C'est au Turkménistan, que les vestiges archéologiques des civilisations passées de l'Asie centrale sont plus présents. En franchissant les frontières de ce pays d'Asie centrale vous aurez l'impression d'entrer dans une autre époque. Si le pays est riche de ses réserves de gaz, la population demeure très pauvre et encadrée par un régime autoritaire. L'ancien président du Turkménistan Saparmyrat Nyýazowa laissé sa trace de partout dans le pays, à travers statues, affiches et publicités qui contribuent encore aujourd'hui à la perpétuation d'un culte de sa personnalité. Dans ce décors digne du plus célèbre roman d'Orwell, 1984, vous découvrirez cependant des paysages somptueux et un peuple très accueillant.

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GÉOGRAPHIE

L'Asie centrale se compose de cinq républiques, l'Ouzbékistan, le Kazakhstan, le Tadjikistan, le Kirghizistan et le Turkménistan, qui occupent une superficie de 5,8 millions de kilomètres carrés. Ces pays ont des frontières communes avec la Russie au nord, la Chine à l'est, l'Afghanistan et l'Iran au sud, et sont bordés à l'ouest par la mer Caspienne.

Les massifs montagneux

Les chaînes du Pamir et des Tianshan, à l'est, dominent une plaine assez basse qui s'affaisse progressivement jusqu'à la dépression aralo-caspiennne. Les sommets de ces gigantesques massifs montagneux culminent à plus de 7 000 m tandis que le bassin de la mer d'Aral est à 40 m au-dessous du niveau de la mer.

Le Pamir

C'est le second plus important massif montagneux au monde après les chaînes de l'Himalaya, dont il est une prolongation. Baptisé le " toit du monde " par le géographe Raphaël Pumpely au début du XXe siècle, le massif pamiri se scinde en deux pour former les massifs du Tianshan au nord-est et les massifs de l'Hindou Kouch au sud-ouest. Le massif du Pamir se décompose en plusieurs entités :

Pamir Alaï à l'ouest : long de 800 km, il comprend les chaînes Alaïski, au Turkestan, et les chaînes Zeravshan et Hissar qui se terminent en direction du sud-ouest par les monts Kopet Dag, au Turkménistan ;

Haut Pamir, qui comprend les chaînes de Petra Pervovo, de Darvaz, Vanch, Yazgoulem et les chaînes Akademiski où se trouvent les plus hauts sommets de l'ex-URSS - le pic Communisme, rebaptisé pic Somoni (7 495 m), et le pic Lénine (7 134 m) - ainsi que le plus grand glacier de montagne au monde, le glacier Fedchenko, long de 70 km, qui s'étend du pic Somoni au pic Révolution ;

Vostochni Pamir, où se trouvent de hauts plateaux désertiques bordés à l'est par les chaînes Sarikol qui longent la Chine, et au sud par les chaînes Vakhanski qui bordent l'Afghanistan ;

Zapadni Pamir, bordé par la rivière Pianj à l'ouest et au sud, et comprenant les chaînes Roushanski, Shougnanski, Chardarinski qui descendent jusqu'à la rivière Pianj, frontière naturelle avec l'Afghanistan. Le pic Karl Marx culmine à 6 800 m.

L’Altaï

Elle se déroule au nord-est du Kazakhstan, et se poursuit en Russie, en Mongolie et en Chine. Le Kazakhstan n'abrite qu'une petite partie de cette chaîne ancienne et très érodée, caractérisée par ses steppes en altitude, ses vallées boisées et ses pics enneigés une bonne partie de l'année. Le sommet le plus élevé de l'Altaï se trouve à la frontière entre le Kazakhstan et la Russie : le mont Belukha culmine à 4 506 mètres d'altitude.

Mers, lacs et fleuves
Les mers

La mer Caspienne baigne le Kazakhstan et le Turkménistan sur leurs frontières occidentales. D'une superficie de 371 000 km², elle est la plus grande étendue d'eau enclavée au monde. Le Turkménistan dispose de 600 km de côtes sur la Caspienne, alors que le Kazakhstan, avec ses 1 884 km d'ouverture sur la mer, peut prétendre à une large majorité des ressources naturelles de cette mer intérieure (son statut juridique hésite encore entre une mer et un lac).

