Guide d'Albanie : Population et langues

Ville de Gjirokastra.
Ville de Gjirokastra.

Les Albanais se désignent eux-mêmes comme " Shqiptarë " (prononcer " chiptar " mot dont la racine signifierait " rocher " ou " aigle "). Ils se présentent comme les descendants des Illyriens, un peuple indo-européen qui s'installa dans la région des Balkans vers 1 000 avant notre ère. Ce n'est qu'au XIIIe s. que leur pays - Shqipëria ou le " pays des aigles " - prend le nom latin d'Albanie, qui provient d'une tribu illyrienne, les Albanoï.

Grandes caractéristiques

Démographie - Le pays compte environ 2,8 millions d'habitants. À partir de 1945, la population albanaise a connu un accroissement spectaculaire. En 1955, le pays comptait 1 395 000 habitants, chiffre qui est passé en 1994 à environ 3 millions, soit un doublement en quarante ans. Depuis les années 2000, ce phénomène a été stoppé par deux facteurs : la baisse du taux de fécondité (1,70 enfant par femme aujourd'hui) et une forte émigration de la population active. En outre, depuis la fin de la dictature, on constate une migration de la population des montagnes vers les plaines littorales et les zones urbaines. En 2017, les Albanais étaient les premiers demandeurs d'asile en France avec 7 000 demandes (ayant très peu de chances d'aboutir).

Ethnies - La population albanaise est très homogène et se divise en deux grands groupes culturels : les Guègues, qui vivent dans le Nord du pays, et les Tosques, qui vivent dans le Sud. Les premiers sont majoritairement musulmans ou catholiques. Les seconds, qui ont subi des influences plus nombreuses, et notamment grecque, sont surtout musulmans ou orthodoxes.

Pays albanophones

Kosovo - Indépendante depuis 2008, l'ancienne province autonome de la République socialiste serbe de Yougoslavie est aujourd'hui principalement peuplée d'Albanais : plus de 92 % sur une population estimée à 1,8 million d'habitants. Les Albanais du Kosovo ne représentaient qu'une petite minorité de 3 ou 4 % avant la période ottomane. L'Empire va ensuite encourager l'implantation de colons albanais convertis à l'islam et progressivement chasser les Serbes, fidèles à la religion orthodoxe, qui resteront pourtant majoritaires jusqu'au XIXe siècle. Après le retrait de l'Empire ottoman en 1912, le pouvoir serbe va tenter d'inverser la tendance en favorisant l'arrivée de colons serbes et l'assimilation des Albanais. Avec la rupture de 1956 entre Tirana et Belgrade, les Albanais du Kosovo sont de plus en plus marginalisés du fait de leurs liens avec l'Albanie. Considérés comme une minorité alors qu'ils représentent 75 % de la population (grâce à un taux de natalité plus fort que celui des Serbes), les Albanais du Kosovo commencent à manifester leur mécontentement dans les années 1980. La fin du régime communiste et le démembrement de la Yougoslavie attisent les tensions entre Serbes et Albanais. Une première déclaration d'indépendance en 1990 n'est alors reconnue que par l'Albanie encore communiste. Ce sera ensuite l'escalade, la guerre civile, puis l'intervention militaire de l'Otan en 1999. Placée sous tutelle de l'ONU puis de l'UE, la province se détache progressivement de la Serbie jusqu'à prendre son indépendance officielle le 17 février 2008. Reconnue par 111 pays dans le monde, mais non par les Nations Unies ni par la Serbie, la Grèce ou la Russie, la République du Kosovo a adopté l'albanais et le serbe comme langues officielles. Dans les faits, les Serbes représentent aujourd'hui à peine 4 % de la population, progressivement chassés de leurs quartiers et de leurs villages par des groupes armés albanais. Les Albanais du Kosovo, majoritairement musulmans mais peu attachés à la religion, utilisent un dialecte très proche du guègue parlé dans le nord de l'Albanie. Une grande partie d'entre eux envisage favorablement une éventuelle fusion de leur pays avec l'Albanie.

