Guide du Qatar : Arts et culture

Le Qatar a fait du développement de la culture et de l'éducation l'une de ses priorités pour les prochaines années. La Fondation du Qatar, dont le conseil d'administration est présidé par la mère de l'actuel émir, Cheikha Mozah, et qui dispose de moyens considérables, est au coeur d'une politique très ambitieuse de développement. Les autorités qatariennes se sont tournées vers la France pour les aider dans la réalisation de divers projets culturels et patrimoniaux de grande ampleur. HEC a été la première université non anglo-saxonne à s'installer sur le campus de la Fondation du Qatar. On attend que se termine la magnifique rose des sables de Jean Nouvel qui abritera sur la Corniche le musée national du Qatar. En attendant, le magnifique musée d'Art islamique de Doha, projet le plus ambitieux, a été inauguré en 2008. Un superbe bâtiment de pierre blonde et de volumes cubiques d'une architecture remarquable. Les collections qu'il abrite sont exceptionnelles : de Perse, de Turquie, céramiques ou boîtes de cuivre, cheval et cavalier armurés grandeur nature, les occasions de s'émerveiller sont nombreuses au fil des salles et d'une muséographie sobre et efficace.

Extrait du discours de Son Altesse Sheikha Mozah Bint Nasser Al-Missned

à l'occasion de son installation comme membre associé étranger
de l'Académie des Beaux-Arts au fauteuil de Giörgy Ligeti.

" Goethe a écrit que les arts, je cite, "accordent aux êtres humains ce qu'ils ne parviennent pas à accomplir dans la vie". Nous avons besoin aujourd'hui d'une renaissance humaine universelle comprenant parmi ses objectifs prioritaires le renforcement du droit à l'éducation pour chacun, une éducation de qualité fondée sur l'esprit critique ; une éducation, également, donnant une place de choix aux contenus artistiques. Ces enseignements recèlent en effet une valeur unique qui accompagnera pour toute leur vie les étudiants, en nourrissant leur intelligence, leur imagination et leur goût. Ce que j'ai tenu à vous présenter brièvement ici n'est pas une ordonnance magique mais une ébauche de réflexion à la constitution d'un antidote qui renforce notre immunité contre l'isolement et la discrimination ; ceci afin qu'un jour, la réconciliation des civilisations nous donne le droit légitime d'appartenir à ce troisième millénaire, au sein d'une humanité ayant retrouvé son véritable sens. C'est dans cette optique que je comprends la mission et la vision de l'Académie des Beaux-Arts. "

Architecture

L'architecture traditionnelle fut longtemps celle des tentes en laine grossière, ces tentes désormais climatisées et garnies de sofas profonds que les nationaux utilisent pour les cérémonies. Lorsque les nomades se sédentarisèrent, au moins partiellement, ils firent appel à ce qui leur tombait sous la main pour édifier en dur. La fameuse " pierre de mer ", sous la forme de moellons de corail, comme matériau de base pour la construction, un plâtre pour fixer le tout et un enduit gypsé en surcouche. Pour la toiture, on utilisait le stipe de palmier, les feuilles et les branches du jujubier Sidr. Des conduits verticaux d'aération, installés à des endroits bien calculés selon le principe des tours à vent, faisaient office de climatiseur naturel. Afin de visualiser cet habitat, la meilleure destination est celle du village d'Al Wakrah, en cours de restauration complète. Au fil du pays, on découvre également plusieurs fortins, tel Zubarah, et des tours de guet à l'image des élégantes Barzan. Conscientes que le bâti est le symbole du pouvoir, les autorités font les yeux et le carnet de chèques doux devant tous les grands architectes du monde. Au fil de ce guide, de tours en musées, vous constaterez que les Français sont en pointe sur ces projets.

