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La chute de Phaeton par Pierre-Paul Rubens © Everett - Art - shutterstock.com.jpg

La peinture flamande primitive

L’école flamande s’établit au XIVe siècle et se construit alors en opposition avec l’école allemande, ou école de Cologne, pendant ce que l’on nomme la « Renaissance nordique ». La Flandre, le Brabant et le Hainaut connaissent alors une forte prospérité économique et des villes comme Bruges, Gand, Tournai, Bruxelles et Anvers deviennent des lieux d’épanouissement d’un art nouveau. Les figures incontournables de cette période sont les frères Jan (1390-1441) et Hubert Van Eyck (1366-1426), Jérôme Bosch (1453-1516) ou encore Pierre Brueghel l’Ancien (1525-1569). Leurs travaux, qui ont rayonné dans toute l’Europe et qui ont marqué l’histoire de l’art international, sont aujourd’hui visibles dans les plus grands musées du pays, notamment aux Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique. Jan Van Eyck est le plus célèbre des primitifs flamands, pourtant l’attribution de ses œuvres est discutée : il est délicat de savoir qui de lui ou de son frère Hubert en est l’auteur jusqu’à la mort de ce dernier. Les caractéristiques fondamentales du style de Van Eyck sont la reproduction d’espaces en trois dimensions grâce à la perspective aérienne, la plasticité des formes et la représentation réaliste des personnages et de leur entourage proche. Nous retrouvons tous ces éléments dans L’Agneau mystique (1432), l’une de ces toiles les plus célèbres, exposée à la cathédrale Saint-Bavon de Gand. Ce polyptyque comporte une inscription selon laquelle l’œuvre aurait été commencée par Hubert Van Eyck et achevée par Jan en 1432. En dehors de ce chef-d’œuvre exceptionnel, la production de Jan Van Eyck est composée surtout de représentations de la Vierge Marie et de portraits. L’apport technique de Van Eyck à la peinture occidentale est capital : il est le père de la peinture à l’huile et a porté le réalisme des détails (notamment le rendu des matières) à un sommet jamais atteint avant lui.

Parallèlement à la tendance réaliste prise par l’art flamand, l’Italie connaît sa Renaissance et devient le foyer de merveilleux progrès, inspirant les artistes flamands à leur tour à partir du XVIe siècle. L’influence des peintres de l’école romaine comme Raphaël (1483-1520) ou Michel-Ange (1475-1564) se fait ainsi sentir chez des artistes comme Jean Mabuse (1478-1532), Bernard Van Orley (1487-1541) ou Michel Van Coxcie (1499-1592). On parle ainsi de Renaissance flamande pour désigner la période de renouveau artistique qui s’étend de 1500 à 1584.

Pierre-Paul Rubens, ou le second souffle de la peinture flamande

Alors que l’art flamand commence à perdre de son originalité et de ses qualités natives, deux artistes viennent révolutionner la peinture locale : Adam Van Noort (1562-1641) puis son élève Pierre-Paul Rubens (1577-1640), qui deviendra l’un des plus grands peintres de son temps et développera un style singulier en se réappropriant les qualités d’écoles diverses. Ce dernier est né en 1577 à Siegen, près de Cologne, où ses parents flamands étaient partis s’installer. C’est onze ans plus tard, après la mort de son père, qu’il rentre à Anvers, où il apprend le flamand, le français et le latin. Il commence ensuite son apprentissage de la peinture, qu’il poursuivra en Italie. Durant cette période (1600-1608), il apprend à connaître les Vénitiens, Le Corrège ou Caravage, et entame une carrière extraordinaire dans toute l’Europe (France, Espagne, Pays-Bas, Angleterre). À son retour en Belgique, l’artiste s’affranchit en partie des influences reçues pour développer son style propre, ample et baroque, où les effets dramatiques sont appuyés par des couleurs brillantes et par une composition dynamique. Avec ses peintures religieuses, Rubens se place au service de la Contre-Réforme catholique, mais il reste également célèbre pour ses compositions profanes, plus charnelles. On peut découvrir l’univers de l’artiste à la Maison Rubens d’Anvers, où sont exposées une dizaine de ses œuvres.

