Guide d'Indonésie : Politique et économie

Politique

Joko Widodo a été élu président de l'Indonésie en 2014. Pour la première fois dans l'histoire du pays, le candidat élu venait du peuple et non de l'armée. " Jokowi ", comme le surnomment les Indonésiens, a suscité des espoirs et promis de nombreux changements notamment dans la lutte anti-corruption et l'amélioration des infrastructures. Le Barack Obama indonésien a cependant perdu sa crédibilité aux yeux de la communauté internationale en 2015 en se montrant inflexible par rapport à sa position pour la peine de mort. Position suivie de faits, puisqu'il devient le président qui aura le plus appliqué la peine de mort dans le pays depuis 1998. " D'autres exécutions auront lieu ", martèle-t-il. Jokowi insiste pour dire que le pays va continuer son combat contre les trafiquants de drogue. Le président indonésien entend se poser en dirigeant à poigne comme finalement l'ont été tous ses prédécesseurs. Pour les élections générales de 2019, le président Widodo devrait à nouveau être opposé à Prabowo Subianto, son opposant malheureux en 2014. La réélection à la prochaine élection présidentielle de 2019 n'est pas encore assurée, les élections municipales à Jakarta en avril 2017 ont mis en lumière une exacerbation des tensions ethniques et religieuses dans le pays. Le candidat soutenu par Jokowi et issu de la communauté chrétienne chinoise, a été accusé de blasphème par des groupes musulmans ultra-conservateurs. Il a été battu au profit du candidat de Subianto. Les élections locales de 2018 donneront une première tendance quant à l'orientation que prendront les présidentielles en 2019.

Structure étatique

La Constitution indonésienne de 1945 est basée sur cinq principes, le Pancasila : l'Indonésie est un Etat unitaire, humaniste, démocratique, social et monothéiste (ce qui signifie que toutes les grandes religions monothéistes sont à pied d'égalité).

L'Indonésie est divisée en 27 provinces, ce qui inclut Jakarta et Yogyakarta. Les provinces sont divisées en kabupaten (districts) avec à leur tête le bupati (préfet), et en kotamadya (municipalité) dirigée par un walikota (maire).

Avant la décentralisation, chaque province était dirigée par un organe législatif élu au suffrage universel sous l'autorité d'un gouverneur nommé par le pouvoir central. Aujourd'hui, les responsables sont élus localement. La structure administrative la plus visible au quotidien et celle à laquelle vous aurez certainement à faire, est celle du village (desa) ou quartier (kampung). Le village élit un lurah ou un kepala desah (chef de village). Il est à la tête d'un système d'entraide et de soutien. Il tient un registre de la population présente dans son village et des nouveaux arrivants. Lorsque vous voulez résider dans un village, c'est à lui que vous devez demander l'autorisation. Dans les kampungs, la sécurité est assurée par le Rukun tetangga (RT). Dans les grandes villes, le soir, les quartiers sont fermés par des barrières tenues par une milice qui contrôle les entrées et les sorties.

Le président de l'Indonésie était élu par le Parlement (MPR) jusqu'aux élections présidentielles de 2004 où, pour la première fois, il fut élu au suffrage universel direct pour une durée de cinq ans (deux mandats consécutifs sont possibles). Il est secondé par un vice-président, qui peut être amené à le remplacer comme ce fut le cas par deux fois. Les gouverneurs de province sont aussi nommés au suffrage universel direct depuis 2005. Les préfets (bupati) sont élus par les assemblées départementales, et les maires (walikota) par les assemblées municipales.

Le système législatif ou assemblée délibérative du peuple (Majelis Permusyawaratan Rakyat ou MPR) est composé de deux chambres : le DPR ou Conseil représentatif du peuple (Dewan Perwakilan Rakyat ou chambre basse avec 550 élus au suffrage direct pour cinq ans selon un principe de proportionnel) et le DPD ou Conseil représentatif des régions (Dewan Perwakilan Daerahle, chambre haute avec 128 élus à ce jour au suffrage direct pour cinq ans, qui s'occupent des questions régionales). Il existe aussi des assemblées régionales ou Dewan Perwakilan Rakyat Daerah dont les membres sont élus au suffrage direct pour cinq ans.

Le pouvoir judiciaire est aux mains de la Cour d'Etat qui règle les affaires civiles. La plus haute autorité est la Cour suprême (Mahkamah Agung). Il existe d'autres instances judiciaires spécifiques, comme la Cour constitutionnelle chargée de veiller à la légalité de la loi, la Cour religieuse qui s'occupe des affaires de religion et la Cour de commerce qui se penche sur les problèmes de solvabilité.

