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Art précolombien

Le Mexique attire les foules pour ses vestiges hérités des civilisations précolombiennes. Les sculptures et fresques mayas et aztèques, confectionnées à partir de pigments naturels (insectes, obsidiennes, plantes et résines) évoquent des civilisations qui restent auréolées de mystère. Le début de la reconnaissance de l’art préhispanique est marqué par la découverte des têtes colossales olmèques datant d’au moins 900 av. J.-C. Du côté des aztèques, la Pierre du Soleil, datée à 1479 et creusée dans un bloc de lave renvoie à de précieuses références de leur cosmogonie. Découverte par hasard en 1790, on peut maintenant l’admirer au Musée national d’anthropologie en plus d’une myriade d’autres tableaux et statues antiques. Et bien que les musées soient des lieux idéals pour contempler ces artefacts, il s’avère toutefois possible de rencontrer des œuvres précolombiennes dans des sites préhispaniques tels que Teotihuacán, Bonampak, Uxmal ou Cacaxtla, pour n’en nommer que quelques-uns. Les scènes représentées glorifient souvent les dieux et les sacrifices humains qui leur sont dédiés, ainsi que des figures anthropomorphes. Cette première période de l’art pictural mexicain est suivie par l’influence artistique apportée par les Espagnols.

Art colonial

L’arrivée des Européens dans le pays marque une évolution significative des codes de l’esthétisme du Nouveau Monde. L’art baroque ne tarde pas à se développer partout dans le territoire. Des églises et monastères s’érigent en un temps record, et leurs façades, murs et parois se tapissent de scènes bibliques. De nouvelles techniques de peinture, de gravure, de coloration et de construction sont introduites et les talentueux artistes métis, maintenant chrétiens, se spécialisent dans les beaux-arts inspirés de la Renaissance italienne. Les représentations picturales restent avant tout un art au service de la religion. A cette époque, Juan Correa (1646–1716) et le peintre zapotèque Miguel Cabrera (1695-1768) sont considérés comme les artistes les plus influents de la Nouvelle Espagne. Les plus beaux exemples de monuments de cette période sont probablement la cathédrale de Zacatecas à Mexico, le Templo Santo Domingo à Oaxaca et l’église du même nom à Puebla. C’est finalement à l’aube de la révolution mexicaine que les traditions catholiques commencent à perdre en influence.

Révolution picturale

La troisième période de l’histoire de la peinture mexicaine suit la révolution de 1910. La peinture de chevalet est délaissée au profit de l’œuvre murale. Ce phénomène pictural est soutenu par le gouvernement qui finance de jeunes artistes pour décorer les murs et façades des édifices publics. Trois peintres muralistes se démarquent : Diego Rivera, David Alfaro Siqueiros et José Clemente Orozco.

L’emblématique Diego Rivera (1886-1957) se forme aux Beaux-Arts de Mexico puis de Madrid. De 1913 à 1918, Rivera s’inspire du cubisme dans ses peintures de format classique mais il rompt bien vite avec ce courant pour revenir à la figuration. En 1920, il découvre en Italie un art de la fresque qui bouleverse sa conception de la démarche picturale. De retour au Mexique, il produit d’immenses peintures murales en employant des pigments traditionnels en cours à l'époque préhispanique. Il exécute sa première fresque, La Création, en 1922, pour la Escuela Nacional Preparatoria (Antiguo Colegio de San Ildefonso). Peintre prolixe, Rivera répond à des commandes officielles. Avec José Clemente Orozco, David Alfaro Siqueiros et Rufino Tamayo, il compose sur de vastes murs des œuvres aux couleurs vives et au style simplifié. Ce marxiste convaincu entend montrer au peuple l’étendue des maux qui rongent le Mexique. Par leur engagement social et politique, les muralistes participent à la construction d’une nouvelle identité mexicaine.

José David Alfaro Siqueiros (1896-1974) s’engage activement dans la révolution mexicaine et met son œuvre au service de ses engagements politiques. Contrairement aux autres artistes de sa génération, il reste optimiste quant à l’évolution du Mexique.
Moins engagé que ces derniers, José Clemente Orozco (1883-1949) s’attache à retranscrire la condition universelle de l’homme, sans distinction de frontières. Pour Orozco, il s’agit de montrer au monde les souffrances engendrées par la guerre et toutes formes de violence. Dans ses œuvres sombres, il utilise des métaphores pour s’indigner contre la guerre, la corruption, l’injustice.

