Guide de Chine : Arts et culture

Si nous pouvions remonter dans le temps, nous pourrions voir qu'à l'époque où les Chinois maîtrisaient déjà des techniques de fabrication avancées, notamment pour la porcelaine, nous en étions encore en Europe à des balbutiements. Concernant les arts, il paraît indispensable de parler de la céramique, de la peinture et de la calligraphie, du travail du jade et de la laque. La conception de l'art et des artistes diffère en tout de notre conception européenne. On trouvera en Chine une notion de travail de groupe, beaucoup plus anonyme qu'en Europe. En céramique par exemple, on ne connaît pas d'artistes particuliers, on parle de fours. On dénombre des centaines de calligraphes, des milliers de peintres, dont des empereurs et des princes. Cette notion a évidemment évolué de nos jours, et les artistes chinois sont reconnus individuellement par leur peinture ou leur talent. L'art chinois fut cependant malmené au XXe siècle. Toute création fut complètement anéantie par les Gardes rouges durant la Révolution culturelle (si mal nommée). Des millions d'intellectuels furent envoyés dans des camps pour être " rééduqués " par les paysans. Les artistes subirent un sort similaire sous la férule de Jiang Qing, la femme de Mao, une actrice plutôt médiocre de Shanghai qui profita de la révolution pour se venger de ses frustrations professionnelles. En 1977, quand Deng Xiaoping revient au pouvoir, toute la Chine n'est plus qu'un néant culturel laissé par Mao. A l'époque, la plupart des artistes, ceux qui n'ont pas été assassinés par la femme de Mao ou ne sont pas morts sous les coups des Gardes rouges, sont en prison, en camp de travail ou en résidence surveillée. Depuis la fin des années 1980, la Chine connaît une période du grand renouveau.

Architecture
<p>Cité Interdite, palais de l'Union ou Jiaotai dian.</p>

Cité Interdite, palais de l'Union ou Jiaotai dian.

Être toujours en harmonie avec la nature, le monde environnant, le cosmos.... Voici les principes fondamentaux sur lesquels se base l'architecture traditionnelle chinoise, qui s'inspire des grands courants de pensées et de philosophie. Dans le taoïsme, toutes choses du monde naissent du ciel, de la terre et de l'homme. Les liens qui les unissent doivent donc être parfaitement respectés, même pour la construction des habitations. Dans le confucianisme, la nature est un grand cosmos et l'homme un petit cosmos, une miniature de la nature. Les deux doivent donc se correspondre pour vivre mieux. L'architecture chinoise apparaît comme un modèle réduit du cosmos et chaque bâtiment, temple, palais, simple maison, est basé sur ces principes, en harmonie avec la nature, au-dedans et au-dehors. Ainsi, les architectes partaient des points cardinaux pour dessiner leur construction et orientaient les maisons au sud, pour profiter du meilleur climat. Une autre caractéristique de l'architecture chinoise est la structure de bois, avec colonnes et poutres. Le bois est très important dans la culture chinoise, il représente la vie.

L'immensité et la diversité de la Chine se retrouvent également dans son architecture plurielle. Difficile de parler d'uniformité quand on compare les maisons en bois des minorités du Sud, les lourdes bâtisses tibétaines, les maisons entourées de canaux, les tulou du Fujian, etc. Voyager en Chine et passer d'une région à l'autre, c'est découvrir à chaque fois un univers architectural totalement différent.

L'architecture tibétaine

Par ses influences indiennes, elle reflète la culture bouddhiste. L'un des exemples les plus importants et l'un des plus parlants est celui du palais du Potala (Lhassa) qui est à la fois un palais, un monastère et une forteresse. En effet, l'architecture tibétaine est caractérisée par une construction sur des sites élevés, orientée plein sud (pour être le plus souvent ensoleillée) et l'utilisation de matériaux mélangeant le bois, la pierre et la terre. Les fenêtres sont multiples pour recevoir la lumière et les toits plats pour conserver la chaleur au maximum. Des habitations, des constructions adaptées au climat, parfois sévère de cette région.

Les shikumen de Shanghai

Littéralement " portail de pierre ", le shikumen est l'habitat traditionnel le plus répandu à Shanghai. Jusqu'aux années 1980, 80 % de la population vivait dans ce genre d'habitations. Mais aujourd'hui, en raison de leur insalubrité et de l'explosion de l'immobilier en Chine, de plus en plus de shikumen sont voués à la destruction pour être remplacés par des barres d'immeubles. Il reste encore des îlots un peu partout dans la ville, où le temps semble s'être suspendu, en dehors de ceux restaurés à Xintiandi et investis par les bars et restaurants branchés.

Pendant la révolte des Taiping vers 1860, Shanghai a dû accueillir de nombreux réfugiés venant des provinces du Jiangsu et du Zhejiang. Beaucoup de maisons de ce type ont donc vu le jour pour les accueillir en masse dans les quartiers des concessions, à la fin du XIXe siècle : des constructions mélangeant les styles chinois et occidental, à deux ou trois étages, avec souvent une petite courette à l'avant, protégée par un mur de briques. La cuisine se trouve généralement au rez-de-chaussée avec le salon tandis que les chambres sont aux étages.

Ces maisons sont mitoyennes et forment des rangées à l'intérieur de résidences fermées appelées lilongtang, débouchant de chaque côté sur deux avenues parallèles. Les lilongtang sont souvent surveillés par un gardien ou un représentant du comité de quartier qui rapporte un peu tout ce qui s'y passe. Après la Seconde Guerre mondiale et une nouvelle vague d'arrivée de population, les shikumen ont dû être divisés et partagés entre plusieurs familles. Aujourd'hui certains sont encore dans un état délabré, mais d'autres ont été modernisés avec des installations sanitaires : salles de bains, toilettes avec chasse d'eau... Des Shanghaïens fortunés les rachètent aussi pour les rénover et en faire de jolies demeures cotées.

Les lilongtang sont toujours très animés, les vendeurs ambulants y passent dans la journée pour vendre leurs fruits ou leurs journaux, pour livrer les bonbonnes d'eau et différentes babioles. Le matin de bonne heure ou dans l'après-midi, les personnes âgées s'installent à l'ombre des vignes grimpantes pour une séance de gymnastique traditionnelle, le tai-chi, ou pour entamer une partie de cartes ou d'échecs, pendant que les enfants jouent à côté et que les ayi (aides ménagères) préparent le repas. On y cause, on y joue, on y vit, et c'est un véritable havre de paix dans la ville grouillante.

