Guide de Bali : Histoire

Chronologie

Environ 500 000 ans avant J.-C. > apparition de l'homme de Java.

VIIe siècle après J.-C. > fondation de Srivijaya.

778 - 824 > construction du temple de Borobudur.

929 - 948 > Sindok fonde Mataram.

1006 > victoire de Srivijaya sur Mataram.

1292 > fondation de Majapahit.

1511 > les Portugais conquièrent Malacca.

1527 > chute du Majapahit, déjà en déclin.

1602 > création de la VOC (compagnie hollandaise des Indes occidentales).

1623 > massacre d'Ambon.

1641 > chute de Malacca aux mains des Hollandais.

1799 > faillite de la VOC.

1808 - 1810 > Daendels gouverneur de Java.

1811 - 1816 > occupation de Java par les Anglais.

1825 - 1830 > révolte de Diponegoro.

1830 > début du système des cultures.

1860 > publication de Max Havelaar en Hollande.

1870 > le système des cultures est fortement modifié et assoupli.

1906 et 1908 > Puputan ou suicide collectif des Balinais pour ne pas avoir à subir la honte de la défaite contre l'envahisseur hollandais.

1917 > abolition du système des cultures.

1920 > fondation du PKI (parti nationaliste indonésien).

1927 > interdiction du PKI.

1942 > invasion de l'Indonésie par le Japon.

1945 > proclamation de la république d'Indonésie.

1946 - 1949 > guerre d'indépendance.

1948 - 1960 > tentative de révolution communiste.

1949 (27 décembre) > les Hollandais accordent l'indépendance. Sukarno élu premier président du pays.

1955 > conférence de Bandung.

1958 > rébellion de Sumatra.

1963 > l'Irian Jaya revient à l'Indonésie.

1965 (30 septembre) > Féroce répression anticommuniste : 700 000 arrestations, 500 000 exécutions. Interdiction du PC.

1965 (30 septembre) > Suharto accède au pouvoir.

1970 > mort de Sukarno.

1975 (7 décembre) > invasion et annexion du Timor-Oriental, jusque-là colonie portugaise.

1976 > début de la guérilla du Gam dans la province d'Aceh, au nord de Sumatra.

1990 > normalisation des relations avec la Chine.

1991 (12 novembre) > massacre à Dili.

1998 (mai) > Suharto est poussé à la démission ; Habibie élu président.

1999 (octobre) > Wahid élu président ; référendum du Timo-Oriental.

2001 (juillet) > Abduraham Wahib est destitué et remplacé par la vice-présidente Megawati Sukarnoputri.

2002 (janvier) > Aceh et la Papouasie obtiennent une autonomie limitée.

2002 (mai) > indépendance du Timor.

2002 (12 octobre) > attentat contre des installations touristiques à Bali (202 morts).

2003 (5 août) > attentat à la voiture piégée devant l'hôtel Marriott de Jakarta (14 morts).

2004 > élections législatives et présidentielle ; Susilo Bambang Yudhoyono est élu président.

2004 (9 septembre) > attentat contre l'ambassade d'Australie à Jakarta (10 morts).

2004 (26 décembre) > un tsunami ravage la région d'Aceh, faisant 132 000 morts.

2005 (15 août) > signature d'un accord de paix à Helsinki entre le gouvernement indonésien et les rebelles du GAM (Mouvement Aceh Libre).

2005 (10 octobre) > 2e série d'attentats contre des installations touristiques à Bali.

2006 (27 mai) > un séisme d'une magnitude de 6,2 sur l'échelle de Richter fait 5 782 victimes sur Java.

2007 (2 août) > la Commission européenne des transports inscrit toutes les compagnies aériennes indonésiennes sur la liste noire des compagnies dangereuses, y compris la compagnie nationale Garuda.

2007 (juin) > capture d'Abu Dujana, chef présumé de la Jemaah Islamiyah.

2008 (janvier) > mort de Suharto.

2009 (avril) > élections législatives remportées par le Parti Démocrate du président.

2009 (juillet) > le président Yudhoyono remporte les élections présidentielles dès le premier tour.

2009 (septembre) > séisme de 7,6 sur l'échelle de Richter qui fait plus d'un millier de victimes à Sumatra Ouest.

2010 (octobre) > tsunami à Sumatra Ouest, 500 victimes. Eruption du volcan Merapi à Java, 300 victimes, plusieurs centaines de milliers de personnes évacuées.

2011 > Bali passe le cap des 2,8 millions de touristes dans l'année, le chiffre le plus important que l'île ait jamais connu.

2012 > La tendance se confirme en 2012 où le cap des 3 millions de touristes est passé. Parmi eux, une majorité de voisins asiatiques (Philippines + 39,4 ; Chine + 31,3 ; Hong Kong + 28,4) : ce qui constitue la grande nouveauté de ces dernières années.

2014 > Joko Widodo, surnommé " Jokowi " est élu président.

2017 > lancement du programme des Nations unies pour l'environnement (UNEP), lors du sommet mondial des océans à Bali (CleanSea).

2017 > élection du nouveau gouverneur de Jakarta, Anies Baswedan.