Avec une superficie de 66 000 km² en 1960, la mer d'Aral était le quatrième plus grand lac de la planète. En 1990, le niveau des eaux avait baissé de 16,5 mètres, sa surface était réduite de moitié, le volume d'eau avait décru des deux tiers et l'eau était quatre fois plus salée. La catastrophe écologique dont la mer est victime s'étend aux terres avoisinantes : des millions de tonnes de sel et de sable sont transportées par le vent chaque année, désertifiant de nouvelles terres. Tout l'écosystème de la région est déséquilibré par cette catastrophe largement due à l'homme.

Les fleuves

Deux puissants fleuves alimentent la mer d'Aral (Ouzbékistan et Kazakhstan) et le lac Balkach (Kazakhstan). La Syr Daria et l'Amou Daria, appelées Seyhun et Djeyhun par les Arabes, ou encore Iaxartes et Oxus par les Grecs, prennent leur source dans les Tianshan et le Pamir. À la fonte des glaces, elles connaissent des crues importantes et bénéfiques pour l'agriculture, dans une région où les pluies sont rares. Dès le second millénaire avant notre ère, les agriculteurs surent développer l'irrigation artificielle et utiliser ce précieux surplus d'eau. Aujourd'hui retenus par plusieurs barrages, pompés par de multiples canaux d'irrigation, et surtout asséchés par la culture du coton, ces deux fleuves ne rejettent que des eaux affaiblies et polluées dans la mer d'Aral, quand ils arrivent jusqu'à ses rives. De nombreux projets de réhabilitation des deux fleuves sont en cours, particulièrement sur le Syr Daria.

La Syr Daria est longue de 3 531 km (à partir de Naryn). Elle naît de la confluence des rivières Kara Daria et Naryn.

L'Amou Daria est longue de 2 540 km (à partir du Pianj). Elle naît de la confluence du Vakhch et du Pianj, qui prend sa source dans le lac Zorkoul.

Le Zéravshan, long de 741 km, prend sa source dans les monts Turkestan. Il coule entre les monts Turkestan et Zeravchan (Tadjikistan), frôle Samarkand et vient s'éteindre dans la région de Boukhara (Ouzbékistan), en delta aveugle dans des marécages.

De même que celles du Syr Daria et de l'Amou Daria, les crues du Zéravshan (plus de 200 jours de hautes eaux) ont permis le développement de l'irrigation artificielle.

Le Tchou et le Talas prennent leur source dans les monts Kirghiski et Talaski (Kirghizistan) et vont s'éteindre quelques centaines de kilomètres plus loin dans les steppes kazakhes.

Le Kizil Sou, qui prend sa source dans les chaînes Alaïski (Kirghizistan), descend vers Kashgar à l'est et va s'éteindre dans le désert du Taklamakan (Chine).

Les rivières Oural, Ishim, Irtysh et Ili constituent la trame principale du réseau fluvial kazakh. La plupart sont situées dans le nord du pays, et alimentent de nombreux lacs, ainsi que la mer Caspienne.

Le canal du Karakum, au Turkménistan, est le plus grand canal artificiel au monde. Une première section, construite entre 1954 et 1967, se déroule sur 840 km entre l'Amou Daria et Gökdepe, à l'ouest d'Achgabat. Le canal a été prolongé dans les années 1970, jusqu'à atteindre les côtes de la Caspienne. Il s'étire désormais sur plus de 1 500 km, dont 450 sont navigables. Ce canal, qui détourne une partie du cours de l'Amou Daria, permet d'irriguer une grande partie des terres arables du Turkménistan.

Les lacs

Le Pamir et les Tianshan sont le château d'eau des républiques d'Asie centrale. Ces massifs montagneux possèdent des centaines de lacs d'eau douce, mais aussi d'eau salée. Nous ne présenterons que les plus importants.

Le lac Issyk Kul est situé dans les Tianshan entre les chaînes Terksei Ala-Too et Koungrei Ala-Too, à 1 600 m d'altitude. Sa surface est de 6 280 km², sa profondeur maximum de 702 m. C'est le second plus grand lac de type alpin au monde. Il était l'une des zones de villégiature pour toute l'Union soviétique. Il est alimenté par 102 cours d'eau.

Le lac Balkhash, au Kazakhstan, est avec ses 17 400 km² le quatrième plus grand lac d'Asie. Ce lac peu profond présente la particularité d'être salé dans sa partie orientale, et en eau douce à l'ouest.

Le lac glaciaire Merzbacher, dans le Tianshan central, est unique au monde. Son dégel rappelle des scènes qui ne se rencontrent habituellement que dans l'océan Arctique. Durant quelques jours, généralement au mois d'août, son dégel forme d'énormes icebergs qui vont se jeter dans la rivière Inilchek.