Autour des muralistes

Rufino Tamayo (1899-1991) appartient à la seconde génération des muralistes mexicains. C’est lors d’un séjour à New York qu’il découvre la peinture moderne et décide d’enseigner ce nouveau courant à Mexico. Dans son œuvre, le message politique s’efface au profit des formes abstraites et décoratives. Sa peinture souligne la difficulté des Mexicains à définir leur identité.
Le destin de Frida Kahlo (1907-1954) est intimement lié à Diego Rivera. Femme libre et moderne, elle n’a que 18 ans quand elle fait la connaissance de son futur mari, Diego, de vingt-deux ans son aîné, qui l’encourage sur la voie artistique. Dès lors, ils unissent leur engagement pictural et politique autour de leur attachement au Mexique. Ils se marient en 1929. André Breton décrira l’art de Frida Kahlo « comme un ruban autour d’une bombe. » Malgré les tentatives du pape du surréalisme, Frida refuse catégoriquement d’être assimilée à son groupe. Célèbre pour ses autoportraits, Kahlo est une artiste au style reconnaissable, à l’image de sa personnalité métissée et complexe. La Casa Azul (la Maison bleue), ou musée Frida Kahlo, située dans le centre de Coyoacán, est la maison natale de la peintre.
L’amie du couple et photographe américaine Lucienne Bloch a souvent immortalisé les deux artistes, ensemble ou séparément. Parmi tous ceux qui ont fait le portrait de Frida Kahlo, Bloch a su capturer son humour et la solitude de ses souffrances.

Tradition photographique

Très tôt, la population mexicaine urbaine et rurale s’enthousiasme pour la photographie. C’est le cas d’Hugo Brehme (1882-1954) qui documente avec son daguerréotype, les traditions et la vie quotidienne des Mexicains en s’immisçant dans leur intimité. On lui doit notamment d’importants portraits d’Emiliano Zapata, principal acteur de la révolution. C’est ce dernier qui incite Manuel Álvarez Bravo (1902-2002) à se lancer dans la photographie. Autodidacte, il invente un genre qui combine le récit documentaire et imaginaire pour refléter l’identité collective. On pense aussi à la photographe et militante Tina Modotti, dont l’œuvre est saluée par les surréalistes français. Ses images poétiques représentent les coutumes des femmes mexicaines au début du XXe siècle et mettent en valeur la lutte pour le changement social. Dans sa lignée, Pedro Meyer (1935), pionnier de la photographie contemporaine, qui crée en 1994 le portail ZoneZero, le premier site Web dédié à la photo. Dans la liste des chasseurs d’images influents s’ajoute également le photojournaliste Pedro Valtierra (1955) qui a été témoin des guerres civiles d’Amérique centrale des années 1970-80 et des vagues migratoires qui se sont dirigées vers le Chiapas. Cette expérience le poussera à s’intéresser de près à la situation des minorités ethniques. Enfin, il y a les célèbres clichés du brillant New-Yorkais Spencer Tunick où plus de 18 000 personnes se dénudent en plein centre du Zócalo de Mexico : le purisme (ou la pudeur ?) à son paroxysme. En un mot, le 8e art mexicain semble bien plus engagé que glamour, puisqu’il expose les grands enjeux collectifs de notre histoire contemporaine. 

L’art des rues

Le muralisme s’est doucement imposé comme un art populaire. Dans les années 1950, la « Generación de la Ruptura » rejette les valeurs du muralisme pour se tourner vers de nouvelles thématiques, plus cosmopolites. Leur objectif est d’élargir la liberté créatrice et d’accéder à une universalité picturale en créant des ponts avec leurs homologues européens. Bien entendu, l’art urbain s’inscrit dans le prolongement direct des premiers muralistes mexicains. Enraciné dans la culture populaire, il est tout sauf un phénomène de mode. Dans toutes les villes du Mexique, il continue de se mettre au service de la réalité quotidienne. Le street art connaît une explosion à Mexico entre 2010 et 2012.  Il est désormais porté par les néo-muralistes menés par Saner, Cix ou Spaik, artistes de renommée internationale. Leurs fresques puisent dans les couleurs et les motifs des textiles, dans l’artisanat et les légendes locales. Désormais, les quartiers de Roma Norte et Condesa concentrent les pépites de l’art urbain. On peut apprécier des collages de Groenewold, des fresques de Simtheone et du très acclamé Jorge Tellaeche. Ses paysages oniriques élaborés dans des tons pastel autour de visages sombres sont d’une grande sensibilité. L’artiste s’investit dans des associations caritatives, en parallèle de commandes qu’il réalise pour de grandes enseignes. Dans les rues de la ville, les hommages aux femmes se succèdent sous toutes les formes possibles. Des messages laissés par Cristina Maya, originaire de Mexico, ou de Cuatrosiete, calligraphe de premier ordre, conjuguent mots et images.