Le XIXe siècle : du néoclassicisme à la peinture moderne

L’annexion de la Belgique par la France de 1793 à 1814 coûte beaucoup aux arts belges. Cette période se caractérise par la dispersion du patrimoine belge et la domination culturelle de Paris sur toute la région – une influence qui demeure prégnante même après l’indépendance. Pendant la période du Royaume uni des Pays-Bas (1915-1939), la scène locale connaît un certain renouveau, notamment grâce au soutien financier du souverain Guillaume II, amateur d’art néoclassique, ainsi que par le souffle novateur qu’installe le peintre français exilé à Bruxelles, Jacques-Louis David (1748-1745).

C’est dans la deuxième moitié du XIXe siècle que la scène belge s’affirme réellement par son esprit novateur, avec des artistes majeurs comme James Ensor (1860-1949), à la fois peintre, dessinateur et graveur. Après un passage à l’Académie d’Ostende, le jeune James Ensor suit, de 1877 à 1880, les cours de l’Académie des beaux-arts de Bruxelles. Il rentre ensuite à Ostende – qu’il ne quittera pratiquement plus – et y produit ses premières grandes œuvres. Dans un premier temps, ses toiles suscitent sarcasmes et incompréhensions en raison de son style avant-gardiste. En 1883, il participe à la création du groupe des Vingt. Bien que son œuvre soit principalement symboliste, Ensor est un précurseur de l’expressionnisme. Il crée un monde fantastique en exagérant les couleurs, les lignes et les formes. Il a une vision pessimiste de la vie et se représente souvent sous les traits souffrants du Christ. On remarque également les masques, thème central de son œuvre, qui représentent le côté obscur de la nature humaine. À 28 ans, il peint L’Entrée du Christ à Bruxelles, son œuvre la plus célèbre, alors très controversée. De grands intellectuels tels que Verhaeren et Demolder le soutiennent et Ensor expose à Bruxelles lors des salons de la Libre Esthétique. Cependant, son œuvre n’est pas reconnue lorsqu’il est exposé à Paris en 1894. Ce n’est qu’au début du XXe siècle que le génie d’Ensor commence à être reconnu et qu’il accède enfin à la célébrité.

Un XXe siècle foisonnant et diversifié pour l’art belge

La scène belge est active tout au long du XXe siècle, au cœur des grandes tendances internationales. De l’Art nouveau au surréalisme, le pays s’illustre par des artistes talentueux ayant apporté leur touche singulière aux différents mouvements qui ont traversé l’art moderne. Pour les découvrir, rendez-vous au musée d’Art moderne de Bruxelles, situé à l’intérieur du Musée Royal !

Parmi eux, Léon Spilliaert (1881-1946), artiste originaire d’Ostende, ayant dépeint avec grâce les paysages nocturnes de la cité balnéaire, ses plages, ses digues et ses places sombres. On retrouve dans ses œuvres une grande solitude, un sens de la mélancolie et une noirceur envoûtante, qui sont non sans rappeler les toiles d’Edvard Munch, l’une de ses influences. Le peintre a fréquenté le milieu du symbolisme belge, dont l’écrivain Maurice Maeterlinck (prix Nobel de littérature en 1911) et le poète Émile Verhaeren.