Les hutong pékinois

Les hutong sont le coeur de la capitale chinoise. Ces étroites ruelles, typiques de la tradition urbaine de Pékin, sont de vibrants témoignages du passé et des vitrines de la vie quotidienne pékinoise : un mélange d'ancien (architecture, atmosphère, jardins, temples) et de moderne (antennes de télévision et paraboles perchées sur les vieux toits de tuiles cuites, voitures parfois luxueuses garées le long des maisons), de populaire (portes ouvertes sur des arrières de cuisine, vieux Chinois se dorant au soleil, mémés tricotant assises sur des minitabourets, vendeurs à la criée circulant perchés sur des tricycles) et d'international (sièges d'entreprises hongkongaises, karaokés et clubs privés). Qui ne s'est pas baladé dans ces hutong n'a pas vu le vrai Pékin. La plupart de ces ruelles datent de la période Yuan, les dynasties Ming et Qing ont ensuite perpétué cette forme de tissu urbain. Avec les guerres de l'opium et le contact de plus en plus important avec l'Occident, une voirie moderne se substitua progressivement aux ruelles traditionnelles du Pékin impérial.

Les siheyuan 四合院 : ce sont ces maisons traditionnelles nichées au fond des hutong, à l'architecture dérivée des conceptions introduites par Kubilay Khan, lorsqu'il fit de Dadu (ancien nom de Pékin) la capitale de l'Empire sino-mongol. La construction d'un siheyuan est si particulière qu'elle mérite quelques éclaircissements. C'est une maison de plain-pied, composée de quatre bâtiments qui forment un enclos fermé sur lui-même et ouvrant tous sur une cour carrée (d'où le nom de " cour carrée " qu'on leur donne communément). De l'extérieur, la porte, souvent laquée rouge, s'ouvre au sud, perçant les murs gris et, après une chicane (dont le but est de tromper les mauvais esprits qui, ne sachant avancer que droit devant eux, se cassent le nez sur le mur d'en face), on entre enfin par une deuxième porte dans la maison. Juste au fond de la cour et faisant face au sud se trouve le bâtiment principal où vivait habituellement le chef de famille. Dans les deux bâtiments latéraux, on trouvait les frères et les fils qui avaient déjà leur propre famille. On pouvait compter jusqu'à six familles cohabitant dans un siheyuan. Le quatrième bâtiment ouvrant au nord et fermant la cour était traditionnellement réservé aux domestiques. Dans la cour, on remarque souvent un ou deux arbres, acacia, jujubier, grenadier, prunier ou plaqueminier, une treille de raisins ou de glycine, et aussi des fleurs : du jasmin et des pivoines, parfois une volière avec des pigeons ou un aquarium. L'importance des siheyuan varie en fonction de la classe sociale de ses habitants. Les toits à la chinoise, aux bords joliment relevés, sont assez tombants pour dépasser des murs et former une sorte d'auvent pouvant abriter du soleil. Aujourd'hui certains siheyuan, dans les hutong non menacés par la destruction, sont restaurés et pris d'assaut par des Occidentaux.

Le long des hutong, les petits siheyuan côtoient les wangfu (palais princiers). Pékin comprenait une soixantaine de palais princiers sous les Qing, mais ces ensembles architecturaux exubérants ont été transformés en écoles, hôpitaux ou usines pendant la Révolution culturelle. Ces grosses maisons posées sur des terrasses de pierre étaient précédées d'une sorte d'auvent prolongeant le toit, soutenu par des colonnes. Ce sont les espaces entre ces colonnes, que l'on nomme jian, qui servaient à mesurer leur importance. Par exemple, si les palais des princes de haut rang pouvaient compter jusqu'à sept jian, ceux des hauts fonctionnaires n'en comptaient que cinq ou trois et la plupart des autres seulement trois. Aujourd'hui, la municipalité cherche à préserver ces héritages uniques, malgré son acharnement à la destruction rapide des vieux quartiers pour les remplacer par des commerces modernes, des hôtels et autres projets d'urbanisation.

Un exemple de belle maison à visiter, si vous en avez le temps : le palais du prince Gong (Gong Wangfu 恭王府), construit sous les Qing. Très récemment rénové, après avoir été fermé de longues années, ce palais est un petit bijou. C'est également dans ce quartier que se trouvent les hutong les mieux préservés de la capitale : tout le tour des lacs de Shishahai et à l'est des tours de la Cloche et du Tambour se déroulent des petites ruelles labyrinthiques qui méritent une longue promenade.

L'architecture spécifique au Xinjiang

Il va sans dire qu'au Xinjiang, province à majorité musulmane, les constructions sont très fortement inspirées de ce que l'on peut voir dans les républiques d'Asie Centrale : les mosquées sont ainsi nombreuses et les habitations principalement en torchis pour supporter la chaleur du désert (sauf à Urumqi bien entendu). La vieille ville de Kashgar ressemble ainsi à n'importe qu'elle petite ville arabe du Proche-Orient... Etonnant contraste lorsque l'on vient de Pékin, siège du pouvoir impérial...

Artisanat
<p>Broderie et Batik à Zhoucheng.</p>

Broderie et Batik à Zhoucheng.

