Guide de Bali : Mode de vie

Vie sociale
Le système de castes

La structure sociale des Balinais est complexe. Le premier lien est déterminé par sa parenté (wangsa) et sa caste (kasta). Le second lien par son village, son clan, son banjar. A présent, il est de bon ton de prendre ce problème de castes avec le sourire mais qui vit à Bali un petit moment sait bien que les relations de castes demeurent une structure essentielle et qui pourrait dans l'avenir s'affirmer de manière explosive comme elle le fut en 1965.
Les Javanais introduisirent le système de castes lorsqu'ils conquirent Bali en 1343. Avec ses princes vassaux, ses rois guerriers et ses marchands, cette institution sociale va chercher ses racines dans l'Inde profonde, environ en 4000 av. J.-C., quand Brahma fut sacrifié et coupé en petits morceaux pour créer les choses de ce monde. Dans le Rig Veda, le plus vieux texte liturgique mondial, la bouche du dieu devint la caste des brahmanes, ses bras devinrent les satria, ses cuisses les wesya et ses pieds les sudra. Les castes ont donc métaphoriquement l'apparence d'un corps et quand on sait à Bali ce qu'on réserve aux pieds... Le mythe védique justifiait une stricte division féodale de la société, mais Bali hérita d'un système déjà fortement édulcoré par les Indo-Javanais. Les aïeux de la noblesse étaient considérés pourtant comme les gardiens de pouvoirs surnaturels, et tenaient leur légitimité des grands prêtres de la caste des brahmanes. A la fin du XVIe siècle, le système de castes javanais s'était établi dans toute l'île et perdure encore.

Concept et fonction de la caste

Les castes sont l'une des conséquences des principes du karma et samsara, c'est-à-dire de la foi en la fructification de ses propres actes (karma phala), ou dans le processus de la naissance et de la mort (samsara), c'est l'existence du système de caste balinais avec lequel l'individu hérite de son statut comme étant la conséquence des actes de la vie antérieure.
A Bali, on ne peut donc perdre sa caste, puisque c'est la naissance et la vie antérieure qui gèrent et définissent l'avenir et le retour dans son propre système de parenté. Il y a pourtant une exception et elle est de taille : une femme satria par exemple perdra les avantages de sa caste si elle se marie avec un sudra. C'est ce qui est arrivé à une célèbre propriétaire d'un hôtel à Ubud qui a défié les lois de castes. Mais avec le temps et le développement du tourisme, on peut voir à Bali des phénomènes sociaux qui ont largement dépassé les problèmes de castes et du pouvoir qui leurs étaient auparavant dévolus. A présent, on peut voir des satria chauffeurs de taxis emmener un sudra fort riche à l'aéroport !

Triwangsa

Triwangsa signifie les trois peuples, à savoir les brahmanes, les satria et les wesia, ou les prêtres, les guerriers et les marchands. Ces trois castes privilégiées constituent environ 10 % de la population, et sont respectées par les sudra, les roturiers. Ils observent des différences très subtiles entre les différents titres et maintiennent des protocoles linguistiques et sémantiques complexes. Généralement les Triwangsa vivent dans ce qu'on appelle les puri (palais). Dans les années 1920, les Hollandais avaient demandé aux Triwangsa de participer à la fondation d'une nouvelle société dont ils seraient l'élite. Or, beaucoup d'entre eux avaient déjà déprécié ou compromis leur pouvoir et leur position sociale en perdant leurs terres dans les combats de coqs, terres qui normalement devaient demeurer coûte que coûte dans le patrimoine de ces grandes familles.Spirituellement, la fonction nobiliaire la plus importante est celle de pangemong ou " gardien " ou " conservateur " d'un grand temple balinais.

Les brahmanes vivent dans ce qu'on appelle une gria (prononcez " grieu ") et seul un brahmane peut devenir prêtre (pedanda). Les membres de cette caste sont de surcroît investis de pouvoirs particuliers lors des crémations. En effet, le défunt est placé dans un cercueil en forme de taureau blanc, et cet animal est associé à la caste des brahmanes. Ces derniers touchent des droits importants lors de ces cérémonies. Par ailleurs, ils sont les seuls à pouvoir sculpter les masques de barong ou de Rangda car seuls à être dépositaires des pouvoirs magiques qui doivent leur être gratifiés. On les affuble du titre d'Ida bagus pour les hommes et Ida dayu pour les femmes.

