Arts et culture

ARCHITECTURE
Façades de Tbilissi.
Façades de Tbilissi.
Architecture religieuse

Les principaux monuments historiques que l'on rencontrera dans n'importe quelle région de Géorgie sont des bâtiments religieux. Construits dans des sites naturels imprenables et magnifiques, beaucoup d'entre eux ont survécu à des siècles de troubles et de ravages. Avec la conversion de la Géorgie au christianisme, l'architecture religieuse s'est développée de manière fulgurante, souvent sur des anciens sites païens ou zoroastriens. Les églises et monastères qui ont traversé les siècles permettent de " lire " très clairement l'évolution de l'architecture et de la culture géorgiennes.

Les premières églises, comme celle de Svétitskhoveli à Mtskheta, furent souvent élevées en bois pour être ensuite reconstruites en pierres taillées rectangulaires, scellées par du mortier. Les techniques de construction employées dans l'art roman occidental à la même époque se retrouvent dans l'architecture géorgienne (voûtes d'arête, voûtes en plein cintre, coupoles, arcs et piliers).

Du IVe au VIIe siècle, beaucoup d'églises sont construites pour accueillir de nombreux fidèles. La forme de la basilique introduite dans les églises d'Orient est relativement peu connue en Géorgie. Les premières basiliques édifiées en Géorgie sont celles de Bolnissi (478-493), d'Ourbnissi et d'Antchiskhati à Tbilissi. Les caractéristiques de ces églises sont semblables : un toit recouvrant les trois nefs, la nef centrale étant plus haute que les deux nefs latérales, munies d'une voûte en demi-berceau. Dans la seconde moitié du VIe siècle, apparaîtront véritablement les églises à coupole (au centre de l'église).

L'église de Djvari (586-604), qui surplombe Mtskheta, ainsi que les églises de Martvili, de Atenis Sioni et de Chouamta sont construites sur le même modèle - appelé plan tétraconique à coupole - lequel va se développer tout particulièrement en Géorgie. Trouvant des échos en Arménie, ce style est dit " caucasien ". La structure est pourvue de quatre chambres d'angle et sa partie centrale est surmontée d'une coupole. Il n'y a pas encore de pendentifs pour assurer la continuité entre le plan quadrangulaire du niveau inférieur et la structure circulaire de la coupole.

Ces églises de dimensions modestes ne suffisent bientôt plus pour abriter la masse toujours croissante de fidèles, et de nouvelles formes architecturales vont voir le jour. De la seconde moitié du VIIe siècle et jusqu'au Xe siècle, l'architecture religieuse se développe selon des types très particuliers, mêlant harmonieusement éléments traditionnels, formes et thèmes divers et innovations. La coupole sur pendentifs, d'origine byzantine, fait alors son entrée dans les églises géorgiennes.

Sous le règne du roi Bagrat III (975-1014), la Géorgie est unifiée et une prospérité économique favorise l'épanouissement de l'art architectural. Des édifices imposants comme la cathédrale de la Mère-de-Dieu à Koutaïssi (1003), la cathédrale Saint-Georges-d'Alaverdi (XIe siècle) et Svétitskhoveli à Mtskheta (1010-1029) témoignent de la nouvelle puissance du pays. Les façades s'ornent d'arcs décoratifs, les fenêtres et les portes s'entourent de sculptures aux ornementations très ouvragées. A l'intérieur, les murs et les voûtes sont recouverts de peintures. De dimensions plus réduites que les grandes cathédrales, l'église de Samtavissi (entre Kaspi et Gori) est particulièrement remarquable par sa façade orientale, sculptée de motifs très détaillés (lys, griffon, croix, arbre de vie). Les inscriptions attestent de la fin de sa construction (1186) et du nom de son fondateur, l'évêque Hilarion Samtavneli. Seule cette façade est d'origine ainsi que le mur d'enceinte. Le reste a souffert du tremblement de terre de 1283 et des destructions mongoles.

Entre le XIIe et le XIIIe siècle, on construit des églises plus petites mais on insiste davantage sur les fresques et les ornements. Du XIVe au XVIIIe siècle, on note une diminution des constructions d'édifices religieux, due aux troubles que connaît la région. Des villes prospères sont saccagées et abandonnées (comme Grémi, capitale de la Kakhétie). En revanche, des forteresses (comme Ananouri), des bains et des caravansérails, sous l'influence des puissances musulmanes, se multiplient.

C'est au XIXe siècle que l'architecture ecclésiale connaît un renouveau, initié par la prospérité amenée par l'annexion russe. La Russie orthodoxe favorise la construction d'églises, influencées par l'architecture russe. Dans la deuxième moitié du XIXe, le romantisme national inaugure un style néomédiéval, reprenant les canons architecturaux du siècle d'or, mais en agrandissant les dimensions (comme l'église Kachvéti sur l'avenue Roustavéli de Tbilissi). L'avènement de l'URSS sonne le glas de l'architecture religieuse, mais celle-ci reprend de plus belle à partir de la fin des années 1990, dans un style national souvent critiqué pour sa mégalomanie (la nouvelle église Saméba, gigantesque et couverte de marbre à l'intérieur, dépasse la taille des cathédrales d'Alaverdi et Svétitskhovéli). Dans les zones urbaines non historiques, quantités d'églises aux allures médiévales sont construites.

D'autres styles religieux ont fleuri en Géorgie. Notamment, les églises arméniennes du pays ont leur propre style, distinct de l'architecture religieuse d'Arménie. Leur ressemblance apparente avec les églises orthodoxes (elles étaient construites aux mêmes époques et avec les mêmes matériaux) est d'ailleurs une source de dispute sur certains bâtiments. Tbilissi comporte un très grand nombre d'anciennes églises arméniennes (en fait, la plupart des églises de la vieille ville, même si elles sont aujourd'hui orthodoxes) ; chaque ville pratiquement comporte une église arménienne. Enfin, la Samtskhé-Djavakhétie est riche en bâtiments religieux arméniens.

Les églises catholiques construites entre le XVIIe et le XXe siècle sont d'un style autochtone ; notamment un type, comme l'église de Gori ou celle de Koutaïssi, qui métisse l'architecture jésuite et des couleurs locales.

Enfin, le territoire du Sud-Ouest géorgien est truffé de ruines de mosquées et madrassas des XVIe ou XVIIe siècles, élevées par les Ottomans. Il en reste rarement grand-chose, et les mosquées qui ont survécu (Batoumi et Tbilissi) sont des bâtiments du XIXe siècle sans intérêt architectural particulier. Tbilissi comportait un grand nombre de mosquées chiites de type iranien, mais Béria les a toutes rasées dans les années 1930, pour laisser sur pied l'une des rares mosquées sunnites de la ville, peu raffinée.

Architecture laïque

Il ne reste que très peu de bâtiments civils antérieurs au XIXe siècle, en dehors de quelques palais comme celui d'Irakli II à Télavi, de style persan, ou celui des Eeristavis d'Akhalgori, ainsi que maintes forteresses, souvent en ruine.

Après le rattachement de la Géorgie à la Russie, en 1801, le style classique russe va se répandre dans les villes, en particulier dans les bâtiments administratifs, mais on le retrouvera également dans l'habitat, sans que pour autant disparaissent les traits spécifiques de l'architecture locale. Les maisons du vieux Tbilissi et en général tous les vieux quartiers des villes (Koutaïssi, Télavi) en sont l'illustration. Un style persanisant persévèrera aussi longtemps dans les ornements et le dessin des rues, antérieur à l'époque russe, et il a été préservé dans bien des villes et notamment dans le vieux Tbilissi bien que la plupart des bâtiments soient du XIXe siècle. Une particularité locale emblématique de Tbilissi et de la Kartlie-Kakhétie est l'usage quasi systématique de balcons en bois finement orné. Dans le vieux Tbilissi, leur structure parfois rocambolesque y est pour beaucoup dans le pittoresque de l'endroit. Le Tbilissi du XIXe siècle a par ailleurs été un laboratoire pour plus d'un architecte russe ou européen désireux de laisser exploser son imagination orientaliste dans ce " nouvel Orient " désormais conquis. Des bâtiments comme la mairie de Tbilissi ou l'opéra, de style très mauresque, ont en réalité été construits par des architectes allemands !

Les régions se distinguent également par des architectures et des habitats traditionnellement variés, adaptés aux conditions climatiques et au mode de vie des habitants. Les maisons de plaine ont en général de grandes terrasses en bois et des jardins ombragés de tonnelles, formant un paysage rural riant où il est bon de passer les chaudes soirées d'été. Plus on s'élève en altitude, moins les ouvertures sont grandes et plus les boiseries cèdent la place à la pierre épaisse. Dans le Grand Caucase et notamment en Svanétie, les étranges tours-maisons sont l'un des habitats les plus inhabituels. En guerre perpétuelle, les villageois avaient chacun une tour à côté de leur maison, où ils se réfugiaient en temps d'hostilités ! Certains villages où des dizaines de tours austères sont côte à côte en impressionneront plus d'un. Une autre curiosité architecturale : les vieilles rues de Bolnissi et Dmanissi, construites au XIXe siècle par les colons allemands installés ici. Ces maisons allient l'aération des maisons transcaucasiennes (boiseries, terrasses, balcons) et les solides dimensions des fermes souabes ! Comme un ornement du vieux Tbilissi sur une maison du Bade-Wurtemberg, cette architecture est l'un des plus évidents métissages architecturaux de la région.