L'hymne national indonésien

L'hymne national indonésien est le " Indonesia raya " (Indonésie la grande). Il a été composé à l'époque coloniale en 1928 par Wage Rudolf Soepratman lors du deuxième Congrès de la jeunesse indonésienne (28 octobre 1928). Il encourage l'unité entre Indonésiens au sein de leur pays natal.

Les paroles :

Indonesia, tanah airku, Tanah tumpah darahku

Disanalah, aku berdiri jadi pandu ibuku.

Indonesia, kebanggaanku, bangsa dan tanah airku,

Marilah kita bersrruu, Indonesia bersatu !

Hiduplah tanahku, hiduplah negriku

Rakyatku, bagsaku, semuanya !

Bangunlah badannya, bangunlah jiwanya,

Untuk indonesia raya

Refrain (x2)

Indonesia raya, merdeka, merdeka

Tanahku, negriku, yang kucinta

Indonesia raya merdeka, merdeka,

Hiduplah indonesia raya !

Traduction :

Indonésie, mon pays, terre de ma naissance
C'est là-bas que je me tiens, guide de la terre mère
Indonésie, ma nation, ma nation et mon pays
Allons, clamons tous : " Indonésie unie ! "

Que vive ma terre, que vive mon pays,
Ma nation, mon peuple, tous
Que leur esprit s'éveille, que leur corps se lève
Pour la Grande Indonésie !

Refrain (x2)

Grande Indonésie, libre, libre !
Ma terre, mon pays que j'aime
Grande Indonésie, libre, libre !
Vive la Grande Indonésie !

Partis

L'Indonésie est une gigantesque démocratie multipartite, dont le Président est élu au suffrage universel direct. Suite aux élections du 9 avril 2014, le Partai Demokrasi Indonesia - Perjuangan, PDI-P, principal parti d'opposition au gouvernement de Susilo Bambang Yudhoyono est arrivé premier avec 20,8 % des votes exprimés, loin devant la majorité gouvernementale actuelle, PD, arrivé troisième avec 13,9 %. Entre les deux, se glisse le Golkar d'Aburizal Bakrie, ancienne formation de l'ex-dictateur Suharto, 17,3 %. La loi électorale indonésienne stipule qu'un parti doit pouvoir réunir 25 % des suffrages lors des législatives, ou 20 % des 560 sièges parlementaires, pour pouvoir présenter un candidat à la présidentielle. Aucun des partis n'est arrivé à remplir ces conditions. Le 9 juillet 2014, l'Indonésie a donné une large majorité au gouverneur de Djakarta, Joko Widodo, prochain président indonésien. Ils étaient plus de 187 millions d'électeurs appelés à voter, pour la troisième fois seulement au scrutin direct depuis 1998. Arrivé en tête avec 53 % des suffrages contre 47 % pour son rival, l'ex-général Prabowo Subianto, ancien officier supérieur des forces spéciales, du PD et Aburizal Bakrie du Golkar. La plus grande nation démocratique musulmane du monde a un nouveau président dès le 20 octobre, date à laquelle Jokowi a pris ses fonctions. Il est à noter que les très nombreuses plaintes pour fraudes électorales et corruptions ont rendu le décompte officiel extrêmement complexe et lent. Ces pratiques, dans un pays de plus de 265 millions d'habitants, aux 17 000 îles et aux 3 fuseaux horaires sont encore très répandues. Pour autant, les élections d'avril 2014 et celles de juillet 2014 se sont déroulées de manière pacifique et ont confirmé le net recul des partis islamiques, voire intégristes religieux, tels que le PKS, le PPP ou encore le PBB. Ce qui n'est plus le cas aujourd'hui avec la montée d'un groupe radical islamique, le Front de défense Islamique, qui prend de plus en plus de place. Les prochaines élections générales se tiendront en 2019. L'ex-général Prabowo Subianto espère quant à lui prendre sa revanche.

Enjeux actuels
Relations internationales

L'Indonésie est un pays stratégiquement important à plusieurs niveaux. Géographiquement, économiquement, démographiquement. L'unité et la défense de sont territoire ont représenté des objectifs primordiaux. Sa diplomatie et ses engagements multi vectorielles, dans le domaine du commerce, de l'environnement, de la gestion des ressources naturelles, de la lutte contre le terrorisme ou de la sécurité maritime, sont de plus en plus engagées d'une part en Asie, mais aussi dans le monde. Cette politique d'un millier d'amis et zéro ennemi s'inscrit dans une politique de volonté d'être une grande nation médiatrice et intermédiaire. C'est le seul pays d'Asie du Sud-Est à avoir intégré le G20 en 2009.

