Guide du Brésil : Population et langues

Population
<p>Jeune pêcheur de Porto de Galinhas.</p>

Jeune pêcheur de Porto de Galinhas.

Il n'est pas vraiment étonnant qu'un guide de voyages vante la population du pays dont il traite : sa chaleur et son hospitalité, la beauté troublante de ses femmes ou de ses hommes, la joie de vivre de ses enfants, etc. Autant de clichés interchangeables. Et pourtant, quand on parle du Brésil, ces phrases toutes faites, et qu'on s'était promis d'éviter, semblent évidentes. La facilité du contact et l'entrain des Brésiliens vous surprendront, avec de petites nuances selon les régions. À Bahia, la musique et le rythme sont omniprésents, tout comme les rites religieux, qui cultivent le mystère de cette terre sublime. À Belém, on est plutôt fier et les Paraenses se considèrent facilement comme le centre du monde, mais ils vous ouvriront les bras pour vous faire découvrir leur terre et ses merveilles. Plus que les paysages, l'Amazonie mystérieuse ou les plages de rêve du Nordeste, plus que la culture, les musiques entêtantes ou l'architecture contrastée, plus que les villes et les villages, le parc dos Lençóis du Maranhão ou les rues pavées de São Luis, c'est le peuple du Brésil qui fait sa richesse. Ce pourrait être la raison de votre voyage. Vous en tomberez forcément amoureux.

Démographie

La population s'est fortement accrue et aujourd'hui elle est de 207 millions d'habitants (2017), malgré une maîtrise croissante de la fécondité. Le Brésil est un pays jeune où 22 % de la population a moins de 15 ans. L'espérance de vie progresse, mais reste encore inférieure à celle des pays du Nord : 78 ans pour les femmes brésiliennes contre 85 pour les françaises ; la mortalité infantile a régressé de 16 % les vingt dernières années, mais y est encore de 17,5 ‰. L'analphabétisme, bien qu'en régression, demeure élevé.
Le Brésil est le géant latino-américain et l'un des pays les plus peuplés au monde. La population brésilienne représente plus de la moitié de la population d'Amérique du Sud. Pour continuer avec les comparaisons, la population brésilienne représente plus de trois fois celle de la France ou encore celle de l'Italie, de l'Espagne et du Portugal. Malgré son poids démographique incontestable, le pays demeure, compte tenu de son immensité, largement sous-peuplé. En effet, la densité du pays, pris dans son ensemble, se situe à environ 24 habitants par kilomètre carré, ce qui est particulièrement faible comparé aux pays européens, mais représente une moyenne plutôt honnête, comparé à ses principaux voisins américains. En fait, plus que la densité moyenne du pays, il convient de se pencher sur les densités régionales pour avoir une vision plus fidèle de la réalité. En effet, en matière d'occupation, le maître mot est encore celui d' " inégalité ".
Ainsi, pour s'en tenir aux extrêmes, on peut opposer un Sudeste présentant de bons indices de peuplement (et de développement) et des espaces pionniers au nord et à l'ouest du pays sous-peuplés, voire non peuplés et largement à l'écart de l'agitation du monde moderne.

Densités régionales. On trouve les densités les plus fortes dans le petit district fédéral (Brasilia) et dans l'Etat de Rio de Janeiro, qui présentent une densité supérieure à 300 hab./km², tandis que l'État de São Paulo affiche une densité d'environ 150 hab./km². À l'autre bout de l'échelle, les États du Nord et de l'Ouest présentent des indices particulièrement faibles (Roraima, Amazonas, Acre, etc.).

Les villes les plus peuplées du Brésil sont aujourd'hui São Paulo, Rio, Salvador, Brasilia et Fortaleza. Les chiffres généraux cachent mal, néanmoins, les fortes inégalités régionales d'urbanisation. La pyramide des âges ressemble encore quelque peu à une pyramide de PVD (pays en voie de développement), mais la récente chute de la natalité creuse les bases et assimile de plus en plus le pays aux pays européens. Ici encore, il existe de fortes inégalités régionales, le Sud et le Sudeste affichant des comportements proches de ceux des pays européens. On remarque également de fortes inégalités de classe, le comportement des ménages de cadres n'ayant rien à voir avec celui des favelas.

Immigration

Aujourd'hui, l'immigration en provenance de pays tiers n'est plus comme elle était à la fin du XIXe et début XXe siècle et le phénomène a laissé sa place à des migrations internes. Les chiffres mettent en évidence d'importantes migrations internes partant des zones en déclin économique (Nord et Nordeste) vers les zones dynamiques du Sudeste et du Sud.