Les satria appartiennent à la noblesse de guerre et descendent des rois et princes qui ont eu une importance politique et culturelle sans pareille. Ce sont eux qui ont dirigé les différents petits royaumes dès le XVIIe siècle, affranchis de la toute puissance du Dewa Agung de Gélgél. Par la magnificence de leur cour, ils ont incité les artistes à développer leur art et à multiplier les représentations en dehors des temples. Leurs ancêtres ont bien sûr contribué aux guerres contre les Hollandais et certains d'entre eux ont pris part à la lutte pour l'indépendance. On les affuble du titre de Dewa Agung, Cokorda, Anak Agung, pendant que les femmes sont appelées Dewa Ayu ou Dewa Agung Istri.

Les wesias sont les marchands ou les fonctionnaires qui ont été nommés par les satria : ils ont pour titre I Gusti et I Gusti Ayu pour les femmes.

La caste des sudra

Elle représente 90 % de la population balinaise et forme ce qu'on pourrait appeler la roture. Ceux qui appartiennent à cette caste ont échappé aux principes de rejet indien comme les " Intouchables " à qui on ne confie que certaines tâches considérées comme impures. Pourtant, ils possèdent certains privilèges, en particulier le privilège quasiment religieux de choisir parmi eux les sungguhu pour chasser les mauvais esprits et autres démons qui hantent la vie et les nuits balinaises. Mais, dans la plupart des circonstances, ils demanderont aux brahmanes de chercher la date conforme au calendrier pour le choix d'une cérémonie, ou ils lui confieront le soin de traduire du Kawi le passage dans les lontars qui les éclairera sur tel ou tel rituel, ou telle ou telle fonction d'offrandes.

Les privilèges et protocoles

Les privilèges sont de plusieurs sortes. Il y a un privilège dans la mort puisque les castes ont une effigie propre à leur statut et donc se réincarneront selon la forme qu'on leur a allouée. Dans les cérémonies, les places attribuées aux Triwangsa sont hiérarchiques et le langage employé procède d'une étiquette précise. Les mots et les verbes sont différents et choisis avec précision et angoisse par les sudra ou autres personnes de caste moyenne. Les prétentions de certaines familles de la noblesse balinaise confinent au comique. Les Dewa Agung de Klungkung revendiquent évidemment la plus haute place dans l'arbre généalogique balinais.

Le village balinais

L'idée d'équilibre est centrale dans la philosophie et la manière de vivre balinaise. L'homme et la nature se rencontrent et se complètent mutuellement, dans un hymne à la beauté adressé à Sang Hyang Widdhi (dieu suprême). Cette harmonie semble trouver une correspondance visible dans le paysage : un paysage agricole, apprivoisé. Aux limites des champs secs du village, des étendues vertes et brillantes se déploient à l'horizon, rizières connectées à d'autres rizières, réseaux de digues herbeuses, distribués comme sur un tapis sans fin, et qui semblent avoir attrapé le ciel dans leur filet. Parfois, d'autres motifs, plus rares, accrochent le regard : une barrière de cocotiers signalant un autre village ; ou, au beau milieu des rizières, à côté de ce qui semble être un sentier, un petit muret et un autel de chaume, accolés à un bouquet de buissons et d'arbres : le temple du subak, l'association de l'irrigation.

La base de l'unité territoriale balinaise est le village (desa), dont la surface couvre les champs humides et les rizières, les champs secs du kampung et leurs jardins, les temples et les routes. A l'espace humide, correspond l'unité du subak, et à l'espace sec, celui du banjar, chacun avec ses temples et son type d'organisation. Le desa typique accueille un ensemble de trois temples, le Kahyangan Tiga, chacun en relation avec un aspect symbolique. Le pura puseh est le temple des origines : il est orienté vers la montagne, séjour des dieux tutélaires du village et de ses fondateurs. Le pura desa est le temple du territoire lui-même, celui où ont lieu les assemblées et les rites de fertilité. Le pura dalem, situé vers le bas du village, est le temple des morts, celui qui est consacré aux forces de la mort et du monde inférieur, et à côté duquel ont lieu les crémations. On trouve également, à côté de ces temples territoriaux, un temple pour chaque banjar (bedogol ou pura banjar), un temple pour chaque subak, et d'autres temples variés pour des sous-clans (pura dadia ou pura panti), chacun avec son calendrier de fêtes.

Les temples du Kahyangan Tiga ont une importance primordiale pour l'accomplissement des rites locaux. La plupart des cérémonies domestiques, ou de tout autre temple local, doivent être précédées par une offrande de notification (pejati) au Kahyangan Tiga. Le plus important des temples du Kahyangan Tiga est le pura desa, ou temple du village territorial, une importance mise en évidence par la première place que tient, dans les processions, son dieu vénéré, le batara desa. La congrégation du pura desa, qui correspond pratiquement à la communauté villageoise (desa pekraman), est dirigée par le bendesa adat.

