Guide d'Afrique du Sud : Politique et économie

Politique
Structure étatique

Pouvoir exécutif. Jusqu'en 1984, la fonction de président était simplement honorifique. Depuis, le président est devenu le chef de l'Etat mais également le chef du gouvernement. Il est élu par le Parlement pour une durée de 5 ans et désigne les ministres.

Pouvoir législatif. Le Parlement du pays est constitué de deux entités : l'Assemblée nationale et le Conseil national des provinces. L'assemblée compte 400 sièges. Ses membres, qui sont issus pour moitié des listes nationales, pour l'autre des partis régionaux, sont élus par un suffrage populaire pour une durée de cinq ans. Le Conseil national des provinces compte quant à lui 90 sièges (dix membres pour chacune des neuf provinces). La durée du mandat est elle aussi fixée à cinq ans.

Pouvoir judiciaire. La justice ne dépend pas du gouvernement. Depuis 1994, la Cour constitutionnelle compte onze juges (sortis d'université ou issus du Barreau). De par le pouvoir d'injonction qui lui est conféré (peine de mort, droit aux soins, mariage homosexuel, droits d'origine coutumière...), elle représente un contre-pouvoir non négligeable face aux décisions fixées par le gouvernement.

Partis

L'Afrique du Sud est une démocratie multipartite, et ce depuis 1910. Ce n'est cependant qu'en 1994 que les premières élections multiraciales ont été organisées, mettant fin au système ségrégationniste.

L'ANC (African National Congress). Le parti majoritaire et historique, celui de Nelson Mandela qui a libéré le pays de l'apartheid a remporté les élections de 2009 et 2014. Il domine largement la vie politique du pays. Thabo Mbeki, entré dans la résistance à 14 ans mais exilé très tôt à l'étranger pour ses études souffre d'une image d'intellectuel coupé des réalités du pays, il succède à Nelson Mandela à la présidence du pays en 1999. Il limoge son vice-président Jacob Zuma en 2005 pour une affaire de corruption, créant une scission au sein de l'ANC, entre les partisans du parti, mais aussi leur alliés historiques, la COSATU (le Congress of South African Trade Unions représentant les puissants syndicats du pays) et le Parti communiste. Il perd les élections de la présidence du parti en 2007, face à Zuma et ses alliés qui remportent le suffrage haut la main. Le " non lieu " décidé par le juge dans cette affaire pousse Mbeki à la démission en 2008, après avoir été désavoué par son parti (des tee-shirts de Mbeki sont brûlés à Durban devant le tribunal). Kgamela Motlanthe sera le président par intérim jusqu'aux élections qui hisseront Zuma dans le fauteuil du président du pays en 2009. Réélu à la tête du parti en 2012 malgré les scandales de corruption et de moeurs (face à Kgalema Motlanthe), il est de nouveau reconduit dans ses fonctions le 21 mai 2014. Il démissionnera finalement au début de l'année 2018 et sera remplacé par Cyril Ramaphosa.

Le DA (Democratic Alliance). Le principal parti d'opposition est mené par Helen Zille, qui a remporté 22,23 % des suffrages en 2014. Créé en 2000, ce parti progressiste est majoritaire au Cap, la plus riche en terme de revenu par habitant, mais remporte peu de suffrages dans les townships, ses dirigeants étant jugés trop blancs. L'élection d'Helen Zille à la tête du parti en 2007 a suscité l'espoir au sein des membres de la DA qui voudraient se débarrasser de l'image conservatrice et blanche dont souffre le parti à cause de son ancien leader Tony Leon, car la nouvelle dirigeante parle couramment le xhosa et a demandé aux militants d'apprendre une ou plusieurs langues des 11 officielles du pays. En 2010, le petit parti de centre gauche des démocrates indépendants mené par Patricia de Lille fusionne avec le DA, preuve de son inclination vers la gauche. L'accord vise à unir l'opposition pour les élections locales de 2011 et nationales de 2014. Dernier rebondissement en date : l'annonce d'un candidat noir à la tête du DA pour les élections de 2014... grâce à la fusion du parti avec un autre parti minoritaire tout juste créé en 2012, le Agang SA Party, mené par la charismatique Mamphela Ramphele. La fusion n'aura finalement pas lieu et c'est Mmusi Maimane qui est nommé. Le parti prend de l'ampleur et récupère de grandes agglomérations comme Johannesburg, Pretoria ou Port-Elizabeth lors des élections municipales d'août 2016.

Le COPE (Congress of the People). Ce parti fondé en 2008 regroupe les dissidents de l'ANC soutenant Thabo Mbeki. Son leader Mosiuoa Lekota (élu candidat officiel en janvier 2014 pour préparer les élections présidentielles) est l'un des 10 ministres qui ont suivi Mbeki dans sa démission cette année-là. Le parti peine à se frayer un chemin dans le paysage politique sud-africain.

