Guide du Myanmar - Birmanie : Arts et culture

Architecture

Pagodes (également appelées zedi) de toutes les formes, maisons en teck sur pilotis, temples grands et petits... l'architecture birmane témoigne de la richesse culturelle de ce pays. Si c'est évidemment à Bagan que vous aurez le plus facilement l'occasion de découvrir les temples les plus emblématiques du style birman, on trouve des pagodes dans tout le pays, et les plus spectaculaires sont à Yangon.

A Bagan notamment, de nombreux temples sont aujourd'hui l'objet de vastes projets de restauration, souvent financés par des organisations internationales ou par le biais de donations. Si elles permettent de faire revivre des sites longtemps abandonnés, elles se soldent parfois par une forme de dénaturation des lieux. Heureusement, il y a tellement de temples qu'il est impossible de tous les rénover, ce qui permet au visiteur de voir deux versions totalement différentes de l'architecture birmane : en l'état, et conforme (à peu près) à ce qu'elle était lors de sa construction. N'oubliez pas par ailleurs que de nombreux temples aujourd'hui rénovés étaient totalement détruits, consécutivement au tremblement de terre de 1975. Mieux vaut donc cette seconde vie plutôt qu'une disparition inévitable.

Les amateurs d'architecture coloniale seront servis à Yangon. Qu'il s'agisse des immenses bâtiments témoignant de la présence britannique ou des immeubles dans les rues étroites, l'ancienne capitale a beaucoup à offrir en comparaison avec les autres grandes villes d'Asie du Sud-Est, qui ont souvent cédé à la modernité.

C'est cependant surtout pour ses constructions en bois que la Birmanie est réputée, en particulier en teck. Le pont U Bein, au sud de Mandalay, le plus long pont en teck au monde, en est bien sûr le symbole. Mais dans tout le pays et en particulier dans les zones rurales, temples, maisons et ponts en bois sont innombrables.

Artisanat
<p>Artisanat birman.</p>

Artisanat birman.

Les tentations sont multiples, au gré des échoppes, des marchés et des pagodes regorgeant d'objets traditionnels tentants. C'est essentiellement sur l'artisanat local que vous jetterez votre dévolu au cours de vos pérégrinations dans le pays. En effet, les antiquités authentiques se font très rares sur place. Il est, de fait, plus courant de trouver les plus belles pièces birmanes en Thaïlande ! Quoi qu'il en soit, sachez que les autorités s'opposent de toute façon à la sortie du territoire des véritables antiquités, ainsi que des images de Bouddha. Ce qu'on ne pourrait reprocher au pays car si le commerce des antiquités était autorisé, vu la pauvreté des gens, il n'y aura plus traces sur le territoire des grandes époques birmanes et de leurs objets depuis longtemps. Officiellement, tapisseries, marionnettes et poids à opium sont également interdits à l'exportation, mais il semble qu'aucun contrôle ne soit effectué aux frontières. La plupart des laques anciennes que l'on vous proposera ne sont pas d'époque, quoi que prétende le vendeur. La meilleure solution pour éviter tout problème à la douane est ainsi d'obtenir un certificat de " non authenticité " et, par conséquent, de ne pas payer le prix fort ! Le marchandage est la règle, et le troc peut vous permettre de réaliser des affaires en or. Le paquet de cigarettes thaïes 555 fut jadis un sésame, il ouvre encore certaines portes aujourd'hui, mais mieux vaut emporter toutes sortes de gadgets bien de chez nous (rouges à lèvres, échantillons de parfums, T-shirts, casquettes, stylos, briquets...), tous très prisés. Les dollars américains sont également une arme redoutable. Toutefois, pensez à moduler votre acharnement au marchandage en fonction du vendeur auquel vous avez affaire : vous distinguerez rapidement le vendeur " attrape touriste " des lieux très fréquentés (il prend systématiquement un air atterré lorsque vous divisez par dix le prix exorbitant qu'il a fièrement avancé), de la petite vendeuse du marché, qui vit de votre générosité du moment.

