Guide du Myanmar - Birmanie : Politique et économie

<p>Les provinces administratives.</p>

Les provinces administratives.

Politique

Depuis les élections de novembre 2010, le régime politique birman est en pleine mutation. La prise de fonction de Thein Sein, l'ancien Premier ministre, à la présidence en mars 2011 (après des élections dénoncées comme truquées) coïncida avec des signes d'ouverture politique très nets. Une nouvelle constitution a été adoptée, et un gouvernement civil est désormais installé à la tête du pays. Aung San Suu Kyi, libre de ses mouvements depuis le 13 novembre 2010, parcourt le pays dès août 2011. Son parti, la Ligue Nationale de la Démocratie (NLD), redevient légal le 13 décembre 2011. La censure de la presse et l'accès à Internet sont assouplis, le droit de faire grève et celui de se syndiquer sont votés (13 octobre 2011). Une Commission nationale sur les droits de l'homme est même créée. En octobre 2011, 6 359 prisonniers sont amnistiés pour " raisons humanitaires " dont, il est vrai, seulement 220 politiques, sur un total estimé à 2 000. Par ailleurs, le 18 août 2011, le président invite les groupes combattant les minorités ethniques à engager des pourparlers. Malgré la levée de nombreuses sanctions, les observateurs internationaux et les opposants au régime observent alors avec circonspection les réformes entreprises à la tête de l'Etat, se demandant s'il ne s'agit que d'une façade visant à redorer le blason de la junte, ou d'une réelle volonté d'orientation vers la démocratie. Mais d'un autre côté, compte tenu des avancées et des résultats positifs, en particulier pour l'économie, on imagine dès 2012 difficilement comment le régime pourrait faire machine arrière sans soulever une protestation sans précédent. Et les deux échéances électorales, partielle en 2012 et générale en 2015, confirment les immenses progrès réalisés, en attendant qu'ils se concrétisent par une vraie transition démocratique, après le résultat du scrutin de novembre 2015 et l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement démocratiquement élu, pour la première fois en 54 ans, en mars 2016. La Birmanie semblait vraiment être sur la bonne voie. Mais, le 21 mars 2018, après moins de 2 ans au pouvoir, le président Htin Kyaw annonce sa démission suite à des problèmes de santé. Le vice-président et ancien général Myint Swe prend le pouvoir provisoirement en attendant l'élection d'un nouveau président par le Parlement. La situation politique du pays subit à nouveau un bouleversement inattendu. Le 30 mars 2018, le Parlement a élu le nouveau président : Win Myint (NLD), un des proches d'Aung San Suu Kyi est élu avec 403 sur 626 voix. Ancien avocat, de 1988 à 2015, il a combattu la junte militaire du pays.

La dictature militaire

Si la donne a considérablement changé depuis 2010, la vision politique et la stratégie autoritaire du gouvernement depuis plus de 50 ans exigent que l'on prenne des gants avant de s'écrier que tout va mieux. La vision du pays de la dictature militaire a profondément marqué le pays et tout reste à faire en matière de respect des libertés individuelles et de droit des minorités. Mais le président Thein Sein est un ancien général, et fut Premier ministre de la junte dans les années 2000. S'il accepte de céder sa place après le résultat de l'élection de novembre 2015 (comme il le laisse actuellement entendre), il pourrait être comparé à Frederik de Klerk, président d'Afrique du Sud avant Nelson Mandela, et l'un des artisans de la fin de l'Apartheid. Après tout, il avait déclaré en septembre 2012 ne pas être hostile à voir Aung San Suu Kyi lui succéder à la tête de l'Etat, et il a reconnu sa défaite électorale et a accepté l'arrivée au pouvoir d'un nouveau gouvernement en mars 2016. Mais c'est sur ses actes que l'histoire le jugera. Les prochaines années sont cruciales pour la démocratie birmane, qui devra rapidement imposer sa marque pour éviter le réveil des vieux démons. La démission inattendue de Htin Kyaw en mars 2018 bouleverse la situation politique du pays. Le Parlement votera pour le nouveau chef d'État. En espérant que le Myanmar restera sur la bonne voie...

Le choix de l'isolement et des appuis stratégiques

Le mouvement de repli du pays sur lui-même, amorcé après l'indépendance de 1948, s'est continuellement accentué jusqu'à 2010, et reste malgré les signes d'ouverture une réalité omniprésente. Face à la crise régionale déclarée fin 1997, l'isolement sélectif est la réponse apportée par une junte qui si elle semble vouloir se réformer n'en garde pas moins les rênes du pouvoir sous un visage civil. L'appui de grandes puissances économiques telles que la Chine, la Russie et même la France (contrats télécoms avec Alcatel, énergétiques avec Total) permit à la junte de garder la main mise sur la population et de pouvoir continuer à assurer un contrôle constant dans un climat de peur, facilitant les délations et l'inaction d'une population terrorisée. Depuis 2011, l'ouverture économique et la levée des sanctions ont facilité l'arrivée de nombreux investisseurs. Marques automobiles, téléphonie et biens de consommation sont aujourd'hui en vente libre, et à votre arrivée à Yangon, vous serez accueilli par d'immenses pancartes publicitaires, comme pour mieux vous rappeler que l'isolement appartient désormais (et on l'espère pour de bon) au passé.

La doctrine de la junte

Depuis son accession au pouvoir en 1992, le général Than Shwe, dictateur jusqu'à sa retraite plus ou moins forcée fin 2010, a fait de l'isolement du pays le leitmotiv de sa politique. Ce proche de Ne Win, successeur du radical Saw Maung, n'a eu de cesse de ressasser les " douze objectifs nationaux " fondement de la politique de la junte. Elle fixe, pour objectifs politiques, la sécurité (stabilité de l'Etat, paix, tranquillité, priorité à la loi et à l'ordre) ; la reconstruction nationale pour effacer les séquelles de la Seconde Guerre mondiale et du colonialisme ; l'établissement d'un plan de développement des régions frontalières ; et, depuis 1988, la rédaction d'une nouvelle constitution qui fasse l'unanimité des minorités ethniques et soit appliquée par tous. Les objectifs économiques sont le développement de l'agriculture comme base de croissance des autres secteurs de l'économie ; après la mécanisation de l'agriculture, le développement de la technologie et du savoir-faire ; ensuite le développement de l'économie de marché afin que le pays ne soit pas coupé de l'économie mondiale, en attirant les investissements et savoir-faire extérieurs. Le tout en conservant le contrôle du pays à travers le secteur étatique. Les objectifs sociaux, s'il en est, sont : morale et moralité ; prestige et sauvegarde de la culture nationale ; dynamisme et esprit patriotique ; et, en quatrième position, santé et éducation...

