Parc National de la Haute Campine © Christelle Roubin - iStockphoto.com.jpg
Eoliennes offshore © Tilman Ehrcke - shutterstock.com.jpg

Espaces protégés : vers un continuum écologique

La Belgique compte peu d’espaces naturels, tant en nombres qu’en superficie. On y trouve notamment des zones Natura 2000 issues des directives européennes oiseaux et habitat. Ces espaces ont pour objectif de protéger des milieux naturels d’intérêt écologiques pour la flore et la faune. La gestion de ces sites varie entre les Flandres et la Wallonie. Des parcs naturels régionaux existent également, dénommés regionale landschappen en région Flamande. La finalité de ces parcs est de concilier la protection d’espaces naturels ou paysagers avec le développement économique et social du territoire. Ils ont aussi pour vocation l’éducation à l’environnement et l’expérimentation de nouveaux modèles de gestion du milieu rural. En 2006, le pays a inauguré son premier parc national : le parc national de la Haute Campine dans la province du Limbourg. Il comprend de grandes étendues de forêts de conifères et de landes à bruyère, mais aussi des étangs et des collines. Il offre de magnifiques panoramas pour les amoureux de la nature et abrite une faune et une flore remarquables.

Territoire fortement urbanisé, et densément peuplé, la Belgique souffre de l’imperméabilisation de ses sols, pour les constructions (bâtiments, infrastructures de transports etc.). En 2015, 15 % du territoire wallon est artificialisé et 33 % de celui des Flandres. Ce phénomène d’artificialisation des terres a crû de plus de 26 % entre 1985 et 2015. Autre point, le modèle agricole productiviste, fondé sur l’utilisation de fertilisants et produits phytosanitaires, et associé à des champs ouverts – à l’exception du pays de Herve où l’on trouve encore des haies bocagères – a contribué au déclin de la biodiversité. En effet cette occupation des terres laisse peu de places aux espaces naturels et dégrade les écosystèmes. L’autre point c’est la fragmentation des milieux naturels. En effet une sanctuarisation d’îlots naturels, sans corridors écologiques, n’a pas de sens si l’on veut maintenir la biodiversité, c’est-à-dire la dynamique évolutive du vivant. Il apparaît donc nécessaire de maintenir ou restaurer des continuums ou trames écologiques. C’est ce que pointe notamment un rapport de l’Union européenne. Des associations mènent par ailleurs des actions de sensibilisation à l’environnement et d’éducation populaire. L’Aquascope de Virelles est d’ailleurs un lieu dédié à la préservation et la restauration des écosystèmes. Il abrite le Centre ethnobotanique de l’Étang de Virelles qui réalise un travail d’enquêtes et de transmission sur l’utilisation des plantes.

Les mesures belges pour améliorer la qualité de l’eau

La gestion de l’eau est aussi un enjeu environnemental important en Belgique. L’agriculture intensive a contribué à la pollution des eaux de surfaces et des eaux souterraines du pays, où l’on trouve de fortes concentrations de nitrates. Des dispositifs ont été mis en place pour favoriser les pratiques agro-écologiques. Les méthodes agro-environnementales (MAE) issues du Programme wallon de développement rural constituent un système de compensations financières, destinées aux agriculteurs qui, sur la base du volontariat, ont mis en œuvre des pratiques favorisant l’environnement. Ces pratiques sont définies dans un cahier des charges ; il s’agit par exemple du maintien de mares ou de prairies naturelles, ou encore de la mise en place de plantations favorables aux oiseaux en bords de parcelles. Près d’un agriculteur sur deux en Wallonie s’était engagé dans ce programme en 2016. L’application de la Directive européenne nitrate de 1991 s’est traduite par la mise en place en Wallonie d’un Programme de gestion durable de l’azote en agriculture, afin de protéger les nappes phréatiques. Un second Programme wallon de réduction des pesticides a été également reconduit pour la période 2018-2022.

Qualité de l’air

En 2017, la Commission européenne avait fixé trois défis principaux à la Belgique : la gestion du réseau Natura 2000, la lutte contre la pollution de l’eau et l’amélioration de la qualité de l’air. L’Agence européenne pour l’environnement estimait à 9 380 le nombre de décès prématurés liés à la pollution de l’air en Belgique en 2016. D’où vient-elle ? Elle est issue de différents polluants : particules fines, dioxyde d’azote, ozone, etc., émis par le transport, le chauffage, la production d’énergie, les industries mais aussi à l’agriculture. Le pays a engagé des actions pour diminuer ces émissions. Afin de réduire le trafic routier, des « low emission zones » ou « zones à faibles émissions » ont été mises en place dans les grandes villes. La Belgique a également initié une fiscalité incitative pour l’achat de véhicules moins émissifs. En 2017, les résultats étaient mitigés : le pays a respecté les valeurs-seuils des émissions de particules ; en revanche, pour ce qui est des émissions d’oxydes d’azote les valeurs-seuils ont connu des dépassements. Cette situation est principalement due au trafic routier. Près de 80 % des déplacements sont en effet effectués en voiture selon l’Agence européenne de l’environnement. Celle-ci préconise outre le renforcement d’une fiscalité incitative, la diminution du volume du trafic par un report modal. C’est bien sur ce dernier point qu’associations et chercheurs mettent l’accent. L’abandon progressif des véhicules motorisés vers les transports en commun et les mobilités actives, telles que le vélo et la marche, permettraient à la fois de lutter efficacement contre la pollution atmosphérique mais aussi contre le changement climatique. Le gouvernement bruxellois a d’ailleurs pris pour engagement en 2019 de doubler la part modale du vélo dans les 5 ans. Des associations comme la Vélorution Bruxelles organisent des manifestations conviviales à vélo pour promouvoir les mobilités douces et « véhiculer » le message.

