Guide d'Afrique du Sud : Histoire

C'est au Cap, surnommé la " cité mère ", que tout a commencé, là où les premiers colons blancs ont débarqué en Afrique australe pour conquérir de nouvelles terres. L'histoire du pays est ensuite liée à l'avancée des Boers en terre indigène sous la pression des Anglais. L'émergence de Johannesburg et Pretoria à la fin du XIXe siècle sous l'impulsion de la ruée vers l'or et des diamants s'est déroulée parallèlement à la création d'un comptoir britannique sucrier sur la côte, l'actuel Durban. Après la création d'un véritable Etat sud-africain, l'histoire contemporaine du pays est peu glorieuse, bercée d'obscurantisme et dominée par les Blancs qui ont bâti le régime ségrégationniste de l'apartheid petit à petit. La renaissance de l'Afrique du Sud passe par la libération de Nelson Mandela, légende iconoclaste, touché par la grâce qui a évité au pays de sombrer dans la guerre civile en appelant à la réconciliation nationale. Il a fondé les piliers d'une nouvelle nation démocratique noire sans faire fuir les capitaux blancs. En dix ans, le pays a affiché une croissance dynamique mais qui n'a pas profité aux plus pauvres, et les tensions se sont exacerbées. L'ANC de l'après-révolution a beaucoup de défis à relever, notamment la criminalité et le Sida, corrélés à la pauvreté et au chômage. D'autres dossiers délicats restent à régler, comme le logement, l'éducation, la réforme agraire et la corruption. Si les Blancs sont un peu déprimés par cette situation (il faut dire qu'ils ont perdu leurs privilèges), les Noirs et les métis sont plus optimistes sur l'avenir du pays. L'organisation du Mondial de football en Afrique du Sud en 2010 fut un symbole important pour fédérer la nation, un grand challenge après des siècles d'évolution séparée des peuples.

Chronologie

3,3 millions d'années av. J.-C.> L'australopithèque Little Foot vit dans la région du Magaliesberg.

100 000 av. J.-C.> Présence de Homo sapiens.

Ier siècle av. J.-C.> Présence de Bochimans, fabrication de poterie près du Cap.

1300> Installation des Nguni dans le Natal.

1488> Bartolomeu Dias découvre le cap de Bonne-Espérance.

1497 > Vasco de Gama double à son tour le cap de Bonne-Espérance.

1593> Les éleveurs Nguni s'installent au Transkei.

1652> Jan Van Riebeeck fonde un comptoir au Cap pour la V.O.C.

1658> Arrivée des premiers esclaves de Java, Madagascar et golfe de Guinée.

1680> Fondation de Stellenbosch, Paarl.

1688-1700> Quelque 225 huguenots français s'installent autour du Cap.

1775> Série de neuf guerres de " frontières " contre les Xhosa et les Boers.

1795> Les Britanniques occupent la province du Cap.

1803> Les Hollandais reprennent Le Cap.

1807> Le commerce des esclaves est interdit dans l'Empire britannique.

1806 - 1815> Les Anglais s'installent définitivement au Cap.

1818> Le chef zoulou Shaka sème la terreur.

1820> Arrivée de 5 000 colons britanniques dans la baie d'Algoa.

1833> Abolition de l'esclavage dans tout l'Empire.

1835> Début du Grand Trek, les Boers marchent vers le Transvaal et le Natal.

1838> Bataille de la Blood River où les Boers battent les Zoulous.

1843 > Les Anglais annexent le Natal.

1852 et 1854 > Londres reconnaît l'indépendance des deux entitées Boers, la République sud-africaine du Transvaal et l'Etat libre d'Orange.

1860> Arrivée au Natal des premiers Indiens employés à la culture de la canne à sucre.

1867> Découverte du premier diamant à Hopetown.

1877- 1979> Annexion du Transvaal par la Grande-Bretagne.

1886> Début de la ruée vers l'or. Fondation de Johannesburg.

1890> Rhodes devient Premier ministre du Cap.

1893> Gandhi arrive en Afrique du Sud ; il fonde l'Indian Congress.

1899-1902> Guerre des Boers. Victoire des Anglais.

1910> Création de l'Union sud-africaine.

1912> Lancement du South African Native National Congress.

1914> Hertzog fonde le Parti national. L'Union entre en guerre aux côtés des Alliés.

1923> Création du Congrès national africain (ANC).

1936> Les Noirs perdent le droit de vote au Cap.

1939> L'Union entre en guerre contre l'Axe.

1948> Le Parti national accède au pouvoir. Les lois du développement séparé vont être adoptées.

1949> La Ligue de la jeunesse, avec Mandela, prend le contrôle de l'ANC.

1951> Instauration des " pass " pour les Noirs.

1955 > Le Congrès du peuple d'Afrique du Sud adopte la Charte de la liberté.

1958> Verwoerd, l'architecte de l'apartheid, est Premier ministre.

1959> Création des bantoustans et fondation du Congrès panafricain.

1960> Massacre de Sharpeville. L'ANC est frappé d'interdiction. Son président Albert Luthuli reçoit le prix Nobel de la paix.

1961> L'Union sud-africaine devient la République d'Afrique du Sud, indépendante. Nelson Mandela entre dans la clandestinité. L'ANC crée sa branche armée.

1962 > Tournée internationale de Mandela, arrêté à son retour.

1963-1964> Au " procès de Rivonia ", Mandela et les dirigeants de l'ANC sont condamnés à la prison à vie.

1971> Apparition du mouvement de la Conscience noire avec Steve Biko.

1976> Emeutes des écoliers de Soweto contre l'afrikaans. Plus de 500 morts et des milliers d'arrestations.

1984> L'évêque anglican Desmond Tutu obtient le prix Nobel de la paix.

1985> L'Inkatha et l'ANC se font la guerre dans les townships. Etat d'urgence.

1986> Abolition des " pass " et autorisation des mariages mixtes.

1989> Frederik de Klerk devient président.

1990> De Klerk libère Mandela après vingt-sept ans de prison, abolit l'état d'urgence, légalise l'ANC et abroge les lois sur la ségrégation dans les lieux publics. Les Sud-Africains se retirent du Sud-Ouest africain, qui devient la Namibie indépendante.

1991-1993> Abolition des grandes lois de l'apartheid. La Constitution intérimaire pour une société non raciale est adoptée.

1994 > Mandela et de Klerk reçoivent le prix Nobel de la paix. L'ANC remporte les premières élections multiraciales, installation du gouvernement de coalition.

1995> Premières élections locales démocratiques. L'ANC l'emporte avec plus de 60 % des suffrages.

1996> Adoption de la Constitution définitive.

1998 > Desmund Tutu remet au président Mandela le rapport en cinq tomes de la Commission Vérité et Réconciliation.

1999> Deuxièmes élections générales en Afrique du Sud. Victoire de l'ANC. Le 14 juin, Thabo Mbeki, le dauphin, est élu président pour cinq ans.

2004> Confortablement réélu, Mbeki entame un second mandat de cinq ans.

2005 > Mbeki renvoie le vice-président Jacob Zuma, héros de la lutte anti-apartheid, mis en cause dans une affaire de corruption.

2007 > Jacob Zuma est porté à la tête de l'ANC en dépit de ses déboires judiciaires.

2008 > Le directeur général de la Police est suspendu pour fait de corruption.

2008 > Démission de Mbeki désavoué par son parti. Kgalema Motlanthe est nommé président intérimaire.

2009 > L'ANC remporte les élections, Zuma est élu président de la République.

2010 > Organisation de la Coupe du monde de football. Une première sur le continent africain.

Mai 2012 > Réélection de Jacob Zuma à la tête de l'African National Congress, qui confirme sa position de leader, malgré les scandales de corruption et de moeurs qui entachent sa réputation.

Août 2012> Massacre de Marikana : 34 mineurs en grève sont tués par les forces de police sans sommation. Emotion dans tout le pays.

Décembre 2013 > Mort de Nelson Mandela, le pays tout entier est endeuillé par la perte de son icône.

Mai 2014> Elections présidentielles, sur fond de tensions sociales et manifestations violentes. Jacob Zuma est reconduit dans ses fonctions.

Avril 2016> Affaire Nkandla. La Cour constitutionnelle ordonne au président Zuma de rembourser une partie des fonds publics utilisés pour rénover sa résidence privée. Il accepte mais refuse de donner sa démission, réclamée par l'opposition.

Août 2016 > Les élections municipales confirment le recul de l'ANC. Les grandes agglomérations comme Johannesburg, Pretoria ou Port-Elizabeth sont remportées par l'opposition Democratic Alliance.

Octobre 2016 > L'accord de partenariat économique avec l'Union européenne entre en application provisoire. Elle doit permettre de renforcer les relations commerciales entre l'UE et l'Afrique du Sud.

Décembre 2017 > Jacob Zuma quitte la présidence de l'ANC.

Janvier 2018> L'Afrique du Sud assure la présidence des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) pour l'année 2018.

Février 2018 > Zuma démissionne de son poste de Président de la République. Le vice-Président Cyril Ramaphosa est élu par le Parlement.

Mai 2019> Prochaines élections.

La péninsule des Koïsan

Le premier peuple sud-africain était jaune, jaune abricot. Le Bochiman, devenu le Bushman dans le célèbre film Les dieux sont tombés sur la tête, vivait déjà en Afrique australe il y a 40 000 ans, selon certaines peintures rupestres. Certains ossements de Homo sapiens retrouvés dans l'Eastern Cape remonteraient à 90 000 ans et d'autres d'australopithèques à 3,3 millions d'années. Ces peuples primitifs semblent avoir occupé une grande partie de l'Afrique orientale, avant de descendre vers le sud sous la pression des peuples noirs bantou originaires du sud du Tchad.
Aujourd'hui, les anthropologues préfèrent parler des Khoïsan, un nom collectif qui désigne les Bochimans ou San et les Hottentots ou Khoï. Les premiers étaient des chasseurs-cueilleurs dont les San ou Bushman vivant dans le Kalahari et en Namibie sont les descendants directs. Les seconds étaient des chasseurs-cueilleurs qui se sont sédentarisés il y a 2 500 ans en pratiquant l'élevage des moutons et des bovidés et qui ont été assimilés à la population du Cap. Les Hottentots étaient divisés en trois clans sur la péninsule : les Goringhaikona, qui vivaient essentiellement des produits de la mer ; les Goringhaiqua et les Gorachoqua. Ces clans répondaient à l'autorité du grand chef Soeswa, leader des Chainoqua, implantés à une cinquantaine de kilomètres plus à l'est.
Quant aux San, organisés en petits groupes, ils partaient dans de longues courses sur les traces de koudou, d'éland, et peut-être même d'éléphant dont il fallait trancher les tendons au péril de sa vie. Quand cela était nécessaire, les San utilisaient des chiens, ce qui permit à un compagnon de Vasco de Gama cette réflexion intelligente en mettant pied à terre en 1497 : " Leurs chiens aboient comme ceux du Portugal. " Il remarqua également que les habitants " parlent tout à la manière que les muletiers chassent les mulets au royaume de Naples et en Sicile. Ils parlent avec la langue sous le palais ".
Qu'en reste-t-il aujourd'hui ? Des Bochimans subsistent des milliers de peintures rupestres, autour du Cap, dans le Petit Karoo et dans l'Etat libre, qui, chacune, disent l'humble sagesse et l'admirable vigueur des chasseurs. Des Hottentots, il reste quelques rides aux coins des yeux des métis du Cap, les rondeurs bondissantes de certaines femmes du Karoo, et surtout les " clics " significatifs des langues khoï et san.