République de Macédoine - Les Albanais représentent au moins 25 % de la population (500 000 personnes) de l'ancienne République yougoslave de Macédoine (Arym), indépendante depuis 1991. Ils sont en grande partie musulmans et parlent la même langue qu'en Albanie. Leur histoire ancienne se confond avec celle des Albanais du Kosovo, jusque dans la période ottomane, où les populations albanaises étaient réunies au sein de la même entité administrative (vilayet du Kosovo). Majoritaires à l'ouest et au nord-ouest de la République de Macédoine, mais s'estimant négligés par le pouvoir central yougoslave puis par le gouvernement de Skopje, les Albanais se sont soulevés avec le soutien des indépendantistes kosovars en 2001. Les accords du lac d'Ohrid (août 2001), conclus sous l'égide de l'UE, ont permis d'accorder une meilleure représentation à la minorité albanaise. Mais celle-ci affirme que les accords ne sont pas toujours respectés. Les relations avec la majorité slavo-macédonienne (64 %) demeurent distantes, sinon tendues. Comme avec le Kosovo, l'Albanie suit une politique de non-ingérence vis-à-vis de la République de Macédoine. Cela notamment à cause de problèmes politiques internes, mais également afin de faire bonne figure auprès de l'Union européenne.

Diaspora albanaise

La population albanophone est plus importante à l'étranger que dans le pays même. Une caractéristique due à plusieurs facteurs, tant économiques qu'historiques. La chute du régime totalitaire d'Enver Hoxha a eu pour conséquence un exode massif de la population albanaise en Grèce, mais aussi en Italie et ailleurs en Europe. On pense que près d'un demi-million de personnes ont quitté le pays entre 1990 et 1998. Dans la seule année 1995, près de 25 % de la population active aurait émigré.

Arbëresh d'Italie - Alors que l'idée même de nation albanaise n'existe pas encore, dès le XIe siècle, les habitants de l'actuelle Albanie, désignés sous le nom d'Arbëresh, ou Arberèches, commencent à s'implanter en Grèce. Réputés bons guerriers, ils sont embauchés comme mercenaires par les Francs, les Catalans et les Byzantins. À partir du XVe siècle et jusqu'au XVIIIe siècle, avec l'invasion des Balkans par les Ottomans, environ 300 000 Arbëresh trouvent progressivement refuge en Italie du Sud où ils participent aux guerres locales aux côtés des rois de Naples qui leur accordent plusieurs villages. Là, ils vont perpétuer leurs traditions et leur religion catholique, mais aussi entretenir leur langue, une forme d'albanais ancien qui n'a pas subi l'influence du turc. Au XXe siècles, suivant les grandes vagues d'immigration italienne vers l'Europe et l'Amérique, près de la moitié des Arbëresh quittent leurs villages. Aujourd'hui leurs descendants seraient 260 000 disséminés dans une cinquantaine de villes et villages à travers l'Italie du Sud.

Albanais de Turquie - Il s'agit de la plus importante communauté albanaise en dehors de l'Albanie, avec entre 1,5 et 4 millions de personnes parlant encore la langue, et 8 millions de Turcs d'origine albanaise. À partir de la chute de l'Empire ottoman et jusque dans les années 1970, ce sont les Albanais musulmans des territoires passés sous contrôle grec et serbe, notamment les Albanais du Kosovo, qui trouveront refuge en Turquie.

Albanais d'Égypte - Originaires essentiellement du sud de l'Albanie actuelle, ils seraient environ encore 10 000 répartis entre Le Caire et Alexandrie. Ce sont les descendants de janissaires puis de réfugiés installés là alors que l'Égypte était encore sous contrôle ottoman. La majorité d'entre eux, orthodoxes, s'est fondue au sein de la diaspora grecque d'Égypte, tandis que les Albanais musulmans semblent s'être intégrés à la population égyptienne.

Arvanites de Grèce - Venus du sud de l'Albanie actuelle, les Avranites ont commencé à s'installer en Grèce au XIIIe s., dans l'Attique, la Béotie et la Thrace, mais aussi dans les îles comme Hydra, Salamine, Spetses, Andros et l'Eubée. Leurs descendants, qui ont hellénisé leurs noms, sont restés fidèles à la religion orthodoxe. Ils seraient aujourd'hui 200 000. Leur participation à la guerre d'Indépendance au XIXe s. leur vaut d'être considérés comme des Grecs à part entière par la population. L'usage de la langue, l'arvanitique (un dialecte très proche du tosque parlé dans la partie sud de l'Albanie) tend à présent à se perdre.

