continuent à le réinventer. Seule la technique demeure inchangée : sur une base de terre revêtue d'un enduit spécial, le motif décalqué est peint. C'est là que ça se corse, car les peintures à base d'oxydes de métaux sont toutes plus ou moins grises. Ensuite, les carreaux sont cuits à 1 000 ºC pendant plusieurs heures. Vous les verrez partout, plus ou moins beaux (certains font carrément carreaux de salles de bains ringardes) et, si vous aimez, nous vous conseillons vivement le musée du même nom à Lisbonne. Si le coup de foudre se confirme, allez visiter une fabrique.

Art nouveau

Au cours du XIXe siècle, les crises économiques et politiques successives n'ont permis que peu de réalisations architecturales majeures (comme, par exemple, le palais de l'Ayuda, jamais entièrement achevé). A la fin de ce siècle, la bourgeoisie montante, de plus en plus confiante en elle-même, est tombée sous le charme du mouvement Art nouveau, présent à travers de nombreux pays européens. Comme à Vienne, Paris ou Nancy, des édifices de ce style ont vu le jour à travers tout le Portugal : la bourse de Porto, la Marinha de Aveiro, le Rossio à Lisbonne.

Art moderne et contemporain

Au cours du XXe siècle, les grands projets urbanistiques ont été souvent commandités par les régimes autoritaires (meilleur exemple : le pont du 25 Abril à Lisbonne, autrefois appelé Ponte Salazar). Mais depuis les dix dernières années, des manifestations comme l'Exposition universelle de Lisbonne en 1998 ont donné de nouvelles impulsions à l'art de la construction au Portugal. Le pont Vasco de Gama et la gare de Oriente du célèbre architecte espagnol Santiago Calatrava, ainsi que le centre culturel de Belém, sont les plus récents témoignages de ce nouvel élan.

Artisanat
<p>L'artisanat portugais s'affiche dans les rues de Lisbonne.</p>

L'artisanat portugais s'affiche dans les rues de Lisbonne.

Vous aurez de la peine à trouver en Europe un pays de la taille modeste du Portugal qui offre cependant une telle variété de produits artisanaux, très différents selon les régions. Il suffit de parcourir n'importe quel marché pour vous rendre compte de la richesse de l'artisanat portugais (poterie, vannerie, céramique, broderie...).

Dans le Nord : articles de vannerie, objets en fer forgé, tissages et tapisseries, orfèvrerie et filigrane (Viana do Castelo), maroquinerie, travaux en bois, cuivre, étain, osier. Le coq de Barcelos, les broderies à Guimarães, objets en perles et dentelles à Viana do Castelo, le bois sculpté du Minho.

Dans le Centre (Beiras, Lisbonne et Vale do Tejo) : les céramiques de Coimbra (peintes à la main), de Caldas da Rainha, faïence décorée et verrerie d'Alcobaça, la cristallerie de Marinha Grande, broderies et dentelles, cuivres, paniers et objets en osier, porcelaine de Vista Alegre, dessus-de-lit en lin, brodés de soie de Castelo Branco, poterie noire, tissage en lin, travaux en cuivre et fer...

Dans le Sud : les poteries de São Pedro do Corval et d'Estremoz en Alentejo ou de Porches en Algarve. En Alentejo : les superbes capes de berger, les meubles décorés de motifs almengo, les tapis en lin, brodés de laine d'Arraiolos. Les dentelles le long du littoral, les cuirs de Loulé et de Silves en Algarve. Bois sculpté, maroquinerie, poterie et argile vitrifiée et peinte, tapisseries de Portalegre, broderies de Nisa, mobilier peint à la main... En Algarve : vannerie, chapeaux et paniers en paille, objets en cuivre et laiton, objets en bois...

Que rapporter de son voyage ?

Quelques idées d'artisanat typique :

Lençois do namorado, de la région du Minho. Des petits mouchoirs brodés sur lesquels étaient écrites de belles déclarations d'amour.

Un panier en paille fabriqué main que vous aurez trouvé lors d'une promenade dans la campagne algarvienne.

Des poteries et des céramiques de Caldas da Rainha.

Un pull et une écharpe en laine de la Serra d'Estrela.

Des bijoux de jeunes créateurs portugais dans le centre commercial alternatif Miguel Bombarda à Porto.