Le Cap des navigateurs portugais

En 1434, en Europe, le courageux navigateur portugais Gil Eannes se risque au-delà du cap de Bojador puis, en janvier 1486, Diego Cao atteint l'actuelle Namibie. Personne ne le revit jamais, mais la réplique de son padrao (croix de bois) se dresse aujourd'hui sur la côte des squelettes, gardée par une colonie de phoques braillards. Le Portugal ne renonce pas. L'année suivante, Bartolomeu Dias de Novaes, poussé par les vents, rate la pointe du continent et gagne la terre ferme à Mossel Bay. Entourés de leur bétail, de petits hommes ridés comme de vieilles pommes attendent les visiteurs. On échange de la viande contre de la pacotille, le ton monte et finalement on se bat. Avant de reprendre le chemin du Portugal, Bartolomeu Dias érige un padrao. Celui-ci sera reconstruit d'après les 5 000 fragments originaux découverts dans le sable en 1938. Un puzzle historique, visible à l'université Wits de Johannesburg. En mettant voile vers l'Europe, Bartolomeu Dias tombe enfin sur la péninsule du Cap, qu'il baptise en plantant un nouveau padrao, Cabo de Boa Esperança, car les vents et les courants violents mettaient alors les bateaux en péril à cet endroit. Bientôt, les marins prennent l'habitude de déposer des lettres sous des pierres ou dans les arbres pour le bateau suivant. En 1497, sous l'emblème de la sphère armillaire, et sur les ordres du roi Manuel Ier, Vasco de Gama part conquérir les Indes. Il contourne le cap puis longe la côte sud-est qu'il appelle, le jour de Noël, la " Terra do Natal ". Pour les Portugais, l'Orient est conquis ; désormais, marins et capitaines utiliseront souvent la halte de la région du Cap. Francisco de Almeida, le premier vice-roi des Indes portugaises, trouve la mort avec soixante-cinq de ses compagnons lors d'un accrochage, en mars 1510, dans les parages de la Table Mountain.

L’heure de la V.O.C.

Dès 1550, les Hollandais envoient des navires sur la route des épices et de la porcelaine. Entre l'Europe et l'Asie, une escale s'impose, qui doit offrir de l'eau et des vivres frais. Au nom de la Compagnie hollandaise des Indes orientales, la V.O.C., Le Cap est choisi comme port d'escale en 1651. Restait à trouver un candidat, pour installer une base portuaire, faire pousser des légumes, paître le bétail et faire vivre les hommes. Il s'appelle Jan Van Riebeeck, n'a pas quarante ans, et va écrire le premier chapitre de l'histoire d'un pays qui n'existe pas encore : l'Afrique du Sud.
Quant aux Hottentots, il faut les ménager en échangeant des biens contre du bétail, sans oublier l'objectif primordial : l'autarcie le plus vite possible. En 1657, neuf hommes reçoivent un lopin de terre et le titre de freeburghers. Ces " citoyens libres " fondent des fermes à l'est du Cap, dans les régions fertiles de la vallée du Berg, où ils cultivent le blé et élèvent des moutons. Jan Van Riebeeck, lui, plante des vignes dans ses jardins, et le 2 février 1659 il note : " Dieu soit loué, du vin a été pressé pour la première fois avec des raisins du Cap. "
En octobre 1679, le nouveau gouverneur, un Mauritien nommé Simon Van der Stel décide d'encourager l'immigration européenne pour domestiquer ce territoire magnifique. Les premiers burghers sont rejoints par d'anciens fonctionnaires de la V.O.C. et par des soldats démobilisés en quête d'eldorado. Par bateaux entiers arrivent les Allemands, les Danois, les Suédois, les Hollandais, fuyant les horreurs de la guerre de Trente Ans. Trois nouveaux pôles apparaissent : Paarl en 1679, Stellenbosch en 1680 et Drakenstein en 1687. L'île Robben devient un centre pénitentiaire pour les fortes têtes. Dès lors, ce qui n'était que la " Taverne des mers " pendant 150 ans devient une véritable colonie.

Dieu soit loué, du vin !

En 1661, Louis XIV monte sur le trône. Les huguenots comprennent vite qu'il faudrait abjurer pour vivre et des centaines de milliers de protestants s'enfuient en Angleterre, en Prusse, en Amérique, mais surtout en Hollande, où l'accueil est très chaleureux. Dans le même temps, le gouverneur Van der Stel trouve au vin de la colonie un goût " horriblement âpre ". On réclame des Français, " en particulier ceux qui savent cultiver les vignes et fabriquer le vin, le vinaigre, et distiller le brandy ", lit-on dans des écrits officiels. Sur les 60 000 huguenots réfugiés en Hollande, environ 200 répondront à l'appel de l'Afrique, et 175 arriveront vivants. En 1689, tous ont juré soumission et fidélité à Son Altesse Monseigneur le prince d'Orange en échange du voyage gratuit, de rations alimentaires, d'une parcelle de 51 hectares et d'un peu de poudre à fusil. Simon Van der Stel, suivant les recommandations de la Compagnie, installe les nouveaux arrivants dans la vallée du Berg, où se trouvent déjà 23 fermes tenues par des Hollandais. Entre Paarl et Stellenbosch, un village baptisé Franschhoek (le coin des Français). Aujourd'hui, environ 500 000 Sud-Africains portent un nom d'origine française, soit 30 % des Afrikaners.

Malais et métis

Dans leur grand empire, les Bataves jouent aux échecs. Les hommes sont mobiles surtout quand ils sont gênants. Ainsi, entre 1681 et 1749, de nombreux chefs religieux islamiques d'Asie du Sud-Est seront déportés vers l'Afrique du Sud malgré l'opposition de Van der Stel. Des familles entières vont s'intégrer petit à petit dans la mosaïque coloniale, tout en préservant leur religion, leur culture et leurs traditions. Ils seront appelés les Malais, mais ces esclaves viennent de Malaisie, d'Indonésie, d'Inde, du Sri Lanka, du Ceylan ou de Madagascar.

Aujourd'hui ils sont de fait des métis, ayant conservé la religion musulmane et les traditions de cette communauté asiatique. C'est aussi à cette époque qu'apparut une nouvelle entité, dont l'apartheid fera une race : les Métis (Coloured). Dès les premières années, des mariages eurent lieu entre les colons et les esclaves chrétiens émancipés ou les femmes khoïsan, mais l'exploitation sexuelle des femmes prit le pas sur les mariages. Les Européennes, c'est vrai, étaient peu nombreuses : une pour dix hommes en moyenne. D'autre part, certains indigènes succombèrent aux charmes des Asiatiques. Le gouverneur reçut l'ordre d'interdire ces alliances mais la nature fut plus forte.

Au nord, les Bantou

Originaires du sud du bassin du Tchad, où ils développent l'agriculture, les Bantou s'installent dans la vallée du Zambèze au début de l'ère chrétienne. Selon les datations au carbone 14, des populations sont présentes dans le Transvaal durant le premier âge du fer, c'est-à-dire aux IVe et Ve siècles. Aux Xe et XIIe siècles, une deuxième vague bantou atteint la région. Les pasteurs khoï, qui se déplacent avec leurs troupeaux, devront se sédentariser ou reculer dans le désert. Les familles - le père, ses femmes, les enfants et les vieux - habitaient dans des kraals, un ensemble de huttes, de jardins et d'enclos.

Le grand Zimbabwe

Entre les XIIe et XVIe siècles, une civilisation bantou solide constitue le royaume commerçant du Zimbabwe, " maisons de pierres ". Une fantastique cité sort de terre pour devenir la capitale d'un Empire shona enrichi par le trafic de l'or et de l'ivoire. Une communauté prospère, organisée de façon logique, possédant une capacité commerciale de premier ordre. Great Zimbabwe s'étend sur 40 hectares, avec une grande muraille et une mystérieuse tour conique. Sans une once de ciment et toujours debout. Mais en 1628, Zimbabwe s'étiole pour bientôt mourir. Une page va être tournée dans l'histoire africaine, avant même la naissance de la colonie du Cap. Le mythe de la civilisation engloutie alimentera les rêveries des explorateurs et des écrivains.
La relève est assurée par un autre empire, beaucoup mieux connu, car mentionné par les navigateurs portugais, le Monomotapa. Pendant ce temps-là, beaucoup plus au sud, les populations bantou se dispersent dans l'immense cône sud-africain, formant, au gré des déplacements, quatre grands groupes linguistiques : les Nguni le long du littoral oriental (aujourd'hui les Xhosa, Zoulou, Swazi et Ndebele), les Sotho sur le plateau central (Tswana, Pedi et Basotho), les Shangaan-Tsonga, Lemba et Venda au nord-est. Des éleveurs de l'ethnie Xhosa, de la famille des langues nguni, forment des petites cellules familiales dans un territoire délimité par le Drakensberg à l'est et la région du Ciskei au sud. Les Xhosa et Zoulou adoptèrent les " clics " typiques des dialectes koïsan qu'ils croisèrent jadis, comme en témoignent certaines peintures rupestres san racontant ces échanges.