L'IFP (Inkatha Freedom Party). Farouche opposant de l'ANC pendant et après l'apartheid, mais libérateur du pays face à l'oppresseur blanc. Le parti fut fondé en 1975 par le prince Mangosuthu Buthelezi, un ultra radical, connu pour son esprit très conservateur. Ce Zoulou populiste joue sur l'identité ethnique, enregistre ses meilleurs scores dans le KwazuluNatal et prône l'autonomie et l'autorité des communautés traditionnelles africaines. L'IFP a obtenu 2,4 % des voix en 2014, ses suffrages sont en perpétuelle baisse.

Les partis radicaux minoritaires. D'autres petites formations (mois de 1 % aux dernières élections) coexistent : partis d'extrême-droite, d'extrême-gauche, démocratiques-chrétiens... Julius Malema, et son Economic Freedom Fighters récemment créé, est la voix noire radicale la plus audible, poussant à la révolte, la nationalisation des mines et l'expropriation des Blancs sans contreparties.

Enjeux actuels

L'Afrique du Sud est une démocratie encore jeune qui peine à trouver une véritable opposition politique au parti historique libérateur du pays, l'ANC, élu avec une écrasante majorité aux dernières élections (62 % des suffrages).

Helen Zille, à la tête du DA, a fusionné récemment son parti avec les Democrates Independants de Patricia de Lille (moins de 1 % des suffrages) confirmant l'inclinaison à gauche du parti, et a tenté une fusion avec l'Agang South Africa, le nouveau parti créé par la charismatique activiste anti-apartheid Manphela Ramphele. Annoncée en janvier 2014, cette fusion devait mener la politicienne noire à la tête du DA pour les présidentielles - une révolution dans un parti créé par des Blancs et critiqué pour son manque de mixité - mais Ramphele a annulé la fusion quelques jours après pour cause de " résistance des militants au sein des deux partis " et de " précipitation suite à cette proposition de fusion ", jetant un discrédit sur l'opposition juste avant les élections. Pour la petite histoire, les deux femmes sont devenues amies en 1977 lorsque Zille était journaliste et a couvert l'assassinat de Steve Biko dans la presse en pleine répression sanglante, et que Ramphele était sa compagne, également résistante et activiste recherchée par le régime.

D'autres partis politiques minoritaires dissidents de l'ANC tentent de construire peu à peu une alternative noire au parti révolutionnaire. Le COPE, qui a suivi Mbeki dans sa démission en 2008, a obtenu 7,5 % des voix en 2009, puis moins de 1 % en 2014. Mais d'autres voix plus populistes et radicales se font entendre, comme celle de Julius Malema, à l'ultra gauche de l'hémicycle qui, après avoir été exclu de l'ANC, a créé son propre parti en 2013, l'EFF (Economic Freedom Fighters) qui appelle à des manifestations de révolte, l'expropriation des Blancs sans contreparties et la nationalisation des mines et banques sud-africaines. Une voix qui trouve de plus en plus d'écho auprès des populations les plus déshéritées dans un contexte économique difficile.

Économie

Avec un PIB de l'ordre de 280 milliards de dollars en 2016, l'Afrique du Sud est le poids lourd économique du continent, grâce à son rang de premier producteur mondial de platine, dans une moindre mesure d'or et de diamant, et à l'existence de sociétés nationales prospères et très concurrentielles sur le marché mondial. Si la croissance était d'environ 5 % par an depuis 1994, l'Afrique du Sud est entrée en récession en 2009, mais affiche une reprise de sa croissance à près de 0,6 % en 2017 et projette un taux à 1,9 % en 2019. Le taux de chômage frise actuellement les 27 % (2017) et près de 30 % de la population du pays vit sous le seuil de pauvreté, c'est-à-dire avec moins de 1,25 $ par jour. 
Pourtant, quand on débarque en Afrique du Sud, on découvre une société " à l'américaine " avec les gratte-ciel de sa capitale, les grosses voitures de la classe moyenne, les malls et les routes bien goudronnées. Mais paradoxalement, le pays reste l'un des plus inégalitaires de la planète, avec ses townships tentaculaires autour des villes. La transition démocratique de 1994 n'a pas permis d'améliorer les conditions de vie de la majorité de la population noire, tant le système économique instauré pendant l'apartheid résiste aux réformes. Deux mondes coexistent : le premier intégré dans l'économie concurrentielle libérale avec sa frange de population aisée et éduquée, le second fait d'économie informelle, de pauvreté et de marginalisation, où le taux de scolarisation est faible et les problèmes d'accès à l'eau potable, l'électricité et le logement sont monnaie courante. A titre indicatif, le revenu mensuel d'un ouvrier agricole est de 1 500 R, celui d'une femme de ménage chez les riches est de 3 000 R environ, alors qu'un banquier touche environ 40 000 R.