De la céramique noire " barro negro " de Vila Real, propre à cette région de Trás-os-Montes.

Des petites poupées colorées nommées " Marafona ", caractéristiques du village de Monsanto, pour protéger le bonheur conjugal.

Et bien sûr, pensez à ramener un azulejo.

Cinéma

Un constat s'impose au sujet du cinéma portugais : loin d'être une réelle industrie, il est resté artisanal. Peu connu, il paraît être réservé à un cercle d'initiés. Dans le même temps, des films portugais comme ceux de Manoel de Oliveira La Lettre (prix du Jury à Cannes en 1999), décédé le 2 avril 2015, et de l'iconoclaste João César Monteiro Les Noces de Dieu ont connu, malgré leur austérité, leur lenteur et leur esthétisme, de francs succès dans les festivals internationaux.

En 2013, cependant le Portugal a été propulsé sur le devant de la scène au cinéma en France grâce à l'immense succès surprise du film de Ruben Alves, La Cage dorée. Le film a en effet dépassé le million d'entrées et a également connu le même succès au Portugal lors de sa sortie dans les mois qui ont suivi. Le film raconte avec beaucoup de justesse, d'émotion et d'humour, la vie d'une famille d'immigrés portugais dont la mère est gardienne d'immeuble et le père maçon. Dévoués, ils mènent leur vie discrète dans un immeuble des quartiers chics de Paris, jusqu'au jour où une lettre leur annonce qu'ils viennent d'hériter d'une maison au Portugal. Leur rêve de retour au pays se concrétise enfin mais personne ne veut qu'ils partent...

En dehors de ce film phénomène qu'est La Cage Dorée, le cinéma portugais tourne actuellement autour de quelques noms. Manoel de Oliveira, LE grand maître portugais du cinéma mort en avril 2015 à 106 ans (!), est connu pour son style dépouillé et méditatif (les deux mots sont faibles) qu'on retrouve dans Le Soulier de satin ou La Lettre. On se rappellera aussi du Couvent avec Catherine Deneuve et John Malkovitch. Au-delà d'Oliveira, qui parcourt les festivals du monde entier, il existe d'autres talents, d'autres regards, qui forment un cinéma plutôt riche et concentré dans la capitale. Pedro Costa (prix France-Culture du cinéaste de l'année 2002) filme l'humanité de la misère. Dans La Chambre de Vanda (2001), il décrit le microcosme pauvre et méconnu du quartier lisboète de Fontaínhas. En 2006, il réalise En avant jeunesse ! Pour son septième long-métrage, le cinéaste plonge dans les quartiers pauvres de la banlieue de Lisbonne, sa ville natale, en mettant en scène Ventura, ouvrier cap-verdien quitté par sa compagne.

Joaquim de Almeida est l'autre grand nom du cinéma portugais. Il est, avec Maria de Medeiros, le plus international des acteurs portugais. Il a notamment joué avec António Banderas dans Desperado. L'un de ses titres de gloire est d'avoir joué aux côtés de Harrison Ford (le méchant dans Clear and Present Danger). Plus récemment, nous l'avons vu dans la série 24h Chrono, dans la saison 3, incarnant le rôle de Ramon Salazar. Il a aussi joué pour les plus grands, et quand il ne tourne pas à Hollywood ou en France, il s'emploie à soutenir les jeunes réalisateurs portugais.

Pour voir ces oeuvres, on trouvera en général une salle de cinéma dans chaque ville moyenne. Et, si le circuit est généralement dominé par les " majors " américaines (toujours en version originale sous-titrée), quelques salles défendent le cinéma d'auteur. Par ailleurs, Lisbonne dispose d'une des plus belles cinémathèques du monde (accompagnée d'une librairie très bien fournie) ainsi que de quelques petits cinémas indépendants proposant une programmation hors pair. Bref, les cinéphiles iront à Lisbonne où chacun se fera son propre film.

Pour bien préparer votre visite de Lisbonne et du Portugal, vous pourrez voir, ou revoir, probablement le plus beau film jamais réalisé sur cette ville, celui d'Alain Tanner Dans la Ville blanche (1983) ou, bien sûr, le très agréable film de Wim Wenders Lisbon Story (1995). L'admirable film de l'atypique Paulo Rocha O Rio do Ouro (Fleuve d'Or, 1998) est conseillé aux amateurs de poésie et à ceux qui souhaitent avoir un petit aperçu du fleuve Douro et de son influence sur toute une population du nord.