Le mythe du roi Shaka

Né vers 1787, Shaka était un fils du ciel, un Zoulou. Persécuté à cause de sa naissance illégitime, chassé par son propre père pour avoir laissé un mouton se faire dévorer par un chien sauvage, le jeune garçon trouve refuge chez les Mthethwa, dont il commande bientôt les troupes. En 1818, le voilà à la tête de la confédération Nguni, au coeur des vertes collines du Natal.
Objectif terreur. En 1824, 15 000 guerriers sont sous ses ordres. Seules les femmes ont la vie sauve, pour devenir mères d'enfants zoulou. Shaka fait exécuter tous ceux qui pourraient un jour constituer une menace : ainsi donne-t-il l'ordre d'éliminer tous les enfants dont il serait le père. Sur une saute d'humeur, il fera éventrer une centaine de femmes enceintes pour observer les foetus. Dans le royaume, les peines capitales se pratiquaient par empalement, éviscération, lapidation, noyade, strangulation ou par un bref séjour dans un cours d'eau plein de crocodiles. Le despote sanguinaire contrôle le Natal et soumet tous les clans entre le sud de la rivière Tugela et le Drakensberg.
Shaka est assassiné en 1828 par son demi-frère Dingaan. Le mythe shaka anime aujourd'hui encore la nation zoulou.

Le Trek

Le XVIIIe siècle fut celui des frontières. Les enfants des burghers du Cap s'enfoncent loin dans les terres, pour essayer d'échapper à l'administration tatillonne. Ceux que l'on appelle désormais les Trekboers se consacrent à l'élevage et prennent goût à la liberté. Ils vivent dans des chariots bâchés, tirés par quatre paires de boeufs. Libres de toutes attaches, ils marchent vers le nord et l'est, le fusil dans une main, la Bible dans l'autre. En 1750, les colons sont déjà à plus de 400 km du Cap. Au fil de leur longue marche, les Trekboers atteignent le fleuve Orange en 1779. Sur l'autre front un groupe de Trekboers se heurtent aux premiers bergers xhosa en 1775 à 1 500 km du Cap. Ce sont deux mondes qui se rencontrent sans se comprendre. C'est durant ces années que s'est forgée l'identité des Afrikaners. La Compagnie des Indes est au bord de la faillite ; ils n'en ont cure : ils se sentent investis d'une mission civilisatrice, le sentiment de ne devoir rien à personne si ce n'est à Dieu... Le néerlandais est abandonné au profit d'une nouvelle langue, l'afrikaans. Ils entendent affirmer leur mode de vie : le travail, la famille et la Bible. A Graaff-Reinet, dans le Karoo, loin dans l'intérieur des terres, les pionniers sont influencés par la Révolution française : ils proclament la République batave, élisent une assemblée et arborent la cocarde tricolore.

Un Gibraltar de l’océan Indien

En cette fin du XVIIIe siècle, l'histoire de l'Afrique australe se joue encore et toujours en Europe. Durant l'hiver 1794-1795, les armées révolutionnaires françaises renversent le roi de Hollande ; Le Cap est placé sous protection britannique. Les Anglais débarquent et un siècle et demi de souveraineté de la V.O.C. s'achève. En 1802, l'Angleterre reconnaît la République batave et lui rétrocède la colonie du Cap. Mais coup de théâtre en Europe, la France de Napoléon est défaite à Trafalgar. Le 7 janvier 1806, 61 navires de la Royal Navy pénètrent dans la Table Bay. Pas de résistance possible. Le nouveau territoire est immense, en fait sans limites clairement établies, sur lequel se trouve une population très disparate composée de 26 000 Européens (40 % d'origine hollandaise, 35 % de souche allemande et 20 % descendant de huguenots), de 30 000 esclaves et d'environ 20 000 Khoïsan. A Londres, le Colonial Office se félicite de posséder enfin un " Gibraltar de l'océan Indien " pour verrouiller la route des Indes.

La « guerre des frontières »

En 1775, un groupe de Trekboers se heurte aux premiers bergers xhosa à 1 500 km du Cap. Ce sont deux mondes qui se rencontrent sans se comprendre. Plus d'un siècle après la fondation du Cap, deux peuples pasteurs, les Afrikaners et les Xhosa, se retrouvent face à face et entament une longue série de " guerres des frontières ". On en comptera neuf entre 1779 et 1877, jusqu'à l'affaiblissement du peuple xhosa. En 1807, dans le même temps à Londres, le commerce des esclaves est interdit dans tout l'Empire britannique et la question de l'homme de couleur est posée. C'est le début du mouvement philanthropique, mais l'abolition n'interviendra qu'en août 1833. Dès 1809, les Khoïsan sont proclamés sujets de Sa Gracieuse Majesté. Pour les pasteurs de la London Missionary Society, le traitement infligé aux non-Blancs est inadmissible. Gagné par ces idées, le gouverneur Cradock instaure une cour itinérante de justice devant laquelle doivent comparaître les Boers soupçonnés de racisme. Ces derniers, auxquels on tente déjà d'imposer la langue anglaise, appellent cette juridiction la " tournée noire ". Plus d'une cinquantaine de colons sont convoqués. Contre les Anglais et la langue anglaise, contre les Africains de couleur, en fait contre tous, les Afrikaners développent une mystique de la race, convaincus que Dieu leur a confié la mission " d'apporter les lumières de la civilisation dans les ténèbres de l'Afrique ".

Le Grand Trek

La sixième guerre de frontière, en 1834, déclenchera le Grand Trek. On vit 10 000 Xhosa passer au sud de la rivière Kei. Une razzia repoussée par les Britanniques, car, en Europe, la London Missionary Society réclame la restitution des terres prises aux indigènes. La grande fracture entre les descendants des colons hollandais et français et ces messieurs les Anglais date de cette période. 
Les Afrikaners devront partir vers le nord, en abandonnant ces régions dangereuses aux 5 000 colons britanniques débarqués en 1820. Ainsi, Le Cap voit fuir ses gros bras les plus rudes, qui préfèrent se lancer dans le Grand Trek, à la conquête de l'Afrique inconnue, tandis que ceux qui demeurent au pied de la montagne de la Table vivent durant tout le XVIIIe siècle dans un climat de relative tolérance morale et raciale.
Entre 1835 et 1837, des dizaines de convois s'enfoncent dans l'intérieur du pays au nord. Mais le territoire est déjà bien occupé : entre les fleuves Vaal et Orange, par les Griqua, métis khoïsan, armés de fusils et parlant afrikaans ; dans l'actuel Natal, par les Zoulou, plus forts que jamais avec Dingaan à leur tête ; vers le nord, sur les hauts plateaux du Transvaal, le Zoulou dissident Mzilikazi contrôle 800 000 km² avec 20 000 guerriers ndebele ; vers l'ouest, les Tswana. Enfin, derrière leur rideau de pierre des Maluti, les Basotho autour du roi Moshoeshoe. Bref, un joli comité d'accueil !

Le jour de la « Blood River »

A l'automne 1836, les Boers, munis d'armes à feu, tuent 400 guerriers Ndebele pour seulement deux morts dans leurs rangs. En octobre 1837, les premiers atteignent Port Natal, un comptoir de commerçants et d'aventuriers anglais rebaptisé Durban en hommage au gouverneur d'Urban. Pas question de s'installer dans la région sans traiter avec le roi des Zoulou. Mais Dingaan, successeur de Shaka crie " Dingaan Bulalani Abatageti " (tuez les sorciers blancs) ; ils sont massacrés, empalés et livrés aux vautours.
Le nouveau chef, un riche fermier, Andries Pretorius, écrase l'impie zoulou qui compte 3 000 morts dans ses rangs. Depuis, la Buffalo est devenue la Blood River, du sang de la vengeance. Ce même 16 décembre, jour de la " réconciliation " selon les nouvelles autorités du pays, est toujours une fête nationale sud-africaine.

Boers contre Anglais

L'autonomie des soldats du Trek ne plaît pas au Cap. En 1843, le gouverneur Napier proclame l'annexion du Natal. L'esclavage est désormais illégal, toute discrimination raciale abolie. Les Boers (prononcer Bour) n'acceptent pas les diktats humanistes anglo-saxons, et les voilà repartis à la recherche de terres. Le deuxième Trek a commencé en direction du Transvaal et de l'Orange. Pendant ce temps-là, les Britanniques reprennent aux Xhosa ce qu'ils baptisèrent la British Kaffraria, la " Cafrerie britannique ", entre l'actuel Transkei et la province du Cap. Mais les " tuniques rouges " de Sa Majesté ne peuvent faire face sur tous les fronts. Londres décide de s'allier aux Boers : l'Afrique compte assez de périls comme ça ! En 1852, la Grande-Bretagne reconnaît l'indépendance de la République sud-africaine, située au nord de la rivière Vaal (Transvaal). La capitale, Pretoria, honore la mémoire du vainqueur de la Blood River, Pretorius. En février 1854 naît un second territoire boer, l'Etat libre d'Orange. Désormais, les Boers répondent de leurs républiques, sans aucun compte à rendre à la Couronne. L'aboutissement, la justification du Grand Trek. Et raison donnée aux nationalistes afrikaners.

Deux et deux

Au milieu du XIXe siècle, il existe donc deux territoires britanniques, le Natal et la province du Cap, et deux républiques boers, l'Etat libre d'Orange et la République sud-africaine (ZAR). Les Britanniques et les Boers campent sur leurs positions quant à la question noire. La Constitution du Cap, qui restera en vigueur jusqu'en 1910, autorise les Noirs à se porter candidats ou à voter pourvu qu'ils gagnent au moins cinquante livres par an, au même titre que les Britanniques. Dans le Natal, les Britanniques décident de créer des réserves noires pour tenter de mettre fin aux pillages des troupeaux et privilégient avant tout le dialogue et le respect des structures tribales traditionnelles. Quand la canne à sucre demande de la main-d'oeuvre, on sollicite les Indiens. Baboo Naidoo, le premier, arrive en 1855. En revanche, chez les Boers, dans l'Etat libre d'Orange " seuls les Blancs sont citoyens de la République ", et dans le Transvaal " la nation ne reconnaît aucune égalité entre les Blancs et les indigènes ".

