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Guide du R. D. Congo : Arts et culture

ARCHITECTURE
Les débuts de la colonie

A travers l'architecture et les paysages urbains, l'entreprise coloniale belge au Congo marque toujours le territoire de la RDC, dont singulièrement sa capitale Kinshasa. Pourtant, l'architecture comme référent identitaire de l'entreprise coloniale, ne s'imposera qu'assez tardivement au Congo et bien après la création des voies d'accès et des premiers comptoirs coloniaux. Les premières constructions coloniales visent essentiellement à répondre aux problèmes d'acclimatation des Européens. Le modèle du " bungalow tropical ", inspiré notamment des constructions coloniales britanniques ou hollandaises, s'impose assez vite, dont la résidence du Gouverneur-Général de Boma en est toujours un bel exemple aujourd'hui. Vers les années vingt, dans le cadre de la politique migratoire coloniale qui limite l'établissement au Congo des agents de l'état ou des grandes entreprises à quelques années, se développe une architecture résidentielle qui imite la typologie des villas et maisons vernaculaires de la métropole. Les agents déracinés provisoirement retrouvent ainsi au Congo un " comme chez soi ". L'organisation de l'habitat répond aussi à une nouvelle structure sociale avec l'arrivée des épouses et enfants d'expatriés. Cette typologie d'habitat formera de nombreux quartiers des villes, qui se développent parallèlement à l'exploitation économique du pays.

Urbanisme colonial

L'urbanisme colonial structure la ville sur un principe de ségrégation entre les populations. Des quartiers " indigènes ", plus communément appelés " les Cités ", se développent à côté de la ville " coloniale ". Une vaste zone " tampon " délimite ainsi ces deux entités urbaines. Déjà, les premières implantations coloniales marquent la distance entre le noyau européen et le village. Basé sur un principe de zonage, ce principe de ségrégation prévoit que la ville soit divisée en quartiers avec, d'une part, la ville européenne sous une forme " pittoresque " influencée notamment par les " Garden City " ; d'autre part la ville indigène en forme de damier. Ces deux zones sont séparées par un cordon de 500 mètres, appelé parfois " cordon sanitaire ", censé représenter le rayon de déplacement maximal du moustique vecteur de malaria.

Cités ouvrières

Ce principe théorique sera différemment appliqué dans les grandes villes du Congo. À Kinshasa, projeté par l'architecte-urbaniste Georges Ricquier en 1949, cette zone ne sera jamais totalement réalisée à l'exception de quelques bandes qui forment aujourd'hui le golf de Kinshasa et les jardins zoologique et botanique. À Lubumbashi par contre, ce schéma sera appliqué à la lettre et dès les années vingt, on y rase les quartiers africains pour construire et déplacer les habitants dans la cité Albert Ier, aujourd'hui la commune de Kamalondo. Les premières Cités sont essentiellement construites par les entreprises coloniales - l'Union Minière du Haut Katanga ou la Forminière - pour héberger leur main-d'oeuvre. Ces cités ouvrières forment des entités urbaines autonomes qui comprennent des logements, écoles et dispensaires. Après la deuxième guerre mondiale par contre, avec la crise du logement qui intervient surtout en milieu urbain suite à l'exode des populations congolaises qui viennent s'établir à proximité des centres économiques, la construction des Cités indigènes devient l'une des priorités des autorités avec la création de l'Office des Cités Africaines (OCA) qui réalise la plupart des nouveaux quartiers indigènes.

Nouveau style

Un nouveau style est valorisé à partir des années 40 par une génération d'architectes influencés par les bâtiments modernistes construits en Afrique du Nord : le " Modernisme tropical ", inspiré notamment du langage corbuséen. Ce style se distingue par l'intégration de dispositifs climatiques comme élément de composition de l'architecture (le brise-soleil, le pilotis...) alors que parallèlement la climatisation tend à s'imposer dans les constructions. Le Modernisme tropical et l'architecture monumentale qui caractérisent surtout les bâtiments de l'administration publique comme par exemple la Résidence du Gouverneur Général à Léopoldville, vont opérer une symbiose entre technologies climatiques et langage architectural.

Propagande coloniale

L'objectif est de former une architecture référentielle urbaine, avec la construction de bâtiments publics et d'immeubles à appartements, qui deviennent de véritables outils de la propagande coloniale, en particulier à Léopoldville. L'immeuble en hauteur - alors rare au Congo si ce n'est les exceptions notoires notamment de l'hôtel Métropole à Matadi ou du bâtiment Forescom à Léopoldville de style paquebot - s'impose de pair avec la hausse spectaculaire du prix de l'immobilier et du terrain à bâtir dans les centres urbains dès le début des années 50. Le " nouveau Congo " se veut résolument moderne, transformant le paysage urbain à l'image des grandes villes prospères sur le modèle nord-américain. Cette transformation est systématique à Kinshasa, alors qu'elle plus limitée à Lubumbashi ou Kisangani, donnant à la capitale cette allure de ville occidentale prospère caractéristique et véhiculée à l'époque coloniale.

Bâtiments civils et religieux

Mais la " mission civilisatrice belge " passe aussi par la construction de nombreux bâtiments civils et religieux. De cette " mission ", il demeure aujourd'hui encore un patrimoine architectural important formé par les écoles, les universités, les lieux culturels, les hôpitaux ou dispensaires, dont une grande partie a été construite dans le cadre du Premier Plan Décennal pour le Développement Economique et Social du Congo Belge, promulgué en 1948. Si beaucoup de bâtiments scolaires " types " sont conçus par des architectes et ingénieurs du Service des Travaux publics du Ministère des Colonies à Bruxelles, d'autres sont signés par des architectes de renom pour ne citer que le vaste campus universitaire de Lovanium (aujourd'hui Université de Kinshasa - UNIKIN) à Kinshasa, oeuvre de Marcel Boulengier, et qui ouvre ses portes en 1954. Dans le registre culturel, un groupe de jeunes
 architectes forment le groupe " Yenga " à Lubumbashi, qui élabore sous la conduite de Claude Strebelle un grand complexe comprenant un musée, une école de musique et un théâtre, aujourd'hui le siège du Parlement provincial.

Mobutu

Le régime de Mobutu s'illustre par de nombreuses commandes publiques monumentales, comme le siège de la Radio Télévision Nationale Zaïroise (aujourd'hui RTNC) des architectes Arsac et Dougnac ; la Tour Sozacom (siège de la Gécamines) ; ou la tour de l'échangeur de Limete qui s'élève à 210 mètres. Dédié à la mémoire de Patrice Lumumba puis à celle des héros nationaux, et conçu pour héberger à sa base un musée de la nation qui devait valoriser l'histoire de la lutte du peuple zaïrois pour son indépendance, ce projet dessiné par Olivier Cacoub entre 1970 et 1974 constitue une vrai prouesse technique. Le goût du monumental qui caractérise le règne autocratique de Mobutu s'illustre aussi par le Stade des Martyrs de la Pentecôte, entièrement financé par la Chine, ou le Palais du Peuple. La plupart des bâtiments construits sous l'ère de Mobutu se réfèrent au style " international ", avec des techniques de construction importées et l'utilisation de la climatisation généralisée. Vers 1975, une génération d'architectes congolais comme Talangay, auteur de l'extension de la Banque Nationale du Congo et de la Cour Suprême de Justice, ou Magema, auteur de l'Office de Gestion de la Dette Publique (OGEDEP), développent une architecture plus sculpturale et locale sans nier toutefois les techniques de construction importées.

Nouvelle génération

La jeune génération d'architectes d'aujourd'hui, fédérée autour de la Société Nationale des Architectes du Congo et pour la plupart formés à l'Institut des Bâtiments et Travaux Publics (IBTP), cherche à s'ancrer à la fois dans l'identité africaine - avec une nette influence des pays africains anglophones - et dans le rapport aux techniques contemporaines de l'architecture. Peu d'architectes congolais ont malheureusement la chance de s'exprimer, la plupart des commandes importantes étant encore exécutées par des cabinets internationaux. La politique des " cinq chantiers en marche " du Président Kabila a ainsi favorisé les investissements privés internationaux dont le complexe résidentiel, hôtelier et de loisirs près de la Gare centrale de Kinshasa qui illustre les tendances nouvelles de l'architecture de promotion.


Architecture spontanée et patrimoine colonial

Il reste à souligner que, dans le contexte de l'explosion démographique des villes congolaises, le paysage urbain est essentiellement dominé par des milliers de bâtiments à l'architecture spontanée, érigés entre les parcelles historiques des anciennes Cités ou dans les tentaculaires extensions urbaines non planifiées qui forment cette identité si particulière des villes congolaises. L'architecture coloniale au sens large et les paysages urbains qu'elle a formés sont aujourd'hui un sujet de débat. Quelle identité ces villes importées - références du pouvoir colonial - véhiculent-elles auprès des populations africaines ? Il n'en demeure pas moins que les bâtiments coloniaux et la figure de l'urbanisme colonial font partie de l'histoire de l'architecture du 20ème siècle, et du patrimoine historique congolais, à valoriser et préserver.

ARTISANAT
Artisanat congolais

La RDC fait partie du Comité de coordination pour le développement et la promotion de l'artisanat africain (CODEPA) qui rassemble plusieurs pays du continent afin de formaliser cette activité économique à l'échelle du continent. De fait, le Congo possède un artisanat unique et de grande qualité, avec de très belles pièces et oeuvres d'art déclinées sous différents supports (sculpture, objets décoratifs, bijoux...), et imputables à l'incroyable talent des artisans congolais, aux styles et influences spécifiques à chaque région/ethnie du pays. Et ce, bien que l'on puisse dégager des lignes fortes et points communs, au sein d'un style dit " congolais ", mais qui dans les faits reste extrêmement diversifié. Et c'est heureux.

Encadrement

L'artisanat occupe donc une place importante au Congo, même si la plupart des artisans opèrent encore de manière informelle et sur un marché très limité, dont ils tirent trop peu de revenus. À Kinshasa, quelques structures encadrent des groupes d'artisans afin qu'ils puissent vivre dignement de leur art et savoir-faire, et afin de promouvoir leurs oeuvres et productions auprès d'un plus large public. Partant du constat que l'artisan connaît son métier mais faute de moyens, ne produit que sur commande et expose peu...