Jean Nouvel est le créateur du tout nouveau bijoux architectural du Qatar : le Musée National, pensé en forme de rose des sables, qui sera inauguré en décembre 2018. Concrétions, cristallisations, pétales aiguisés des roses des sables : il met à l'honneur les formes du désert tout en les projetant vers les eaux calmes de la crique de Doha. Un chef-d'oeuvre en forme d'hommage à l'héritage bédouin, substrat essentiel toujours vivant par-delà les vagues du temps. " Tout est en oeuvre, dans ce musée, souligne Jean Nouvel, pour vous faire ressentir ensemble le désert et la mer. " Le vide de la steppe, d'abord, par les arêtes coupantes de la rose des sables, aux disques entrelacés montés sur des arcs d'acier. La lumière de la baie, filtrée par de larges vitres teintées. Deux symboles naturels qui se tiennent conjointement à la source de la culture qatarienne. Retranscrire une histoire nationale c'est, autant que d'assembler des collections, inventer un certain type de discours, déployer un jeu d'images distinctives qui sont à elles seules un message. Le nouveau Musée national du Qatar, en cours de construction sur la corniche de Doha, est le fruit d'une méditation de ce type. " C'est le musée du paradoxe ", affirme Jean Nouvel : une institution vouée à " montrer ce qui se cache, révéler ce qui s'efface, figer l'éphémère, parler de ce qui se tait et révéler une histoire qui n'a pas eu le temps de s'engrammer, qui est simplement un présent qui galope, une énergie en action. " Les collections présenteront sur 40 000 m² la géographie physique, humaine et économique ainsi que l'histoire qatarienne. On y trouvera une galerie d'histoire naturelle, qui traitera également de l'adaptation de l'homme à l'environnement désertique. Le reste de la collection, forte d'environ 8 000 pièces dont certaines remontant à l'âge de bronze, sera consacré aux différents peuples qui ont fait l'histoire de la petite péninsule. Le musée dessiné par Jean Nouvel enchâsse comme dans un écrin le palais de Fariq Al Salata, édifié en 1901 par Cheikh Abdullah Bin Jassem Al Thani au sud de la crique de Doha. La haute bâtisse aux murs blanchis à la chaux, qui fut la demeure du souverain de 1913 à 1949, accueillit à partir de 1975 le premier musée national. Les trésors de la collection originale, orfèvrerie, bijouterie, costumes traditionnels, outils de pêche perlière rejoindront les objets présentés dans les nouveux espaces d'exposition. L'ensemble formé par les divers bâtiments constitue, selon Jean Nouvel, un moderne " caravansérail ", doté d'un auditorium, de café et de restaurant, ainsi que d'infrastructures de conservation. On attend avec impatience son inauguration.

In Culture Qatar

La Burj Qatar, le gratte-ciel cigare de West Bay

Signée Jean Nouvel, haute de 238 mètres, 46 étages de bureaux, 125 millions de dollars, achevée en 2012, la Burj Qatar, également nommée la Doha Power, se dresse au milieu des gratte-ciel de West Bay. C'est une réussite, une perfection pour l'oeil de loin comme de près. Elle participe à la singularité de cette forêt urbaine réfléchissante et fascinante de West Bay. Cette tour deux fois primée, aux États-Unis comme au Moyen-Orient, se distingue par sa forme cylindrique et très doucement conique vers le haut, très harmonieuse avec la conception exceptionnelle de sa façade métallique grillagée d'une grande complexité façon moucharabieh pour casser les rayons du soleil. L'effet impressionnant de la façade ornementale s'épanouit complètement sous la coupole qui couronne ce gratte-ciel à forme cylindrique. La nuit elle alterne illuminations chrome et or.

Artisanat
<p>Artisanat qatari.</p>

Artisanat qatari.

Que rapporter de son voyage ? La plaisanterie du chameau en plastique, éventuellement lumineux, qui fait pouet pouet quand on touche sa bosse n'a que trop duré ! Pour les collectionneurs de ce kitschissime article, des occasions subsistent d'agrandir le cheptel. À part ça, peut-on indiquer un souvenir à rapporter ? Un parfum de l'avenue Montaigne, des souliers suisses, une cravate à motif cavalerie de chez H, un macaron Ladurée, bref, du vraiment local ! Pour ceux qui conçoivent l'Arabie, le monde des Arabes comme un tout indivis, alors oui, quelques articles sont en rayon : jolies shishas ouvragées, poignards, babouches, tapis, brûloir à encens, etc. Rien de tout cela n'est qatarien. Il faut donc se départir de la tentation du terroir pour accepter le goût d'un artisanat globarabic.