Le meilleur endroit pour faire votre shopping est incontestablement Mandalay, véritable temple de l'artisanat birman. Cependant, on peut se faire plaisir dans tout le pays, où les marchés sont de véritables cavernes d'Ali Baba, les voleurs en moins. En fouinant dans le grand marché Bogyoke Aung San de Yangon, on peut s'habiller " à la birmane " des pieds à la tête : tongs à foison (en cuir, en velours, en caoutchouc, unies, à motifs...) et longyi au kilomètre. De quoi vous rendre méconnaissable ! Les bazars des pagodes et échoppes situés autour des lieux sacrés abondent en objets de culte, instruments de musique typiques (gongs, tambours) et autres babioles sympathiques qui font partie du quotidien birman. De nombreuses boutiques spécialisées offrent l'occasion de visiter les ateliers de fabrication où travaillent les artisans. La confection des ombrelles, laques et soies n'aura plus de secret pour vous. Enfin, dans les magasins d'hôtels, les boutiques sont souvent bien achalandées, pas toujours hors de prix et ont le mérite d'être bien adaptées à nos goûts d'Occidentaux. En somme, que rapporter de Birmanie ? Mieux vaut prévoir d'envoyer par DHL la plupart de ses achats car ceux-ci s'avèrent très rapidement encombrants et peu compatibles avec les allées et venues en transports locaux, déjà bondés. Certes, les pick-up paraissent souvent extensibles (quand il y en a pour dix, il y en a pour vingt), mais y a-t-il vraiment de la place pour le garde-manger en laque de 40 cm de diamètre ?

Argent

Les orfèvres du lac Inle et des environs de Sagaing font preuve d'une magnifique habileté dans le travail de l'argent. On peut ainsi acheter de belles pipes argentées, des bols et boîtes à bétel ciselés ou encore des bijoux en argent, à des prix plus qu'abordables.

Bronzes

Parmi les objets en bronze que l'on peut se procurer en Birmanie, les poids à opium semblent remporter les suffrages des touristes occidentaux. Il faut dire que ce sont bien les Européens qui, au XXe siècle, détournèrent l'usage de ces poids originellement destinés à peser le sucre de canne ou les épices. Les poids étaient autrefois ornés de l'un des trois animaux mythiques (l'oiseau hintha, cousin de l'oie, le karaweik, sorte de grue ou de canard pour les néophytes, ou le to-aung, croisement du taureau et du lion), mais l'on trouve actuellement nombre de ces petits objets de bronze, surmontés d'un éléphant. Quoi qu'il en soit, les poids à opium actuellement disponibles à la vente ne sont en aucun cas des antiquités. Qu'on se le dise !

Jouets

C'est principalement autour des pagodes et dans les stands des festivals (pwe) des petits villages que l'on peut encore dénicher des jouets en papier mâché : tigres, vaches et girafes aux couleurs les plus fantaisistes sont les rescapés d'un art qui lui aussi a tendance à disparaître.

Kalaga

Les plus belles tapisseries, ou kalaga, sont fabriquées de façon artisanale à Mandalay. Les kalaga sont brodées de fil d'or et ornées de perles et paillettes enfilées une à une. Ces mêmes tapisseries paraient autrefois les monastères, et racontaient en images les divers épisodes des vies de Bouddha, ou jataka. C'est pourquoi on y voit représentés principalement des animaux mythiques comme l'éléphant blanc, ou des cortèges de chevaux.

Laques

Le travail de la laque fit son apparition en Chine, bien avant notre ère. C'est cependant ce même art que perpétuent, aujourd'hui encore, des familles entières établies autour de Bagan ou de Mandalay. La laque est réalisée à partir d'une résine de couleur grise, extraite de l'arbre au nom savant de Melanorrhea usitassima. Cette résine noircit et se solidifie dès qu'elle entre en contact avec l'air. Pour confectionner un objet en laque, les artisans utilisent un support en bois ou en crin de cheval et bambou, comme armature. Ce socle est alors recouvert de laque, et ce à plusieurs reprises. Entre chaque couche de peinture, l'objet doit sécher dans un endroit humide et non poussiéreux - un beau challenge en Birmanie - avant d'être à nouveau, enduit. A chaque stade de la fabrication, un artisan différent intervient : l'un peint, l'autre polit. Puis entrent en scène les jeunes filles chargées de graver des motifs avec la plus grande minutie. Ce qui nous donne coupes à offrandes et garde-manger de couleur ambre, boîtes à bétel, gobelets, autant d'objets aux formes les plus harmonieuses...

Marionnettes

De belles marionnettes en bois peuvent être achetées à Mandalay ou à Bagan. Elles représentent les vingt-huit personnages du théâtre de marionnettes birman : Bilu, l'ogre de la forêt peint en vert, et l'alchimiste, reconnaissable à son manteau pourpre, et à son bâton de bois, entre autres. Ces objets sont les témoins d'un art aujourd'hui de plus en plus délaissé par la population locale, mais qui a été à l'honneur pendant des siècles.

Ombrelles

Les ombrelles de Pindaya et de Bassein sont les plus réputées. Elles sont faites traditionnellement en bois de l'arbre à langue de chat associé au bambou, et recouvertes de soie, de coton, ou de papier de mûrier.

Parchemins

Les kammawa et parabaik sont de beaux bibelots à rapporter en souvenir. Le premier ressemble à un livre sur lequel seraient recensées les règles de la vie monastique. Le second est un petit accordéon de feuilles illustrées de peintures à la gouache. La plupart des histoires retracent les vies de Bouddha.