Un puissant acteur régional. C'est un puissant acteur de la région, où elle fait partie de la principale association, l'Asean. Le pays est traversé par les détroits les plus fréquentés au monde, où passent chaque jour des centaines de tankers en direction de la Chine et du Japon. Ces eaux sont infestées de pirates, et assurer la sécurité des détroits est une tâche stratégique dans le monde. Grâce à ce statut, l'Indonésie, officiellement non-alignée durant la guerre froide, a été bénéficiaire d'importantes aides de la part de l'Ouest. Enfin, l'Indonésie est également pays producteur de pétrole d'ailleurs, vous pourrez vérifier que beaucoup de Français résidant en Indonésie travaillent pour Total ! C'est au niveau régional surtout que la diplomatie indonésienne travaille. Le pays est très proche du Japon, dont elle reçoit beaucoup d'aides - d'ailleurs, c'est après le tsunami de 2004 que l'armée japonaise a participé au plus grand déploiement hors des frontières depuis la Seconde Guerre mondiale : un demi-millier d'hommes ont été envoyés dans les provinces ravagées pour des opérations d'aide humanitaire. En revanche, les relations avec la Chine sont plus complexes, et des petites tensions opposent régulièrement l'Indonésie à la Malaisie : revendications territoriales dans les eaux pétrolifères des alentours de Sulawesi, ou situation des ressortissants indonésiens, nombreux dans la riche Malaisie où ils émigrent pour chercher du travail. Au sein de l'ASEAN, l'Indonésie a joué en coulisses un rôle extrêmement important pour favoriser la transition démocratique au Myanmar. Les relations avec la Malaisie sont amicales, et principalement d'ordre économique (l'Indonésie est le 7e partenaire commercial de la Malaisie et son 5e fournisseur), malgré un certain nombre de problèmes toujours en suspens comme le traitement des travailleurs migrants en Malaisie ou la délimitation des frontières maritimes (zone d'Ambalat). L'Indonésie est considérée par les États-Unis comme un rempart contre l'expansion navale de la Chine dans la région.

Relations avec le Timor et l'Australie. La pénible accession à l'indépendance du Timor et les très graves atteintes aux droits de l'homme qui l'ont accompagnée, lorsque l'armée indonésienne a procédé à de véritables massacres et une politique de la terre brûlée, a fortement endommagé l'image de l'Indonésie au niveau international.

Aujourd'hui, les relations se normalisent entre le petit Timor et son géant de voisin ; les deux pays ont mis au point une commission de style " Vérité et réconciliation " pour exposer les faits et déterminer quelles atteintes aux droits de l'homme ont été commises durant l'indépendance...

Durant toute la guerre froide, en accord avec les principes de containment de Washington à l'époque, les présidents Sukarno et Suharto ont été soutenus par le bloc de l'Ouest, considérés comme des remparts contre le communisme en Asie - et ce, bien que Sukarno ait été l'un des principaux instigateurs de la stratégie des non-alignés, comme l'a montré l'organisation du sommet afro-asiatique de Bandung en 1955.

Depuis l'indépendance du Timor, les relations avec le puissant voisin australien connaissent des hauts et des bas. Canberra avait envoyé des troupes à la frontière entre les deux Timor, sous le drapeau des Nations unies ; un geste vu comme une insulte par l'Indonésie qui se méfie de la puissance de l'Australie. Les relations se sont encore plus tendues après l'attentat de Bali. Le 12 octobre 2002, 202 personnes, majoritairement des jeunes Australiens, périssent dans une attaque à la bombe contre une discothèque de Kuta. Après cela, les touristes australiens ont déserté l'île enchanteresse (même s'ils sont revenus en grande majorité depuis lors), et ne peuvent oublier cette violence dirigée contre eux, d'autant moins que c'est leur ambassade qui a été visée dans un autre attentat à Jakarta, à la fin 2004. Ce facteur a cependant changé après le tsunami qui a ravagé le nord de Sumatra en décembre 2004 ; la province d'Aceh a été ouverte aux étrangers, l'aide internationale (notamment des États-Unis) a coulé à flots. Nul n'aurait imaginé, avant le tsunami, que Jakarta laisserait des navires militaires et des soldats américains et australiens sur son sol. De son côté, l'Australie a misé sur l'aide au développement, la lutte contre le terrorisme et les trafics avec l'aide du gouvernement indonésien, un accord ayant même été signé en juillet 2004. Mais en 2013, de nouvelles brouilles ont débuté. L'Indonésie accuse l'Australie d'espionnage et Cambera incrimine Jakarta pour son laxisme de la gestion des boat-people. Tandis que l'année 2015 a marqué le début d'une nouvelle guerre entre les deux États. Malgré les pressions et les menaces de l'Australie, l'Indonésie n'a pas cédé et a exécuté deux Australiens condamnés à mort pour trafic de drogue. En représailles, l'Australie a coupé ses aides envers l'archipel indonésien. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Jakarta et Canberra ont à nouveau noué des liens très solides, sur le plan tant militaire qu'économique. Depuis, chaque année, l'Indonésie reçoit des centaines de millions de dollars de son voisin au titre de l'aide au développement.