Les perles

Pendant des millénaires, les eaux du Golfe arabe représentèrent le plus important centre de pêche perlière du monde. Appelées " yeux de poisson " par les tablettes cunéiformes de Mésopotamie il y a près de 4 000 ans, les perles du Golfe éblouirent Alexandre le Grand lorsqu'il découvrit les fastes de la cour de Darius III. Pendant des siècles, les ports du Golfe vécurent au rythme du départ saisonnier de navires, autour desquels gravitaient financiers et courtiers, en contact avec les caravaniers et marchands venus d'Europe ou en partance pour l'Asie. Les cours occidentales et orientales firent un usage abondant de joyaux ornés de perles du Golfe. " L'Atlas de Charles V, plus connu sous le nom d'Atlas catalan (1375), montre déjà les Arabes du Golfe se livrant à la pêche des perles ", signale Xavier Beguin Billecocq. C'est surtout à partir du XVIe siècle que les Français sont nombreux à se rendre dans le Golfe. Jean-Baptiste Tavernier, joaillier de Louis XIV, fit ainsi à plusieurs reprises le voyage et rapporta tant de trésors au Roi-Soleil qu'il fut anobli par le Souverain.

In Culture Qatar

Cinéma

En juin 2012, le Doha Film Institute s'est félicité de la sortie de Rain, la première animation qatarienne, un petit 13 min. Depuis, d'autres productions ont été enregistrées dont Hero and the Message, un très joli court-métrage d'animation avec des personnages en pâte à modeler, signé d'un ancien élève de l'école, en hommage à la journée nationale du Qatar en décembre 2012. L'histoire d'un frère et d'une soeur qatari qui vivent un flash-back dans le Qatar du XIXe siècle. Un grand choc !

En 2018, le Doha Film Institute comptait 6 films cofinancés sélectionnés au Festival de Cannes, réalisés par des nationalités diverses (The Wild Pear Tree, par le Turc Nuri Bilge Ceylan et Capharnaüm, réalisé par la Libanaise Nadine Labaki sont les deux plus prestigieux). www.dohafilminstitute.com

Courts-métrages

L'Institut a produit récemment 6 courts-métrages réalisés par des Qataris :

Voices from the Urbanscape (2017) par Shaima Al-Tamimi et Mariam Salim : réflexion sur la ville bourgeonnante de Doha au XXIe siècle ;

Walls (2017) par Nibu Vasudevan : animation sur un scénario de fin du monde ;

Treasures of the Past (2017) par Rawan Al-Nassiri et Nada Bedair : trois grand-mères qataris au coeur de l'intrigue ;

I Have Been Watching You All Along (2017) par Rawda Al-Thani : l'histoire d'une jeune femme dans un cinéma abandonné ;

Our Time is Running Out (2017) par Meriem Mesraoua : la vie d'enfants vivant dans des conditions très strictes ;

Embodiment (2017) par Khalifa Al-Marri : réflexion poétique sur la transition d'un pays traditionnel à hyper moderne

1001 Days (2017) par Aisha Al-Jaidah : l'histoire bien connue de Schérazade

Festivals. La chaîne Al Jazeera tient son festival du documentaire, en avril de chaque année. Ajoutons, depuis 2013, le Ajyal Youth Film Festival, en direction du jeune public, fin novembre.

www.dohafilminstitute.com

Vous pouvez consulter le programme des cinémas de Doha sur deux sites Internet en anglais, alcinema.qa et www.cinemaqatar.com. Les salles se situent au City Center Cinema, au Villaggio, au Gulf/Doha, au Mall Cinema, au Royal Plaza Cinema, au West End Park Cinema et au Landmark Cinema. Attention, les films américains, qui constituent la majorité de la programmation, ne sont pas tous en VO. Les francophones peuvent aussi se tourner vers la programmation de l'Institut français de Doha.