Pierres précieuses

Les pierres de Birmanie sont connues du monde entier depuis 1496, date à laquelle Ludovico di Varhtema, un des premiers Européens à visiter le pays, découvrit cette richesse inouïe. Si la vallée des rubis existe bel et bien, méfiance, il doit probablement exister aussi un plateau des copies et de pierres synthétiques parfois venant directement de la France ! Il est aujourd'hui très difficile d'acheter de belles pierres précieuses en Birmanie. Chaque année se tient en effet à Yangon l'Emporium des gemmes et pierres précieuses, où les plus belles pièces sont vite repérées par les acheteurs venus du monde entier. Le commerce des pierres est un monopole d'Etat, mais le marché parallèle reste largement toléré par les autorités : ce sont autant de devises qui rentrent dans les caisses du pays ! Les pierres précieuses n'en restent pas moins fort tentantes, bien que les montures proposées s'accordent rarement à nos goûts : jades de l'Etat kachin, rubis et saphirs de Mogok, émeraudes de l'Etat kayah couvraient autrefois les parures des rois birmans, et sont aujourd'hui encore extraits des mines de ces régions. Mais si vous craquez pour un rubis rouge sang ou une pierre de lune lumineuse, mieux vaut les acheter dans les magasins agréés et demander un certificat d'authenticité, à moins que votre oeil de lynx ne parvienne à reconnaître une pierre synthétique parmi cent autres, tout aussi belles.

Poteries

Les Birmans excellent dans la fabrication d'immenses jarres en céramique, recouvertes de pierres émaillées ou de glaçure, qui leur confèrent une chaude couleur brune. Il est toutefois très périlleux de se charger de tels objets aux dimensions encombrantes.

Sculptures en bois

Quelques petites sculptures sont réalisées en teck. Il s'agit en particulier des statues de Bouddha, cela n'étonnera personne ! Les corps des marionnettes sont également sculptés dans ce bois dur, avant d'être ornés de tissus et bijoux.

Tissus

La plupart des textiles sont destinés à être portés en longyi, ce traditionnel pagne qui habille hommes et femmes birmans. Aussi est-il difficile de trouver de longs métrages. Cependant, les tissus sont superbes et les motifs très variés (carreaux pour les hommes, unis ou fleuris pour les femmes). Les soies et les cotons viennent en grande majorité de Mandalay et d'Amarapura, lorsqu'ils ne sont pas importés de Thaïlande ou d'Indonésie ! Chez les tisserands d'Amarapura, on pourra assister au va-et-vient incessant de la navette volante qui parcourt les métiers à tisser en introduisant des fils de soie au milieu du coton. Le plateau shan est réputé pour ses sacs d'épaule et ses belles chemises d'homme. Les Kachin sont, quant à eux, spécialisés dans la confection d'épais cotons aux couleurs vives : sacs, couvre-lits, grandes écharpes. Le tissu kachin semble plus travaillé, et les prix s'en ressentent généralement.

Vannerie

Les amateurs des vanneries seront comblés : paniers à poisson, sacs, porte-monnaie, balles de chinlon en rotin tressé, chapeaux de paille, chapeaux coloniaux d'une époque révolue, et éventails qui s'avèrent fort utiles en période de grosses chaleurs.

Que ramener de son voyage ?

Des céramiques de Kyauk Myaung sur la route de Yangon, à Bago. Elles sont d'excellente qualité, un peu encombrantes, il est possible d'en envoyer.

Des textiles du lac Inle, Amarapura et Mandalay. Le tissage du coton pour les longyis, vestes shan et sacs d'épaule, se trouve un peu partout dans le pays. A Mandalay, les tapisseries et housses de coussins sont brodées de fil d'or et de paillettes. Le tissage de la soie se situe au lac Inle et à Amarapura. Enfin, unique au monde, le tissage de la fibre de fleur de lotus est visible sur le lac Inle.

Des sculptures de bois : Mandalay, Amarapura et Bago.

Des laques de Bagan.

Des ombrelles peintes de Pathein, en soie ou coton, et de Pindaya, en papier de mûrier.

Des vanneries : paniers des deltas, cabas du plateau shan et balles de chinlon.

De l'argent et du bronze de Sagaing et des environs de Mandalay.

Des pierres précieuses de Yangon et Taunggyi.

Expressions modernes

L'ouverture encore timide du pays se traduit par une explosion de la scène artistique, à Yangon surtout. Les peintres birmans, hier encore vivant dans la clandestinité et totalement inconnus du grand public, commencent à exposer leurs oeuvres dans les galeries japonaises ou occidentales. Et dans les lieux les plus touristiques, de nombreuses galeries ont ouvert leurs portes, et proposent les dernières créations de ces jeunes artistes généralement très inspirés par le quotidien birman et les enjeux politiques.