Chams de Grèce - C'est l'autre branche de la diaspora albanaise en Grèce. Les Chams (ou Chami) vivaient depuis des siècles le long de la côte ionienne, à cheval entre l'Albanie et la Grèce actuelles. Au moment de l'indépendance albanaise en 1912, le découpage des frontières les contraint à une première émigration, vers l'Albanie, mais également vers la Turquie, où environ 100 000 d'entre eux trouvent refuge. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la Grèce poursuit le " nettoyage ethnique " et expulse les Chams musulmans encore présents sur son territoire. Aujourd'hui, environ 40 000 Chams orthodoxes vivraient en Grèce.

Albanais de Serbie - Ils seraient environ 50 000. Principalement musulmans, ils résident surtout dans le Sud, à la frontière du Kosovo, dans les villes de Preševo, de Bujanovac. Lors de l'intervention de l'Otan en 1999, cette minorité a pris les armes pour réclamer son rattachement au Kosovo. Les Albanais de Serbie disposent d'écoles enseignant en albanais, mais la majorité des étudiants de la communauté est inscrite à l'université de Pristina, au Kosovo.

Albanais du Monténégro - Cette communauté d'environ 30 000 personnes (5 % de la population du pays) est surtout installée dans la région de Malesija et dans la petite ville côtière d'Ulcinj (Ulqin en albanais), près de Shkodra. Répartis entre musulmans (73 %) et catholiques (26 %), ils constituent la 4e ethnie du pays, derrière les Monténégrins, les Serbes et les Bosniaques. Ils disposent d'écoles publiques et de cours en langue albanaise à l'université de Podgorica et entretiennent des relations soutenues avec l'Albanie.

Autres pays des Balkans - Les Albanais sont également présents depuis plusieurs siècles en Bosnie-Herzégovine (10 000), en Roumanie (10 000), en Croatie (4 000), en Slovénie (4 000) et en Bulgarie (300).

Diaspora récente - Les Albanais sont au moins deux fois plus nombreux à vivre à l'étranger que dans leur propre pays. Le nombre d'Albanais à avoir émigré depuis le XIXe s. serait de 7 à 20 millions. Il est toutefois compliqué de connaître leur nombre exact. D'une part, ceux-ci sont parfois assimilés à la population locale. D'autre part, ils peuvent être originaires d'Albanie, de République de Macédoine ou du Kosovo. Et, selon les périodes de l'histoire, les offices d'immigration des pays d'accueil peuvent les avoir comptabilisés en tant que serbes, italiens, yougoslaves, bulgares ou grecs. Ils seraient ainsi 1 million aux États-Unis (et 250 000 au Canada), 700 000 en Grèce, 380 000 en Italie, 350 000 en Allemagne. Dans les pays francophones, la plus grosse minorité albanaise se trouve en Suisse, avec 250 000 personnes, en majorité originaires du Kosovo. En France, en revanche, on ne compte que 28 000 personnes (avec un grosse concentration à Saint-Étienne) et 31 000 en Belgique

Minorités ethniques

À en croire les discours officiels, la population de l'Albanie serait " homogène ", c'est-à-dire à 95 % albanaise. Cette position était déjà défendue par le roi Zog avant guerre, puis par Enver Hoxha durant la période communiste. Pourtant, l'Albanie ressemble à tous les pays des Balkans : c'est une mosaïque de peuples. Selon les organisations représentant les minorités, les non-Albanais pourraient totaliser de 20 à 30 % des habitants. Ce manque de reconnaissance du poids réel des minorités fait partie des raisons mises en avant par l'Union européenne pour refuser l'adhésion de l'Albanie.