Dans l'avenir. Les enjeux de l'Indonésie sont de défendre toujours au mieux ces intérêts nationaux, une loi limitant les exportations de minerais bruts par les compagnies étrangères a été voté, de renforcer son unité nationale, de développer des partenariats économiques, d'aider à maintenir la paix dans cette région du monde en s'accaparant un rôle de plus en plus important au sein de l'ANASE. Depuis une dizaine d'années, le pays a multiplié des partenariats stratégiques avec la Chine, l'Inde, le Japon, la Corée du Sud, l'Australie et les États-Unis et l'Allemagne. En 2016, le président indonésien Joko Widodo a fait une tournée diplomatique en Europe en rendant visite aux chefs d'État : Berlin, Londres, Bruxelles... La grande absente de cette tournée était... Paris ! François Hollande, pour son dernier voyage présidentiel, s'est lui déplacé en Indonésie. Accompagné du ministre de la Défense, du Secrétaire d'État en charge de l'industrie et de représentants d'entreprises françaises, le chef de l'État a notamment rencontré son homologue Joko Widodo ainsi que la ministre indonésienne des Affaires marines. Des échanges pour une meilleure gestion du domaine maritime indonésien ont été amorcés avec la France pour relancer l'identité maritime d'un pays peu tourné vers la mer et qui souffre d'un manque d'infrastructures portuaires. Or, la France dispose d'une riche expérience et d'un élément d'alternative à soumettre avec l'AEM (défense et action en mer). La France peut donc répondre aux attentes de Jakarta. L'École navale qui avait organisé un séminaire franco-sud-est asiatique sur ce thème en juin 2017 en fera un autre en Indonésie dans le même esprit en 2018.

Kolusi Korupti Nepotisme (KKN)

La corruption est structurelle et le salaire des fonctionnaires, très bas, y est sans doute pour quelque chose. Alors il faut savoir qu'en cas de problème, même a priori insoluble, il reste une dernière porte à ouvrir : l'enveloppe. On peut négocier beaucoup de faveurs et les prix peuvent varier beaucoup en fonction de l'importance du service. Elle est bien souvent incontournable ; d'ailleurs, l'Indonésie est régulièrement classée parmi les Etats les plus corrompus au monde.

Le régime de l'Ordre nouveau de Suharto a vu une explosion de la corruption et de ce que l'on a appelé le " capitalisme des copains " (crony capitalism), basé sur les détournements d'argent public et le népotisme généralisé. Pendant son règne, Suharto, sa famille et ses proches (le " clan ") ont amassé des fortunes fabuleuses en s'appropriant les richesses du pays ; on estime que de 15 à 25 milliards de dollars auraient disparu entre les mains du clan. D'où une culture politique très empreinte de cet état d'esprit. La corruption s'est également généralisée après le mouvement de décentralisation amorcé à la fin du XXe siècle ; en multipliant les échelons de responsabilité, elle a aussi multiplié les possibilités de bakchich. Auparavant, seule la famille de Suharto s'en mettait plein les poches, soupirent certains ; maintenant il faut payer tout le monde...