La république des chercheurs de diamants

En 1867, le petit Boer Erasmus Stephanus Jacobs trouve un caillou brillant en jouant près d'Hopetown, au nord du Cap, en pays Griqua. L'enfant s'en amuse avec ses soeurs avant que la mère s'aperçoive de la découverte. Le caillou est expédié à Grahamstown pour étude : il s'agit d'un diamant de 21,75 carats. En 1869, un berger Griqua tombe sur une merveille de 83,5 carats, " l'Etoile d'Afrique du Sud ", qui lui rapporte 500 moutons, 11 génisses, un cheval et un fusil. Des milliers de prospecteurs affluent du monde entier vers l'eldorado africain : les frères De Beers vendent 6 000 livres une ferme achetée dix ans plus tôt. Kimberley, immense camp de tentes, devient vite la deuxième ville d'Afrique du Sud. Les aventuriers se syndiquent pour former la Digger's Republic, la République des prospecteurs. Ce coin perdu n'appartient à personne, ou à tout le monde.
En octobre 1871, la colonie du Cap annexe Kimberley. C'est l'heure de Cecil John Rhodes, qui débarque, selon la légende, avec une pelle et un dictionnaire de grec. Ce jeune Anglais à la santé chancelante va faire fortune à 27 ans en créant la société minière De Beers. Succès fulgurant puisqu'en 1890 De Beers produit 90 % de tous les diamants extraits en Afrique australe. Les diamants se trouvent principalement dans les cheminées de kimberlite, une roche bleue. On creusera dans ces années-là le plus grand trou artificiel du monde, lequel, aujourd'hui encore, donne le vertige au voyageur qui pousse jusqu'à Kimberley. C'est le " Big Hole ".

L’or et les Zoulou

En 1871, le premier minerai aurifère est découvert à Pietersburg. Pour les Britanniques, qui pensent géopolitique, le royaume zoulou de Cetshwayo est un obstacle à la grande Fédération sud-africaine. Il ne manque plus qu'un prétexte pour ouvrir les hostilités. En 1878, deux jeunes filles zoulou échappées de leur kraal sont rattrapées en territoire britannique et exécutées par les guerriers sous le nez des soldats de la Reine. Inadmissible !
Une armée anglaise de 5 000 hommes pénètre alors au Zoulouland et marche sur Ulundi, la capitale. Lord Chelmsford, à la tête de 3 000 soldats, tombe sur 20 000 Zoulou déchaînés. Plus de 800 Britanniques périront le ventre ouvert. Mais une fois la carte zoulou sortie du jeu, les Anglais peuvent désormais concentrer leurs forces sur l'irrédentisme afrikaner. Anecdote intéressante : le prince impérial Louis-Napoléon, fils unique de Napoléon III et petit-neveu de l'Empereur, qui passait par là lors d'une mission de reconnaissance topographique, est assailli par des guerriers zoulou et transpercé de dix-sept coups de sagaie. Sa tombe est encore visible aujourd'hui.

Le Transvaal indépendant

Depuis 1877, le gouverneur Shepstone a pris le prétexte de la rébellion Pedi pour annexer la République sud-africaine et sa capitale Pretoria. Après une première guerre anglo-boer en 1880, Paul Kruger part à Londres arracher des concessions aux Britanniques. Résultat, la Convention du 27 février 1884 réinstitue définitivement la République sud-africaine qui aura, seule, le contrôle de sa politique indigène et de sa diplomatie.

Des montagnes d’or

En 1886, la région aurifère ne comptait alors que quatre exploitations tranquilles : Braamfontein, Doomfontein, Turffontein et Langlaagte. Mais bientôt, ils sont des milliers d'Uitlanders, des étrangers, et une ville sort de terre : Johannesburg. Fin 1889, quelque 17 875 kg d'or ont été collectés ; le campement de fortune, devenu une cité-champignon de 50 000 habitants, dispose d'un service de courrier rapide vers Kimberley, utilisant une quarantaine de chariots et un millier de chevaux.

Un rêve d’empire

Le milliardaire Cecil Rhodes incarne l'impérialisme britannique. Politique, il est élu Premier ministre au Cap en 1890 et décide un coup de force contre l'orgueilleuse République sud-africaine de Kruger. En 1895, un raid commandé par l'infortuné Jameson est intercepté par les commandos boers. Echec ! La guerre anglo-boer est déclarée : d'un côté 30 000 combattants afrikaners armés de Mauser allemands, de l'autre 27 000 Britanniques dotés d'une puissante artillerie. Ces derniers bénéficient de la supériorité militaire, tandis que les nationalistes boers ont l'avantage du terrain.

La seconde guerre anglo-boer (1899-1902)

Ce second conflit sans merci va connaître trois phases. Durant la première, les commandos harcèlent les Britanniques, qui perdent vite l'avantage des armes. La deuxième phase voit les Anglais imposer une guerre " à l'européenne ", grâce à de considérables renforts venus de tout l'Empire. Enfin, la troisième fut celle de la guérilla menée par de petites unités boers. Ce conflit déchaîne les passions en France. La presse soutient les combattants boers, parfois comparés aux soldats de l'An II. Quand en 1900, les deux républiques tombent aux mains des Anglais, le président Kruger débarque à Marseille pour sensibiliser les gouvernements européens à la cause des Boers. " Oom Paul " est accueilli en héros, mais personne ne veut se fâcher avec la Grande-Bretagne. Ainsi Edmond Rostand conta : " Lorsque Kruger passa dans Marseille en délire, un homme, au bout d'un long bâton, portait une pancarte où chacun pouvait lire : Pardon pour l'Europe - Oui pardon... (...) "

Destins croisés : quand Gandhi rencontre Churchill

En 1900, lors de la bataille de Spioenkop, qui opposait Anglais contre Boers commandés par Botha, un courageux brancardier indien va chercher les blessés sur le front ennemi, bravant les balles. Il s'agit d'un avocat, un certain Mohandas Gandhi, engagé volontaire aux côtés des Britanniques. Cette bataille est couverte par un reporter de guerre du journal The Morning Post, un certain Winston Churchill, qui sera fait prisonnier un peu plus tard par les troupes de Botha lorsque le train qu'il emprunte déraille. Le jeune homme, alors âgé de 26 ans, s'évade dans des circonstances rocambolesques de sa prison de Pretoria. L'histoire fait le tour du monde, l'érige en héros national et lui permet d'être élu député dans les mois qui suivent. Ainsi débute la carrière d'un des plus illustres chefs d'Etat du XXe siècle.

De son côté, Gandhi, le " Père de la nation " et " libérateur " de l'Inde, né en 1869 et assassiné en 1948 à Delhi, a fait ses armes politiques en Afrique du Sud, lorsqu'il était tout jeune. Il y débarque à 18 ans sous contrat d'une firme anglaise pour servir de main-d'oeuvre. Lors de la fête de son départ pour l'Inde, ses compagnons lui demandent de rester car la Constitution sur les droits des Indiens va changer. De fil en aiguille, il fonde le National Indian Congress en 1894, devient ambulancier pendant la guerre anglo-boer, puis fonde le journal Indian Opinion en 1904. Il découvre la désobéissance civile et non violente à Johannesburg en 1906 et va mener des boycotts suivis par les Indiens et les Chinois pendant de nombreuses années. Il sera emprisonné à plusieurs reprises, fouetté, battu, mais recommencera. La désobéissance civile culmine en 1913 avec une grève des mineurs et la marche des femmes indiennes. Il rentre en Inde pour mener le même combat chez lui en 1915, avec les résultats que l'on connaît.

La politique de la terre brûlée

Le traité de paix fut signé en 1902 lorsque, à bout de forces, les Boers font une croix sur l'indépendance de leurs républiques. Sur le terrain, le bilan est terrible : plus de 7 000 morts parmi les Anglais et plus de 6 000 dans les rangs boers. Mais le traumatisme de la nation afrikaner est ailleurs. Les Britanniques ont adopté la politique de la terre brûlée : 30 000 fermes ont été détruites, la grande majorité du bétail a été abattue, 120 000 Blancs et 43 000 Noirs ont été déportés en camps de concentration. Toujours exilé en Europe, le vieux président Kruger meurt en Suisse, le 14 juillet 1904, sans avoir revu le Transvaal.

Reconstruire

Lord Milner s'emploie à faire repartir l'économie mise à mal par la guerre. On fait venir de la main-d'oeuvre chinoise et mozambicaine pour les mines : les quantités d'or extraites doublent en volume. En 1907, Louis Botha et Abraham Fisher deviennent Premier ministre, respectivement du Transvaal et de l'Orange. A Durban, un accord est trouvé sur la constitution d'un dominion de la Couronne, l'Union sud-africaine, qui fédère les quatre colonies du Cap, du Natal, de l'Etat libre d'Orange et du Transvaal. Un véritable casse-tête pour mettre tout le monde d'accord ! Bloemfontein sera la capitale judiciaire de l'Union, Le Cap la capitale parlementaire et législative, et Pretoria le centre administratif où siégerait l'exécutif, chaque région conservant son propre vote en vigueur. Sa Majesté garde toutefois le contrôle direct de la Rhodésie (Zimbabwe et Zambie) et de ses protectorats du Basutoland (Lesotho), Bechuanaland (Botswana) et Swaziland.

Vents de fronde

En janvier 1914, l'intransigeant général Hertoz crée le Parti national, les " Afrikanders " doivent être les maîtres chez eux. Pendant ce temps-là, l'ex-brancardier se fait agitateur : Gandhi organise des manifestations et obtient la suppression de la taxe d'entrée des Indiens dans l'Union. Ayant fondé le Natal Indian Congress en 1884, il invente une nouvelle façon de protester, le satyagraha, basée sur la non-violence et la résistance passive. Avec les conséquences que l'on connaîtra, plus tard, en Inde. Le chef zoulou Bambaata conduit, en 1906, la dernière insurrection armée contre les Blancs. L'échec patent de sa rébellion mit fin à l'époque des javelots. 
Désormais, les Noirs allaient intervenir sur le terrain politique. Le 8 janvier 1912, un petit groupe d'intellectuels fonde à Bloemfontein le Congrès national des Indigènes sud-africains (South African Natives National Congress - SANNC) qui deviendra, en 1923, le Congrès national africain (ANC). A la fin du rassemblement fondateur, tous les délégués debout entonnent le Nkosi Sikelel'iAfrika (Que Dieu bénisse l'Afrique), qui deviendra en avril 1994 l'hymne national sud-africain.
En juin 1913, le Native Land Act est promulgué, qui n'accorde que 7,3 % du territoire de l'Union aux Noirs. Les hommes, eux, affluent autour de Johannesburg dans l'espoir de trouver un travail de misère dans les mines. Ils vont se heurter aux " petits Blancs ", mineurs et cheminots. Dorénavant, certains emplois seront réservés aux Blancs.