Paul Delvaux (1897-1994) se fait remarquer lui aussi pour ses peintures sombres et énigmatiques, néanmoins dans un style très différent de celui de Spilliaert. Après sa formation à l’Académie des beaux-arts de Bruxelles, l’artiste est influencé par l’impressionnisme et l’expressionnisme, avant de découvrir le surréalisme dans les années 1930. Après la visite de l’exposition Minotaure du Palais des beaux-arts de Bruxelles en 1934, Delvaux se fascine pour des peintres comme de Chirico ou Dali, et devient rapidement l’un des représentants les plus célèbres du surréalisme belge. À la croisée des mouvements de son temps, son style singulier est reconnaissable en un clin d’œil. Ses toiles, donnant souvent à voir des paysages désertés ou des personnages désœuvrés et sensuels, sont chargées d’une atmosphère onirique et de nombreux symboles. Parmi ses œuvres-clés figurent notamment la série Squelettes (1939-1944), La Voix publique (1941), Le Jardin nocturne (1942), Les Courtisanes (1943), La Ville lunaire (1944), La Tentation de saint Antoine (1945-1946). Il réalise également d’importantes décorations au Kursaal d’Ostende, au Palais des congrès de Bruxelles, à l’Institut de zoologie de Liège et dans la maison Perier à Bruxelles. Il s’installe à la fin de sa vie sur la côte belge, où une fondation dédiée à son travail est créée en 1982, le pittoresque musée Paul Delvaux de Saint-Idesbald, un lieu incontournable pour tout amateur de son travail.

L’autre géant du surréalisme belge est sans aucun doute René Magritte (1898-1967), dont le musée est l’une des étapes-clés de tout séjour à Bruxelles. Après avoir étudié à l’Académie des beaux-arts de Bruxelles, le jeune Magritte devient dessinateur dans une usine de papier peint et s’adonne en même temps à sa propre création, réalisant principalement des toiles abstraites. Tout comme pour Delvaux, la découverte de l’œuvre de Giorgio de Chirico est pour lui une véritable révélation. Il adopte alors une facture réaliste pour représenter des objets quotidiens (chaussures, clés, ou la fameuse pipe). Il trouve sa place parmi les artistes et intellectuels belges impressionnistes (Paul Nougé, Louis Scutenaire, E.L.T. Mesens, Marcel Lecomte, Camille Goemans, etc.) et devient finalement le chef de file de ce mouvement en Belgique – laissant derrière lui une œuvre monumentale, avec plus de mille toiles.

La photographie belge au cœur des tendances européennes

La Belgique compte peu de musées entièrement dédiés à la photographie, que l’on retrouve néanmoins régulièrement dans les musées d’art moderne et contemporain. Ne pas manquer le musée de la Photographie de Charleroi, une institution qui se distingue en Europe par la richesse de ses collections et une programmation remarquable.

Depuis les débuts de la photographie, la Belgique compte de nombreux praticiens, s’illustrant dans les différents grands courants qui ont marqué le 8e art. Du pictorialisme au surréalisme en passant par le reportage, de grands noms comme Émile Chavepeyer (1893-1959), Serge Vandercam (1924-2005), Marcel Mariën (1920-1993) ou Marcel Lefrancq (1924-1974), ont marqué le XXe siècle belge. Sur cette scène principalement dominée par les hommes se distingue une artiste incontournable mais restée dans l’ombre de son mari, le célèbre Henri Cartier-Bresson. Il s’agit de Martine Franck (1938-2012), Anversoise d’origine bien qu’elle ait passé la majeure partie de sa vie en Angleterre et aux États-Unis, où elle pratique principalement le portrait et la photographie documentaire. On la retient notamment pour ses images en noir et blanc des personnalités du monde intellectuel, artistes et philosophes comme Marc Chagall ou Michel Foucault. Elle fut également présidente de la Fondation Henri Cartier-Bresson et membre de Magnum Photos.

