Guide du Chili : Mode de vie

Vie sociale
Education

Le taux d'alphabétisation est très élevé au Chili (96 %). Cela est dû à un système éducatif plutôt efficace... du moins, surtout, à l'école primaire. En effet, il s'avère ensuite (au collège mais surtout à l'université) particulièrement injuste et critiqué, comme en témoignent les manifestations estudiantines de 2006 et surtout de l'été 2011, appelant à une " éducation gratuite pour tous ".

Le castillan (espagnol) est la langue d'enseignement. Quelques écoles privées peuvent enseigner dans une langue étrangère, notamment l'anglais et l'allemand et le francais. La notation chilienne s'étale de 1 à 7. L'année scolaire s'étale de début mars à fin décembre, à l'école primaire et secondaire comme en université.

L'éducation pré-scolaire, de 2 à 6 ans (Kinder), n'est pas obligatoire.

L'éducation primaire (Enseñanza Básica) dure huit ans, jusqu'à l'âge de 14 ans environ : elle est obligatoire.

L'école secondaire (Enseñanza media) dure quatre ans, de 15 à 18 ans, et se termine par l'obtention de la Licencia de educación media. Depuis la réforme de Lagos en 2003, cette scolarité est maintenant obligatoire (soit un total de 12 ans de scolarité obligatoire au Chili).

Ensuite, si l'on souhaite poursuivre vers l'université, il faut passer un examen, la Prueba de selección a las universidades (PSU), reconnu en France. L'enseignement privé est assez courant au Chili et se partage les élèves avec le secteur public. En fonction de leur résultat à la PSU, les étudiants peuvent s'inscrire dans les universités, dans les instituts professionnels ou dans les centres de formation technique. On peut choisir la filière de son choix.

Le système éducatif chilien est en crise. La différence entre enseignement public et enseignement privé en termes de coût des études et de qualité d'enseignement (reconnaissance par le monde professionnel) est très grande. Le coût à supporter pour un cursus universitaire dans les meilleures universités privées est l'équivalent des études les plus chères en France. Même dans des universités pas si reconnues, les familles doivent souvent s'endetter pour que leurs enfants puissent étudier. Cela se fait au détriment des familles les plus pauvres et contribue donc à la reproduction des inégalités sociales.

Caractère et identité

Pour la majorité des étrangers, le Chilien semblera hospitalier, calme et réservé ; mais il peut s'avérer très festif lors des asados (barbecues) ou carretes (fêtes), si nombreux ici. L'influence germanique, au sud notamment, se fait clairement sentir, tout comme la présence mapuche. Au nord, si les côtes hébergent une population largement " chilenisée ", la farouche cordillère abrite des peuples indigènes que l'on retrouve, notamment, au nord-ouest de l'Argentine, en Bolivie, ou au Pérou.

De fait, la situation géographique du pays coincé entre les Andes et l'océan Pacifique (sans parler des glaciers au sud et des déserts au nord) a privilégié la croissance d'une population plutôt repliée sur elle-même (un certain nombrilisme peut-être), différente du reste de ses petits camarades latins, à la langue et aux traditions bien spécifiques. On ne sera donc pas surpris de constater que personne n'aime beaucoup les Chiliens en Amérique du Sud, mais que, d'un autre côté, les Chiliens n'aiment pas grand monde non plus. L'antipoète Nicanor Parra a un jour lancé cette phrase fameuse : " Creemos ser país, pero somos apenas paisaje " (Nous croyons être un pays, mais nous sommes à peine un paysage). Selon lui, ser país signifie habitar (habiter), inventer une réponse à la muette altercation des cordillères et des déserts. Par exemple : avec l'une des côtes les plus grandes au monde, le Chili n'a pas été capable de former des navigateurs comme les Nordiques. Quant à la cordillère, si elle est crainte ou admirée, elle ne dispose pas à la formation d'andinistes fameux, de randonneurs impénitents, malgré des cimes supérieures à 6 000 m. Les habitants sont réfugiés dans les douces vallées centrales, sur un territoire de pionniers, d'aventuriers, d'intrigants, qui furent presque tous... étrangers (Emile Dubois par exemple). Il n'existe pas non plus de villes extravagantes refoulant l'espace dans lequel elles se bâtissent, comme Buenos Aires dans la pampa. Santiago est entourée de merveilles naturelles, mais, comme ville, ce fut pendant longtemps un échec (elle a toutefois bien changé depuis une dizaine d'années, devenant aujourd'hui une vraie capitale à l'échelle internationale).