Grecs - Officiellement, l'Albanie compterait un peu moins de 25 000 personnes se déclarant appartenir à la minorité grecque, soit 0,87% de la population totale. Celle-ci conteste cependant ces chiffres " sous-estimés ". Installés dans le Sud depuis l'Antiquité, autour des villes de Saranda, de Korça et de Gjirokastra, ils sont majoritaires dans certains villages de la côte ionienne comme Himara. Là, l'usage du grec et de dialectes proches du grec est courant, comme en atteste les nombreux drapeaux bleu et blanc de la République hellénique flottant sur les maisons. Alors que les relations entre Grecs et Albanais sont plutôt paisibles sur place, au niveau politique, c'est toute la région de l'Épire, située de part et d'autre de la frontière, qui est l'objet d'un conflit larvé entre Athènes et Tirana depuis plus de vingt ans. À la chute du communisme, près de la moitié des Grecs d'Albanie auraient émigré vers la Grèce. Mais, avec la crise économique grecque, une partie de ceux-ci commencent à revenir en Albanie. Sur place, ils se sont organisés dès 1991 autour de l'association Omonia (" concorde " en grec) pour défendre leurs droits. Jugée anticonstitutionnelle, cette structure a été interdite, mais continue d'être active notamment au travers de sa branche politique, le Parti de l'union pour les droits de l'homme. Avec les Slavo-Macédoniens, les Grecs font partie des deux premières ethnies minoritaires reconnues par l'Etat albanais. À ce titre, ils disposent d'écoles enseignant le grec dans certaines zones, mais continuent de réclamer la création d'établissements scolaires à Korça, à Vlora ou à Përmet. Plusieurs journaux en langue grecque sont imprimés en Albanie, et la Grèce dispose de deux consulats à Korça et à Gjirokastra.

Slavo-Macédoniens - Par le terme " Macédoniens ", l'Albanie désigne les Slaves de langue macédonienne, par opposition aux ressortissants de la République de Macédoine qui peuvent tout aussi bien être slaves, albanais, aroumains, roms ou encore turcs. Ils seraient entre 4 000 et 15 000, notamment près des lacs de Prespa et d'Orhid, dans les villes de Korça, de Pogradec et de Liqenas. Davantage musulmans au nord-est et orthodoxes au sud-est, ils disposent d'écoles dans deux régions, ainsi que de plusieurs journaux et d'une chaîne de télévision (Televisija Kristal). Ils sont représentés par l'Alliance macédonienne pour l'intégration européenne qui ne compte pas d'élu au Parlement.

Serbes et Monténégrins - Considérées comme une seule ethnie en Albanie, les deux minorités sont surtout présentes autour de Shkodra et de Vraka, dans le nord du pays. Leur population est estimée à environ 2 000 personnes par le ministère de l'Intérieur albanais, tandis que la Serbie et l'association Moraca-Rozafa qui les représente donnent une fourchette de 25 000 à 35 000 personnes. Il semblerait toutefois qu'une partie de cette population ait fuit en Serbie après la chute du communisme. Malgré les mauvaises relations entre Tirana et Belgrade au sujet du Kosovo, les Serbes et les Monténégrins demeurent bien acceptés par la population albanaise. La présence des Serbes est attestée dès le Ve s., après les incursions slaves dans l'Empire byzantin. Une partie se serait convertie à l'islam durant la période ottomane. Et, plus récemment, dans les années 1920, des musulmans serbes du Sandjak ont émigré dans la région de Fier, où leurs descendants sont environ 200 aujourd'hui. Si, au cours de l'histoire, la plupart des noms de famille ont été albanisés, le gouvernement de Tirana accepte à présent que les Serbes et les Monténégrins reprennent leurs anciens noms.

Aroumains - Appelés aussi Valaques ou Vlachs, leur poids démographique a longtemps été sous-estimé en Albanie. Alors que l'État en comptabilisait à peine 5 000 dans les années 1960, ils seraient en fait plus de 100 000 selon des études récentes. S'ils sont présents dans tous les Balkans du Sud, leur origine est mal connue et sujette à controverse : pour les uns, ils seraient les descendants de légionnaires et de colons de l'empire romain, pour les autres, les descendants des colons grecs de l'Antiquité, latinisés durant la période romaine. De fait, leur langue est proche du roumain. À ce titre, ils bénéficient aujourd'hui partout dans les Balkans du soutien de l'État roumain, y compris en Albanie, pour la construction d'écoles enseignant leur langue. Toutefois, les Aroumains d'Albanie se sentent davantage grecs, puisque la majorité d'entre eux disent parler grec, se réclament de l'Église orthodoxe grecque et s'identifient à la minorité grecque d'Albanie. En Grèce, les Aroumains d'Albanie sont d'ailleurs considérés comme des Grecs à part entière. Aujourd'hui reconnue officiellement par l'Etat albanais, la minorité aroumaine est présente de manière éparse dans tout le sud du pays, principalement sur la côte, de Fier à Vlora, et le long de la frontière grecque de Korça à Saranda.