Céramique

On voit apparaître les premières pièces de céramique pendant le Néolithique (vers 2500 av. J.-C.) : céramique peinte, rouge puis noire, souvent montée au tour et gravée un peu grossièrement. C'est à partir du IIIe siècle av. J.-C. que l'on voit apparaître les premiers grès plus résistants que la poterie. Sous les Han, on commence à déposer une glaçure vert olive ou brunâtre pour rendre les récipients étanches, et on découvre l'utilisation des couvertes au feldspath qui sont encore plus solides. En même temps, les fours s'améliorent et les techniques de cuisson évoluent. Sous les Tang, on voit apparaître de nouvelles formes avec le sancai, céramique aux trois couleurs (noir, vert rouge ou brun) qui décorait des figurines et des animaux devant accompagner le défunt dans l'au-delà. Au VIIe siècle, les Chinois découvrent la porcelaine. La plus belle apparaît sûrement sous les Song (960-1276), les techniques de cuisson vont évoluer durant toute cette période : des empereurs artistes vont faire progresser les recherches vers la beauté et la perfection. On découvre la porcelaine fine et blanche, si fine que certaines sont surnommées " coquilles d'oeuf " presque transparentes. Les céladons, de vert olive, tournent à des teintes de bleu vert clair et turquoise splendides, avec souvent des motifs taillés dans la pâte avant la pose de la couverte qui laisse toujours cet aspect de légèreté qui vient d'apparaître. En jouant avec l'ouverture des portes des fours pendant la cuisson des pièces, on maîtrise aussi le " craquelage " idéal, créant ainsi un nouveau style artistique. Puis, on ajoute des motifs peints sur couverte, et dans les années 1300, c'est l'éclosion des " bleu et blanc " (Qinghua) aux décors peints au bleu de cobalt tout droit venu de Perse. Au début, on a du mal à dompter ce bleu qui apparaît souvent diffus et sombre, avant d'être utilisé pour de superbes motifs floraux ou des paysages. Sous les Ming (1368-1644), on reprend tous ces thèmes romantiques ou animaliers pour décorer la porcelaine et on revient aussi à la pureté des monochromes. On arrive ensuite à la famille rose et à la famille verte, porcelaine émaillée sous couverte et surcouverte avec parfois l'application d'un émail rose venu de Hollande. A partir de 1730, une forte demande étrangère déferle sur la Chine et elle va influencer les décors. On en voit encore sous la marque de la Compagnie des Indes. Si tout au long de son évolution la qualité de la porcelaine chinoise n'a cessé de s'améliorer faisant face à l'exigence de perfection imposée (on cassait toutes les pièces impériales qui n'étaient pas parfaites même si elles ne présentaient qu'un tout petit défaut), elle ne peut plus revendiquer sa qualité aujourd'hui quand les productions massives ont priorité. Elle a toujours eu un rôle important dans l'histoire de la Chine, même dans le domaine de l'architecture.

La céramique vernissée

Dans le domaine de la construction en Chine, la technique du vernis apparaît sous les Zhou (1027-770 av. J.-C.), puis elle est utilisée sous les Han pour les tuiles vernissées. On reconnaît au vernis la propriété de rendre l'objet plus noble et plus beau de par sa brillance, sa transparence et son côté majestueux. C'est pour cette raison qu'on va d'abord l'utiliser pour les constructions impériales. Le processus de fabrication est le suivant : on va d'abord s'atteler à choisir une terre de qualité que l'on va raffiner dans un premier temps, pour ensuite la modeler et sécher à l'air la tuile ou l'objet fabriqué. C'est alors la phase où l'on va appliquer la glaçure avant de cuire dans un four (cuisson entre 750 et 1 200 °C) et de procéder au refroidissement. Les tuiles vernissées sur le Palais impérial vous séduiront certainement par leur beauté et le raffinement qu'elles apportent à l'ensemble des toitures de la Cité interdite. On distingue plusieurs couleurs adaptées à la hiérarchie des habitants. Par exemple, pour l'empereur, on fera des tuiles vernissées jaunes, elles seront vertes pour les frères de l'empereur et les princes, bleues pour le temple du Ciel (puisque c'est la couleur du ciel), et noires pour la bibliothèque. On va essentiellement l'utiliser pour les toitures des palais, des portiques et des pagodes, ainsi que pour décorer les murs écrans à neuf dragons, on trouvera aussi ce vernis sur des statuettes. La couche de vernis que l'on applique sur le support d'argile est composée de bioxyde de silicium et d'alumine. C'est en y ajoutant d'autres oxydes de métal que l'on fera apparaître différentes couleurs (par exemple, oxyde de fer pour le brun, oxyde de cuivre pour le vert...). Vous aurez sans doute remarqué les personnages vernissés qui chevauchent l'arête du toit des pavillons de la Cité interdite. Selon l'importance du bâtiment, on en comptera jusqu'à 13. Toujours après un génie chevauchant un coq, on verra un dragon (symbole de l'empereur), un phénix (signe de bon augure, symbole de l'impératrice), un lion (protecteur bouddhique qui symbolise la puissance), un cheval ailé (animal légendaire qui symbolise la fidélité), un hippocampe (symbole de la toute-puissance de l'empereur), un lion céleste (qui mange tous les animaux féroces, symbole du commandement), un poisson mythique (qui amène les nuages et la pluie), un singe céleste (symbole de sagesse)... On les installe pendant la construction pour protéger les pavillons ainsi ornés des diverses catastrophes. Ils sont toujours en nombre impair.

Jade

C'est la pierre la plus précieuse aux yeux des Chinois. Soigneusement travaillée, polie et sculptée, on aime aussi sa douceur et sa fraîcheur au toucher. Il faut savoir qu'à force de travailler le jade et de l'aimer, les Chinois en sont arrivés à épuiser leurs mines de jade et si l'on vous propose un objet en jade, sachez qu'il s'agit le plus souvent de jadéite ou de néphrite. Cela dit, ça n'enlève rien à la beauté de l'objet ! La jadéite a plus de valeur que la néphrite. Elle est plus translucide, et sa couleur varie dans un camaïeu de vert presque blanc jusqu'à un vert plus franc. Il se peut aussi qu'elle adopte des teintes bleues ou lavande. La néphrite, tout droit venue d'Asie centrale, est souvent d'un joli vert plus terne, elle peut aussi être blanche, jaune ou même noire. Les premiers jades que l'on a retrouvés datent d'environ 5000 ans av. J.-C., et ils étaient alors utilisés comme offrandes au ciel et à la Terre au cours de sacrifices rituels, et surtout lors des cérémonies funéraires puisqu'on accordait au jade le pouvoir de prolonger la vie terrestre. C'est pour cette raison qu'on en recouvrait partiellement le corps du défunt et qu'on a ainsi pu retrouver des plaquettes qui devaient être des amulettes et des parures. C'est à partir du XVIIIe siècle que le travail du jade devient plus courant et apparaît dans les objets d'art et de décoration.