Vous avez dit Black Power ?

" Mon boy jardinier est devenu chef coutumier et donne aussi des conférences à l'université les mercredis. " Pieter-Dirk Uys, écrivain comique.

Cette boutade est apparue après 2003, lorsque le président Thabo Mbeki décide de mettre en place le " Black Economic Empowerment " (BEE), un programme de discrimination positive dont l'objectif affiché par le gouvernement est de transférer à des opérateurs économiques noirs les entreprises détenues par les Blancs jusqu'à la chute de l'apartheid. La redistribution visait à transférer 26 % des parts du secteur minier et 30 % des terres cultivables à des acteurs économiques noirs avant 2014 et un taux d'embauche de 40 % d'employés noirs dans le management des grandes entreprises. Si les objectifs semblent avoir été atteints dans le secteur minier (malgré les salaires désastreux des mineurs révoltés), les objectifs dans le secteur agricole sont repoussés à 2025, avec un nouveau plan plus contraignant pour les Blancs et les étrangers qui veulent acheter des terres, mis en place en 2011 sous la pression de l'opposant radical Julius Malema.

Aujourd'hui, environ 10 % de la population s'est hissé au rang de buppies (black yuppies) ou black diamonds, ces noirs qui gagnent plus de 6 000 R par mois, la tranche supérieure des revenus, mais qui sont en général très endettés et souffrent de l'augmentation régulière des taux d'intérêt. Quant à l'écrasante majorité de Noirs pauvres vivant dans les townships, ils n'ont pas été favorisés par ce programme qui vise surtout à asseoir l'élite noire à la tête de l'économie du pays.

Principales ressources

L'Afrique du Sud est le n°1 dans la production de platine (75 % du marché mondial), sachant que le secteur automobile représente plus de 50% des débouchés des platinoïdes, que la production mondiale et donc sud-africaine est insuffisante, et la demande à la hausse. En 2017, le pays auparavant n°1 mondial dans la production d'or n'était que 7e au rang mondial, derrière la Chine, l'Australie, la Russie, les Etats-Unis et le Pérou. Mais le pays détient 6 000 des 51 000 tonnes de réserves mondiales, le second gisement derrière celui de l'Australie. La production d'or qui baisse depuis les années 2000 devrait reprendre un rythme plus soutenu très bientôt. Si la concentration d'or de plus en plus faible dans les gisements, et la hausse des coûts de production ont freiné considérablement la croissance de ce marché, de nouveaux forages devraient atteindre les 5 km de profondeur et de nouvelles techniques d'extraction devraient faire baisser ce coût et refaire partir la production à la hausse. Le charbon est le second poste d'exportation après l'or. Le secteur des diamants (1 % du PIB) est dominé par la gigantesque société De Beers, numéro 1 mondial, laquelle s'occupe de très près des pierres namibiennes et surtout botswanaises.

Fabrication d'armes. Durant les vingt années de sanctions onusiennes, l'Afrique du Sud s'est taillé une sérieuse réputation en matière de fabrication d'armes : du solide, à bon prix. En plein régime d'apartheid, entre 1964 et 1977, la France fournissait deux tiers des importations d'armes de l'Afrique du Sud. Si le retour de l'Afrique du Sud sur la scène mondiale a permis de légaliser le commerce des armes entre Etats, un phénomène nouveau inquiète les autorités. Le trafic d'armes légères, venues principalement du Mozambique, prend en effet des proportions inquiétantes. Dans un pays où l'on estime entre 400 000 et 8 millions le nombre d'armes en circulation illégale, la question fait froid dans le dos.