Littérature

Peu connue à l'étranger (à tort !), la littérature portugaise est fortement marquée par la nostalgie du passé, la saudade, mais aussi par l'onirique, de longues réflexions sur le sens de la vie et surtout par la question : qu'est-ce que cela veut dire d'être Portugais ?

Nous vous proposons de découvrir avec nous quelques chroniqueurs de cette quête identitaire. Au Moyen Age, la production littéraire portugaise apparaît avec des chansons de gestes galaico-portugaises et des poèmes lyriques, Cantigas de amigos, Cantigas de amor, déjà fortement marqués par une certaine langueur et nostalgie. Au XVIe siècle, Luis de Camões, dont les Lusiades retracent l'épopée des Découvertes, fonde avec son oeuvre majeure la littérature portugaise moderne. Quelques décennies plus tard, Gil Vincente, le Shakespeare portugais, marquera l'histoire du théâtre européen.

Le XVIIe siècle est dominé par la littérature religieuse baroque avec, avant tout, les très éloquents sermons du prêtre jésuite Antonio Viera, grand humaniste militant pour la cause des indigènes du Brésil et contre l'Inquisition. A la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle, le romantisme gagne le Portugal et trouve de nombreux adeptes parmi les plus brillants littéraires de l'époque : le vicomte d'Almeida Garrett, par exemple, qui transforme le héros des Lusiades en héros romantique dans son poème Camões.

Et, bien sûr, Alexandre Herculano, grand poète national dont le nom orne aujourd'hui de nombreuses rues et places à travers le pays. La deuxième moitié du XIXe siècle littéraire est marquée par les chroniques sociales acides d'Eça de Queiroz et de Camilo Castelo Branco, dont les romans s'inspirent fortement du réalisme de Balzac. De tradition médiévale, la poésie lyrique redevient reine au début du XXe siècle avec Antero de Quental et Eugenio de Castro (1869-1944). Mais surtout, ce siècle verra le surgissement des trois grands de la littérature portugaise contemporaine :

Fernando Pessoa. Certains critiques littéraires à travers le monde le considèrent comme le plus important écrivain du XXe siècle. Mais c'est sa silhouette, portant lunettes et chapeau, qui hantera à jamais l'imaginaire de Lisbonne. Vous n'êtes pas obligé d'avoir lu ses oeuvres pour savoir qu'il allait prendre son café à la Brasileira ou au Martinho das Arcadas (on vous conseille le second, il est moins touristique et la vue sur la place du Commerce est plus jolie).

Le principe de sa littérature est d'un génie singulier : il relate les pensées de nombreuses personnes qui gravitent autour d'un univers autoréférentiel, hermétique, dans lequel on se plonge pour immédiatement s'y noyer. Certains de ces gens affirment même connaître " un certain Fernando Pessoa ". De son vivant, les critiques littéraires ont affirmé que sa création littéraire était étroitement liée à celles de certains de ses amis, comme le mélancolique Bernardo Soares, le magnifique Alberto Caiero, le conservateur Richardo Reis, le lyrique Alvaro de Campos, tous très à la mode en ce temps-là. C'est seulement après sa mort que l'on a découvert que ces " amis " étaient des pseudonymes à la biographie imaginaire. Toutes les grandes nouvelles, odes, poèmes et fragments qu'ils avaient publiés étaient l'oeuvre de Pessoa lui-même.

Antonio Tabucchi. Ecrivain italien si séduit par Lisbonne et le Portugal qu'il écrit en portugais ! L'un de ses meilleurs romans Pereira prétend (Sostiene Pereira) décrit la prise de conscience d'un journaliste aux plus grandes heures de l'Etat nouveau. Le thème est intéressant, mais on sera surtout séduit par la peinture extraordinaire de Lisbonne. Un livre à garder pour les jours de saudade. Si vous n'aimez pas lire mais que vous êtes fan de Marcello Mastroianni, il vous reste l'excellent film éponyme qui en est tiré, réalisé par Roberto Faenza en 1996.