Laques

Tout le monde a un jour éprouvé une agréable sensation en caressant de la main une porte d'armoire laquée. Il s'en dégage une immense douceur contrastant avec la nature par essence rustique du bois. La laque a été découverte en Chine sous les Shang. Elle est issue de la sève résineuse du sumac qui non seulement est imperméable, mais se durcit au contact de l'air en adoptant une jolie nuance de brun et donne par là même une résistance et une protection extraordinaire aux bois qu'elle recouvre. Le procédé est assez long. Tout d'abord, il faut bien poncer la surface ou l'objet que l'on souhaite laquer. Ensuite, on l'enduit d'un mélange d'argile et de laque sur une fine épaisseur. Après douze heures au moins de séchage à l'abri de la poussière, on pose une couche de laque, on laisse à nouveau sécher une douzaine d'heures et on ponce soigneusement. Et ainsi de suite, une vingtaine de fois. On peut alors peindre une décoration au pinceau si on le souhaite. Sous les Han, pour fabriquer de la vaisselle très légère ou des boîtes, on commençait par tremper le papier ou le tissu dans la résine, avant de lui donner la forme voulue dans un moule. En durcissant, l'objet une fois sec conservait la forme donnée et il suffisait d'appliquer le même procédé de couches de laques successives. Sous les Song et les Yuan, les laques étaient plus souvent monochromes rouges ou noires, mais on en trouve ensuite décorées de motifs sculptés et peints.

Que ramener de son voyage ?

Les possibilités de souvenirs sont innombrables en Chine. Que ce soit de magnifiques plats ou meubles laqués, des calligraphies de taille plus ou moins importante, des bijoux en jade, des porcelaines magnifiquement ciselées ou d'antiques instruments de musique traditionnels. Dans la Chine des minorités, on trouve quantité de souvenirs au rayon artisanat, des bijoux en argent aux vêtements traditionnels en passant par divers objets à des prix très attractifs. Au Xinjiang, les grandes spécialités sont les tapis et les couteaux (et attention ils coupent vraiment très bien)... Au Tibet, les objets religieux se trouvent eux facilement...

Les Tangkas tibétains

Peinture sur toile réalisée selon des codes très stricts et très précis. Ils servaient à l'origine à se débarasser de problèmes physiques ou religieux. Ces objets sont si codifiés que même les couleurs ou le choix des pigments ne sont pas laissés au hasard. Ils existent deux sortes de Tangkas, des tangkas brodés et des tangkas peints, ces derniers étant les plus fréquents.

Cinéma

Le cinéma chinois a une longue histoire, fortement liée à l'évolution politique du pays. Le premier film a été projeté en Chine dès 1886, soit une année à peine après celui des frères Lumière. La première production chinoise date de 1905 : il s'agissait d'extraits d'un opéra de Pékin, filmés en plans fixes. Le cinéma chinois a véritablement décollé dans les années 1920, et surtout dans les années 1930, à Shanghai. Deux types de films étaient alors réalisés en Chine : des films de divertissement (grandes fresques historiques ou inspirés de la littérature classique, premiers films de combats qui ont ensuite inspiré les productions hongkongaises), et films plus engagés sur des thèmes sociaux (comme Les Anges des Boulevards de Yuan Muzhi). La fin des années 1930 et les années 1940, celles de la guerre puis de l'occupation japonaise ont été marquées par un fort recul de la production cinématographique chinoise, les principaux films étant alors réalisés à Hong Kong. A partir des années 1950, le cinéma devient une activité principalement tournée vers la propagande, ce qui n'exclut pas d'ailleurs des films de qualité. Mao Zedong crée un Bureau du cinéma, qui est en réalité un " Bureau de la censure ", chargé de sélectionner les films politiquement corrects et de couper des scènes indésirables, tant dans les films chinois qu'étrangers. Le renouveau du cinéma chinois créatif intervient après la Révolution culturelle, avec la réouverture de l'Académie du cinéma de Pékin en 1978. Parmi les jeunes réalisateurs diplômés de cette première promotion en 1982 figurent les grands noms du cinéma chinois des années 1980, ceux que l'on appelle la " cinquième génération " : Chen Kaige (Palme d'or à Cannes en 1993 pour Adieu ma concubine), Tian Zhuangzhuang (Le Voleur de chevaux, Le Cerf-Volant bleu) et Zhang Yimou (Le Sorgho rouge, Epouses et concubines et Vivre ! qui a reçu le Grand Prix du jury à Cannes en 1994). Un peu en marge de ce groupe, bien qu'appartenant à la même génération, on peut également citer Jiang Wen, remarqué pour son très beau film sur la Révolution culturelle à travers les yeux d'un enfant (Dans la chaleur de l'été) et, plus récemment, par une vision très sarcastique de la guerre contre les Japonais (Les Démons à ma porte, primé à Cannes).

Depuis la fin des années 1990 commence à se dessiner un nouveau groupe de réalisateurs, un peu abusivement rassemblés sous le nom de " sixième génération ". Il s'agit de jeunes réalisateurs qui s'intéressent aux problèmes sociaux de la Chine contemporaine. Ces cinéastes sont confrontés à un dilemme pour l'instant insoluble : doivent-ils traiter ces thèmes comme ils l'entendent (souvent de manière assez crue), et les films n'atteindront alors jamais les spectateurs chinois ; ou doivent-ils se plier aux contraintes du toujours très actif Bureau du cinéma, et tourner des films un peu édulcorés, qui pourront alors être distribués en salles en Chine. Pour l'instant, la plupart de ces jeunes réalisateurs ont choisi la première option : leurs films " underground " parviennent à sortir à l'étranger, mais pas en Chine, à leur grand regret. Parmi les représentants de ces films très sociaux, on peut citer Jia Zhangke (Xiao Wu, artisan pickpocket, Platform, Plaisirs inconnus, The World, Still Life ou encore Les Éternels), Wang Chao (L'Orphelin d'Anyang, Jour et nuit), Zhang Yuan (Yesterday, sur la toxicomanie en Chine), Li Yang (Blind Shaft, sur la vie des mineurs dans le Nord de la Chine et Blind Mountain, deuxième partie du triptyque).

Malgré le contrôle toujours très présent sur la production cinématographique, la Chine tente de s'insérer dans les circuits de festivals mondiaux. A Kunming, on organise depuis 1991 le festival des Coqs d'or et des Cent Fleurs, version chinoise des Césars. En 1993, la ville de Shanghai a inauguré le premier festival international du film en Chine. Alors que le récent durcissement idéologique met le cinéma dans la ligne de mire des anciens du régime, l'industrie cinématographique (qui s'est ouverte en 1995 aux superproductions américaines) est rattrapée par le capitalisme. La plupart des films actuels sont réalisés avec des capitaux privés, chinois ou étrangers, ce qui ne les met pas pour autant à l'abri du Bureau du cinéma.