Préhistoire

On sait peu de choses sur l'âge de pierre à Bali. Bien qu'on ait trouvé des fossiles humains à Java datant de 500 000 ans, les plus anciens témoignages de la présence humaine à Bali, outils de pierre et poteries, datent tout au plus de 3 000 av. J.-C. Ces objets furent exhumés à Cekik, au sud de Gilimanuk et la seule véritable affirmation repose sur l'existence de l'âge de bronze environ 300 ans av. J.-C. Pour expliquer ce manque de traces datant du paléolithique, on a souvent avancé l'explication du recouvrement de ces objets par d'épaisses couches de lave et de cendres. Les populations qui se sont succédé dans l'archipel sont arrivées par deux voies : l'une venant de Birmanie et de la péninsule malaise, l'autre venant de Chine par les Philippines, Bornéo et Célèbes. La plupart de ces populations sont venues par vagues successives et les plus récentes migrations, qui datent de 2 000 ans, ont atteint le Sud et l'Est, c'est-à-dire le Pacifique. On peut penser en effet qu'il y a des similitudes entre les peuples primitifs du Pacifique et les peuples primitifs indonésiens : formes de parenté, consommation du porc, mastication du bétel. A Bali, la présence de temples à degrés, l'inhumation dans des sarcophages en forme de tortue attestent la prédominance de ces époques. Les plus beaux témoignages de cet âge du bronze sont les fameux tambours (mokko). Ces tambours faisaient l'objet d'un commerce dans toute l'Asie du Sud-Est et c'est à Bali qu'on a découvert la fameuse " lune de Péjéng " dans la Pura Penataran Sasih. Bien qu'on lui donne le nom de tambour, il n'y a aucune membrane qu'il faille frapper. Le tambour résonne de lui-même. Aussi est-il un véritable instrument à percussion. Selon la légende, il s'agit de la roue du char de la déesse de la Lune (Sasih signifie " lune ") qui se serait détachée et serait tombée du ciel.

Les royaumes indianisés

La plus ancienne inscription découverte à Bali date de 914. Il s'agit d'une petite colonne de pierre trouvée à Sanur faisant référence à l'Adipatih Sri Kesari Varmma, c'est-à-dire au roi Sri Kesari Varmma, mention faite en vieux balinais et en sanskrit. Il semble bien que le vieux balinais soit donc, dès cette époque, mis en évidence et se soit déjà affranchi du sanskrit. Bien qu'un texte javanais, le Carita Parahyangan atteste des conquêtes de Bali par la dynastie Sanjaya en 730, l'hindouisme se propagea à Bali sous le règne du roi Airlangga entre 1019 et 1042. Airlangga était fils d'une princesse javanaise et du roi balinais Udayana. Réfugié dans l'est de Java lorsque son oncle perdit le pouvoir, Airlangga reconquit peu à peu le royaume javanais et devint roi. On peut penser que des liens particulièrement étroits furent tissés pendant son règne et le courant du XIIe siècle. A sa mort, il partagea son territoire en deux parties, le royaume de Janggala et celui de Kédiri qui brigua la royauté de son voisin et l'annexa au milieu du XIIe siècle. Bali conserva une partie de son autonomie pendant les règnes des princes Jayasakti (1146-1150) et Jayapangus (1178-1181). En 1222, Ken Arock décidait de construire une nouvelle capitale à Malang (Singosari). Son successeur, Kertanegara, envahit Bali en 1284, mais dut faire face à l'invasion mongole de l'empereur Kubilai Khan en 1292.

L’empire Mojopahit (XIIIe-XIVe siècle)