De nombreuses œuvres murales sont issues de concours officiels. Pour cette occasion, la municipalité alloue un espace aux artistes mexicains avec pour mission l’éveil des consciences sur des thèmes essentiels, notamment l’environnement et les peuples autochtones. Parmi les centaines de fresques ainsi réalisées, la plupart sont soutenues par des sponsors, ce qui explique la présence de logo de marques à l'intérieur de celles-ci.

Art contemporain

Portée par des artistes phares de l’art contemporain comme Gabriel Orozco et Francis Alÿs, la génération d’artistes nés dans les années 1960 a secoué la scène artistique mexicaine. Le pays se distingue par ses nombreux collectifs d'artistes très actifs sur les scènes nationales et internationales. Leurs préoccupations et axes de travail peuvent être intimement liés à la situation d'urgence que vivent certaines régions du pays, mais ils développent aussi des thèmes plus généraux. Enfin, on assiste depuis quelques années à un renouveau de la grafica (gravure, lithographie, xylographie) dans de nombreux ateliers qui prolongent l'héritage de la grafica popular des années 1930 et 1940, mais cette fois pour créer des œuvres plus détachées de la lutte sociale qui prévalait l'époque. Au niveau de la scène locale, Mexico et Monterrey restent les places fortes du marché national, mais les villes frontières du nord (Tijuana, Ciudad Juárez) ainsi qu'Oaxaca sont de plus en en plus actives depuis les années 2000.
A la fin des années 1980, Orozco monte le Taller de los viernes ou Atelier du vendredi qui participe à la formation d’artistes innovants. Parmi eux, Damián Ortega ou Abraham Cruzvillegas qui a récemment exposé au Carré d’Art de Nîmes. Par la suite, des artistes boudés par les institutions entreprennent de monter des espaces indépendants. Le premier, fermé depuis, fut la Panadería, de Yoshua Okón et Miguel Calderón.
La génération suivante regroupe Minerva Cuevas, Tania Pérez Córdova, Mario García Torres, ou encore Martin Soto Climent, tous présents sur la scène internationale. Peu à peu, le marché de l’art contemporain évolue et voit émerger des collectionneurs mexicains.
Parmi les galeries d’art qui donnent le ton, Kurimanzutto voit le jour à Mexico en 1999 sous l’impulsion d’Orozco. Tenue par le couple José Kuri et Mónica Manzutto, elle a commencé par représenter les artistes du Taller de los viernes. Un mélange d’artistes reconnus et de dynamisme typiquement local.
Outre les galeries, les foires, les musées privés et les lieux alternatifs se multiplient de nos jours. Le Jumex, la foire Zona Maco qui réunit la crème des galeries, Proyectos Monclova ou encore Labor. La jeune Parque Galería a été montée par deux trentenaires désireux de faire entendre les artistes qui n’avaient pas voix au chapitre : leur artiste vedette Yoshua Okónmais mais aussi Allen Ruppersberg ou Didier Faustino. Le collectif Bikini Wax symbolise la formidable énergie qui fait de Mexico un épicentre des arts visuels. Depuis 2013, l’espace dirigé par Cristóbal Gracia invite des artistes de partout à investir les lieux. L'objectif ? Montrer l’art autrement. Car au Mexique, tous les styles s’épanouissent !

Art populaire

La richesse de l’art indigène mérite qu’on s’y attarde un instant. En effet, pour ceux et celles qui n’auraient jamais eu la chance de tomber sur des tableaux ou des sculptures de l’art Huichol, nous vous prions de bien vouloir considérer de faire la visite du Museo de Arte Huichol Wixárika à Guadalajara et du Museo de Arte Popular à Mexico. Pour ramener des œuvres à la maison, nous recommandons le Mercado de Artesanías ou encore la galerie Yawí de la capitale. Chose certaine, c’est qu’il n’y a rien comme la composition multicolore et symbolique de ces tableaux et sculptures psychédéliques. On pense par exemple au travail de la peintre et brodeuse Emeteria Ríos Martínez (1952-1994) qui évoque parfaitement la vision fantastique et mystique de cet art complexe. L’art Huichol (ou Wixárikas) provient des États de Jalisco, Zacatecas, Nayarit et Durango. Selon les anthropologues, chaque œuvre évoquerait des rites et symboles chamaniques et permettrait d’entrer en contact avec les dieux et le monde surnaturel. C’est pourquoi partout dans le pays, on retrouve leurs peintures au fil, leurs sculptures brodées de perles et leurs fameux alebrijes, petites figurines représentant des bêtes imaginaires (ces dernières viennent cependant d’Oaxaca).