Ce sont les douze objectifs nationaux et le pays s'y conforme. L'économie est essentiellement primaire, mais n'a pas réalisé sa révolution verte. Le développement économique est freiné par un secteur étatique monopolistique contrôlant la mise en valeur des ressources naturelles, mais aussi l'industrie lourde qui en reste de fait à ses balbutiements. C'est la Birmanie des rizières et des buffles, de la technologie désuète importée de l'Ouest et sous-utilisée, des coupures d'électricité, des ponts en teck, des routes " neuves " à une seule voie, des futurs ingénieurs serveurs dans les bars, des rafiots en bois d'un autre temps présentés comme étant le fleuron du savoir-faire national ! Quant à la politique extérieure, les objectifs sont : maintenir l'indépendance et la coexistence pacifique, être membre à part entière de l'ASEAN, et soigner les relations bilatérales avec les pays voisins (afin de légaliser la contrebande qui alimente les marchés de part et d'autre des frontières). Enfin, la défense nationale doit être assurée par l'armée, la police, la force de réserve (la Croix-Rouge et les pompiers, bien que reposant aussi sur le volontariat), complétées par l'Union Solidarity and Development Association (USDA), brigades de jeunes devant effectuer des travaux d'utilité publique. En tout, plus de huit millions de personnes au service de l'Etat et donc de l'armée.

La prise de pouvoir du NLD avait lancé des réformes profondes des structures du pouvoir. Reste à voir si le nouveau chef d'État suivra son prédécesseur.

Gestion de crises

Plusieurs fois la dictature a fait face à des mouvements de protestation du peuple. En vain. En 1988, tout le pays s'est soulevé. La répression a été sanglante. Des milliers de morts. Entre 1988 et 2007, d'autres mouvements ont eu lieu, notamment en 1996. Des mouvements pour beaucoup passés inaperçu et rapidement contrôlés avant d'être lourdement réprimés dans l'obscurité des geôles birmanes.

Le problème des minorités ethniques. La situation semble stabilisée en apparence, mais la paix reste précaire et les atrocités persistent. Le problème birman est aussi un véritable déni de l'ensemble des ethnies du pays, de leurs dialectes et une volonté meurtrière du gouvernement d'imposer une birmanisation de l'ensemble du pays, par la force et la mise en place d'un système de peur. Depuis les insurrections du début des années 1990, le gouvernement semble avoir réussi à " pacifier " les zones de guérilla menée par les minorités ethniques rebelles. En 1989, les premiers accords ont été signés avec le parti communiste birman (CPB), et les groupes de moindre importance qui en dépendaient matériellement (dont une brigade de l'Armée d'indépendance kachin (KIA) et l'armée de l'Etat shan). Les armées rebelles Wa, Pa-O, Palaung, l'Organisation d'indépendance Kachin, le Front de libération nationale des peuples karen, ont signé des accords de cessez-le-feu avec le SLORC, à la condition de conserver leurs armes et territoires. Pour le SLORC, tous les moyens étaient bons pour parvenir à la signature. Entre autres, la trêve signée avec l'Armée unifiée shan (SUA) fut le résultat de tristes tractations, avec le baron de l'opium Khun Sa, qui lui assuraient son " immunité ". Les zones frontalières sont encore en rébellion active tout comme l'Etat Chin et la purification ethnique un sérieux problème passé sous silence dans le pays comme à l'étranger. La guerre civile perdure à la frontière thaïe depuis 65 ans dans la plus grande ignorance du monde. Au sud du pays, la situation a également évolué. Le 12 janvier 2012, un accord de cessez-le-feu, le premier depuis l'ouverture des hostilités en 1948, fut signé à Hpa-An, capitale de l'Etat Karen, entre une délégation gouvernementale et des représentants de l'Union nationale Karen. Le lendemain, 651 prisonniers d'opinion étaient libérés. Résultat, si la situation n'est pas encore totalement apaisée, elle s'est considérablement améliorée, et l'avènement de la démocratie pourrait aussi s'accompagner d'efforts dans le dialogue avec les minorités du pays.

La crise des Rohingyas. Depuis août 2017, la communauté musulmane de la Birmanie, majoritairement située dans l'ouest du pays dans l'Etat Rakhine, subit un " nettoyage ethnique ". L'armée birmane les pousse à fuir vers le Bangladesh, où l'on compte maintenant près d'un million de réfugiés. La situation est en train de se résoudre, un accord entre le Myanmar et le Bangladesh datant de janvier 2018, promet le retour des Rohingyas au Myanmar d'ici 2020.

La révolte des moines

En septembre 2007, les moines se révoltent. Un mouvement sans précédent depuis 1988. Face à la montée des prix dans un pays où la majeure partie de la population ne mange pas à sa faim, face à l'incompétence des généraux corrompus, les moines vénérés par 80% de la population et par les militaires eux-mêmes pensent qu'eux seuls pourront se faire entendre. Ils sont la deuxième force unie du pays après l'armée, avec 500 000 moines. Le mouvement part le 5 septembre de Pakkoku, à 500 km au nord de Yangon, dans une ville connue pour son important réseau de monastères. 500 moines marchent dans les rues pour protester contre la hausse des prix, en soutien à la population qu'ils voient défiler chaque jour dans leurs monastères impuissante et désespérée. Les violences commencent : des moines sont défroqués, attachés à des piliers et frappés. La colère s'étend dans les monastères. Des tracts sont diffusés exigeant des excuses de la junte et menaçant de refuser les aumônes aux militaires et leurs familles. Décision grave dans un pays où les donations aux moines sont sacrées et permettent de gagner des mérites.