L'ancien président, Susilo Bambang Yudhoyono, avait promis lors de sa campagne électorale que la lutte contre la corruption serait le premier de ses défis ; dès son accession au pouvoir, il avait commencé à impulser des arrestations et des procès qui pourraient faire exemple, comme celui d'un ancien gouverneur de la province d'Aceh, considérée comme celle où la corruption est la plus largement pratiquée. Un site Internet - Korupedia.org - a même été lancé pour dénoncer les fonctionnaires corrompus. Régulièrement attaqué par des hackers qui tentent d'effacer les données, le site répertorie des centaines de personnes reconnues coupables de corruption. L'ONG Transpary international considère l'Indonésie toujours comme l'un des pays les plus corrompus au monde. Au 118e rang sur 176 pays. Après le juge le plus haut gradé de la cour constitutionnelle, et le dirigeant du comité de régulation du secteur de l'énergie, c'est au tour chef de l'agence gouvernementale chargée des audits d'être impliqué dans une vaste affaire de pots-de-vin pour plusieurs millions de dollars US. Une affaire qui fait suite à celle de la banque Century renflouée par l'Etat en 2008, en pleine crise financière. Ces affaires sont en partie responsables de la débâcle du parti du président lors des dernières élections législatives.

ISEA

L'Islamic State in East Asia est la branche asiatique qui a prêté allégeance à l'EI et Abou Bakr al-Baghdadi en 2015. Le JAD, sous-branche de l'ISEA, est responsable des attentats de Surabaya. Les jihadistes de l'Asie du Sud-Est avaient un chef en la personne d'Isnilon Hapilon. Désigné émir de la région par Daesh après son allégeance à l'EI en 2014, il a été abattu par les autorités en octobre 2017.

Économie

L'ancien joyau de l'empire colonial hollandais est toujours très riche en matières premières : du pétrole au bois, en passant par le café de Java. Avant 1965, le pays épuisé par les guerres d'indépendance et une certaine instabilité depuis, n'avait quasiment aucune industrie. Puis vinrent l'Ordre nouveau de Suharto, et une croissance économique solide qui affichait des taux faramineux et a placé l'Indonésie sur la carte de ces pays asiatiques qui comptent, en en faisant une puissance respectée.

Grâce notamment aux revenus pétroliers, Suharto avait financé une vaste politique de grands projets, aidé également par la Révolution verte qui a permis à l'Indonésie de moderniser son secteur agricole. Le secteur commercial était majoritairement dominé par les Chinois ou Indochinois, favorisés par le régime mais objet de ressentiment de la part des Indonésiens moins riches. La roupie était très stable, et le nombre de pauvres était en recul notable ; l'Indonésie comptait parmi ces pays aux revenus moyens ; les investissements étrangers étaient forts, le secteur manufacturier en développement...

Le miracle s'écroula en 1997, lorsque la crise économique ébranla l'Asie, révélant les faiblesses structurelles de la croissance indonésienne, notamment la corruption et la faiblesse du secteur bancaire, déjà mis en difficulté avec la baisse des prix du pétrole des années 1980. L'Indonésie fut, avec la Thaïlande et la Corée, l'un des pays les plus durement touchés par la crise et la dévaluation spectaculaire de la roupie, qui toucha particulièrement les classes moyennes et les plus démunis. Les entreprises indonésiennes licencièrent nombre de leurs employés du jour au lendemain, sans aucune indemnité de chômage. Au même moment, le prix des produits de base monta en flèche et les entrepreneurs quittèrent le pays avec leurs devises qu'ils placèrent dans des pays plus sûrs économiquement. Le cours de la roupie s'effondra suite à la spéculation et la fuite massive des capitaux. Ce fut une tragédie. Alors que l'Indonésie était parvenue à réduire le nombre de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté, tous les efforts entrepris pendant ces dernières années furent rapidement réduits à néant. Le pays s'enfonça rapidement dans la récession ; du rang des " économies à revenu moyen inférieur ", l'Indonésie passa brutalement à celui des " économies à bas revenu ". Le chômage atteignit officiellement 15 % de la population active. Mais ce chiffre ne tint pas compte du très grand nombre d'Indonésiens, en majorité d'origine paysanne, occupé jusqu'alors par des petits métiers de rue : marchands ambulants, conducteurs de becak, ramasseurs d'ordures... Les licenciements massifs des travailleurs salariés ont, par ricochet, tari les ressources de cette main-d'oeuvre flottante que l'Etat, en raison du facteur d'instabilité et de révolte éventuelle qu'elle représente, encouragea activement à retourner dans les campagnes. Mais tout semble indiquer que le tissu rural a moins que jamais les moyens économiques de son absorption. Il n'en fallut pas plus pour faire déborder l'eau du vase de la contestation : l'augmentation des prix du pétrole notamment entraîna les terribles émeutes de 1998.