Le Chili évoque parfois l'Angleterre ou l'Allemagne. L'idée maîtresse des divers gouvernements en place depuis des lustres était de " blanchir " une population essentiellement métisse et indigène. Les Chiliens, pour certains, ne seraient d'ailleurs pas chiliens en tant que tel, mais un savant mélange de flegme britannique et d'ordre germanique.

Mais Nicanor Parra n'a peut-être pas tout à fait raison : si le Chili fascine pour son impressionnant paysage, il semble qu'il a su aussi former une identité nationale propre, dont témoignent une langue et une culture bien spécifiques. Il se pourrait, finalement, que le Chili soit bien un " pays ", et que cette attitude d'indifférence envers et contre tout (la cordillère, le désert, les glaciers, le présent), caractérisée par des locutions banales comme " no estoy ni ahi " (" je m'en fiche ", une sorte d'emblème linguistique chez de nombreux jeunes), soit une manière singulière d'aborder le monde (désinvolte, placide, froide, avec une certaine hystérie contenue, comme comprimée par les éléments contraires qui entourent ce " cigare accoudé à la mer "). Nicanor Parra, avec sa Cara de Raja, a transformé la langue espagnole : il a fait entrer le dialecte chilien dans la littérature. Etre un pays, pour les Chiliens, serait ainsi peut-être un " habiter poétique " (Neruda, Mistral, Huidobro...), une perception des choses et des hommes qui viendrait des Mapuche. Car ces derniers ne construisirent pas de monuments illustres : leur monument fut la parole, le mapudungún. Pas de livre officiel d'histoire, mais un humour acide, des paroles en l'air, fières et vaines. Un proverbe dit ainsi : " l'humanité se divise en trois catégories : les Chiliens, qui ne savent rien ; les étrangers, qui savent un peu ; et les mapuche, qui savent tout ".

Armando Uribe dit que ce qu'il aime le plus, c'est el desgarro chileno (la " déchirure " ou " fracture " chilienne), jamais satisfait de ce qui va advenir, non pas par ambition ou envie de progrès, mais parce que la vie telle qu'elle est imaginée est sordide et obscure. " Los chilenos somos ásperos y desagradables " ; ce seraient les plus " brutos y torpes " (brutes et torpes) d'Amérique du Sud, en conformité avec une nature tout aussi fracturée. Les volcans du sud évoqueraient ainsi une Suisse... qui peut éclater à tout moment.

L'austérité de ce pays qui réclame des travaux de tout instant (jungles impénétrables, déserts, glaciers, pluies et vents, raz-de-marée et tremblements de terre, sans compter les éruptions volcaniques) a donc façonné une identité un peu farouche, fière, laborieuse et consciencieuse.

Mais, d'un autre côté, la femme chilienne se démarque un peu de son compagnon : très généreuse, elle n'hésite pas à se plier en quatre pour sa famille, son amour, son travail ou sa patrie. Beaucoup moins altière que sa voisine l'Argentine, elle semble pourtant tout aussi libre parfois, et nous ne sommes pas loin de penser que le vent frais des nouvelles libertés sociales qui souffle aujourd'hui dans le pays trouve son expression (et sa naissance) dans leur ardeur à être, plutôt qu'à avoir.

En définitive, il y autant de Chili que de Chiliens répartis sur son vaste territoire, comme le suggère Benjamin Subercaseaux. Pays de contraires et de contrastes...