Rapidement tous les moines du pays défilent. Internet et les télécommunications permettent de relayer l'information et les images. On sent la fin de la junte approcher. On pense que le moment est venu pour la Birmanie de prendre le tournant de la démocratie. Un enthousiasme contagieux saisit la population qui entoure les moines pour les protéger et les soutenir dans leur marche de protestation, connue sous le nom de révolution de safran en référence à la couleur rouge de la robe des religieux. Des milliers d'hommes et de femmes investissent la rue pendant plusieurs jours. Et puis, les coups de feu. Beaucoup de coups de feu. L'armée encadre les villes, avec son imposant attirail militaire aux poings, fruits de négociations avec de grandes entreprises pétrolières, ou de pays qui continuent à soutenir le régime. Les armes auront raison de la démocratie. La puissance économique soutenant le régime, le peuple ne se bat pas à armes égales. Tout s'écroule. Des centaines de manifestants sont tués, des milliers arrêtés. Les foules dispersées. Personne ne peut plus rien. Les monastères sont saccagés, les moines sont en fuite. L'obscurité s'installe à nouveau sur Yangon et dans tout le pays, la peur a repris le quotidien des Birmans. Aussi sanglant et lourd de victimes ce mouvement fut-il, il a permis à la communauté internationale d'accéder à des images témoignant de la répression violente et criminelle qui tient l'ensemble de la population.

Les résultats de l'élection du 8 novembre 2015

L'élection générale de novembre 2015 confirma le soutien massif de la population à la LND d'Aung San Suu Kyi, véritable icône nationale. C'est surtout au niveau du nombre de sièges dans les deux chambres du Parlement qu'on note une évolution majeure. A la Chambre des Nationalités, qui compte au total 224 sièges, la LND passe ainsi de 4 à 135 sièges, soit près de 59 %. Dans le même temps, le parti au pouvoir, l'USDP, ne conserve que 12 des 124 sièges qu'il occupait. Il est désormais talonné par le Parti national de l'Arakan, avec 10 sièges. Rappelons que les militaires, directement nommés, occupent 25 % des sièges, soit 56. A la Chambre des Communes (440 sièges), la LND passe de 37 à 255 sièges, soit 56 %, tandis que l'USDP perd 183 sièges pour n'en conserver que 29. Dans cette chambre, 110 sièges sont occupés par des militaires.

Enjeux actuels
Vers le changement ?

Depuis un quart de siècle, la Birmanie (devenue entre-temps Myanmar) a connu des changements aussi brutaux que spectaculaires, alternant ouverture et repli sur soi. Les élections de novembre 2015 et l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement démocratiquement élu en mars 2016, étaient très encourageantes. La démission du président Htin Kyaw le 21 mars 2018 replonge le pays dans une incertitude profonde. Myint Swe, vice-président et ancien général, prend le rôle de chef d'Etat en attendant l'élection d'un nouveau président par le Parlement. Il faudra donc voir si la démocratie se stabilise après ces nouveaux changements.

Les élections de 1990 : retournement. Contre toute attente, en 1990, le SLORC organisa des élections nationales. Malgré certaines précautions prises par le SLORC pour limiter l'action politique des partis d'opposition (déclaration de la loi martiale, interdisant tout rassemblement de plus de cinq personnes et soumettant à la censure les publications de ces partis), la Ligue nationale pour la démocratie, NLD (National League for Democracy), créée à la suite des événements sanglants de 1988, emporta 60 % des suffrages, soit 82 % des sièges. Malgré l'assignation à résidence des leaders Aung San Suu Kyi et U Tin U depuis 1989, la victoire de la NLD fut partout écrasante, à l'exception de certains Etats où les minorités ethniques étaient aussi actives politiquement. Mais avec la coalition de nombre de ces petits partis politiques et de la NLD au sein de la United Nationalities League for Democracy (UNLD), l'expression populaire devenait unanime. Sans créer de véritable surprise, et face à l'expression de la diversité ethnique du pays, le SLORC ne lâcha pas les rênes du pouvoir, au nom de la protection de l'unité nationale. Quatre-vingt des membres du gouvernement nouvellement élu, dont Aung San Suu Kyi et U Tin U, furent emprisonnés. Le reste des représentants du peuple s'enfuit vers la frontière thaïlandaise et forma un nouveau gouvernement en exil : le National Coalition Government of the Union of Burma (1990). Surtout, Aung San Suu Kyi devint un symbole charismatique, prêchant l'instauration de la démocratie.

Rapidement, la presse internationale s'en fit l'écho. La pression internationale n'empêcha pas le SLORC de maintenir officiellement en résidence surveillée, jusqu'en 1995, le prix Nobel de la paix.

Les années 2000 sont celles d'un isolement profond, de sanctions internationales, et d'une économie en berne. Le Myanmar change de capitale, mais la junte reste solidement attachée au pouvoir.

2010 : vraies ou fausses élections ? Vingt ans plus tard, la junte décide de réorganiser de nouveau des élections multiparties générales en 2010 conformément à la nouvelle Constitution approuvée dans un référendum très controversé tenu en 2008 au moment même où le pays était sous le choc du passage du cyclone meurtrier Nargis. Cette élection fait partie de la cinquième étape sur les sept contenues dans la feuille de route vers la démocratie proposée par le SPDC (Gouvernement pour la paix et le développement) en 2003. Largement condamnées pour ses irrégularités par les observateurs internationaux comme par les opposants au régime, les élections se tiennent le 7 novembre. Le principal parti opposant au pouvoir, la NLD d'Aung San Suu Kyi, refuse d'y participer, conscient qu'il ne s'agit là que d'une stratégie mise en place par la junte pour conserver le pouvoir tout en soignant son image. Sans surprise, le parti soutenu par la junte, le Parti de la solidarité et du développement de l'Union (USDP), remporte les élections et occupe les trois quarts des sièges au parlement. Le nouveau président, U Thein Sein, qui n'est autre que le Premier ministre en fonction jusqu'alors, est un général de l'armée, et de nombreux membres du gouvernement sont également d'anciens militaires.

Un optimisme prudent

Mais alors que l'Occident dénonçait ces élection comme une " mascarade " et affirmait sa conviction que ces réformes n'étaient qu'une façade derrière laquelle le pouvoir militaire réaffirmait son autorité, ce dernier a multiplié depuis l'adoption de la constitution civile les gestes en faveur de la démocratie et de l'ouverture.