Roms - Cette minorité est sans aucun doute la plus pauvre et la moins bien intégrée du pays. Aucune donnée précise n'existe, mais les organisations internationales estiment que la population rom d'Albanie compte 100 000-150 000 personnes. Ces chiffres sont toutefois à nuancer. D'une part, les Roms sont rarement enregistrés à l'état civil. D'autre part, ils sont souvent confondus avec deux autres ethnies distinctes, les Ashkali et les Balkano-Égyptiens (lire ci-après). Arrivés d'Inde, les Roms se seraient d'abord installés dans la plaine centrale du Myzeqe (région de Fier) au XVe s., peu avant l'arrivée des Ottomans. Rapidement convertis à l'islam comme la majorité de la population, les Roms ont continué de parler leur propre langue et sont longtemps restés nomades. La dictature d'Enver Hoxha les a contraints à se sédentariser dans les années 1960. Occupant principalement des emplois peu qualifiés, ils ont peu bénéficié du système éducatif communiste. Après la chute du régime, dans les années 1990, ils ont été les principales victimes du basculement vers le modèle capitaliste, avec des taux d'analphabétisme et de chômage dépassant les 60 %. Aujourd'hui, les Roms continuent d'être exclus du système universitaire, du marché de l'emploi, de l'accès aux soins, etc. Vivant le plus souvent dans les bidonvilles, notamment dans la banlieue de Tirana, ils ne disposent pas non plus d'école enseignant la langue romani et ses dialectes. Selon les organisations humanitaires, comme le Secours populaire ou Terre des hommes, les Roms sont les principales victimes du trafic humain dans le pays.

Ashkali et Balkano-Égyptiens - Il s'agit de deux peuples souvent assimilés aux Roms, installés au Kosovo, au Monténégro, en Serbie, en République de Macédoine et en Albanie. Parfois désignés comme " jevgs " en Albanie, eux-mêmes se considèrent comme deux peuples à part, mais sans langue propre. Dans chaque pays, les deux peuples ont adopté la langue majoritaire locale, contrairement aux Roms qui continuent de parler leur propre langue. Les Balkano-Égyptiens seraient originaires de l'Égypte ancienne. La présence de traces de temples dédiés à Isis et à d'autres dieux égyptiens dans les Balkans, parmi lesquels ceux d'Ohrid et de Bitola en République de Macédoine, semblent accréditer cette thèse. Les Ashkali, quant à eux, prétendent être les descendants de Perses arrivés dans la région par le port d'Ashkelon (Israël). Le terme a ensuite été utilisé par les Ottomans pour désigner les Roms et autres peuples nomades sédentarisés des Balkans. Encore mal connues, ces deux ethnies n'en formeraient qu'une seule selon certains chercheurs. Non reconnues par l'État albanais, elles sont constamment confondues avec les Roms dans les rares études démographiques menées dans le pays. L'association des Égyptiens des Balkans (Union of Balkan Egyptians), basée en République de Macédoine, représente les intérêts de cette minorité dans les différents pays de la région. Elle estime que les Balkano-Égyptiens seraient 300 000 en Albanie. Un chiffre sans doute largement exagéré et d'autant plus difficile à vérifier qu'une partie de cette population est sans doute " albanisée ".

Chams - Ethniquement albanais, les Chams (Çam en albanais) seraient de 80 000 à 200 000. Parlant un dialecte proche du tosque, ils sont présents dans les grandes villes, à Tirana, à Durrës et à Vlora, mais également dans le sud du pays. Originaires de la région de Chameria (ou Épire) à cheval entre la Grèce et l'Albanie, on pourrait les comparer en France à la communauté Pieds-Noirs. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, une grande partie des Chams musulmans de Grèce a trouvé refuge en Albanie, chassés par les autorités grecques sous prétexte à la fois de collaboration avec l'occupant allemand, puis d'activisme communiste. Les Chams sont défendus par plusieurs associations qui font pression sur le gouvernement albanais pour influer sur les relations avec la Grèce. Ils sont représentés au Parlement par le Parti pour la justice, l'intégration et l'unité (PDIU), qui réclame le droit de revenir s'installer en Grèce et défend l'ensemble des minorités albanaises dans l'ensemble des Balkans, notamment la communauté cham orthodoxe de Grèce.