Il est de bon ton parmi les ethnologues étrangers de remettre en cause l'indianisation de Bali à tel point qu'ils parlent volontiers du mythe d'origine indo-javanais. On a beau tourner les pages pour comprendre alors ce qui a bien pu se passer, mais aucune explication ne semble remettre en cause l'influence réelle de Java et tout particulièrement de Mojopahit sur l'histoire balinaise. Alors que les troupes chinoises tentaient de s'installer sur le territoire javanais, Ràden Wijaya les utilisa contre l'un des successeurs de Kertanagara puis se retourna contre ces mêmes envahisseurs. En 1294, il installa la nouvelle capitale près de Trowulan (Java). Cette nouvelle dynastie prit le nom de Mojopahit. Cet empire connut sa plus haute gloire sous le règne de Hayam Wuruk et de son ministre Gajah Mada. Pendant cette époque troublée de Java, Bali reprit une partie de son autonomie d'autant plus que la dynastie de Péjéng accrut sa puissance. En 1343, Gajah Mada envahit Bali et la soumit de nouveau à l'influence de Mojopahit en battant le roi balinais Dalem Bedaulu. Ce roi aura une destinée légendaire pour les Balinais. Lorsque Gajah Mada vint à Bali, il se rendit auprès du roi Bedaulu, connu pour ses pouvoirs magiques.
Ce roi, pour prouver sa force et ses pouvoirs surnaturels, s'était coupé la tête et l'avait remise ensuite à sa place sans la moindre trace de blessure. Cette fanfaronnade entraîna la colère de Shiva qui décida de remplacer la tête du roi par une tête de cochon. Depuis ce jour, le roi porta le nom de Bèda Ulu " Tête différente ". Il était interdit de lever la tête pour le dévisager sous peine de mort. A partir de là, le souverain, affaibli, vit sa suprématie remise en question. Gajah Mada décida alors de mettre sur pied une expédition contre les souverains balinais et instaura une vassalité placée sous ses ordres. Celle-ci s'établit à Samprangan, près de Gianyar. Le premier vassal, Sri Krisna Kapakisan, aurait été brahmane, mais aurait dû changer de caste pour devenir l'ancêtre du lignage royal des Satria Dalem balinais. Les préfets javanais qui contrôlaient les régions auraient institué un niveau de caste inférieur à cette dénomination de Satria suprême, les Satria Jawa ou Arya. Enfin, encore en dessous, les administrateurs des sous-districts prennent le nom de Wesia et le tout formera la Triwangsa. Ce sera le vassal I Dewa Ketut Tegal Besung qui, s'étant séparé de son frère incapable de gouverner, décida de quitter Samprangan et de s'installer à Gélgél afin d'établir une cour inspirée de celle de Mojopahit. C'est donc à cette époque que Bali aurait accueilli les traits principaux de sa culture : rituels royaux et système de castes.
Lorsque l'empire de Mojopahit éclata sous la pression musulmane, le roi balinais Waturenggong en profita pour asseoir son indépendance et même accroître son pouvoir en envahissant et en soumettant Lombok et une partie de Java-Est, rebelle à l'expansion musulmane. L'empire javanais en pleine déconfiture, certaines figures charismatiques, dont le prêtre Nirartha (Dang Hyang Dwijèndra), se réfugièrent à Bali. Elles semblent avoir introduit les prémices de ce qui allait constituer les principes actuels de la religion balinaise et de sa pérennité par les grands principes sacerdotaux. Cette fine fleur de l'empire Mojopahit, poètes, musiciens, danseurs, peintres, vint demander protection aux rois balinais, qui les accueillirent avec ferveur. C'est notamment Nirartha, considéré comme l'ancêtre des Brahmana Shiva balinais, qui fonda les principaux temples dont Uluwatu et Tanah Lot, considérés comme les plus sacrés de l'île. Pendant ce temps, les Portugais s'étaient ouvert la route des épices en prenant possession des Moluques en 1512.

L'émergence des seigneuries

Le 22 juin 1596 une flotte hollandaise de 4 galions, dirigée par Cornelis de Houtman s'embarque pour Banten avec des cartes de navigation portugaises. Cette expédition fut considérée comme une réussite. Une vingtaine de voyages furent entrepris, toujours avec succès. Cornelis de Houtman découvrit Bali lors de son deuxième voyage en 1597. Il se lia d'amitié avec le roi de Gélgél. A cette époque, les raffinements de la cour atteignent leur apogée. Plusieurs seigneurs, vassaux de Gélgél n'en manifestent pas moins une certaine indépendance et assoient leur pouvoir sur des petits fiefs. Certains vont même jusqu'à braver l'autorité du Déwa Agung. Ce sera le cas de Gusti Agung Maruti, Premier ministre du roi, qui le chasse et s'installe sur le trône. Le roi et les princes chassés chercheront une alliance auprès de leurs anciens vassaux avant de fonder un nouveau royaume à Klungkung. Dès cette remise en cause de la toute puissance de la royauté, une pléiade de petits royaumes ou de seigneuries va acquérir peu à peu son indépendance par rapport à Klungkung et à Gélgél. Ce dernier va d'ailleurs disparaître au milieu du XVIIe siècle. D'autres seigneuries s'organisent, comme celles de Buleleng et de Karangkasem. C'est paradoxalement l'esclavage qui va aider ces petits fiefs à s'affranchir de la tutelle royale. La présence des Hollandais à Java va permettre aux royaumes balinais de monnayer leurs esclaves fort prisés. De plus, cette situation d'atomisation des forces royales balinaises conforte la politique d'expansion hollandaise. Bali ne constitue pas une menace et ses rois lui fournissent la main-d'oeuvre nécessaire à l'imposition d'un mode de vie colonial. Le royaume de Mengwi s'implante à Java-Est tandis que Karangasem conquiert Lombok. Peu à peu, un ensemble de seigneuries a réussi à imposer sa spécificité : Klungkung, Badung, Tabanan, Karangasem, Buleleng, Gianyar, Bangli, Jimbrana et Mengwi forment l'ossature des différents pouvoirs royaux. La VOC est acculée à la faillite à la fin du XVIIIe siècle, et cette situation va entraîner le début de l'empire colonial hollandais avec ses exigences morales et ses codes de conduite. Les royaumes balinais s'adonnant à l'esclavage vont en souffrir. Leur marché se tarit et ils sont obligés de chercher d'autres débouchés. Au XIXe siècle, bien qu'ébranlée par l'éruption du Tambora à Sumbawa en 1815, Bali va créer une nouvelle voie commerciale avec Singapour en lui vendant des porcs, du riz, de l'huile, du café et du thé contre des femmes, de l'opium et des armes.