Son souhait, hypocrite ou sincère, de faciliter le retour dans le jeu politique de l'opposition est un des signes majeurs de ce revirement. Emprisonnée pendant des années puis assignée à résidence, Aung San Suu Kyi est désormais libre, et traitée par le pouvoir comme un interlocuteur officiel. Un mois après la levée de son assignation en novembre 2010, elle effectua son premier déplacement politique à Bago, et fut même reçue par le président Thein Sein le 19 août 2011. Le 18 novembre, la NLD réintégrait officiellement le jeu politique, et décidait par un vote de participer aux élections partielles d'avril 2012, qu'elle remporta haut la main. La suite appartient à l'actualité, avec le triomphe modeste de l'élection du 8 novembre 2015, et les perspectives qui s'ouvrent désormais pour les Birmans. En mars 2016, pour la première fois depuis 54 ans, un gouvernement démocratiquement élu a pris les commandes du pays, avec à sa tête Htin Kyaw, proche de Aung San Suu Kyi (cette dernière, ne pouvant accéder à la fonction suprême, a cependant annoncé qu'elle dirigera désormais de manière officieuse la Birmanie). Reste désormais à voir si les promesses de l'élection de novembre s'accompagneront d'un changement profond.

Le réveil de la diplomatie

Début décembre 2011, Hillary Clinton se rend en visite officielle à Yangon, devenant le premier chef de la diplomatie américaine à effectuer cette démarche depuis 1955. Les deux pays se sont félicités de cette reprise des relations entre eux, même si la Secrétaire d'Etat affirmait que les Etats-Unis attendaient d'autres réformes indispensables avant toute levée de sanctions économiques. Le secrétaire d'Etat britannique, William Hague, a également effectué une visite officielle.

Avec la visite d'Alain Juppé en janvier 2012, la France montrait quant à elle son encouragement au pouvoir birman. Rappelons que la France a de nombreux intérêts économiques dans le pays, souvent controversés, et qu'une ouverture du pays serait sans nul doute un accélérateur dans ces relations.

L'Union européenne, également optimiste, levait certaines sanctions dans les semaines suivantes, dont l'interdiction de visa pour les diplomates birmans.

Les relations du pays avec ses voisins s'accélèrent dans les mêmes proportions, et la Birmanie s'est vu confier la présidence de l'ASEAN pour 2014, présidence qu'elle avait dû refuser en 2006 devant les pressions internationales.

Libérations

Le 6 septembre 2011, le gouvernement instaure une Commission nationale sur les droits de l'homme, sous la pression des Nations unies. Suite à la reconnaissance par cette commission de l'existence de prisonniers politiques, 200 d'entre eux sont libérés le mois suivant. En janvier 2012, ce sont 651 prisonniers qui sortent des geôles birmanes, sous les acclamations d'une partie de la population, et sous le regard critique d'une partie de l'opposition qui ne croit pas au miracle.

Droits du travail et liberté de la presse. Depuis le 14 octobre 2011, l'interdiction de faire grève et de se syndiquer est levée, autorisant les travailleurs à se réunir et à faire valoir leurs droits, dans un cadre surveillé. Les médias sont également moins surveillés, et les journalistes peuvent depuis juin 2011 publier des articles sur certains domaines comme le sport, la technologie, la santé et la littérature enfantine sans passer par le bureau de censure. Ce n'est bien entendu pas encore une liberté totale, et de nombreux journalistes restent emprisonnés. Mais c'est indéniablement un pas en avant.

Les élections d'avril 2012. Le 1er avril 2012, des élections historiques provoquent une effervescence inhabituelle dans les rues de Rangoon. S'il n'a qu'une valeur symbolique, car seule une petite partie du parlement est renouvelée, ce scrutin est le premier auquel participe la NLD d'Aung San Suu Kyi. Malgré les irrégularités constatées, les résultats officiels font état de 41 sièges sur 45 remportés par la NLD, et l'accession de la Dame de Yangon pour la première fois de sa longue lutte à un poste de député. Certes, le parti de la junte conserve les rennes du pouvoir avec toujours environ 80 % des sièges, et de nombreux observateurs restent convaincus que le parti dictatorial n'a validé cette victoire que dans le but de redorer son blason. Peut-être, mais en organisant une élection générale en novembre 2015, il a depuis confirmé sa volonté visible de tourner la page de la dictature.

L'élection historique du 8 novembre 2015. On se souviendra sans doute longtemps en Birmanie de cette date, qui ouvre de nouvelles perspectives. La population s'est déplacée en masse pour voter, la participation est estimée à 80 % de l'électorat. La Commission électorale annonce le 13 novembre la très large victoire de la NLD, qui obtient 348 voix et devient largement majoritaire dans les deux assemblées du Parlement. L'UNSD, dont certains membres de premier plan ont été battus, a reconnu sa défaite, et même à Nay Pyi Taw, habitée uniquement par des fonctionnaires, on a voté pour la NLD. Le président Thein Sein, lui-même, a félicité Aung San Suu Kyi pour sa victoire, et déclaré que le gouvernement sortant accepterait les résultats et assurerait la stabilité dans la période de transition. Avec l'arrivée au pouvoir de Htin Kyaw le 15 mars 2016, c'est une nouvelle page de l'histoire de la Birmanie qui s'est ouverte. Difficile de savoir s'il s'agit d'un changement irréversible, mais il est indiscutable que le Myanmar n'a jamais été aussi près, depuis les tristes événements de 1990, de tourner la page de la junte.

Violence sur fond de tensions politiques. En attendant un changement réel et profond, les tensions inter-ethniques et religieuses restent vives, mais elles semblent porter une forte empreinte politique. Une vague d'attentats à la bombe s'est déroulée en octobre et décembre 2013 secouant le pays et tuant plusieurs personnes, dont une touriste. Non revendiqués, ces attentats seraient, semble-t-il, l'expression des tensions religieuses entre bouddhistes et musulmans, tensions qui perdurent depuis de nombreuses années. Les Rohingyas, minorité musulmane privée de tout droit, sont l'objet de multiples attaques, que même la NLD ne dénonce pas, de crainte sans doute de se mettre une grosse partie de ses soutiens bouddhistes à dos. Le nouveau gouvernement démocratique mis en place le 1er avril 2016, avec à sa tête un proche d'Aung San Suu Kyi (désormais porte-parole), subit d'énormes critiques au niveau international.