Danse

A la fois genre poétique, aux strophes finement ciselées, et (surtout) danse de bravoure d'origine guerrière, la 'arda qatarie se rapproche de la 'ayyala des Emirats par sa configuration mais s'en distingue par une exécution plus nerveuse, plus dynamique. Deux rangées d'hommes brandissant des sabres (remplacés de plus en plus souvent par des carabines) se font face, en répétant des vers à tour de rôle. Entre les deux, des musiciens, jouant de diverses percussions, dont des tambours sur cadre et des caisses cylindriques, les unes volumineuses, les autres de petite taille. Le tout, aux fins de créer par le mélange de leurs sonorités, ajoutées à l'entrechoquement des tuwaysât ou saggât métalliques, un rythme sonore en harmonie avec les voix des hommes des deux rangs se répartissant l'inchâd (chant).
Anciennement, la 'arda qatarie avait la particularité de présenter le poète juché sur les épaules d'un participant pour mieux impressionner l'ennemi par sa hauteur de voix. Ensuite, il se posait à terre pour déclamer à quatre reprises un phrasé destiné à galvaniser ses camarades. Cette pratique a disparu et a cédé la place à une autre où les percussions, se répondant les unes aux autres en " musclant " et en accélérant le rythme, jouent un rôle majeur. Les prestations ont souvent lieu au cours de manifestations sociales, religieuses ou patriotiques. La 'arda jouit, encore et toujours, de la sympathie et de la ferveur locale des foules ; il semblerait que la présence des tambours, qui lui confèrent un surcroît de gaieté et de tarab (émotion à son comble), soit pour beaucoup dans cet engouement.
Les textes récités ou vocalisés sont puisés, en général, dans le vieux fonds populaire et consistent en petites pièces versifiées dues à la plume de poètes parfois inconnus, parfois célèbres, comme le regretté Saïd bin Salim. Le récitant, 'aboû, se déplace entre les rangs avec des mouvements rythmés et fait répéter les vers.

Plus d'info, www.imarabe.org

Littérature

" Retire-toi de mes rêves
Et laisse la porte ouverte
Les sentiers de l'exil
Me rendraient aux
Bras de ma ville insoumise "
Saïd Khatibi, jeune poète algérien installé à Doha

 

 

Dans l'attente d'un écrin à sa mesure, l'Arab and Islamic Heritage Library de la Qatar Foundation veille sur la collection de livres rares assemblée par Cheikh Hassan. Quelque 85 000 titres, manuscrits et grimoires faisant le tour des mondes de l'Islam et de l'Arabie, mais encore 25 000 autres, achetés en Europe ou en Amérique, qui illustrent l'aventure orientaliste et le goût des ailleurs. Initiative audacieuse de la Qatar Foundation, Bloomsbury QF Publishing édite et publie depuis ses locaux de Education City des romans et des essais en anglais et en arabe, sans toutefois réussir pour l'heure à faire émerger une " littérature nationale " dans un contexte culturel et social étranger aux éclats de plume et dans un corset politique et religieux qui, s'il encourage le questionnement de la vie internationale, ne permet pas l'expression d'idées disruptives.

Doha n'est cependant pas exactement un haut-lieu de l'écrit, son développement ayant véritablement commencé à l'ère numérique. On trouve des livres chez Jarir Bookstore sur Salwa Rd, et chez Tribe Bookstore le libraire du Student Center de Education City. L'autre solution, plus savante, vous conduira à la médiathèque de l'Institut français, où les éditeurs de Saint-Germain-des-Prés sont représentés.

Pour saisir des réalités sociales masquées, on lira avec intérêt La Servante abyssine de Carine Fernandez (Actes Sud-Babel) : " L'Abyssinie de la misère et de la guerre, Zinesh l'a quittée il y a longtemps pour devenir servante en Arabie saoudite. L'apprentissage des obligations domestiques, des secrets des arrière-cours et des rues populaires, Zinesh l'a fait sous la férule des enfants tyrans, des maris libidineux et des maîtresses acariâtres, en parcourant une ville aux cadres sociaux sévèrement hiérarchisés. Vient le jour où cette chrétienne émigrée, immergée durant des années dans le pays gardien des lieux saints musulmans, entre au service d'un Occidental, un Italien constamment plongé, alcool aidant, dans une morosité effrayante. Zinesh apprend que l'homme, après avoir eu à l'étranger une relation avec une jeune Saoudienne, se meurt d'amour pour cette Hind perdue. En servante dévouée, Zinesh va chercher partout dans Djeddah, activer très discrètement le réseau des employés subalternes, et saisir une chance de modifier son propre destin. "