Namibie, Tanganyika, France

En 1914, Londres demande à l'Union de lever une armée contre la colonie allemande du Sud-Ouest africain (aujourd'hui Namibie). Un an plus tard, les troupes du Reich capitulent et l'Union s'adjoint le " protectorat " de la région. La Namibie actuelle a conservé le savoir-faire très germanique de la bière blonde et de la charcuterie. Décidément, les Sud-Africains sont sur tous les fronts puisqu'ils interviennent en 1916 au Tanganyika allemand et en France. En juillet, les soldats de l'Union s'illustrent dans les combats du bois de Delville : 700 morts sur 3 782 hommes. La brigade participe encore aux batailles de Vimy et d'Ypres en 1917, et d'Amiens en 1918. Bilan : 12 500 morts. Cette année-là, Nelson Mandela vient au monde.

De drôles de communistes

Le Parti communiste sud-africain (SACP) naît en 1921. On y trouve aussi bien des militants noirs antiracistes que des syndicalistes blancs favorables au maintien des privilèges. Le centre industriel du Rand connaît en 1922 une terrible révolte ouvrière. La Chambre des Mines venait de décider de mettre à pied 4 000 ouvriers blancs pour les remplacer par autant de Noirs acceptant des salaires dix fois inférieurs. En mars, 20 000 insurgés affrontent les forces de l'ordre, soutenus par les communistes en dépit des revendications racistes : 230 morts, 500 blessés. Aux élections de juin 1924, Smuts est dénoncé comme un allié des Noirs et Hertzog le nationaliste l'emporte, allié aux travaillistes. Il constitue avec eux un gouvernement de transition.

L’Afrikanerdom

L'afrikaans, seul héritage propre aux Boers, remplace alors le hollandais comme seconde langue officielle et l'Union se choisit un drapeau. Le révérend Daniel Malan fonde le Parti national purifié sur les bases de l'Afrikanerdom, l'idéologie afrikaner. Dans les années 1930, tout un peuple se donne une culture et se proclame les " élus de Dieu " !
Plusieurs organisations fascistes seront les fers de lance de la reconquête et tous les éléments sont réunis pour la mise en place de l'apartheid. En réaction, pour la première fois depuis la création de l'Union, tous les groupes noirs, indiens et métis se réunissent ensemble : c'est l'All-African Convention en 1935 à Bloemfontein, sur l'initiative de Pixley Seme, le président de l'ANC. Mais la ségrégation est en marche. En 1936, le Representation of Natives Act prive les Noirs de la province du Cap du droit de vote dont ils jouissaient depuis 1853. En 1939, l'Union sud-africaine, déclare la guerre à l'Allemagne mais le bruit des bottes hitlériennes parvient jusque-là, et de nombreux groupes fascistes voient le jour, comme les Chemises grises, sur le modèle des SA, l'Ossewa-Brandwag ou Die Nuwe Orde (l'Ordre nouveau). A la même époque, la Ligue de la jeunesse de l'ANC prône un activisme militant plus énergique que la ligue mère. Anton Lembede et Oliver Tambo en sont respectivement le président et le secrétaire.

Les premiers à Florence

L'Union sud-africaine va sacrifier plus de 12 000 hommes durant la Seconde Guerre mondiale. Les troupes s'illustrent dans les combats d'Ethiopie et d'Afrique du Nord, à El Alamein notamment. En avril 1944, des unités sud-africaines participent à la campagne d'Italie et seront les premières à entrer dans Florence. De nombreux marins participent au débarquement en Normandie sur des navires britanniques. Engagés dans les services auxiliaires, sans armes, les Noirs tombent souvent aux côtés des Blancs. Sur ordre du Quartier général, les corps noirs seront exhumés pour être enterrés dans des tombes séparées des Blancs.

L’apartheid

Le mot brûle aujourd'hui les lèvres. Le 26 mai 1948, le Parti national réuni remporte les élections générales et Malan devient Premier ministre. Dès 1949, le gouvernement interdit les mariages mixtes et condamne les relations sexuelles entre personnes de races différentes. Puis viennent les piliers idéologiques. Le Population Registration Act implique le rattachement de tous les Sud-Africains à l'une des trois " races " définies : blanche, métisse ou indigène. Les Noirs sont divisés en neuf ethnies, suivant leur langue. Par la suite, on distinguera à l'intérieur de la " race " métisse les métis du Cap, les Malais du Cap, les Griqua, les Chinois, les Indiens et autres Asiatiques. Dans cet univers kafkaïen, les fonctionnaires font le test très sophistiqué du crayon : s'il tient dans les cheveux, l'individu n'est pas de " race " blanche. Le Group Areas Act, la loi sur les regroupements de population, déplace des dizaines de milliers de personnes d'un endroit à un autre afin que les Blancs puissent prendre les meilleures terres comme dans le quartier de District Six au Cap.

Un « pass » pour les Noirs

Que faire des Noirs ? Le Bantustan Authorities Act prévoit la constitution de huit territoires sur lesquels les Noirs seraient placés sous l'autorité d'un chef traditionnel. Une retribalisation qui respecte l'identité africaine, selon les uns, ou qui est l'aboutissement du processus d'exclusion de l'apartheid, selon les autres. La présence des Noirs est limitée à une durée de 72 heures dans les villes blanches. Tous les Africains doivent porter sur eux leur Reference Book, leur " pass ", à la fois carte d'identité et permis de travail. Le Transkei, peuplé de Xhosa, obtient le premier un statut autonome, en 1963. Ce système devait éclater au début de 1994 à l'approche des élections libres. Aujourd'hui, seuls les Zoulou conservent des prérogatives particulières dans une partie du Natal.

Les jeunes à la tête de l’ANC

L'ANC est dirigé par le bon vieux Dr Xuma qui ne comprend pas son époque. Les " jeunes " vont prendre le pouvoir au Congrès le 17 décembre 1949 : la vieille présidence est mise en minorité. James Moroka, ancien président de l'All-African Convention, remplace le Dr Xuma ; Walter Sisulu devient secrétaire général et Nelson Mandela participe au comité de direction. Pari gagné. L'ANC change radicalement d'orientation et met en pratique boycott immédiat et actif, grève, désobéissance civile, refus de coopérer... Il devra aussi " préparer les plans d'un jour de grève nationale pour protester contre la politique réactionnaire du gouvernement ". En prenant ce tour décisif, les acteurs de la lutte visent directement le pouvoir. Au Parlement, les députés votent la loi sur l'interdiction du communisme, qui permettra pendant quarante ans d'envoyer en prison tous les opposants à l'apartheid sous ce prétexte.

La Charte de la liberté

Une date symbolique : le 26 juin 1952. Ce jour-là, les Afrikaners célèbrent le tricentenaire de l'arrivée de Jan Van Riebeeck au Cap. Le même jour, l'ANC lance une vaste campagne de désobéissance civile. Des milliers de Noirs pénètrent dans les lieux réservés aux Blancs. On compte 8 000 arrestations. Albert Luthuli prend la tête du Congrès, qui compte désormais plus de 100 000 membres. Nelson Mandela, devenu son adjoint, ouvre un cabinet d'avocats avec Oliver Tambo à Johannesburg. Le 25 juin 1955, près de 3 000 délégués se réunissent dans un terrain vague, près de Klipton, pour proclamer la Charte de la liberté. " Tous ensemble - Africains et Européens, Indiens et métis. Avec ou sans droit de vote. Privilégiés et sans droits. Les heureux et les sans-logis. Tout le peuple d'Afrique du Sud, des villes et des campagnes. Parlons ensemble de liberté. Et du bonheur qui peut naître si les hommes et les femmes vivent sur une terre libre. "
Réponse immédiate des autorités : 156 personnes sont inculpées de " haute trahison ". Les accusés, enfermés comme des bêtes dans une cage métallique, brandissent des pancartes : " Pas de cacahuètes ! " dans la prison de Constitution Hill à Johannesburg. En mars 1961, le juge Rumpff acquitte les derniers inculpés sans être parvenu à prouver le moindre lien avec le communisme. Entre-temps, Robert Sobukwe a créé le Congrès panafricain, la police a tiré sur une foule de manifestants faisant 69 morts à Sharpeville (21 mars 1960, désormais jour férié) et Hendrik Verwoerd, " le grand architecte de l'apartheid ", est devenu Premier ministre. Il sera le père de l'indépendance puisque, sur son impulsion, le 31 mai 1961, la République sud-africaine est proclamée.

Le bras de fer

Verwoerd déclare l'ANC illégale et Nelson Mandela fonde " Umkhonto we Sizwe " (Lance de la Nation) et entre dans la clandestinité. Des bombes explosent dans des bâtiments officiels à Durban, Johannesburg et Port Elizabeth sans faire de blessés, mais des dégâts matériels considérables. Début 1962, Nelson Mandela quitte clandestinement le pays pour une tournée internationale de sensibilisation. Tel un chef d'Etat, il traverse l'Afrique. Et tous - Nyerere au Tanganyika, Tubman à Lagos, Hailé Sélassié et Kenneth Kaunda à Addis-Abeba, Bourguiba à Tunis, Keita au Mali, Sékou Touré en Guinée, Senghor au Sénégal, Ahmed ben Bella et Boumediene en Algérie -, tous voient en lui un symbole.

En prison

Nelson Mandela, rentré en Afrique du Sud en juillet 1962, est allé rendre compte de sa tournée internationale à Luthuli, nouveau Prix Nobel de la paix. Le 5 août, il reprend la route de Johannesburg mais il a été trahi : la police l'attend. Il a 44 ans et ne se doute pas qu'il va passer 27 ans et 190 jours derrière les barreaux. Moins d'un an plus tard, une camionnette de blanchisserie s'immobilise devant la ferme de Lilliesleaf, à Rivonia près de Johannesburg. On y préparait l'opération " Mayibuye " visant à soulever le pays tout entier. Jouant sur l'effet de surprise, la police surgit et découvre dans la maison tout l'état-major de la branche armée de l'ANC. 
Le 9 octobre 1963 s'ouvre au palais de justice de Pretoria le désormais célèbre " procès de Rivonia ". Parmi les neuf accusés, Nelson Mandela, Walter Sisulu, Govan Mbeki et Ahmed Kathrada. Avant d'être condamné au silence, Mandela se lève et parle : " Je me suis toujours considéré en premier lieu comme un patriote africain. Au cours de ma vie, je me suis entièrement consacré à la lutte du peuple africain. J'ai lutté contre la domination blanche, et j'ai lutté contre la domination noire. Mon idéal le plus cher a été celui d'une société libre et démocratique dans laquelle tous vivraient en harmonie et avec des chances égales. J'espère vivre assez longtemps pour l'atteindre. Mais si cela est nécessaire, c'est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir. " Tous seront condamnés à l'emprisonnement à vie. L'ONU présente une résolution sanctionnant le régime de l'apartheid. La France s'abstient.