Cinéma

A la manière de l'Inde mais dans des proportions plus modestes, le Myanmar produit des films, mêlant généralement action, humour et romance. Vous aurez sans doute l'occasion d'en visionner si vous voyagez en bus en journée. Pas des productions de grande qualité, et des films souvent très courts (1 heure environ), mais le spectacle est plutôt du côté des Birmans, captivés, amusés, émus...

Les événements politiques qu'a connus ce pays ont inspiré quelques films (mais relativement peu au final). Beyond Rangoon, de John Boorman, prend pour décor les événements de 1988. Patricia Arquette y joue le rôle principal, et on y note la présence de nombreux acteurs birmans. Plus près de nous, The Lady de Luc Besson est un hommage à Aung San Suu Kyi, avec l'actrice malaisienne Michelle Yeoh dans le rôle de la Dame. Et dans un tout autre registre, le dernier opus de la série Rambo avec Sylvester Stallone se déroule dans la jungle birmane. Voilà un pays qui peut donc influencer tous les genres cinématographiques.

Médias locaux
Les médias

Cibles de la censure ou contrôlés par l'armée, les médias sont loin de remplir leur fonction. Le quotidien The New Light of Myanmar, comme la télévision et les grands placards rouges dans la rue, véhiculent des messages de propagande de l'armée. En haut de chaque page du journal écrit en anglais, sont rappelées les trois principales causes nationales (sauvegarde de l'union, sauvegarde de la solidarité nationale, consolidation de la souveraineté nationale) et les obligations du peuple (s'opposer à toute influence extérieure, s'opposer aux velléités d'indépendance, s'opposer à l'ingérence des nations étrangères dans les affaires intérieures du pays, écraser l'ennemi commun d'où qu'il vienne...).

Plusieurs quotidiens récemment créés, comme Myanma Freedom, sont clairement en marge du gouvernement et ne se contentent pas de recracher des textes langue de bois. Mais les jeunes journalistes qui y écrivent sont encore inexpérimentés, et ne vont pas suffisamment au bout de leur analyse. On espère que cela change dans les plus brefs délais, même si on note de réels progrès.

Les informations télévisées ont pour sujet de prédilection l'armée (donc peu de scoops au journal de 20h) et ses défilés, faciles à filmer et demandant peu de commentaires. Les reportages birmans sont complétés par des morceaux choisis de CNN, laissant grande place au sport et en particulier au golf et au football, en vogue dans le pays. Depuis 1962, la presse et les publications sont soumises au contrôle du Press Scrutiny Board, qui dépend du ministère de l'Intérieur. Une loi de 1996 interdit la publication d'articles qui " perturbent et sabotent la sécurité de l'Etat ", sous peine de vingt ans d'emprisonnement. Malgré les récentes ouvertures, et notamment l'autorisation de faire mention des opposants au régime, ainsi que de publier sans passer par la censure des articles sur des domaines mineurs, l'association Reporters Sans Frontières classe encore la Birmanie dans la liste des pays qui bafouent le plus la liberté de la presse, à côté de la Corée du Nord, l'Iran, l'Erythrée et le Turkménistan.

En ce qui concerne Internet, c'est un enjeu majeur pour le pouvoir qui pratique la chasse aux sorcières, c'est-à-dire à tous les opposants au régime quels qu'ils soient. Internet est en effet une arme efficace pour la dissidence birmane à l'étranger : le site Free Burma Coalition met en relation un réseau de mouvements d'opposition en exil (Occcident, Thaïlande, Malaisie, Japon). Burma Net au Japon diffuse quotidiennement des informations sur la situation de la Birmaine au travers d'une mailing list. L'association Burma Project équipe les ethnies karen et môn, réfugiées en Thaïlande, d'ordinateurs. Mais en Birmanie, tout est contrôlé et les cybercafés prennent systématiquement l'identité des cybernautes. De nombreuses personnes ont été arrêtées pour avoir surfé sur des sites d'opposition. Les e-mails sont systématiquement passés au crible, voir traduits s'ils sont en langue étrangère.

Musique

" Les Birmans sont très friands de musique. Mais la musique birmane est souvent difficile d'accès pour les oreilles occidentales. Bien qu'elle ait des traits communs avec la musique des pays avoisinants, celle-ci a un son très particulier, dû à ses structures, son esthétique et aux instruments qu'elle emploie. Notons aussi qu'à côté des différents types de musiques traditionnelles birmanes, s'est développée durant ces dernières décennies une musique pop/rock d'influence occidentale ". François L'homer, alias Naing Naing.