Les années staliniennes auront légué de nombreux bâtiments néoclassiques, moins mégalomanes que leurs équivalents moscovites, et reprenant souvent des motifs locaux. Ainsi l'académie des sciences ou la poste de Tbilissi, le musée Staline de Gori. Mais à partir des années 1950 seront construits de nouveaux quartiers à l'architecture verticale à la périphérie de Tbilissi (Glani, Temka, Moukhiani, le plateau de Noutsoubidzé, Didi Digomi). Ils sont peu entretenus, leur aspect extérieur n'est pas des plus reluisants et leur masse enlaidit bien souvent le paysage. L'habitat typique des années 1960 est la khroutchovka, petite barre de béton aux logements tous identiques. Mais au fil des années, les barres HLM construites seront de plus en plus hautes et de moins en moins bonne qualité. Celles construites dans les années 1980 sont en plus mauvais état que les khroutchovkas des années 1950-1960.

Nouvelles constructions et gestion du patrimoine

Le gouvernement issu de la révolution des Roses est fortement intervenu en architecture, ce qui n'avait pas été fait ou quasiment pas depuis la chute de l'URSS.

Sur les goûts personnels assez particuliers du président Saakachvili, portant sur le monumental et des éléments de modernité comme le verre et le métal, ces efforts révolutionnaires ont introduit des éléments d'architecture contemporaine dans un style proche des nouvelles mégapoles type Dubaï ou Hong Kong, dans la manière de rénover les anciens bâtiments soviétiques (les hôtels Adjara et Ivéria à Tbilissi, couverts de verre), ou avec d'étonnants nouveaux bâtiments : hôtels de Batoumi, pont de verre et de métal dans le vieux Tbilissi.

Quant aux rénovations à but touristique, elles ont pour beaucoup été réalisées en façade seulement, en ne respectant pas les critères des architectures concernées, mais en introduisant des éléments nouveaux : signes folkloriques absents à l'origine, beaucoup de couleurs criardes façon Disneyland... Le tout a entraîné une multitude de conflits avec l'Unesco et les associations de protection du patrimoine, l'exemple le plus extrême en la matière étant la cathédrale de Bagrati à Koutaïssi.

L’architecture troglodytique en Géorgie

La Géorgie possède trois sites troglodytiques remarquables. La ville d'Ouplistsikhé date du VIe siècle avant J.-C. et connut son apogée au haut Moyen Age. Lors de sa plus grande expansion, elle comptait 700 grottes transformées en lieux d'habitation, palais, églises, théâtres, pour environ 20 000 habitants. On peut en voir encore 150 de nos jours, parmi lesquelles un théâtre de l'époque romaine et un ancien temple païen. Ouplistsikhé, " le château de dieu ", fut habitée jusqu'au début du XXe siècle ; c'est aujourd'hui un musée.

Les monastères de David Garedja sont un remarquable exemple d'architecture monastique à même la roche. Fondé au VIe siècle, le complexe contient des " monuments " religieux et d'habitation, aménagés entre le VIe et le XIXe siècles. Dans le monastère d'Oudabno, on peut voir une longue série de fresques religieuses rupestres. Plusieurs églises sont taillées dans des grottes, dont l'église de la Transfiguration du VIe siècle. Le site est à présent de nouveau habité par une cinquantaine de moines.

La ville de Vardzia est le plus impressionnant des sites troglodytiques géorgiens. Au XIIe siècle, la reine Tamar y fonda un monastère qui se transforma rapidement en une ville troglodytique de 50 000 habitants (proportions énormes pour l'époque). La ville s'étageait sur 13 étages, autour de l'église de l'Assomption en son centre. La ville fut endommagée par un tremblement de terre en 1283, la moitié des habitations s'effondrèrent. Elle déclina pendant les siècles suivants lors de la longue période de troubles en Géorgie. Cependant, la partie de la ville non endommagée par le tremblement de terre est remarquablement conservée ; des moines ont réinvesti les lieux, mais on peut les visiter.

ARTISANAT
Service en cuivre.
Service en cuivre.

Le coeur de la vie des villes, particulièrement à Tbilissi, est animé par les petites boutiques d'artisans dont les activités sont encore loin d'être mises en péril par quelques grandes surfaces. Coiffeurs, couturiers, cordonniers, garagistes, quincailliers, leurs échoppes sont le noeud de la vie sociale en ville. La société de consommation en étant à ses balbutiements en Géorgie, il est beaucoup plus d'usage de faire réparer que d'acheter neuf et le recyclage est une pratique indispensable. Les prix pratiqués par les artisans sont modestes et leur clientèle nombreuse. Souvent, ils se sont installés dans les anciennes grandes surfaces soviétiques comme Univermag et mènent leurs activités côte à côte avec un savoir-faire impressionnant.

Parallèlement, les boutiques des rues de Tbilissi regorgent de produits d'artisanat folklorique, reproductions d'objets traditionnels. Costumes et dérivés (tchokha - costume national à l'air de pardessus, nabadi - manteau de laine), chapeaux, poignards (kandjari) et couteaux, jarres à vin (kvevri), cornes pour boire, vous n'aurez pas de mal à trouver un souvenir à emmener. Mais ne croyez pas que ce sont des productions uniquement destinées aux touristes : les Géorgiens en raffolent et s'offrent régulièrement ces petits composants de l'identité nationale.

ARTS DU SPECTACLE

C'est à Tbilissi que se concentre l'immense majorité des activités culturelles en Géorgie. Dans le passé, Koutaïssi était un foyer de culture important, mais la ville a depuis 20 ans totalement périclité. Batoumi est largement le deuxième centre culturel du pays, avec un opéra et plusieurs théâtres. Certains artistes des plus audacieux viennent de Batoumi. Mais la cité adjare est bien loin de pouvoir rivaliser avec la capitale hégémonique.

Cinéma

Le 7e art géorgien est relativement peu connu du grand public ; il est pourtant remarquablement riche. La République soviétique de Géorgie, comparé à sa taille et à sa population, a donné jour à l'un des cinémas les plus riches et productifs de toute l'URSS. Déjà marqué par plusieurs réalisateurs de talent et originaux dans les années 1920-1950 (Nikolozi Chenguelaïa, Kote Mikaberidze, Mikhaïl Kalatozov), il a connu un véritable essor des années 1960 aux années 1980. Les comédies grand public ont façonné l'identité géorgienne contemporaine et restent aujourd'hui des références cultes. Mais un cinéma d'auteur de qualité a également eu sa place, développant un langage cinématographique spécifique et une esthétique raffinée. L'une des approches les plus originales du cinéma géorgien fut, chez quelques auteurs, de chercher dans des traditions picturales autochtones la base d'une esthétique cinématographique. Quand le cinéma traditionnel s'appuie en général sur les conceptions de la peinture européenne depuis la Renaissance, certains films géorgiens sont construits selon d'autres principes : l'iconographie orthodoxe (Vedreba de Tenguiz Abouladzé), la peinture de Pirosmani, elle-même iconographique (Pirosmani de Guiorgui Chenguélaïa) ou les miniatures caucasiennes et orientales (La Légende de la forteresse de Sourami et Achik Kérib de Sergueï Paradjanov). A partir des années 1970, le parrainage du Premier secrétaire du PC géorgien, Edouard Chevardnadzé, a donné les conditions d'un cinéma particulièrement libre pour une république soviétique, porté par une génération d'auteurs ambitieux aux fortes personnalités. Ils furent les premiers à parler de thèmes tabous en Union soviétique, tels les purges staliniennes (Monanieba d'Abouladzé), les absurdités de la bureaucratie (Les Montagnes bleues d'Eldar Chenguelaïa) ou les problèmes sociaux. Le cinéma géorgien soviétique a aussi contribué à diffuser les idées du nationalisme à la soviétique, puis du mouvement national, aussi beaucoup de films traitent de héros nationaux, tragédies nationales, folklores régionaux, fresques historiques, etc.).

Malheureusement, la chute de l'URSS a signifié la ruine des coûteuses institutions de production (les studios Grouzia Film) et des salles de cinéma. Le niveau artistique a sévèrement décliné dans la foulée, même si quelques auteurs continuent à faire des films de qualité. Les capacités de production sont aujourd'hui très réduites (6 à 8 films par an) et beaucoup de cinéastes géorgiens réalisent à l'étranger : Otar Iosseliani ou Guéla Bablouani (Tsaméti, 13) en France, Dato Djindjadzé en Allemagne. Quand bien même des films sont produits au pays, les salles de cinéma existantes projettent en grande majorité des superproductions hollywoodiennes, si bien que la production locale, d'autant plus s'il s'agit d'un cinéma d'auteur, passe quasiment inaperçue. De plus, il est extrêmement difficile de se procurer la plupart des films d'auteurs lorsqu'ils ne sont pas diffusés par des compagnies étrangères, car l'industrie du DVD n'est rien d'autre qu'artisanale et car personne ne se préoccupe du patrimoine artistique quand il ne rentre pas dans certains canons. Ainsi des films les plus renommés parmi les cinéphiles du monde entier seront introuvables à Tbilissi, à moins de contacter le cousin de l'acteur qui... etc.