Place du tourisme

Boostée par le Mondial de football en 2010, l'Afrique du Sud est la première destination touristique du continent avec 8,9 millions de visiteurs internationaux (2017). Un secteur qui aurait généré 9 milliards de dollars et employant près de 10% de la population active, selon le World Travel & Tourism Council dans le PIB du pays. Les Français arrivent à la troisième place en nombre de touristes visitant le pays, avec environ 135 000 visiteurs, devant le Royaume-Unis et l'Allemagne. La durée moyenne du séjour des étrangers est de dix jours, pour une dépense quotidienne de 200 €. La province du Cap, qui enregistre le taux de chômage le plus faible du pays (près de 17 %), a récemment développé un tourisme de masse et de luxe notamment dans les winelands et sur la Garden Route, qui lui rapporte substantiellement beaucoup. Environ 1,5 million de touristes visitent la ville du Cap chaque année, la destination la plus populaire du pays, engendrant un revenu de près de 12 milliards de rands. Cependant, depuis octobre 2015, des nouvelles règles imposant aux visiteurs de faire une demande de visa en personne dans les consulats sud-africains de leurs pays d'origine afin que leurs informations biométriques soient enregistrées a eu pour résultat d'engendrer une baisse des touristes, notamment Chinois et Indiens. Pour les autres, la diversification de l'offre ne fait qu'accroître le nombre de touristes chaque année notamment grâce au développement du tourisme viticole. Autre élément non négligeable : les dessertes aériennes qui sont de plus en plus nombreuses (toute l'année 5 vols directs par semaine avec Air France entre Paris et Le Cap et même la mise en place d'un A380 pour la liaison Paris-Johannesburg). Depuis le 8 avril 2018, la compagnie Alitalia opère également des vols vers l'Afrique du Sud et la compagnie nationale, South African Airways, devrait ouvrir des lignes vers Francfort et Munich, malgré la crise financière qu'elle traverse.

Enjeux actuels

La mondialisation. Les entreprises sud-africaines n'ont pas de complexes. L'opérateur électrique Eskom se positionne comme un leader continental. Les opérateurs de téléphonie cellulaire MTN et Vodacom se déploient en Afrique centrale et de l'Est. En rachetant l'Allemand Condea, le groupe chimique Sasol s'est implanté aux Etats-Unis, en Chine et à Dubaï. Dans le club des Big 10, on trouve : Anglo American, BHP Billiton, Richemont Securities, SABMiller, Standard Bank, Sasol, First Rand, MTN Group, Old Mutual, AngloGold Ashanti.

Le problème de l'électricité. L'électricité provient du charbon, du nucléaire et de plus en plus de l'eau. Le pharaonique Lesotho Highlands Water Scheme détourne vers Johannesburg des quantités phénoménales d'eau stockée dans des réservoirs lésothans. En échange, le royaume encaisse 55 millions de dollars par an. Mais l'Afrique du Sud connaît des pannes de courant de plus en plus spectaculaires en raison du manque de capacités des générateurs électriques dans le pays (il n'est pas rare de se trouver sans électricité pendant deux jours, voire plus). Devant l'ampleur de la demande des consommateurs et des industries, l'Etat et Eskom, le groupe électrique du pays, ont prévu de construire de nouvelles centrales pour arriver à un niveau de 20 000 MW d'énergie nucléaire en 2025. Le secteur agraire a été réformé, et des mesures controversées ont été prises comme la réforme agraire et la dérégulation du marché des produits issus de l'agriculture, qui ont mécontenté à la fois les grands propriétaires terriens et les travailleurs des champs. Les seconds trouvent que la réforme ne va pas assez vite et les premiers craignent que la situation dégénère comme au Zimbabwe où les fermiers blancs ont été chassés de leurs terres. Tandis que la compétition augmente à l'international, la criminalité et les attaques de fermes sont de plus en plus fréquentes dans le pays.

Le problème de l'eau. L'Afrique du Sud est très vulnérable aux changements climatiques provoquant une diminution des nappes d'eau phréatiques. Certaines prédictions prévoient que l'eau en surface pourrait diminuer de 60 % d'ici à 2070 dans certaines parties du Western Cape. En raison de l'aridité du pays, seuls 13,5 % des terres sont arables. La culture du maïs, qui pompe beaucoup d'eau et qui représente 36 % des plantations en valeur dans le pays avec une production de 9 millions de tonnes, ressent déjà ce manque d'eau.

Crise de l'eau et « jour zéro »

Depuis plusieurs années, la ville du Cap est touchée par des étés très arides provoquant une sécheresse historique et une grave crise de l'eau. En février 2018, c'est même l'état de catastrophe naturelle qui a été déclaré. C'est donc avec impatience que la saison des pluies est attendue. L'eau est rare et donc providentielle dans cette région du pays. Les autorités locales ont édité des mesures restrictives afin d'éviter le " Jour Zéro " que tant redoutent... Qu'est ce que c'est ? Une coupure totale de l'eau au robinet dans les zones résidentielles et un rationnement par l'armée où chacun aura le droit à 25 litres d'eau par jour. Les habitants et les touristes sont d'ores et déjà appelés a éviter tout gaspillage de cet or liquide en réduisant leur consommation à 50 litres d'eau par jour (soit l'équivalent d'une douche quotidienne de trois minutes). Les efforts semblent payants et le " Jour Zéro " semble s'éloigner pour 2018, mais les réserves restent sous le seuil critique et rien n'est complètement réglé...

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