La conquête

Peu à peu, l'idéologie coloniale hollandaise a changé. Ils voient d'un mauvais oeil cette petite île pleine de royaumes qui brave l'hégémonie de l'empire. Les Hollandais choisiront le prétexte du pillage d'une épave par des Balinais pour conquérir Bali par le nord. Une flottille de 23 bateaux de guerre et 3 000 hommes armés de fusils débarquèrent à Buleleng en juin 1846 et se battirent contre au moins 50 000 Balinais armés de kriss et de lances. Le palais de Singaraja fut détruit et les Hollandais imposèrent au rajah de Buleleng, dans des conditions humiliantes, de signer un traité de soumission, de payer une amende de réparation de 400 000 guilders et d'accepter l'installation d'une garnison permanente. La violation de ce traité amena les Hollandais à mener une autre expédition punitive en juin 1848. Ils s'opposèrent à un jeune prince, Gusti Ketut Jelantik, qui prit la tête de l'armée balinaise et obligea les Hollandais à capituler, après avoir été encerclés dans le fort de Jagaraga. Cette situation vexante pour les Hollandais les contraignit à constituer une armée dont le but déclaré était à présent de soumettre Bali par tous les moyens. En avril 1849, ils réunirent 60 vaisseaux de guerre, 5 000 hommes d'infanterie et 4 000 mercenaires pour combattre les 20 000 hommes qu'avait pu réunir le rajah de Buleleng. Gusti Ketut Jelantik, à présent héros national, fut tué et Buleleng soumis.
Les autres royaumes, peu enclins à s'allier avec leurs congénères, furent néanmoins résignés à obéir aux exigences hollandaises. Buleleng et Jembrana dépendirent de l'administration du gouvernement hollandais tandis que le contrôle politique et économique était subordonné à des contrôleurs coloniaux. Peu à peu, de 1849 à 1894, les Hollandais domptèrent les royaumes rebelles, consolidèrent leur pouvoir et développèrent la culture du café. En 1894, ils combattirent les rois balinais de Lombok et imposèrent le contrôle juridique et militaire sur l'île. En 1895 et 1900, les royaumes de Karangasem et de Gianyar, sur le conseil du roi d'Ubud, reconnurent la souveraineté hollandaise tout en gardant un semblant d'autonomie. Il ne resta plus que les trois royaumes du Sud pour affronter l'autorité coloniale : Badung, Klungkung et Tabanan.

La tragédie balinaise

En 1904, une nouvelle fois, les Hollandais prirent pour prétexte un nouveau pillage d'épave chinoise au large de Sanur pour étendre leur domination sur le sud de Bali. Le roi de Badung refusa d'indemniser le bateau chinois battant pavillon hollandais. Le 14 septembre 1906, les troupes hollandaises, constituées de plus de 2 000 hommes, débarquèrent au nord de Sanur, traversèrent Kesiman et le 20 septembre bombardèrent Badung (actuelle Denpasar). Le roi de Pemecutan, sa famille, femmes et enfants savaient qu'ils ne pourraient rien contre les fusils et mitrailleuses hollandaises. Les premiers rangs de Balinais, habillés de blanc, armés de leur kriss, ayant accompli les rites sacrés de la mort, tombèrent sous la mitraille et les coups de fusil. Les autres se suicidèrent ou achevèrent eux-mêmes leurs blessés, accomplissant le puputan, le combat à mort, sacrifice rituel. Les femmes du rajah se plantèrent le kriss dans le coeur dans l'enceinte du palais. Plus de 4 000 Balinais périrent dans le puputan. Sous l'injonction des Hollandais de se rendre, les nobles se suicidèrent par vagues successives. On raconte que les Hollandais marchaient sur eux en chantant Plaisir d'amour... Les troupes hollandaises décidèrent de marcher vers l'Ouest et de soumettre le rajah de Tabanan qui leur échappa en se suicidant. Il ne restait qu'un seul royaume rebelle : Klungkung, qui tomba entre leurs mains après un nouveau puputan en 1908. Les péripéties sanglantes de la conquête de Bali soulevèrent une grande émotion aux Pays-Bas et le gouvernement colonial entreprit d'imposer sa conception d'une " politique éthique ". Mais, bien que mettant en oeuvre une nouvelle politique de santé et d'éducation, il ne connaissait pas ou ne voulait pas connaître les subtilités des règles hiérarchiques balinaises, et y substitua ses propres règles en mettant en place un système de corvées quasiment esclavagiste nommé le " Kerja Rodi ".

L’île aux seins nus

Une gigantesque éruption du Batur, suivie d'un tremblement de terre, fit de nombreuses victimes en 1917. Les Hollandais, fortement critiqués par la colonie elle-même, décidèrent de renforcer leur politique " humanitaire " en multipliant les hôpitaux, pacifiant les quelques soubresauts de résistance à l'autorité hollandaise et entreprirent de redonner progressivement aux royaumes pacifiés leur autonomie et l'application de leurs propres lois. Le tourisme débutera réellement en 1924, lorsque la KPM instaurera un service de liaison maritime hebdomadaire entre Singapour, Batavia et Bali. Compte tenu de l'intérêt grandissant pour l'île, la KPM construira le Bali Hotel à Denpasar dès 1925, qui accueillera plusieurs notoriétés dont Miguel Covarrubias, Charlie Chaplin et Noël Coward.
En 1929, la restauration de la légitimité des royaumes fut assurée lors d'une grande cérémonie qui eut lieu à Besakih (temple mère de Bali). La crise de 1929 eut des répercussions sur la colonie, mais, peu à peu, les fonctionnaires et administrateurs hollandais allaient entreprendre une véritable mise en valeur des attraits touristiques balinais pour effacer leur image désastreuse de colons impitoyables. La parution du livre de Krause, aux accents de sourde et magique sexualité indigène, créa un rapide engouement pour " l'île aux seins nus ". Les premiers touristes s'embarquaient sur les navires de la KPM et découvraient avec ravissement un Bali " pacifié ", à la culture riche et magnifique, aux paysages enchanteurs. Un paradis allait naître.