Les lacs Aïdarkoul, Touzkan et Arnasaï se sont formés au début des années 1970 dans le désert du Kyzylkum, dans la région de Djizakh et Navoï (Ouzbékistan), et depuis leur superficie ne cesse de croître. Ils ont été créés à la suite de l'ouverture au Kazakhstan, en 1969, du réservoir de Chardara qui retient les eaux de la Syr Daria. Leur eau est salée. Le volume des eaux du lac Aïdarkoul dépasserait aujourd'hui celui de la mer d'Aral.

Le lac Karakul, dans le Pamir, est situé à 3 914 m au-dessus du niveau de la mer. C'est l'un des plus grands lacs de haute altitude de la planète. Son eau est salée, sa superficie est de 380 km2.

Le lac Sarez, situé à 3 200 m d'altitude, a 70 km de longueur. Il s'est formé en 1911 dans la vallée de la rivière Mourgab, dans le Pamir, à la suite d'un tremblement de terre et de l'éboulement d'Oussoï. Si cet éboulement venait à céder, les eaux du lac inonderaient les 20 000 hectares de terres qui bordent le cours du Pianj et de l'Amou Daria.

Le lac Sarykamishse situe à la frontière entre le Turkménistan et l'Ouzbékistan, à 200 km au sud de la mer d'Aral. Ce lac est en partie alimenté par l'Amou Daria.

Le lac Tenghiz au nord du Kazakhstan est un grand lac d'eau salée, désormais inclus dans un parc naturel destiné à protéger les centaines d'espèces d'oiseaux, dont des flamants roses, qui viennent y trouver refuge.

Le lac Zaysan au Kazakhstan se trouve à 386 m d'altitude dans la chaîne de l'Altaï. D'une superficie de 5 510 km², il s'est élevé de 6 m depuis la construction du barrage de Bukhtarma.

Il existe aussi trois grands lacs artificiels : le Kaïrakoum, sur le cours du Syr Daria, dans la vallée de Ferghana, au Tadjikistan ; le Toktogoul, sur le cours du Narin, dans les Talaski Ala-Too au Kirghizistan date de 1974 ; et le Nurek, sur le cours du Vakhch au Tadjikistan.

Plaines et déserts

Les montagnes d'Asie centrale cèdent la place dans les parties occidentale et méridionale de la région à de vastes zones de steppes et de déserts. Celles-ci couvrent près des deux tiers de l'Asie centrale, mais présentent des paysages très diversifiés.

Le désert du Karakum couvre une superficie de 35 millions d'hectares, occupant ainsi près de 80 % du territoire turkmène. Le " désert noir " est un désert de sable relativement plat, abritant de nombreuses plantes rases de couleur foncée.

Le désert du Kyzylkum est à cheval entre l'Ouzbékistan et le Kazakhstan. Il s'étend sur 300 000 km² entre la Syr Daria et l'Amou Daria. Le " désert rouge " est avant tout un désert de sable et cailloux, souvent teintés de couleur ocre, comportant quelques élévations.

Le désert de Siemirietchie au Kazakhstan, occupe une large portion de territoire située entre les lacs Balkhach et Kapshigaï. Il s'agit d'un désert de sable avec de belles dunes découpées sur fond de sommets montagneux.

Des déserts de sel sont apparus dans les régions de Ili et de Chou au Kazakhstan, autour de la mer d'Aral et dans la plaine de Tejen au Turkménistan. Ils sont essentiellement dus aux vents qui balaient la région de la mer d'Aral, transportant le sel déposé sur le sol lors du retrait de la mer. Des déserts de pierre se déroulent dans la région de Kopet-Dag, au Turkménistan, ainsi que sur le plateau d'Oustiourt à cheval entre l'Ouzbékistan et le Kazakhstan. Les steppes sont surtout présentes au Kazakhstan et au Kirghizistan, où elles abritent les derniers nomades de la région. La steppe la plus célèbre est celle d'Oust-Ourt, au nord du Kazakhstan, baptisée " Steppe de la faim " à cause de son immense étendue désolée, qui a fait de nombreuses victimes durant la période soviétique.

Petit lexique géographique

Bactriane. Satrapie perse sous les Achéménides. Balkh, aujourd'hui située en Afghanistan, en était la capitale. La Bactriane englobait le sud de l'Ouzbékistan et du Tadjikistan, ainsi que le nord de l'Afghanistan.