Pour plonger au coeur des différentes communautés du Golfe, et briser certains tabous, il faut se procurer Les Meilleures Intentions du monde, de Gabriel Malika (Intervalles) : " (Extrait) Mohammed était un pêcheur. L'hiver, il pêchait le hammour. L'été, il plongeait, avec l'espoir de remonter une dana, une de ces perles de grosse taille qui ont fait la renommée des plongeurs du Golfe. Naviguer, pêcher, n'était-ce pas la meilleure des choses pour un homme de sa condition ? Dans le Coran, dans la sourate des abeilles, n'y avait-il pas écrit : "C'est lui qui a mis à votre service la mer dont vous tirez une chair fraîche pour vous en nourrir et de beaux joyaux pour votre parure. Et l'on voit aussi les vaisseaux y fendre les flots pour vous permettre d'aller à la recherche des bienfaits du Seigneur. Peut-être lui en serez vous reconnaissants ? ". Mohammed remerciait chaque jour son Dieu pour les bienfaits que la mer lui donnait. "

Pour mieux comprendre les rapports de force d'aujourd'hui, à la lumière d'un passé complexe, nous conseillons enfin le texte le plus brillant et le plus informé sur le Qatar, un vrai concentré de connaissances et d'analyses extrêmement pertinentes, Monarchies et sociétés d'Arabie, les temps des confrontations, de Fatiha Dazi-Héni (Presses de Sciences Po), un travail dont nous nous faisons plusieurs fois l'écho dans ce guide : " La péninsule arabique est de nouveau l'un des centres du monde : l'augmentation des cours du baril de pétrole, de 11 à 70 dollars, permet aux monarchies d'Arabie de connaître le plus spectaculaire boom financier et immobilier de leur histoire. La région a davantage évolué en vingt-cinq ans que sur les quinze siècles précédents, alors que le Moyen-Orient a connu deux guerres du Golfe, la chute du régime de Saddam Hussein, la pression américaine post-2001, vu la menace d'Al-Qaida se déployer sur son territoire, et la puissance iranienne se renforcer. Conservatrices ou libérales, les dynasties d'Arabie ont compris que le monde avait changé : elles arbitrent une transition politique qu'elles entendent contrôler et composent pour ce faire avec leurs élites technocratiques. Des évolutions notables ont eu lieu - souvent sous la pression américaine et internationale - de manière différente dans les six monarchies : Arabie saoudite et Oman, Emirats arabes unis et Qatar, Bahreïn et Koweït. "

Médias locaux

La chaîne Al-Jazeera créée en novembre 1996 par Cheikh Hamad bin Thamer Al Thani, actuel directeur général de la chaîne, président du conseil d'administration et cousin de l'ancien émir du Qatar, a révolutionné le paysage télévisuel arabe, dominé jusqu'alors par les chaînes étatiques, et servi les ambitions politiques du richissime petit émirat. Après s'être dotée en 2006 d'une chaîne en anglais, cette télévision aux moyens illimités a lancé en novembre 2011 Al-Jazeera Balkans et plus récemment Al-Jazeera Turk, alors qu'un projet de chaîne en swahili est à l'étude. Al-Jazeera dispose aussi d'une chaîne consacrée aux documentaires, d'un bouquet de chaînes sportives, d'une pour les couvertures en direct et d'une chaîne pour enfants. Après avoir été pendant des années une tribune pour les contestataires de tous bords des régimes autoritaires du Maghreb et du Moyen-Orient, la chaîne s'est targuée d'avoir contribué au Printemps arabe, retransmettant en direct les soulèvements qui ont déjà provoqué la chute de quatre autocrates arabes. Mais ses détracteurs jugent sa ligne éditoriale trop favorable aux islamistes qui triomphent dans les pays du Printemps arabe. Al-Jazeera dispose de plus de 65 bureaux à travers le monde et compte plus de 3 000 employés, dont quelque 400 journalistes d'une soixantaine de pays. En permanente expansion, le réseau au départ de Doha comprend Al Jazeera Satellite channel (arabe), Al Jazeera English, Al Jazeera Documentary, Al Jazeera Sport, Al Jazeera Mubasher (Live), Al Jazeera Media Training and Development Centre, Al Jazeera Centre for Studies, Al Jazeera Mobile, Al Jazeera.net (web en arabe), Al Jazeera English Online.

