Guide d'Indonésie : Mode de vie

Vie sociale
Les enfants

Les enfants dans les familles indonésiennes occupent une place à part, chéris par leur famille tout au long de leur enfance et souvent très protégés. D'ailleurs, c'est bien le but ultime de tout un chacun : avoir un enfant.

Si vous avez plus de 20 ans et que vous racontez à un Indonésien que vous n'avez pas d'enfants, cette annonce sera accueillie par un air, sincère, de commisération d'autant plus grand que vous êtes vieux... L'éducation et la socialisation traditionnelles sont généralement strictes, basées sur le respect des aînés. A l'opposé, les enfants des rues sont totalement livrés à eux-mêmes et ils expérimentent tout ce qui les détruit : drogue et prostitution surtout. Le film de Garin Nugroho Feuille sur un oreiller (Daun di atas bantal) décrit de manière très précise et très juste tout le tragique de leur existence sans lendemain vouée à l'échec le plus total. Au bout de ce court chemin, c'est la mort qui les attend.

Leur durée de vie n'est pas très longue. Vous les verrez traîner dans les rues des grandes villes. Ils exercent mille petits boulots pour gagner quelques piécettes de rien du tout : porteur de parapluie pour aider les passants à traverser la rue en cas d'averse, vendeur de journaux (tukang loper koran), troisième passager d'une voiture pour pouvoir accéder à certaines routes de Jakarta (la circulation de Jakarta étant infernale, les autorités ont interdit d'être moins de trois dans une voiture, afin d'inciter les gens à regrouper les passagers...). Par bonheur, certaines associations indonésiennes les repèrent et tentent de leur redonner une vie où l'enfance reprend tout son sens.

L'éducation

Vous le constaterez très rapidement : le taux d'analphabétisme en Indonésie est extrêmement bas, quasi nul (même s'il a eu tendance à augmenter depuis la crise asiatique de 1997). Tout le monde lit le journal dans les rues des villes, discute du cours du prix du pétrole ou des bisbilles dans le monde politique - liberté appréciable après la chape de plomb qui accompagnait le régime de Suharto. L'école est obligatoire pour les enfants pendant 9 ans (6 ans en école primaire, 3 en école secondaire, auxquels suivent 3 ans supplémentaires pour ceux qui veulent poursuivre leurs études), et, le matin en zone campagnarde, vous pourrez voir de longues lignes de petits mignons, engoncés dans leurs uniformes, se rendre à l'école, à plusieurs kilomètres de là. L'éducation est extrêmement valorisée, comme dans le reste de l'Asie, et reste un facteur de réussite sociale - bien que, depuis la crise économique, de nombreux jeunes diplômés ne peuvent pas trouver de travail à la hauteur de leurs ambitions. Dans les zones rurales et peu développées notamment, c'est parfois au pesantren que se rendent les petits : l'école coranique. Il y en a de toutes sortes, et elles sont généralement gérées par la communauté. Une petite minorité d'entre elles pose cependant problème, comme le pondok Ngruki, près de Solo, qui a formé toute une génération de djihadistes. A noter que les cours de religion sont obligatoires dès l'école primaire.

La première université du pays, l'université de Jakarta, a été fondée en 1930. Les principales et prestigieuses universités indonésiennes sont Universitas Indonesia à Depok près de Jakarta, Universitas Gadjah Mada à Yogyakarta et l'ITB (Institut Teknologi Bandung) à Bandung. Vous pouvez aller visiter leur site Internet.

Celui de UI est : www.ui.ac.id/en - Pour trouver un kos (une chambre) à UI, promenez-vous dans les ruelles autour de l'université. Vous trouverez forcément un étudiant ou une étudiante, prêt à vous aider. Si vous êtes étudiant et que vous voulez être heureux et tranquille, c'est là qu'il faut venir. Le campus d'UI est vraiment très agréable. Nos universités feraient bien de s'inspirer de ce magnifique complexe universitaire. L'architecture harmonieuse du lieu est cachée derrière un océan de verdure. Les festivités et les spectacles ont lieu dans le Balairung. Attention, ne passez pas avec votre petit(e) ami(e) près du lac (danau), les esprits auront vite fait de vous séparer de lui ou d'elle et de casser votre relation amoureuse. Les Indonésiens sont très superstitieux !

Vous trouverez partout des rental Internet (cybercafés) ainsi que de multiples petits restaurants, des cafétérias et des warungs (gargotes), dans la Jl Margonda notamment.

La place des femmes

Plus grand pays musulman du monde, l'Indonésie ne correspond pas au cliché que l'on peut se faire concernant le statut de la femme sous l'islam.