Sogdiane. Satrapie perse qui englobait la vallée de Zeravshan et les plus anciennes cités de l'Asie centrale. Sous les Kouchans, puis sous les Sassanides et jusqu'à la conquête arabe, les marchands des cités sogdiennes bâtirent un véritable empire marchand et tenaient de multiples comptoirs sur les principales routes de la soie. Les plus connues sont Afrasiab (Samarkand) et Penjikent. Les fouilles archéologiques permirent de découvrir une culture raffinée enrichie d'influences perses et chinoises.

Transoxiane. C'est le nom habituellement donné à la Sogdiane et aux terres comprises entre les deux fleuves Amou Daria et Syr Daria, après l'invasion des peuples türks. Les Arabes nomment cette région Mawan al-Nahr, le " pays au-delà du fleuve ".

Margiane. Région du delta des rivières Tedjen et Mourgab, au Turkménistan.

Khorassan. Cette région englobe le nord-est de l'Iran, une partie du Turkménistan et l'ouest de l'Afghanistan.

Oxus. Ancien nom du fleuve Amou Daria.

Iaxartes. Ancien nom du fleuve Syr Daria.

Turkestan. Le " pays des Türks " était le terme utilisé avant l'arrivée des soviétiques pour désigner les territoires compris entre la mer Caspienne et la Mongolie. Le Turkestan était politiquement coupé en deux zones : Turkestan chinois, aujourd'hui nommé Xinjiang, et le Turkestan russe.

Touran. Zone recouvrant les anciennes satrapies perses situées au sud du fleuve Syr Daria.

CLIMAT

Le climat d'Asie centrale est continental et très sec, particulièrement dans les zones désertiques et semi-désertiques, ainsi que dans les vallées comme celle du Ferghana (Ouzbékistan, Tadjikistan et Kirghizistan), de Vakhch au Tadjikistan, ou dans la région de Termez en Ouzbékistan. En été, les températures moyennes dépassent facilement 40 °C. Elles peuvent atteindre jusqu'à 70 °C dans les déserts du Karakum et du Kyzylkum.

Dans les hauts plateaux désertiques du Pamir (Tadjikistan), la température hivernale peut descendre jusqu'à - 60 °C. Le thermomètre peut atteindre les mêmes records dans le nord du Kazakhstan, et il n'est pas rare d'afficher - 40 °C à Astana, la nouvelle capitale du pays.

Les écarts de température sont assez importants entre le jour et la nuit, avec une amplitude thermique pouvant atteindre 20 °C.

Les précipitations sont rares dans la région, et regroupées en mars-avril et octobre-novembre. Les orages sont assez fréquents en été au sud du Kazakhstan et au nord du Kirghizistan.

L’hiver

Il est froid dans l'ensemble de la région, et peu propice au tourisme de façon générale. Les zones de montagne sont enneigées et souvent inaccessibles pendant plusieurs mois de l'année. Ainsi les parties nord et sud du Kirghizistan et du Tadjikistan sont coupées les unes des autres par voie terrestre. Le nord du Kazakhstan est particulièrement glacial, avec des moyennes de - 26 °C à Astana et jusqu'à - 37 °C à Semey. Seuls le Turkménistan et l'Ouzbékistan peuvent offrir des températures plus clémentes dans les plaines, où les jours de gel sont limités. Mais le thermomètre descend à - 30 °C dans les zones montagneuses au sud du Turkménistan, et peut également atteindre - 15 °C lorsque le vent souffle de Sibérie.

L’été

C'est la saison idéale pour arpenter les montagnes de la région, mais il transforme les plaines et déserts en véritables fournaises. Le Turkménistan est écrasé de chaleur dès le mois d'avril, les températures dépassent régulièrement 35 °C en été, et montent jusqu'à 50 °C dans le désert du Karakum. L'Ouzbékistan présente à peu près les mêmes caractéristiques climatiques, de même que le sud du Kazakhstan. Le nord du Kazakhstan, le Tadjikistan et le Kirghizistan sont en revanche agréables : les sommets de l'Altaï, des Tianshan et du Pamir restent enneigés même en été, et les écarts de température peuvent être très importants dans une même journée. Il faut prévoir des vêtements chauds et un équipement de pluie si l'on prévoit de passer du temps dans les montagnes.