Ces dernières années, la crise politique, économique et sociale touchant le Venezuela a contraint des dizaines de milliers de Vénézuéliens à fuir leur pays pour se réfugier au nord du Brésil et dans d'autres pays d'Amérique latine tels que le Pérou, l'Équateur ou le Nicaragua. En 2017, 127 000 Vénézuéliens ont en effet passé la frontière brésilienne. Mais beaucoup ont poursuivi leur exil vers d'autres pays. Les tensions entre les migrants et la population locale de ces régions pauvres se font de plus en plus fortes. En août 2018, des camps de Vénézuéliens ont été incendiés dans la zone frontalière de l'État de Roraima (au nord du Brésil).

Par ailleurs, la Guyane, département d'Outre-mer français situé dans le bassin amazonien, attire chaque année un nombre croissant d'immigrés brésiliens, surinamais et haïtiens. Les Brésiliens sont la troisième nationalité étrangère de Guyane.

Le creuset brésilien

Le Brésil est un creuset où toutes sortes d'influences se rencontrent. Aujourd'hui, les différences dans la population retracent ces différentes évolutions historiques. Les vagues d'immigration européennes successives font ainsi du Sud la région du Brésil à la plus forte proportion de Blancs tandis que Bahia demeure le pays où les descendants d'Africains sont les plus nombreux, et que la population d'Amazonie et du nord est en majeure partie indienne ou cabocla (mélange d'Indiens avec les Portugais ou autres Blancs).
 On ne saurait parler du Brésil sans évoquer sa richesse principale : son peuple.
 Les gens restent souriants malgré les difficultés économiques. La facilité du contact et l'entrain des Brésiliens se vérifient dans tout le pays, avec de petites nuances selon les régions. 
À Bahia, la musique et le rythme sont omniprésents, tout comme les rites religieux, qui cultivent le mystère de cette terre. À Belém, on est plutôt fier de sa ville. Plus que les paysages, Amazonie mystérieuse ou plages de rêves du Nordeste, plus que la culture, ou l'architecture contrastée, plus que les villes et les villages, c'est le peuple du Brésil qui fait sa richesse.

Métis. Stefan Zweig a dit : " La formation de la nation brésilienne repose uniquement, et cela depuis des siècles, sur le principe du mélange libre et sans obstacles, sur l'égalité absolue des Noirs et des Blancs, des Jaunes et des Bruns... S'est créé un type qui n'a aucune des caractéristiques de " décomposition " que les fanatiques de la " pureté " des races dénoncent... il est difficile de rencontrer des femmes et enfants plus beaux que chez les métis. " La population présente une palette de variations passionnantes autour du métissage entre les Indiens, les Africains et les Blancs. Certains Blancs peuvent difficilement certifier qu'ils n'ont pas une goutte de sang noir ou indien dans les veines. Vers Recife et Natal, entre autres, on observe un métissage égal entre les trois groupes.

Descendants d'esclaves. Les Noirs sont restés dans les aires sucrières et aurifères : à Salvador et dans le Minas Gerais. Leur proportion a décru dans la population brésilienne pour être d'environ 10 % aujourd'hui. Les descendants des Noirs en fuite pendant les siècles derniers, réfugiés dans les quilombos, sont en conflit avec L'État pour la reconnaissance de leurs terres.

Malgré une pseudo-égalité affichée, il reste évident qu'en règle générale, plus la peau est foncée, plus on est pauvre. 
Dans les appartements bourgeois des villes, quelle que soit leur taille, la chambre de la bonne est toujours petite. Le football et la samba seraient de puissants facteurs de reconnaissance mutuelle. Cela n'est pas toujours une vérité. À Salvador, les blocs de carnaval sont nettement différenciés. Sur la plage, les matchs ont lieu entre personnes de même catégorie sociale. Les affinités restent globalement sélectives, mais les choses évoluent lentement. Une classe moyenne noire émerge, les comportements sociaux et les codes ne s'opposent plus forcément en fonction de la couleur de peau mais de l'appartenance sociale, même si les élites restent souvent blanches. Les dialogues sont faciles, responsables et cordiaux. C'est là l'incontestable réussite du Brésil. Aucun parti politique ne repose sur le racisme. Le président de la République, João Pessoa, demandait en 1925 à ce qu'il n'y ait pas de Noirs dans l'équipe de football brésilienne ; l'équipe de 1958, victorieuse avec Pelé, a rappelé au pays et au monde qu'une partie des forces vives du pays a traversé les océans et rapporté avec elle sa culture pour planter les racines du Brésil, superbement décrites par Sérgio Buarque de Holanda dans son ouvrage Raízes do Brasil.