Guerre et indépendance

Cette idylle dura une douzaine d'années, jusqu'en 1942, date de l'occupation japonaise quelques jours après l'attaque de Pearl Harbor dans le Pacifique. Mais depuis les années 1930, la tentation de l'unité des différentes ethnies indonésiennes faisait son chemin sous l'impulsion d'intellectuels javanais et sumatranais. Quelques Balinais les rejoindront et apporteront leur pierre à l'édifice nationaliste et à leur revendication d'indépendance. Au début, les Indonésiens accueillirent l'armée japonaise presque en libérateur. Mais ils durent déchanter rapidement devant la répression et surtout la mainmise sur toutes les productions de la richesse de son sol et de sa main-d'oeuvre au profit de l'armée et de la population japonaises.
A la fin de la guerre, la chose est entendue : c'est maintenant l'indépendance coûte que coûte que Bali veut. Lors de l'indépendance de l'archipel le 17 août 1945, les Balinais se mobilisent afin de mettre la main sur l'arsenal de la marine japonaise qui avait administré l'île pendant la guerre. Débuta alors une lutte entre les Balinais acquis à l'idée d'indépendance et les gouvernants traditionnels qui voyaient ainsi leur pouvoir et leurs privilèges fondre dans une nouvelle hiérarchie du pouvoir. Durant les quatre ans pendant lesquels Sukarno tenta d'imposer l'indépendance déclarée face au retour de l'empire colonial hollandais qui tentait de récupérer son empire, des résistants balinais combattirent contre la Hollande. Le 20 novembre 1946, un jeune colonel résistant de 29 ans, Ngurah Rai, périt dans un bombardement à Marga avec 95 combattants après une bataille qui, aux yeux des Balinais, ressemblait aux puputan passés.
La résistance défaite, les Hollandais décidèrent de baser le quartier général de leur " république d'Indonésie de l'Est " (NIT) en nommant le prince de Gianyar, Anak Agung Gedé Agung, Premier ministre du nouvel Etat, qui répondait ainsi à la République révolutionnaire de Sukarno installée à Java. Après la tentative hollandaise d'envahir Jogjakarta en 1948, le prince balinais se retourna contre les Hollandais et précipita la chute de l'Etat d'Indonésie orientale et la victoire définitive de l'indépendance. Sa famille acquit en chemin des actions de Johnson & Johnson, ce qui assura la pérennité de leur féodalisme sous des atours bourgeois.

La tempête politique après l’indépendance

Malgré la lutte des factions dans les années qui suivent la véritable prise en main du pouvoir, Bali reste fidèle à Sukarno pour des raisons politiques et sentimentales. La mère du président est balinaise. Cette attitude lui vaudra de devenir une région distincte en 1958 et d'inciter Sukarno à encourager le tourisme indonésien à Bali. Le président fait construire le Bali Beach Hotel à Sanur en 1962 au titre des dommages de guerre japonais, mais cette initiative tourne court à la suite de l'éruption du Gunung Agung, dans des conditions à la fois tragiques et rocambolesques, qui allaient avoir des répercutions sensibles par la suite. Pendant ces années d'incertitude politique, la société balinaise se trouvait divisée en deux fortes convictions.
Les hautes castes (surtout les satria et wesya) soutenaient le PNI (Parti nationaliste indonésien) tandis que les sudra ainsi qu'une partie de la haute caste des brahmanes, soutenaient le PKI (parti communiste indonésien). C'est en effet dans les " griya ", les maisons de brahmanes, que les intellectuels rompus à la pratique de la lecture, ont été séduits par les doctrines progressistes et marxistes.
Le 30 septembre 1965, à la suite d'une tentative de coup d'Etat imputée au PKI, le général de réserve Suharto organise la répression. L'armée interviendra à Bali dès novembre 1965, mais laissa le soin aux banjar de faire la chasse aux sorcières communistes. Comme dans la plupart des cas, les adhésions au PKI avaient été prises collectivement, et les banjar, conservateurs, entreprirent une répression féroce. Les membres du PKI ou supposés tels s'habillaient de blanc et allaient à la convocation, en sachant pertinemment ce qui les attendait. Certains furent lynchés, d'autres exécutés à coups de kriss, d'autres encore jetés et noyés dans les rivières qui n'en finissaient pas de charrier les corps. On estime à 100 000 les victimes à Bali alors qu'on pouvait déplorer plus d'un million de morts en Indonésie et particulièrement à Java. La répression prit un tour également religieux quand certains chefs réputés réactionnaires eurent tôt fait de considérer certains villages sebel, " impurs ", à la suite de l'éruption du Gunung Agung en 1963. Ces massacres prirent alors une coloration de caru, entreprise de purification cérémonielle et sacrificielle. La route est à présent ouverte au général Suharto pour évincer définitivement le président Sukarno et imposer l'ordre nouveau.