Le printemps et l’automne

Ce sont les saisons de pluie sur l'ensemble de la région. Les zones montagneuses connaissent leurs premières neiges assez tôt, et restent enneigées à faible altitude jusqu'au mois de juin. Les zones de plaines et déserts restent agréables durant ces saisons, surtout au Turkménistan où la pluie est très rare. Il peut en revanche pleuvoir davantage en Ouzbékistan, notamment au printemps.

Tempête sur la steppe

" La steppe, d'ordinaire si calme, a aussi ses moments terribles. Quand l'ouragan que les indigènes nomment bourane vient à s'élever, on voit, malgré la sérénité du ciel, la steppe s'obscurcir ; en un clin d'oeil, d'épais tourbillons de sable dérobent la lumière du jour ; la respiration de l'homme est coupée, il perd presque connaissance. On ne saurait lutter contre cette force irrésistible qui balaye la surface de l'Asie centrale sans que nul obstacle n'en paralyse l'essor ; elle renverse les tentes kirghizes et enlève des troupeaux entiers qu'elle noie ou enterre dans le sable. C'est un épouvantable fléau pour les lieux qui en sont visités. Les chameaux, pressentant l'approche du bourane, se couchent, allongent leurs cous du côté opposé au vent et crient d'une façon lugubre. Les chevaux effrayés se serrent les uns contre les autres en baissant la tête, et le voyageur s'arrête et se jette à terre. L'ouragan pousse des masses de sable devant lui, et souvent il semble que des poteaux blancs, ou plutôt des colonnes sablonneuses tournent sur elles-mêmes et montent vers le ciel. Ces ouragans de sable sont dangereux, mais les bourrasques de neige sont encore bien plus redoutables. Le bourane d'été passe vite, tandis que les ouragans d'hiver durent quelquefois plusieurs jours. Le voyageur qu'ils surprennent en chemin se blottit sous la neige et attend ainsi le retour du beau temps, car il est de toutes impossibilités de lutter contre ces chasse-neige. "

Bronislaw Zaleski, Le Voyage en Asie centrale et au Tibet, Anthologie des voyageurs occidentaux du Moyen Age à la première moitié du XXe siècle, éd. Robert Laffont.

ENVIRONNEMENT
L’eau, enjeu majeur de l’Asie centrale

L'assèchement de la mer d'Aral est l'une des plus grandes catastrophes écologiques du XXe siècle. L'irrigation massive des champs de coton durant la période soviétique a en effet entraîné une diminution des trois quarts du volume de la mer d'Aral. La mer est désormais séparée en deux parties : la plus petite au nord, et la plus grande au sud. Cet assèchement a entraîné la paupérisation des villes et villages des alentours, autrefois ports prospères réduits à la misère et l'enclavement. La pêche, qui constituait l'une des principales ressources de la région, est devenue impossible : la salinité croissante de l'eau a provoqué la disparition de presque toutes les espèces endogènes.

L'impact sanitaire s'est également fait sentir tout autour de la mer et jusqu'au Turkménistan : le sel, mis à nu par le retrait de l'eau, balaie désormais les sols qu'il rend stérile, et s'insinue dans les poumons des populations locales, causant un grand nombre de maladies respiratoires.

Plusieurs tentatives de sauvetage de la mer d'Aral ont échoué les unes après les autres depuis une quinzaine d'années. Mais un projet soutenu par la Banque Mondiale redonne aujourd'hui espoir aux populations du nord de la mer d'Aral. Un barrage séparant les deux mers vient d'être construit, et a d'ores et déjà permis à la petite mer, celle du nord, de se remplir partiellement. Certains villages qui étaient à plusieurs dizaines de kilomètres de la mer ne sont plus qu'à quelques centaines de mètres du rivage. Et la pêche a pu reprendre, en partie grâce à l'introduction de nouvelles espèces de poissons, mieux adaptées au degré de salinité de la mer. Ce barrage, s'il est porteur de renouveau pour le nord de la mer, côté kazakh, ne résout pas la question de la mer du sud, qui semble condamnée à disparaître à plus ou moins long terme si aucun effort n'est fait pour limiter les ponctions en eau sur l'Amou Daria.