Place de la femme

L'évolution des droits de la femme est un fait incontesté au Chili, alors que le reste du continent latino-américain est toujours qualifié de machiste. L'élection de Michelle Bachelet à la magistrature suprême en 2006 en fut la parfaite illustration, et l'exemple a été suivi en Argentine avec Cristina Kirchner, puis au Brésil avec Dilma Rousseff. Devant le sort abject des femmes maltraitées, le Chili a décidé de réagir en 1994 en promulguant la Loi des violences intrafamiliales, qui définit la violence au sein d'une même famille comme un comportement illicite et pouvant entraîner des poursuites judiciaires.

C'est en 1949 que les femmes obtinrent le droit de vote, mais il fallut attendre cinquante ans pour qu'elles deviennent enfin actrices de la scène politique. Et le premier gouvernement de Bachelet fut un exemple de parité : dix femmes, dix hommes.

Les chiffres montrent l'importance du rôle des femmes dans un pays comme le Chili, car près de 30 % d'entre elles subviennent entièrement aux besoins de leur foyer avec un salaire unique ou supérieur à celui de leur conjoint. C'est d'ailleurs pour ces femmes que le gouvernement a décidé de créer, en 1991, un programme de soutien, connu sous le nom de Service national de la femme (SERNAM).

D'après une étude, la femme chilienne se marie vers l'âge de 30 ans (34 ans pour les hommes) et donne naissance, en moyenne, à 1,8 enfant. Une femme salariée bénéficie de six semaines d'arrêt de travail (licencia prenatal) avant son accouchement et, depuis 2012, jusqu'à 6 mois de repos complet après (licencia postnatal).

En 1989, le Chili avait ratifié la convention des Nations unies sur " l'élimination de toutes les formes de discrimination envers la femme ". Et, depuis 2004, le divorce a été légalisé. Il restait encore l'épineux problème de l'avortement, récemment dépénalisé. Après deux ans de débats parlementaires le tribunal constitutionnel a enfin validé la loi de dépénalisation de l'avortement le 21 août 2017. Désormais, l'IVG est autorisée au Chili en cas de risque pour la femme enceinte, de non-viabilité du foetus et de viol. Une victoire pour la présidente Michelle Bachelet, pédiatre de formation, qui a mené ce combat durant la totalité de son mandat sous le poids du conservatisme.

Santé et retraite

Le système de santé chilien est à double face et révèle la dualité du développement économique du pays. D'un côté, les hôpitaux publics, répartis sur tout le territoire, connaissent, dans certains cas, des difficultés à accueillir et hospitaliser des malades en raison de la trop forte demande par rapport au nombre de places disponibles. D'un autre côté, la médecine privatisée, bien meilleure, est trop chère pour la plupart des Chiliens. La sécurité sociale est assumée entièrement par les salariés ; elle ne rembourse pas les médicaments, pas plus que ne le fait le système de couverture sociale privée.

Religion

Le Chili, comme la plupart des pays d'Amérique latine, est encore fortement marqué par l'influence de l'Eglise catholique. Les divers courants protestants (évangéliques récemment) ont pris une importance considérable ces dernières années. En 2002, 69,96 % des Chiliens se déclaraient catholiques (diminution de 10 % en 10 ans), les derniers chiffres du recensement de 2012 ayant montré une tendance à la baisse avec 67,37%, soit une diminution de 2,59%.

Pendant longtemps, la dictature de Pinochet, pratiquant convaincu, n'a pas un instant cherché à changer la façon de voir les choses, et c'est tout récemment qu'une certaine liberté a gagné les sphères politiques. On appelle ce courant le destape (imaginer un bouchon de bouteille que l'on fait sauter !).

En discutant avec des Chiliens, on se rend vite compte que la société reste très imprégnée de cette culture chrétienne, mais qu'un courant plus libertaire circule un peu partout, surtout chez les jeunes, et que les institutions gouvernementales semblent en prendre bonne note. Pourtant, si la liberté de culte est reconnue depuis 1925 (séparation de l'Eglise et de l'Etat), le 21 novembre 2006, environ 75 % des députés ont voté contre la dépénalisation de l'avortement.

Adresses Futées du Chili

Où ?
Quoi ?
Ailleurs sur le web
Avis