Certes, les partis islamistes radicaux s'opposèrent franchement à l'accession de Megawati à la présidence, mais ils furent très minoritaires, et la quatrième nation du monde fut donc dirigée plusieurs années par une femme. Si les ennuis existent pour une femme voyageant seule (voir chapitre " Partir seule " en dernière partie du guide), ils ne sont pas pires que dans d'autres pays en voie de développement non musulmans. Bref, aucune contre-indication pour que Madame voyage ! Si aujourd'hui on observe une radicalisation souvent inquiétante de certains musulmans, seule une minorité de femmes de Jakarta porte le voile, fichu de couleur jeté sur les cheveux. Le voile très couvrant est vraiment rare. En dehors de la capitale, la situation peut bien sûr être très différente ; mais à Aceh par exemple, province pourtant très musulmane, la proportion de femmes exerçant une profession est plus élevée que dans la capitale ! Ne tombons donc pas dans les clichés ; d'ailleurs, Bali a pour cela mauvaise réputation dans le reste de l'Indonésie. " Plutôt rester célibataire que d'épouser un Balinais ", déclarent certaines jeunes femmes actives de Jakarta.

Car la place de la femme y est généralement à la maison, et c'est alors l'homme qui s'occupe des tâches extérieures. La mère du féminisme à l'indonésienne, c'est Raden Adjeng Kartini, née le 21 avril 1879 à Mayong, village de la régence de Japara à Java. Elle est issue d'une riche famille d'aristocrates. A 12 ans et demi, la coutume lui impose de quitter son école. Les jeunes filles sont obligées de vivre chez elles en attendant de se marier. Kartini regrette de ne pouvoir suivre des études comme ses camarades garçons. Elle demande à son père de pouvoir continuer les cours, mais il refuse. Elle doit suivre l'étiquette rigide de l'aristocratie javanaise : être immobile, silencieuse ; ne faisant que les gestes indispensables, marchant lentement, à petits pas. En 1902, le régent de Rembang la demande en mariage. Elle accepte, sûre de trouver chez son mari un esprit ouvert. Il la rendit très heureuse. Il partageait ses idées nouvelles d'émancipation et pensait qu'il était nécessaire de les répandre et de les appliquer à toute la société. Kartini a été la première à revendiquer pour les femmes le droit à l'instruction. Pour donner vie à ses idées, elle a ouvert une petite école où elle donnait des leçons à des jeunes filles, sans limite d'âge. Mais elle ne pourra pas mener à bien son combat. Elle est morte à 25 ans, le 13 septembre 1904, quatre jours après avoir donné naissance à un fils. Aujourd'hui, Kartini est entrée dans la légende. Le jour de sa naissance est désormais la Journée nationale de la femme en Indonésie.

À lire : Lettres de Raden Adjeng Kartini. Java en 1900. Choisies et traduites par Louis Charles Damais. Ecole française d'Extrême-Orient. Jakarta 1999.

La société balinaise

Le système de castes

La structure sociale des Balinais est complexe. Le premier lien d'un individu est déterminé par sa parenté (wangsa) et sa caste (kasta). Le second lien est déterminé par son village, son clan, son (banjar).

Le système de castes a été introduit à Bali par les Javanais lors de leur conquête de l'île en 1343. Le mythe védique justifiait une stricte division féodale de la société, mais Bali hérita d'un système déjà fortement édulcoré par les Indo-Javanais. Les aïeux de la noblesse étaient considérés pourtant comme les gardiens de pouvoirs surnaturels, et tenaient leur légitimité des grands prêtres de la caste des brahmanes. A la fin du XVIe siècle, le système de castes javanais s'était imposé dans toute l'île, où il perdure encore.

On sait que le principe des castes est étroitement relié aux principes du karma et du samsara, c'est-à-dire, d'une part, à la fois en la fructification de ses propres actes (karma phala) et, d'autre part, à la fois dans le processus cyclique de la naissance, de la mort et de la renaissance (samsara). Le statut dont hérite l'individu étant la conséquence des actes de sa vie antérieure.

Triwangsa signifie les trois peuples, à savoir les brahmanes (les prêtres), les kshatriya (les guerriers), et les vaiçya (les marchands). Constituant environ 10 % de la population, ces trois castes privilégiées sont respectées par les çudra (les roturiers). Vivant dans des palais (puri), leurs membres observent des nuances très subtiles entre les différents titres et maintiennent des protocoles linguistiques et sémantiques complexes.

Les vaiçya représentent la caste des marchands ou des fonctionnaires nommés par les kshatriya. Les hommes portent le titre d'I Gusti ; les femmes d'I Gusti Ayu. Spirituellement, la fonction nobiliaire la plus importante est celle de pangemong, ou gardien ou conservateur d'un grand temple balinais.

Vivant dans une gria (prononcer " grieu "), les brahmanes sont seuls à pouvoir devenir prêtres (pedanda). Uniques dépositaires des pouvoirs magiques, ils reçoivent des droits appropriés lors des crémations (effigies de taureaux blancs) et sont notamment les seuls habilités à sculpter les masques de barong ou de rangda. Les hommes de cette caste sont appelés les Ida Bagus ; les femmes, les Ida Dayus.

Descendant des rois et princes qui ont gouverné le pays, les kshatriya appartiennent à la noblesse de guerre. A ce titre, leur rôle dans la résistance contre les Hollandais a été fondamental. A partir du XVIIe siècle, ils ont été à la tête des différents petits royaumes affranchis de la toute-puissance du Dewa Agung de Gelgel. Tenant leur rôle avec magnificence, ils ont patronné les artistes de leur temps et favorisé l'épanouissement d'un art séculier, en dehors des temples. Les hommes de cette caste portent les titres de Dewa Agung, Cokorda, Anak Agung, alors que les femmes sont appelées Dewa Ayu ou Dewa Agung Istri.