Bouleversement politique. Après les élections historiques de 2015, le Myanmar suivait enfin la route vers la démocratie. Mais, le 21 mars 2018, après moins de 2 ans au pouvoir, le président Htin Kyaw annonce sa démission suite à des problèmes de santé. Le vice-président et ancien général Myint Swe prend le pouvoir provisoirement en attendant l'élection d'un nouveau président par le Parlement. La situation politique du pays subit à nouveau un bouleversement inattendu. Le 30 mars 2018, Win Myint (NLD), un des proches d'Aung San Suu Kyi est élu président du pays avec 403 sur 626 voix. Ancien avocat, de 1988 à 2015, il a combattu la junte militaire du pays.

Économie
Principales ressources
<p>Attelage de boeufs.</p>

Attelage de boeufs.

Le gaz, le pétrole, le tourisme, le teck et d'autres bois durs, le riz, les produits de la mer, les pierres précieuses et bien sûr l'opium. S'ajoute désormais à cette liste le tourisme, on l'espère pour de bon !

La culture du riz

A longer les rizières du delta de l'Ayeyarwady, il semble que les rares tracteurs mis au service de l'agriculture birmane puissent se compter sur les doigts d'une main. Signe d'une mécanisation encore balbutiante, on les aperçoit rarement dans les champs mais plutôt sur la route, enfouis (comme tout ce qui roule en Birmanie) sous paniers, femmes et enfants. Comme les autres secteurs de l'économie, l'agriculture a longtemps été sacrifiée sur l'autel de la souveraineté nationale, et bien que le gouvernement appelle à la révolution verte comme condition au développement du pays, la campagne birmane vit encore nonchalamment au rythme des saisons. Ce n'est que depuis peu, et dans le sud de la Birmanie principalement, que l'unique récolte hivernale commence à être complétée par une seconde récolte, irriguée, en été. Mais à cette période de l'année, les campagnes paraissent encore désertées, et l'été reste pour les paysans un moment privilégié de festivals de pagodes, cérémonies de noviciats et retraites religieuses. C'est alors dans les monastères, et non dans les champs, que l'activité bat son plein...

Base de l'alimentation birmane, le riz est encore cultivé traditionnellement, à la main ou avec l'aide de bêtes de somme. Les travaux des champs commencent avec la nouvelle année, juste après Thingyan, en avril. La première étape consiste à fertiliser les champs. Naturellement, on utilise encore principalement du fumier. Pour éviter que le sol ne durcisse trop, les labours ne commencent qu'après les premières pluies de la mousson, en général pendant la seconde quinzaine du mois de mai. Après le passage de la herse, on sème. Quand les pousses atteignent environ trente centimètres de haut, on les arrache pour les transplanter, tâche généralement effectuée par les femmes, alors que les étapes précédentes concernent les hommes. Comme pour le reste, les récoltes sont réalisées manuellement, à la faucille. Pour battre le riz, la méthode traditionnelle est d'étaler les tiges sur le sol et de les faire piétiner par des boeufs. On voit encore les femmes passer et repasser les graines à travers un tamis, profitant du vent pour séparer la paille du grain. Pour broyer le riz, certains paysans ont investi dans des moulins mécaniques, mais les rendements restent encore dépendants des récoltes, elles-mêmes soumises au bon vouloir des pluies.

Place du tourisme

Des années 1960 aux années 1990, le tourisme est absolument inexistant en Birmanie. La dictature de l'époque joue la fermeture totale aux étrangers, et les visas délivrés au compte goutte ne sont valables que 24 heures. Dans les années 1990, le pouvoir militaire en place depuis peu change de stratégie, et décide d'ouvrir le pays à un tourisme maîtrisé, afin de profiter d'une part de la manne financière que représente ce secteur, et d'autre part pour redorer son blason et véhiculer une image d'ouverture. Ainsi, en 1992, est créé un ministère du Tourisme et de l'Hôtellerie, et une grande politique de construction d'infrastructures, impliquant souvent l'utilisation du travail forcé, est implantée.

1996 est déclarée par le gouvernement " grande année du tourisme " (Visit Myanmar Year 1996). La LND, parti d'Aung San Suu Kyi, appelle au boycott du tourisme, qui selon elle ne profite guère qu'aux militaires en place.

Quoi qu'il en soit, la junte allège les procédures d'entrée des touristes, rallonge la validité des visas à 28 jours. Elle ouvre même la possibilité d'obtenir un visa à l'arrivée en 2010, mais suspend cette mesure quelques mois plus tard, probablement dans la perspective des élections de 2010 (il est désormais question que ce service soit réactivé).

Il est assez difficile d'obtenir des données chiffrées fiables sur le tourisme dans un pays qui reste très fermé à la diffusion de l'information, mais les dernières communications font état de plus de un milliard de dollars d'investissements étrangers liés au tourisme depuis 2007, sur lesquels la junte déclare avoir engrangé près de 200 millions.

Malgré ces efforts, le tourisme en Birmanie reste tout de même assez confidentiel, puisque l'on dénombre quelques centaines de milliers de touristes chaque année (contre près de 85 millions en France !), bien qu'en constante évolution. Mais la récente ouverture amène déjà son lot de touristes curieux de ce pays dont on parle tant tout d'un coup, et les hôtels sont pleins des semaines à l'avance.

Vous serez surpris par le nombre de visiteurs français, en haute saison surtout. C'est particulièrement net quand vous sortez des zones les plus touristiques, où le nombre de visiteurs étrangers reste nettement plus faible. La Thaïlande représente de son côté le principal fournisseur de touristes, devant la Chine. Le profil des touristes évolue également progressivement. Hier réservé à des voyageurs aisés avec un budget conséquent, le Myanmar s'ouvre de plus en plus aux backpackers. Cela a pour effet de modifier le rapport à l'industrie touristique (moins systématiquement tourné vers le gain) et les relations avec la population.

Espérons que le Myanmar, qui avait entrouvert ses portes jusque là, ne les ouvre pas trop vite et surtout les ouvre précautionneusement... Jusqu'à présent, le tourisme semble en effet bénéficier autant au gouvernement qu'à la population (et c'est là l'essentiel), et les Birmans ne cesseront de vous expliquer combien ils sont heureux de pouvoir dialoguer avec des visiteurs étrangers, et de partager avec eux les merveilles de leur pays. On souhaiterait simplement que quelques bureaux d'informations touristiques ouvrent leurs portes. En dehors du comptoir à l'aéroport de Yangon, pas grand chose à se mettre sous la dent en effet pour le moment...