Néanmoins, les Géorgiens ne cessent de se référer aux films de l'âge d'or du cinéma géorgien, lequel est l'un des éléments les plus importants de l'identité culturelle géorgienne d'aujourd'hui. Et de très belles oeuvres continuent à être réalisées, comme en 2010 L'Autre rive, portant sur un enfant étrange qui part seul en Abkhazie, ou Jours des rues sur la scène de la drogue dans le vieux Tbilissi, deux films avec un profond ancrage social et de hautes qualités artistiques.

La France est un pays de référence pour le cinéma géorgien puisque de nombreux réalisateurs sont sortis, dans les années 2000, des rangs de la Fémis à Paris (Fondation européenne des métiers de l'image et du son) comme Salomé Alexi ou Téona Grenade, et de la Cinéfondation de Cannes comme Dea Kulumbegashvili. Teona Grenade était présente à La Rochelle en 2014, au festival international du film avec son premier long métrage, Notre enfance à Tbilissi.

Quelques auteurs du cinéma géorgien

Abouladzé, Tenguiz (1924-1994). Un des plus grands réalisateurs du cinéma géorgien qui lui a donné ses lettres de noblesse dans les années 1960-1970. Photographe poétique et inspiré, Abouladzé a construit une esthétique cinématographique majestueuse et grandiose, doublée de l'ambition de dresser un portrait social et politique de son pays. Il étudia à l'Institut de théâtre Chota Roustavéli de Tbilissi, puis au VGIK (école de cinéma) de Moscou. Son oeuvre la plus connue est sa trilogie, un portrait de la société, de l'âme et du destin de la Géorgie en trois volets. Dans le premier, Vedreba (La Prière), 1969, il met en scène la combinaison de plusieurs nouvelles de l'écrivain Vaja Pchavéla situées dans le Grand Caucase et a pour thème central les luttes fratricides entre Kistes (Tchétchènes) et Khevsours (Géorgiens). Dans ce film hiératique, au noir et blanc imposant, aux paysages mystiques, le cinéaste reprend l'esthétique des icônes orthodoxes pour composer ses plans. Bercée par une chorégraphie musicale envoûtante, la mise en scène frontale inclut comme une succession de tableaux-icônes qui plongent le spectateur dans un Caucase ritualiste et ésotérique. Le deuxième volet, L'Arbre aux souhaits, 1976, fait le portrait d'un village géorgien juste avant la révolution de 1917. Ce village est comme une miniature du pays, où se côtoient et s'affrontent le prêtre corrompu, le gauchiste révolutionnaire, le nationaliste, l'ancêtre traditionaliste, l'aristocrate décadente... et les bonnes gens qui laissent faire le crime au nom de la morale et des traditions. Le troisième volet, Monanieba (Le Repentir), 1984, tourné presque sans moyens, en quasi-secret avec la couverture de Chevardnadzé, est l'oeuvre la plus connue d'Abouladzé. En son temps, il fut un véritable pavé : il dénonce l'absurdité et le sadisme du nouveau responsable paranoïaque, véritable sosie de Lavrenti Béria. Ce film a été le premier en URSS à critiquer frontalement l'époque des " grandes purges ". En harmonie avec la glasnost et la perestroïka, il devait recevoir le prix Lénine en 1988, ainsi que le prix spécial du Festival de Cannes en 1987.

Daneliya, Guiorgui (1930). Réalisateur soviétique géorgien, dont la famille a émigré à Moscou alors qu'il avait 9 ans. Ses films, des tragicomédies, sont parmi les plus célèbres dans toute l'ex-URSS, et ont souvent la Géorgie ou les origines géorgiennes comme thème central, le déracinement et le mal du pays ayant marqué le réalisateur. La présentation de la Géorgie dans les films de Daneliya joue sur les clichés que les Russes ont du pays, autant qu'elle participe à leur construction. Dans Ne t'en fais pas (1969), un remake de Mon oncle Benjamin d'Edouard Molinaro, le pittoresque des chansons et ripailles de bons vivants géorgiens qui ne peuvent pas s'amuser tranquillement sans attiser le venin des puissants est la quintessence de l'image des Géorgiens buveurs de vins, chanteurs, hédonistes vivant dans un paradis terrestre. L'acteur Vakhtang Kikabidzé y est l'incarnation du Don Juan géorgien. Dans Mimino (1977), toujours avec Kikabidzé, Daneliya montre la rencontre d'un Géorgien et d'un Arménien à Moscou, ce qui est l'occasion d'un règlement de compte entre ces deux peuples " frères ennemis ", qui dans le contexte moscovite découvrent la multitude de leurs points communs, leur identité caucasienne. Dans Passeport (1990), avec un Gérard Darmon qui passe incroyablement bien pour un Géorgien, Daneliya traite de deux frères Juifs géorgiens, dont l'un a une forte identité juive et veut émigrer en Israël alors que l'autre, bon vivant géorgien, ne s'en soucie nullement. Mais suite à une blague stupide à l'aéroport, c'est le mauvais frère qui se retrouve dans l'avion. En Israël, il est confronté au mal du pays, rencontre la communauté des Juifs géorgiens et se retrouve embarqué dans une odyssée pour rentrer au pays. La fascination nostalgique pour le pays d'origine est une grande composante de l'oeuvre de Daneliya, même si elle n'est pas la seule.

Iosseliani, Otar (1934). Figure à part du cinéma géorgien, auteur-réalisateur émigré en France en 1982 en raison de la censure et autres difficultés auxquelles l'artiste était confronté en URSS. Extrêmement musical et chorégraphique, son art de la mise en scène est particulièrement millimétré et discret, étudiant avec finesse de manière visuelle les relations d'un individu à son environnement. Nostalgiques et " conservatrices ", ses intrigues mettent toujours en scène un imminent danger amené par le monde urbain moderne qui menace de destruction un ancien monde riche et beau. Destruction du vieux Tbilissi, vieilles techniques viticoles supplantées par les plans de production soviétiques, vie à la campagne troublée par la venue de citadins déracinés, musicien surmené qui a perdu le contact avec le temps authentique, sans montre, et ne sait plus profiter des choses simples : tels sont les thèmes de sa période géorgienne, qu'il poursuivra par la suite en France et en Italie, sans toutefois retrouver la puissance esthétique de ses premières oeuvres. Il réalise encore, et son dernier film est sorti en 2006. Après des études au VGIK de Moscou (école de cinéma), il tourne en Géorgie : Avril (1961), La Chute des feuilles (1966), Il était une fois un merle chanteur (1970), Pastorale (1975) ; en France et en Italie : Les Habitants de la Lune (1984), Un petit monastère en Toscane (1988), Adieu plancher des vaches (1999), Lundi Matin (2002) ou Jardins d'automne (2006).

Paradjanov, Sergueï (1924-1990). L'un des plus célèbres et sans doute le plus original des réalisateurs soviétiques était un Arménien de Tbilissi. Après des études au VGIK (école de Cinéma) de Moscou, il commença sa carrière à Kiev en Ukraine où il tourna le célèbre Les Chevaux de feu (1964) ; puis il réalisa en Arménie le très symboliste et hiératique Sayat Nova ou La Couleur de la grenade (1969), sur le poète arménien Sayat Nova, également de Tbilissi. Farouchement indépendant, maniériste baroque et haut en couleur, homosexuel, personnage atypique, cinéaste du symbole, des tableaux et du fantastique, rêveur orientalisant, sculpteur éclectique et burlesque, il allait vite déplaire aux autorités soviétiques. Il passa six ans dans un camp de travail en Ukraine, puis se retrouva à sa sortie démuni et sans carte d'identité, mis sur la touche à la manière soviétique. Il retourna dans la maison familiale de Tbilissi, en liberté surveillée. Mais l'amitié de certaines figures de l'intelligentsia géorgienne, dont l'actrice Sophiko Tchiaouréli, ainsi que le mécénat artistique promu par Chevardnadzé à partir de la fin des années 1970 allaient le remettre en selle. Cela lui permettrait de tourner encore deux longs-métrages ovnis, iconographiques et basés sur l'esthétique des miniatures orientales, aux couleurs éclatantes : une légende géorgienne La Légende de la forteresse de Sourami (1982) et un conte azéri, Achik Kérib (1988), qu'il tourna pour les studios de Géorgie en tant qu'Arménien, en Azerbaïdjan, avec des acteurs kurdes et géorgiens, au début du conflit du Karabagh ! A une époque où les nationalismes embrasaient tout le Caucase, il prônait un cinéma transcaucasien, multiculturel et orientaliste, s'attirant des foudres dans les trois pays.