Instruments birmans

La harpe est considérée comme l'instrument le plus relevé, et même comme un symbole intouchable de la culture birmane. Le pattala est un grand xylophone constitué de lamelles de bambou. L'instrument le plus impressionnant est le pat waing, un ensemble d'une vingtaine de tambours accordés suspendus à l'intérieur d'une structure de bois circulaire. L'instrumentiste, qui se tient au milieu, les frappe à mains nues. Ces tambours sont accordés en modelant un morceau de pâte placé sur chaque peau. Le kyay waing est un cercle de petits gongs de cuivre. Le chauk lon pat (six tambours) consiste en de gros tambours accordés aux notes fondamentales. Parmi les instruments à vent, le plus particulier est le hne, une sorte de hautbois au son nasillard avec un pavillon non fixe qui pend. On trouve aussi une flûte en bambou (palwé). Que ce soit à la harpe, au xylophone ou au hsaing waing, on joue en général deux notes à la fois, avec deux doigts à la harpe ou avec les deux mailloches du pattala.

Musique traditionnelle

Le terme de musique traditionnelle recouvre en fait des styles différents depuis la musique classique pure et dure que les Birmans appellent la " grande musique " : mahagita (en pali) ou thachin gyi (en birman) jusqu'à des musiques populaires. La mahagita a été développée par des musiciens de cour, notamment par deux compositeurs extrêmement prolixes : Myawadi Wungyi Usa et Pyin Si Min Tha. Son apogée correspond à la dernière dynastie Birmane (Kaungbaung) et elle était encore en plein développement, juste avant la prise du palais royal par les Anglais en 1885. Ensuite les musiciens de cour se dispersèrent. Le répertoire de la mahagita comporte plusieurs centaines de titres, lesquels sont classés par familles que l'étudiant doit traditionnellement assimiler dans cet ordre : kyo, bwe, thachin khan, pat pyo, yodaya. La famille de morceaux Yodaya (prononciation birmane d'Ayutthaya, ancienne capitale thaïe) regroupe les morceaux écrits à la manière thaïe (en effet après la destruction d'Ayutthaya en 1767 les vainqueurs ramenèrent les artistes thaïs dans leur capitale). Les morceaux de mahagita, alliant d'une part une partie instrumentale, se présentent sous la forme d'un squelette sur lequel on élabore des variations, et d'autre part d'une partie vocale (un poème en langue ancienne, souvent à la gloire du moi). A noter que la voix, la harpe et le pat waing utilisent des intervalles non tempérés qui disparaissent avec les synthétiseurs des karaokés qui les laminent au tempérament égal. Les Birmans apprécient les démonstrations techniques (let son pya) à déferlement ininterrompu de notes.

Parmi les minorités nationales, seuls les Môns ont aussi un répertoire de musique classique distinct, mais on compte sur les doigts de la main les gens qui savent encore le jouer, et de même il n'y a ce jour plus que trois personnes sachant construire le migyaung, un instrument à cordes môn en forme de crocodile. La musique traditionnelle shan consiste surtout en un rythme tribal joué sur un très long tambour, le shan ozi, en duo avec un gong qui marque le temps.

Musique populaire

A côté de la musique classique, on trouve plusieurs types de musique populaire : des orchestres Hsaing Waing pour accompagner les nat pwe (festival du culte des Nat avec médiums entrant en transe). Le style est moins raffiné que dans la musique classique, avec une instrumentation assez sauvage et beaucoup de distorsion sur la voix, due à la rusticité du matériel utilisé. Dans les festivités, on peut parfois rencontrer des musiciens itinérants jouant une musique minimaliste et étonnante sur un mini pat waing de fortune fabriqué avec des petits pots en terre cuite, et vivant du don des passants. Un autre type de musique populaire important s'appelle " mandoline " (du nom de l'instrument unique utilisé en accompagnement de la voix). Les chansons se ressemblent. Rythmes linéaires et sautillants. Citons un artiste représentatif : Soe Aung dont les cassettes sont très écoutées dans les campagnes.

A l'époque anglaise, le piano, la guitare ainsi que d'autres instruments seront adaptés à la musique birmane. Le répertoire de la mahagita peut être interprété au piano. De nouveaux types de chansons apparaissent à l'époque coloniale, comme les thingyan thachin, ces joyeuses chansons de la fête de l'eau qui enchantent les Birmans.

Musique pop

La musique pop occidentale est populaire en Birmanie, mais il est intéressant de noter que les reprises chantées en Birman sont généralement plus connues que les chansons originales. Pour donner une idée de leurs goûts, disons que si vous allez boire un verre un soir, les chances sont fortes que vous entendiez Hotel California une fois dans la soirée. Dans la pop birmane, on distingue deux types de morceaux : les copy-song (reprise de tubes occidentaux adaptés avec des nouvelles paroles en birman) et les own-tune (compositions originales). Pour les copy-songs, le parolier de la version birmane est considéré comme l'auteur de la chanson. Les chansons sont vendues au chanteur, puis ce dernier vend son disque au producteur car le système de droits d'auteur n'existe pas, et les albums sont piratés quelques jours après leur sortie (des séances de dédicace sont utilisées pour tenter de se rembourser dans les premiers jours). Les formats les plus vendus sont la cassette audio et le VCD karaoké.