Steve Biko, martyr de la lutte anti-apartheid

Né en 1946 à King William's Town dans l'Eastern Cape et décédé en prison en 1977, Steve Biko était une grande figure du militantisme noir et de la lutte contre l'apartheid. Il est confronté très tôt à la politique car son frère est arrêté en 1963 pour militantisme anti-apartheid. Révolté par la condition des Noirs en Afrique du Sud, il en vient à rompre avec la diversité dans la contestation et, en 1968, se radicalise en militant pour un mouvement exclusivement noir et non ouvert aux étudiants blancs. Il fonde le Black Consciousness Movement. La pensée de Biko est ainsi influencée par celle d'autres grands leaders de l'émancipation des Noirs du Black Power outre-Atlantique. En 1973, il est arrêté pour " terrorisme " et son cas suscite des vocations chez les jeunes Noirs qui n'adhèrent pas à une politique d'intégration. Après le soulèvement des townships en 1976, il est banni et assigné à résidence mais brave les interdictions de séjour et est arrêté à nouveau en août 1977. Transféré à Pretoria le 11 septembre, il décède le jour suivant, officiellement d'une " grève de la faim ". Sa mort suscite de fortes réactions amplifiées par le prêche de Desmond Tutu et entraîne la condamnation du régime par la communauté internationale. La police finira par confesser le meurtre de Steve Biko lors d'un procès Vérité et Réconciliation, mais en 2003 la justice sud-africaine renonce à poursuivre les cinq policiers pour " manque de preuves et absence de témoins "...

Des Etats bantou

A la question : que faire des Noirs ? La réponse est : surtout pas des Sud-Africains. L'isolement international du pays ne fait que renforcer la cohésion de la communauté blanche qui poursuit la politique des Etats noirs indépendants avec la Bantu Homeland Constitution. Cette loi a pour but de faire évoluer de nouveaux bantoustans (réserves pour Noirs) dans certaines parties rurales du pays en région autonomes puis indépendantes. Pendant ce temps, Oliver Tambo tente de réactiver l'ANC depuis l'étranger. Mais un nouveau mouvement politico-culturel s'impose, inspiré du Black Power américain. Steve Biko, à la tête de l'organisation Black Consciousness, s'attache à redonner aux Africains une identité noire " dénaturée par l'intrusion des valeurs occidentales et écrasée par l'apartheid ". En tournant le dos au marxisme.

Sanglantes années 1970

Face au Cap, sur Robben Island, dont un seul prisonnier est parvenu à s'échapper au XVIIe siècle, Nelson Mandela travaille nu-pieds dans une carrière de pierre. A l'intérieur du pays, les townships s'embrasent. Le 16 juin 1976, 20 000 écoliers manifestent dans les rues de Soweto contre l'imposition de l'afrikaans comme langue d'enseignement. Les tirs de la police font officiellement 618 morts et 1 500 blessés. En fait, on parle de 1 000 morts. La plupart ont moins de 17 ans. Hector Peterson, 13 ans, tombe le premier et devient un martyr. 
Une vague de répression très brutale va s'abattre sur les contestataires : 13 553 personnes, dont 5 000 mineurs, sont condamnés à des peines de prison. Entre mars 1976 et novembre 1977, plus de 80 détenus meurent en prison, à la suite de tortures. Environ 14 000 Sud-Africains s'exilent. Steve Biko meurt un mois après son arrestation, les organisations de la Black Consciousness sont dissoutes.

S’adapter ou mourir

Succédant à Vorster, Pieter Botha veut faire du pays un géant régional incontournable, à l'image d'Israël, qui espère museler ses voisins en les rendant économiquement dépendants. Dans sa cellule, Nelson Mandela écoute de la musique classique, surtout le Messie de Haendel. Puis en 1982, le groupe de Rivonia est transféré sur la terre ferme, dans la prison de haute sécurité de Pollsmoor.
Dominé par la personnalité de l'évêque anglican Desmond Tutu, prix Nobel de la paix, l'UDF (United Democratic Front) organise des manifestations dans les ghettos noirs. En janvier 1985, Botha réitère sa proposition à Nelson Mandela : la liberté en échange de sa renonciation à la violence politique. " Seul un homme libre peut négocier ", répond-il. Pour le 25e anniversaire du massacre de Sharpeville, la police fait 19 morts. C'est la guerre ouverte entre les " comrades " de l'ANC et les militants de l'Inkatha de Buthelezi. L'état d'urgence est proclamé tandis que le Parti conservateur du Dr " No " se fait entendre à l'extrême droite. Devant le congrès du Parti national, Botha déclare le concept d'apartheid " périmé ", admet la pleine citoyenneté sud-africaine des Noirs, supprime le système des " pass ", met un terme aux emplois réservés et autorise les mariages mixtes. Le " Vieux Crocodile " ne change rien à la ségrégation résidentielle et aux groupes raciaux.

Botha sert le thé

En 1988, Mandela, tuberculeux, quitte Pollsmoor pour une maison avec piscine : la résidence du gardien chef de la prison Victor Verster de Paarl. Le détenu est encombrant. D'ailleurs le Weekly Mail titre : " Libérez P. W. Botha, le prisonnier de Mandela ! " Toujours le chaud et le froid. Le président rétablit l'état d'urgence : 30 000 personnes sont arrêtées. Mandela prend la plume pour s'adresser au chef de l'Etat : " La loi de la majorité et la paix intérieure sont comme les deux faces d'une même pièce ", écrit-il. Après avoir été reçu par Botha en juillet 1989, le prisonnier déclare : " Ce qui m'a le plus impressionné, c'est qu'il a servi le thé lui-même. " Malade et usé, Botha est victime d'une révolution de palais. De Klerk, réputé conservateur, le remplace à la tête du parti puis de l'Etat. C'est pourtant lui qui va fermer le livre de l'apartheid.

L’apartheid va mourir

F. W. de Klerk annonce son intention de préparer une nouvelle Constitution devant permettre la " cohabitation pacifique de toutes les populations d'Afrique du Sud ". Un dialogue va être noué officiellement avec les anciens " terroristes " de l'ANC. Nouvellement légalisés, l'ANC et le Parti communiste sortent de trente ans de clandestinité. Après plus de vingt-sept années de détention, Nelson Mandela est libéré en mondovision, le 11 février 1990. C'est un mythe vivant qui déclare à son arrivée au Cap : " Je chéris toujours l'idéal d'une société démocratique libre, où tous vivront ensemble, avec des chances égales. J'espère vivre pour réaliser cet idéal. Mais s'il le faut, je suis prêt à mourir pour lui. " Pratiquement mot pour mot, la dernière phrase prononcée lors de son procès en 1964 ! Deux jours plus tard, il arrive dans une flotte de six hélicoptères au stade de Soweto où l'attendent plus de 200 000 personnes en délire.
Sans perte de temps commencent les négociations relatives au retour des exilés et au sort des prisonniers politiques. Le 6 août, l'ANC suspend sa lutte armée ; une page est tournée. Mandela revient d'une longue tournée à l'étranger. A Paris, début juin, il a été accueilli par François Mitterrand sur le parvis des Droits de l'Homme au Trocadéro. En 1991, Frederik de Klerk tient ses promesses en supprimant toute la législation de l'apartheid. Le Parlement vote l'abolition du Native Land Act, la loi sur la terre qui concentre 75 % de la population - les Noirs - sur 13 % du territoire, du Group Areas Act sur l'habitat séparé, et du Population Registration Act, la loi de classification des " races ". Nelson Mandela est élu à la présidence... de l'ANC et, le 20 décembre, la quasi-totalité des acteurs du jeu politique sud-africain s'assoit autour de la table de la Convention pour une Afrique du Sud démocratique (Codesa).

Un coup de poker

Nous sommes en 1992. Frederik de Klerk, obsédé par la montée de l'extrême droite, veut prendre une dernière fois le pouls de la population blanche. Sous la forme d'un référendum : oui ou non aux réformes démocratiques. Un " Non " aurait mené à la guerre civile. Le " Oui " l'emporte avec 68,73 % des voix. Encore une fois, les Blancs d'Afrique ont eu l'instinct de survie. En juillet, les négociateurs fixent la date des premières élections multiraciales au 27 avril 1994. A la mi-octobre, Nelson Mandela et Frederik de Klerk, qui partagent déjà le prix Houphouët-Boigny de l'Unesco et la médaille de la liberté de Philadelphie, reçoivent conjointement le prix Nobel de la paix. Le 18 novembre, les principales formations politiques se mettent d'accord sur le texte de la Constitution intérimaire.

Un homme, une voix

En 1994 s'ouvre la campagne électorale, grand spectacle avec surenchère démagogique à la mode américaine. Le président sortant, F. de Klerk, se fait photographier ici en tenue traditionnelle swazi, ou là, à Soweto, entouré de Noirs souriants. Nelson Mandela visite la Bourse de Johannesburg, avant d'enfiler une chemise à motifs ethniques pour un meeting populaire. En mars à Mmabatho, le sang coule, certains Afrikaners rêvent d'un Etat blanc et Johannesburg tremble sous les bombes des fanatiques. Les élections du 27 avril rendent finalement leur verdict : 62,65 % des voix pour l'ANC, 20,39 % pour le Parti national et 10,54 % pour l'Inkata. 
Nelson Mandela est déclaré par le Parlement élu au poste de chef de l'Etat. Le 10 mai 1994, à l'Union Buildings de Pretoria, il termine son discours d'investiture par ces mots : " Let there be justice for all. Let there be peace for all. Let there be work, bread, water and salt for all. The sun shall never set on a so glorious a human achievement Let freedom reign. God bless Africa ! " (" Que la justice soit présente pour tous. Que la paix soit là pour tous. Que le travail, le pain, l'eau et le sel soient à la disposition de tous. Le soleil ne se couchera jamais sur une réussite humaine si glorieuse. Dieu bénisse l'Afrique ! ").