La Chine est devenue un puissant acteur institutionnel du cinéma mondial en prenant des parts importantes dans de nombreuses productions internationales. Ce phénomène se traduit à travers le tournage d'un grand nombre de scènes à Hong Kong ou en Chine continentale ou encore par l'augmentation du nombre d'acteurs chinois en tête d'affiche. La Chine est désormais l'un des marchés les plus importants lors de la sortie de blockbusters car elle fait souvent pencher la balance d'un côté ou de l'autre. Pour ne citer que les plus importantes de ses coproductions (en oubliant le raté The Great Wall par Zhang Yimou en 2016) : Transformers : Age of Extinction ou Warcraft l'adaptation du jeu du même nom.

Aperçu de la production cinématographique chinoise

Arrêter une liste de films chinois à voir avant un éventuel séjour en Chine est forcément un exercice très difficile au vu de la production gigantesque du pays mais aussi une affaire de goût. Pour autant, voici une sélection !

Epouses et concubines, Zhang Yimoi (1991).

Adieu ma concubine, Chen Kaige (1993).

Vivre, Zhang Yimou (1994).

Chungking Express, Wong Kar-Wai (1995).

Shower, Yang Zhang (2000).

Beijing Bicycle, Wang Xiao Shuai (2001).

Les démons à ma porte, Jiang Wen (2001).

Blind Shaft, Li Yang (2003).

Crazy Kung Fu, Stephen Chow (2005).

A Touch of Sin, Jia Zhang Ke (2013).

Les Ames mortes, Wang Bing (2018).

Littérature

On établit la naissance de la littérature chinoise aux environs de 2000 av. J.-C. Même s'il est plus aisé de trouver des traductions des oeuvres classiques de nos jours, de nombreuses oeuvres notamment des recueils de poèmes demeurent difficilement traduisibles. Les plus patients devront apprendre à maîtriser la langue pour pouvoir découvrir les écrits anciens. Avant le XXe siècle, on dénombrait deux styles de littérature en Chine : le classique et le vernaculaire. La littérature classique était un ensemble de textes anciens que les candidats au mandarinat (soit le système académique en vigueur sous les dynasties) devaient connaître. Le style vernaculaire était quant à lui davantage utilisé pour distraire. Les romans vernaculaires sont d'une richesse incalculable pour ceux qui souhaitent découvrir la Chine ancienne. Un des plus célèbres est certainement le Roman des Trois Royaumes écrit par Luo Guanzhong, il raconte et met en scène les batailles dans lesquelles se livraient la Chine lorsqu'elle était divisée en trois royaumes (dynastie des Han).

Au début du XXe siècle, les premières traductions de romans occidentaux firent leur apparition en Chine. La littérature étrangère influença par la suite les écrits chinois classiques. Lors de l'ascension au pouvoir des communistes, la littérature chinoise cessa d'évoluer et se mua dans un style rigide. Elle servait à l'époque à véhiculer les idées du parti. Après la mort de Mao Zedong en 1976, les langues se délièrent et les écrivains chinois commencèrent à écrire sur la pauvreté, la Révolution culturelle et tous les événements choquants qu'ils ont pu vivre. Depuis les années 1990, une nouvelle génération d'auteurs chinois semble émerger, inspirés par la rapide croissance économique, la solitude, la drogue et la sexualité. L'auteure Zhou Weihui est membre de cette nouvelle génération. Son ouvrage Shanghai Baby, publié en 2000, fut un véritable succès en Chine et à l'étranger. Qualifié de décadent par le gouvernement, ce livre décrit pourtant la réalité de la jeunesse des grandes villes. Le roman aborde les sujets de la liberté et de la sexualité sans tabous. En 2000, le prix Nobel de la littérature est attribué à Gao Xingjian pour son roman La Montagne de l'âme, qui se déroule dans les paysages montagneux du sud de la Chine. Il faut également citer Le Totem du loup de Jian Rong, publié en 2003, le plus gros succès littéraire de tous les temps en Chine (20 millions d'exemplaires vendus, soit vraisemblablement plus que le Petit Livre rouge du Grand Timonier) ! Ce roman d'aventures raconte la vie de deux " instruits " dans les campagnes du nord de la Chine. En 2012, l'académie a choisi de récompenser Mo Yan pour son oeuvre, comme Le Pays de l'alcool, écrit après les événements de 1989, qui dénonce la corruption des hauts cadres. Citons encore Beaux Seins, belles fesses (1995) qui est, comme Le Clan du sorgho, une saga familiale.

Ouvrages de référence

Yu Hua, Brothers, Actes Sud Littérature, traduit par Isabelle Rabut et Angel Pino, 2008.

Jian Rong, Le Totem du loup, Bourin Editeur, 2008.

Mo Yan, Beaux Seins, belles fesses, traduit par Noël et Liliane Dutrait, Paris, Seuil, 2004.

Cao Xueqin, Le Rêve dans le pavillon rouge, La Pléiade, Gallimard, 1981 (deux volumes). Cao Xueqin, un grand lettré réaliste, a atteint le sommet de la littérature romantique en Chine antique avec ce livre culte du XVIIIe siècle.

Lu Xun, La Véritable Histoire de Ah Q, publié en 1921 en Chine. En France, Editions des Langues étrangères, 2000. Cette nouvelle raconte l'histoire d'un homme un peu candide lors de la révolution de 1911.

Lao She, Le Pousse-pousse, Philippe Picquier. Un des chefs-d'oeuvre de la littérature chinoise. Lao She décrit le Pékin des années 1920 et raconte l'histoire malchanceuse de ce tireur de pousse-pousse.

Jacques Pimpaneau, Lettre à une jeune fille qui voudrait partir en Chine, Philippe Picquier réimprimé en format poche, 2004. La meilleure façon de connaître un pays est de découvrir sa poésie. Un livre très intéressant.

Yveline Féray, Contes d'une grand-mère chinoise, Philippe Picquier, 2001. Ces contes ont été traduits et racontés par Yveline Féray. Les six contes conservés dans la mémoire populaire grâce à des conteurs exceptionnels appartiennent au chef-d'oeuvre de la littérature chinoise. Plongez-vous dans l'histoire de ces personnages touchants et émouvants.

Femmes poètes dans la Chine d'aujourd'hui, Anthologie, Zhongguo Wenxue, 1991. Plus de cent poèmes écrits par trente-six femmes poètes qui aiment la vie littéraire de la Chine actuelle.