José Saramago. Très connu et valorisé à l'étranger (parfois un peu trop ?), l'unique portugais prix Nobel de littérature (en 1998) est connu pour ses romans fantastiques et pessimistes dans la meilleure tradition de la littérature portugaise. Membre du Parti communiste depuis 1969, il s'affirme athée et n'a pas manqué de susciter des polémiques dans le très catholique Portugal, notamment avec son Evangile selon Jésus-Christ. Fin 2008, sort sur les écrans le film du réalisateur brésilien Fernando Meirelles, Blindness, adaptation du roman de Saramago L'aveuglement. Militant et actif, il a passé les dernières années de sa vie aux Canaries. Il est mort en juin 2010, le documentaire de Miguel Gonçalves José e Pilar, est sorti cette même année (en novembre au Portugal) - www.joseepilar.com

Question jeune espoir, Manuel de Freitas, avec Game Over (comme une sorte de recueil de cantiques urbains), saisit le quotidien et en livre une chronique amère et désabusée. Pour le plaisir, lisez quand même António Lobo Antunes ou encore Margarida Rebelo Pinto, une Bridget Jones désabusée des bords du Tage.

A plus de 95 ans, Agustina Bessa-Luís, la vieille dame " perverse " des lettres portugaises est également une véritable icône de la littérature au Portugal. Son oeuvre, immense et sans tabou, a inspiré sept films de Manoel de Oliveira, dont Le Principe de l'incertitude.

Médias locaux

On peut distinguer deux tendances : une petite suprématie des médias radio et télé sur la presse écrite, et dans cette dernière catégorie, la suprématie de la presse régionale sur les quotidiens nationaux.

Télévision

Elle est omniprésente mais, dans certains lieux, vécue avec une certaine distance, pour ne pas dire parfois juste comme bruit de fond... Sur le réseau hertzien, on dénombre seulement deux chaînes publiques, RTP 1 et RTP 2 avec des programmes assez classiques, et deux chaînes privées : SIC (assez dynamique orientée infos) et TVI (d'obédience catholique). Malgré de très rares émissions créatives convaincantes, un ou deux ciné-clubs assez courageux (RTP 2 présente, à minuit, de bons cycles cinématographiques avec des oeuvres de réalisateurs à forte personnalité) et parfois quelques documentaires bien sentis. Mais, en général, la qualité des programmes est décevante et l'originalité assez rare. De nombreuses émissions sont des adaptations locales de formules importées de l'étranger, des jeux bébêtes à tire-larigot jusqu'à la téléréalité qui fait de l'audience, ici aussi. Mais la grande constante de la télévision portugaise, c'est la pluie quasi ininterrompue de telenovelas brésiliennes, mais aussi portugaises, plus épouvantables les unes que les autres. TVI est la chaîne la plus regardée (recueillant selon les soirs de 30 à 35 % de spectateurs). Derrière, RTP 1 fait du mieux qu'elle peut, recueillant autour de 20 % de l'audience tandis que RTP 2 se cantonne souvent à de petites audiences dépassant rarement les 6 %. En janvier 2013, est apparu une nouvelle chaine diffusant en direct les débats du parlement, ARTV (canal parlamento).

En janvier 2012, commence l'installation de la télévision numérique terrestre sur tout le territoire mais la TNT n'est pas bien perçue par les Portugais car ils ne reçoivent que 4 chaînes, exactement les mêmes qui étaient sur le réseau analogique, et aucune nouvelle chaîne... Une chose est sûre : ils doivent acheter un décodeur TNT et cette dépense supplémentaire imposée, en pleine crise, passe mal. Sans oublier que dans les zones rurales, le message de la fin du réseau analogique est mal passé et que des personnes âgées se sont retrouvées sans télé du jour au lendemain.

Le Portugal possède aussi une bonne centaine de chaînes sur le câble, qui est payant. Au moment du cafouillage de la TNT, les vendeurs se sont particulièrement mobilisés pour gagner des nouveaux clients en expliquant qu'au moins avec eux, il y avait de nouvelles chaînes. Le problème c'est que l'opérateur qui met en place la TNT, PT, est aussi celui qui s'occupe des chaînes du câble... Des voix se sont donc élevées pour critiquer PT qui aurait sciemment laissé se développer les dysfonctionnements de la TNT pour gagner de nouveaux abonnés au câble.