La caste des çudra représente 90 % de la population balinaise et forme ce qu'on pourrait appeler la roture. Différant en ceci des " intouchables " de l'Inde, les çudra jouissent de certains privilèges, dont celui, d'ordre religieux, de pouvoir désigner dans leur propre caste les " sungguhu ", chargés de chasser les mauvais esprits et autres démons qui hantent la vie balinaise. Mais, dans la plupart des circonstances, c'est aux brahmanes qu'ils s'adresseront pourtant pour savoir la date convenant à telle ou telle cérémonie, ou pour se faire traduire du kawi, le texte rédigé sur feuille de latanier, qui les éclairera sur tel ou tel rituel, ou telle ou telle fonction d'offrandes.

Le village balinais

L'idée d'équilibre est centrale dans la philosophie et la manière de vivre balinaise. L'homme et la nature se rencontrent et se complètent mutuellement, dans un hymne à la beauté adressé à Sang Hyang Widdhi (dieu suprême). Cette harmonie semble trouver une correspondance visible dans le paysage : un paysage agricole, apprivoisé. Aux limites des champs secs du village, des étendues vertes et brillantes se déploient à l'horizon, rizières connectées à d'autres rizières, réseaux de digues herbeuses, distribués comme sur un tapis sans fin, et qui semblent avoir attrapé le ciel dans leur filet. Parfois, d'autres motifs, plus rares, accrochent le regard ; une barrière de cocotiers signalant un autre village ; ou, au beau milieu des rizières, à côté de ce qui semble être un sentier, un petit muret et un autel de chaume, accolés à un bouquet de buissons et d'arbres : le temple du " subak ", l'association de l'irrigation.

La base de l'unité territoriale balinaise est le village (desa), dont la surface couvre les champs humides et les rizières, les champs secs du kampung et leurs jardins, les temples et les routes. A l'espace humide, correspond l'unité du subak, et à l'espace sec, celui du banjar, chacun avec ses temples et son type d'organisation.

Le desa typique accueille un ensemble de trois temples, le Kahyangan Tiga, chacun en relation avec un aspect symbolique. Le Pura puseh est le temple des origines ; il est orienté vers la montagne, séjour des dieux tutélaires du village et de ses fondateurs. Le Pura desa est le temple du territoire lui-même, celui où ont lieu les assemblées et les rites de fertilité. Le Pura dalem, situé vers le bas du village, est le temple des morts, celui qui est consacré aux forces de la mort et du monde inférieur, et à côté duquel ont lieu les crémations.

On trouve également, à côté de ces temples territoriaux, un temple pour chaque banjar (bedogol, ou pura banjar), un temple pour chaque subak, et d'autres temples variés pour des sous-clans (Pura dadia ou Pura panti), chacun avec son calendrier de fêtes.

Les temples du Kahyangan Tiga ont une importance primordiale pour l'accomplissement des rites locaux. La plupart des cérémonies domestiques, ou de tout autre temple local, doivent être précédées par une offrande de notification (pejati) au Kahyangan Tiga. Le plus important des temples du Kahyangan Tiga est le Pura desa, ou temple du village territorial, une importance mise en évidence par la première place que tient, dans les processions, son dieu vénéré, le batara desa. La congrégation du Pura desa, qui correspond pratiquement à la communauté villageoise (desa pekraman), est dirigée par le bendesa adat.

Le banjar constitue une communauté appelée " banjar suka duka ", ou " association partageant la joie et la peine ". Les fonctions spécifiques du banjar (ayahan) vont en effet de l'aide apportée à un de ses membres dans la préparation de son mariage ou pour répondre à une requête du gouvernement local, à la construction d'une tour de crémation au cimetière, mais ces fonctions incluent également des activités liées à la vie d'un temple (entretien, préparation d'une cérémonie). Tous ces travaux collectifs (ayahan) à l'intérieur ou à l'extérieur du banjar sont soumis à une charte de lois (awig awig), elle-même votée par décision communautaire.

L'unité sociale de base du banjar est le couple (pekurenan). Seuls les hommes mariés sont membres à part entière du banjar et soumis à ses lois et obligations. Les décisions sont prises par l'assemblée (sangkep) des membres mâles, le " krama banjar ", qui se réunit généralement tous les 35 jours.

Les décisions sont prises à l'unanimité et, depuis 1979, le banjar représente la plus basse structure administrative de l'administration nationale, placée sous l'autorité directe du perkebel/lurah, et également sous la direction du chef de village traditionnel (bendesa adat).

Le subak

On pourrait traduire ce terme par association autonome d'irrigation. C'est en effet une association séparée, indépendante de toute autre organisation sociale à Bali. Sa tâche est de gérer la culture irriguée ou ce qu'on pourrait appeler l'espace humide, par opposition à l'espace sec.