Marchés d'art et d'artisanat

Mais outre ces structures et magasins plus établis, le lieu par excellence où l'on vend de l'artisanat à Kinshasa et qui fait partie des immanquables en ville, c'est le Marché des Valeurs dans le quartier Royal. Ambiance de souk où l'on se fait harponner et solliciter de tous côtés, et où l'on tchatche et négocie ferme, le tout dans la bonne humeur générale et pour des pièces qui valent bien souvent la peine, à des prix dérisoires. Son équivalent à Lubumbashi, c'est le marché des oeuvres d'art de Kalukuluku. Mais on trouve ces marchés d'art dans toutes les villes congolaises d'une relative importance.

Négociation

Quelques vendeurs et artisans ambulants tiennent aussi des stands ou exposent quelques oeuvres dans des hôtels ou lors de manifestations, voire dans la rue. Quelque soit le contexte, peu d'arnaques sont à signaler au niveau de la qualité des objets vendus, si ce n'est les prix à diminuer de moitié, voire par trois ou quatre selon le degré de bagout et l'humeur du vendeur qui les adapte bien sûr à la tête du client. Mais ça fait partie du jeu. Même si de plus ou moins grandes différences sont constatées entre certaines villes et régions, en fonction du coût d'approvisionnement notamment. Kinshasa restant cependant l'endroit où les prix pratiqués restent les plus intéressants, avec une large marge de négociation, et pour une variété de produits inégalée par rapport aux autres villes.

Que ramener de son voyage ?

Où que ce soit dans le pays, il y a clairement moyen de faire de bonnes affaires et de trouver son bonheur parmi la diversité d'objets proposés.

tapis Kuba (velours du Kasaï) : provenant d'une longue tradition issue du Royaume Kuba et de l'ethnie Shoowa. Les fibres utilisées pour la confection de ces tapis proviennent du palmier raphia et sont teintes de couleurs végétales. La broderie et la technique du velours sont réservées aux femmes, tandis que le tissage est l'affaire exclusive des hommes. Leur fabrication, qui peut prendre plusieurs mois voire une année entière, se distingue par la finesse des techniques utilisées et l'extrême diversité des dessins et motifs représentés.

antiquités : au Congo, un antiquaire n'est pas nécessairement celui qui vend des antiquités mais aussi celui qui les fabrique avec parfois un mélange de styles anciens et de techniques de vieillissement sur des objets modernes. Quoiqu'il en soit, les adeptes de " vieux " seront comblés, avec parfois de belles trouvailles à la clé : médailles, pièces de monnaie, bijoux, fétiches, masques, objets de culte...

masques et fétiches : on en trouve de toutes les ethnies et de toutes les tailles, couleurs et modèles, qu'ils soient anciens ou neufs. Ils possèdent tous des significations et caractéristiques particulières qui les différencient fortement, selon leur culture d'origine. Souvent de toute beauté. Définitivement un must au Congo.

bijoux : fabriqués à partir de bois, verre, métal, os d'animaux, pierres et minerais (malachite, cuivre), coques ou fruits séchés... La diversité des techniques et matériaux utilisés n'a d'égal que la créativité de leur fabriquant. Petit rappel de circonstance au passage pour consommer responsable et éviter l'ivoire et d'autres produits provenant d'animaux protégés.

instruments de musique : likembe (sorte de xylophone local et traditionnel appelé aussi " sanza " en Afrique centrale), tambours et divers instruments de percussions, maracas, guitares en bois traditionnelles...

mobilier : du siège au tabouret (ebonga), appuie-dos ou petit banc, en passant par la table, le porte-CD, la lampe, voire le lit ou l'étagère. Grand choix de modèles et matériaux proposés.

Mention spéciale pour les chaises à palabre, constituées de ces deux planches de bois entrecroisées, très stylées et confortables, en plus d'être facilement transportables.

déco : Les objets et accessoires décoratifs rivalisent bien souvent de beauté et d'inventivité : bougeoirs et chandeliers, boîtes à bijoux, bibelots divers, paniers tressés, ouvre-bouteilles, porte-clefs, miroirs, plats et bols, coussins, céramique, poterie, tableaux...

pagnes : même s'ils ne sont plus fabriqués au Congo, ni même artisanalement, les pagnes (wax), ces tissus typiques aux tons et motifs vifs et colorés portés par toutes les Congolaises, restent l'un des produits phares et typiques du pays. Qu'il est possible et conseillé d'acheter sur place, voire d'en faire des vêtements en allant chez une couturière, qui dispose de nombreux modèles et peut vous fabriquer votre tenue en un temps et pour des prix records.

Tintin : le célèbre reporter d'Hergé, dont les premières aventures débutaient au Congo en pleine période coloniale, est décliné sous toutes les formes et supports. Le grand classique, c'est de revenir avec un petit tableau peint représentant la couverture du célèbre album de Tintin que l'on customise en rajoutant votre nom dans le titre " Les aventures de... au Congo ". Mais on en trouve également quantité d'autres déclinaisons (sculptures en bois, fils de fer, ferraille...) représentant des personnages ou scènes du livre, voire d'autres albums.

certains objets sont fabriqués à partir de matériaux de récupération (boîtes de conserve, vieux métaux...). Un véritable recyclage s'opère donc en donnant une seconde vie à certains produits, avec une sacré dose d'inventivité et créativité à l'oeuvre chez les artistes et artisans locaux, et pour un résultat original et qualitatif (bijoux, déco...).

ARTS TRADITIONNELS

Les régions qui constituent l'actuelle République Démocratique du Congo sont parmi les plus riches en art traditionnel qui soient. Et la variété des formes et des usages est à la mesure de l'étendue du pays et du nombre d'ethnies qui le composent. Il est donc impossible d'en donner un aperçu complet. On distingue ainsi six régions artistiques, à savoir : la région du Bas-Congo comprenant les arts Kongo et Teke ; la région Kwango-Kwilu comprenant les arts Yaka, Suku, Holo et Pende ; la région des Kuba englobant les arts Kuba, Ndengese et Lulua ; la région des Luba ; la région des Songye ; la région des Lega.

Usage social et culturel

L'art congolais est très rarement de " l'art pour l'art ". C'est un art qui a une fonction religieuse ou sociale et qui ne peut se comprendre que dans le cadre d'une culture déterminée. Souvent l'oeuvre d'art est utilisée dans un contexte magique ou religieux. Il s'inscrit dans la continuité des décors symboliques que sont les façades des maisons, les tatouages et scarifications tribales, les attributs du pouvoir et les masques ou statues, messagers invisibles. Il s'en dégage une richesse extraordinaire dans les formes de la statuaire, des masques et autres objets usuels. Ces nombreux objets sont travaillés dans des matériaux divers comme le bois, le raphia, les tissus, l'ivoire, la pierre, etc. Ils possèdent une force culturelle importante qui assure la cohésion de nombreux groupes attachés aux traditions séculaires par ces objets " vivants ", qui sont fabriqués, non pour la délectation mais pour une certaine fonctionnalité.

Colonisation

Quand l'Afrique, en général, et le Congo en particulier, s'ouvrent au monde avec l'arrivée des missionnaires catholiques, l'art africain traditionnel est traité par l'Occident, de " fétiche ", soit accusé de fabriquer des idoles. Beaucoup de ces objets sont donc détruits pour faciliter la pénétration du christianisme, brisant de la sorte l'attachement de ces communautés aux traditions séculaires. D'autres critiques portent sur la qualité artistique des objets dont la facture ne respecte nullement, selon les Occidentaux, les canaux esthétiques classiques, ni ne respecte les proportions des formes humaines...

Reconnaissance

Mais malgré cette tendance générale de dénigrement, quelques esprits occidentaux avertis sentent très tôt que cet art nègre, témoin d'une riche civilisation, tend à disparaître. C'est ainsi que vers les années 1930, plusieurs pistes sont explorées pour non seulement sauver cet art mais surtout le valoriser. À la suite de l'association dénommée " Les Amis de l'art indigène ", la Commission métropolitaine de protection des arts et métiers indigènes est instituée en 1935 par arrêté royal. Dès lors, les arts plastiques congolais constituent une part assez importante et prestigieuse du patrimoine culturel mondial. Des collections et musées de renommée mondiale, notamment le Musée Royal d'Afrique Centrale de Tervuren (Belgique), détiennent des chefs d'oeuvre de premier ordre. On en dénombre des milliers à travers le pays et ailleurs dans le monde.

Ecoles et ateliers

L'engouement des Européens pour cet art nouveau s'intensifie entre-temps et donne naissance à de nombreux ateliers et écoles d'art. Mais sur place, pour diverses raisons, la plupart de ces foyers disparaissent, à l'exception de deux lieux qui vont émerger et rayonner. Il s'agit, d'une part, de l'Académie populaire de l'art indigène (ou le Hangar) à Lubumbashi et d'autre part, de l'Ecole Saint-Luc (Académie des Beaux-Arts) de Kinshasa.

Fétiches

Le terme fétiche est régulièrement employé de manière abusive pour désigner toute figure religieuse alors que cela ne désigne que les objets " chargés ", c'est-à-dire accompagnés d'une charge de matières magiques qui les rend efficaces pour des travaux surnaturels, le plus fréquemment la recherche ou la neutralisation de sorciers. Les grands fétiches comptent parmi les sculptures les plus impressionnantes de la statuaire congolaise, en particulier les célèbres fétiches à clous des populations kongo (Bas-Congo), qui sont activés en y enfonçant un clou, ou les nkisi communautaires des Songye (nord du Katanga), entourés de charges enveloppées de peau de varan et qui, trop dangereux pour être manipulés à mains nues, sont soulevés par des tiges de fer ou de bois. Mais bien d'autres ont des fétiches de plus petites dimensions et souvent de facture plus délicate que ces grandes figures expressionnistes, par exemple les Teke et les Bembe du Stanley-Pool ou les Yaka et les Suku du Bandundu. Et on peut assimiler à cette catégorie d'objets chargés, toutes les amulettes apotropaïques (protectrices) personnelles que portaient les personnages importants, les guerriers et les chasseurs pour se protéger des esprits malveillants ou des sorciers. Certaines sont de petits chefs-d'oeuvre de la miniature.

Sociétés secrètes

D'autres objets sacrés sont ceux des sociétés secrètes, que craignaient tellement les colonisateurs. Les plus connus sont sans conteste ceux des Lega de la forêt de l'Ituri. Les Lega ont une association secrète extrêmement puissante dont l'influence s'étend aux populations environnantes : le bwami. Cette société connaît de nombreux échelons d'initiation et les grands initiés sont les gardiens de petites sculptures en bois, en os ou en ivoire, dont même les Occidentaux perçoivent tout de suite la force et l'intériorité. Ces sculptures sont dévoilées aux initiés pendant des cérémonies et servent de support à des histoires mythiques et des préceptes moraux qui forment la base de l'initiation. La divination aussi nécessite des objets et souvent ceux-ci sont sculptés. On songe notamment aux oracles à frottement des Kuba (Kasaï occidental) souvent zoomorphes : sur le dos lisse de l'animal, on frotte un tampon imbibé d'huile de palme en énumérant toutes les réponses possibles à une question, le tampon reste collé lorsque la réponse correcte est citée. Mais aussi aux gongs des Yaka ou aux paniers pleins de petites figurines des Tshokwe.