Al Jazeera Children's Channel, lancé par la Qatar Foundation avec le concours de Lagardère en 2005, émet 19 heures par jour en langue arabe à destination des 6-15 ans. Elle produit en propre 40 % de ses programmes sur une ligne éditoriale très exigeante, éducative et ouverte sur le monde. Son impact sur les jeunes cerveaux, et le bénéfice d'image en retour pour le Qatar, sont considérables.

Du côté de la presse écrite, plusieurs quotidiens en arabe et trois en anglais se disputent quelques dizaines de milliers de lecteurs. Surfez chez eux pour glaner diverses infos concernant le pays et la capitale : www.qatar-tribune.com / www.gulf-times.com / www.thepeninsulaqatar.com

Oryx FM en français à Doha sur 94

Le Qatar a choisi RFI comme partenaire pour le lancement de sa première radio francophone, Oryx FM. Cet accord porte sur la diffusion d'émissions de la radio internationale et sur un programme de formation des journalistes et des producteurs de la station. La réussite de ce projet est le résultat d'un travail conjoint des équipes de l'Audiovisuel Extérieur de la France, de l'Ambassade de France à Doha et de la Qatar Media Corporation. La radio émet dans tout le Qatar, sur 94FM, 24 heures sur 24. Oryx FM bénéficie de l'expérience de RFI qui couvre l'actualité internationale avec un regard français, indépendant, impartial et pluraliste. C'est un nouveau lien entre les cultures francophone et arabe qui vient s'opérer au Qatar, pays hôte de la Coupe du monde de football 2022. " Cette coopération est le fruit de plusieurs mois de travail et la poursuite d'un but commun : faire entendre ensemble la voix de la francophonie au coeur d'une région parmi les plus dynamiques du monde, une région devenue en l'espace d'une génération un laboratoire de la mondialisation ", a souligné le Pdg de l'AEF (Audiovisuel Extérieur français), Alain de Pouzilhac. Les enquêteurs du Futé sont de fidèles auditeurs et nous saluons l'équipe ainsi que le directeur Mabrouk Ziani pour l'accueil réservé à ce guide. Lors de votre voyage, vivez au tempo du pays en suivant les émissions, les chroniques (Agenda culturel, Couleur Qatar) et les journaux de 7h30, 13h30 et 18h30, lesquels présentent l'actualité nationale, régionale et internationale, ceci grâce aux reportages de RFI.

Musique

Au plus profond des nuits qatariennes, aux temps héroïques, les notes qui se faisaient entendre parfois étaient celles des femmes esclaves, chant rythmé d'une plainte lointaine devenu rituel d'accompagnement de certaines cérémonies. La musique, en vérité, n'entre pas dans le corpus traditionnel des modes d'expression artistique du Golfe. C'est un goût acquis par l'élite, à travers la radio et la télévision. Afin de séduire une clientèle internationale de gros dépensiers, la Qatar Foundation active quand il le faut un orchestre symphonique et confie la baguette à un maître de renommée mondiale. A la radio, on écoutera les longs morceaux Khaliji, aux accents mêlés de tout l'Orient, sur une base originelle de poésie bédouine chantée. Vièles Rabat, oud, flûte arabe, tambourins, composent un univers percussif entêtant.

Peinture et arts graphiques

La peinture qatarienne n'est pas une réalité tangible, hormis quelques travaux amateurs. Cependant, le fort tropisme artistique des femmes de la maison royale impulse des désirs de création et stimule la jeunesse. On peut noter le fascinant musée d'Art moderne arabe Mathaf, qui compte surtout des toiles du Maghreb, du Liban ou Irak, mais aussi quelques artistes du Golfe. On verra également à l'occasion l'exposition temporaire des oeuvres d'artistes arabes, libanais, jordaniens, irakiens, égyptiens, soutenus par de riches nationaux, mais aussi des collections européennes réputées. L'ancienne caserne de pompier a été transformée en résidence artistique (en lien avec Paris). Par ailleurs, l'Orientalist Museum, qui est un fonds plus qu'un musée, recèle des trésors par centaines. Ses mille toiles, couvrant tous les courants de l'orientalisme, sont destinées à être exposées un jour ou l'autre. Pour l'heure, à l'image des Chagall des nuits arabes, elles sont prêtées aux grands lieux de l'art autour du monde.