Aujourd'hui l'Indonésie retrouve peu à peu le chemin de la croissance, mais les conséquences du " krismon ", ou crise monétaire, seront longues à effacer. La lutte contre la pauvreté est d'ailleurs l'une des priorités du gouvernement. Mais le paysage économique macro-économique s'améliore ; alors qu'en 1998 la récession était telle que la croissance était de... -13 %, le pays a renoué avec des taux positifs, de l'ordre de 6 %, et l'inflation semble maîtrisée (autour de 6 %).

Le PIB de l'Indonésie est estimé à 888 milliards de US$, et le PIB par habitant à environ 3 533 US$. Si le secteur secondaire des industries pèse le plus lourd dans le PIB (près de 50 % du PIB), c'est encore et toujours l'agriculture qui emploie le plus de personnes : environ 42 % des quelque 100 millions de personnes actives dans le pays (pour une part du PIB d'à peine 14 %).

Les principales industries sont celles liées au pétrole, au gaz naturel, au textile et aux mines. Les produits agricoles les plus exportés sont l'huile de palme, le riz, le thé, le café, les épices et le caoutchouc. Le Japon, les Etats-Unis, la Chine et Singapour restent les principaux marchés d'exportation ; et l'Indonésie importe surtout du Japon, de la Chine et de Singapour. En 2014, la balance commerciale de l'Indonésie était excédentaire avec 172 milliards de dollars américains à l'export et 164 milliards à l'import.

Entre 2008 et 2018, les investissements et transferts d'industries en provenance principalement du Japon, de la Chine et de la Corée du Sud ont été multipliés par 3, avec près de 30 milliards de US$. Dans les prochaines années, l'Indonésie va multiplier les grands chantiers, modernisés ses infrastructures et notamment ses capacités portuaires. Carrefour du trafic maritime, l'Indonésie profite au maximum de la zone économique la plus dynamique du monde, dont elle est un moteur.

En 2018, la croissance devrait rester forte, portée par une demande intérieure et extérieure dynamique. Principale source de croissance de l'économie, la consommation privée (57 % du PIB en 2016) est stimulée par une population croissante, une urbanisation de plus en plus importante, et une hausse du PIB par tête, amenant à l'émergence d'une classe moyenne. De récentes réformes de simplification des procédures administratives, devraient dynamiser les investissements (32 % du PIB).

Dans le même temps, contraint par une limite constitutionnelle de 3 % de déficit annuel, le gouvernement indonésien a entrepris des réformes fiscales afin de maîtriser ses dépenses et augmenter ses recettes.

Principales ressources

Après la crise économique asiatique de 1997 qui a touché fortement l'Indonésie et qui a nécessité l'intervention du FMI, le pays s'est efforcé de retrouver un statut de puissance régionale. Pas à pas, Il a d'ailleurs présidé l'ASEAN en 2011 et a participé au G20. Aujourd'hui l'Indonésie est la 16e puissance mondiale. L'Archipel vend la majorité de ses matières premières à la Chine. Sa croissance a donc diminué en 2015, comme la Chine, avant de repartir legèrement à 5 % au premier trimestre 2016. Cette croissance s'appuie sur trois facteurs clés majeurs. Tout d'abord, l'explosion d'une nouvelle classe moyenne, désireuse de consommer, qui dope la production domestique. Deuxièmement, sa situation géographique au coeur de la zone économique la plus dynamique au monde est un atout. L'archipel est un carrefour maritime naturel depuis de nombreux siècles. Et enfin, une stabilité politique qui rassure les investisseurs. Pour accentuer encore plus ses bons résultats, le gouvernement indonésien a décidé de reprendre la main sur l'exploitation de ses sols en ratifiant une loi sur la réglementation des activités des sociétés minières sans pour autant les nationaliser. Les compagnies étrangères devront céder progressivement le contrôle de leurs exploitations à l'Etat indonésien, puis à des capitaux locaux, dès la sixième année d'exploitation. L'Indonésie imite ainsi la Chine dans sa politique d'exportation de ressources. Une manière pour le pays de récupérer les formidables richesses minières, exploitées par des puissances étrangères. Les minerais bruts sont désormais transformés localement. Longtemps à la traîne, l'Indonésie possède désormais les technologies adéquates pour le faire et relancer ainsi à toute vitesse son secteur industriel. Le gouvernement veut mettre également fin aux permis d'exploitation délivrés à tour de bras et limiter les exportations pour tirer profit au maximum de ses ressources non renouvelables. L'archipel se classe au premier rang mondial pour la production d'étain, quatrième pour le nickel, septième pour le cuivre. L'Indonésie possède de grandes quantités de pétrole, de gaz, d'or, d'argent, de charbon, de bauxite, cobalt... A mi-chemin entre une Chine surexploitée et une Inde hyper bureaucratique, l'Indonésie attire de nombreux investisseurs et les Français ne sont pas en reste. Alstom, Schneider, Total, Lafarge, Danone, Carrefour ou encore L'Oréal sont bien décidés à ne pas rater cette opportunité.