Dans les chaînes du câble, on trouve quelques chaînes locales, tout comme la presse et la radio locale, qui accordent assez peu de place à l'actualité internationale et se consacrent principalement à la proximité et à la retransmission d'événements locaux comme des fêtes, des touradas (corridas portugaises) ou des compétitions sportives : les amateurs de football seront ravis ! Sans parler de certaines chaînes qui diffusent un enchaînement particulièrement redoutable de téléachat, de voyance en direct, de prêchi-prêcha et de shows érotiques exotiques ou pornos avant la mire de bonne nuit. A tout cela, on peut ajouter quelques chaînes thématiques (RTP Africa pour des nouvelles et programmes du monde luso-africains, Sport TV, Panda, un canal pour les enfants, SIC Noticias, un CNN à la portugaise ou la remuante SIC Radical destinée à un public jeune avec séries, films et musiques alternatives...). Bien heureusement, certains hôtels, dont les chambres sont équipées de téléviseurs, reçoivent aussi, par satellite ou par câble, des chaînes en diverses langues, dont la francophone TV 5, la musicale Mezzo ou parfois même notre chère Arte.

Radio

Les stations de la Radio Difusão Portuguesa (www.rdp.pt), l'équivalent de Radio France, sont d'excellente qualité, elles émettent notamment sur la bande FM et leurs programmes sont rarement entrecoupés par la pub ! Antena 1, première station publique portugaise est une radio programmant informations, musique et sport. Antena 2 émet de la musique classique et parfois un peu de fado, de jazz ou de musique du monde. Mention spéciale pour Antena 3, elle a du rythme et s'adresse aux jeunes en balançant sur les ondes une programmation orientée " nouvelles tendances musicales " : pas trop de bla-bla mais pas mal d'annonces d'événements, concerts, festivals et surtout beaucoup de rock énervé, voire très énervé ! RDP Africa, également une station du service public, se laisse agréablement écouter avec ses programmes composés d'informations, de musiques et de thématiques ayant trait à l'Afrique lusophone, elle peut s'écouter sur le site Internet de RDP, mais possède aussi une fréquence FM à Lisbonne (101.5 MHz).

Du côté des radios privées, on écoutera par exemple TSF (89.5 MHz à Lisbonne), la radio généraliste la plus réputée pour l'information ; Radio Renascença (93.7 MHz à Lisbonne), le canal de l'Eglise catholique et de Deus ; Radio Comercial (97.4 MHz à Lisbonne) qui porte trop bien son nom et surtout Radio Tropical et ses sons chaleureux ; Radio Marginal (98.1 MHz à Lisbonne), une onde alternative (plutôt rock furieux) qui émet sur la zone de la baie de Cascais jusqu'à l'ouest de Lisbonne. Enfin, RPL/RFI, Radio Paris Lisbonne, est une radio bilingue.

Pour écouter les radios par Internet, visitez www.comfm.com

Presse écrite

La plupart des quotidiens portugais sont régionaux, même s'ils ont une diffusion nationale, seule exception :

Público. Edité en même temps à Lisbonne et à Porto. Né au printemps 1990, le Público a su, par son originalité et sa modernité, s'imposer dans la grisaille de la presse portugaise comme l'une des références en matière d'infos, accordant une large place à l'actualité internationale et publiant chaque jour un cahier d'informations locales. " Public " tire aujourd'hui à environ 60 000 exemplaires et possède un site Internet tout à fait pertinent. www.publico.pt

Le Diário de Notícias. Le grand rival de Publico est le premier quotidien de Lisbonne. Plus que centenaire (le premier journal portugais moderne, fondé en 1864), le " Quotidien des Nouvelles " fut l'organe officieux du salazarisme (aïe !). Il possède un aspect plus austère, mais il est riche en informations économiques, surtout célèbre pour le nombre de ses petites annonces. Ces dernières années, il a vu son public rajeunir quelque peu, et il est aujourd'hui dans le même groupe de presse que le Jornal de Notícias. (www.dn.lusomondo.pt)

Le Jornal de Notícias. De droite bon teint, c'est le premier tirage du pays avec près de 100 000 exemplaires chaque jour, c'est aussi le grand quotidien du Nord, rédigé et édité à Porto. Il assume sans complexe sa double vocation de journal d'informations générales et de gazette locale du nord du pays. Il a récemment changé de format pour passer en tabloïd et lancé une édition à Lisbonne. www.jnoticias.pt