Enjeux actuels
" Une nation moderne "

Le Myanmar est un pays pauvre, l'une des nations les plus pauvres même selon les Nations unies. Résultat de l'immobilisme du régime et de son long isolement, le pays souffre terriblement de l'archaïsme de son économie, essentiellement primaire et qui reste trop souvent au bénéfice de l'armée. Yangon, surpeuplée, affichant ses grands hôtels pour touristes, n'en demeure pas moins la vitrine du sous-développement du pays qui saute aux yeux. Le pavot et la corruption en sont les principaux maux. L'épuration des généraux les plus vénaux du SLORC, la signature d'un cessez-le-feu avec le magnat du pavot Khun Sa, fournisseur d'opium le plus important du monde, jettent-elles les bases d'une possible modernisation ? L'accession en juillet 1997 au siège de l'ASEAN et la présidence en 2014 semblent être un acte de foi des puissances régionales et la promesse de jours meilleurs. La normalisation des relations commerciales avec les grandes nations industrielles, qui est encore embryonnaire, apporte également son lot d'espoirs.

Les chiffres

Les statistiques disponibles sur l'économie birmane sont réduites. Néanmoins, quelques chiffres sont édifiants quant à l'état de pauvreté du pays qui lui valut, en 1987, le statut de nation la moins développée selon les Nations unies et les Agences d'aide internationales. Avec une économie stagnante, essentiellement primaire, et moins de 10 % de la population active employée dans le secteur manufacturier, le développement du pays semble dans l'impasse. Contrairement à l'Inde, la Birmanie n'a pas réalisé sa révolution verte mais n'a pas non plus misé sur le développement de l'industrie et des services, à l'inverse des NPI. Planifié par des militaires, le développement birman a été phagocyté par les budgets de la défense, la priorité absolue. En 2007, l'armée birmane comptait 500 000 hommes (dont 70 000 enfants), et les dépenses militaires représentaient au moins 5 % du PIB (contre 6,8 % en 2002) et absorbaient 45 % du budget national. Ces chiffres sont depuis en constante baisse, mais de nombreux efforts doivent encore être fournis.

Quant à l'éducation, bien que l'école soit obligatoire, près de 40 % des enfants n'iront jamais sur ses bancs et près des trois quarts des enfants scolarisés ne termineront pas les cinq années d'école primaire. Le travail des enfants est interdit avant treize ans. Malgré cela, vous serez servi plus d'une fois dans les maisons de thé par un gamin de six ans, un jour d'école... Dans les secteurs à l'exportation, c'est comme toujours l'artisanat qui emploie le plus les enfants. L'éducation comme les infrastructures sanitaires ne sont pas la priorité du gouvernement. D'ailleurs, bien que fondamental au développement du pays, le budget consacré à l'éducation n'a cessé de diminuer au cours de la dernière décennie, et ce sont aujourd'hui des ONG qui font souvent vivre les écoles dans les zones rurales.

Dans les années 2000, le Myanmar a enchaîné les crises politiques intimement liées aux crises économiques profondes. Boycotté par les pays occidentaux, en se refermant davantage sur lui-même, le Myanmar est devenu un vivier économique et une aubaine de ressources pour la Chine. Du fait de son isolement, Le pays n'a pas été affecté tant par la crise mondiale que par les crises que le pays a connu en 2007 (révolution des moines qui a notamment fait chuté l'industrie du tourisme) ou en 2008 avec le passage du cyclone Nargis.

Aujourd'hui, la Chine doit accepter la présence grandissante d'investisseurs d'autres pays. Et la liste des prétendants est longue. Si les puissances occidentales ont levé la plupart des embargos et se montrent de plus en plus présentes, elles sont concurrencées par l'Inde, le Japon, la Corée du Sud et les économies de l'ASEAN. La Chine reste encore le principal partenaire économique, sans doute pour longtemps, mais elle n'est désormais plus seule.

Le manque d'infrastructures et d'énergie

A cause du manque d'infrastructures et d'énergie, en Birmanie, toute activité s'arrête avec le coucher du soleil, à 18h. Et il est difficile de croire que Yangon, aux trottoirs défoncés et aux décharges en plein centre-ville, soit une capitale économique. Pays sous-développé, la Birmanie est encore plus appauvrie par le détournement de la production nationale au service du budget militaire. Pourtant, le pays a eu historiquement une vocation de carrefour commercial et représente encore pour la Chine une voie d'accès à l'océan Indien. L'axe Kunming-Yangon se développe malgré tout, plus ou moins légalement, mais le reste du pays continue de manquer de ponts et de routes dignes de ce nom. Seules les routes menant vers la Chine ou vers la capitale Naypidaw sont régulièrement rénovées pour faciliter les transports de marchandises ou le passage des militaires. Quant à l'énergie, c'est encore pour le gouvernement le moyen de faire rentrer des devises. Les richesses en pétrole et gaz naturel font l'objet de concessions juteuses mais ne profitent pas au pays. Pas d'éclairage public, et des générateurs particuliers après 18h sont le lot des hôtels et autres commerces qui ne ferment pas à la tombée de la nuit. Mais ceux-ci sont peu nombreux.

L'agriculture archaïque

La Birmanie est un pays de tradition agricole et pourtant, aujourd'hui, son agriculture est archaïque. Les cultures irriguées de la Birmanie centrale datent du XIe siècle et sont l'héritage des grands travaux du roi Anawratha qui ont fait de ces neufs districts le grenier à riz du nord du pays. Depuis, les initiatives pour en améliorer les rendements ont été rares. Les processus de mécanisation et d'intensification des cultures n'ont été amorcés que très récemment et de façon disparate.