L'agriculture, la pêche et le secteur forestier représentent aussi une grande part de l'économie indonésienne.

Le secteur primaire. L'Indonésie est un grand producteur de pétrole. Le pays importe plus qu'il n'exporte. En janvier 2016, l'Archipel a de nouveau frappé à la porte de l'OPEP qu'il avait quitté en 2008. En se rapprochant de l'organisation pétrolière, l'Indonésie veut renouer avec les autres fournisseurs de pétrole.

La compagnie nationale est Pertamina, que vous verrez souvent au bord de la route ; le pétrole est très largement subventionné, ce qui en fait l'un des moins chers au monde. Mais les subventions baissent régulièrement, car elles étranglent le budget national. Les principales réserves de pétrole sont au centre de Sumatra, ainsi que les réserves offshore de Java, Sulawesi et Kalimantan. La production de gaz naturel provient surtout de la province d'Aceh et de Kalimantan Est. Mais malgré ces importantes réserves, l'Indonésie importe toujours une grande partie de ses besoins en gaz, notamment du Japon.

Dans le domaine agricole, le pays de l'huile de palme, du caoutchouc, des produits agro-alimentaires, des produits de la mer, du tabac...

Le secteur secondaire. Le pays, grand producteur de bois, ne se limite pas à l'exportation de ses ressources ; le matériau est également transformé sur place, dans les très nombreuses usines, notamment à papier, des différentes îles. Le secteur manufacturier, qui avait connu une baisse dramatique après la crise économique de 1997 est constitué de l'artisanat et des machineries, notamment d'assemblage automobile et pour l'aérospatiale.

Enfin, l'Indonésie et ses immenses richesses naturelles est également un gros producteur d'électricité par les nouvelles technologies durables, notamment géothermiques grâce à l'activité volcanique du pays.

Les exportations. Les principales exportations indonésiennes sont le gaz, le pétrole et ses dérivés, le nickel, l'étain, les textiles et les vêtements, le bois et ses dérivés, le caoutchouc, le café, le thé, le tabac, l'huile de palme. L'Indonésie a supprimé en 2015 les visas touristiques pour de nombreux pays dont la France dans le but de booster ce secteur.

Plusieurs grands groupes français se sont installés en Indonésie, notamment la chaîne hôtelière ACCOR (Novotel, Sofitel, Ibis). Mais les investissements français en Indonésie restent inférieurs à ceux de la zone ASEAN, de la Chine, des Etats-Unis, de l'Allemagne, du Royaume-Uni et de l'Australie.

Place du tourisme

Le tourisme représente une part non négligeable de l'économie indonésienne. En 2001, avant l'attentat de Bali, 5 millions de touristes visitaient l'archipel, rapportant 5,4 milliards de dollars en devises. La crise a frappé fort, notamment à Bali bien sûr, où 90 % des habitants vivaient de l'industrie touristique : des serveurs de restaurant aux conducteurs de taxi, en passant par les pêcheurs ou paysans dont la production alimentait principalement les grands hôtels et restaurants ou les artistes qui vendaient leurs oeuvres aux touristes...

Mais les conséquences de cet acte a démontré (et à quel prix) les dangers d'une économie basée uniquement sur un secteur aussi volatile que celui du tourisme. Pendant plus d'un an, les rues de Kuta étaient vides, et le nombre de chômeurs s'est allongé - créant d'ailleurs des tensions entre les Balinais et certains Javanais, venus à sur l'île pour y trouver un travail facile.

La situation est très contrastée sur l'archipel, entre les lieux touristiques très développés comme Bali, Yogyakarta ou Jakarta, et le reste du pays qui voit que peu d'étrangers. Certaines villes commencent tout de même à pointer le bout de leur nez, c'est le cas par exemple de Makassar, sur l'île de Sulawesi, carrefour de l'Indonésie orientale ou de Labuan Bajo, nouvel eldorado des adeptes du snorkling, sur l'ile de Florès. Elle a en quelques années multiplié par cinq son offre hôtelière et par dix ses clubs de plongées.