Ya Ding, Le Sorgho rouge, Stock, 1987. Né en 1956, dans une petite ville au nord de la Chine, Ya Ding y grandit jusqu'à l'âge de 10 ans. Durant la Révolution culturelle, il fut envoyé aux champs jusqu'à vingt ans. Traducteur de Camus et de Sartre, il a écrit ce roman, inspiré de sa vie, directement en français.

Chen Kaige, Une jeunesse chinoise, Philippe Picquier. Une autobiographie émouvante du célèbre réalisateur de cinéma qui reçut à Cannes, en 1993, la Palme d'or pour Adieu ma concubine. Il était Garde rouge pendant la Révolution culturelle (comme toute sa génération) et il a dénoncé son propre père.

Médias locaux

Inutile de préciser ici que les médias chinois sont étroitement contrôlés et ne peuvent exprimer en toute liberté leurs opinions, en particulier sur les trois T : Taïwan, Tian'anmen et Tibet. Les autres sujets sont traités de manière assez complète, mais toujours complaisante avec les autorités et sans faire mention des oppositions.

Entre propagande, journalisme d'investigation et littérature de reportage, les médias en Chine ont connu ces trente dernières années une évolution indéniable. La Chine est même en passe de s'imposer comme une superpuissance dans ce domaine, et en a fait un des piliers de sa stratégie de séduction et de rayonnement. Mais les médias chinois, loin d'être émancipés, vivent dans le paradoxe. Ils oscillent aujourd'hui entre les velléités de libéralisation que favorise l'éclosion d'une économie de marché et le contrôle systématique de la presse dont les objectifs demeurent soumis aux objectifs fixés par l'Etat-Parti : maintenir une cohésion nationale. Voeu pieux s'il en est, car la fin des années 1990 et le développement d'Internet ont vu naître de nouvelles formes d'expression sociale - par le recours aux blogs, comme celui du célèbre et insolant Han Han - une pluralité d'opinion qu'encourage la libre concurrence qui s'exerce à présent entre les organes de presse. Cantonné au rang d'un simple relais de la propagande à l'époque maoïste, le journalisme chinois a, depuis lors, renoué avec une plus grande professionnalisation de ses représentants ; phénomène qui avait été amorcé sous l'influence d'une modernité d'inspiration occidentale durant les dernières années de la dynastie des Qing et au commencement de la première République. La professionnalisation gagne ainsi du terrain, mais les problèmes de corruption et le poids de la censure demeurent cependant les principaux fléaux d'une profession en pleine évolution.

Est-il nécessaire de noter que l'Etat-parti contrôle les médias ? Depuis 2013 et une réforme des capacités médiatiques chinoises, avec en ligne de mire le souhait de s'imposer comme un géant mondial, l'Administration générale de la presse, de l'édition, de la radiodiffusion, du cinéma et de la télévision est ainsi chargée de faire la promotion des différents vecteurs d'information (on notera que le cinéma en fait partie) mais aussi d'en contrôler le contenu. Le contrôle était bien entendu total auparavant, mais il est aujourd'hui centralisé, afin de faciliter une plus grande cohésion, notamment on se doute face à la montée en puissance des réseaux sociaux. Traditionnellement, la radio nationale de Chine et Radio Chine internationale son pendant à l'export) sont les principaux canaux sur les ondes. Les chaînes de télévision, CCTV, sont devenues les vecteurs les plus visibles pour le grand public depuis que les ménages ont les moyens de se payer un poste de télévision. Parmi ces chaines, CCTV news est une sorte de CNN à la chinoise (contrôle gouvernemental en plus), tandis que CCTV 5 diffuse des programmes en anglais, avec pour ambition très claire de s'exporter dans le monde entier. En matière de presse écrite, le journal le plus important est Le quotidien du peuple, organe officiel du parti. On compte également des journaux en anglais, comme Global Times ou China Daily, tous contrôlés par l'Etat.

C'est donc sur Internet que les Chinois trouvent un espace de liberté, mis à rude épreuve en raison des multiples parades et murailles érigées par le gouvernement, mais qui ne cesse cependant de progresser, au point de devenir un véritable défi pour le régime. Réseaux sociaux (Weibo, en l'absence de Twitter et Facebook interdits) et blogs de toutes sortes caractérisent une nouvelle forme d'expression et, dans certains cas, de protestation. Il est intéressant de voir que les pouvoirs publics doivent désormais s'adapter à cette nouvelle donne, et ne peuvent plus uniquement jouer la carte de la répression. Faut-il y voir des changements importants ? Difficile cependant de se hasarder à un tel pronostic.

A Hong Kong, les médias bénéficient en principe d'une plus grande liberté, en principe cependant car on relève de nombreux problèmes. Le South China Morning Post, grand quotidien de Hong Kong indépendant, semble par exemple de plus en plus exposé aux pressions de Pékin, surtout depuis son rachat par le fondateur d'Ali Baba Jack Ma qui semble ne pas vouloir se mettre Pékin à dos...

Surfer sur Internet en Chine...

La Chine contrôle le réseau. Ce qu'elle ne veut pas lire, elle en interdit l'accès. Ainsi, impossible de se connecter à vos réseaux sociaux préférés, et même à vos boîtes email (notamment Google). La seule solution pour essayer de " contrer " la censure du net consiste à s'équiper d'un logiciel VPN (pour virtual private network) qui vous permet de " déplacer " votre adresse IP hors de Chine et donc de vous permettre d'accéder à vos emails et autres. Ces petits logiciels sont facilement trouvables sur Internet, mais notez qu'ils sont payants (généralement 12 US$/mois en souscription directe).

Musique
<p>Musicien Bai jouant du shamisen.</p>

Musicien Bai jouant du shamisen.