Ancêtres

Beaucoup de populations ont des statues d'ancêtres, que ce soient des ancêtres mythiques comme le couple fondateur des Ngbaka (nord de l'Equateur) ou des lignées d'ancêtres historiques comme chez les Hemba (est du Katanga), lesquels ont produit parmi les oeuvres les plus abouties de la sculpture africaine. Ces ancêtres sont hiératiques, sereins, assurés ; ils sont représentés de front, statiques, symétriques comme les pharaons. Les ancêtres " vivent " dans un monde parallèle en contact avec les esprits. Si on se souvient d'eux et qu'on les nourrit lors de sacrifices, ils peuvent venir à l'aide de leurs descendants.

Les statues d'ancêtres ont non seulement un rôle d'intercession religieuse mais aussi de justification dynastique. C'est particulièrement évident chez les rois Kuba (Kasaï occidental) qui ont des séries de statuettes ndop représentant tous les souverains, avec leurs attributs personnels, depuis le 17ème siècle. D'ailleurs, une autre série d'oeuvres traditionnelles a pour fonction de désigner le chef ou le roi, de symboliser son pouvoir et de justifier son autorité. De nombreuses populations connaissent ainsi les sceptres, les cannes ou les bâtons de commandement sculptés, jusqu'au Maréchal Mobutu qui arborait une canne sculptée comme signe de chef " authentique ".

Masques

Le masque, cette expression tellement caractéristique de l'art africain. Beaucoup de ceux-ci servent dans un cadre éducatif, celui de l'initiation des jeunes gens qui est appelée mukanda par les populations du Bandundu qui la pratiquent : Tshokwe, Yaka, Pende, Suku... Cette initiation dure un an ou deux, les enfants sont séparés de leur famille dans un campement de brousse où ils apprennent l'histoire, les mythes fondateurs et les règles sociales de leur groupe. Ils apprennent aussi les secrets des masques. Ceux-ci incarnent des esprits. Le plus souvent, les femmes et les enfants non-initiés ne peuvent voir les masques ou alors ceux-ci sont destinés à les effrayer.

Folklore

Comme dans d'autres régions du monde, ces mascarades ne disparaissent pas nécessairement avec les croyances et les pratiques ancestrales. Comme ailleurs, elles ont tendance à se " folkloriser ". Actuellement au Congo, comme il y a peu de tourisme, elles restent destinées en premier lieu à un public local. Le meilleur exemple est celui des Pende du Bandundu et du Kasaï occidental qui développent un véritable " revival " de leur art, avec l'invention de nouveaux masques, le remplacement des sculptures des cases cheffales et même l'organisation d'un festival annuel à Gungu.

Datation

Une question qui revient souvent est celle de l'âge des oeuvres traditionnelles. La question est difficile parce qu'elles ne sont pas datées et rarement accompagnées d'une documentation fiable. La réponse facile est que les " meilleures " oeuvres qui nous sont parvenues datent probablement de la fin du 19ème et du début du 20ème siècle, soit d'une époque où l'influence de la demande occidentale était encore inconnue. Il ne fait bien sûr aucun doute que des oeuvres plus anciennes ont existé mais l'immense majorité d'entre elles ont disparu, victimes des attaques du climat et des insectes, mais aussi des grands déplacements de population liés aux incursions arabes du 19ème siècle.

La plus ancienne sculpture d'Afrique centrale, une tête d'animal en bois conservée au Musée Royal de l'Afrique Centrale à Tervuren près de Bruxelles, est datée d'entre 750 et 850 de notre ère. Plusieurs objets de l'ancien Royaume de Kongo (16ème) sont conservés dans d'anciennes collections princières européennes. De cette région également, on a retrouvé plusieurs sculptures (17ème et 18ème siècles) s'inspirant des sculptures religieuses de ce Royaume converti au catholicisme (crucifix, Madonne, Saint-Antoine) pour les intégrer dans l'univers de la religion traditionnelle.

Visites et achats

Les meilleurs endroits pour voir l'art traditionnel congolais en RDC sont les salles d'exposition de l'Institut des Musées Nationaux du Congo à Kinshasa et à Lubumbashi. Dans les boutiques et marchés de ces deux villes, on vous proposera certainement d'acquérir des copies plus ou moins réussies de sculptures les plus populaires. Ce sont des souvenirs intéressants mais gardez à l'esprit que la probabilité d'acheter une oeuvre authentique dans ces circonstances est la même que celle de trouver un dessin de Leonardo sur le marché aux puces de Milan !

BANDE DESSINÉE
Une riche histoire

Après avoir connu son heure de gloire dans les années 1970 et 1980, la bande dessinée congolaise, qui s'était imposée au fil du temps comme un art populaire très riche, a fini par subir les contrecoups de la crise que le pays traverse dès l'aube de la décennie 1990. Si les années 1970 et 1980 ont mis en évidence plusieurs dessinateurs et auteurs talentueux, il apparaît cependant que cette riche histoire de la BD, très populaire au niveau local (notamment avec l'épopée "Jeunes pour Jeunes" qui a vu le jour au milieu des années 1960), reste peu connue à l'international. À cette époque, l'engouement était au rendez-vous à la sortie de chaque numéro de ce fanzine, le public possédant un pouvoir d'achat qui lui permettait de se le procurer...

La crise des années 90

A partir de 1990, la BD n'existe quasiment plus et la caricature politique devient à la mode dans les journaux. Pour éviter de disparaître complètement, certains dessinateurs tels que Chéri Samba, Bilenge et Ekunde se convertissent à la peinture. D'autres résistent cependant et confirment leur talents, portant même haut l'étendard de la RDC à l'étranger. C'est le cas notamment de Barly Baruti, le premier auteur africain et congolais à avoir été publié au sein de maisons d'édition européennes. Il a à son actif deux séries : "Eva K." (3 tomes chez Soleil productions) et "Mandrill" (7 tomes chez Glénat). Il vient de signer, en 2014, "Madame Livingstone" qui connaît un grand succès de librairie.

Renouveau

Dans la foulée, d'autres bédéistes congolais sont également apparus sur le devant de la scène : Thembo Kash qui poursuit la série "Vanity" chez Joker ; Pat Masioni qui fait une belle carrière en Europe et aux États-Unis ou encore Hallain Paluku, installé à Bruxelles. En Europe, toujours, Serge Diantantu continue de mener une carrière loin des sentiers battus, avec une diffusion de ses albums par le biais de festivals et salons. Alix Fuilu est également connu avec son association Afro-bulles oeuvrant dans le domaine de la bande dessinée en Afrique.

Kin Label

Par ailleurs, les professionnels restés au pays demeurent actifs. Sur les cendres d'ACRIA, une association qui visait à promouvoir le 9ème art dans la capitale congolaise en organisant le salon de la BD de Kinshasa (5 éditions entre 1991 et 2005), s'est développé un autre collectif, Kin Label, sous la houlette d'Asimba Bathy, afin de faire renaître la BD congolaise. Cette association existe depuis quelques années et bénéficie du soutien d'Africalia. Toutefois le secteur, bien que toujours vivace, ne subit actuellement aucune comparaison avec les années de gloire de ses débuts. Elle est loin la période des précurseurs comme l'homme de théâtre et scénariste Albert Mongita avec les aventures de "Mukwapamba" et d'Achlle Ngoie, le fondateur de "Jeunes pour Jeunes"...

Titres actuels

En attendant, comme le constatent certains critiques, les bédéistes comptent sur l'effort personnel et tentent de se professionnaliser davantage. Quelques noms sortent du lot, à l'instar de Fati Kabuika, formé à l'Académie des Beaux-Arts de Kinshasa, qui a réalisé en 2012, avec le scénariste franco-camerounais Christophe N'Galle Edimo "La Chiva colombiana" (éd. Les Enfants rouges), un roman graphique en couleur sur la situation sécuritaire en Colombie. Ou d'Alain Mata Mamengi, alias Al'Mata, bédéiste de Kin Label, qui a décroché le premier prix de la BD africaine lors du quatrième Festival de la bande dessinée d'Alger en 2011, avec son album "Le Retour au pays d'Alphonse Madiba dit Daudet" (éd. L'Harmattan).

On distingue également parmi les talents actuels : Séraphin Kajibwami, l'un des dessinateurs et auteurs de bande dessinée les plus actifs aujourd'hui en RDC ; Asimba Bathy créateur de Kin Label et d'une demi-douzaine de revues dont Amazone BD, premier magazine de bande dessinée réalisée exclusivement par des artistes féminines ; Dick Esale, l'un des leaders de la nouvelle vague de bédéistes kinois ; le scénariste et éditeur de BD Dan Bomboko... Malgré des difficultés structurelles et le manque de moyens, la RDC reste tout de même le plus grand vivier du 9ème art en Afrique. Plus de la moitié des auteurs de BD du continent étant issus de ce pays.

Titres étrangers

Signalons par ailleurs, qu'à l'instar du cinéma et de la littérature, le Congo semble également fasciner bon nombre de bédéistes étrangers. Preuve en est du nombre de titres sortis ces dernières années et se rapportant à ce pays et son histoire le plus souvent... Tels qu'"Africa Dreams" de Jean-François et Maryse Charles ; "Retour au Congo" d'Herman ; "Kongo" de Tom Tirabosco et Christian Perrissin inspiré du Coeur des Ténèbres de Conrad ; "Les Jardins du Congo" de Nicolas Pitz, parmi beaucoup d'autres. Sans oublier le précurseur et la référence absolue, quoique controversée à ses heures : les aventures de Tintin au Congo d'Hergé publié en 1930, et qui atteste déjà de la fascination qu'exerce cette contrée sur l'imagination européenne à l'époque...