En 2017, les statistiques font état de près de 9,5 millions de touristes en Indonésie (dont environ 70 % d'Asiatiques). Les touristes étrangers, toutes nationalités confondues, sont restés sur le sol indonésien en moyenne 2,01 jours. 60 % des français qui se rendent en Indonésie, passent par Bali, qui a elle pour objectif d'atteindre les 7 millions de touristes en 2018. En tête de liste des voyageurs qui se sont rendus en Indonésie en 2017, on retrouve sans grande surprise, les Chinois, +57 % par rapport à 2016, avec 1,3 million de touristes, suivis par les Australiens, 0,9 million, les Japonais, 223 000. Les Français sont à la 7e place avec 162 000 voyageurs.

Un fragile équilibre

Entre préservation de ses splendeurs et profits rapides, l' " île des Dieux " semble avoir choisi. Bali a multiplié par trois le nombre de touristes qu'elle a accueilli depuis les années 2000. Ils étaient près de 6 millions en 2017 (objectif 7 millions en 2018) à emprunter l'aéroport international de Denpasar Ngurah Rai, qui s'est encore agrandi en 2014. Cet afflux de touristes a permis aux Balinais de s'enrichir, mais en parallèle, il cause des dégâts parfois irréversibles pour l'environnement. Les pénuries d'eau se multiplient, le traitement de déchets n'est plus assuré, se déplacer en voiture devient un enfer dans ce petit paradis. Une loi limitant les constructions près des plages et des temples a bien été votée, mais elle est sans cesse bafouée par des investisseurs toujours plus avides de retours rapides sur investissements. Malheureusement, à moyen terme, ce qui attire les touristes risque bien de disparaître. Ne dit-on pas " A trop charger la mule on finit par la tuer ". L'île de Lombok, juste à côté, est déjà prête à prendre le relais.

Enjeux actuels

En quasi faillite en 1998, l'économie indonésienne vingt ans plus tard a redressé la barre même si après avoir surpris les observateurs économiques par sa rapidité, elle déçoit quelque peu ces dernières années. Plusieurs facteurs expliquent cette gageure en si peu de temps, une ampleur qui lui a permis de traverser la crise mondiale de 2008 avec une facilité déconcertante. L'Indonésie est actuellement la 16e économie mondiale, selon toutes les prévisions elle deviendra la 10e dans à peine 10 ans. Sa croissance est de 5 % par an. L'Indonésie possède des matières premières que la Chine et le monde lui réclament. Le coût de la main d'oeuvre est réduit de moitié par rapport à la Chine. Les investissements et transferts d'industries en provenance principalement du Japon, de la Chine et de la Corée du Sud ont été multipliés par 2,5 ces dix dernières années, avec près de 20 milliards de dollars. Mais tous ces investissements n'auraient pas pu se faire sans une refonte du système bancaire. La crise économique de 1998 a obligé les gouvernements démocratiques à nettoyer les systèmes bancaires en profondeur. Cette politique d'assainissement et de démocratisation, accompagné d'une décentralisation des pouvoirs, certes avec son lot de corruption, a permis l'éclosion d'une classe moyenne de 80 millions de personnes désireuses de consommer. Certes, les facteurs d'instabilités n'ont pas tous disparu. Oui, plusieurs millions d'habitants vivent encore sous le seuil de pauvreté. Nombreux sont les Indonésiens qui vont proposer leurs bras en Malaisie ou dans le Moyen-Orient en tant que femme de ménage ou homme à tout faire. Beaucoup de familles ne peuvent toujours pas payer les droits d'inscriptions dans les écoles pour leurs enfants. Mais ce pays qui comptera près de 350 millions d'habitants en 2050 a engendré une mue spectaculaire que rien ne semble pour l'instant freiner. Le pays n'est que très peu endetté, la croissance qui repose sur la demande domestique devrait avoir un taux annuel en pleine croissance dans les dix prochaines années. Ses points forts sont un immense marché intérieur toujours en expansion, une diversité des ressources naturelles (agricoles, énergétiques, minières), une compétitivité élevée grâce à une main-d'oeuvre très bon marché mais aussi une solidité dans le secteur bancaire. Côté points faibles, des exportations de matières premières de plus en plus tributaires de la demande de la Chine, des carences en infrastructures, et toujours une corruption importante et un manque de transparence persistants. Il faut également souligner que le niveau de chômage et de pauvreté, élevé, accentue les tensions inter-ethniques.

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