Dans les années 1970 le " guitar hero " Saw Bwe Hmu (décédé depuis) a lancé le hard rock en Birmanie en fondant le groupe Iron Cross. Son successeur Chit San Maung est considéré comme le virtuose de la guitare électrique au Myanmar. Tous deux sont karen comme beaucoup de musiciens de rock (Chit San Maung lui-même explique que c'est parce qu'ils sont baptistes et ont commencé à jouer le dimanche à l'église. Ici les prédicateurs ne brûlent pas les disques de hard rock). Le concept de groupe de rock est un peu différent au Myanmar : les principaux groupes n'ont pas de chanteurs attitrés, mais accompagnent de nombreuses stars en studio et sur scène. Ainsi lors de concerts d'Iron Cross (métal et pop) ou du plus récent Lazy Club (alternatif et pop), les artistes se succéderont sur scène. Mais en fait Iron Cross a son chanteur fétiche : Lay Phyu, la star du heavy metal birman. L'autre grande pointure du rock birman, c'est Zaw Win Htut (son groupe s'appelle Emperor). Il est intéressant de constater que ses premiers albums étaient constitués de reprises alors que les derniers ne comportent que des originaux. On regrettera la disparition de Doe Lone, sans doute le plus original des chanteurs de sa génération. Les chanteuses sont tout aussi nombreuses et charmantes : Chaw Su Khin, Tin Zar Maw (pop rock), Hton EIndra Po (pop sucrée), Shi (metal), etc. Enfin, le hip-hop birman est en vogue depuis quelques années chez les jeunes de Yangon.

Traditions
Théâtre

Ses origines remontent aux Pyu et aux Môn qui étaient en contact avec les cultures de l'Inde et du Sud-Est asiatique par les routes commerciales, et qui les intégrèrent dans leurs danses indigènes. De même, alors que le rituel de cour et les cérémonies étaient d'inspiration bouddhiste, la croyance dans les nats (esprits) est restée indissociable de la danse birmane et donne à cet art toute son originalité. Avec le premier royaume birman, au XIe siècle, et l'unification des cultures môn et pyu, se développe un grand intérêt pour l'art théâtral. On peut alors admirer des représentations de positions indiennes, pieds écartés et jambes reposant sur les genoux pliés, à la pagode Shwezigon, à Bagan. En 1287, l'invasion mongole laissera dans la danse un arrière-goût martial, introduisant pour la première fois les armes dans les mouvements. A deux reprises, les sièges d'Ayutthaya, en Thaïlande, en 1567 puis en 1766, enrichiront la danse birmane. Lors du premier sac, en 1567, le roi Ba Yin Naung ramena dans sa capitale, Pegu, l'actuelle Bago, la cour thaïlandaise. Pegu était alors une capitale cosmopolite, où l'on pouvait assister à des représentations de danses thaïlandaises mais aussi indiennes de Manipur et d'Assam. En 1607, le roi Anauk Phet Lun entreprit l'organisation des arts. Il établit des se-daw-ah-su, des groupes d'artistes spécialisés par instrument ou type de représentations. Ainsi, le daw-ah-su rassemblait les joueurs de tambours, le pattha-ah-su, les joueurs de petits tambours, le pantaea-ah-su, les danseurs, des deux sexes, et les acteurs, les khwet-khwin-ah-su, les joueurs de cymbales et autres instruments en bronze, le gym-khayer-pontaung-ah-su, les acrobates, trompettistes, et joueurs de différents petits tambours. Enfin, les membres du tha-nyar-the-ah-su interprétaient le rôle des Kinarei. On distinguait aussi la troupe royale qui jouait devant la cour, des artistes qui n'apparaissaient que devant le roi et ses reines principales.

Jusqu'au XVIIe siècle, on désignait par pantara (beaux-arts) la danse, le chant et la musique. Ce terme fut bientôt remplacé par celui de thabin (arts de la scène), incluant le théâtre de marionnettes, les acteurs devenant des thabin-the. En 1857, le roi Mindon, versé dans les arts, fait de Mandalay sa capitale et en même temps la capitale des arts. A la faveur de la préférence du roi pour le théâtre de marionnettes, cet art prendra le dessus sur le théâtre vivant, qui se spécialisera alors dans les représentations du Ramayana, alors que le théâtre de marionnettes allait puiser dans les jataka ses sources d'inspiration. La fin du royaume de Mindon marquera aussi l'éparpillement des artistes. Ce n'est qu'en 1890 que la danse connaîtra un renouveau grâce à la personnalité des mintha, meneurs de scène masculins, et des minthamu, les mêmes meneurs, au féminin.