L'état général de la Caspienne est également très préoccupant. La montée du niveau de l'eau a en effet entraîné l'inondation de zones industrielles situées le long des côtes. Celles-ci n'ayant pas pu être délocalisées à temps, souvent pour des raisons financières, leurs composants se sont retrouvés balayés par la mer. Certains champs pétroliers ont subi le même sort. La Caspienne est donc très polluée, et la présence de nappes de pétrole contribue à faire baisser son taux d'oxygène, ce qui menace tout son écosystème. Les poissons, déjà touchés par la pollution et les barrages des rivières, par des pêches trop intensives et trop proches des périodes de reproduction, sont en plus confrontés à la dégradation de leur environnement naturel. La population de saumons et esturgeons est ainsi en diminution radicale dans la Caspienne, alors que certaines autres espèces de poissons, autrefois très commerciales, sont en voie de disparition.

La gestion des fleuves est en outre une source de tension entre les différents pays de la région. La répartition en eau est très inégale : le Tadjikistan et le Kirghizistan sont un peu les réservoirs d'eau de l'Asie centrale, dans la mesure où la plupart des grands fleuves prennent leur source dans les Tianshan ou le Pamir ; l'Ouzbékistan, le Kazakhstan et le Turkménistan ont en revanche des réserves d'eau limitées, et sont largement tributaires des fleuves et rivières nés dans les pays voisins. La " guerre de l'eau " est un sujet d'actualité dans la région, même si les tensions restent diplomatiques, parfois entrecoupées de mesures de rétorsion comme la fermeture des barrages en amont. Plusieurs tentatives de médiation ont eu lieu ces dernières années, pour convaincre les pays de mettre en place une gestion concertée de cette précieuse ressource.

L’érosion et la pollution du sol

Plusieurs facteurs contribuent à la dégradation des sols d'Asie centrale. Les pâturages sont épuisés dans la plupart des pays de la région, suite à l'augmentation très rapide du cheptel pendant la période soviétique. Le nombre de têtes de bétail a été multiplié par quatre au Kirghizistan en cinquante ans ! À ce phénomène s'est ajoutée la réduction des superficies de ces pâturages, dont une partie a été transformée en champs de coton. Un cheptel plus nombreux s'est donc retrouvé concentré dans des steppes moins étendues, ce qui a largement contribué à l'épuisement des sols, et à leur érosion. Au Kirghizistan, près de 70 % des pâturages sont sévèrement érodés, victimes du surpâturage.

Les champs de coton ont à leur tour épuisé les sols, qui se sont en outre souvent retrouvés saturés de produits chimiques, engrais et pesticides. On considère qu'à l'heure actuelle, près de 40 % des sols arables du Kazakhstan sont surexploités et ne présentent plus qu'une fertilité réduite.

Enfin l'Asie centrale a vu ses ressources minérales largement exploitées du temps de l'Union soviétique. Les mines d'uranium dont la plupart sont aujourd'hui laissées à l'abandon au Kirghizistan, continuent à polluer le sous-sol et le sol, contaminant les nappes phréatiques de la région. Les mines de cuivre et de charbon dans les montagnes du Kirghizistan et du Tadjikistan, souvent exploitées selon des techniques peu soucieuses de l'environnement, continuent de polluer le sol, qu'elles soient encore en activité ou non.

Les conséquences des essais nucléaires

La région de Semey, au nord du Kazakhstan, est plus connue sous le nom de " Polygone " : c'est là que l'Union soviétique procédait à ses essais nucléaires du temps de la guerre froide. Près de 500 tests ont été effectués dans la région jusqu'en 1989, dont certains ont eu lieu à l'air libre ou au niveau du sol. Le site n'a été fermé que grâce à une mobilisation internationale et à la plus grande manifestation en faveur de la protection de l'environnement qu'ait connu l'Union soviétique. Le " Polygone " a été déclaré zone de désastre écologique en 1991, date à laquelle le Kazakhstan a commencé à se préoccuper de sa décontamination. Dans certaines zones, évidemment fermées au public, le taux de radiation est 200 fois supérieur à la normale !

Mais pour les populations des environs de la zone de test, le mal était déjà fait. Près de deux millions de personnes vivaient à proximité du site, ou en tout cas à portée de vent du Polygone. Dans les villages les plus proches, les taux de cancers sont trois fois plus élevés que la normale, et les maladies mentales et malformations à la naissance ont connu des pics de fréquence. Des compensations ont été offertes aux victimes de ces tests nucléaires par le président Karimov, mais il semble que peu de mesures concrètes aient été adoptées jusqu'à présent.