Coup d’État de 1965

Il a lieu le 30 septembre. On a d'abord cru que c'était un coup d'Etat fomenté par les communistes. C'est pourtant le dauphin de Sukarno, le général Suharto, aidé par les militaires, qui en fut apparemment l'instigateur. A cette victoire de l'armée et des milieux conservateurs musulmans succèdent d'importants pogroms anti-Chinois ainsi que le massacre massif des opposants et, en premier lieu, des membres du PKI (Parti communiste indonésien). De l'aveu même de la CIA, ce serait " l'un des pires meurtres de masse du XXe siècle ". Entre 400 000 et 500 000 personnes sont tuées en quelques mois. Washington accorde cependant à Suharto une aide généreuse. L'Indonésie retrouve les faveurs de la Banque mondiale (la fortune de la famille Suharto correspond alors à peu de chose près au plan de sauvetage décidé par le FMI) et des investisseurs occidentaux. Sukarno sera placé en résidence surveillée. Il mourra en 1970.

Années Suharto : l’Ordre nouveau

On assiste à une reprise de la croissance économique, mais due uniquement au pétrole et à la révolution verte, deux choses que " même l'inefficacité massive du système de corruption ne put entièrement empêcher " (comme le remarque un observateur australien, Clive Hamilton). Suharto rêve de modernité à l'américaine. La capitale se couvre de buildings, Bali est appelée à s'ouvrir aux touristes. Mais un parti politique dirige alors tout sans partage : le Golkar, le parti de Suharto, implacable avec les partis d'opposition qui ont alors bien du mal à faire face à cet ogre. En 1975, après l'effondrement du colonialisme portugais, l'armée indonésienne envahit le Timor-Oriental, avec l'approbation et les armes des Etats-Unis. En vain, le conseil de sécurité des Nations unies ordonne le retrait de l'Indonésie du Timor-Oriental : en quelques mois, des milliers de Timorais sont tués et les réserves pétrolières du Timor-Oriental annexées.
En 1989, un traité signé avec Jakarta autorisera l'Australie à exploiter le pétrole de la " province indonésienne du Timor-Oriental " (une exploitation à laquelle s'associeront les compagnies occidentales). Sous la pression internationale, le Timor-Oriental finira par redevenir indépendant en 1999. Sur le plan intérieur, l'Indonésie est dominée par Java. Les Javanais détiennent le pouvoir politique et militaire. Toutes les richesses naturelles sont exploitées par Java qui en touche le prix, ne laissant que des miettes aux populations locales. Les tensions sont envenimées par la politique de Transmigration : pour sauver Java des effets de la surpopulation, le gouvernement va inciter des milliers de paysans à venir s'installer dans les îles périphériques. Ces envahisseurs ont évidemment été très mal acceptés sur leurs nouvelles terres. Et ils n'ont fait qu'accélérer le processus de déforestation.

Chute d’un dictateur

En décembre 1997 et en janvier 1998, les denrées alimentaires de base ont enregistré des spectaculaires hausses de prix. En février, des émeutes populaires dites " de la faim ", manipulées, semble-t-il, par des militaires en civil, ont pris pour cible les commerçants chinois. Les étudiants ont réclamé des mesures d'urgence de stabilisation des prix. En mars 1998, au moment de la réélection de Suharto, la sécheresse due au phénomène climatique El Niño provoqua une famine dans la partie orientale de l'archipel indonésien. En 1997, l'inflation atteint plus de 50 % pour cette même année. Mais ces revendications économiques n'étaient pas la seule raison qui poussait ces jeunes à rejeter Suharto : depuis les années 1980, le pouvoir du vieux dictateur commençait à s'effriter, pendant que le mouvement prodémocratique, lui, gagnait du terrain. Nettement plus politisées, des manifestations, encadrées par des organisations civiques ou religieuses, s'accompagnent au mois de mars de slogans : " Suharto satan " et " Pendez Suharto ". Jusqu'au début du mois de mai 1998, le mouvement étudiant ne reçoit qu'un soutien tiède des principales forces d'opposition du pays. Il faut attendre le 11 mai, enfin, pour que 39 des principales personnalités de l'opposition signent une pétition demandant l'annulation des résultats de l'élection présidentielle. M. Amien Raïs, dirigeant du deuxième mouvement musulman du pays (28 millions d'adhérents), dénonce publiquement le régime " le plus corrompu de l'Univers ", et se déclare prêt à assumer le pouvoir. Le 4 mai, les hausses du prix des carburants et de l'électricité déclenchent de violentes émeutes à Medan, sur l'île de Sumatra. Le 12 mai, la manifestation à l'université privée de Trisakti, à Jakarta, se solde par la mort de six étudiants. Le 13 mai, après les obsèques des victimes, la capitale indonésienne est mise à feu et à sang : pillages, incendies (où périssent 500 personnes). Les cibles choisies par les casseurs - voitures produites par les fils de Suharto, comme la Timor, demeures et banques des proches de la famille du président - indiquent clairement la haine du régime. Dès lors, la démission de Suharto apparaît comme inévitable même à ses plus fidèles supporters, et, le 20 mai 1998, la secrétaire d'Etat américaine, Mme Madeleine Albright, demande au président de démissionner pour ouvrir la voie à une " transition démocratique ". Le lendemain allait s'achever un règne sans partage de 32 années. Le successeur de Suharto fut un de ses fidèles amis, M. Baharudding Jusuf Habibie, 61 ans, chargé d'organiser de futures élections démocratiques.
Dans cette partie qui a opposé le nouveau pouvoir et les oppositions, l'armée, agitée par de profondes luttes internes, a joué un rôle très important.