Jusqu'au début du XXe siècle, l'histoire de la musique en Chine ne connaît que peu de changements notables. Rituelle jusqu'à la dynastie Tang (qui marque l'âge d'or de la poésie chinoise), elle conserve un aspect immuable et reflète l'image des lettrés confucéens. L'apparition de la musique bouddhique au XIe siècle, à caractère essentiellement religieux ne modifie pas cet état. La musique profane, méprisée par les lettrés, n'est que rarement mentionnée dans les ouvrages classiques. L'arrivée de la dynastie mongole Yuan au pouvoir (1271-1368) marque l'essor du théâtre chinois, tandis que sous la dynastie mandchoue Qing (1644-1911) la théorie musicale semble marquer une pause. En effet, au lieu d'encourager de nouvelles recherches, les Qing fixent en 1712 l'échelle officielle des notes. La dynastie Qing, sinisée rapidement à l'inverse des Yuan, voit l'arrivée des premiers pères jésuites : en 1676, le père portugais Pereira joue du clavecin en présence de l'empereur Kangxi. Malgré les premiers contacts avec l'Occident, les instruments " barbares " restent confinés dans le palais impérial, accessibles à quelques privilégiés seulement. Le statut des artistes et musiciens était peu gratifiant, puisque jusqu'en 1723, les musiciens de profession (à l'exclusion de ceux accompagnant les processions lors des mariages et des enterrements) étaient considérés comme des beijian (vils) et inscrits sur un registre du cens spécial qui leur interdisait de se présenter aux examens mandarinaux jusqu'à la troisième génération. Le début de notre siècle marque la véritable rencontre de l'Occident et de la Chine. Outre la révolution soviétique, qui provoqua la venue de nombreux artistes russes en exil, les Chinois eux-mêmes partirent étudier hors de Chine.

Actuellement, trois courants se dégagent : les adeptes de musique chinoise interprétée avec des instruments chinois, par exemple Liu Wenzi ; les partisans d'une occidentalisation de la musique chinoise à outrance, entre autres le compositeur Liu Duntian ; les Chinois préférant unir les deux mondes en rassemblant les instruments des deux cultures, par exemple He Bin, Ma Shenlong. Les artistes de ce courant utilisent les formes d'écriture que nous connaissons en Occident (symphonies, concertos...) tout en puisant leur inspiration dans le folklore chinois. A ces trois courants, il faut ajouter l'évolution des jeunes vers la musique de style karaoké, c'est-à-dire des variétés où les mélodies sont extrêmement simplistes, mais que tout le monde reconnaît. Trois oeuvres musicales à découvrir : le Manjianghong, le Concerto des papillons amoureux de Liang-Zhu et le Concerto du fleuve jaune de Huanghe Dahechang.

La musique chinoise contemporaine

Les rockeurs, les rappeurs, les grunges ou les punks n'ont peur de rien : c'est à ça (et à leur look aussi) qu'on les reconnaît. Et, aussi surprenants que cela puisse paraître, ils sont nombreux en Chine. Le régime, aussi policier soit-il, n'a pas encore réussi à les faire taire. Xiao He, Wan Xiaoli, Wang Lei, Meihao Yaodian (Glorious Pharmacy), AK-47, PK-14 ou encore Nao Chong (Brain Failure)... Voici un florilège des groupes les plus populaires en Chine. Ils jonglent avec les styles pour faire passer leurs messages. Des messages sociaux pour Wan Xiaoli, seul sur scène avec sa guitare, et sa chanson Je suis devenu chômeur à la prose fleurie : " Dans notre société civilisée (slogan du pouvoir chinois), il est possible de ne rien posséder. Mais il est impossible de ne pas avoir d'argent. Et si tu n'as pas d'argent, tu n'es rien d'autre qu'un con. " Tout aussi décapantes les paroles du groupe Public Kingdom 14 (PK14) et de leur chanson Sais-tu ? Ceux-là dénoncent les nombreux morts inconnus du développement et de la croissance économique chinoise. Autre genre, autre message, plus musical cette fois. Ainsi, Meihao Yaodian réhabilite avec force tambourins et dialectes, la musique des minorités ethniques du nord de la Chine (ouïghour, kazakh et kirghize).

Une première dame chanteuse

Peng Liyuan, la femme du président chinois est aussi une chanteuse à succès. Avant l'ascension de son mari au poste suprême, elle était une chanteuse célèbre qui apparaissait chaque année pour le grand show télévisé de CCTV à l'occasion du Nouvel an. Elle était surtout connue pour ses chansons axées sur des thèmes ethniques ou ruraux chinois, et généralement exprimant les émotions de citoyens ordinaires de la campagne. Pour la petite histoire, elle est également général dans l'armée populaire de Libération.

Peinture et arts graphiques

On parlera de peinture et de calligraphie en même temps, d'abord parce que ces deux arts se font au pinceau, et ensuite parce qu'on les retrouve souvent côte à côte sur le même support. Combien de rouleaux représentant un paysage avec un ermite près d'une cabane sur une route de montagne rocheuse portent aussi sur leur côté une calligraphie explicative ou un poème... Les peintres et les calligraphes se servent donc de papier, d'un pinceau, d'un bâton d'encre, d'une pierre à encre dans laquelle on diluera le bâton, en ajoutant un peu d'eau et en frottant lentement le bâton avec un mouvement circulaire jusqu'à l'obtention de l'intensité du noir voulu. Les meilleurs pinceaux aux poils arrondis et très pointus au bout sont souvent constitués d'une tige de bambou terminée par une touffe de poils de martre ou de loup. Le tracé d'un caractère à lui seul est une véritable oeuvre d'art, et sera d'ailleurs signé. Les peintres et les calligraphes utilisent de l'encre solide plus par tradition que par ignorance des nouvelles techniques. L'encre de Chine existait déjà sous les Han. Vous verrez de nombreuses peintures lors de votre séjour et si vous souhaitez en acquérir une, laissez-vous séduire. Elles sont souvent peintes sur de la soie collée sur papier et se déroulent verticalement ou horizontalement entre deux embouts de bois. Chaque peinture évoque quelque chose d'intense et de magique, presque religieux : beaucoup de paysages zen sont influencés par la philosophie taoïste. Vous aurez envie d'aller vous y promener et d'être cette silhouette qui monte le rocher à travers les pins vers la petite maison en haut d'où la vue doit être si belle sur le lac en bas...