Les richesses naturelles et les obstacles à leur mise en valeur

La Birmanie est dotée de richesses naturelles qui en fait l'un des pays les plus riches de la région et pourtant cette richesse semble s'évaporer dans un marasme douteux où la corruption flirte avec l'anarchie, le contrôle armé, l'exploitation humaine, la violations des droits de l'homme et de la nature et la dictature. L'instabilité politique interne est l'obstacle majeur à la mise en valeur des richesses naturelles du pays et surtout à la bonne gestion de leur extraction au profit du pays et non de quelques hommes. Un véritable pillage organisé s'est installé dans l'ensemble du pays au profit des généraux sous couvert parfois d'hommes d'affaires privés, au profit aussi de groupes rebelles armés et des entreprises étrangères profitant du manque de législation et d'une main d'oeuvre bon marché, souvent esclave. Les réserves minières sont considérables : gisement de pétrole du bassin de l'Ayeyarwaddy, fer, tungstène, plomb, argent, étain, mercure, nickel, uranium, zinc, cuivre, cobalt, antimoine. La Birmanie est aussi riche en or, rubis, saphirs (Mogok, ouest du plateau Shan) et jade (Mogaung, Etat Kachin). Près de la moitié du territoire birman est couvert de forêts non exploitées qui en font l'un des puits de bois de teck les plus abondant.

La volonté du gouvernement birman d'attirer les devises étrangères et faute de moyens financiers internes pour assumer le développement de l'infrastructure du pays, mettent au main des compagnies étrangères l'exploitation des ressources naturelles birmanes. Ainsi l'Inde, la Chine, la Russie, la France, la Thaïlande et bien d'autres pays se disputent les contrats de concession juteux avancés par le SLORC sans qu'un véritable contrôle international ou national soit fait pour assurer une exploitation saine (tant au niveau des droits de l'homme qu'au niveau des profits dus à la nation et donc au peuple) mais aussi le renouvellement des ressources minérales et végétales. A la dépendance des ressources financières étrangères, s'ajoute le problème des conflits dans les zones où se trouvent les minorités nationales, ce qui rend difficile, voire impossible, l'accès aux ressources situées dans ces zones de rébellion. Elles compromettent ainsi l'exploitation des ressources énergétiques en mer d'Andaman ; les rébellions ont favorisé la mainmise thaïlandaise sur l'exploitation du teck. En effet, suite au décret de 1989 mettant fin à la surexploitation de ce bois en Thaïlande, les compagnies forestières thaïlandaises se sont tournées vers le teck de leur voisin birman, négociant d'abord directement avec les groupes ethniques insurgés, et en particulier les Karen puis avec le gouvernement selon les zones concernées. En l'absence d'une volonté et d'un contrôle réel sur ces concessions, les excès sont inévitables. Ainsi, la pêche et l'exploitation des ressources forestières et minières sont pratiquées à outrance, servant des intérêts étrangers, à court terme, pillant le pays à long terme. Le pays s'enferre alors dans une dépendance, vis-à-vis des pays développés, encore accrue et on assiste à une néo-colonisation du pays à cause d'un gouvernement incapable de trouver un équilibre et de gérer convenablement ses ressources humaines et naturelles.

De la voie birmane vers le socialisme à la voie birmane vers le capitalisme

Avant la Seconde Guerre mondiale, la Birmanie était l'un des pays les plus riches, les plus alphabétisés et aussi parmi les premiers producteurs agricoles de la région d'Asie du Sud-Est. Le pays exportait plus de trois millions de tonnes de riz par an, ce qui lui valait la première place mondiale parmi les pays exportateurs de riz. Mais le régime politique militaire qui s'installa après l'indépendance du pays ne permit pas à l'économie birmane, laissée exsangue par la Seconde Guerre mondiale, de se redresser et, en quelques années, les exportations diminuèrent, n'atteignant plus que quelques milliers de tonnes par an. Depuis, la situation semble néanmoins s'être améliorée, mais les exportations sont loin d'avoir recouvré leurs niveaux d'avant-guerre. Après le coup d'Etat de Ne Win en 1962, la junte lança la Birmanie sur la voie du socialisme et condamna l'essor de l'économie privée en concentrant les secteurs clés du développement économique dans des monopoles d'Etat, dirigés par des militaires à la retraite. Conduite dans l'isolement par l'armée, l'économie birmane ne cessa de prendre du retard jusqu'à connaître la crise des années 1980 : malnutrition, sous productivité, etc., la Birmanie devenait la dixième nation la plus pauvre du monde.

En 1988, la junte lançait " la voie birmane vers le capitalisme ", sans changement de politique économique réelle, si ce n'est pour attirer les capitaux étrangers. Partant de très bas, les statistiques de croissance économique n'eurent pas de mal à s'améliorer et le taux de croissance annuel atteignit jusqu'à 6 %, dopé par le commerce frontalier avec la Chine, ouvert depuis 1988 par un accord signé avec Pékin. L'ouverture aux investissements étrangers de 1989, autorisant les structures à capitaux totalement étrangers, accentua la mainmise étrangère sur la base de l'économie birmane, et en particulier la dépendance vis-à-vis des capitaux singapouriens, malaisiens, thaïlandais et chinois.

La signature de contrats avec de grosses entreprises comme Total en 1996 vint à point non pas pour re-booster l'économie du pays mais pour redonner à la junte les fonds nécessaire pour garder une main ferme sur le pays car c'est bien aux militaires et à l'armée que profitent ces contrats (près de la moitié des dépenses de l'Etat sont militaires). Face à la crise asiatique déclenchée début 1998, la dictature birmane semblait avoir fait le choix du repli sur elle-même, élargissant encore le champ des restrictions au commerce international mais à y regarder de plus près elle ouvre la grandes portes aux entreprises étrangères et les investissements prolifèrent, même s'ils sont soumis à un contrôle strict de la part de la junte qui est présente sur tous les importantes affaires avec les étrangers. Même s'il y a des supposés embargos de la part des entreprises étrangères. Mais un embargo de la part de la communauté européenne sur les conserves d'ananas ou la confection est-il bien utile quand les entreprises européennes, asiatiques ou russes et les généraux birmans multiplient les ententes, les accords dans les affaire du gaz, des mines du pétrole et du bois ? Le capitalisme est là en Birmanie, bien présent, ouvrant la porte aux investisseurs étrangers sans états d'âme qui tirent leur épingle du jeu : en fermant un oeil sur la dictature, les entreprises profitent d'un marché protégé par sa mauvaise image et les affaires n'en sont que plus juteuses.