Sculpture

Katara, la " vallée des cultures ", encourage l'expression de rares artistes locaux, qui sont aussi bien souvent des résidents arabes venus du Levant. Un concours permet chaque année de distinguer les meilleures créations et de les exposer, sans que cela ne déchaîne les passions. Avec le temps, inspirés par les oeuvres des signatures internationales du parc du musée d'Art islamique, les Qatariens développeront leur geste.

Plusieurs sculptures urbaines sont visibles à Doha ; on peut opposer les deux sabres kitsch croisés au-dessus d'une grande avenue du centre-ville aux créations d'artistes contemporains autour du football, de l'oryx et autres emblèmes nationaux. Les grands hôtels et les gratte-ciel les plus élégants rivalisent aussi avec des oeuvres extérieures et intérieures. La plus spectaculaire reste celle des trois singes de Gandhi par Subodh Gupta, sur la promenade du front de mer de Katara Cultural Village. Mais également l'immense sculpture en plein désert de Richard Serra (très photogénique), artiste qui a également réalisé une oeuvre dans le jardin du musée d'Art islamique.

Traditions
Le chant

Dans le Golfe, les arts au féminin, mixtes dans certains cas, comprennent divers genres comme l'allègre al-dazza, lié aux saisons des mariages, le nostalgique dagg al-habb (littéralement : piler le grain, une activité qui n'existe plus), la chanson populaire à grande audience ou la complainte maritime, sans oublier le chant sacré. Tous ces styles s'interprètent à l'occasion des célébrations de noces, où sont engagées, de plus en plus, de nombreuses vedettes de la variété locale.

Au Qatar, le genre le plus en vue se nomme mourâdâ et perpétue un répertoire très ancien et typiquement féminin. Il se pratique, dans les résidences privées, à l'occasion des fêtes (mariage, circoncision, naissance...) et sur le rivage lors de l'accueil d'un mari, d'un fils ou d'un parent de retour d'une longue traversée. Les femmes, parées de leurs plus beaux atours, un magnifique bouquet de fleurs juché sur la tête, chantent leurs retrouvailles en solo et à l'unisson et complimentent, avec de jolis vers, les êtres aimés. Ces chants de bienvenue sont particulièrement appréciés. Plus d'info : www.imarabe.org

Le chapelet

Le chapelet misbaha est utilisé pour réciter le dhikr incluant les 99 noms et attributs d'Allah (" Est Celui qui est tout puissant à soumettre toute création à Sa volonté, Est Celui qui fait distribuer à toute créature de ce qu'elle a besoin... ". Souvent fait de billes d'ambre, il accompagne le mouvement des mains et la gestuelle sociale des messieurs, en toutes circonstances. Constitué de 99 perles mais aussi quelquefois de seulement 33, cet objet très intime peut également être composé au fil du temps, comme un édifice.

Patrimoine mondial de l'Unesco : la fauconnerie


لي ما يعرف الشاهين يشويه
Si tu ne connais pas le faucon, tu voudras le manger.

La fauconnerie se définit comme une activité traditionnelle consistant à garder et à entraîner des faucons pour prendre du gibier dans son état naturel. Elle est pratiquée depuis plus de 4 000 ans. Elle s'est probablement développée dans les steppes d'Asie, et s'est répandue dans les autres pays par le biais de liens culturels et commerciaux. Les endroits où se pratique la fauconnerie sont liés aux routes de migration suivies par les rapaces depuis des milliers d'années. Ainsi, la fauconnerie se trouve-t-elle principalement sur les voies et couloirs migratoires traditionnels de l'Asie du Nord et de l'Asie de l'Est, du nord de l'Europe en passant par l'Europe méditerranéenne, le Moyen-Orient, et la mer Caspienne en direction de l'Afrique du Nord, et de l'Amérique du Nord en descendant jusqu'à l'Amérique centrale et l'Amérique du Sud. La fauconnerie est pratiquée dans plus de soixante pays. Elle dépend des conformations d'un terrain découvert, pour que le fauconnier puisse suivre l'oiseau.
L'environnement exerce donc une influence sur la fauconnerie et façonne les variantes locales de la pratique traditionnelle. Par exemple, dans les déserts d'Arabie, le terrain découvert permet de faire voler des faucons qui parcourent de longues distances, et les steppes d'Asie permettent de faire voler à la fois des faucons et des grands aigles. En revanche, dans les régions boisées et les terres cultivées semi-découvertes, comme celles de la majeure partie de l'Europe, du Japon, de quelques parties de la Chine et de la République de Corée, l'usage des oiseaux de bas vol, à l'instar des autours et des éperviers, est préféré.