Les rituels liés à la plupart des travaux du village sont partagés entre les différents banjar. Chaque banjar, pour la tâche dont il a été chargé, distribue le travail à ses membres, tous placés sous l'autorité du klian banjar (le chef du banjar). Aucune activité rituelle ne peut avoir lieu sans son accord et sa participation. A l'origine, le banjar correspondait à un groupe de maisons avec son temple et son autel, mais, de nos jours, les banjar ont été dispersés et ne correspondent plus à une organisation strictement territoriale. Deux banjar peuvent occuper le même territoire et ses membres habiter à plusieurs kilomètres du noyau de la communauté. Il constitue une communauté appelée banjar suka duka, ou " association partageant la joie et la peine ". Ses fonctions spécifiques (les ayahan) vont en effet de l'aide apportée à un de ses membres dans la préparation de son mariage ou pour répondre à une requête du gouvernement local, à la construction d'une tour de crémation au cimetière, mais ces fonctions incluent également des activités liées à la vie d'un temple (entretien, préparation d'une cérémonie). Tous ces travaux collectifs (ayahan) à l'intérieur ou à l'extérieur du banjar sont soumis à une charte de lois (awig awig), elle-même votée par décision communautaire.

L'unité sociale de base du banjar est le couple (pekurenan). Seuls les hommes mariés sont membres à part entière du banjar et soumis à ses lois et obligations. Les décisions sont prises par l'assemblée (sangkep) des membres mâles, le krama banjar, qui se réunit généralement tous les 35 jours. Les décisions sont prises à l'unanimité et, depuis 1979, le banjar représente la plus basse structure administrative de l'administration nationale, placée sous l'autorité directe du perkebel/lurah, et également sous la direction du chef de village traditionnel (bendesa adat).

Le subak. On pourrait traduire ce terme par association autonome d'irrigation. C'est en effet une association séparée, indépendante de toute autre organisation sociale à Bali. Sa tâche est de gérer la culture irriguée ou ce qu'on pourrait appeler l'espace humide, par opposition à l'espace sec. Un subak comprend donc les terrasses à riz, irriguées à partir d'une canalisation majeure (telabah gedé) qui descend du volcan selon l'axe kaja-kelod. L'eau descend à partir d'une digue (empelan), généralement faite de pierre et de boue, les digues étant constituées à partir des gorges naturelles du paysage volcanique, profondément raviné, tant en raison de la nature du sol que des eaux de ruissellement dues à la mousson humide.

Les canaux majeurs se divisent ensuite en canaux plus petits à mesure de la dénivellation, une division qui peut avoir lieu plusieurs fois, jusqu'à atteindre une douzaine d'arrivées d'eau avant la terrasse, que l'on appelle tempek. Après la première terrasse, cette division se poursuit deux, quatre, six fois pour atteindre des sous-unités (ketjoran) qui peuvent ainsi irriguer jusqu'à 70 ou 80 terrasses, réduisant à chaque fois le flux de l'eau jusqu'à ce qu'il soit réduit à son principe le plus petit, le tenah. Labours, plantations, sarclages et moissons seraient soumis aux flux de l'irrigation naturelle si le subak n'existait pas, alors que cette existence met les propriétaires à égalité dans l'organisation de la production de leur riz, indépendamment de la situation de leurs rizières dans la structure du subak - sauf, bien sûr, pour ce qui concerne le facteur temps, puisqu'il faut pouvoir assécher certaines rizières en amont et en irriguer d'autres en aval. Pendant qu'on irrigue et laboure en haut, on sarcle plus bas, et lorsqu'on irrigue plus bas, le cycle de la croissance du riz et des rituels fait que déjà on moissonne en haut. L'ouverture et la fermeture des vannes constituent donc un pouvoir technique, politique et économique considérable. On peut comparer le subak à un service public géré par une coopérative. Il est soumis à des lois strictes, rédigées sur feuille de latanier, les awig-awig subak. Toute personne propriétaire d'une rizière ou d'un champ fait partie du subak, indépendamment du village de résidence de cette personne ou de son appartenance à toute autre organisation sociale. Ce qui signifie qu'une personne propriétaire de nombreuses terres sera membre de plusieurs subak. Mais le subak n'intervient ni dans le processus de la culture proprement dite du riz, ni dans sa vente ou sa répartition, qui appartiennent à ses propriétaires, individuels ou collectifs. Le subak a ses propres temples. Il nomme son chef (klian subak), désigne ses prêtres pour célébrer les rituels et recueille les impôts et les amendes infligées aux responsables des infractions. Le système rituel, qui règle les rythmes du subak lui-même, assure par ailleurs sa coordination avec les subak voisins ou qui lui sont associés. Le système implique néanmoins que l'ouverture de l'eau commencera pour les rizières situées plus haut avant celles irriguées plus bas, et cela à cause d'une logique de flux et d'économie. On voit donc un décalage permanent entre le haut et le bas.