Traditions
Opéra chinois

C'est une sorte de théâtre, répandu dans tout le pays depuis 150 ans, qui n'a pas grand-chose à voir avec le théâtre en Europe. Concentrant tous les succès du théâtre chinois, il se présente comme un art synthétique du théâtre, de la musique, de la danse et d'arts martiaux traditionnels. Il existe différents styles d'opéra (opéra de Pékin, de Chiu Chow ou de Canton), et les troupes chinoises locales, ou en visite, ont beaucoup de succès. L'opéra de Pékin est né il y a 200 ans dans la capitale. Mais son origine remonte sans doute aux théâtres de poupées, liés au culte des morts. Son âge d'or se situe dans les années 1920, avec les fameux " quatre rôles féminins ". Les acteurs arpentent la scène au son d'antiques instruments à cordes ou aux bruits fracassants des gongs et des tambours. Les costumes sont inspirés des vêtements d'il y a environ quatre siècles, sous la dynastie Ming (manches flottantes, trop longues, soulignant les mouvements). Les fanions insérés sur le dos des costumes des hauts militaires et les deux longues plumes de faisan piquées dans les coiffes ont été ajoutées pour intensifier l'effet théâtral. L'opéra de Pékin a beaucoup souffert durant l'invasion japonaise, et il fut carrément interdit pendant la Révolution culturelle, sauf les représentations révolutionnaires. Les tournées du célèbre acteur chinois Mei Lanfang à l'étranger, et le cinéma, contribuèrent à donner l'image d'un théâtre de travestis aux voix très haut perchées. Pour nous, Occidentaux, la musique chinoise nous semble encore aujourd'hui très souvent associée aux mélodies lancinantes, aux psalmodies et au gong ! Pourtant, la musique chinoise est d'une nature bien différente ; elle obéit à d'autres critères que les nôtres et particulièrement à quatre notions de base :

La langue chinoise. Tous les Occidentaux ont pu s'apercevoir des difficultés liées au monosyllabisme et à la polytonie de cette langue. Chaque son est affecté d'un ton musical défini tant par son inflexion que par sa hauteur relative. Il suffit de laisser traîner un peu la voix pour qu'une lecture quelconque devienne aussitôt musicale et s'apparente à la psalmodie.

Le huangzhong. Il s'agit du son fondamental qui est à la base de tout le système musical chinois, créé, d'après la légende, par un ministre de l'empereur Huangdi. D'autres sons s'y ajoutèrent et formèrent ce qu'on appelle les douze lü. Au fil du temps, ce huangzhong a évolué (un peu à la manière de notre la), ceci explique sans doute les nombreuses traductions de ce terme en notation occidentale : mi ou fa.

Les douze lü. Ils correspondent aux douze degrés chromatiques que l'on connaît également dans notre base musicale. Empreints de philosophie taoïste et de diverses croyances, ils ont périodiquement animé des querelles entre musicologues. Leur mauvaise traduction par les pères jésuites a été bien souvent la cause d'erreurs d'interprétation. Pour former une échelle mélodique, il faut choisir un certain nombre de lüs. Si le huangzhong (premier lü) correspond à la note fa, on obtient après quatre progressions de quintes justes (trois tons, un demi-ton diatonique), cinq notes qui sont fa, do, sol, ré, la. On peut alors constater que classées dans l'ordre fa-sol-la-do-ré, ces notes nous permettent d'obtenir une gamme pentatonique appelée communément " gamme chinoise ". En complément, la gamme heptatonique (ou gamme mongole) est composée de la manière suivante : do-ré-mi-fa-fa#-sol-la-si-do. Pour les connaisseurs !

Le rythme. Confucius, dans son ouvrage sur le Zonglun déclare : " La musique c'est le rythme ! " Cette primauté est évidente, car dans toute la musique chinoise les instruments de percussion tiennent une place importante en nombre et en puissance sonore (carillons, cloches, gongs, cymbales, tambours...) ; le rythme employé en Chine est essentiellement binaire avec accentuation très prononcée des temps forts. La syncope est également très prisée par les artistes chinois.

Xiangsheng

C'est une forme de comédie traditionnelle qui remonte au XIVsiècle, en Chine. Le terme xiangsheng signifie le fait d'imiter le discours et les actions de quelqu'un. La plupart des pièces sont des dialogues entre deux comédiens, voire avec des troupes de trois acteurs ou plus. L'un d'eux joue le Chinois moyen victime de la folie ou de l'absurdité de l'autre, et l'ensemble joue un rôle social et politique. C'était un art tellement populaire que le public récitait souvent le texte par coeur avec les comédiens. Mais après la fondation de la République populaire de Chine, le xiangsheng a dû se conformer aux mentalités de la nouvelle société : les blagues sexuelles, les références politiques ou les moqueries sur les défauts physiques des personnes ont été bannis. Néanmoins, le xiangsheng s'est répandu très rapidement dans tout le pays, grâce notamment à sa diffusion massive à la radio et depuis les années 1980, à la télévision, et récemment encore via Internet, où des blagues bien plus osées circulent. Aujourd'hui, cette forme d'art survit aussi encore sur scène, notamment dans les théâtres ruraux.

Spectacles de marionnettes

Les premières marionnettes seraient apparues il y a 500 ans, dans la province du Fujian. Au départ, de petites statuettes utilisées pour les rites funéraires se sont progressivement transformées : il s'agissait alors de marionnettes à gaine, avec des jambes en chiffon, des chaussures en bois, des vêtements en soie et une tête en bois peinte et maquillée. Elles étaient souvent utilisées pendant les fêtes religieuses pour des spectacles de rue ou de foire, reprenant des textes classiques de la littérature chinoise ou du répertoire de l'opéra. A la fin du XIXe siècle on voit aussi apparaître des marionnettes à baguettes, avec une tête en terre cuite, des mains en papier mâché, reliées à une baguette pour la manipulation et des jambes en bois. Ces marionnettes sont encore utilisées dans certains théâtres à Pékin.

Théâtre d'ombres chinoises

Même si l'on reconnaît à l'Inde un rôle déterminant dans le développement de cet art, la Chine, comme d'autres pays, revendique la création du genre. Plusieurs légendes sont invoquées : celle du prêtre taoïste, au IIe siècle av. J.-C. qui aurait fait apparaître le fantôme d'une concubine impériale sur un écran, celle encore d'un chef d'armée Han qui, pour défendre ses troupes contre l'ennemi, aurait érigé l'ombre de figurines contre les fortifications. Les figurines du théâtre d'ombre sont généralement découpées dans de la peau ou du parchemin, puis peintes avec des couleurs vives, pour être projetées sur un écran. Elles sont translucides et articulées, parfois enduites d'une huile végétale, et les têtes sont interchangeables pour multiplier les personnages. Le montreur interprète tous les rôles, la musique l'accompagnant. Le répertoire est souvent tiré de l'histoire du pays.

Adresses Futées de Chine

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