La démocratie s’installe

Les élections ont bien eu lieu et pour la première fois de son histoire, tous les partis politiques et toutes les tendances de l'Indonésie ont pu s'exprimer. Signe d'un renouveau démocratique : 48 partis politiques se sont affrontés de manière totalement pacifique. A la sortie des urnes, le parti PDI-P (Parti démocratique) de Megawati Sukarnoputri, la fille du père de l'indépendance, est vainqueur avec 34 % des voix. Loin derrière viennent le Golkar (22 %), puis les partis de l'islam politique. Ces derniers s'allient dans une coalition nommée " Axe du centre ", et parviennent à hisser au pouvoir Abdurrahaman Wahid, plus connu sous le nom de Gus Dur, le célèbre leader charismatique de l'organisation musulmane Nahdatul Ulama. Issu de l'ancien régime, il n'était pas populaire : considéré comme trop tolérant envers Suharto, il souffre aussi des résultats du référendum sur l'indépendance du Timor-Oriental, mené dans la province. 78,5 % des Timorais votent pour un vote qui coûtera la vie à 2 000 d'entre eux.
Le nouveau président Gus Dur ne réussit pas à se faire aimer de ses concitoyens et perd rapidement le soutien de ses principaux alliés. Malgré ses tentatives de s'accrocher au pouvoir, soupçonné lui aussi de corruption, il fut lui aussi destitué. Sa vice-présidente, Megawati Sukarnoputri, bien plus populaire et fille de Sukarno, fut choisie par le Congrès du peuple pour le remplacer sans passer par les urnes. Elle avait déjà acquis sa légitimité lors des dernières élections. C'était son parti le PDI qui en était sorti vainqueur, mais les alliances en avaient alors décidé autrement. Megawati est ainsi devenue le cinquième président de l'Indonésie... Une femme présidente, dans le plus grand pays musulman au monde. Megawati entame son mandat avec une situation économique désastreuse : l'économie est dans un état de délabrement dramatique, et des tensions secouent l'archipel à Aceh, aux Moluques et en Irian Jaya : certains agitent le spectre de la " balkanisation " de l'Indonésie, d'autant que le pays subit d'inquiétantes vagues d'attaques contre des églises, marque d'une radicalisation de certains musulmans. Megawati, qui se présentait comme " la petite mère du peuple ", ne conserva pas longtemps cette image, notamment lorsqu'elle forma un pacte avec l'armée, afin de maintenir l'unité de l'archipel menacé par les tensions sécessionnistes. Si elle peut être créditée pour avoir ramené une certaine stabilité politique dans le pays, en proie à de violentes secousses depuis la chute de Suharto, certains qualifiaient cette stabilité d'immobilisme. La présidente n'avait mis en place aucune des réformes sociales qu'elle avait préconisées, la corruption restait toujours aussi massive, l'insécurité augmentait avec les attentats qui frappaient le pays, notamment à Bali en 2002. La fille de Sukarno a donc payé le prix de cette chute de popularité : en juin 2003, son parti subit une défaite cuisante, n'emportant que 19,8 % des suffrages, derrière le Golkar, machine politique de l'ancien dictateur. Emerge alors une nouvelle figure, ancien général également membre du cabinet de Megawati dont le nouveau parti le Parti démocrate, remporte 10 % des voix : Susilo Bambang Yudhoyono, dit SBY, qui bénéficie d'une image d'homme intègre et avait axé sa campagne sur la lutte anticorruption. Au second tour des élections présidentielles de 2004, qui s'organisent pour la première fois au suffrage universel direct, ce général très charismatique écrase Megawati en emportant 61 % des voix.
En 2009, après le scandale médiatique provoqué par la Première dame du pays, qui a retiré son voile dans le pays musulman le plus peuplé du monde, les polémiques ont bouleversé la sphère politique, dans le cadre particulièrement tendu de l'élection présidentielle. Pourtant, en réponse aux législatives, qui avaient déjà renouvelé la confiance du peuple en le parti de son dirigeant, la présidentielle suit la même logique en replaçant SBY à son poste. Candidat de la sécurité économique, Susilo Bambang Yudhoyono l'est également de la sécurité polique, puisque depuis son premier mandat, l'Indonésie a connu le calme, après des années mouvementées. Que penser alors de ces attaques qui ont secoué l'archipel, une semaine à peine après l'élection ? Deux bombes ont une fois de plus touché Jakarta en ces deux symboles du luxe et du tourisme, les hôtels Ritz et Marriott. Revendiqué par des islamistes, ces attentats ont ouvert le nouveau mandat présidentiel sur de sombres auspices.