Orientation dans l'espace. L'orientation est fondamentale non seulement pour marcher, savoir où se diriger, mais également pour s'asseoir et dormir. En aucun cas il ne s'agirait de dormir la tête à la place des pieds, et vice versa car Kala Sungsang veille. De même que tomber est considéré comme un signe de malchance, vraisemblablement provoqué par un démon ou une force capricieuse. On s'oriente toujours par rapport à la kaja, c'est-à-dire la montagne. Non pas que l'on craigne de perdre le nord au sens cardinal du terme, mais de perdre la montagne, le lieu des dieux et des ancêtres. Quand on est dans le Sud de Bali, le Nord est tout naturellement le nord des quatre points cardinaux : les montagnes étant au nord, la kaja l'est donc aussi. Mais pour un Balinais habitant à Tianiar ou à Kubu, dans le nord, la montagne, bien qu'au sud, représente néanmoins la kaja, c'est-à-dire le nord aimanté par la religion. Si un Balinais ne reconnaît pas la direction de la kaja, il est perdu. De la même manière, les points cardinaux sont ici d'une importance fondamentale.

Orientation sociale. Chaque habitation balinaise privée comporte un certain nombre de pavillons ouverts, tous édifiés sur un socle de pierre. Des planchers de brique, de bois, de bambou et à présent de ciment, ensuite carrelés, forment la base, souvent surélevée par rapport au sol, sur laquelle s'élèvent les piliers qui supportent le toit, et à laquelle un nombre variable de marches permet d'accéder. Ce balé, à lui seul, compose déjà un univers. Quand ils reçoivent un visiteur, les Balinais attachent beaucoup d'attention à la hauteur à laquelle l'invité prendra place. Si le visiteur est un brahmane, on veillera tout particulièrement à lui laisser la place la plus élevée.

Les coutumes balinaises
<p>Procession d'un odalan sur la plage de Nusa Dua.</p>

Procession d'un odalan sur la plage de Nusa Dua.

Cette société hindouiste qu'est la société balinaise, tout en étant localisée dans un pays musulman et en vivant au contact d'étrangers, surtout depuis le développement du tourisme, est très attachée à ses traditions et à ses coutumes. Même si elle est très fortement hiérarchisée, comme le sont souvent les sociétés asiatiques, le respect de l'autre, quelle que soit sa caste, y est une valeur dominante. Chacun s'adresse à son interlocuteur en haut balinais, dans le style soutenu qu'exigent les circonstances. Ainsi, pour éviter l'impair lorsqu'on parle à un inconnu, le plus simple est de recourir à l'ambigu Ibu (mère) pour " madame " ou Bapak (père) pour " monsieur ". Le salut traditionnel (sembah) - mains jointes contre la poitrine, et accompagné d'un Om Suasti Astu (que la paix soit avec vous), à quoi l'on répondait Om Sancti Sancti - n'est plus pratiqué que lors des cérémonies hindouistes : il a été remplacé de nos jours par le salut à la mode occidentale. Dans les milieux musulmans, un mode de salutation consiste à prendre les mains de son interlocuteur dans les siennes et à les ramener sur sa poitrine. Il existe aussi, en guise de salut, un clin d'oeil balinais mais utilisé seulement entre amis.
La communication physique est importante pour les Balinais. Vous pourrez voir des enfants ou même des adultes du même sexe se tenir par la main ou par les doigts sans que cela implique la moindre connotation sexuelle. En revanche, et cela vaut pour le touriste, on se gardera d'embrasser son ami (e) ou son conjoint dans la rue : cela serait très mal vu. Le sourire étant la manière la plus simple d'établir le contact, et les Balinais n'étant pas méfiants, ils sourient en toute occasion. Ce sont même peut-être les gens les plus souriants du monde. Quant aux femmes balinaises, protégées par le groupe, elles ne sont guère effrayées par les étrangers. Leurs sourires ne doivent pourtant pas être pris pour une invitation...
Les Balinais parlent toujours doucement, sans élever la voix et sans montrer la moindre émotion. Si l'on parle un peu trop fort, ils croient qu'on est en colère et sont paralysés. Mais le plus impressionnant est leur maintien, leur manière de marcher en file indienne, leur nonchalance, leur stature... Chacun de leurs pas semble résulter d'une éthique du déplacement. Et, de fait, il est déterminé par la conscience aiguë qu'a le Balinais de sa position au sein du cosmos et du corps social. Ses gestes, toujours mesurés, ont la lenteur d'un rite. Qu'elles soient à pied ou à vélo, les femmes gardent leur même allure, à la fois souple et hiératique. La droiture de leur maintien quand elles progressent en pédalant avec une charge sur la tête - seau, noix de coco, offrandes - force l'admiration. Et quand elles transportent un enfant calé sur la hanche, qu'il s'agisse du leur, d'un petit frère ou d'une petite soeur, c'est avec une sorte de détachement, sans rien de possessif.
Pour les Balinais, la partie inférieure du corps est impure. Ainsi, désigner quelque chose avec son pied peut être pris pour une grave insulte par un Balinais. Pour des raisons similaires, il y a peu encore, il était inconvenant de porter des shorts. Le milieu du corps étant neutre, les Balinaises allaient autrefois les seins nus. La tête passe pour la partie du corps la plus sacrée. La fontanelle étant considérée comme la porte de Shiva, par laquelle l'âme vient au corps, personne ne doit toucher le haut de la tête de quelqu'un d'autre.
Les cérémonies religieuses n'étant pas des événements touristiques, il est conseillé pour ces occasions de s'habiller convenablement. Lors d'un odalan, d'une crémation ou encore d'un rituel religieux, il vous faudra vous vêtir d'un sarong recouvert d'un kain et également d'un udeng, une coiffure constituée d'un morceau de tissu blanc que les Balinais se feront un plaisir de nouer autour de votre front. Pendant les cérémonies, placez-vous derrière les fidèles, surtout si vous faites des photos, et n'empêchez personne de prier ou de déposer des offrandes. N'utilisez pas de flash. Les Balinais et les Indonésiens en général sont un peuple très propre. Ils se baignent au moins deux fois par jour, tôt le matin et en fin d'après-midi, au coucher du soleil. Ne leur rendez pas visite à ces moments-là. Ils ont l'habitude aussi de se coucher tôt, sauf pendant les odalan, alors n'allez pas chez eux après 21h. Excepté lors des grandes occasions comme le mariage, les gens ont l'habitude de se rendre visite les uns aux autres sans prévenir. S'il vous arrive de le faire, apportez un oleh-oleh (souvenir) qui fera toujours plaisir. Si c'est à vous qu'un cadeau est offert, vous êtes redevable d'un cadeau en retour. Lors des cérémonies, la place que chacun occupe dépend de son statut social. Si vous êtes invité à déjeuner ou à dîner chez un Balinais, ne soyez pas surpris qu'il garde le silence. L'action de manger est une pratique individuelle qui ne s'accompagne pas forcément de discussions. Parfois, des gens s'isolent pour manger et le font très rapidement.