Mix énergétique et climat

Le mix énergétique du pays en 2019 affiche une part importante d’énergie décarbonée (67 %) qui comprend le nucléaire et l’énergie renouvelable (majoritairement de l’éolien offshore, secteur dans lequel des investissements importants ont été réalisés). Il se décompose comme suit : 47 % de nucléaire, 33 % d’énergies fossiles et 20 % d’énergies renouvelables. Ce mix devrait évoluer dans les prochaines années avec notamment la sortie annoncée du nucléaire pour 2025. Les principaux secteurs qui émettent des gaz à effet de serre sont les transports, le résidentiel-tertiaire (chauffage des bâtiments), l’industrie, l’agriculture et les déchets. Entre 1990 et 2017, l’ensemble de ces activités avait diminué leurs émissions de 20 à 60 %, à l’exception du secteur du transport (+24 %) et du résidentiel-tertiaire (+28 %). Selon le dernier Indice de performance climatique (Climate Change Performance Index) publié en décembre 2019, la Belgique est passée de la 31e à la 35e position intégrant la catégorie des pays à mauvais score climatique. Ce résultat est lié au niveau des émissions de gaz à effet de serre du pays (10 tonnes de CO2 équivalent par an et par habitant) et à l’augmentation de la consommation d’énergie. Enfin, des ONG pointent l’absence d’une politique climatique intégrée et le manque d’ambition et de cohérence entre les différents gouvernements. Des mesures ont été prises pour diminuer les émissions du secteur des transports (voir infra). Concernant le résidentiel-tertiaire, l’État a mis en place une fiscalité incitative afin de favoriser l’installation d’équipements peu consommateurs en énergie et l’isolation des habitations.

Gestion des déchets

La Belgique affiche un des meilleurs scores d’Europe en matière de recyclage des déchets d’emballage des ménages, avec un taux de recyclage de 96 %, en 2017, sauf pour les plastiques d’emballage pour lesquels le taux est de 40 %. En effet, le pays ne dispose pas d’installations capables de valoriser ce type de déchets. La gestion des déchets inclut une politique de prévention par réduction à la source, réutilisation, et valorisation matière (recyclage) ou énergétique (incinération). Des initiatives d’économies circulaires commencent à essaimer et représenteraient en 2019 7,5 % du nombre total d’emplois en Belgique. Un point plus sombre est cependant à ajouter à ce tableau : l’exportation de déchets dans des pays où le coût de traitement est moindre et la réglementation plus souple, voire inexistante. Certains déchets (déchets plastiques des ménages, déchets industriels et de constructions) transitent ainsi en Turquie, Malaisie, Vietnam, Inde, souvent dans des décharges clandestines, au mépris des règles de santé et de sécurité pour les populations locales. Selon l’ONG Greenpeace, en 2018, 530 000 tonnes de déchets belges auraient été exportées vers d’autres continents, classant le pays au « palmarès » des plus importants exportateurs de déchets.

Sensibilisation environnementales et initiatives locales

Fin 2007, le service Changements climatiques du Service public fédéral santé publique a publié les résultats d’une enquête nationale sur le climat. Celle-ci met en exergue la perception aiguë chez les Belges du caractère d’urgence du changement climatique. Ceux-ci se déclarent très favorables à une transition énergétique. L’environnement apparaît ainsi comme la priorité no 1 des Belges (81 %) même s’ils indiquent que les responsabilités incombent plus à l’industrie et aux transports qu’aux individus. Les enquêtés se déclarent en même temps très respectueux de l’environnement dans leur quotidien : mobilité, habitudes de vie, achats, même s’ils ont conscience des points de progrès (isolation thermique des bâtiments). Parmi les actions menées en matière d’habitation, on notera des projets d’écoquartier (à Bruxelles, Ypres, etc.) d’habitat durable (à Tournai) et plus largement des renouvellements urbains. Des citoyens ont également lancé des initiatives d’habitats groupés participatifs, en construction passive neuve (à Vinderhoute) mais aussi en réhabilitation de l’existant, où les enjeux en matière d’économie d’énergie sont les plus prégnants (à Gand).