Les premiers pas

Mandela propose de composer un gouvernement d'Union nationale (GNU). Le Front du peuple afrikaner (AVF) du général Constand Viljoen décline l'invitation. En revanche, le Parti national de Frederik de Klerk et l'Inkatha de Mangosuthu Buthelezi acceptent les sièges qui leur sont offerts par l'ANC. C'est ensemble que les anciens ennemis mettront en oeuvre le RDP (Programme de reconstruction et de développement) qui doit conduire la nouvelle Afrique du Sud. La tâche est immense. Il faut satisfaire les attentes de la communauté noire en matière de logements, d'emplois, de santé et d'éducation, sans effaroucher les Blancs qui, inquiets pour leur avenir, pourraient provoquer une fuite des capitaux préjudiciable au fragile équilibre du pays.

« Vérité et réconciliation »

Oublier non, pardonner oui. Pour ce faire, les autorités ont créé la commission " Vérité et Réconciliation ". Son but : promouvoir l'ubuntu, concept africain qui privilégie le pardon plutôt que le châtiment. Le 9 avril 1996, cet organe présidé par l'archevêque Desmond Tutu a commencé les auditions des victimes d'atteintes aux droits de l'homme. Les coupables qui désirent être entendus déposent de leur côté des demandes d'amnistie. Pour espérer l'absolution, ces derniers doivent avoir agi pour des motifs politiques et dire l'entière vérité sur leurs actes. Ceux qui refusent la main tendue sont poursuivis par la justice. En décembre 1996, le colonel Eugène De Kock, ancien chef de la police sud-africaine, a écopé d'une peine de prison à perpétuité.

Entre passé et futur : la Commission « Vérité et Réconciliation »

" Chaque culture impose ses propres récits dominants, ses versions préférées de l'Histoire ; plus que dans d'autres sociétés, l'Afrique du Sud - l'Afrique du Sud " officielle " - a survécu à travers les silences qu'elle avait réussi à imposer aux individus et aux groupes qui la composaient : Noirs, Métis, femmes, homosexuels, pauvres, sans logis et bien d'autres. Elle devint, selon les termes d'Antjie Krog, une " tyrannie de silence ". Et sans pouvoir rompre cette tyrannie, a-t-elle dit, le passé resterait à jamais un pays étranger. Pour tout observateur, c'est certainement la composante la plus émouvante, et de nouveau la plus " humaine " du travail accompli par la Commission : permettre aux voix silencieuses et aux voix rendues silencieuses du passé de s'exprimer, de parler librement, d'elles-mêmes, sortant du coeur et des tripes. " Extrait, par André Brink, écrivain sud-africain.

Mandela, Mbeki

" Je veux m'évanouir dans l'obscurité ", a-t-il lancé en quittant le pouvoir. On regrette le célèbre " Madiba Jive ", ses chemises colorées fabriquées à Abidjan par Pathé O', cette touche de génie et de provocation qu'il mettait dans les réunions internationales. Au bras de sa troisième épouse Graça Machel, il passera ses dernières années. Cette femme politique exceptionnelle fut une grande résistante pendant la guerre d'indépendance du Mozambique. Elle figure dans le Guiness des records pour avoir été la première première dame de deux présidents ! Avant de rencontrer Madiba, elle se maria au leader de la rébellion mozambicaine qui devint président du pays à sa libération : Samora Machel. Il est mort tragiquement dans un accident d'avion. Pendant ce temps, sur le front politique, Thabo Mbeki émerge, le dauphin, le technicien formé à l'université anglaise, l'exilé enfin revenu au pays, le fils de Govan, l'ex-communiste contrairement à son père qui n'a jamais rien renié... Il a juré devant la Constitution " d'être fidèle à la République ". Sa tâche est immense car le pays se développe encore à plusieurs vitesses, presque sur plusieurs siècles. Flanqué de Phumzile Mlambo-Ngcuka, une femme énergique à la vice-présidence, Mbeki le Xhosa est appelé à réaliser pleinement la libération entamée par la génération Mandela, fort des 70 % des suffrages obtenus par l'ANC. Réélu en 2004, il parvient à conjuguer sa prestation de serment et l'anniversaire des dix ans de la démocratie. En 2005 et 2006, l'opinion nationale et internationale suit avec passion le feuilleton politico-économique de l'affaire Zuma. Renvoyé par Mbeki en juin 2005, le vice-président est jugé pour corruption et trafic d'influence. L'alliance tripartite au pouvoir (ANC-syndicat Cosatu-Parti communiste) se déchire.

Le déclin de Mbeki, l’ascension de Zuma

Si Mbeki a su relever les défis d'une économie en plein développement et gagner la confiance des investisseurs, le bilan de sa politique intérieure n'est pas satisfaisant pour les couches populaires. On lui reproche la dégradation de l'état des routes, des hôpitaux publics et des écoles publiques ainsi que l'inefficacité de l'administration, par manque de personnel, de motivation ou de moyens. Alors que Zuma est tombé pour corruption, il couvre le chef de la police Jackie Selebi, pourtant inculpé pour le même motif, et démet de ses fonctions la ministre de la Santé, Nosizwe Madlala Routlege, parce qu'elle a dénoncé le mauvais fonctionnement du système en place. Le directeur général de la Police démissionne finalement en 2008 et quitte la direction d'Interpol. Mbeki choquera également sur le chapitre du Sida, en déclarant ne connaître aucun malade dans son entourage et en remettant en cause le lien entre VIH et Sida et l'efficacité des médicaments au moyen du montage d'une commission de scientifiques douteux, alors que le pays connaît 800 décès par jour. Enfin, les multiples faux pas de Mbeki vont l'obliger à présenter sa démission. Alors qu'il est nommé médiateur au Zimbabwe, Mbeki déclare qu'il n'y a pas de crise, le pays est pourtant au bord de la rupture. L'ANC prend partie en faveur de Tsvangirai, tout comme l'ONU. Zuma affirme ensuite que Robert Mugabe a " perdu la tête ", ce qui lui fait gagner des points dans l'opinion. En 2008, une vague de violences xénophobes frappe les townships dans les grandes villes du pays : 50 morts et plus de 100 000 réfugiés. Un bilan qui ne suffit pas à Mbeki pour rentrer d'urgence dans son pays, alors qu'il est en balade au Japon. Le Sunday Independent et le Sunday Times commencent déjà en à en appeler à sa démission. 
Mis en cause indirectement pour des " interférences " politiques par le juge qui avait prononcé un non-lieu dans des affaires de corruption concernant Jacob Zuma, Thabo Mbeki annonce sa démission le 21 septembre 2008, après avoir été désavoué par son parti. L'ANC nomme alors le vice-président du parti, Kgalema Motlanthe, comme président intérimaire jusqu'aux élections. Parallèlement, Thabo Mbeki reprend l'offensive judiciaire contre Jacob Zuma ; il se joint à l'appel du procureur général devant la Cour constitutionnelle contestant le jugement qui avait mis fin au procès pour corruption engagé contre son rival. Après une nouvelle et large victoire de l'ANC aux élections générales en avril 2009, Zuma est élu Président de la République avec 65,9 % des suffrages pour une durée de cinq ans.

Le cas Zuma

L'histoire du président de l'Afrique du Sud, Jacob Zuma, intimement liée à celle de la lutte contre l'apartheid, explique la complexité du phénomène, il est soutenu par les uns et décrié par les autres. Combattant de l'ANC depuis sa création, autodidacte, cet homme de terrain a été un résistant. A 17 ans, il s'encarte à l'ANC, puis, à 20 ans, il rejoint sa branche armée Umkhonto we Sizwe. Militant de la première heure, il est arrêté en 1963 et est condamné à dix ans de prison à Robben Island. Un bagne où il faut s'improviser cantonnier, subir l'humiliation, manger de la soupe claire, mais qui est aussi la meilleure école politique : à 30 ans, Jacob Zuma quitte le bagne en sachant lire et écrire.
Harcelé par l'armée de l'apartheid, le combattant s'installe clandestinement au Mozambique d'où il organise le soutien aux exilés des émeutes de 1976. Soweto en feu sous les tirs à bout portant, la communauté internationale commence à se réveiller, les fonds de soutien à la résistance affluent. Pendant des années, il est le chef d'orchestre des livraisons d'armes et des infiltrations délicates mais la guerre massive n'aura pas lieu. En 1991, Jacob Zuma, désormais vice-secrétaire général de l'ANC, met ses talents de logisticien au service du programme de rapatriement des combattants. Homme de terrain, le voilà encore de townships en villages zoulou, pour tenter de mettre un terme à la guerre civile naissante entre les partisans de l'Inkatha et l'ANC. Un succès à tout égard : le massacre s'arrête. Puis la Zuma Connexion se forme. L'homme d'affaires Schabir Shaik, patron du tentaculaire groupe Nkobi, devient le " conseiller financier " du politique aux poches percées, constituant le modèle même du couple infernal corrupteur-corrompu. Le 14 juin 2005, le président Mbeki relève Zuma de ses fonctions de Premier ministre. Six jours plus tard, le procureur général annonce son inculpation pour corruption. Celui-ci rejette toutes les accusations et fait monter au front ses partisans de la centrale syndicale Cosatu, du Parti communiste et de la Ligue de la jeunesse de l'ANC ; des tee-shirts à l'effigie de Thabo Mbeki sont brûlés en place publique. En 2005 toujours, Zuma est accusé de viol. Peu de temps après, il sera innocenté, mais personne n'oubliera la défense irresponsable du Président, qui a pris une " douche " après une relation sexuelle pour se protéger du Sida, dans un pays où le virus crée une vraie pandémie, le scandale est grand. En 2007, le comité exécutif de l'ANC confirme que Zuma, bien qu'il soit inculpé pour corruption, mènera la campagne du parti lors des élections générales de 2009 et qu'il sera le candidat du Congrès national africain pour la présidence du pays. Il est alors l'homme politique le plus populaire du pays. En avril 2009, Zuma est élu président de la République et confirme sa place de leader lors des élections de la présidence de l'ANC en décembre 2012, malgré les scandales de corruptions et de moeurs qui entachent sa réputation. Fin 2013, sa popularité continue à chuter après la révélation de l'utilisation de fonds publics pour rénover sa résidence privée. Le 10 décembre 2013, lors de l'enterrement de Nelson Mandela, Zuma est sifflé par une grande partie du public du stade où ont lieu les funérailles. Néanmoins il est réélu président pour un deuxième mandat le 21 mai 2014. Fin 2017 il quitte la présidence de l'ANC puis la présidence de la République en février 2018 suite à son impopularité et à la menace de destitution de son parti. Un mois plus tard, le parquet ouvre une procédure à son encontre pour " corruption ", dans une vieille affaire de vente d'armes qui remonte aux années 1990. 
Dans sa vie privée qui ne l'est plus, Zuma est aussi connu pour être un polygame assumé, au grand dam de l'Eglise blanche conservatrice qui voit d'un très mauvais oeil le mélange de pratiques tribales et constitutionnelles. Il a épousé en 2010 sa troisième femme Thobeka Mabhija selon les traditions zoulou, l'ethnie dont il est issu. Près de 2 000 invités ont assisté aux festivités dans le village de Nkandla, dans le Kwazulu-Natal, dont les deux premières femmes du président Sizakele Khumalo, qu'il a épousées en 1973, et Nompumelo Ntuli qui a dit " oui " en 2008. A 70 ans, Zuma a encore quelques années devant lui pour officialiser ses " compagnes ". Gloria Bongi Ngema qui a déjà un fils avec le président est devenue ainsi sa 4e épouse officielle en avril 2012. Jacob Zuma s'est en fait marié six fois et non quatre, mais l'une de ses femmes s'est suicidée (Kate Mantsho, qu'il a épousée en 1976) et Nkosazana Dlamini-Zuma, ancienne ministre des Affaires étrangères de Thabo Mbeki, a demandé le divorce en 1998. Zuma a également une vingtaine d'enfants. En 2018, nouveau scandale autour de l'homme politique : Nonkanyiso Conco qui devrait devenir sa 7e épouse a été contrainte de démissionner de son poste au sein de l'ONG She Conquers. En effet, cette dernière a donné naissance au présumé enfant de Jacob Zuma, de 52 ans son aîné. Cet événement a déclenché un vif débat dans le pays à propos des relations entre jeunes et seniors.