Un subak comprend donc les terrasses à riz, irriguées à partir d'une canalisation majeure (telabah gedé) qui descend du volcan selon l'axe kaja-kelod. L'eau descend à partir d'une digue (empelan), généralement faite de pierre et de boue, les digues étant constituées à partir des gorges naturelles du paysage volcanique, profondément raviné, tant en raison de la nature du sol que des eaux de ruissellement dues à la mousson humide. Les canaux majeurs se divisent ensuite en canaux plus petits à mesure de la dénivellation, une division qui peut avoir lieu plusieurs fois, jusqu'à atteindre une douzaine d'arrivées d'eau avant la terrasse, que l'on appelle tempek.

Après la première terrasse, cette division se poursuit deux, quatre, six fois pour atteindre des sous-unités (ketjoran) qui peuvent ainsi irriguer jusqu'à 70 ou 80 terrasses, réduisant à chaque fois le flux de l'eau jusqu'à ce qu'il soit réduit à son principe le plus petit, le tenah. Labours, plantations, sarclages et moissons seraient soumis aux flux de l'irrigation naturelle si le subak n'existait pas, alors que cette existence met les propriétaires à égalité dans l'organisation de la production de leur riz, indépendamment de la situation de leurs rizières dans la structure du subak - sauf, bien sûr, pour ce qui concerne le facteur temps, puisqu'il faut pouvoir assécher certaines rizières en amont et en irriguer d'autres en aval. Pendant qu'on irrigue et laboure en haut, on sarcle plus bas, et lorsqu'on irrigue plus bas, le cycle de la croissance du riz et des rituels fait que déjà on moissonne en haut. L'ouverture et la fermeture des vannes constituent donc un pouvoir technique, politique et économique considérable. On peut comparer le subak à un service public géré par une coopérative. Il est soumis à des lois strictes, rédigées sur feuille de latanier, les " awig-awig subak ".

Le subak a ses propres temples. Il nomme son chef (klian subak), désigne ses prêtres pour célébrer les rituels et recueille les impôts et les amendes infligées aux responsables des infractions. Le système rituel, qui règle les rythmes du subak lui-même, assure par ailleurs sa coordination avec les subaks voisins ou qui lui sont associés.

Orientation dans l'espace

L'orientation est fondamentale, non seulement pour marcher et savoir où se diriger, mais également pour s'asseoir et dormir. En aucun cas il ne s'agirait de dormir la tête à la place des pieds et vice-versa car Kala Sungsang veille. De même que tomber est considéré comme un signe de malchance, vraisemblablement provoqué par un démon ou une force capricieuse. On s'oriente toujours par rapport à la kaja, c'est-à-dire la montagne. Non pas que l'on craigne de perdre le nord au sens cardinal du terme, mais de perdre la montagne, le lieu des dieux et des ancêtres. Quand on est dans le sud de Bali, le nord est tout naturellement le nord des quatre points cardinaux : les montagnes étant au nord, la kaja l'est donc aussi. Mais pour un Balinais habitant à Tianiar ou à Kubu, dans le nord, la montagne, bien qu'au sud, représente néanmoins la kaja, c'est-à-dire le nord aimanté par la religion. Si un Balinais ne reconnaît pas la direction de la kaja, il est perdu. De la même manière, les points cardinaux sont ici d'une importance fondamentale. Si vous demandez votre chemin, on ne vous indiquera jamais une route en vous disant " deux kilomètres plus loin, tournez à droite " mais " dans vingt minutes, allez vers l'est ".

Orientation sociale

Chaque habitation balinaise privée comporte un certain nombre de pavillons ouverts, tous édifiés sur un socle de pierre. Des planchers de brique, de bois, de bambou et à présent de ciment, ensuite carrelés, forment la base, souvent surélevée par rapport au sol, sur laquelle s'élèvent les piliers qui supportent le toit, et à laquelle un nombre variable de marches permet d'accéder. Ce balé, à lui seul, compose déjà un univers. Quand ils reçoivent un visiteur, les Balinais attachent beaucoup d'attention à la hauteur à laquelle l'invité prendra place. Si le visiteur est un brahmane, on veillera tout particulièrement à lui laisser la place la plus élevée.

Les boucs-émissaires de Jokowi

" Il surfe sur des idées reçues populaires. Que la drogue ruine notre nation et touche en majeure partie les enfants. C'est un moyen de se dédouaner et de cacher certaines de ses erreurs aussi. " Ces propos tenus par une militante activiste LGBT résument le sentiment de déception d'anciens partisans de Joko Widodo, qui sont aujourd'hui clairement dans l'opposition. Les appels des Nations unies et de l'UE à renoncer aux exécutions n'ont pas été entendus. Joko Widodo présenté lors de son élection comme une alternative, un nouvel espoir, a semble-t-il basculé du côté obscur. Le président indonésien se pose en dirigeant de poigne, tout comme ses prédécesseurs. Il a même intégré dans son gouvernement un ancien général inculpé de crimes contre l'humanité par un tribunal parrainé par l'ONU, au poste important de ministre de la Sécurité, au risque de ternir un peu plus son image. Joko Widodo semble naviguer à vue. Des décisions populistes et radicales tombent presque à chaque fois que l'opinion public gronde. Il proclame l'interdiction des émoticônes représentant l'homosexualité sur les téléphones indonésiens. La castration chimique est devenue obligatoire pour tous les pédophiles. La vente d'alcool devient prohibitive dans les petits commerces après un débat médiatique sur l'augmentation de l'alcoolisme chez les jeunes. " Face au leader autoritaire Prabowo, critiqué pour son militarisme et son fascisme, Jokowi est apparu par défaut comme un champion des droits de l'homme qu'il n'était pas vraiment dans la réalité ", ajoute la porte-parole LGBT. Les progressistes de tout bord, le monde associatif, se sentent aujourd'hui trahis.