Tintin au Congo : clichés et polémiques

Le second album des aventures de Tintin au Congo paru en 1930 a déjà fait couler beaucoup d'encre et alimenté bon nombre de polémiques depuis sa parution. Celui-ci reprend en effet à son compte une série de clichés en vigueur à l'époque coloniale et véhicule la vision très paternaliste du Blanc à l'égard du " bon sauvage ", telle qu'elle était partagée par la société belge et européenne au moment où Hergé a écrit cette aventure. Celui-ci reconnaîtra d'ailleurs plus tard avoir été nourri de préjugés à ce sujet (tout comme pour Tintin au pays des Soviets) provenant du milieu dans lequel il vivait, " ne connaissant de ce pays que ce que les gens en racontaient à l'époque ". Mais Hergé se défendra de tout racisme, arguant du fait que l'oeuvre contient tout autant de clichés à propos des Occidentaux, présentés également dans le livre de manière caricaturale et simpliste. En 2007 et 2010, ce débat a été réactualisé suite aux plaintes d'un citoyen congolais déposées au Tribunal pénal de Bruxelles exigeant l'interdiction de la vente du livre suite à son caractère prétendument raciste. À deux reprises, la justice belge a estimé l'accusation de racisme non fondée, considérant que l'ouvrage ne traduisait pas une intention discriminatoire dans le chef d'Hergé, au vu du contexte de l'époque. Et si Tintin au Congo avait davantage valeur de témoignage d'une époque et de ses codes, certes choquants aujourd'hui, mais qui font partie de l'histoire des deux pays, à assumer de part et d'autre...

BEAUX-ARTS
Reconnaissance

Au début du 20ème siècle, l'Occident commence à témoigner d'un intérêt et d'une reconnaissance envers les arts africains. A la recherche de formes nouvelles détachées du naturalisme, quelques artistes d'avant-garde, les cubistes français, les expressionnistes allemands et, après eux, les surréalistes, furent illuminés par ce qu'ils appelaient admirativement " l'art nègre ". Depuis lors, l'intérêt pour cet art traditionnel africain s'est lentement imposé grâce à une pléthore de musées, d'expositions, de galeries d'art et de publications. Pour aborder cet art, et comprendre ce qui attirait les artistes européens, il faut se rendre compte que l'art africain ne veut pas représenter, il n'imite pas la nature, il ne cherche pas à ressembler à quelque chose ou quelqu'un. L'art africain est évocateur, il veut rendre visible des idées abstraites, des forces, des esprits...

Acculturation

À partir des années 30, l'art moderne a exercé une influence sur les artistes autochtones. La colonisation, avec tous les mouvements acculturatifs, a sonné le glas des valeurs traditionnelles et de ces expressions artistiques autochtones. A cette époque, des administrateurs et missionnaires européens cherchent à développer un nouvel art congolais, en substitution de l'art ancien qualifié de fétichiste et donc voué à la disparition par tous les moyens. Sous l'apparente ouverture aux floraisons de la civilisation moderne, l'artiste congolais entre donc dans une longue période de mutations sociales profondes où les modèles et paradigmes existentiels typiquement africains étaient d'ores et déjà altérés, voire abrogés au profit de nouveaux types à caractère occidental.

Structuration

L'art congolais étant devenu par conséquent hybride, les nouveaux genres artistiques deviennent des lieux d'interprétation de plusieurs éléments, voire de nouveaux matériaux. Les peintres autochtones rompent avec l'artisanat des fresques sur les façades des cases pour épanouir leur sens décoratif sous forme de tableaux, de peintures murales, papiers peints, paravents, etc. S'embarquant dans ce modernisme, les artistes congolais vont évoluer spontanément selon qu'ils possèdent un don du dessin ou qu'ils sont capables de cultiver leur talent d'observation dans un cadre précis soumis à une discipline de métier artisanal ou artistique, comme l'atelier ou l'école d'art.

Académie des Beaux-Arts de Kinshasa

Créée à l'origine en 1933 à Matadi sous le nom d'Ecole Saint-Luc par le religieux belge Marc Stanislas Wallenda avant d'être transférée à la capitale en 1949, cette école acquit en 1957 son statut officiel d'Académie des Beaux-Arts, la première du genre en Afrique Centrale. En fondant son oeuvre sur les principes du respect des talents natifs et de la recherche de l'inspiration dans le monde propre de l'homme africain, le frère Marc conseillait à ses élèves de ne pas le copier servilement et de bannir de leur horizon les illustrations étrangères. Il incite ceux-ci à considérer la nature comme leur source d'inspiration sûre et intarissable, sauvegardant par là une tradition immensément riche. Les deux frères Chenge, qui mettent en scène l'Afrique avec d'abondantes lignes et des couleurs fluidifiées, représentent la première génération de cette école. Trois autres Congolais sortent du lot et s'imposent comme ténors en inventant la culture du paysage : Mongita, le réaliste, Dombe et Nkusu, les symbolistes.

Aujourd'hui, l'Académie des Beaux-Arts de Kinshasa a évolué des sections originelles en peinture et sculpture à l'art moderne et contemporain. L'ABA enseigne de nos jours les arts plastiques et graphiques à un niveau secondaire et supérieur, et compte plusieurs départements au sein de ces deux sections : peinture, sculpture, céramique, métal, architecture d'intérieur, communication visuelle...

Anciens élèves

L'Académie a à son palmarès d'illustres anciens élèves qui se sont distingués dans le domaine de l'art et ont contribué à son excellente réputation en Afrique et dans le monde : le pionnier, maître sculpteur Papa Lufwa ; les artistes peintres Lema Kusa et Mavinga ; Maître Liyolo en sculpture ; l'artiste peintre muraliste monumentaliste Roger Botembe ; et plus récemment l'artiste contemporain Vitshois Mwilambwe Bondo, Malambu Dibandi Papy et les sculpteurs monumentalistes Christophe Meko et Freddy Tsimba.

Sans oublier la jeune génération qui commence à s'illustrer en arts plastique (Ange Swana, Cobla Makusuna, Nshole Bezayame Egide, Mbemba Doudou, Kalama Akulez Henry, Mega Mingiedi) ; et en photographie comme les artistes du collectif SADI (Alain Polo, Yves Sambu...) ou Kiripi Katembo, pour ne citer que ceux-là. Mais l'Académie des Beaux-Arts de Kinshasa, en plus d'une école, c'est aussi un parc arboré où sont exposées de nombreuses oeuvres en plein air ; une salle d'exposition et de vente ouverte quotidiennement au public ; et un musée. Des expositions temporaires y sont également organisées.

Le Hangar ou l'école de Lubumbashi

Créée en 1946 à Elisabethville (Lubumbashi) dans la province du Katanga par le Français Pierre Romain Desfosses, l'Académie populaire de l'art indigène deviendra en 1951 l'Académie officielle des arts et métiers avant de devenir l'Institut des Beaux-Arts de Lubumbashi. Sur le plan pédagogique, P.R. Desfosses encourageait ses élèves dans le sens d'une grande liberté d'expression hors de toute contrainte et des canaux d'un art soi-disant spéculatif cérébral. Dispensant ses élèves des règles esthétiques, il les poussait à inventer leur propre style en observant la nature et en écoutant leur voix intérieure. Trois artistes dessinent les contours de l'école de Lubumbashi, à vocation décorative, et participent à sa renommée : Bela qui peint avec les doigts des silhouettes en mouvement richement colorées ; Pili Pili qui dessine de manière raffinée la faune et la flore, métaphores de nature ; Mwenze qui croque des scènes de vie avec des taches monochromes disposées en chaîne et trame.

Les Watistes, art populaire et autodidacte

L'art désigné sous le vocable " Wata " selon le jargon des critiques congolais, est tout le contraire de l'art académique ou classique tel qu'il est parvenu au Congo par le biais de l'Académie des Beaux-Arts de Kinshasa ou de l'école dite de Lubumbashi. L'art Wata est l'ensemble des oeuvres d'artistes populaires dont la présence et l'activité ont un impact marquant sur la vie des Congolais de conditions modestes vivant en cités urbaines, principalement à Kinshasa. Les ateliers sont généralement installés le long des grandes artères. Plutôt dilettantes, ces Watistes ne pratiquent donc pas un art issu de grandes traditions ou d'un folklore séculaire, mais produisent des oeuvres candides avec ce caractère à la fois intime et reflétant la vie du peuple. Comme par exemple les peintures de scènes de la vie quotidiennes, dans les bars, sont très courantes : danseurs et buveurs sont représentés en situation de disputes, de flirt ou de scènes de jalousie. Des commentaires naïfs accompagnent l'image et confèrent à la toile un côté BD. Les thèmes bibliques, évangéliques et politiques sont assez bien exploités également.

Le courant watiste tire son nom de cette divinité femme-poisson appelée Mami Wata, la mère des eaux, apparue et vénérée en Afrique et au Congo au moment de l'arrivée des Blancs. Et qui est devenue au fil du temps une source d'espérance en une vie meilleure, symbole de ces femmes libres qui effraient et fascinent à la fois. Au Congo, elle devient à l'époque de Mobutu et avec la montée du sida, l'un des thèmes dominants de cet art populaire congolais. Parmi les plus célèbres peintres populaires (qui refusent de se faire appeler " naïfs "), on compte Chéri Samba et Moké, ainsi que Bosoku Ekunde, ex-bédéiste et peintre de talent.

Le " Village des artistes " dans l'enceinte du zoo de Kinshasa regroupe une poignée d'artistes congolais peignant ces scènes de satire sociale avec des couleurs lumineuses et chatoyantes comme pour conjurer un " Congo malade de tous les maux "...

D'autres artistes congolais

Bodys Isek Kingelez : sculpteur kinois renommé qui s'est éteint le samedi 14 mars 2015 à Kinshasa à l'âge de 67 ans. Ses oeuvres monumentales sont un assemblage de maquettes d'immeubles aux formes inhabituelles, de bâtiments grandioses, de complexes aux couleurs vives qui rassemblent toutes les fonctions d'une ville idéale que l'artiste rêvait de voir édifier.

Ange Swana : née à Gisenyi il y a 27 ans, elle est diplômée en peinture de l'Académie des Beaux-arts de Kinshasa, elle a une palette chaleureuse et un style réaliste portant sur des sujets féminins, peints sur la toile et sur le papier.

Coco Mobuli : artiste peintre contemporain. Son oeuvre reflète la vie quotidienne africaine, plus particulièrement celle des femmes, le foklore et la spiritualité.

Christian Badibanga : surnommé " Bâ ", peintre néo expressionniste abstrait et " matiériste ", il agit sur le bois peint à l'huile ou à l'acrylique en y mettant le feu. Produit des oeuvres d'art plastiques très actuelles.