Le Correio da Manhã. Lancé en mars 1979 et tirant à environ 100 000 exemplaires, Le " Courrier du Matin " est un journal de droite qui scande avec véhémence ses prises de position. Quotidien populaire de Lisbonne, il consacre une large place aux sports et aux faits-divers. www.correiomanha.pt

O Primeiro de Janeiro. C'est l'un des trois quotidiens du matin, créés au XIXe siècle à Porto (celui-ci date de 1868). Sa devise : Plural, Liberal e Independente. Tirant seulement à 30 000 exemplaires, " Le Premier Janvier " survit tant bien que mal, avec une rédaction de plus en plus restreinte. www.oprimeirodejaneiro.pt

Hebdomadaires

Plusieurs jornais semanários, dont les prix de vente se situent autour de 3 € sont très appréciés des Portugais :

Expresso. Lancé en 1973 par un député salazariste libéral, L'Express (www.expresso.pt) est le plus important des hebdos (avec un tirage de près de 140 000 exemplaires). A noter que le Guía da Semana, son supplément (TV, culture, spectacles, loisirs...) est plutôt agréable et bien conçu.

O Independente. Apparu en mai 1988, L'Indépendant a indéniablement impulsé une bouffée d'air frais à la presse portugaise. La bête noire des gouvernements tire à 80 000 exemplaires et symbolise une jeune droite bon chic bon genre d'après la révolution des oeillets.

Visão. En 1993, de tabloïd en noir et blanc et hedo assez ringard, O Jornal se réincarnait en newsmagazine éclatant de couleurs, sorte de Newsweek à la portugaise. Visão, joli produit marketing du groupe suisse Edipresse, est à présent le second hebdomadaire d'actualités du pays (90 000 exemplaires).

Time Out. Le "Time out" Lisbonne ou Porto parait tous les mois, cette revue est un condensé de sorties culturelles, culinaires, et de toutes les nouveautés à découvrir dans ces métropoles. Cosmopolite et dans l'air du temps, elle est très agréable à feuilleter.

Presse spécialisée

Hormis une bonne palette de magazines people et autres torchons à scandales, on notera les journaux sportifs :

A Bola, un quotidien qui remporte un franc succès avec un unique sujet : le football, ce monstre sacré ! Egalement Record et O Jogo.

Sites Internet : www.abola.pt - www.record.pt - www.ojogo.pt

Question économie, il y a le Diario Económico, pour comprendre la vie des affaires au Portugal (www.de.iol.pt). Vous lirez aussi Executive Digest ou Fortuna.

Blitz. Pour les fans de musiques actuelles, on conseille vivement son achat hebdomadaire (1 €), le mardi. Blitz est un sympathique journal en couleurs, issu de la movida portugaise qui propose un agenda complet des concerts, des articles et chroniques sur tous ceux et celles qui font l'actualité musicale nationale et internationale. www.blitz.pt

Le Jornal das Letras (JL), né après la révolution, affiche ses ambitions culturelles et refuse la facilité. C'est un bimensuel (11 500 exemplaires) que beaucoup trouveront un peu ardu, mais si vous voulez découvrir la culture contemporaine portugaise, il vous aidera à repérer les nouveaux noms de la littérature, des arts plastiques, de la musique ou de la danse.

Ler. Mention spéciale pour Ler, un magazine à part dans la presse portugaise. C'est une revue littéraire trimestrielle, éditée par le Circulo dos Leitores, un club de vente de livres par correspondance.

La qualité des textes présentés, des dossiers et des études a fait de ce magazine, dont la maquette est splendide, l'une des meilleures introductions à la littérature portugaise.

Journaux culturels gratuits

Le plus grand journal gratuit est Sexta, édité par le groupe Publico-A Bola. De même, vous ne manquerez pas de consulter à Lisbonne l'Agenda Cultural (www.lisboacultural.com) et l'Agenda do Porto (www.agendadoporto.pt) à Porto. Ces deux petits agendas culturels divulguent les belles choses à voir et à faire dans les deux villes ; le premier est mensuel, le second trimestriel, les deux sont disponibles à l'office de tourisme.