Mœurs et faits de société

On rencontre beaucoup d'ethnies à la psychologie et aux cultures différentes, et il est difficile de parler du tempérament indonésien. Il faudrait plutôt dire "les" tempéraments en Indonésie ! Un Batak n'est pas un Javanais tout comme un Acehnais n'a pas grand-chose à voir avec un Toraja. Mais c'est toujours plaisant de raconter ce que l'on a vu et d'en faire état à son entourage de retour de voyage. La littérature et le théâtre nous ont laissé des images fortes de l'Insulinde.

Du Malais insouciant, patient et sage, on a voulu dessiner le portrait et en faire un indolent vite soumis à l'amok, à la folie meurtrière déclenchée par on ne sait quelle ivresse fanatique. Portrait qui sied à la rigueur de la pensée occidentale et de sa raison. Loin de Jakarta, dans les villages que traversent les chemins, les paysans s'efforcent de préserver leurs coutumes et de se tenir à l'adat (lois coutumières et culte des ancêtres). La vie, réglée comme du papier à musique, voit les jours s'écouler au rythme des travaux des champs. Les charrettes, tirées par des buffles, foulent les rizières asséchées et transportent les moissons ou les tiges de canne à sucre. Les enfants vont à l'école en uniforme comme une ribambelle de moineaux. De cet ordre de vie immuable, le Javanais a gardé la sérénité et la patience. Il s'efforce de résister au carcan infernal des villes, mais bon nombre de paysans cèdent aux chants des sirènes urbaines. Mesure et harmonie, douceur et raffinement, contrôle et inflexibilité, tels sont les tempéraments javanais.

Les subtilités de la langue trahissent le soin et le respect que l'on éprouve pour un aîné ou pour un membre de la noblesse. On mêlera volontiers la modestie et la déférence dans l'énonciation d'une phrase. Il s'agit avant tout de contourner les obstacles, de les enrober pour en étouffer le côté agressif. Ne jamais perdre la face, se constituer une porte de sortie, une issue où l'orgueil permet la dignité.

Le caractère raffiné met en valeur la subtilité, l'élégance et l'affabilité face aux réactions émotionnelles considérées comme grossières. Les attitudes sont mesurées, les gestes déliés et calmes. Le détachement du regard fait de la personne javanaise une silhouette d'une élégance incomparable. Un contrôle parfait des émotions est absolument nécessaire.

Certaines Javanaises gardent toute leur noblesse derrière l'esthétique de leurs gestes millimétrés. Effacée, elle glisse plus qu'elle ne se déplace à petits pas dans un sarong serré. Les yeux en amande, les cheveux d'un noir de jais, le front large, la peau mate et douce, il lui arrive souvent de présenter un visage triangulaire que l'on rencontre dans la silhouette des poupées du wayang golek de Cirebon.

Elle évolue avec grâce et investit l'espace de ses mouvements aériens. C'est aussi l'art qui a modelé la silhouette corporelle et spirituelle des Javanais. En revanche la paysanne, solidement campée sur ses jambes, dégage la robustesse qu'il faut pour assurer les travaux ménagers et les travaux des champs. Les dents rougies par le bétel, elle porte sur la tête un chapeau conique qui la protège des ardeurs du soleil lorsqu'elle coupe les tiges de riz mûr. Les Indonésiens sont des spécialistes de l'observation du temps qui passe. Ils fument, boivent leur thé, discutent, jouent aux échecs, aux cartes, au jacquet ou font la sieste. Tout semble calculé : un geste lent et précis, un mouvement de la tête, la manière spéciale de tenir une cigarette et d'en faire tomber la cendre. On verra de grands " canapés " en bois à la sortie du village : on s'y installe pour regarder passer les voitures et les bus. Dans certains villages, un poste de télé placé dans une niche invite à une contemplation conviviale. Les Indonésiens sont très calmes. Ils ne s'affolent pas, il n'y a jamais de problème. " Tidak ada masala " (pas de problème) pourrait être la devise nationale.

On garde le sourire même quand le bus a dix heures de retard ou quand le bateau est tellement bondé qu'on ne peut plus se coucher. Si vous demandez votre chemin, certains préfèrent parfois répondre à votre question même s'ils ne connaissent pas la réponse. Ils ne vous avoueront jamais leur ignorance. Très hospitaliers, on vous invitera bien volontiers. Si on vous présente de délicieuses friandises sur un plateau, mangez-en une. Dans tous les cas, vivre avec une famille indonésienne est une chance à saisir. Vous remarquerez que chacun tient une place précise dans la hiérarchie en fonction d'une situation institutionnelle et familiale donnée. Finalement, l'apparente nonchalance des Indonésiens cache une force, une énergie créatrice déconcertante et magique. On dit que derrière chaque Balinais se cache un artiste. La diversité des cultures dans l'archipel n'a d'égale que la diversité ethnique. Foisonnement de cultures, d'artisanats, d'arts différents, théâtre et théâtre d'ombre, danse, musique, peinture, tissage, spectacles superbement raffinés, mélanges de tissus colorés : vous serez certainement bouleversé par cette profusion artistique.