Alafu Bulongo (Alfi Alfa) : autodidacte, il démarre avec la peinture murale. Alfi expose son oeuvre et compose son spectacle comme un metteur en scène, en introduisant des scènes de la vie quotidienne kinoise. Il peint également les ravages de la guerre.

Guylain Mosoba : il s'illustre en dessin textile, peinture de chevalet, bande dessinée, illustration. Et intègre des objets de récupération pour leur conférer une nouvelle forme plastique.

Gerry Nginamau : influencé par ses origines rurales, ses oeuvres expriment le mouvement, la vie, la transmission ancestrale jusqu'à notre époque actuelle.

Jean-Paul Nsimba Mika : considéré comme l'un des talents les plus prometteurs de la peinture congolaise. Son univers artistique est multiple : figuration narrative autour de sujets de la vie nationale et internationale, mise en scène d'animaux sapés, humanisés, qui renvoient les hommes à leur condition de primitifs évolués...

La Biennale d’art contemporain de Kinshasa

Après Dakar et Kampala, Kinshasa a enfin sa Biennale d'art contemporain ! La capitale congolaise qui a vu naître tant d'artistes talentueux de renom, a organisé pour la première fois l'événement sous le thème " Yango " (" Avancer ") fin 2014. C'est le photographe Kiripi Katembo qui est à l'origine de ce projet. Pendant une dizaine de jours, plusieurs lieux d'exposition à Kinshasa rendent ainsi hommage à l'art plastique congolais à travers les oeuvres d'une vingtaine d'artistes sélectionnés. La biennale veut " questionner les caractéristiques expressives qu'offre le Congo, véritable source d'inspiration et mine d'idées pour les créateurs à travers le monde ".

Mais la biennale accueille aussi des artistes internationaux. Une manière aussi de montrer à voir un Congo différent à travers ses artistes, son énergie créative et sa création contemporaine, qui contraste avec les images négatives parfois véhiculées. La prochaine édition aura à priori lieu en 2016, à condition de trouver les moyens nécessaires pour la tenue de cette seconde édition.

CINÉMA
Renaissance de l'audiovisuel congolais

Pendant longtemps, le cinéma a été le parent pauvre de l'offre culturelle et de la production artistique congolaises. Jusqu'à récemment, où on assiste à une véritable renaissance, avec des auteurs et projets locaux de talent, que ce soit en fiction ou en documentaire. La filière est amorcée et on s'en réjouit. C'est dû à la démocratisation du matériel audiovisuel d'une part, mais aussi à la récente offre de formation spécialisée en audiovisuel et cinéma qui s'est alignée sur les standards internationaux, et encourage à une certaine exigence qualitative et maîtrise technique. Le milieu de la publicité et de la télévision a récemment relevé le niveau de ses propres productions et fait régulièrement appel à de jeunes réalisateurs pour collaborer à ses productions (spots, clips, émissions...). Ce qui profite à toute une filière de métiers associés (scénario, cadrage, son, montage, mixage, effets spéciaux, comédiens...).

Productions et talents nationaux

Le cinéma congolais continue d'exister, malgré les heures difficiles tant à l'époque coloniale que sous le Maréchal Mobutu, peu favorables à un libre accès au 7ème art. Les archives sont donc assez pauvres quantitativement. Le cinéma nécessite une logistique et une technologie plus dispendieuses à mettre en place que dans d'autres disciplines artistiques où émergent davantage de talents (musique, danse, dessin, peinture...). Mais on assiste aujourd'hui à l'éclosion d'un vrai cinéma d'auteur porté par des artistes cinéastes et vidéastes véhiculant un regard neuf et original sur leur ville, culture et pays, et donc sur leur identité.

Education à l'image

L' " éducation à l'image " et aux codes cinématographiques du public constitue aussi un enjeu et une nécessité, afin de faire évoluer sa conception un peu émoussée, il faut bien le dire, par la consommation d'oeuvres souvent de piètre qualité dont il est abreuvé le plus souvent par les chaînes de télévision locales, et qu'on qualifie couramment de cinéma (alors qu'il s'agit le plus souvent de théâtre filmé, assez mal ficelé et réalisé, qu'on appelle " maboke "). Sans parler de l'absence de salles de cinéma répondant à des normes techniques et d'accueil acceptables et surtout accessibles au plus grand nombre. Ce qui constitue un autre frein à lever, afin de décloisonner cet art encore trop souvent considéré comme une forme de " luxe " et réservé à une élite socioculturelle.

Le cinéma colonial

Propagande. Très vite, le milieu colonial a utilisé l'image photographique, puis cinématographique comme instrument de propagande. Dès 1896, des opérateurs se rendent avec des cinématographes dans l'état Indépendant du Congo. Vers 1910, des projections de films, français ou américains, sont régulièrement organisées par des Européens à Léopoldville, mais seulement un nombre restreint de Congolais y ont accès. Pendant la première guerre mondiale, l'état belge va cependant s'employer à organiser une structure de production et de diffusion, pour propager et justifier sa présence au Congo aux yeux de ses alliés et de ses propres ressortissants. En 1916, le Ministère des Colonies crée ainsi le Service de documentation et de vulgarisation, puis décide l'envoi d'une mission cinématographique dirigée par Ernest Gourdinne au Congo et au Ruanda-Urundi.

Développement. Dans les années 1920, les prêtres catholiques déploient eux aussi leur propre organisme cinématographique, avec un système de distribution, de salles de projections, de cinémas mobiles et des commissions de contrôle. Quelques tentatives de cinéma commercial sont signalées à partir de 1944, initiées notamment à Aketi (Province Orientale) par un homme d'affaires belge, dont la programmation regroupe des actualités, des dessins animés, des comédies et des courts documentaires. En 1955, une ordonnance du gouvernement général sur l'accès aux spectacles cinématographiques met enfin les Congolais sur un même pied d'égalité que les Européens. À l'époque, la production cinématographique coloniale officielle est entre les mains de l'abbé, André Cornil, dont l'ambition était de réaliser des films courts s'inspirant des contes naïfs et pittoresques congolais. Entre 1954 et 1957, il tourne 11 films de fiction avec des acteurs congolais, dont Albert Mongita et Antoine Bumba Moaso, et 22 documentaires éducatifs ou didactiques.

Age d'or et post-indépendance. Le cinéma à Kinshasa est avant tout une activité d'animation populaire et itinérante à travers les quartiers. Le cinéma colonial ayant surtout une vocation didactique et moralisatrice prônant les bonnes moeurs (avec des acteurs comme Pili-pili et Mata Mata), les bienfaits de la colonisation et insistant sur les dérives des superstitions indigènes. À la même époque, des cours privés de cinéma sont organisés au Congo et des Congolais viennent se former à la prise de vue en Belgique, notamment au sein de la firme Gevaert. Des acteurs congolais commencent également à décrocher des rôles dans des films destinés à un public international. En 1953, " Bongolo et la princesse noire " du belge André Cauvin, dont les acteurs principaux sont congolais, est projeté à Cannes. Après l'indépendance du Congo en 1960, les services du plus gros producteur, le gouvernement général de la colonie, quittent le pays, et la production missionnaire devient quasi inexistante... La jeune République du Congo hérite alors de quelques salles de cinéma à travers le territoire national et dans la capitale, mais la plupart ne survivront pas aux conflits et guerres que le pays a connus au cours de la décennie 60.

Source : Cécile Walschaerts - " Un cinéma congolais, des premiers temps à nos jours ", Inter Press Service News Agency (IPS).

Sous Mobutu

Authenticité et libéralisation. A son arrivée au pouvoir en 1965, le général Mobutu créé une télévision nationale à la dernière pointe de la technologie au sein de la Cité de la Voix du Zaïre - devenue aujourd'hui la Radio Télévision Nationale Congolaise (RTNC) - et lance son mouvement culturel d'authenticité au début des années 1970. La production d'actualités et de productions audiovisuelles est placée sous son contrôle, et donne lieu essentiellement à des films de propagande à la gloire du Maréchal et de son idéologie. Toutefois émergent aussi à cette époque les premiers films d'auteur réalisés par des Congolais, dont le plus célèbre est Moseka de Roger Kwamy. Ce n'est qu'après 1989, lorsque Mobutu est contraint de rétablir le multipartisme, qu'un espace public s'ouvre enfin pour les radios et les télévisions. Vers le milieu des années 1990, la loi sur la presse permet la création de chaînes privées. Des jeunes formés à l'étranger rentrent alors au pays et se lancent dans la réalisation. Le théâtre filmé, mais aussi les feuilletons produits au Nigeria ou au Ghana envahissent à ce moment-là les écrans au Congo.

Diaspora et résistance. Il faudra attendre les années 80-90 pour voir émerger les premiers talents nationaux, notamment au sein de la diaspora : Kwamy et le Belge Mirko Popovitch avec "Wendo" ; Dieudonné Ngangura Mweze avec "Kin-Kiesse", "Pièces d'identité", "Les habits neufs du gouverneur" (tourné avec des stars congolaises de la chanson : Wazekwa, A. Dominguez, Marie Misamo, Lutumba, Emeneya, R. Amisi...). Et surtout "La vie est belle", l'oeuvre majeure de Ngangura, réalisé avec Benoît Lamy en 1987 dont Papa Wemba tient le rôle principal, et qui est restée la référence, pour ne pas dire l'unique référence, en cinéma belgo-congolais jusqu'à récemment. D'autres noms s'illustrent comme Tshitenge Nsana, Hemedi Mwanamboyo, et Bokakala grâce à son film sur le martyre chrétien catholique Isidore Bakanja. C'est l'époque de résistance du cinéma congolais qui tente d'exister librement.

Période contemporaine

Nouvelle vague. Les années 1990-2000 voient l'émergence d'une nouvelle vague de cinéastes avec des gens comme Balufu Bakupa-Kanyinda, Joseph Kumbela, Kibushi Ndjate, Zeka Laplaine, Monique Phoba Mbeka, Guy Bobanyama... Tous leurs films racontent les drames d'un Congo empêtré dans ses élans vers la modernité sans se donner les moyens de s'assumer avec responsabilité, notamment au sein de la classe dirigeante.