Ce n'est que pendant la seconde guerre anglo-birmane que furent érigés les premiers théâtres à l'occidentale, avec des scènes surélevées. Jusque-là, les représentations avaient lieu dans une arène formée par les spectateurs assis en cercle autour des danseurs. A cette époque, les mintha dominaient l'art théâtral. Ces hommes, capables d'interpréter à la perfection n'importe lequel des rôles composant les spectacles traditionnels, masculins ou féminins, étaient très recherchés par les compagnies de tout le pays. Po Sein (1880-1952) fut le premier mintha à faire payer l'entrée de ses représentations, à Mandalay. Grande star de l'art théâtrale, il révolutionna le genre en intégrant à ses spectacles des choeurs de jeunes danseurs. Parmi les mintha célèbres, il en est un qu'on ne peut manquer de citer : John Hammond, rebaptisé par ses fans In-Ga-Lan-Sein ou l'English Diamond. Cet Anglais rejoignit à l'âge de quinze ans la troupe de sa fiancée, pour ne plus la quitter. Il s'entraîna et eut un grand succès sous le nom de scène Shwe Daung, ce qui lui valut le mépris de ses pairs britanniques.

Après l'indépendance, et jusqu'aux années 1950, la vie culturelle fut interrompue par l'instabilité politique interne. C'est encore aux mintha que l'on doit le renouveau de l'art théâtral en Birmanie qui suivit cette période sombre, et en particulier, à un puriste, Shwe Man Tin Maung (Mandalay), qui fit revivre l'art traditionnel tel qu'il avait été abandonné. Digne héritier de son père Po Sein, Kenneth Sein étonna les fidèles en introduisant un numéro de claquettes dans une danse des plus classiques. Shwe Yoe alla même jusqu'à ajouter un peu d'humour dans un de ses numéros, en y revêtant une fausse moustache, des lunettes et un parapluie. La performance suscita bien des imitations. En 1953, conscient de cette richesse artistique, le gouvernement créa un comité, à l'Institut culturel de Yangon, chargé de répertorier les danses du XIXe siècle, ainsi que deux écoles d'Etat pour la danse classique, le Pantarakyaung et la musique à Yangon et Mandalay. Elles firent l'objet d'échanges culturels avec l'étranger, les troupes partant pour des tournées internationales. Ce n'est que dans ces années-là que furent construits les premiers véritables théâtres à Yangon, le Kye-hmu-Ka-Zat-Yon (Théâtre national pour la danse et le théâtre) et le Tat-Ma-Daw-Pwe-Yon (Théâtre de la danse et du drame pour les membres de l'armée...). Mais ce sont de bien maigres initiatives.

Aujourd'hui, le théâtre birman traditionnel de qualité survit à peine, et il n'y parvient que grâce au tourisme et à certaines initiatives isolées, comme à Mandalay où des troupes thaïlandaises vinrent récemment participer aux représentations du festival de l'eau. Cet art de cour semble ne plus avoir de raison d'être dans la dixième nation la plus pauvre du monde... Demeurent les pwe populaires, où s'enchaînent des numéros de qualité inégale et de moins en moins traditionnels. De l'âge d'or du théâtre birman, il ne reste que la présence sur scène de danseurs travestis...

Théâtre de marionnettes

Le témoignage le plus ancien fait remonter l'apparition des marionnettes en Birmanie au XVe siècle. Dans une pagode de Sagaing, des peintures murales représentent des marionnettes mises en scène pour divertir les visiteurs. A l'origine, les marionnettes étaient utilisées comme vecteur de communication, passant outre les forts clivages sociaux de l'époque : on ne pouvait imaginer deux personnes de sexe opposé présentes sur une même scène, de même les danseurs se devaient d'exécuter leur art à même le sol, afin de ne pas se situer plus haut que le public de nobles ou de membres du clergé. La marionnette de bois devint ainsi un " être " privilégié, autorisé à danser en toute liberté, et à dire ouvertement ce qui aurait coûté la vie à n'importe quel messager humain. Le théâtre de marionnettes eut alors un rôle très diplomatique, voire politique. Le roi en usait pour exprimer des reproches à des membres de sa famille, sans leur faire perdre la face pour autant. Parallèlement, pour faire remonter une information à la cour du roi, la poésie du théâtre de marionnettes multipliait les chances d'être entendu. La confection de ces êtres de bois mobilisait - et mobilise encore - les plus grands artistes : peintres, sculpteurs et costumiers chargés de respecter à la lettre toutes les proportions anatomiques du corps humain. Faite de bois de teck, la marionnette devait son teint ivoire au talc et au tamarin recouvrant son visage, ses mains et ses pieds. Elle était même dotée d'implants de vrais cheveux humains. Les marionnettes les plus classiques sont manipulées à l'aide de cinq fils, deux au niveau du front, deux aux épaules et un dans le dos. Mais, d'autres ficelles accrochées aux doigts, genoux, chevilles, doigts de pied et parfois même aux sourcils lui assurent une plus grande mobilité. Tout le travail du marionnettiste, du chef d'orchestre et du chanteur vise à insuffler la vie à ce pantin. Lors des cérémonies de nat données en l'honneur de la déesse de l'art théâtral, on invoque même celle-ci pour qu'elle libère enfin la marionnette de son carcan de bois. Classiquement, 28 personnages sont utilisés au cours d'une représentation :