Paradjanov est mort en 1990 ; la postérité de son oeuvre a été révélatrice de l'évolution politique de la Transcaucasie. Sa maison de Tbilissi a été dépouillée de ses créations plastiques et pratiquement aucun de ses films n'est trouvable sur les marchés de la ville ; en revanche, il est un héros national en Arménie (il n'y a jamais vécu), où un musée a été érigé à sa gloire, accueillant les meubles et les oeuvres de sa maison de Tbilissi. Il est également (d'après sa volonté) enterré à Erevan. Son destin est représentatif de la culture arménienne de Tbilissi dont il n'y a presque plus de traces dans la capitale géorgienne alors qu'elle est à chaque coin de rue à Erevan. Destin représentatif de la construction, à l'époque soviétique (selon les principes de Staline), d'Etats-Nations ethnicisés dans une région traditionnellement mixte. Le créateur disait chérir toutes les cultures du Caucase - mais il est devenu une image quasi exclusivement arménienne. Ses amis géorgiens se sont cependant mobilisés pour lui construire un monument qui se trouve dans le vieux Tbilissi, maigre reconnaissance de sa ville natale.

L'un de ses courts-métrages est consacré au peintre géorgien Niko Pirosmani, Arabesques sur le thème de Pirosmani (1985), un autre au portraitiste arménien de Tbilissi du XIXe siècle Hakop Hovnatanian (1967).

On peut encore citer quelques auteurs importants : Kote Mikaberidze (Ma grand-mère, film muet de 1929) ; Mikhael Kobakhidze (La Noce, 1964, Le Parapluie, 1966), auteur très original souvent mis en parallèle avec la nouvelle vague, on peut malheureusement difficilement trouver ses films... ; Rezo Tchkhéidzé, auteur d'un cinéma très " soviétique " de qualité. Tenguiz Bablouani (Un vol de moineaux) et son fils Guéla qui réalise en France sur des sujets en partie géorgiens (L'Héritage, Tsaméti-13) ; Levan Zakhaerichvili (Issini, Eux, Tbilissi-Tbilissi), le plus grand réalisateur des années 1990-2000, mort en 2005, qui réalisa des films sociaux montrant le chaos et les bas-fonds de la Géorgie indépendante. Le film contemporain qui eut le plus de succès est Voyage au Karabagh (2005) de Lévan Toutbéridzé, d'après l'écrivain Aka Mortchliadzé. Le film relate l'absurde excursion de deux junkies de Tbilissi en pleine guerre civile en Kvémo-Kartlie pour trouver de la drogue ; ils passent la frontière azérie sans s'en apercevoir et se retrouvent séparés en plein conflit du Haut Karabagh, l'un prisonnier des Azéris, l'autre des Arméniens. Le film est prétexte à aborder les problèmes transcaucasiens et les relations entre les trois nations. Mais curieusement, le film a trouvé un moins bon accueil parmi Azéris et Arméniens qu'auprès du public géorgien !

Notons que Pierre Richard est un amoureux de la Géorgie et a joué des petits rôles dans deux films de la réalisatrice Nana Djordjadzé, à une époque où le pays était en plein marasme (Les Mille et une recettes du cuisinier amoureux, 1997 et 27 baisers manquants).

Théâtre

La vie théâtrale de Tbilissi est foisonnante - c'est l'une des principales possibilités de divertissement. Pour preuve, le nombre de théâtres par habitant est sans doute l'un des plus élevés du monde. Les grandes structures post-soviétiques (théâtres Roustavéli, Mardjanichvili, Toumanichvili, de Pantomime, l'opéra Paliachvili) cohabitent avec une nouvelle génération de théâtres privés (théâtres Sardapi (de la cave), du District Royal, Tavisupali (libre)). Curieusement, la qualité est cependant plutôt du côté du premier groupe. Les représentations de groupes folkloriques sont assez fréquentes ; ils passent souvent à l'opéra ou à la Philharmonie. Le théâtre Nabadi est fait pour les touristes, à qui sont montrés quelques éléments de folklore. Les prix sont hallucinants et la qualité est loin. Si vous avez l'occasion de voir un véritable groupe à la Philharmonie ou à l'opéra, n'hésitez pas à pencher pour celui-ci, d'autant que vous payerez quatre fois moins cher. Les minorités ont aussi leurs centres culturels ; le théâtre arménien est national (géorgien), seul théâtre arménien de la diaspora " national ". Le théâtre azéri, à côté des bains, est une initiative récente. Son directeur est géorgien, mais la troupe semble trouver l'engouement de la jeunesse azérie. Enfin, le monstre soviétique, le théâtre Griboïedov, est le théâtre russophone de la ville, qui attire souvent les minorités ethniques ou la vieille " intelligentsia rouge ".

Certaines initiatives sont très originales (le théâtre de marionnettes de Rézo Gabriadzé ou le théâtre de doigts d'un artiste de Batoumi), mais comparé au postmodernisme occidental, on pourra qualifier le théâtre géorgien dans son ensemble de classique.

Deux monuments du théâtre géorgien

Stouroua, Robert (1938). Principal metteur en scène de théâtre à Tbilissi depuis les années 1970. Il était jusque récemment directeur du théâtre dramatique Chota Roustavéli, le plus prestigieux du pays, depuis 1979 - il en est toujours l'image emblématique. Il a acquis une reconnaissance internationale pour sa manière personnelle d'interpréter les oeuvres de Shakespeare et Brecht. Stouroua a étudié la mise en scène auprès de Mikhaïl Toumanichvili, le plus grand metteur en scène de la génération précédente. Après avoir terminé ses études, il est entré au théâtre Roustavéli en 1961, jusqu'à en prendre la direction. Stouroua a développé un style particulier, caractérisé par un jeu d'acteurs très physique et surréaliste, une mise en scène rythmée et musicale (il a beaucoup collaboré avec le compositeur Gia Kantchéli), une narration à la fois décalée et puissante et un jeu constant sur le burlesque et le grandiloquent au théâtre. Chez lui, les personnages passent très rapidement d'une vive excitation à une timidité totale, les rapports de domination s'inversent très vite : autour de cette alternance scénique, Stouroua a analysé et critiqué les rouages du pouvoir et de l'autocratie. Dans les années 1970 et 1980, ses portraits de grands dictateurs shakespeariens étaient une dénonciation codée du système soviétique (Richard III, King Lear), incarnés par le puissant acteur Ramaz Tchkhikvadzé. Stouroua n'a pas aujourd'hui perdu son sens critique, puisqu'en 2005, il créait Le Soldat, l'amour, le garde du corps et... le président, caricature outrancière de la cour d'un président mégalomane et paranoïaque. L'acteur incarnant ce président ressemble étrangement à Saakachvili et certaines composantes idéologiques de cette cour, au gouvernement issu de la révolution des Roses... Sa mise en scène la plus renommée reste peut-être le spectaculaire Cercle de craie caucasien de Bertolt Brecht (1975). Styx (2002) est une mise en scène remarquée, muette et postmoderne, une chorégraphie sur une musique de Kantchéli. Agé, Stouroua travaille encore, et son charisme est tellement fort que chacun se demande qui pourrait le remplacer...

Gabriadzé, Révaz ou Rézo (1936). Un incontournable du théâtre et du cinéma géorgiens : il est le scénariste de plus de trente scénarios de films, parmi lesquels les plus grands classiques du cinéma national. Cet artiste multifacettes excelle dans plusieurs arts : sculpture, dessin, peinture, oeuvres qu'il a souvent exposées à l'étranger, notamment en Russie où il est célèbre. Mais avant tout, c'est un original créateur de théâtre de marionnettes. Il a ouvert dans le vieux Tbilissi son Théâtre-studio Rézo Gabriadzé, où ses quelques mises en scène sont régulièrement représentées ; mais il est également souvent en tournée, notamment en France où il s'est fait un nom dans les festivals. Sa pièce la plus célèbre est La Bataille de Stalingrad, où il fait la narration de ce tragique épisode de l'histoire soviétique avec une perspective des plus sensibles : ses héros sont les chevaux tués dans la bataille, un jeune soldat amoureux... L'expression visuelle et sonore utilisée pour reconstituer les séquences plonge le spectateur dans un monde fantastique et réel à la fois, alors que les moyens de création sont des plus rudimentaires : des marionnettes, des planches... L'Automne de mon printemps est une autre mise en scène sensible et onirique dans le Koutaïssi de son enfance.

Son théâtre est situé au sous-sol d'un café-restaurant Au Sans Souci (nom se référant à l'un des films les plus célèbres de Daneliya Guiorgui, dont il a écrit le scénario), qu'il a constitué en s'inspirant du style gastronomique français. Les Tbilissiens l'appellent d'ailleurs souvent le Café français.

www.gabriadze.com

ARTS VISUELS
Sculpture décorative

Datant surtout de l'époque médiévale, les sculptures décoratives décorent les façades des cathédrales sous la forme de figures en relief et de ciselures ornementales. C'est particulièrement dans les bas-reliefs que les maîtres ont donné libre cours à leur talent. Limitées à l'origine aux tours des fenêtres et des portes, les sculptures prirent de plus en plus d'espace jusqu'à couvrir des pans entiers de murs. Les motifs choisis étaient dans les premiers temps des animaux, qui voisinaient avec des représentations de fleurs et de végétaux. Très fréquent était aussi le motif de la vigne, symbole géorgien par excellence.