Mœurs et faits de société
Enfance

Les plus petits sont pris en charge par les plus grands. Ils sont libres et ont tout l'espace à leur disposition. Les garçons d'un côté, les filles de l'autre, ils parcourent les rizières en emmenant les canards, attrapent les libellules et les embrochent sur de petites badines de bambou. Les plus gracieux apprennent la danse, d'autres, assis sur les genoux de leur père et mains dans les mains, s'initient à la musique, le soir, au banjar. Le reste vit malicieusement, occupe et délimite l'espace de leur culture. Ils forment des petites bandes et arpentent le village, quelquefois suivent les touristes, offrent leur savoir-faire. Les enfants balinais sont peu bruyants. Ils pleurent peu, les accès de colère sont rares. Certaines cérémonies viennent marquer la fin de l'enfance, celles du limage de dents par exemple qui souligne le passage de l'enfance à l'adolescence. Cette cérémonie, importante et spectaculaire, consiste à limer et égaliser les dents pour empêcher toutes similitudes avec les dents d'animaux, acérées et pointues, signes de bestialité et d'impureté.

Les prénoms balinais

Il existe seulement 4 prénoms à Bali. Et ils sont déterminés par la position de l'enfant à sa naissance. Wayan pour le premier, Made pour le second, Nyoman pour le troisième, et Ketut pour le quatrième. Et le cinquième ? Wayan et ainsi de suite. Il n'est pas rare que plusieurs enfants d'une fratrie portent le même nom !

Éducation

La plupart des enfants balinais vont à l'école (qui a lieu le matin) jusqu'à l'âge de 16 ans. Excepté dans les villages ruraux très pauvres, quand les parents ont besoin de l'aide de leur progéniture à la ferme ou aux champs, les enfants balinais apprennent donc à lire et à écrire l'indonésien, ce qui explique le très haut taux d'alphabétisation de l'île comparé au reste de l'Indonésie. L'apprentissage de l'anglais est bien moins développé, mais reste également une langue enseignée à l'école. Rien ne fait plus plaisir à un Balinais désireux de progresser en anglais que de le reprendre quand il parle, ou encore mieux de lui offrir un petit dictionnaire anglais-indonésien qui coûte 2 € dans les supermarchés mais que la plupart n'ont pas les moyens de se payer. Quant au français, n'espérez pas rencontrer des Balinais le parlant : c'est une grande rareté, excepté à Amed, sur la côte est, où les touristes français seraient plus nombreux qu'ailleurs. Là-bas, on peut trouver un personnel francophone dans certains hôtels. En revanche, on entendra fréquemment des " Ça va ? " " Comme ci, comme ça " ou autres " C'est bon ", issus d'un apprentissage rapide avec des Français de passage.