La pratique de la fauconnerie
C'est dans la fauconnerie qu'on trouve une des plus anciennes relations entre l'homme et l'oiseau, car elle remonte à plus de 4 000 ans. La fauconnerie est un art et une pratique culturelle traditionnelle qui consiste à faire voler des faucons pour attraper du gibier dans son environnement naturel. Le faucon et sa proie ont évolué ensemble pendant des millions d'années, et leur interaction forme la trame d'une pièce de théâtre qui remonte à la nuit des temps. La tâche du fauconnier est de ramener ensemble ces acteurs sur la scène de la nature.
La fauconnerie s'est probablement développée dans les steppes d'Asie, et s'est diffusée par le biais de liens commerciaux et culturels dans d'autres pays, d'abord en Europe, en Afrique du Nord, en Asie orientale et plus tard au XVIe siècle dans le reste du monde. La pratique de la fauconnerie durant la préhistoire, l'Antiquité et le Moyen Age est documentée dans de nombreux endroits du monde.

Les faucons

Les faucons sauvages font face aujourd'hui à de nouveaux périls tels les pesticides, la dégradation et la perte de leur habitat, ce qui réduit leur population. Les fauconniers s'efforcent d'assurer le maintien de ces populations au niveau national et international.

 

La place de la fauconnerie dans la société

Comme en France et en Belgique, la fauconnerie a été incluse dans l'inventaire du patrimoine culturel immatériel du Qatar.

* Les citoyens de Gand (Belgique) continuent leur tradition de célébrer chaque octobre le saint patron des fauconniers, saint Bavon (environs de l'an 600), dans la cathédrale. Des fauconniers portent des faucons sur leur poing, et sont revêtus de leur habit traditionnel. Ils sont activement impliqués dans la messe, qui est également considérée comme le début de la saison de chasse. De multiples groupes de souffleurs de cors de chasse habillés dans leur costume traditionnel ainsi que le choeur de la cathédrale produisent des intermèdes musicaux. C'est un évènement très populaire et la cathédrale est pleine. Après la célébration, une procession se dirige vers la place du marche où chaque membre de la communauté est invité à célébrer l'évènement.

* La France a créé fondation qui détaille toutes les archives privées des fauconniers français au Château Musée de Gien, afin que ce patrimoine soit mis à la disposition du public. www.chateaumuseegien.fr/musee_chateau

Chère chicha

Indissociable de la culture régionale au sens large, le narguilé (narguileh, shisha, orig. Iran XVIe siècle) est une pipe un peu particulière, composée d'un long tuyau qui communique avec un flacon d'eau et que la fumée traverse avant d'arriver à la bouche du fumeur. Le goût du tabac arômatisé placé en haut sous la braise s'en trouve considérablement adouci et prend la saveur du parfum choisi (vanille, fraise, mangue, pomme). La plupart des restaurants orientaux proposent de terminer le repas ainsi. Les excursions et les repas nocturnes dans le désert sont aussi l'occasion de s'initier à cette pipe à eau que beaucoup de touristes rapportent chez eux en souvenir, ignorant sans doute qu'elle n'a rien à voir avec la tradition du Golfe ! Une séance d'environ 45 minutes délivre 20 fois plus de goudron, 2 fois plus de monoxyde de carbone, et 3 fois plus de nicotine qu'une cigarette. La nature du goudron est toutefois différente en raison d'une température de combustion plus basse. Si 30 à 50 bouffées sont prises dans la même soirée par chicha, cela signifie que le consommateur prend autant de fumée qu'avec 40 cigarettes.

Adresses Futées du Qatar

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