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Une population vieillissante

Certains jeunes diplômés des universités anglaises et originaires des îles hésitent à revenir vivre dans l’archipel anglo-normand. Leur retour constitue un parcours du combattant semé d’embûches : difficultés de logement, choix professionnels limités à la banque et au tourisme… Pourtant, sur place, les banques manquent de personnel. Elles offrent même des emplois aux îliens non diplômés, et la loi stricte de l’immigration pose un problème de recrutement. Beaucoup de ceux qui ont choisi de quitter les îles pendant leur vie professionnelle y reviennent lorsque sonne l’âge de la retraite. Ils forment alors des microsociétés buveuses de thé, adeptes du jardinage et de la taille des rosiers, qui se félicitent de leur isolement face aux problèmes du monde.

Un système éducatif britannique

Le système éducatif des îles Anglo-Normandes est calqué sur le modèle britannique à tel point que les programmes d’histoire et de géographie n’en diffèrent en aucun point. Même les plus petites îles possèdent leurs propres écoles. Ainsi à Aurigny les enfants suivent leur scolarité jusqu’à 15 ans. Ensuite ils sont « envoyés » dans des familles d’accueil à Guernesey et intègrent les établissements de l'île. Ils sont souvent subventionnés par les autorités d’Aurigny.

En sortant du lycée – high school en anglais – les élèves bacheliers qui souhaitent poursuivre leurs études à l’université doivent se rendre en Grande-Bretagne. Ils peuvent alors recevoir une bourse qui les aide à payer leurs études. Ceux qui choisissent d’étudier le droit peuvent se rendre à Caen, pour apprendre le droit coutumier normand, très proche de celui des îles. Pour pallier le manque de main-d’œuvre, certains emplois dans la finance sont ouverts à des jeunes gens non diplômés. Ils doivent alors passer des diplômes de finance, qui n’ont aucune valeur ailleurs que dans l’archipel anglo-normand. Contrairement à ce qui se passe dans de nombreuses autres sociétés insulaires, et même si certains s'interrogent, la plupart des jeunes diplômés reviennent dans les îles après leurs études « outre-mer ». Car ici, ils sont sûrs ou presque de trouver un bon emploi, et bénéficient de tous les privilèges dont jouissent les natifs des îles. Heureusement pour l’équilibre local. Cette jeunesse qui reste permet aux îles de ne pas mourir à petit feu et de conserver une vie culturelle, festive, sportive.

Un rythme de vie détendu

La détente, voilà un trait de caractère qui peut surprendre, mais qui rend surtout les locaux si sympathiques. « I’ vaut mus aller douchement et aller ben ». Si vous adoptez cette maxime pour visiter les îles Anglo-Normandes, alors vous allez vivre de grands moments, surtout si vous circulez à pied. Munissez-vous tout de même, surtout à Jersey, du document de l’office de tourisme sur les sentiers de randonnée et abandonnez-vous à la flânerie. En visitant Jersey, levez-vous de bonne heure et rendez-vous par exemple au Mont Orgueil Castle, pour voir émerger le soleil à l’Orient. Point n’est besoin d’aller en Grèce pour voir « l’aurore aux doigts de rose », il suffit d’une météorologie favorable, quoiqu'en même temps signe d’une détérioration provisoire du temps. Le soir, allez à Saint Ouen’s Bay à l’ouest et vous assisterez à l’un ou l’autre de ces spectacles colorés, flamboyants si quelques nuages s’y joignent en compagnie d’habitants qui ne se lassent jamais du spectacle. À moins qu’il ne tombe de l’eau… ce qui, après tout, ne manque pas de charme non plus et, comme on dit à Jersey : « Quand i’tchait d’la plyie, faut faithe comme les Français : faut la laissi tchaie » (tchaie : choir, tomber).

Patronymes et habitat

La lecture d’un annuaire permet rapidement de distinguer des noms de famille les plus répandus dans les îles Anglo-Normandes. Sur l’île de Jersey, on ne compte plus les Carteret, Decarteret, Syvret, Poingdestre ou Carré. À Guernesey, on verra beaucoup de Tostevin, Langlois, Mauger, mais aussi d’innombrables noms commençant par « Le » : Le Poidevin (dit parfois Pedvin), Le Gallez, Le Cras, Le Cheminant, Le Sauvage, Le Tissier, Le Page, Le Pelley, etc. Pour se loger, les locaux peuvent faire la demande d’un permis de construire, qui sont uniquement délivrés pour des terrains déjà bâtis. La campagne offre rarement une impression de solitude. L’habitat s’est dispersé au gré des opportunités et du temps. Certaines paroisses sont plus peuplées que d’autres, comme Saint-Hélier, Saint-Saviour et Saint-Brelade à Jersey ou Saint-Peter-Port et Saint-Sampson à Guernesey. Les paroisses se composent d’un ensemble de hameaux. Le cottage y côtoie la ferme au charme désuet, la série de petits appartements modernes et sans intérêt ou l’hôtel. Sur la route, de splendides manoirs surgissent parfois du fond de parcs. Seulement quelques-uns se visitent : le manoir Saumarez à Guernesey ou celui de Samares à Jersey.

Structure sociale et niveau de vie

Bien qu’ils ne transparaissent guère, les problèmes sociaux existent pour les différentes classes sociales qui se côtoient dans l’archipel. Le chômage est pour le moment faible mais en augmentation constante. Les immigrés portugais ou des pays d’Europe centrale qui occupent les postes non qualifiés rencontrent de nombreuses difficultés d’intégration. La génération la plus ancienne ne parle pas l’anglais, elle doit donc faire face aux plus bas salaires des îles et de fait subit des problèmes de logement. Les immigrés diplômés, en provenance de France ou d’Angleterre, qui occupent des postes de direction ou des emplois qualifiés font partie de la « classe moyenne et haute ». Malgré un niveau de vie élevé, cette classe rencontre aussi des difficultés de logement, qui restent malgré tout bien moins importantes que celles des nouveaux arrivants non qualifiés.

Enfin, les plus fortunés sont le plus souvent absents six mois dans l’année. Ici pourtant pas de luxe tapageur, de yacht ou de villa hollywoodienne, tout au plus une Rolls-Royce ou une Ferrari derrière le portail. Un tour d'avion au-dessus de leur chaumière en dit long sur les moyens de ces habitants… Courts de tennis, piscines… le tout situé dans d'énormes propriétés.

Et quels que soient les revenus des habitants, tous doivent compter avec des coûts de vie très élevés. Les logements se révèlent très chers et l’alimentation, en grande partie importée, affiche des prix conséquents.