Musique
<p>Le fado, musique traditionnelle du Portugal.</p>

Le fado, musique traditionnelle du Portugal.

La musique est omniprésente dans les cafés, les bars de nuit et les rues. Il faut alors faire une distinction entre la musique traditionnelle (folklore et fado) et la musique moderne, fortement dominée par le rock et par les tendances world music. Les Portugais ont un goût prononcé pour la musique et pour chanter. Peu importe les classes sociales et l'âge, toutes les occasions sont bonnes pour pousser la petite chanson. C'est aussi au travers des chants, que se raconte l'histoire de ce pays, et des traditions des différentes régions. Tendez l'oreille, et vous apprendrez beaucoup sur l'histoire et l'âme de ce pays.

Le fado

La musique portugaise reste avant tout associée au fado. Dérivé du mot latin qui signifie " destin " (fatum), ce chant mélancolique à la poésie rugueuse exprime une variété de sentiments liés à l'amour, la mort et l'exil. Ses origines prêtent encore à discussion et nul ne sait bien d'où il vient : goualante de ports, dans une ville où les marins ont découvert le monde entier, évolution locale du chant mauresque, complainte gitane et modulations vocales issues des rythmes brésiliens rapportés ? Un peu de tout cela vraisemblablement.

Depuis des siècles, le fado de Lisbonne est une vraie chanson populaire qui sort des tripes de l'enfant ou de l'adulte qui l'entonne - et qui étreint celui qui se laisse conquérir. En 2011, l'UNESCO a déclaré ce chant patrimoine immatériel de l'humanité et depuis sa place est de plus en plus importante dans le panorama de la musique portugaise, perdant parfois de son côté populaire d'antan où il était chanté dans une gargote de l'Alfama ou du Bairro Alto. Aujourd'hui plusieurs endroits, certains un peu plus sophistiqués que d'autres, proposent de découvrir le fado. Il est chanté par un homme ou une femme vêtue d'un châle noir accompagné(e) d'un ou de plusieurs musiciens avec une guitare à douze cordes. La plus célèbre des fadistas, Amália Rodrigues, s'est éteinte en 2000 et a aussitôt été enterrée au panthéon national. De son vivant, elle pouvait émouvoir un auditoire jusqu'aux larmes, tant son chant chargé d'humanité venait souligner le timbre subtil de sa voix.

Le fado n'est pourtant pas exclusif à Lisbonne. La vieille ville de Coimbra a également développé son propre style : seuls les hommes sont habilités à chanter. Vous les trouverez en dehors des bars, sous les anciens arcs et les places de la ville. Aujourd'hui, le fado est donc loin d'être dépassé, car il y a une vie après Amália Rodrigues ! Si Madredeus et la voix bouleversante de sa fantastique chanteuse Teresa Salgueiro ont fait connaître son excellente relecture world music sur l'ensemble de la planète, Camané, Dulce Pontes, Mísia, Ana Moura, António Zambujo, Anabela Duarte, la très élégante Cristina Branco ou la très prometteuse Mariza redécouvrent et font renaître le genre avec une grâce certaine.

Pour le découvrir, Fado in Chiado propose tous les jours un spectacle d'une heure (http : //fadoinchiado.com). Vous pouvez également consulter l'agenda culturel de la ville de Lisbonne où sont annoncés les concerts de chanteurs de fado. En été, il n'est pas rare de trouver des concerts gratuits organisés par la mairie de Lisbonne. De nombreuses tascas et restaurants où il est possible de dîner ou de prendre seulement un verre demeurent toutefois les meilleurs lieux pour en faire la découverte. Suivez donc les conseils de vos potes locaux ou des serveurs du restaurant où vous aurez dîné.

De toute façon, l'émotion, nul ne pourra vous dire où vous la ressentirez !