Jeunes talents. Cette génération est talonnée par une autre vague de jeunes talents comme Djo Tunda wa Munga, Petna Katondolo, Sandra Boukhany, Gilbert Balufu, Claude Nzeba Hafner, Dieudo Hamadi... qui, dans le cas du premier en tout cas, a contribué à rappeler et imposer avec fracas l'existence d'un cinéma africain et congolais sur la scène internationale n'ayant rien à envier aux autres productions étrangères sur les plans qualitatif et narratif. Son premier long-métrage (tourné intégralement en lingala, à Kinshasa et avec des acteurs et techniciens locaux) "Viva Riva" ! a en effet rencontré un incroyable succès public et d'estime un peu partout dans le monde. Ces dernières années, des structures de formation et production indépendantes ont vu le jour à Kinshasa (Suka !, Les Béjarts, Mututu), à Kisangani (les 3 Tamis, Studios Kabako) et à Goma (Yolé Africa !). Et c'est d'autant plus nécessaire que le Congo et Kinshasa commencent à avoir la cote auprès de réalisateurs étrangers qui viennent y tourner leurs films.

Cinéma documentaire. Signalons également la recrudescence d'un cinéma documentaire à Kinshasa et au Congo, aux considérations principalement d'ordre social, et dont de jeunes artistes vidéastes du cru s'emparent afin de dénoncer, interpeller, sensibiliser à des problématiques locales mais aux résonnances globales, et bien souvent avec beaucoup de discernement et talent. Ces oeuvres commencent également à circuler à l'international (Congo en quatre actes, Atalaku et Examen d'Etat de Dieudo Hamadi...), et contribuent à mettre le Congo en lumière.

Productions étrangères

Inspiration. Depuis quelques années, le Congo, et singulièrement Kinshasa, semblent également susciter la créativité de bon nombre d'auteurs-réalisateurs-documentaristes étrangers qui viennent y tourner leurs productions. Ces créateurs étrangers viennent puiser dans cette énergie et ambiance particulières, un peu d'inspiration et une certaine fraîcheur et spontanéité au passage. Tant dans le domaine de la fiction que du documentaire ou de l'animation. Certaines de ces réalisations sont devenues des " success story " diffusées à travers le monde, contribuant par la même occasion à montrer le pays sous un jour plus honorable et en rendant hommage à ses habitants, véritables rois de la débrouille, de la résilience et de la bonne humeur communicative. C'est le cas de "Benda Bilili" de Renaud Barret et Florent de La Tullaye qui retrace l'incroyable parcours du groupe de musiciens invalides Staff Benda Bilili. Ainsi que, dans le même style, "Kinshasa Symphony" de Martin Baer et Claus Wischmann qui s'attardent sur l'Orchestre Symphonique Kimbanguiste et ce pari fou de créer un orchestre classique en Afrique composé de complets autodidactes.

Autres films. Au niveau de la fiction, le film canadien "Rebelle" de Kim Nguyen tourné intégralement à Kinshasa avec des comédiens amateurs, a été sélectionné au Festival de Berlin 2012. Et sa jeune interprète principale, Rachel Mwanza, ex-enfant des rues, y a remporté le prix de la meilleure actrice. Sans oublier les nombreuses oeuvres du journaliste et documentariste Thierry Michel qui se consacre au Congo depuis de nombreuses années (Mobutu roi du Zaïre, Congo River, Katanga Business, l'Affaire Chebeya, et plus récemment l'homme qui répare les femmes sur le Docteur Mukwege)... Kinshasa Kids de Marc-Henri Wajnberg avec Rachel Mwanza jouant son propre rôle, a également fait pas mal parler de lui en 2013. En 2015, le documentaire Virunga de Orlando von Einsiedel, qui dénonce les menaces qui pèsent sur ce joyau naturel d'Afrique et sur la région du Nord-Kivu, a été sélectionné aux Oscars. Ce qui a permis d'attirer la lumière sur les enjeux qui se jouent dans cette région du monde qui suscite de nombreuses convoitises...

DANSE
Danses actuelles

Forcément quand on pense Congo, on pense danse... Mais outre les danses folkloriques traditionnelles qui font le renom du pays et de ses différentes ethnies, il y a aussi les types de danse moderne associée aux styles musicaux actuels, comme le ndombolo et ses avatars (coupé décalé, lopele, soukous, etc.). Celles-ci sont pratiquées par une bonne partie de la jeunesse congolaise dans les boîtes de nuit en ville (souvent devant des miroirs pour pouvoir admirer leur propre prestation)... Lors de concerts ou clips, les grandes vedettes et leurs orchestres se faisant également accompagner par des groupes de danseurs/ euses qui exécutent les pas et mouvements caractéristiques de ces courants en accord avec la musique qui les a vus naître. Ceux-ci consistent globalement en mouvements de hanches assez rythmés et prononcés, voire quelque peu suggestifs...

Scène congolaise contemporaine

À côté de ces styles de danse populaires - mais néanmoins " techniques " et demandant une certaine pratique et maîtrise - il y a également une scène congolaise en danse contemporaine, assez riche et développée, intégrant parfois des accents hip hop, de danse traditionnelle, voire de ndombolo et autres danses urbaines. Et qu'il est possible de découvrir lors de spectacles dans les centres culturels notamment de la capitale. Parmi ces jeunes chorégraphes, danseurs et compagnies (dont certains sont réputés à l'international), on peut citer : Dinozord ; Papy Ebotani ; Jean-Marie Musungayi et sa compagnie Diba danse ; Didier Ediho et la compagnie Losanganya Dancing ; Flex ; Jolie Ngemi ; Artcon ; Doudou & Steman ; Ambassa... L'un des artistes les plus connus de la RDC dans le domaine de la danse étant Faustin Linyekula, dont la compagnie est implantée au sein des Studios Kabako à Kisangani, mais qui se produit maintenant un peu partout à travers le monde.

LITTÉRATURE

Comme l'affirme l'édito de la Fête du Livre à Kinshasa, " le Congo a été et est une source d'inspiration littéraire pour les auteurs du monde entier : Aimé Césaire, Joseph Conrad, Hergé, Lieve Joris ou encore David Van Reybrouck se sont saisis de l'histoire et de l'imaginaire de ce pays envoûtant et inquiétant pour y situer leurs récits ". Beaucoup d'écrivains ou journalistes étrangers ont en effet vibré au cours de l'histoire pour ce pays et cette population fascinants (voir bibliographie en fin de guide). Quant à la littérature congolaise d'expression française, elle est riche et foisonnante depuis plus de soixante ans, mais rares sont les auteurs congolais lus et reconnus en dehors de la RDC. Les maisons d'éditions et les librairies sont peu nombreuses, et elles limitent souvent leurs tirages à un public local. Il n'est dès lors pas rare que les auteurs doivent prendre eux-mêmes en charge les coûts d'édition. Ce qui explique le manque de diffusion et déficit de notoriété, à l'intérieur comme à l'extérieur du Congo, d'écrivains pourtant talentueux et qui gagneraient à être connus... Afin de faire découvrir à un plus large public cette littérature, ses talents, ses thèmes originaux, son style particulier non sans humour caustique et empreint d'un certain surréalisme poétique, ainsi que son histoire spécifique.

Aux origines

Dans les années 20 et 30, de nombreux " auteurs " congolais vont oeuvrer dans la vision de leurs maîtres colonisateurs, à la collecte de contes, légendes, proverbes et autres récits de terroirs. Certains d'entre eux en assurent même la traduction en français. C'est le cas de Stefano Kaoze, l'un des premiers Congolais à être ordonné prêtre et à écrire en français. Ses récits consistent en proverbes et récits du terroir tabwa, soit des mythes, contes, légendes qu'il a recueillis et traduits en français (" La psychologie des Bantu " en 1910). Il faut attendre l'après-guerre et le recul progressif des forces coloniales pour qu'une élite intellectuelle locale ait enfin droit à la parole/plume et qu'un mouvement littéraire de langue française s'amorce et prenne forme au Congo.

La Voix du Congolais (1945)

C'est la création du mensuel " La Voix du Congolais " en 1945 qui marque le début d'une littérature congolaise originale. Après un demi-siècle d'éditions missionnaires à but pastoral, souvent en langues congolaises, " La Voix du Congolais " signale une prise de conscience politique et culturelle. Deux personnalités ont marqué cette époque : son rédacteur en chef, Antoine-Roger Bolamba (devenu Bolamba Lokolé en 1972) et Paul Lomami-Tshibamba. Bolamba est le premier écrivain du pays à avoir acquis une renommée internationale grâce à son recueil de poèmes " Esanzo, Chants pour mon pays " en 1955. Quant à Paul Lomami-Tshibambe, il s'est fait connaître dès 1948 avec " Ngando, le crocodile " et a publié d'autres récits initiatiques, notamment " Faire médicament, Légende de Londéma et Ngemena ".

Nouvelle génération

D'autres écrivains de cette époque méritent aussi d'être signalés : Désiré-Joseph Basembe, Albert Mongita qui se lança dans l'écriture d'une pièce de théâtre en 1956 ou encore Patrice Lumumba qui a laissé quelques écrits politiques avant d'être assassiné peu après l'indépendance. En 1962, la création d'un centre de littérature romane d'inspiration africaine à l'Université Lovanium favorise l'émergence d'une nouvelle génération d'écrivains. Au nombre des auteurs les plus connus, on peut signaler Lisembé (Philippe) Elebe, Timothée Malembe, (Edmond) Withankenge Walukumbu-Bene, wa Kayembe Mubadiate Buabua ou Zamenga Batukezanga.

1960-1980

De nombreux poètes congolais publient leurs oeuvres après l'indépendance : Madiya Faïk-Nzuji (" Murmures ", 1967 ; " Kasala ", 1969) ; Mwana-Ngo Ayimpam (" les Complaintes du Zaïre ", 1967) ; Mukala Kadima-Nzuji (" les Ressacs ", 1969) ; Tshiakatumba Mukadi Matala (" Réveil dans un nid de flammes ", 1969). La plus grande figure des lettres congolaises étant Vumbi-Yoka Mudimbe, tout à la fois poète (" Déchirures ", 1971), romancier (" Entre les eaux ", 1973 ; " l'Ecart ", 1979) et essayiste (" l'Autre face du royaume ", 1973). Quant au critique littéraire Georges Mbill a Mpaang Ngal, il s'interroge sur le rôle de l'intellectuel africain dans son roman " Giambatista Viko ou le viol du discours africain " (1975). Signalons également le spécialiste des littératures africaines, Pius Ngandu Nkashama, qui écrit des récits (" la Mulâtresse Anna ", 1973), des romans (" le Fils de la tribu ",1983 ; " le Pacte de sang ", 1984) et des pièces de théâtre (" la Délivrance d'Ilunga ", 1977).