Religion

L'Indonésie est un extraordinaire mélange de doctrines et de pratiques religieuses. C'est un mélange syncrétique de royaumes indianisés, de sultanats musulmans et d'influences missionnaires chrétiennes venues d'Occident. Et ce qui est encore plus remarquable, c'est que les civilisations indonésiennes ont l'art de conserver ces religions tout en sélectionnant, pour ne garder que ce qu'il leur convient. Les pères de l'indépendance n'ont pas cité le nom d'Allah afin de rassembler toutes les religions. La plupart des Javanais sont musulmans. Mais la culture javanaise garde de nombreux témoignages des anciens royaumes qui ont jalonné son histoire. Ce tableau jusqu'à présent harmonieux a été assombri ces dernières années par des tensions entre les diverses confessions qui ont malheureusement bien du mal à se mélanger. Un radicalisme se développe depuis quelques années dans les universités et les associations musulmanes, et les femmes portent de plus en plus le voile.

L'Islam

A votre arrivée à Java, vous remarquerez essentiellement l'influence de l'islam à tous les niveaux de la vie sociale. L'Indonésie est la première nation musulmane au monde par le nombre de pratiquants et possède près de 750 000 mosquées. Près de 90 % de la population est musulmane, 221 000 pélerins se rendent chaque année à La Mecque. L'islam en Indonésie ne s'est pas développé dans un rapport violent et controversé avec le judaïsme. Il a eu au contraire à se frotter aux croyances animismes et aux croyances des anciens royaumes indianisés, c'est-à-dire le bouddhisme et l'hindouisme. La religion de Mahomet s'est imposée tardivement à Java par rapport à Sumatra ; d'ailleurs, les Acehnais, très musulmans s'enorgueillissent encore d'avoir été les premiers convertis à l'islam. A Aceh, la charia a été instaurée.

A Java, l'islam a été intégré aux coutumes locales sans heurts, ce qui est devenu la " religion de Java " des croyants abangans, un mélange d'islam et de traditions séculaires. La pratique du selamatan, le repas des cérémonies, est encore courante. Il célèbre les événements de la vie collective : mariage, circoncision, etc. Tout selamatan se compose de montagnes de riz qui deviennent les symboles du repas rituel. Mais aujourd'hui, l'islam moderniste, d'inspiration du Moyen-Orient, gagne en force et les abangans sont incités à se tourner vers la " vraie " foi. L'Indonésie a longtemps été vue comme un exemple de bonne entente entre les religions, symbole d'un Islam ouvert et tolérant.

Le radicalisme de certains a pris racine dans les années 1980, concrétisé par l'ouverture d'écoles coraniques extrémistes où ont été formés les nouveaux combattants du Jihad ; la plus connue est le pondok Ngruki, près de Solo. Mais dans leur grande majorité les Indonésiens pratiquent leur religion de manière très modérée. L'islam a également une traduction politique, à travers deux partis : la Nahdlatul Ulama (NU) qui défend l'islam traditionnel de Java, et la Muhammadiyah, organisation réformatrice. Ces deux organisations sont relativement modérées et prennent part au jeu politique national.

Le bouddhisme et l'hindouisme

Aujourd'hui, à Yogyakarta, le sultanat a su magnifier ces anciennes cultures indianisées. Selon Geertz, dans son ouvrage La Religion de Java, on peut retenir des facteurs traditionnels plusieurs attitudes religieuses fondamentales. Tout d'abord, on trouve les Abangans, les paysans des campagnes, musulmans à la religion mâtinée d'animisme (culte des ancêtres et des esprits), qui croient en l'existence des esprits et cherchent à les amadouer ou les séduire en faisant appel au dukun (chaman) et en organisant des repas cérémoniels (selamatan). Ensuite, les priyayis, anciens aristocrates qui se considèrent comme les descendants de la grande noblesse javanaise de Yogyakarta et de Surakarta, veillent à l'accomplissement des rites culturels les plus anciens et de la pérennité d'une philosophie typique mêlée de mysticisme. Bali reste quant à elle une importante enclave hindouiste en Indonésie. Son identité est très forte et jusqu'à présent l'islam n'est pas parvenu à s'imposer largement sur l'île. Cependant, seuls 2 % de la population indonésienne se réclame de l'hindouisme.