Mariage

Le mariage a quelque chose d'inéluctable. C'est la fonction naturelle de tout être humain adulte. Au départ, les travaux d'approche, pendant la fin de l'adolescence. Aux bains, par exemple. Les jeunes hommes et les jeunes filles peuvent prendre leur bain quotidien à distance respectueuse dans la rivière, en jetant quelques coups d'oeil furtifs sur la plastique des intéressés. Toutes ces joutes de regards font partie de la " drague ", que ce soit du côté des filles comme des garçons. Après le bain, le soir, selon la disposition des maisons, on se retrouve à plusieurs, au marché de nuit, où l'on discute et rit. L'affaire devient plus sérieuse quand la belle accepte de se faire conduire quelque part sur la motocyclette du prétendant. Assise en amazone, elle défie les copines en riant sous cape. C'est là un témoignage de confiance que le bellâtre se fera fort de mettre à profit. Après deux ou trois jogèd bumbung (spectacle musical) et quatre ou cinq drama gong (théâtre balinais), l'affaire est dans le sac. Le prétendant ira chez la fiancée en faisant sa demande avec peur et défi, tandis que la belle lui apportera thé et café en baissant la tête avec pudeur et respect. Les copains attendent dehors. Les familles s'en mêlent et il faut convenir de toutes les cérémonies, rites et jours propices au mariage...
Ou alors il y a enlèvement de la jeune fille sur la sepeda motor du prétendant qui l'emmène dans la forêt sans autre forme de procès. Le père de la raptée s'époumone, le village entre en ébullition, des bandes de jeunes s'organisent pour retrouver les fugueurs... et ne les trouvent pas. La romance se termine par le retour satisfait et l'oeil lumineux du couple fugueur. Le vin est tiré, il faut le boire. Le mariage sera décidé par consentement forcé avec parfois du soulagement chez les deux familles qui n'ont plus besoin de dépenser tant d'argent pour les fiançailles et les cérémonies du mariage.

Santé et retraite

La santé : Le régime de santé balinais est calqué sur la politique du gouvernement indonésien. Ainsi la population bénéficie de la sécurité sociale qui est financée par l'Etat, avec une épargne obligatoire des citoyens dans un fond de prévoyance. L'assurance santé universelle a été mise en place en 2014. Concernant les infrastructures, hôpitaux publics et cliniques privées sont présents surtout dans les grandes villes avec tous les équipements modernes nécessaires. L'accès aux soins n'est donc pas une problématique sur l'île, excepté dans les villages éloignés et pour les populations à faibles revenus. En revanche, les cliniques privées du sud sont réputées offrir des soins de meilleure qualité. Ainsi l'espérance de vie a tendance à augmenter ces dernières décennies : 67 ans pour les hommes et 72 ans pour les femmes. Alors qu'en 1990, elle était de 53 ans en moyenne hommes et femmes confondus. Dans un même temps, le taux de mortalité tend à diminuer puisqu'il est estimé à 6 %.

En 2010, le gouvernement indonésien a mis en place une réforme intitulée " Healthy Indonesia 2010 ", afin de faciliter l'accès aux soins, notamment pour les habitants pauvres vivants en milieu rural. Cette politique est toujours en cours et tend à combler ces inégalités. Les provinces bénéficient d'une plus grande autonomie pour la gestion et la mise en place d'équipements en évaluant les besoins auprès des populations directement sur le terrain.

Les retraites : En Indonésie, les salariés sont couverts par un régime de retraite à cotisations définies mis en place dans les entreprises. Partir à la retraite n'est pas une obligation. L'âge normal de la retraite est fixé à 55 ans.

Religion
<p>Les offrandes destinées aux temples restent ancrées dans la tradition.</p>

Les offrandes destinées aux temples restent ancrées dans la tradition.

L'hindouisme est la religion la plus importante de Bali. Une incongruité dans ce qui est considéré comme le plus grand pays musulman au monde ! A Lombok, l'écrasante majorité des habitants sont musulmans. A Bali, de nombreux employés et investisseurs viennent de Java, île aussi en majorité musulmane.