Les Indiens aujourd'hui

Plus un rêve et une civilisation qu'un type ethnique. Il faut distinguer les Indiens de culture, avec leur mode de vie ancestral et les types ethniques, majoritaires dans le nord du pays et au Pantanal. Ils ont changé, se sont parfois métissés pour donner des mamelucos ou caboclos, le mélange entre Portugais et Indiens, ou encore des cafuzos, mélange avec les Africains. Mais ce sont bien eux que l'on croise, dans l'Amazonie et dans le Mato Grosso.
 Les Indiens qui vivent de chasse dans des réserves en autosubsistance, ceux qui sont les témoins de civilisations passées, parfois esthétiquement supérieures, et conservées grâce à la tradition orale, ceux qui parlent au vent et à la forêt, ceux-là sont menacés.
 Ils étaient environ 6 millions en 1500, ils sont aujourd'hui minoritaires. Ils ont été décimés par les chercheurs d'or et de caoutchouc, par la grippe, la faim, les maladies vénériennes, la tuberculose, la verminose, le paludisme " blanc " venu de la côte via les insectes transportés dans les bagages, la rougeole, l'onchocercose et le mercure déversé dans les rivières par les orpailleurs.
 Aujourd'hui, ils seraient au Brésil un peu plus de 460 000, répartis en 225 tribus et parlant un langage différent. Les tribus sont réparties dans les 187 réserves, 337 selon la FUNAI, représentant 10 % de la surface du pays, soit 105 millions d'hectares. On verra au musée de l'Indien, à Manaus, une carte du CIMI (Conselho Indeginesta Missionario), datant de 1985, montrant des concentrations sur les frontières, sur plus de 500 points. On voit ainsi quelques Kambiwas et Kapînawas dans le Pernambuco, vers Pesqueira ; beaucoup de Tupis Guajajara le long des rivières Pindaré et Grajau, vers São Luis do Maranhão ; enfin des tribus sur toutes les frontières. On compte autant de tribus que de cours d'eau, le nom étant souvent le même : Indiens Boras, Desanas, Iranches, Macuxis, Muras, Parecis, Terenas.
 La Constitution stipulait que les terres indigènes devaient être délimitées en cinq ans. Au terme échu de 1993, la moitié restait en chantier. L'organisme chargé de les protéger, la FUNAI, ne dispose que de moyens dérisoires.

Les Yanomamis. Il en reste 10 000, découverts en 1800, dans les villages à des journées de marche en Enfer vert, à l'ouest de Boa Vista, dans l'État amazonien de Roraima, à l'extrême nord du Brésil, à la frontière vénézuélienne. Ils vivent pratiquement nus, ont un beau sourire et de grands yeux, un type asiatique, se parent de feuilles d'arbres et de fleurs, se reconnaissent aux trois fins bâtonnets qui les transpercent autour de la bouche, aux peintures sur la figure et à leur coiffure en frange. Leur territoire est grand comme la Suisse. Ils sont semi-nomades, vivent de la chasse et de la cueillette, d'un peu de manioc et de larves d'insectes grillées.

Ils se déplacent par groupes de cinquante dans un territoire peuplé de pumas, de singes et de perroquets, rendu difficile d'accès par la végétation et le climat, séparés en tribus parfois rivales. Ils sont confiants, malgré ce qui leur tombe sur la tête. Ils méprisent l'or et ont peur des vaccins. Ils habitent de grandes huttes circulaires, le shabonoo, se reposent dans des hamacs de sisal, cultivent un potager, le mocal, leurs enfants jouent avec de petits pécaris.
 Depuis 1970, on sait que ces aborigènes vivent sur des terres riches en or, fer, étain, uranium, pierres précieuses et pétrole. Leur territoire a été réduit au dixième. Le plus souvent, les garimpeiros (chercheurs d'or clandestins) échangent des babioles contre la force de travail des Indiens rencontrés. 
Les garimpeiros apportent les maladies, font fuir le gibier, détruisent en quelques jours un mode de vie unique et ancestral. En 1990, Collor passe en treillis léopard, à Mesa de Surucucu, rappeler que les aborigènes ont un droit du sol et des droits de citoyens. 
En 1991, 400 Indiens sont morts. En 1992, à l'occasion du sommet mondial de Rio sur l'environnement, les Indiens obtiennent devant l'Assemblée nationale la reconnaissance de leur territoire, avec une organisation chargée de veiller à son respect, un budget de 2,5 millions de dollars, un service de 300 personnes et un petit objectif : tous les 2 km, un écriteau précise " Territoire Yanomani, zone protégée, ministère de la Justice ". Depuis lors, personne ne peut pénétrer dans ce territoire sans l'autorisation de Brasilia.