Le choc des attentats suicides

Les attentats du 12 octobre 2002 brisèrent le mythe du paradis balinais, et semèrent l'incompréhension au sein du peuple balinais : pourquoi ?
Alors que la fête battait son plein dans la capitale du tourisme indonésien, sur la plage de Kuta, deux bombes explosèrent presque simultanément avec leurs kamikazes dans la zone touristique : au Sari Club et au Paddy's Pub, deux des plus populaires adresses de Kuta. Une troisième explosa au consulat américain de Denpasar, ne faisant pas de victimes. Ces événements furent les premiers attentats suicides massifs dans la zone, et les pires en Indonésie à ce jour. Plus de 200 personnes (une majorité de touristes étrangers et indonésiens) moururent, Australiens en tête. La fréquentation touristique chuta immédiatement.
Le 3 octobre 2005, Jimbaran, au sud de Kuta fut à son tour la cible d'attentats suicides. Deux bombes explosèrent dans des restaurants de fruits de mer tandis qu'un autre kamikaze déclencha sa bombe dans le Raja's Restaurants de Kuta. Une vingtaine de personnes dont douze Indonésiens, trois Australiens, un Japonais et les trois kamikazes furent tués.

Depuis, 33 Indonésiens ont été condamnés pour les attentats de 2002 à deux ans et demi de prison. Il semblerait que l'organisation extrémiste islamique Jemaah Islamiyah considérait comme lieu de péché les bars à touristes. Leur leader spirituel, Abu Bakar Ba'asyir, fut arrêté en 2004 et condamné à 2 ans et demi de prison, puis libéré en 2006. Trois des kamikazes condamnés à mort ont été exécutés le 8 novembre 2008. En mars 2010, l'un des cerveaux de l'attentat, Dulmatin, a été tué par la police indonésienne lors d'un raid. L'origine de l'attentat de 2005 reste inconnue.

Les défis du président

L'Indonésie a donc aujourd'hui passé avec succès l'épreuve du feu de la transition démocratique pacifique. Si les hommes et femmes qui menaient la " reformasi ", ouverture politique après la chape de plomb des années Suharto, ont déçu, les institutions sont là, notamment pour lutter contre la corruption. Avec la reformasi, l'Indonésie, pays au 4e rang mondial par sa population (après la Chine, l'Inde et les Etats-Unis), est devenue la troisième plus grande démocratie au monde après l'Inde et les Etats-Unis. Pourtant, avant de pouvoir égaler ses deux aînées, la jeune démocratie devra relever certains défis importants. En effet, les élites locales et, surtout, économiques n'ont pas vraiment été renouvelées depuis la chute du dictateur, et la corruption reste une gangrène énorme dont l'Indonésie aura certainement du mal à guérir. D'ailleurs, l'armée reste une composante essentielle du jeu politique indonésien, et n'est pas prête à voir son pouvoir lui échapper. Pour se maintenir au pouvoir, le président doit prendre à bras-le-corps l'énorme tâche de remise sur pied de l'économie ainsi que la lutte contre la pauvreté, thème au coeur de la politique depuis la crise monétaire. Mais le principal défi auquel est confrontée l'Indonésie d'aujourd'hui reste le renouveau des mouvements séparatistes qui déchirent l'archipel dans ses zones reculées. Enfin, la menace de la mouvance extrémiste islamiste n'est pas la moindre qui pèse sur le pays. Les militants alimentant la Jemaah Islamyiah (groupe islamiste radical) et autres mouvances sont peu nombreux sur le territoire indonésien, mais ont montré leur capacité d'action. En 2005, trois ans après l'attentat le plus sanglant d'Indonésie, Bali et son économie touristique ont de nouveau été ébranlées par des attentats perpétrés dans plusieurs restaurants extérieurs à Jimbaran et un situé au coeur de Kuta. 27 personnes y ont trouvé la mort, dont 3 terroristes. Aujourd'hui, la vigilance est toujours aussi accrue dans les hauts lieux de la vie touristique, les consignes étant très claires sur le conduite à tenir pour se prémunir tant que faire se peut du terrorisme. En 2009 et en janvier 2016, c'est Jakarta qui est visée, malgré la vigilance et les efforts concédés à la sécurité.

L'Indonésie aujourd'hui

En 2014, Joko Widodo, surnommé Jokowi est élu président de l'Indonésie. Pour la première fois de l'histoire indonésienne, un candidat issu de la classe moyenne et sans lien politique, militaire ou familial avec l'ancienne dictature, accède à cette fonction. L'ancien gouverneur de Jakarta avait gagné en popularité en entreprenant des réformes sociales (hausse du salaire minimum, bourses pour les étudiants) à l'échelle régionale. Lors de son élection, il promet de moderniser le pays, promouvoir l'éducation et la santé, lutter contre la corruption. Mais l'homme que l'on surnommé " l'Obama indonésien " pendant sa campagne électorale, a clairement entaché son image dans le pays en multipliant les concessions aux politiciens. Et il a surtout jeté un énorme froid sur la scène internationale depuis son élection en faisant exécuter 18 condamnés à mort, en majorité des étrangers pour trafic de drogue. Malgré les pressions internationales, Jokowi est resté inflexible car selon lui, l'Indonésie subit une crise sociale à cause des problèmes liés à la drogue. Pendant ce temps, Serge Atlaoui et plusieurs dizaines d'autres personnes croupissent dans le couloir de la mort, en attendant que leur sort soit fixé... Les prochaines élections auront lieu en 2019.

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