Autres musiques

Même au-delà du fado, le Portugal ne se débrouille pas mal ! On citera, bien sûr, le chansonnier Rui Veloso, dont les textes lyriques et intelligents accompagnent les Portugais au quotidien depuis trente ans. A noter aussi, les Gaiteiros de Lisboa, un collectif qui puise dans le folklore pour un résultat des plus poignants. Danças Ocultas, un original quatuor d'accordéonistes diatoniques dont le directeur artistique n'est autre que Gabriel Gomes, un ancien Madredeus tout comme Rodrigo Leão qui, lui, réalise une carrière en solo en tant que compositeur de musique contemporaine plutôt inspirée. Côté rock, Xutos e Pontapés et Santos e Pecadores dominent la scène depuis plus de vingt ans. A suivre également, la discographie pertinente de Maria João et Mario Laginha, la première possède une voix exceptionnelle, le second l'accompagne avec intelligence. Côté hip-hop, Sam the Kid et Boss AC.

Peinture et arts graphiques
<p>L'azulejo, un art décoratif caractéristique du Portugal.</p>

L'azulejo, un art décoratif caractéristique du Portugal.

La peinture portugaise, soumise à des influences diverses s'illustre dès le XVe siècle. A partir de cette époque, les églises s'enrichissent de réalisations picturales qui ont reçu l'empreinte de la peinture flamande. Le souci du détail et le recours à la peinture à l'huile sont à mettre au crédit des Flamands. Le plus célèbre peintre portugais, Nuno Gonçalves (1448-1481), a nettement été influencé par le double style flamand et italien. La plus brillante expression de son art est sans doute le polyptyque de São Vincente da Fora que vous pouvez découvrir au musée national de l'Art antique de Lisbonne. Réalisés sur bois, ses six panneaux sont considérés comme de purs chefs-d'oeuvre. Il s'agit d'une peinture de groupe qui réunit soixante figures individualisées. C'est la première représentation de groupe et la première peinture psychologique de l'art européen. Ce goût du portrait, manifesté par de riches personnages qui veulent se montrer sous leurs plus beaux atours, amène les peintres portugais à perfectionner leur art dans la lignée de Nuno Gonçalves. Les scènes religieuses sont également souvent représentées. Avec la rapide circulation des images en Europe au début du XVIe siècle, l'influence flamande se renforce. Une représentation de saint Pierre, réalisée en 1530 par Vasco Fernandes dit Grão Vasco, montre ainsi en arrière-plan, un paysage typique du nord de l'Europe. Une autre caractéristique de la peinture portugaise de cette époque réside dans l'impact qu'a pu avoir la découverte du Brésil sur l'imaginaire des artistes. Dans une célèbre représentation de l'Adoration des Rois mages de 1503, Melchior se fait brésilien.

La peinture sur carreaux de faïence devient au XVIIe siècle un mode d'expression artistique prépondérant. Apparus en Perse au XIIIe siècle, les azulejos parviennent au Portugal à la fin du XVe siècle. Influencés par la manière italienne de peindre la céramique, les azulejos portugais prennent beaucoup d'importance au XVIIe siècle parce qu'ils sont employés dans le bâtiment. Au XVIIIe siècle, en pleine période baroque, ces carreaux de faïence, souvent bleu et blanc, forment des panneaux évoquant des scènes bibliques, mythologiques ou de vie dans la nature. Les Portugais, de retour sur leur terre natale après l'indépendance du Brésil en 1822, utilisent fréquemment les azulejos pour recouvrir les façades de leur maison. La peinture contemporaine portugaise est marquée par deux personnages féminins très forts :

Maluda (1934-1999). Cette grande artiste de la deuxième moitié du XXe siècle est née à Goa (en Inde), a passé son enfance au Mozambique et s'est installée à Lisbonne au début des années 1960. Son oeuvre est marquée par une quête identitaire inscrite dans la réflexion sur l'Orient et l'Occident. Elle a ainsi expliqué, en parlant de sa personnalité : " Je suis venue de l'Orient, où naît le soleil. Je suis passée par l'Afrique, où j'ai appris à aimer la vie. Puis, je me suis installée à Lisbonne, la ville de la lumière. Je peins. Et c'est une aventure que je ne troquerai contre rien au monde ".

Paula Rego (née en 1935). Depuis plus de cinquante ans, cette artiste, exposée dans les plus importants musées européens (la Tate à Londres, le Reina Sofia à Madrid...), explore les méandres de notre pensée. Fortement influencée dans ses débuts par le surréalisme et la psychanalyse, elle se tourne de plus en plus vers un réalisme magique qui a influencé un grand nombre de ses oeuvres récentes. Elle vit aujourd'hui entre Lisbonne et Londres.

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