Du VIIIe au Xe siècle, une évolution se fait sentir dans le style. Aux côtés des formes géométriques épurées encore présentes surgissent de nouvelles formes originales (fin du Xe siècle).

Les bas-reliefs étaient souvent sculptés de personnages représentant les fondateurs en train d'offrir une maquette de l'église nouvellement construite. Les thèmes profanes sont quasi inexistants dans ce type de sculpture. Par contre, les thèmes du Christ, de l'Ascension sont relativement fréquents et souvent placés au-dessus des portes. Les formes importées de l'étranger se mêlent aux motifs traditionnels, comme on peut le voir sur les chapiteaux de l'église de Bolnissi. C'est au début du Xe siècle que le relief devient plus marqué dans la sculpture et les visages, et les plis des vêtements sont véritablement ciselés dans la pierre. L'intérieur des églises géorgiennes était à l'origine marqué par ses clôtures d'autel, ou chancels, en pierre. A la différence des églises russes et byzantines, où la partie sacrée de l'église était séparée des croyants par un mur recouvert d'icônes (l'iconostase), en Géorgie médiévale on notait la présence d'un muret de pierres surmonté de colonnes et d'arcades également de pierres. Ce n'est que plus tard que les espaces entre les colonnes furent occupés par des icônes. Un nombre très restreint de ces clôtures est parvenu jusqu'à nous ; l'église de Djvari à Mtskheta en a conservé un fragment. D'autres sont visibles dans l'église de Dzvéli Chouamta en Kakhétie.

L’art de la fresque
Mosaïque murale à Tbilissi.
Mosaïque murale à Tbilissi.

Il s'est particulièrement développé du Xe au XIIe siècle, mais on trouve des oeuvres plus anciennes, datant du VIIe siècle, telle la représentation du Christ conservée dans le complexe monastique de David-Garedja. A l'origine, les fresques couvrent le choeur et les absides, mais très rapidement elles occupent tous les espaces muraux des églises ainsi que les voûtes. Y sont représentés la vie des saints et des portraits de donateurs. Les techniques évoluent en Géorgie tout en gardant certaines normes byzantines, caractérisées entre autres par la sobriété des coloris et l'expression linéaire. L'aspect quelque peu monumental des fresques du XIe siècle est peu à peu remplacé par des formes plus décoratives et moins figées.

Les différentes écoles qui voient le jour dans plusieurs régions de Géorgie se distinguent toutes les unes des autres soit par la gamme des couleurs qu'elles emploient, soit par les techniques de dessin mises en oeuvre. Notamment, les fresques qui ornent le monastère de David-Garedja se rattachent à une école bien particulière, qui s'était développée au sein même du monastère.

Certaines fresques ayant survécu aux invasions diverses sont parvenues jusqu'à nous, en particulier le portrait du roi Georges III et de la future reine Tamar dans la ville troglodytique de Vardzia.

Pendant les invasions mongoles, l'art de la fresque ne disparaît pas, et de nombreux maîtres byzantins viennent travailler en Géorgie. Les influences de ces deux styles byzantin et géorgien se retrouvent dans les oeuvres datant de cette période.

Le XIIIe siècle et la chute de Constantinople (1453) marquent le début d'une période de création peu originale avec un retour aux modèles du passé. Au XVIe, on assiste à une reprise de l'art de la fresque murale, fortement influencée par les traditions géorgiennes, comme on peut le voir dans l'église Saint-Georges de Guélati, à Grémi et à Nekressi.

Les personnages perdent peu à peu leur monumentalité pour acquérir des dimensions plus modestes (monastère de Guélati et cathédrale de Svétitskhoveli).

A noter qu'aujourd'hui, les églises se remplissent à nouveau de fresques exécutées par des artisans reproduisant minutieusement les fresques médiévales. Aussi des intérieurs semblant dater du XIe siècle dateront parfois de 2006 !

Les miniatures géorgiennes

A l'origine, les moines copistes se contentent de décorer les manuscrits en jouant sur les lettres de l'alphabet géorgien pour atteindre un effet de mise en valeur. Ainsi, les majuscules sont-elles ornées à l'aide d'encres de teintes différentes. Par la suite, les moines deviennent maîtres dans l'art de l'enluminure. Le premier ouvrage enluminé parvenu jusqu'à nous est le Tétraévangile d'Adichi (région de Svanétie) daté de 897. Deux méthodes sont ici à l'oeuvre : dans l'une, les contours sont tracés à l'encre, puis l'intérieur est recouvert d'une couche de couleur ; dans l'autre, plusieurs couches de couleurs sont appliquées sur un dessin esquissé au préalable.

L'influence byzantine est très sensible dans ces ouvrages, dont certains sont exécutés à Constantinople (tel l'Evangéliaire de Vani pour la reine Tamar). Les monastères géorgiens à l'étranger sont également très actifs et leurs moines copistes pratiquent, à un très haut niveau, la traduction d'oeuvres grecques en géorgien et l'enluminure. Le Tétraévangile de Guélati, exécuté au mont Athos dans le monastère d'Iviron, comporte 244 miniatures.

Le XIIIe siècle témoigne d'une volonté de renouvellement par rapport aux canons byzantins : les personnages débordent sur les marges du texte, qui est lui-même orné de motifs. Il arrive parfois que le travail sur un manuscrit soit effectué par plusieurs maîtres à la fois. Avec l'arrivée, aux XVIe et XVIIe siècles, de missionnaires italiens, les influences occidentales font leur apparition dans le travail des artistes géorgiens. Parallèlement à l'enluminure religieuse se développe également une variante profane influencée par l'Iran. Parmi ce genre d'ouvrages, on a pu conserver un manuscrit d'astrologie orné d'enluminures, représentant les signes du zodiaque et datant de 1188. La pièce maîtresse de la littérature médiévale géorgienne, Le Chevalier à la peau de tigre, a fait, à de nombreuses reprises, l'objet d'enluminures, la plus ancienne étant due au talent de Mamouka Tavakarachvili.

Orfèvrerie, toreutique et icônes

La toreutique est l'art de ciseler, graver, sculpter sur métaux. L'art des métaux sur le territoire géorgien remonte à l'âge du bronze. Dès cette époque étaient utilisées de nombreuses techniques (fonte, soudure, martelage, ciselure). Les fouilles entreprises sur le site archéologique de Trialeti ont permis de mettre au jour un véritable trésor composé d'objets d'or et d'argent, en particulier de bijoux incrustés de pierres précieuses.

La toreutique occupa une place de choix dans l'art médiéval géorgien, et, après la conversion du pays au christianisme (337), le travail des métaux s'orienta vers une production qui, de profane qu'elle était, se diversifia afin de répondre à la demande en objets de culte (croix de procession, croix pectorales, calices, ciboires, ostensoirs et icônes métalliques, travaillés au repoussé). Les plus précieuses de ces pièces remontent, pour les plus anciennes, au VIe siècle, et, pour les plus récentes, au XVe, époque où le travail des métaux atteignit son apogée.

En témoignent des pièces comme la croix monumentale du monastère de Zarzma, la croix d'Ichkani et le calice d'or de Bédia.

La plupart de ces objets sont en or ou en argent, incrustés de pierres précieuses, de nielle et d'émaux. A partir du XIIe siècle, le travail des orfèvres se concentra sur la décoration et l'ornementation.

Certaines pièces ruissellent littéralement d'or et d'argent et brillent de tous leurs feux. Le triptyque de la Vierge de Khakhouli (XIe siècle), conservé au musée des Beaux-Arts de Tbilissi, est une icône métallique entourant l'image de la Vierge, exécutée selon la technique de l'émail cloisonné. L'encadrement est en or, couvert de ciselures et orné d'émaux.

La pratique des émaux cloisonnés remonte également très loin dans l'histoire de la Géorgie et a acquis au cours des siècles une maîtrise rarement égalée, en particulier entre le VIIIe et le IXe. Sur une mince feuille d'or sont tracés, en creux, par estampage, les contours du sujet qui sont soudés à froid au moyen de fils d'or. Les compartiments ainsi délimités sont ensuite remplis d'émail, puis passés au feu. Les techniques de ce travail se sont perdues au XVe siècle.

Le cloisonné est aussi la technique à la base des icônes orthodoxes. Les icônes géorgiennes diffèrent des icônes russes par leur dessin plus simple, plus naïf, aux couleurs souvent plus éclatantes et plus directes ; les plus célèbres d'entre elles se trouvent au musée Janachia de Tbilissi, dont la fameuse icône de Saint-Georges.