La Coupe du Monde, entre bénéfices et gaspillage

La première Coupe du monde de foot en Afrique était forcément historique, par son symbolisme, mais aussi par les espoirs de croissance et de dynamisme qu'elle devait impulser. Si depuis la France on a surtout entendu le son de la débâcle française et les bourdonnements des vuvuzelas dans les stades, les Bafana Bafana de l'équipe nationale ont galvanisé et uni les Sud-Africains pendant les matchs (surtout lorsqu'ils ont battu la France), et la manifestation a été l'occasion de faire la fête sans barrière de couleur ou de milieu social. Côté retombées économiques en revanche, c'est la gueule de bois. Soit, la construction massive de routes, de stades et de transports en commun à partir de 2008 dans tout le pays, a boosté l'emploi et la croissance alors que l'économie mondiale connaissait une grave crise durable engendrée par celle des subprimes aux Etats-Unis. Mais au final, les pertes s'élèvent à 2,1 milliards d'euros pour le pays, qui a pourtant rempli son contrat en livrant à temps tous ses gros chantiers. De plus, l'Afrique du Sud a dépensé sans compter dans des stades surdimensionnés dont l'entretien engendre des dépenses aujourd'hui (le stade de Cap Town et le FNB Stadium de Johannesbourg coûtent à eux seuls plus de 4 millions d'euros par an juste pour l'entretien), alors que dans le pays 12 millions de personnes ont besoin d'un logement.

Élections présidentielles sur fond de vives tensions

Depuis que Nelson Mandela nous a quittés le 5 décembre 2013, plongeant le pays dans un deuil national historique, la page de la révolution anti-apartheid a été tournée. Cependant, de grandes tensions sont toujours présentes dans le pays. On se souvient du " massacre " des 44 mineurs de Marikana en août 2012, un scandale de répression violente de la contestation sociale qui aujourd'hui encore cristallise les ressentiments de la population envers le gouvernement. A l'heure des comptes, la corruption qui gangrène l'Etat, la crise économique qui touche les pays émergeant des BRICS et spécialement l'Afrique du Sud, les inégalités sociales de plus en plus vives entre les riches et les pauvres créent une situation explosive. En décembre 2012, Zuma, est réélu à la tête de l'ANC face à Kgalema Motlanthe. Comme à chaque élection les plus pauvres se manifestent pour réclamer des infrastructures publiques, l'eau et l'électricité courante et des logements... Les tensions sont très vives. En novembre 2013, deux ouvriers agricoles ont été tués lors d'une manifestation, ces derniers dans toute la région du Cap, réclament le doublement de leur misérable salaire de 150 rands (15 euros). Ils affrontent la police, des vignobles sont incendiés, des magasins pillés, le tout sur fond de licenciement des grévistes et d'absence de dialogue social. En janvier 2014, dans le township de Mothotlung en bordure du bassin minier de Rustenburg, des policiers (pour certains ayant participé au massacre de Marikana) tuent 4 personnes pendant une manifestation pour réclamer l'eau courante. La protestation gagne la capitale en février, les townships de Bekkersdal et Sebokeng à Johannesbourg et Brondhortspruit à Pretoria manifestent, certains mouvements dégénérant en émeute, une personne a été tuée. Cela n'a pas empêché Jacob Zuma d'être réélu président de la République le 21 mai 2014, au grand désarroi d'une très grande partie de la population. Malgré sa condamnation par la Cour constitutionnelle le 31 mars 2016 pour utilisation de 15 millions d'euros de fonds publics pour rénover sa résidence privée, et malgré une immense pression de l'opinion publique, Zuma s'excuse mais refuse catégoriquement de démissionner. Sous la pression de son parti qui le menace de destitution, Zuma quitte la présidence de l'ANC fin 2017 et finit finalement par démissionner le 14 février 2018. Il est immédiatement remplacé par Cyril Ramaphosa, élu Président de la République par le Parlement le 15 février 2018.

Le massacre de Marikana

Le 16 août 2012 : 34 mineurs en grève sont tués par la police qui ouvre le feu sans sommation sur la foule pendant une manifestation pour la hausse des salaires dans une mine de platine à Marikana, près du Rustenburg dans le nord du pays. C'est la stupeur, ces exactions indignent l'opinion publique et la communauté internationale et réveillent les souvenirs enconre douloureux des temps les plus sombres de l'apartheid (beaucoup comparent l'événement au massacre de Sharpeville de 1960). Pire : les 80 blessés et les 270 mineurs arrêtés pendant la manifestation sont poursuivis pour meurtre par la justice sud-africaine, alors que ce sont eux qui ont été visés par les tirs, et que des journalistes et des témoins affirment qu'une partie des victimes avaient été pourchassées par la police après la fusillade, et abattues ou achevées par des balles tirées dans le dos ou à bout portant. Un groupe de femmes de mineurs manifeste et chante des chants de lutte contre l'apartheid et dément les déclarations de la police qui affirme que les mineurs ont tiré en premier. Près de 30 000 employés font grève malgré la menace explicite de licenciement La tension est à son comble dans toutes les mines du pays pendant plusieurs mois, jusqu'à ce que les 300 à 400 mineurs emprisonnés pour "meurtres" - un comble pour des victimes qui se sont fait tirées dessus - soient finalement relâchés mais tout de même poursuivis pour "violence publique et rassemblement interdit". La justice sudafricaine est trop bonne... Les syndicats et le patronat trouvent finalement un accord sans doute aussi devant la chute l'action en Bourse de la société propriétaire Lonmin et des fluctuations du cours du platine impacté par cette crise. Bilan : un an plus tard en septembre 2013, la Commission d'enquête révèlera que la police a menti, mais son chef, Riah Phiyega répliquera que ses troupes ont été bousculées par des hommes armés de machettes, et qu'il s'agit d'un cas de légitime défense. Aucun agent n'a fait l'objet de poursuites depuis.

Qui est Cyril Ramaphosa, le nouveau président de l'Afrique du Sud ?

Tout est à faire pour le nouveau Président qui prend la charge d'un pays secoué par les dernières affaires de corruption et de harcèlement de son ancien dirigeant, Jacob Zuma. Ancien syndicaliste devenu millionnaire, ancien vice-Président, Cyril Ramaphosa a pris la présidence de l'ANC en décembre 2017 et de la République en février 2018. Homme de 65 ans, héros de la lutte contre l'apartheid, il incarne l'espoir et les Sud-Africains espèrent entrer dans une nouvelle ère. C'est à Johannesburg que Matamela Cyril Ramaphosa voit le jour en 1952. Son père est policier, sa mère est mère au foyer. Quelques années plus tard, le quartier pauvre dans lequel ils vivent est rasé par le gouvernement et la famille est relogée à Soweto. Il étudie ensuite le droit et est très engagé, dès les premières heures, dans la lutte contre l'apartheid. Il devient avocat et sera plusieurs fois emprisonné pour terrorisme. C'est également un socialiste convaincu qui participe à la fondation du Syndicat national des Mineurs (NUM) qui deviendra la plus grande centrale syndicale du pays avec plus de 300 000 membres. C'est lui qui permettra la libération de Nelson Mandela en février 1990 ; à l'époque il est déjà un personnage clé de la transition démocratique, il préside l'Assemblée constituante et dirige la rédaction de la nouvelle Constitution. Nelson Mandela en fait son dauphin. En 1997, lorsque l'ANC préfère Thabo Mbeki pour la présidence du parti, il quitte la vie politique et se dirige vers le monde des affaires où il devient l'un des premiers à bénéficier de la politique de discrimination positive. Ses bons choix d'investissements dans les mines, dans l'immobilier et dans des chaînes comme McDonald's et Coca-Cola lui feront gagner des millions. Cyril Ramaphosa incarne la nouvelle élite noire. En 2012, il signe son retour en politique en accédant directement au poste de vice-président de l'ANC. A l'époque, Jacob Zuma l'appelle à ses côtés pour redorer son blason, alors que les premières affaires de corruption commencent à émerger. Miraculeusement, cet homme discret n'est pas éclaboussé par les histoires de Zuma et accède à la présidence de l'Afrique du Sud. Une nouvelle page est à écrire...

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