Des parcs naturels de plus en plus nombreux

Les pays d'Asie centrale commencent à réaliser que leur patrimoine naturel est un bien précieux, notamment pour développer le tourisme. Les parcs naturels qui avaient été créés sous l'Union soviétique ont donc été préservés, et de nouvelles zones protégées sont peu à peu instituées. Mais leur superficie reste modeste par rapport au potentiel, et surtout aux besoins de préservation, de la région. Et le manque de fonds publics limite souvent l'efficacité de la protection de ces zones.

Kazakhstan : neuf réserves naturelles et quatre parcs nationaux

Altyn-Emel : le plus grand du pays avec 520 000 ha, ce parc se situe au sud de la chaîne Zhungar-Alatau. Il comporte de larges zones de dunes entrecoupées de montagnes.

Bayanaul : ce parc de 50 000 ha a été créé en 1985 pour protéger la faune et la flore de la chaîne de Bayan-Aul.

Burabay : à 200 km au nord d'Astana, ce parc créé en 2000 abrite de nombreux lacs et des zones de montagne qui ont conduit les locaux à baptiser la région de " Suisse du Kazakhstan ".

Karkaralin : situé dans la chaîne de montagnes du même nom, ce parc couvre une superficie de 1 000 km², et abrite notamment le pic Komsomol (1 403 m).

Katon-Karagay : à l'est du Kazakhstan, ce parc protège les zones de montagnes, lacs et forêts situées à la frontière de la Russie, de la Chine et de la Mongolie.

Kokshetau : 60 % de cette zone située au nord de la région d'Akmola est recouverte de forêts ou de steppes. Elle comporte de nombreux lacs d'eau douce, ainsi que le lac d'eau salée de Shalkar.

Sairam-Ugam : ce parc national a été conçu pour protéger les lacs glaciers de la chaîne d'Ugam.

Aksu-Zhabagly : l'une des réserves naturelles de la chaîne des Tianshan.

Korgalzhyn : à 160 km au nord-ouest d'Astana, cette réserve naturelle de 259 000 ha a été conçue pour protéger les centaines d'espèces d'oiseaux qui viennent y faire étape. Les flamants roses sont particulièrement nombreux autour de cet immense plan d'eau.

Kulujun : à 180 km d'Oust-Kamenogorsk, cette réserve naturelle abrite des paysages typiques de l'Altaï.

Markakol : ce grand lac de 38 kilomètres de longueur et ses environs immédiats sont protégés depuis quelques années.

Naurzym : cette réserve se situe à 190 km de Kostanay.

Altaï Ouest : 56 000 ha consacrés à la protection de la taïga.

Ustyurt : réserve nationale pour la biosphère.

Kirghizistan : 7 parcs nationaux principaux

Il existe au Kirghizistan 800 000 hectares de territoires protégés pour leur biodiversité. Conscient de l'importance de son patrimoine naturel, surtout s'il souhaite jouer la carte du tourisme, le Kirghizistan a déployé, à la mesure de ses moyens, des efforts louables pour la protection de la nature. On dénombre ainsi 6 réserves d'État, 8 parcs nationaux et 67 parcs naturels. En outre, deux réserves de biosphère, dont celle du lac Issyk Kul, ont été ajoutées à la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. Les réserves d'État à elles seules couvrent plus du tiers des surfaces protégées. Parmi les principales :

1941 : réserve pour la biosphère du lac Issyk Kul. Il s'agit de la plus grande réserve du Kirghizistan et fait partie des 338 réserves protégées par l'Unesco. On y trouve de nombreuses espèces animales en voie de disparition dont le mouton sauvage, ainsi que le léopard des neiges ou l'ours brun des Tian Shan.

1974 : réserve naturelle d'Ala Archa, à 35 km de Bichkek.

1979 : réserve naturelle de Besh Aral, au Sud-Ouest de Djalalabad.

1979 : réserve pour la biosphère du lac Sary Chelek, également ajoutée à la liste des parcs protégés par l'UNESCO. On y trouve plusieurs espèces animales et végétales présentes dans le Livre Rouge.

1996 : réserve naturelle de Besh Tach, dans la région de Talas.

1997 : réserve naturelle de Tchon Kemin, dans la vallée de la rivière éponyme.