Au cours de l'année fiscale 2008-2009, les investissements étrangers ont déferlé en Birmanie et se sont élevés à 984 millions de dollars contre 172 millions pour l'année précédente. Ainsi, ils ont quintuplé en un an principalement du fait de la Chine, à l'origine de plus de 85 % des projets actuels, en majorité dans l'exploitation de ressources minières et d'hydrocarbures, mais aussi de la Thaïlande, la Malaisie, la Russie, la Corée du Sud et l'Inde. Mais à force, le capitalisme ne se transforme-t-il pas en néocolonialisme ? La junte birmane ne brade-t-elle pas l'ensemble du pays, ses terrains, pour en retirer un bénéfice dont le peuple n'héritera pas ?

L'économie parallèle

En réaction à des pratiques économiques du régime dénuées de sens (large usage de la planche à billets, par exemple), se développent la contrebande et la corruption. L'économie parallèle s'est généralisée. Le trafic avec le Yunnan chinois en particulier ne passe pas inaperçu même du simple touriste. Marché noir et économie parallèle prospèrent, entretenus par la junte : des dirigeants corrompus surveillent le trafic du bois de teck et de l'opium, pour ne pas perdre une part d'un profit important. Les militaires, qui cumulent pouvoir politique et hauts postes de l'administration, ont souvent à côté de leurs fonctions administratives, une activité économique indépendante, qui leur prend tout leur temps.Tout se monnaye : une autorisation d'entrée sur un site interdit, une prolongation de visa, un traitement de faveur pour un prisonnier, l'arrestation d'une personne, la certitude de signature d'un contrat, le passage de produits illicites à la frontière...

Le trafic d'opium

Le trafic d'opium est un fléau mondial qui vient compliquer encore la situation birmane sur la scène internationale. Deuxième producteur loin derrière l'Afghanistan, selon le rapport 2009 du Bureau des Nations unies sur les drogues et la criminalité (UNODC), la Birmanie est en effet au coeur du trafic et contrairement à des pays comme la Colombie, la Birmanie est un narco-Etat, les dirigeants étant directement impliqués. A la suite de la répression par le gouvernement de Yangon des mouvements pro-démocratiques de 1988, les Etats-Unis ont suspendu leur programme d'aide de lutte antidrogue pour la Birmanie. En conséquence, la production d'opium explosa. Et avec la retraite de Khun Sa, il devint encore plus utopique de contrôler la production d'héroïne, laissée aux mains d'anciens membres du Parti communiste chinois et éparpillée entre les différents barons de la drogue, proches des militaires birmans. Sur les 189 000 hectares d'opium cultivés en 2008 dans le monde, 28 500 l'ont été au Myanmar. L'Asie du Sud-Est produit 80 % de l'héroïne qui s'échange dans les rues nord-américaines. 70 % proviendraient de Birmanie, ce qui vient interférer dans les relations politiques entre les deux pays. Les régions productrices sont aussi les zones de guérilla interne, en particulier les Etats Shan du Nord et Kachin, rendant difficile la lutte antidrogue. Selon Democratic Voice of Burma, l'organisation de journalistes basée en Norvège, la production d'opium, estimée à 4 000 tonnes en 2008, va souvent de pair avec le renforcement de la présence militaire, notamment dans l'Etat Shan, dans l'est du pays. Le transport de l'opium emprunte la route de Birmanie qui mène à la frontière chinoise avec la province du Yunnan. La fabrication d'amphétamines est en augmentation et on ne peut enlever à la Chine, un des rares alliés du régime birman, d'accentuer sa pression sur les généraux afin qu'ils luttent davantage contre les trafiquants de drogues.

Le sacrifice de l'économie privée

Le développement en profondeur de l'économie privée est sapé par les sautes d'humeur de la junte et le choix de l'isolement politique. Au recensement de février 1997, l'économie privée restait limitée, et essentiellement tirée par l'import-export (7 300 entreprises avaient la licence). Quant à l'investissement extérieur, majoritaire en nombre d'inscriptions au registre du commerce birman, il se répartissait à cette date en moins de 2 000 bureaux de représentation, environ 1 200 partenariats, 960 filiales étrangères et 105 joint-ventures.

Si l'entreprise privée est encouragée de plus en plus, la réalisation n'en reste pas moins entravée par la lenteur des démarches administratives et les revers de réglementation. L'économie " privée " était encore considérée au début des années 2000 par le gouvernement de Yangon que comme le moyen à court terme d'attirer des capitaux étrangers et de contrôler le commerce frontalier existant de fait avec la Chine, la Thaïlande, l'Inde et le Bangladesh. Aujourd'hui, la junte, désormais localisée à Naypidaw, semble avoir définitivement été convaincue des bienfaits de l'ouverture économique mais, paradoxalement, au détriment de l'économie elle-même, sur le long terme en particulier. Nombreuses sont les interdictions : importations et exportations de teck, pétrole et gaz naturel, perles, jade et autres pierres précieuses, métaux, et tout autre article objet d'un monopole d'Etat. Il faut passer par l'Etat. Dans le cas plus particulier du commerce frontalier, sont aussi interdits les commerces du riz, de munitions, d'antiquités, de coton, de cuir, de poisson frais ou séché, de crevettes sous toutes les formes, de bétail, d'animaux exotiques, d'ivoire et de quasiment tous les métaux. Mais les camions bâchés sur la " China Road " sont presque aussi nombreux que les barrages de police qui les laissent passer et désormais derrière chaque grosse entreprise, se trouve un général caché derrière un homme d'affaires.

Tay Za : le jeune tycoon birman

Vous ne le connaissez peut-être pas mais il est partout autour de vous en Birmanie. Pas un secteur économique où il n'ait investi avec le soutien appuyé de Than Shwe, le précédent dictateur, et sa famille. La dissidence en exil l'accuse même d'être une couverture pour permettre au pouvoir en place de faire des affaires. Hôtellerie, teck, pierres précieuses, électricité, logistique, Internet et télécommunications. Il est à la tête des entreprises leaders de chaque secteur. Il possède la compagnie aérienne que vous serez tenté d'emprunter pour vous rendre plus vite à l'autre bout du pays : Air Bagan. C'est lui aussi qui est à la tête du club de football de Yangon ou encore l'indécent et grandiose hôtel Aureum au pied de l'affreuse tour de Bagan. Grâce à Tay Za, la dictature enrichit ses caisses personnelles et achète des Mig 29 ou des hélicoptères de combat pour ses ministères de la Défense.

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