Le catholicisme et le protestantisme

Le catholicisme a essentiellement été amené par les Espagnols et les Portugais, le protestantisme par les Hollandais. Les chrétiens (orang kristen) représentent 8 % de la population. Deux tiers d'entre eux sont protestants (protestan) et un tiers est catholique (katolik). Le pape Jean-Paul II s'est rendu sur l'île de Flores en 1989. Les Chinois se sont largement convertis au christianisme. Vous verrez essentiellement des églises chez les Bataks de Sumatra, les Torajas et les Minahasans des Célèbes, aux Moluques, en Nouvelle-Guinée, à Flores et Timor, dans Nusa Tenggara. Vous pourrez également passer par la cathédrale gothique de Jakarta, une ancienne construction hollandaise qui se trouve juste à côté de la grande mosquée Istiqlal.

Le confucianisme

Le confucianisme est présent sur l'archipel depuis des siècles. Dans toutes les grandes villes indonésiennes, on trouve un chinatown et une forte communauté chinoise. La communauté sino-indonésienne représente près de 6 % de la population. Longtemps classé dans la catégorie des organisations bouddhistes, le confucianisme n'a que depuis peu droit de cité aux côtés des cinq grandes religions. Tout comme la culture chinoise, le confucianisme a été intégré comme religion officielle le 17 janvier 2000. Il était jusqu'alors interdit par décret sous la présidence de Soeharto. En 2012, la ville Medan a accueilli le congrès mondial du confucianisme. Un congrès perturbé par des groupes musulmans intégristes. Le nouvel an chinois est fêté en Indonésie, mais de façon discrète.

La religion balinaise

La religion pratiquée par la majorité des Balinais (environ 2 500 000 habitants) est une branche locale de l'hindouisme appelé Agama Hindu Dharma. La population compte aussi environ 700 000 musulmans, surtout à Denpasar, Singaraja et sur plusieurs sites côtiers, 40 000 chrétiens, et 10 000 bouddhistes chez les Chinois.

L'hindouisme balinais est un amalgame de croyances indigènes, de bouddhisme et de shivaïsme d'origine indienne. L'hindouisme est shivaïque alors que le bouddhisme appartient à la forme tantrique du bouddhisme dit du Grand Véhicule que l'on retrouve en Chine, au Tibet, en Corée et au Japon. Le nom d'Agama Hindu Dharma est le produit d'une récente rationalisation de la religion, qui s'appelait auparavant Agama Tirta, ou " religion de l'eau lustrale ", ou Agama Siwabuddha, un mélange de shivaïsme et de bouddhisme originaires du Java classique. La philosophie indienne a fourni le cadre théologique tandis que les croyances indigènes ont nourri les rituels. C'est dans le culte des éléments naturels et des ancêtres que ces dernières croyances sont le plus visibles. La nature y est perçue comme un " pouvoir " et chacune de ses composantes est l'émanation d'un ou plusieurs esprits qui ont leurs autels et peuvent être nourris par différentes offrandes (sajen) faites de produits locaux agricoles.

Un autre aspect de cet animisme apparaît dans le rôle que joue la montagne comme refuge des dieux et des ancêtres. Quand un Balinais meurt, le rituel de la mort est signifié comme un " retour à la maison ", vers le " vieux pays " au-dessus de la montagne. Comme l'origine de l'eau est localisée dans les volcans, desquels vient le courroux des dieux, la montagne occupe le pôle de la pureté kaja, alors que le pôle de l'impureté est kelod, la mer. Cet axe kaja-kelod détermine l'organisation spatiale des rites et des architectures aussi bien que les gestes de la vie : par exemple, on dort la tête dans la direction de la montagne.

Les ancêtres et les dieux gardent continuellement le contact avec les vivants. Danses et offrandes les font descendre pendant les fêtes de temple, où ils sont les bienvenus, mais ils peuvent aussi être appelés à se manifester grâce aux supplications d'un médium. Ces croyances indigènes ont été intégrées dans le cadre de l'hindouisme, le culte des ancêtres se combinant à la théorie hindoue de la réincarnation.

La religion balinaise est connue dans le monde entier pour la magnificence de ses rituels. Il y a peu de sociétés où la religion tient un rôle aussi important qu'à Bali où rituels et offrandes semblent se succéder de façon presque ininterrompue.

Les Balinais, on l'a vu, pensent ou agissent toujours en se référant à la direction de la montagne, demeure des dieux. Ils ne commencent pas un travail sans avoir au préalable consulté un prêtre pour savoir si le jour et l'heure sont favorables, données déterminées par la place des dieux et des démons dans la roue cosmique du temps.

Offrandes rituelles. De simples offrandes sont présentées chaque jour, alors que d'autres sont préparées pour des circonstances exceptionnelles. Ces offrandes doivent être séduisantes et elles nécessitent une grande dépense de temps et d'énergie. Les feuilles de palmier sont coupées minutieusement, tressées et épinglées ensemble en des formes décoratives (jejaitan). Des gâteaux de riz multicolores (jajan) sont modelés en de petites sculptures et même en des scènes entières à la symbolique significative. A bien des égards, les offrandes sont une expression de l'art balinais.