Littérature à deux vitesses

Comme on le voit, une nouvelle génération d'écrivains font leur apparition sur la scène littéraire congolaise et se distinguent au cours des années 80. Les plus connus étant sans doute Pius Ngandu Nkashama, Kama Kamanda ou l'homme de théâtre Kashi M'Bika Katende. Un survol de la littérature congolaise au début des années 90 révèle la vitalité des auteurs de cette période. Au tournant du millénaire cependant, les écrivains restés au pays connaissent des moments très difficiles alors que ceux qui se sont expatriés vont de succès en succès, ce qui conduit le critique Alphonse Mbuyamba Nkakolongo à parler de " littérature congolaise à deux vitesses ".

Aujourd'hui

L'écrivain congolais le plus connu actuellement est sans doute In Koli Jean Bofane avec ses truculents " Mathématiques congolaises " et " Congo Inc ", qui ont remporté un large succès en Europe. L'homme de théâtre Pie Tshibanda est également très populaire en Belgique avec ses pièces " Un fou noir au pays des blancs " et " Je ne suis pas fou ". À noter, plus spécifiquement sur Kinshasa, les textes savoureux de Marie-Louise Bibish Mumbu dont le délicieux " Samantha à Kinshasa " adapté en pièce de théâtre. Celle-ci a par ailleurs collaboré avec d'autres auteurs kinois à un recueil de " Nouvelles de Kinshasa ". Ainsi qu'avec le collectif Moziki Littéraire pour leur création-performance " Kin Kiesse ", avec Papy Maurice Mbwiti et Fiston Nasser Mwanza, deux autres auteurs et dramaturges congolais réputés internationalement. Le second a récemment accédé à une certaine notoriété en Europe avec son premier roman " Tram 83 " (Ed. Métaillé). On peut aussi citer parmi les auteurs contemporains reconnus dans le pays et à l'étranger : Vincent Lombume Kalimasi ("Le quêteur du Soleil"), Jocelyne Kajangu, David Minor Ilunga, Bernadette Tok Waulu Aena, Bestine Kazadi, Richard Ali, Claus Sinzomene, Deni Munkulu...

MUSIQUE

La musique congolaise, représentée par sa célèbre rumba aux multiples générations d'artistes, a envahi depuis plusieurs années le continent africain, confirmant le statut de Kinshasa comme " Mecque de la musique africaine ". Elle a contribué ce faisant à développer de nombreux autres courants musicaux sur le continent (soukous, coupé décalé, etc.). Avec des grands noms d'artistes littéralement vénérés par les Congolais, Africains et par la diaspora occidentale. Et ce, même si d'autres courants s'affirment également (rap, tradi-urbain...). La musique au Congo est partout et tout le temps, qu'on soit en ville ou dans le fin fond de la brousse, en boîte, à la maison, dans la rue, en voiture... et à n'importe quelle heure de la journée et de la nuit. On n'y échappe pas.

Pilier de la vie sociale

C'est peu dire que la musique est un pilier de la culture et de la vie congolaises. Elle est partie intégrante, indissociable de la vie quotidienne de ses habitants, et il semblerait qu'il en ait toujours été ainsi, au gré d'une riche histoire prenant cours des origines jusqu'à ses évolutions récentes. Expression de communion avec l'humanité passée, présente et à venir, la musique emprunte son vaste répertoire dans la riche variété culturelle du pays. La musique et la danse ayant de fait toujours été présentes dans la vie sociale des villages, où le geste et la chanson se déployaient avec emphase sur la place publique, afin de célébrer les principaux événements de la vie communautaire.

Métamorphoses

Il est établi que c'est avec la naissance de la ville de Kinshasa (Léopoldville) que la musique congolaise prend ses marques. Au départ folklorique, cette musique est alimentée dans la capitale par des groupes qui arrivent de partout : les gens du fleuve, les Kasaïens et les autres venus de l'Est à la suite du développement industriel de la ville au début des années 1920. Ainsi que quelques communautés ouest-africaines, les Haoussa notamment, qui se trouvaient au Bas-Congo pour la construction du chemin de fer Matadi-Léopoldville. Dans cette métamorphose sociale qui englobe aussi des essences musicales diverses, apparaissent les premières manifestations de la musique extra ethnique forgée au contact des Européens (groupes formés dans les écoles chrétiennes), d'autres tribus ainsi que de ces autres communautés venues d'Afrique.

Prémisses de la rumba

A cette époque apparaissent ainsi de nouvelles formes musicales à partir desquelles se forge la base de la rumba congolaise. Celle-ci se développe avec les " pionniers ", pour la plupart des lettrés évoluant en majorité au sein des groupes Odéon et Américain. Tels que Joseph Disasi, Emmanuel Dadet, François Poto Galo, Joseph Mbungu, René Kisumuna et Antoine Kasongo. Ceux-ci balisent la voie que vont emprunter et développer leurs successeurs, qui formeront la première génération de la rumba congolaise. Ces derniers, bien que contemporains des pionniers, pratiquent une rumba sensiblement différente tant dans la structure rythmique que dans l'élaboration de l'orchestration. Toutefois, c'est par la musique dite moderne, qui naît vers les années 40, que le Congo développera un art populaire qui a depuis longtemps dépassé les frontières du pays pour s'exporter sur tous les continents.

Pères de la rumba " moderne "

L'implantation de studios d'enregistrement musical - notamment Olympia (1939), Ngoma (1947) et Loningisa (1950) - accompagne l'émergence de musiciens comme Camille Feruzi, Paul Kamba, Paul Mwanga, Antoine Mundanda, Antoine Wendo, D'Oliveira, Jean Bosco Mwenda, Bukasa, qui vont faire éclore leur talent sous la protection et le contrôle de ces studios et de leurs propriétaires. Dans la foulée, on assiste à la mise en place d'orchestres mieux structurés, disposant d'éléments électriques dans les années 50, et qui vont révolutionner le genre. Avec des artistes phares, considérés comme les pères de la musique congolaise : Joseph Kabasele (African Jazz, 1953) et François Luambo (Ok Jazz, 1956). C'est à Joseph Kabasele (Le Grand Kallé) et son groupe African Jazz que l'on doit le mythique " Indépendance Cha Cha " lancé en marge de la Table ronde belgo-congolaise en 1960...

Deuxième génération

Cette première génération, et singulièrement ces deux orchestres, enfanteront deux grandes écoles de la rumba congolaise qui vont régenter le microcosme musical congolais pendant près de vingt ans, de 1953 à 1970. Sous la houlette de ces têtes d'affiches, des figures de proue comme Pascal Tabu dit Tabu Ley Rochereau (accompagné de M'bilia Bel), Vicky Longomba, Docteur Nico Kasanda s'imposeront sur la scène musicale congolaise et africaine. Donnant naissance à la deuxième génération de la musique congolaise moderne, avec des formations telles qu'African Fiesta, African Fiesta National, African Fiesta Sukisa, Micra Jazz, Makina Loka, les Grands Maquisards, Festival de Maquisards, Vévé, Continental, etc. Des artistes comme Manu Dibango sont passés à l'école de Kinshasa pendant cette période-là. C'est l'école de la rumba inspirée et influencée par la musique cubaine et des Caraïbes.

Troisième génération : Zaïko Langa-Langa

Entre 1964 et 1967, un vent particulier souffle, venu d'outre-mer à travers les orchestres d'étudiants congolais de Belgique. Emerge alors une nouvelle génération choc d'artistes musiciens dont Roger Nim, Jean Pierre Nimy, Zatho Kizonzi, Tony Dee, Max Maxime, Zizi... Avec les orchestres Yéyé National (de Bruxelles), Los Nickelos (de Liège), Diamant Bleu (de Louvain) et bien d'autres. Le style de ces Belgicains inspirés par la musique yéyé, apporte une nouvelle bouffée d'oxygène à Kinshasa. Cette nouvelle vague influence l'orchestre Zaïko Langa-langa créé par DV Moanda en 1969 et rejoint un temps par Papa Wemba. Avec eux, de nouveaux instruments entrent en scène : ils abandonnent la section cuivre, adoptent une batterie et électrisent la rumba traditionnelle, un peu passée de mode et dont les jeunes Congolais commencent à se détourner. Avec un style musical beaucoup plus rapide, énergique et dansant, l'empreinte de Zaïko (toujours actif aujourd'hui) sonne définitivement le glas des deux grandes écoles préexistantes. Ainsi, apparaît la troisième génération.

Quatrième génération : Wenge Musica

Une nouvelle génération prend la relève au début des années 80, sous la conduite du collectif Wenge Musica, qui fera évoluer le courant vers une nouvelle variation plus endiablée que jamais de la rumba d'origine : le " ndombolo ", aujourd'hui référence musicale incontournable, qui s'applique autant à la musique qu'à la danse caractéristique qui l'accompagne. Wenge Musica, c'est donc le groupe musical phare des années 80 jusqu'à la fin des années 90, qui aura fait danser l'Afrique entière et sa diaspora pendant plus de dix ans. D'où son influence majeure sur le paysage musical kinois et congolais contemporain. Jusqu'à sa scission inéluctable, ce groupe n'échappant pas non plus au démon de la division qui hante la musique congolaise depuis ses débuts. Ce qui lui confére aussi sa grande richesse, avec des courants et sous-courants l'alimentant sans cesse, dans une démarche d'opposition et de complémentarité.

Grands noms du ndombolo

On dénombre aujourd'hui plusieurs ensembles se réclamant du label Wenge, comprenant les superstars actuelles de la chanson : Wenge Musica Maison Mère (Werrason), Wenge Musica BCBG (JB Mpiana), Wenge Aile Paris (Marie Paul), Wenge Tonya Tonya (Adolphe Dominguez), etc. Ceux-ci sont rejoints par d'autres grands noms actuels, et issus d'un orchestre concurrent aujourd'hui éteint (Quartier Latin) : Koffi Olomide, Fally Ipupa et Ferre Gola. Tous ces artistes évoluant dans un registre commercial de variété, avec tous leurs corrélatifs qui font le style caractéristique de cette génération Wenge que les Congolais vénèrent : sape, bling-bling, libanga (dédicaces), placement de produits publicitaires, danseuses provoquantes à souhait... Ce qui participe aussi à leur immense succès.

Musique tradi-moderne

Autre courant qui se dégage au milieu des années 80 : la musique urbaine dite tradi-moderne qui envahit le paysage musical kinois. Aux groupes purement folkloriques qui à certaines époques venaient des villages ou bien s'étaient constitués à Kinshasa sur le modèle traditionnel de certaines ethnies, ont succédé des orchestres d'un type nouveau à travers l'une de ses plus éclatantes manifestations : le phénomène swede swede à la suite de Bana Odéon de Mangembo (commune de Kintambo). Cette musique à consonance rustique s'accompagne à présent d'instruments contemporains et gagne les bars et autres lieux de spectacles jusque là considérés comme le monopole des orchestres dits modernes. Ainsi s'imposent des groupes comme les Bayuda du Congo, Mabele Elesi, Konono, Basokin...