Pomaks - Ces slaves musulmans d'origine bulgare - également présents en Grèce et en République de Macédoine - sont depuis peu évoqués dans les rapports de l'administration albanaise. Etablis dans l'Ouest, le long de la frontière avec la République de Macédoine, les Pomaks ne seraient que quelques centaines selon Tirana. De son côté, la Bulgarie évoque 50 000, voire 100 000 personnes. L'énorme différence entre les chiffres peut s'expliquer par trois facteurs. D'abord, par la volonté de l'Albanie de minimiser l'importance réelle des minorités. Ensuite, par une relative assimilation des Pomaks au sein des autres ethnies, notamment albanaises et slavo-macédoniennes. Enfin, par une confusion entre Slavo-Macédoniens et Bulgares, dont les langues sont très proches et qui vivent en Albanie sur les mêmes territoires. Par ailleurs, il se trouve que la Bulgarie a parfois tendance à nier l'existence de l' " ethnie slavo-macédonienne ", considérant que les Slavo-Macédoniens sont en fait des Bulgares.

Gorani - Les Gorani ou Gorans habitent la région de Gora, à cheval entre l'Albanie et le Kosovo. Musulmans, slaves et originaires de Bulgarie comme les Pomaks, ils se distinguent toutefois de ceux-ci par leur langue, le goranski (ou našinski). Leur existence dans la région est attestée au XIVe s. Islamisés par les Ottomans, ils ont toutefois conservé certains rites empruntés à l'église orthodoxe et à l'ancienne secte chrétienne bogomile du Moyen Age. Après une importante vague d'émigration dans les années 1990, les Gorani ne seraient aujourd'hui plus que 6 000 répartis entre l'Albanie et le Kososo.

Bosniaques - Ils seraient environ un millier, installés depuis plus d'un siècle autour des villes de Shijak et de Sukth, près de Durrës. Musulmans, ils sont les descendants d'une centaine de Bosniaques du Monténégro arrivés en 1878, par hasard, alors qu'ils voulaient fuir le catholicisme. Une drôle d'histoire qui a commencé par une panne de bateau bloqué à Durrës. Devenus agriculteurs, puis commerçants, ils ont fondé des familles et leurs descendants sont restés coincés en Albanie par la fermeture des frontières pendant la dictature communiste. Aujourd'hui bien intégrés, ils continuent de se marier entre eux et de parler bosniaque-serbo-croate. Depuis la chute du communisme, ils entretiennent des liens étroits avec la Bosnie-Herzégovine, qui a notamment ouvert un consulat à Durrës en 2008.

Juifs - Ils ne sont désormais plus qu'une centaine dans le pays. Mais l'Albanie constitue un cas unique dans l'histoire de l'Holocauste. Les premières traces d'une pratique du judaïsme apparaissent à Saranda au Ve siècle, puis au au XIIe siècle. avec des familles sépharades s'installant dans les villes de Berat, de Durrës, de Vlora et d'Elbasan. La communauté s'agrandit au XVe s. avec l'arrivée dans l'Empire ottoman des Juifs chassés d'Espagne. À partir des années 1930, l'Albanie va devenir un refuge pour les Juifs d'Europe. D'abord sous l'impulsion du roi Zog qui autorise l'ambassade d'Albanie à Berlin à accorder des visas aux Juifs allemands. Puis, lorsque les Italiens prennent le pouvoir en Albanie et dans les régions albanophones limitrophes, ceux-ci refusent de livrer à leurs alliés allemands les Juifs présents sur les territoires qu'ils contrôlent. La population juive est alors d'environ 2 500 personnes, contre 200 à peine dix ans plus tôt. Après l'effondrement de l'Italie fasciste en septembre 1943, les troupes nazies entrent en Albanie. En avril 1944, environ 400 Juifs allemands et autrichiens sont raflés à Durrës et à Tirana, puis envoyés vers les camps de la mort. Trouvant refuge dans les montagnes, le reste de la communauté survivra grâce à la solidarité de la population. Cet épisode de fraternité entre Juifs et musulmans est aujourd'hui souvent cité en exemple pour un rapprochement entre les deux communautés. Environ 2 000 Juifs ont survécu en Albanie, sans doute le seul pays de l'Europe occupée à avoir vu sa population juive croître pendant la guerre. Une grande partie de ces réfugiés émigrent, notamment vers la Palestine en 1944. Tandis que les autres se voient rapidement coincés en Albanie par la dictature d'Enver Hoxha. À la chute du régime en 1992, la quasi totalité des Juifs part s'installer en Israël, mais une partie d'entre eux reviendra en Albanie dans les années suivantes.