Une ordinaire " pula gembal " comporte des douzaines de figurines de pâtes de riz différentes dans un panier en feuilles de palme. Dans une cérémonie importante, un " odalan " par exemple, ces figurines forment un cône spectaculaire que les Balinaises portent sur leur tête, jusqu'au temple, dans de gigantesques processions. En plus des offrandes faites par la communauté, chaque famille apporte les siennes. Ces offrandes prendront place dans le temple selon leur destination et leur fonction. Les offrandes aux dieux et aux ancêtres seront placées sur des autels hauts, arrangées par le pemangku, et celles offertes au démon resteront sur le sol. La grande différence est que celles offertes aux démons contiennent de la viande crue alors que l'autre dédiée aux ancêtres ou aux dieux est cuisinée.

Rites sacrificiels. Les rites ont pour but d'apaiser les forces et les puissances qui peuvent provoquer, dans le déroulement harmonieux des choses, des perturbations telles que mauvaises récoltes, éruption volcanique, période de sécheresse, etc. Les " caru ", ou offrandes sacrificielles, sont destinées non pas à l'anéantissement impossible des puissances démoniaques, mais au rétablissement du bon équilibre de toutes choses.

Dans ces rites sacrificiels, les sacrifices d'animaux et la présence du sang ont une importance cruciale. Pour les carus importants, on préparera des satés (saté et jejatah) faits de différents morceaux de viande, de porc, de canard, de boeuf et de tortue, ainsi que le lawar, un hachis de viande contenant du sang, de la noix de coco et certains légumes. Pour le rite d'apaisement et de purification destiné aux gardiens des points cardinaux, on sacrifiera un boeuf vers le sud, un canard à l'ouest, une chèvre noire vers le nord, une oie vers l'est et, au centre, une poule aux diverses couleurs. Les démons appréciant grandement le sang des coqs de combat, le combat rituel de coqs (tabuh getib) est particulièrement important.

Cycle de la vie. Conformément à la croyance hindouiste, toute âme est soumise au principe de transmigration (samsara). L'incarnation, qui lie l'âme au corps, est une condition infernale que chacun s'efforce d'interrompre par le moksa, ou illumination ultime. Dans le moksa, l'âme individuelle et le corps rejoignent leurs équivalents cosmiques. Pour l'âme, l'âme divine, appelée paramatma, et pour le corps, les cinq éléments primordiaux, à savoir le feu, l'eau, la terre, l'air et l'éther.

La réincarnation d'une âme humaine est à la fois un processus humain et cosmique. Quand un homme et une femme font l'amour, leur union est le résultat de forces cosmiques, d'un principe mâle (purusa) et femelle (pradana) ; ils participent ainsi de la rencontre divine du dieu amour Asmara et de la déesse lune, Ratih. Dans l'union sexuelle s'unissent les éléments rouges et blancs du désir (kama bang et kala petak) comme symboles respectifs du sperme et de l'ovule. Cette union cosmique est accompagnée de la descente d'une âme ancestrale qui arrive tout droit de la bouche de l'enfer ou de son domicile au-dessus de la montagne. A partir de ce processus de fécondation se crée le " petit monde " (bhwana alit) qui est, en tant qu'être humain, une combinaison de matière et d'esprit. Toutes les phases suivantes de la vie, de la grossesse à la naissance, de la naissance à la mort, et éventuellement de la mort à l'après-mort, seront accompagnées de cérémonies rituelles. La fonction de ces rituels est d'attacher l'âme au corps, avant la naissance, et de l'accueillir au monde, puis de l'accompagner tout au long de son existence, et finalement de l'aider à échapper aux liens terrestres et de rejoindre le vieux pays des origines où elle fusionnera avec l'âme du monde (paramatma).

Rites funéraires. Le rituel de la crémation est relié à un symbolisme cosmique. La tour de crémation est une réplique du cosmos. Le corps est mis dans le monde central des humains (madiapada). Le sarcophage, dans lequel le corps est brûlé, est le véhicule de l'envol de l'âme.

La crémation n'est en aucun cas l'occasion de démonstrations de deuil, d'affliction ou de douleur. On expose d'abord le corps dans la demeure du défunt. Le pavillon est richement décoré de rubans, de fleurs, de miroirs... Puis, on place le corps dans un sarcophage que l'on recouvre d'un linceul (rubrub). Les jours précédant la crémation, les villageois (les membres du ou des banjars) construisent un pavillon en bambou (balé Pawedaan) dans lequel le pedanda viendra préparer les eaux lustrales essentielles à la purification.

Lorsque le rituel est enfin accompli, le moment est venu d'accompagner le corps vers le " pura dalem ", lieu de la crémation. On hisse le corps dans une niche (balé spatika) de la tour par un escalier (raren). La tour repose sur une base carrée de bambou. Les tours de crémation des " kshatriya " peuvent atteindre 25 m de haut et sont pagodées (tumpang), c'est-à-dire que, comme les merus (tours) des temples, elles possèdent un nombre impair de toits superposés, pouvant aller jusqu'à 11. La tour de crémation est parfois précédée d'un long serpent décoré, le nagabanda, qui est supposé devenir le véhicule du défunt dans sa quête des lieux célestes.

On placera ensuite le sarcophage sur le bûcher, après avoir procédé à de nouvelles purifications. Auparavant, le feu rituel était observé complètement ; à présent, on asperge le bûcher de matières inflammables. Les flammes mettront quelques minutes à envahir le sarcophage et la tour.

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