Congotronics

Aujourd'hui ce courant tradi-moderne a évolué et est plus vivant que jamais, paradoxalement à l'extérieur de la RDC dont il constitue davantage une vitrine de la musique congolaise que le ndombolo et autres styles associés (coupé-décalé, soukous, zouk...). Dans ce registre tradi-moderbe s'illustrent des groupes emblématiques actuels, au succès relativement récent pour certains alors qu'ils pratiquent cette musique depuis de très nombreuses années : Konono N° 1, Kasaï Allstars, Staff Benda Bililli... Ceux-ci étant pour la plupart rassemblés au sein du label Congotronics initié par la maison de disques Crammed, et dont les tournées ont lieu partout en Europe et aux Etats-Unis. Leur style se définissant aujourd'hui comme un mix " électro-traditionnel " davantage urbain, ce qui explique sans doute son succès actuellement à l'étranger.

La chanson religieuse

La musique religieuse est un genre en soi au Congo, extrêmement populaire et vivace, malgré des textes forcément adaptés au message religieux. Mais dont les congolais raffolent. Le groupe phare, ce sont les Makoma qui prêchent le Seigneur en lingala dans un détonant mélange de R'n'B et de rap. Avec comme figure de proue la chanteuse Nathalie Makoma, qui s'est entre-temps lancée dans une carrière solo et enregistre régulièrement avec Papa Wemba et d'autres grands noms de la musique congolaise.

La brakka

Contraction en swahili de " bra ", le commencement, et de " ka ", l'infini et l'esprit. La brakka est une musique urbaine traditionnelle des années 1940 à base de guitare, de flûte et de percussions, qui puise sa source dans les musiques de l'Afrique de l'Est. Indissociable de la danse, elle se nourrit de rites ancestraux tout en étant ancrée dans les réalités d'aujourd'hui, avec une dimension politique et sociale affirmée. Brakka, c'est au départ une philosophie reposant sur sept principes : l'unité, la détermination, la collectivité ou la famille, la poursuite d'un but commun, la volonté de créer, et la foi en soi. Jadis, les aînés dictaient ces principes de vie à travers la musique pour orienter les jeunes. Au Congo, la brakka est incarnée actuellement par So Kalmery, qu'il aménage avec un style et des arrangements propres. Il dit être fier, par le biais de cette musique, de pouvoir partager des valeurs avec ses compatriotes, sur des sujets forts, et déplore à contrario la légèreté de la rumba contemporaine.

Rap et hip hop

Le mouvement rap et hip hop est également très vivace et recèle de belles surprises au sein d'une nouvelle génération d'artistes pour le moins surprenants et assez engagés : Bawuta-Kin ; PNB (Pensée Nègre Brute) ; Section Bantoue ; Smoke ; Bebson de la rue ; Lexxus Legal (ex-PNB) ; Alesh ; Pasnas ; Ridenza ; Oracle (l'une des rares rappeuses de Kin) ; Didjak Munya ; Mic Mac... On peut également citer Baloji et Pitcho (rappeurs congolais qui vivent en Belgique), Nina Miskina (Belgique) ainsi que Youssoupha (le fils de Tabu Ley Rochereau) installé en France. Ces rappeurs sont bien loin de la chanson congolaise populaire (rumba, ndombolo), centrée davantage sur la danse, l'ambiance et dont la forme se confond bien souvent avec le fond. Mais ils sont également en train de faire des émules auprès de la jeunesse congolaise, qui se passionne de plus en plus pour cette discipline et pour le slam, ouvrant la voie à ce genre musical relativement inédit en RDC. Et à une diversification salutaire dans le paysage musical congolais.

Autres artistes

Parmi les autres grands noms congolais en musique contemporaine (souvent davantage connus à l'étranger), et dans un tout autre registre, on peut citer :

Jean Goubald : chanteur et guitariste congolais, ainsi que secrétaire général et porte-parole de l'Amicale des Musiciens du Congo (AMC). Goubald chante en lingala et en français, avec un style atypique et une musique mélangeant reggae, blues, R'n'B, jazz et rumba congolaise. Il a collaboré avec Gérard Madiata, Tabu Ley Rochereau, Kalama Soûl, Youlou Mabiala, Mbilia Bel, Redo Likinga, Mopero wa Maloba et le groupe Zaïko Langa-Langa parmi d'autres.

Ray Lema : formé à l'occidentale (séminaire, musique classique, piano), Ray Lema est l'un des musiciens africains les plus curieux, dans tous les sens du terme. Toujours en quête de nouveautés, de découvertes, d'inspirations, il n'a de cesse de sillonner la planète et d'enrichir son travail, qui est certainement aujourd'hui l'une des plus belles synthèses entre musiques africaines et sons du monde entier. Il a collaboré avec d'innombrables artistes dont Tony Allen, Manu Dibango, Jacques Higelin, Charlélie Couture, Alain Bashung...

Lokua Kanza : musicien, auteur, compositeur et chanteur, initié à la musique par Ray Lema. Sa musique puise son inspiration dans son riche bagage multiculturel et multilingue (swahili, kinyarwanda, lingala, français, anglais). Les influences africaines s'y marient à merveille avec des textes en français ou en anglais d'une rare qualité. Son grain de voix particulier lui permet d'interpréter de riches mélodies avec une grande sensibilité. Outre Ray Lema, Lokua Kanza a déjà collaboré avec Papa Wemba, Koffi Olomide, Manu Dibango, Corneille, Miriam Makeba, Jean-Louis Aubert, le collectif " Bisso na Bisso " (mené par le rappeur Passi), etc.

Flamme Kapaya : reconnu au Congo comme l'un des meilleurs guitaristes solistes de sa génération, Flamme Kapaya vit et travaille entre Paris et Kinshasa. En 1997, il entre dans le mythique groupe Maison Mère du chanteur Werrason où il restera dix ans. En 2007, il rencontre le danseur et chorégraphe congolais Faustin Linyekula avec qui il débute une longue collaboration artistique qui l'emmènera partout dans le monde. Parmi ses autres collaborations récentes : Fabrizio Cassol et le groupe de jazz belge Aka Moon ou le réalisateur congolais Djo Munga pour la bande-son de son film " Viva Riva ! ".

Jupiter & Okwess International : c'est la nouvelle sensation congolaise du moment à l'international, bien qu'il tourne depuis de nombreuses années. En 2006, les réalisateurs R. Barret et F. de La Tullaye (" Benda Bilili ") lui consacrent un documentaire " La danse de Jupiter ". Dans la foulée, il enregistre un morceau avec Damon Albarn (Blur), attire l'attention de producteurs britanniques, tourne à l'international et enregistre son premier album " Hôtel Univers " en 2013. Artiste iconoclaste, son style est une combinaison unique mêlant des rythmes congolais traditionnels avec des influences rock, soul et funky urbaines, agrémentées de sa voix grave, qu'il définit comme le rock Bofenia. Ses textes contiennent souvent des messages à portée sociale ou politique.

L'icône Papa Wemba

Le jeune Papa Wemba, de son vrai nom Jules Shungu Wembadio Pene Kikumba, découvre très vite sa vocation et ambitionne une carrière musicale. Vers la fin des années 60, il participe à la création de Zaïko Langa-Langa. En 1975, Papa Wemba forme Isifi (" Institut de Savoir Idéologique pour la Formation des Idoles "). Le groupe éclate en 1976 et Yoka Lokole voit le jour. En 1977, il quitte ce groupe et crée le mythique orchestre Viva la Musica. Il se fait entre-temps introniser chef coutumier du " village Molokaï ", un village imaginaire, délimité par les rues environnantes de la parcelle familiale dans le quartier Matongé, devenu une référence incontournable. Papa Wemba a imposé au fil du temps un style musical avec l'usage du lokole, un instrument de musique traditionnel du Kasaï, mais aussi un style vestimentaire, une manière de penser, de parler, de chanter (avec une voix très haute caractéristique de son style), de danser (le " mukonyonyo "), qui inspirent toujours plusieurs générations de Congolais. Cet art de vivre sera d'ailleurs à l'origine de la SAPE.

En 1986, Papa Wemba s'installe à Paris où il crée Viva la Musica Nouvelle écriture qui coexiste avec le groupe originel Viva la Musica au Congo. Aujourd'hui, après quelques ennuis judiciaires, Papa Wemba est rentré au pays d'où il poursuit sa carrière musicale internationale. Son dernier album " Notre Père " a connu un grand succès, qu'il a ensuite décliné en version " world ". Papa Wemba n'ayant eu de cesse en effet de s'adapter et produire des titres et albums à la fois pour un public occidental (il a collaboré avec Peter Gabriel et son label Realworld), tout en continuant d'assurer l'ambiance dans un style davantage adapté à son " fan base " congolais et africain. Papa Wemba est aujourd'hui la star congolaise la plus connue au monde.

Les combattants

Fait à mettre en corrélation avec cette attitude quelque peu mercantile de la plupart des chanteurs congolais : le phénomène, assez inquiétant, des "combattants". Ceux-ci sont composés de jeunes de la diaspora congolaise en Europe qui ont pris pour cible les trois catégories de Congolais qui selon eux sont les plus détestables du fait de leur pouvoir et arnaques présumées : les musiciens, les hommes politiques et les pasteurs d'églises de réveil. Leurs motivations seraient d'ordre "patriotique", visant à dénoncer les combines de ceux qui s'enrichiraient de manière immorale sur le dos de la population sans en faire profiter le pays, puisque la plupart partiraient vivre et investir à l'étranger, y enverraient leurs enfants étudier, dès que possible.

Résultat : les combattants ont décidé de "punir" ces personnalités en utilisant la manière forte dès que ceux-ci débarquent en Europe. Ce mouvement est informé via des relais au Congo et au sein des polices européennes. A tel point que les musiciens et politiciens sont souvent obligés d'effectuer des acrobaties pour une arrivée incognito et ne pas être passés à tabac ! De nombreux concerts sont ainsi annulés, comme récemment celui de JB Mpiana à Paris, qui lança à la suite de cette annulation une formule qui a fait le buzz à Kin en un rien de temps : "Bandal, c'est Paris", en référence à la commune de Bandalungwa où il se produisait quelques jours plus tard.

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