La sculpture belge, un genre passionnant bien que mal représenté

Malgré les nombreux sculpteurs belges, le genre n’est pas très bien représenté dans les institutions muséales du pays. Le Musée Royal des Beaux-Arts compte néanmoins plusieurs travaux du célèbre Constantin Meunier (1831-1905), dont on peut également visiter l’ancienne maison-atelier devenue musée Meunier. Les parcs de Bruxelles comptent par ailleurs pour la plupart d’imposantes sculptures, à l’instar du Jardin botanique, du Parc royal, du square du Petit-Sablon, du Parc du Cinquantenaire et du Parc Josaphat. En termes de sculpture moderne, le musée de Sculpture en plein air de Middelheim abrite dans ses jardins de très beaux travaux allant des années 1950 à aujourd’hui. Le musée, de vocation internationale, n’est pas focalisé sur la création belge mais expose néanmoins de grands noms belges comme Rik Wouters (1882-1916), Constant Permeke (1886-1952), Jef Geys (1934-2018), Panamarenko (1940-2019) ou Wim Delvoye (1965-).

Un art contemporain florissant

Bruxelles est au cœur des tendances contemporaines et s’affirme comme une capitale européenne dynamique en la matière. Rythmée chaque année par un grand nombre de foires et de festivals, ponctuée d’espaces d’art petits et grands, branchés ou alternatifs, la ville offre toujours quelque chose à découvrir en matière de création actuelle. Il en est de même pour Anvers, côté flamand, qui compte de nombreuses galeries réputées, ainsi qu’un excellent musée d’art contemporain, le MUKHA. Le musée d’Art contemporain de Louvain, surnommé le Musée M, et le S.M.A.K de Gand valent eux aussi le détour.

La scène contemporaine belge compte de nombreux collectifs et jouit d’une dynamique jeune et audacieuse, qui émane des très bonnes écoles d’art que compte le pays (à l’instar de la Cambre ou de la LUCA School of Arts) et qui profite des loyers encore raisonnables permettant aux ateliers et artist-run spaces de s’épanouir allègrement. Des artistes plus installés font aussi rayonner le pays à l’international, à l’instar de Luc Tuymans (1958-), Hans Op de Beeck (1969-) ou Ann Veronica Janssens (1956-), avec ses installations colorées uniques en leur genre. Il faut aussi mentionner le duo composé de Harald Thys (1966-) et Jos de Gruyter (1965-), deux artistes dont la saisissante installation Mondo Cane a valu au Pavillon belge un prix historique pendant la Biennale de Venise de 2019.

Entre street art et bande dessinée

Le street art en Belgique est très développé, d’autant qu’il se marie à merveille avec la tradition de la bande dessinée et bénéficie pour cela de nombreuses subventions. Loin des clichés, cet art riche et divers mérite toute l’attention des visiteurs, même les moins aguerris !

Partir à la découverte des nombreuses fresques qui ponctuent le paysage urbain est une manière amusante de découvrir les villes belges, et permet de s’échapper des sentiers battus. À Bruxelles, on recommande vivement l’association « Fais le trottoir », géré par une bande de passionnés ravis de faire découvrir le mouvement au gré de visites guidées, documentaires et autres évènements. On trouve par ailleurs sur le site Internet de la ville une « balade BD », pour retrouver les personnages les plus emblématiques du 9e art, de Tintin à Lucky Luke en passant par Corto Maltese (https ://visit.brussels/fr/article/Les-murs-de-la-promenade-BD-en-detail). Mais la capitale n’est pas la seule active en matière de street art et de plus petites villes, comme Hasselt, offrent aussi des itinéraires axés sur ce thème.

Pour les plus passionnés, ne pas manquer de jeter un coup d’œil au programme de l’association Spray Can Arts qui s’intéresse à la culture populaire urbaine dans son ensemble, même si le street art reste leur sujet de prédilection. L’Asbl gère la Centrale des arts urbains à Liège et y organise de nombreuses expositions et événements. Par ailleurs, le MIMA, Millennium Iconoclast Museum of Art, s’affirme peu à peu comme l’un des incontournables de la capitale en matière d’art urbain et de culture 2.0 ! Leur impressionnant bâtiment en brique qui surplombe la Senne vaut le coup d’œil.