Peinture

Au XVIIIe siècle, par l'intermédiaire de la Russie, l'art géorgien établit des liens avec l'art de l'Europe occidentale. Les arts monumentaux (fresques, sculptures décoratives religieuses) cèdent la place à la peinture de chevalet, à l'art graphique et à la sculpture. La peinture de chevalet se développe rapidement. Un émouvant témoignage de l'introduction des normes occidentales en peinture est représenté par la collection d'art Kadjar du musée de Tbilissi, au sous-sol : il s'agit de portraits exécutés par des artistes de l'Empire iranien, dont certains étaient géorgiens, continuant à peindre des motifs orientaux à la manière et avec les proportions européennes. Cet art de transition est unique, et la collection de Tbilissi est l'une des plus riches (elle a été immortalisée dans le film de Paradjano Achik Kérib. Ensuite, l'école des portraitistes de Tbilissi du milieu du XIXe siècle rencontre beaucoup de succès (notamment l'école de Hakop Hovnatanian ou celle de Maïssouradzé). Elle mêle au réalisme des compositions les aspects traditionnels de la peinture médiévale. Le musée des Beaux-Arts de Tbilissi compte de nombreuses oeuvres dues à ces peintres spécialisés dans les portraits de la famille royale et des représentants de la haute noblesse. Notamment, deux tableaux classés anonymes, mais vraisemblablement d'Hovnatanian (on peut les voir dans le film de Paradjanov Hakop Hovnatanian), sont remarquables : les traits individuels des personnages sont ici rendus avec précision, de même que les poses figées et solennelles. Pour l'anecdote, Hovnatanian perdit son gagne-pain avec l'arrivée de la photographie et il partit plus loin à l'est, en Iran, pour fuir cette malédiction des portraitistes !

Dans les années 1880, le portrait domine dans la peinture de chevalet, mais on note une évolution chez de jeunes peintres ayant étudié à l'Académie des beaux-arts de Saint-Pétersbourg. Ils tentent de rendre dans leurs portraits non seulement l'aspect extérieur, physique, mais également le monde intérieur et la psychologie des personnages. Leurs sujets appartiennent à différents types sociaux de la société géorgienne. Ainsi, Le Kakhétien à la cruche de Romanoz Gvelessiani ou Le Vieillard souriant d'Alexandre Beridzé.

A la fin du XIXe siècle, de nouvelles tendances apparaissent dans la peinture de chevalet. Les études de moeurs tiennent désormais le devant de la scène chez Guiorgui Gabachvili et ses scènes de village. Un genre où excelle le peintre autodidacte Niko Pirosmanichvili, dit Pirosmani, dont les tableaux mettent en scène le " petit " peuple géorgien (pêcheurs, concierges, marchands), mais également des princes livrés à l'une de leurs occupations favorites : le banquet.

Au début du XXe siècle, de nombreux peintres, aussi talentueux et différents que David Kakabadzé, Lado Goudiachvili, Elène Akhvlédiani, Mossé Toïdzé, développent leur art dans des registres fort divers. Plusieurs d'entre eux connaîtront le Paris des années 1920 et son effervescence culturelle et artistique, où se mêlaient tendances nouvelles et influences les plus diverses. Parmi eux :

Akhvlédiani, Eléné (1901-1975). Peintre et dessinatrice, artiste majeure de l'époque soviétique, elle a sublimé l'architecture géorgienne riche en balcons, ses toiles représentant souvent des structures urbaines fantasmagoriques et étourdissantes où le balcon de Tbilissi ou de Télavi est omniprésent.

Elle naît à Télavi en Kakhétie, où elle passe toute son enfance. Au lycée de filles de Tbilissi, on remarque ses dons pour le dessin et, en 1919, elle participe pour la première fois à une exposition de peintres géorgiens. En 1922, elle entre à l'Académie des beaux-arts de Tbilissi puis se rend en Italie. En 1924, elle part pour Paris, où le monde de l'art est en effervescence et où les tendances les plus diverses se rencontrent et se mêlent. De cette période parisienne d'Eléné Akhvlédiani, il reste de nombreux paysages urbains parisiens. Mais l'artiste continue surtout à peindre sa Géorgie natale d'après des esquisses ou de mémoire. Elle participe ensuite au Salon des Indépendants, puis au Salon d'Automne. Certains de ses tableaux sont par la suite exposés aux Etats-Unis et aux Pays-Bas. En 1927, elle rentre à Tbilissi, où elle organise sa première exposition, suivie en 1928 par une exposition à Télavi et à Koutaïssi.

Le metteur en scène Koté Mardjanichvili lui demande de travailler pour le théâtre. Elle collaborera pendant plusieurs années à des spectacles en tant que décoratrice.

Goudiachvili, Lado (1896-1980). Figure centrale de la peinture géorgienne, principal représentant du mouvement avant-gardiste des années 1910-1920 puis du réalisme socialiste dans les années 1930. Le début et la fin de son oeuvre (avant et après la période stalinienne) sont caractérisées par des figures élancées et élégantes, voire dandies, dans des scènes de la vie de la Géorgie du XIXe siècle inspirées de l'oeuvre de Niko Pirosmani, ou bien dans des représentations mythologiques. La finesse de son coup de pinceau rappelle certains expressionnistes allemands comme Ernst Ludwig Kirchner ou Otto Müller. Né à Tbilissi, il entre à 14 ans à l'Ecole des beaux-arts et, à la fin de ses études, enseigne le dessin dans un lycée de Tbilissi. En 1915 a lieu la première exposition de ses oeuvres. En 1919, il participe à l'exposition des peintres géorgiens à Tbilissi. Il y présente une vingtaine de tableaux et une cinquantaine de dessins, dont certains représentent des copies de fresques exécutées au cours d'une mission archéologique.

Au début des années 1920, Goudiachvili est à Paris. Il y expose ses toiles en 1920, en collaboration avec les deux autres figures de l'avant-garde géorgienne, David Kakabadzé et Chalva Kikodzé. Le succès qu'il obtient ne le retient pourtant pas à Paris et il rentre en Géorgie en 1926, riche de techniques et d'esthétiques nouvelles résultant de sa rencontre avec les courants artistiques européens du début du XXe siècle. La suite de son oeuvre passera par des phases différentes, notamment par des tableaux monumentaux à l'époque stalinienne, mais ne retrouvera jamais l'originalité de ses débuts. Goudiachvili est également connu pour des illustrations de contes et d'histoires pour les enfants. Les figures féminines sont au centre de son oeuvre, souvent accompagnées d'animaux à connotation féminine (gazelle, cheval, oiseau, biche...). Ses oeuvres sont exposées au musée des Beaux-Arts de Tbilissi.

Kakabadzé, David (1889-1952). Peintre majeur de l'avant-garde géorgienne des années 1910-1920 puis du réalisme socialiste ; ses toiles qui l'ont rendu célèbre tendent au cubisme dans leurs représentations géométriques des paysages d'Imérétie dont le peintre est originaire. Après des études au lycée de Koutaïssi, il étudie à l'université de Saint-Pétersbourg grâce à une bourse (1910-1915). Parallèlement à ses études, il suit des cours dans l'atelier d'un peintre et s'initie aux différentes techniques du dessin. Entre 1913 et 1918, Kakabadzé exécute une série de portraits (quatre autoportraits, deux portraits de sa mère, un portrait de son frère et d'un ami). De 1920 à 1927, il vit et travaille à Paris, où il retrouve d'autres peintres géorgiens (Lado Goudiachvili, Eléné Akhvlédiani...). De cette époque datent une série de paysages géométriques sur Paris, sur Tbilissi, sur la Bretagne et sur différentes régions de Géorgie (Imérétie ou Svanétie). Les oeuvres datant des années 1940 reprennent des thèmes typiques du réalisme socialiste : sur fond de paysages géorgiens, on aperçoit des manifestants portant des banderoles rouges et un portrait de Lénine (Le Meeting, 1949), ou des centrales hydroélectriques, " réalisations de l'économie de l'Union soviétique " (La Centrale hydroélectrique sur le fleuve Rioni, 1934).

Pirosmanichvili, Niko dit Pirosmani : le naïf géorgien (1862-1918)

Reconnu par tous comme peintre national, Pirosmani est un artiste marginal, hors de toute école, autodidacte et techniquement limité, mais d'une puissance émotionnelle à toute épreuve. Il mena une vie pauvre et austère et survécut des années en peignant les enseignes de doukanis, tavernes de Tbilissi, contre boisson, gîte et repas. Son oeuvre est marquée par une grande sensibilité, par ses portraits naïfs aux couleurs sobres et profondes de personnages de la vie géorgienne ou d'animaux. Bien que simples et légèrement maladroites, ses toiles sont emplies d'émotion et de solennité. Pirosmani représenta aussi des scènes mythiques ou politiques, donnant un reflet brut de l'imaginaire de son époque. Il peignit la plupart du temps sur toile cirée (choisie pour des raisons d'économie), dans une palette de couleurs où dominent le noir et le blanc (aussi pour des raisons économiques) ainsi que des tons froids éclairés par du jaune et du rouge.

Le futur peintre naïf naquit dans le village de Mirzaani, dans la vallée de l'Alazani en Kakhétie. Devenu très tôt orphelin, il s'installa à Tbilissi où il exerça divers métiers : employé aux chemins de fer, commerçant (il vendit du lait et des fromages), ouvrier dans un atelier de peinture d'enseignes. Cette dernière activité le fit vivre modestement ; il composa dans les débits de boissons des panneaux décoratifs à même les murs, en échange de quelques sous, d'un repas ou de l'annulation de son ardoise.