Ouzbékistan

L'Ouzbékistan compte quelques réserves naturelles, dont la plus accessible est celle de Bala Tugaï, une soixantaine de kilomètres à l'ouest de Berouni, sur les rives de l'Amou Daria. Sur un peu plus de 6 000 hectares se côtoient lièvres, cerfs, loups, cochons sauvages, chats du désert, renards et une tripotée d'oiseaux de toutes les couleurs. Créée dans les années 70, cette réserve est tout ce qui reste d'une forêt à l'origine cinq fois plus grande, disparue lorsque les soviétiques ont fait de la place pour les champs de coton. Une autre réserve naturelle se trouve dans la vallée d'Angren, mais reste inaccessible depuis plusieurs années, des islamistes du MIO y ayant trouvé refuge pendant un temps. Au nord de Tachkent, la vallée de Chatkal, est elle aussi protégée. Enfin, dans les monts Nourata, autour du village de Farish, existe une petite réserve. Les moyens financiers de ces parcs sont évidemment très limités et n'espérez pas y trouver beaucoup plus que des friches.

Les moyens mis en oeuvre pour préserver la nature et la faune sont en tous cas dérisoires au regard de l'hécatombe qui a frappé les différentes espèces végétales et animales en Asie centrale pendant la période soviétique.

Réserve de Zaamin : 10 500 ha, créée en 1926 pour protéger les forêts situées dans la partie occidentale de la chaîne des Tianshan.

Réserve de Chatkal : 35 000 ha, créée en 1947 à l'ouest des Tianshan, montagnes à plus de 3 000 m entrecoupées de gorges.

Réserve de Nourata : 22 000 ha de montagnes, forêts et zones semi-désertiques, créée en 1975 dans les montagnes Nourata.

Réserve de Gissar : 81 000 ha de forêts, marais et lacs, créée en 1981.

Tadjikistan

Le parc national du Pamir couvre pas moins de 10 % de la surface de cette petite république d'Asie centrale. On y trouve, dans les hautes montagnes, des moutons Marco Polo et des léopards des neiges. L'Unesco étudie depuis sa création son ajout sur la liste du patrimoine mondial.

Turkménistan

Réserve naturelle de Kugitan : créée en 1986 pour protéger la montagne du même nom. La réserve comprend de nombreux canyons, des grottes et le " plateau des dinosaures " où l'on peut admirer près de 500 empreintes.

FAUNE ET FLORE

L'Asie centrale abrite une très grande variété d'animaux et de plantes. Son environnement varié a permis l'adaptation d'espèces animales venues des régions voisines : léopard des neiges et ibex venus de l'Himalaya, ours brun d'Eurasie du Nord, chacal doré d'Asie du Sud-Est, et même hyène rayée originaire d'Afrique du Nord. Plusieurs espèces sont en outre spécifiques à la région : l'antilope saïga et le mouton Marco Polo sont les plus connues, mais également les plus menacées. Un total de 172 espèces de mammifères est répertorié dans la région. Pour les amoureux du sujet il faut voir le film d'Akira Kirosawa Dersou Ouzala sur l'environnement en Asie Centrale.

Le léopard des neiges vit essentiellement dans les zones montagneuses des chaînes de l'Altaï et du Khangaï en Mongolie. La protection dont il bénéficie a permis au léopard de renforcer son rang ces dernières années : on en compte environ 1 500 à l'heure actuelle au Kirghizistan et au Tadjikistan (la population mondiale est estimée à 3 000 individus). Mais l'animal est toujours menacé par les braconniers, qui peuvent espérer revendre à bon prix son épaisse fourrure.

L'ibex est une chèvre sauvage qui vit en altitude, entre 1 000 et 4 000 m. Elle ne peut être domestiquée.

L'antilope saïga ne brille pas par sa beauté... Le mâle est doté d'un drôle de renflement sur le museau, qui ressemble un peu à une trompe escamotée. Appartenant à la famille des gazelles, la saïga peut atteindre des vitesses de pointe de 80 km/h. Mais cela ne lui a pas suffi pour échapper à son principal prédateur : l'homme.

L'Asie centrale est également une zone de transit pour des centaines d'oiseaux migrateurs, dont plus de 300 ont adopté la région pour la saison de la reproduction. Près de 540 espèces d'oiseaux vivent ou traversent régulièrement la zone, ce qui en fait un véritable paradis pour les amateurs d'ornithologie.

On répertorie également en Asie centrale 150 espèces de poissons (dont l'esturgeon de la Caspienne, à l'avenir fort menacé par la pollution et le braconnage), 106 espèces de reptiles, plusieurs milliers d'espèces d'insectes (3 000 au seul Kirghizistan !), et 7 000 espèces de plantes dont une vingtaine endogènes à l'échelle régionale ou locale.

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