Autres minorités - L'Albanie ne compte aujourd'hui plus de communauté turque ni italienne. Les deux anciennes puissances occupantes, l'Empire ottoman et l'Italie fasciste, avaient pourtant installé des colons en Albanie. Alors qu'il subsiste des minorités turques au Kosovo ou en République de Macédoine, ici, il semble que cette communauté se soit assimilée à la population locale. En revanche, comme en Croatie ou en Bosnie, les colons italiens ont fait souche en Albanie après la Seconde Guerre mondiale. Mais leurs descendants ont définitivement quitté l'Albanie, peu après la chute du communisme, en 1992. En revanche, la Russie soviétique a laissé derrière elle une petite communauté d'Arméniens après la rupture provoquée par Enver Hoxha en 1960. Ces anciens soldats de l'Armée rouge et leurs familles seraient environ 700 dans le pays.

Une langue indo-européenne à part

L'albanais est une langue indo-européenne, au même titre que les langues latines, germaniques, slaves... mais elle est la seule représentante de sa famille, comme le grec. Les origines de l'albanais sont obscures. Il descend vraisemblablement des langues paléo-balkaniques (illyrien, thrace et dace), mais cette filiation est difficile à prouver à cause de la rareté des textes anciens. Par ailleurs, son appartenance aux langues indo-européennes n'a été clairement établie qu'au XXe s., car son lexique s'est fortement déformé au cours des siècles. Le plus vieux texte en albanais ne date que du XVe s.

Une langue récente aux origines très anciennes - Constituée, jusqu'au XIXe s., d'un ensemble de dialectes de tradition orale, elle ne sera véritablement unifiée qu'au début du XXe s. Ce processus d'unification, engagé dès le milieu du XIXe s. par les intellectuels de la renaissance nationale, aboutira, en 1908, à l'abandon de l'alphabet grec et à l'adoption d'un alphabet latin de 36 lettres. Les règles de l'orthographe albanaise ne seront fixées de façon formelle qu'en 1972. La langue albanaise comporte de nombreux termes étrangers (grecs, latins, slaves et, bien sûr, turcs). C'est la langue latine qui a laissé les traces les plus profondes, surtout dans le lexique.

Deux dialectes - L'albanais comprend deux principaux dialectes assez différenciés : le tosque au sud et le ghègue au nord. Le tosque est, parlé par quelque 4 millions de personnes dans le sud de l'Albanie, en dans la région grecque de l'Épire (Çamëria en albanais) et en Macédoine méridionale. Le dialecte des Arbëresh, Albanais émigrés en Italie méridionale face à l'invasion ottomane au XVe s. et qui parlent encore la langue, est lui aussi une variante du tosque. Le guègue est parlé dans le nord de l'Albanie, au Kosovo, en Serbie du Sud, au Monténégro oriental et en Macédoine occidentale. Il y a des variantes intermédiaires, mais on estime que la division entre le guègue, et le tosque, est marquée par la rivière Shkumbin. Le guègue a longtemps servi de forme littéraire standard, mais la dictature communiste l'a remplacé par le tosque après 1945. Les territoires albanophones de Yougoslavie (en Macédoine et au Kosovo principalement) ont suivi ce changement. La plupart des publications albanaises sont donc écrites en tosque, même si le guègue est majoritaire.

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