L'hindouisme balinais

La religion pratiquée par la majorité des Balinais est une branche locale de l'hindouisme appelée Agama Hindu Dharma. L'hindouisme balinais est un amalgame de croyances indigènes, de bouddhisme et de shivaïsme d'origine indienne. L'hindouisme est shivaïque alors que le bouddhisme appartient à la forme tantrique du bouddhisme dit du Grand Véhicule que l'on retrouve en Chine, au Tibet, en Corée et au Japon. Le nom d'Agama Hindu Dharma est le produit d'une récente rationalisation de la religion, qui s'appelait auparavant Agama Tirta, ou " religion de l'eau lustrale ", ou Agama Siwabuddha, un mélange de shivaïsme et de bouddhisme originaires du Java classique. La philosophie indienne a fourni le cadre théologique tandis que les croyances indigènes ont nourri les rituels. C'est dans le culte des éléments naturels et des ancêtres que ces dernières croyances sont les plus visibles. La nature y est perçue comme un " pouvoir " et chacune de ses composantes est l'émanation d'un ou plusieurs esprits qui ont leurs autels et sont nourris par différentes offrandes (sajen), faites de produits locaux agricoles. Un autre aspect de cet animisme apparaît dans le rôle que joue la montagne comme refuge des dieux et des ancêtres. Quand un Balinais meurt, le rituel de la mort est signifié comme un " retour à la maison ", vers le " vieux pays " au-dessus de la montagne.
Comme l'origine de l'eau est localisée dans les volcans, desquels vient le courroux des dieux, la montagne occupe le pôle de la pureté, kaja, alors que le pôle de l'impureté est kelod, la mer. Cet axe kaja-kelod détermine l'organisation spatiale des rites et des architectures aussi bien que les gestes de la vie : par exemple, on dort la tête dans la direction de la montagne. Les ancêtres et les dieux gardent ainsi continuellement le contact avec les vivants. Danses et offrandes les font descendre pendant les fêtes de temple, où ils sont les bienvenus, mais ils peuvent aussi être appelés à se manifester grâce aux supplications d'un médium. Ces croyances indigènes ont été intégrées dans le cadre de l'hindouisme, le culte des ancêtres se combinant à la théorie hindoue de la réincarnation.
La religion balinaise est connue dans le monde entier pour la magnificence de ses rituels. Il y a peu de sociétés où la religion tienne un rôle aussi important qu'à Bali, où célébrations et offrandes semblent se succéder de façon presque ininterrompue. Les Balinais, on l'a vu, pensent ou agissent toujours en se référant à la direction de la montagne, demeure des dieux. Ils ne commencent pas un travail sans avoir au préalable consulté un prêtre pour savoir si le jour et l'heure sont favorables, données déterminées par la place des dieux et des démons dans la roue cosmique du temps.

La conception de l'existence. Conformément à la croyance hindouiste, toute âme est soumise au principe de transmigration (samsara). L'incarnation, qui lie l'âme au corps, est une condition infernale que chacun s'efforce d'interrompre par le moksa, ou illumination ultime. Dans le moksa, l'âme individuelle et le corps rejoignent leurs équivalents cosmiques. Pour l'âme, l'âme divine, appelée paramatma, et pour le corps, les cinq éléments primordiaux, à savoir le feu, l'eau, la terre, l'air et l'éther.

La réincarnation d'une âme humaine est un processus à la fois humain et cosmique. Quand un homme et une femme font l'amour, leur union est le résultat de forces cosmiques, de deux principes mâle (purusa) et femelle (pradana) : ils participent ainsi de la rencontre divine du dieu amour Asmara et de la déesse lune Ratih. Dans l'union sexuelle s'unissent les éléments rouge et blanc du désir (kama bang et kala petak) comme symboles respectifs du sperme et de l'ovule. Cette union cosmique est accompagnée de la descente d'une âme ancestrale qui arrive tout droit de la bouche de l'enfer ou de son domicile au-dessus de la montagne. A partir de ce processus de fécondation se crée le " petit monde " (bhwana alit) qui est, en tant qu'être humain, une combinaison de matière et d'esprit. Toutes les phases suivantes de la vie, de la grossesse à la naissance, de la naissance à la mort, et éventuellement de la mort à l'après-mort, seront accompagnées de cérémonies rituelles. La fonction de ces rituels est d'attacher l'âme au corps, avant la naissance, et de l'accueillir au monde, puis de l'accompagner tout au long de son existence, et finalement de l'aider à échapper aux liens terrestres et de rejoindre le vieux pays des origines où elle fusionnera avec l'âme du monde (paramatma).