Ayant tout appris par lui-même, il fut ouvert à beaucoup d'influences, qu'elles soient populaires ou plus " savantes " (art byzantin, persan, iconographie orthodoxe). Assimilées, retravaillées, repensées, ces influences convergèrent pour former son style si particulier.

Pirosmani vécut des années éloigné des réalités du monde de l'art et de ses conflits, dormant dans les caves ou sous les escaliers, avec pour seul bien ses vêtements et la mallette contenant ses pinceaux et ses couleurs. En 1912, il fut remarqué par les frères Zdanévitch et le peintre russe Mikhaïl le Dentu. Enthousiasmés par son travail, ils écrivirent une série d'articles sur le peintre et lui permirent d'exposer à Moscou en 1913, à l'Exposition de la Cible, où ses tableaux côtoyèrent des dessins d'enfants et les oeuvres de Larionov et de Gontcharova. Ce début de reconnaissance ne lui apporta cependant rien sur le plan matériel ; il mourut seul et dans la misère en 1918.

Ignoré de son vivant par les amateurs " d'art véritable ", Pirosmani connut la consécration après sa mort. De ses très nombreuses productions ne sont parvenues jusqu'à nous que deux cents pièces, dont la plupart sont conservées au musée des Beaux-Arts de Tbilissi ainsi qu'au musée de son village natal, Mirzaani. Le film de Giorgi Chenguelaïa Pirosmani (1969) et celui de Sergueï Paradjanov Arabesques sur le thème de Pirosmani sont des oeuvres inspirées qui lui sont consacrées.

FOLKLORE
Vendeuses de folklore.
Vendeuses de folklore.

Danse, musique, costumes : le folklore est en Géorgie, comme dans tous les pays post-soviétiques, un élément clé de la représentation de l'identité nationale, et les Géorgiens le cultivent avec fierté. Chaque région du pays est représentée par danses, costumes et chansons typiques. S'il est véhiculé sans relâche dans le pays, le folklore géorgien est aussi un élément d'exportation important. En tête, les grands ensembles de danse folklorique qui combinent de la manière la plus sophistiquée tous les éléments du folklore national : danse, ensemble polyphonique, musiciens, costumes, chorégraphie. Le Ballet national Soukhichvili est pour ainsi dire le père de ce type d'ensemble professionnel, fondé en URSS à l'époque où cette formule allait être établie dans toutes les républiques soviétiques. L'ensemble Roustavi, dont le choeur polyphonique est le plus réputé, est son grand rival. Après l'indépendance, certains groupes comme Erisioni, se sont développés avec le parrainage de managers occidentaux (français dans ce cas), en ajoutant à la formule une touche de la musique du monde contemporaine (batterie, basse électrique, éclairages). Ces groupes sont sans cesse en tournée dans le monde, et, lorsqu'ils jouent en Géorgie, c'est une fête immanquable et on s'arrache les places - à Tbilissi, à l'opéra ou à la Philharmonie. Le folklore est la première carte de visite du pays donnée aux étrangers. Sur l'avenue Roustavéli à Tbilissi, le théâtre Nabadi (du nom d'un costume folkorique) joue spécialement pour les touristes danses et musiques.

Le costume national est la tchokha, qui était historiquement le costume des paysans géorgiens. Les costumes nationaux, comme les autres éléments du folklore, sont très proches d'un peuple à l'autre dans le Caucase, mais l'un expliquera souvent que le sien est très différent de celui des autres, ou bien est l'original : le thème est sensible, et mieux vaut en général éviter d'entrer dans la polémique.

Danse

Au côté du ballet classique qui domine la scène de l'opéra, les ensembles de danses folkloriques font l'objet d'une grande admiration. Et pour cause : en dehors de l'aspect folklorique proprement dit, les danseurs masculins sont d'une grande virtuosité physique. Ils dansent sur le dessus des pieds, sautent de toutes leurs forces sur leurs genoux, lancent une pluie de poignards sur le sol à une vitesse frénétique, escriment, tournent sur les genoux, etc. C'est un spectacle fort impressionnant. Face à la parade de groupe masculine, le rôle des femmes est principalement de porter élégamment leur costume, d'incarner la grâce en se déplaçant rapidement sur la pointe des pieds - comme si elles glissaient. Les sexes sont très séparés et pas question de contact physique entre hommes et femmes : pudeur assurée. Les chorégraphies des grands ensembles sont avant tout des ballets de groupes, millimétrés au possible - aucune place pour l'improvisation. Mais la plupart des Géorgiens maîtrisent les mêmes techniques, certes de manière moins virtuose que les danseurs professionnels, et qui ira à un mariage verra des grands-pères bedonnants capables de cambrer la taille comme s'ils avaient 20 ans autour de grands-mères fort élégantes.

Musique

La musique géorgienne est profondément ancrée dans son folklore musical, redécouvert au XIXe siècle par les intellectuels de Tbilissi et développé par l'idéologie soviétique. Revisité par les compositeurs géorgiens (Zakaria Paliachvili, Gia Khantchéli), il est le creuset de la création musicale géorgienne. Si, depuis l'époque soviétique, dominent des groupes reproduisant un folklore " tel quel " (Georgian Voices, Roustavi, Kelaptari, Soukhichvili, Lachari, Basiani), la plupart des musiciens de pop, de rock ou de jazz s'en inspirent. Aujourd'hui, les musiciens phares de ce courant folk-jazz-rock sont les groupes 33a (qui mélangent reggae et mélodies géorgiennes), The Shin (free jazz avec instruments folkloriques) ou le musicien Zoumba qui produit une pop " folklorique ". On entendra dans les marchroutkas une sorte de pop orientalisante, Sakeipo (" pour danser "), mélangeant musique autochtone, musique populaire turque aux synthétiseurs qui a inondé le marché dans les années 1990 et chanson patriotique russe. Ambiance assurée ! A côté de ça, une pop caucasienne russophone (venant du Caucase Nord) et la musique populaire russe en général sont très répandues, aux côtés de classiques de la musique rock occidentale, Beatles, Queen, Pink Floyd.

Instruments de musique folklorique

Parmi les instruments de musique traditionnels figurent des instruments à vent comme le zourna (clarinette de type oriental), le stivi (rappelle la cornemuse, mais les Géorgiens se refusent à l'y assimiler) et le doudouki (chalumeau, au son criard également présent en musiques turque et arménienne). Le doli (tambour), le daïra (tambour de plus grande dimension) et le diplipito (formé de deux tambours fixés sur une planche) font partie des percussions. On compte également parmi les instruments à cordes le tchongouri, à quatre cordes, et le pandouri, à trois. Tous ces instruments, typés selon les régions, sont à la base de la musique populaire géorgienne. Les formations de trois ou quatre musiciens se produisent dans les mariages ou dans les restaurants, là encore, ambiance assurée !

Les chants polyphoniques

La tradition des chants polyphoniques en Géorgie remonte sans doute à des temps très anciens. Le christianisme reprit une tradition sûrement antérieure (on la retrouve dans d'autres pays européens, en Corse ou en Bulgarie), et l'art choral religieux était enseigné à l'époque médiévale dans les écoles et les académies fondées par l'Eglise (Mtskheta, Guélati, Ikalto) ainsi que dans les monastères géorgiens à l'étranger. On distingue aujourd'hui quatre grands types de polyphonies. D'abord la polyphonie liturgique, pratiquée pour le rituel orthodoxe. Les églises ont presque toujours un choeur qui accompagne le pope, donnant une grande solennité aux offices religieux. Les polyphonies religieuses sont les plus fines et les plus complexes, les seules aussi qui aient été écrites au cours des siècles. Dans la tradition populaire, une polyphonie très ancienne et très complexe, encore répandue en Svanétie et où les voix adoptent le même rythme. Un second type de polyphonie plus répandu en Kakhétie et en Kartlie inclut une ou deux voix qui s'élèvent au-dessus d'une basse qui se prolonge. Ces mélopées au son très oriental sont sans doute les plus prenantes et les plus majestueuses, même si elles sont les plus simples. Enfin, la Géorgie occidentales possède un type virtuose qui se compose de chants à deux voix au-dessus d'une basse bourdonnante. C'est en Gourie que les polyphonies sont les plus complexes, augmentant ce type de phrasé jusqu'à sept voix. Certains chants sont accompagnés d'instruments à percussions. Essentiellement interprétés par les hommes, les chants mixtes sont rares et les chants féminins n'abordent que les thèmes du foyer. Dans n'importe quel type de polyphonie cohabitent chants militaires et chants de table.

Un dernier type de chant géorgien, celui de Tbilissi, n'est pas polyphonique. On appelle cette musique kalakouri, " urbaine " ; elle prend ses racines dans la culture des marchands de Tbilissi. Ses sonorités sont par conséquent plus orientales, se rapprochant beaucoup des musiques arméniennes ou turco-persanes. Il s'agit souvent d'un chant (homme ou femme) unique, accompagné de percussions et de doudoukis, flûtes criardes. Tbilissi est aussi riche en " romances ", chansons à la guitare apportées par les russes.