Les Toucanos. C'est l'autre grande tribu de l'Amazonie nord, vivant entre le sud de la Colombie et le nord du Brésil, le long du Rio Negro. Leur population est aujourd'hui estimée à un peu plus de 6 000 individus, dont la grande majorité se trouve au sein des frontières colombiennes, vivant principalement de la chasse, pêche, cueillette et agriculture. On verra au musée de l'Indien à Manaus de beaux colliers et parures.

Les Xavantès. Ils seraient aujourd'hui 8 000 à Mato Grosso, s'entourent la tête d'un lacet rouge tombant au milieu du dos et fiché d'un bâton. Ceux-là ne plaisantaient pas, qui ont refusé tout contact avec les Blancs jusqu'en 1947, et lançaient leurs flèches contre les avions. Les expéditions envoyées à leur encontre, dont celle de Manuel Barbosa, disparaissaient sans laisser de trace. Ils cultivent aujourd'hui le riz avec des tracteurs, mais, selon Manuela Carneiro Da Cunha, professeur au Collège de France, ils continuent leurs rites d'initiation.

Les Guaranis. Les Guaranis, les tribus Caiuas et Nhandewas, en Mato Grosso do Sul. 9 000 Indiens habitent dans une réserve misérable de 3 500 hectares, à 5 km de Dourados. 150 Indiens se sont tués entre 1980 et 1995, pour raisons héréditaires, culturelles, économiques ou personnelles.

Les Jake Apalaie. Leur réserve est dans le Nord, vers le Rio Paru et Macapa, à la frontière du Suriname. Ils sont étonnamment accueillants, se dessinent le corps avec un extrait de fruit (le genipapo). Ils vivent de pêche, de fabrication de paniers en paille. Ils sont pratiquement nus. " Bonjour ! " se dit Apakane !

Les Kaiapos. Ils vivent dans le Para, sur le Rio Xingu, près de Redenção, dans une réserve grande comme le tiers de la France. Ils se placent des disques dans la lèvre inférieure et se peignent de noir et de rouge. En l'honneur d'un " beau nom " donné à un enfant élu, ils partent un mois durant dans la forêt et rapportent des centaines de tortues fixées sur des bâtons. Ils fêtent alors ce retour avec d'incroyables masques de lianes, figurant des animaux et des sexes féminins.

À Maria Bonita, à 15 km de Borotiré, on a découvert de l'or en 1982, d'un rapport de 40 millions de dollars par an, 3 000 aborigènes Kaiapos ont investi l'endroit, effectuant une impressionnante danse de guerre. Ils le contrôlent depuis, fouillant chacun des milliers de garimpeiros à son départ, afin qu'il n'emporte pas d'or. Forts de leur réputation de tueurs, ils font régner trois lois à la mine : pas d'armes, pas de femmes, pas d'alcool. La tribu prélève une taxe de 15 % sur l'or. Le mercure pollue le Xingu. Les Indiens disent vouloir fermer la mine et retourner à leurs traditions. Mais, à Gorotire, leurs maisons sont en dur, avec groupe électrogène, antenne parabolique et aérodrome et ils surveillent leur territoire en avion. Ils filment leurs rituels ou les négociations avec les Brésiliens. Paulinho Paiakan, cacique de la tribu, a obtenu le prix Global 500 de l'ONU en 1989 pour son travail à long terme et a terni son image par une affaire judiciaire, exploitée par l'hebdomadaire Vejà. Il s'agissait de préparer l'opinion à la submersion de leur territoire par un barrage hydroélectrique sur le Xingu.

Autre chef emblématique des Kayapos, Raoni Metuktire parcourt le monde pour sensibiliser opinions et gouvernements à la protection de la forêt. Citons ici les travaux anthropologiques et documentaires de l'écrivain-réalisateur belge Jean-Pierre Dutilleux, qui explorent les modes de vie de divers peuples premiers, dont celui des Kayapos. Il a réalisé en 1977 un documentaire sur le sujet intitulé Raoni, du nom du chef de tribu aujourd'hui célèbre, nominé dans la catégorie " meilleur documentaire " lors de la cérémonie de Oscars de 1979. De cette aventure est née une amitié indéfectible entre les deux hommes, Dutilleux soutenant Raoni dans sa lutte depuis plus de 40 ans, via ses ouvrages Amazonie, lutte pour la vie (1989) et Raoni - mémoires d'un chef indien (2010) notamment.

Langues

Le portugais est la langue officielle du Brésil, langue romane, issue du latin. L'accent se distingue de celui du Portugal et devient plus chantant sous les tropiques. A l'intérieur du pays les tonalités changent aussi et avec un peu de pratique on peut aisément différencier un Carioca d'un Bahianais. Quant aux langues amérindiennes, on estime à présent que 180 sont encore pratiquées à l'intérieur des tribus indigènes connues.

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