Offrandes rituelles. De simples offrandes sont préparées chaque jour (au moins trois fois par jour), alors que d'autres sont soignées pour des circonstances exceptionnelles. Ces canang doivent être esthétiquement réussies et elles nécessitent une grande dépense de temps et d'énergie. Les feuilles de palmier sont découpées minutieusement, tressées et épinglées ensemble en des formes décoratives (jejaitan). Des gâteaux de riz multicolores (jajan) sont modelés en de petites sculptures et même en des scènes entières à la symbolique significative. A bien des égards, les offrandes sont une expression de l'art balinais. Une ordinaire pula gembal comporte des douzaines de figurines de pâtes de riz différentes dans un panier en feuilles de palme. Dans une cérémonie importante, un odalan par exemple, ces figurines forment un cône spectaculaire que les Balinaises portent sur leur tête, jusqu'au temple, lors de gigantesques processions. En plus des canangs faites par la communauté, chaque famille apporte les siennes. Ces offrandes prendront place dans le temple selon leur destination et leur fonction. Celles dédiées aux dieux et aux ancêtres seront placées sur des autels élevés, arrangés par le pemangku, et celles offertes au démon resteront sur le sol. La grande différence est que ces dernières contiennent de la viande, crue contrairement à celle, cuisinée, destinée aux ancêtres ou aux dieux.

Rites sacrificiels. Les rites ont pour but d'apaiser les forces et les puissances qui peuvent provoquer, dans le déroulement harmonieux des choses, des perturbations telles que mauvaises récoltes, éruptions volcaniques, périodes de sécheresse, etc. Les caru, offrandes sacrificielles, sont destinées non pas à l'anéantissement, impossible, des puissances démoniaques, mais au rétablissement du bon équilibre de toutes choses. Dans ces propitiations, les sacrifices d'animaux et la présence du sang ont une importance cruciale. Pour les caru importants, on préparera des satay (saté et jejatah) faits de différents morceaux de porc, de canard, de boeuf et de tortue, ainsi que le lawar, un hachis de viande contenant du sang, de la noix de coco et certains légumes. Pour le rite d'apaisement et de purification destiné aux gardiens des points cardinaux, on sacrifiera un boeuf vers le sud, un canard vers l'ouest, une chèvre noire vers le nord, une oie vers l'est et, au centre, une poule aux diverses couleurs. Les démons appréciant grandement le sang des coqs de combat, le combat rituel de coqs (tabuh getib) est encore important.

Rites funéraires. Dans la conception cyclique balinaise, la mort est le retour aux origines. Les rites quotidiens sont la réalisation symbolique du passage vers la libération. A leur mort, les corps ne sont pas immédiatement brûlés, pour des raisons essentiellement pécuniaires. Ils sont généralement enterrés jusqu'à une date propice ou jusqu'à une crémation collective. Seule la noblesse peut se permettre une crémation quelques jours ou quelques semaines après la mort. Dans tous les cas, la raison de la crémation est la même. Le corps, ou son effigie, est brûlé et les cendres dispersées dans la mer, ce qui signifie que les composants matériels, les éléments qui constituent le corps humain, rejoignent leur équivalent cosmique, les cinq éléments (Panca Maha Butha).

Le rituel de la crémation est relié à un symbolisme cosmique. La tour de crémation est une réplique du cosmos. Le corps est mis dans le monde central des humains (madiapada). Le sarcophage, dans lequel le corps est brûlé, est le véhicule de l'envol de l'âme. La crémation n'est en aucun cas l'occasion de démonstrations de deuil, d'affliction ou de douleur. On expose d'abord le corps dans la demeure du défunt. Le pavillon est richement décoré de rubans, de fleurs, de miroirs... Puis, on place le corps dans un sarcophage que l'on recouvre d'un linceul (rubrub). Les jours précédant la crémation, les villageois (les membres du ou des banjar) construisent un pavillon en bambou (balé pawedaan) dans lequel le pedanda viendra préparer les eaux lustrales essentielles à la purification. Lorsque le rituel est enfin accompli, le moment est venu d'accompagner le corps vers le pura dalem, lieu de la crémation. On hisse le corps dans une niche (balé spatika) de la tour par un escalier (raren). La tour repose sur une base carrée de bambou. Les tours de crémation des satria peuvent atteindre vingt-cinq mètres de haut et sont pagodées (tumpang), c'est-à-dire que, comme les meru des temples, elles possèdent un nombre impair de toits superposés, pouvant aller jusqu'à onze. La tour de crémation est parfois précédée d'un long serpent décoré, le nagabanda, qui est supposé devenir le véhicule du défunt dans sa quête des lieux célestes. On placera ensuite le sarcophage sur le bûcher, après avoir procédé à de nouvelles purifications. Auparavant, le feu rituel était observé complètement ; à présent, on asperge le bûcher de matières inflammables. Les flammes mettront quelques minutes à envahir le sarcophage et la tour.

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