La musique est bien vivante en Géorgie, aussi si vous êtes invité dans une soupra, chants polyphoniques, chansons urbaines ou romances rythmeront les toasts et les plats.

LITTÉRATURE

La littérature géorgienne est relativement peu traduite en français (certaines des oeuvres citées dans la bibliographie ne sont disponibles qu'en géorgien, parfois en russe). La littérature géorgienne débute avec le christianisme après l'invention de l'alphabet au IVe siècle ; elle est au haut Moyen Age essentiellement religieuse, aux côtés de chroniques princières. Le premier ouvrage conservé est Le Martyre de la sainte reine Chouchanik, attribué à Iakob Tsourtavéli (VIe siècle). Dès le VIIe siècle, les moines géorgiens traduisent des oeuvres religieuses (les vies des saints, la Bible). Parallèlement, des oeuvres originales, comme les sermons de l'évêque Ioanné de Bolnissi, voient le jour. Les XIe et XIIe siècles sont marqués par une influence persane (Vis ramiani géorgien, traduit et adapté du Vis et Ramin persan). C'est également du XIIe siècle que date le long poème épique de Chota Roustavéli, Le Chevalier à la peau de tigre, référence principale de la littérature géorgienne.

Pendant la domination mongole, la littérature connaîtra un certain déclin. Ce n'est qu'à la fin du XVIIe siècle que commence la période de " l'âge d'argent " qui prend fin au XIXe siècle ; pendant cette période se développera une littérature séculaire et philosophique. Soulkhan-Saba Orbéliani, également homme d'Etat qui se rendra à la cour de Louis XIV en est la plus grande figure. Ses contes philosophiques d'inspiration persane font partie des lettres de noblesse de la littérature nationale. A partir de 1801 (date d'annexion de la Géorgie par la Russie), la Russie représente un pont vers les mouvements culturels européens qui s'implantent en Géorgie (Lumières, Romantisme). A la fin du XIXe siècle se développe une littérature inspirée par le sentiment d'identité nationale que développe l'élite lettrée de Koutaïssi et Tbilissi. Les grands noms de cette période sont David Gouramichvili, traitant du thème de la patrie déchirée, de Nikoloz Baratachvili, d'Akaki Tsérételi et d'Ilya Tchavtchavadzé.

Le début du XXe siècle verra l'apparition des mouvements avant-gardistes, inspirés par la vie littéraire de Paris. L'année 1915 est considérée comme la date de la naissance du mouvement symboliste géorgien, qui publie, à partir de 1916, la revue Les Cornes bleues. Le groupe, qui compte parmi ses membres Paolo Iachvili, Titsian Tabidzé, Guiorgui Leonidzé et Valerien Gaprindachvili, poursuivra ses activités jusqu'en 1932, date où il sera interdit. Le grand romancier de cette époque est Mikhaïl Djavakhichvili.

Si le début de l'époque soviétique favorise les mouvements avant-gardistes comme le futurisme, la période stalinienne sera celle du réalisme socialiste. Une littérature de propagande sans auteurs sera la seule possible, et l'élite littéraire du pays sera décimée lors des grandes purges. Après la déstalinisation, la littérature dissidente sera le véhicule du nationalisme, incarné par Konstantiné Gamsakhourdia. Nodar Doumbadzé, Gouram Dotchanachvili ou Otar Tchiladzé sont les autres grands romanciers des années 1960-1980, images d'une littérature du " dégel ", davantage libre et individuelle, traitant avec humour de la réalité géorgienne, aux accents parfois folkloristes et bon enfant.

La période suivant l'éclatement de l'Union soviétique, marquée par le chaos dans lequel le pays est plongé, ne sera pas très propice à la littérature. Néanmoins, de nouveaux noms apparaissent sur la scène littéraire. Parmi eux, Datho Barbakadzé et David Tchikladzé, dont l'écriture reflète une nouvelle mentalité, une nouvelle vision du monde et des soubresauts qui l'agitent. L'écrivain Aka Mortchiladzé (Voyage au Karabagh) et le dramaturge Lacha Boughadzé sont les noms les plus populaires de cette nouvelle génération, qui abordent non sans humour des thèmes difficiles de la société géorgienne contemporaine.

Bibliographie disponible en français

Revue Missives, septembre 1998, consacrée à la littérature géorgienne (revue de la Poste et de France Télécom).

Chota Roustavéli, Le Chevalier à la peau de tigre, trad. Serge Tsouladzé, Gallimard ; trad. Gaston Bouatchidzé, avec ill. de Roussoudane Petviachvili, Moscou, éd. Radouga.

Alexandre Dumas, Impressions de voyage. Le Caucase, éd. Françoise Bourin.

Le Martyre de la sainte reine Chouchanik, trad. Serge Tsouladzé, revue Bedi Kartlisa, 1978.

Konstantine Gamsakhourdia, La Dextre du maître, Tbilissi, Gamatloba, 1974.

L'Enlèvement de la lune, Les Editeurs Français Réunis, 1957.

Mikheil Djavakhichvili, Les Invités de Djako, Liège, éd. Soledi, 1946.

Tchaboua Amiredjibi, Datha Toutachkhia.

Grigol Abachidzé, Lacha Lacharela.

Otar Tchiladzé, Théâtre de fer, Albin Michel, 1994 ; Quiconque me trouvera.

Merab Marmardachvili, Leçons sur Proust ; Méditations cartésiennes.

Gaston Bouatchidzé, La Prose géorgienne des origines à nos jours, éd. L'Esprit des Péninsules.

Anthologie de la poésie géorgienne, trad. Serge Tsouladzé, dans Bedi Kartlisa n° 35, p. 132-142 (1977), n° 37 p. 203-215 (1979).

Nikoloz Baratachvili, Pégase (Mérani en géorgien), trad. Serge Tsouladzé (extraits), dans Bedi Kartlisa n° 26, p. 133-144 (1969).

Galaktion Tabidzé, Nikortsminda, dans Bedi Kartlisa n° 28, p. 277-279 (1971).

Les Chevaux de feu, trad. Serge Tsouladzé, dans Bedi Kartlisa n° 36, p. 228-229 (1978).

Nodar Dumbadzé, La Loi de l'éternité, trad. du russe, Paris, Pygmalion, 1980. Je vois le soleil ; Moi, ma grand-mère, Iliko, Illarion, Moskau, Editions du Progrès, 1970.

Tariel Goloua, Léo Kiatcheli, trad. du russe, Paris, Les Editeurs Français Réunis, 1958.

Othar Tchiladzé, Quiconque me trouvera, trad. du russe, éd. Radouga, 1987.

Vaja Pchavéla, Le Mangeur de serpents et autres poèmes, trad. du géorgien par Gaston Bouatchidzé, Moscou, éd. Radouga, 1989.

Vaja Pchavéla, Le Mariage des geais, Moscou, éd. Radouga, 1989. Edition bilingue français-géorgien, trad. Gaston Bouatchidzé.

Le Récit du petit daim, trad. du géorgien par N. Quadéichvili, Tbilissi, éd. Helovnéba.

Chota Roustavéli : l’épopée nationale

Le roman médiéval de chevalerie Le Chevalier à la peau de tigre, est la bible de la littérature profane géorgienne, égérie du siècle d'or de l'époque de la reine Tamar. La vie de ce son auteur, Chota Roustavéli (XIIe siècle) est quasi inconnue ; on ne possède même aucune preuve concrète qu'il ait été " un " homme et non un groupement littéraire ou simplement un pseudonyme. Mais l'idée est répandue qu'il est originaire de Roustavi, près de Tbilissi, ou alors de Roustavi en Samtskhé-Djavakhétie et que, vivant à la cour de la reine Tamar, il aurait terminé ses jours au monastère de la Sainte-Croix à Jérusalem. Le Chevalier à la peau de tigre est l'équivalent du roman courtois français ou anglais. Ce roman épique, écrit en vers et dédié à la reine Tamar, retrace la quête semée d'obstacles et les exploits de deux héros, Tariel et Avtandil, et de leurs dulcinées, Tinatine et Nestan-Daredjane. Le poème est placé sous le signe de l'amour (contrarié), de l'amitié et de l'errance dans une géographie orientale fantastique (les héros passent sans cesse d'Inde en Arabie). Ayant accompli toutes les missions qui lui avaient été confiées, et libre désormais de lier son sort à celui de sa bien-aimée Nestan-Daredjane, Avtandil renonce à ce bonheur à portée de main pour voler au secours de son ami Tariel : l'amitié est plus forte que la passion.

Le récit, qui se lit comme un roman de chevalerie où les héros au grand coeur triomphent des mauvais (les Kadjis), a également une portée philosophique. Il est émaillé d'aphorismes, de maximes, de sages sentences. C'est également une illustration de son code d'honneur à l'époque de la reine Tamar. A l'évidence inspiré d'oeuvres de la littérature persanes, fortement ancré dans la culture orientale, le roman est aussi curieusement proche du roman courtois d'Europe, à ceci près que l'élément religieux en est quasi absent alors que la littérature européenne baignait dans la dévotion voire le fanatisme. Le roman de Roustavéli semble être à l'image de la Géorgie, à cheval entre l'Orient et l'Occident.

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