Bo Daw, l'ermite, a la tête recouverte de milliers de pétales de fleurs séchées, porte un chapeau foncé ou couleur or et une tunique brune. Il est chargé d'arbitrer les conflits.

Thagyamin, le roi des esprits, veille sur les humains. Chaque année, il descend de son piédestal à l'occasion du Water Festival pour juger le comportement des enfants. On le reconnaît aux multiples bijoux qu'il porte.

Le prince et la princesse sont les deux figures principales de la pièce. Seules ces deux marionnettes ont un chanteur attitré, différent du marionnettiste, qui doit concentrer toute son attention sur les chorégraphies, qui suivent un rythme effréné.

Le médiateur et sa compagne sont tous deux tenus par un nombre impressionnant de ficelles. La danse du médiateur ouvre la représentation.

Zawgyi, l'alchimiste, habillé de rouge et portant un bâton, est une créature magique venue des forêts. Il est actionné à l'aide de fils réduits au strict minimum.

Than Cho et Than Pyet sont deux chanteurs dotés l'un d'une voix aiguë, l'autre d'une voix cassée.

Le page aux cheveux teints est devenu la mascotte de Visit Myanmar Year.

Ponna, l'astrologue, joue souvent le rôle du " méchant ".

Le roi et ses quatre ministres discutent des affaires royales, dressant ainsi la toile de fond de la représentation.

Les deux régents ont un visage diabolique.

Les deux ogres sont des créatures vêtues de vert. L'un se nourrit exclusivement de fleurs, tandis que l'autre apprécie la chair fraîche.

Deux esprits célestes, l'un bon, l'autre mauvais, interviennent également.

Une foule d'animaux de toute espèce apparaissent également sur scène : Garuda, l'oiseau mythique, Naga, le serpent aux pouvoirs magiques, le cheval, le singe... Le tigre et l'éléphant, ennemis jurés, se livrent à un duel chorégraphique sans merci.

Le théâtre de marionnettes n'a rien à voir avec le guignol de nos contrées. Il était utilisé à l'origine soit pour informer les habitants des villages reculés de ce qui se tramait à la cour du roi, soit pour relater les traditionnelles jataka ou histoires des vies antérieures de Bouddha. Aujourd'hui encore, la représentation et son cadre restent extrêmement codifiés. Le spectacle débute à la nuit tombante. Il est inauguré par une musique d'ouverture relatant la création du monde et sa destruction sous les assauts perpétuels du feu, de l'eau et du vent. L'orchestre ponctue le récit de coups de cymbales, de gong ou de grosse caisse. (Les orchestres les plus fournis comprennent une batterie circulaire pouvant comprendre jusqu'à vingt et un tambours, des claquettes, un xylophone, un hautbois et une harpe à treize cordes.) Le scénario est immuable. Une fois ce monde anéanti, commence une nouvelle ère. Natkadaw, le messager des esprits, intervient alors pour invoquer ces derniers afin que toute la représentation se déroule au mieux. Le premier tableau représente le nouvel univers peuplé des animaux les plus fantastiques, le classique cheval ailé, puis le singe, l'éléphant, le tigre, le naja et l'oiseau-dieu Garuda. Zawgyi l'alchimiste et Bilu mangeur d'hommes entrent alors en scène, suivis de la cour royale. Une histoire à l'eau de rose est ensuite contée : un prince, de retour de son université indienne, est charmé par une princesse. Ils vivront heureux...

De nos jours, le théâtre de marionnettes est malheureusement délaissé par la population locale, qui préfère largement le 7e art. On peut encore assister à de fort belles représentations, à Mandalay ou à Bagan, mais il faut savoir que celles-ci sont désormais conçues spécifiquement pour les touristes.

Adresses Futées du Myanmar - Birmanie

Où ?
Quoi ?
Ailleurs sur le web
Avis