4000 av. J.-C

Aux Baléares, les vestiges mégalithiques de l’époque préhistorique attestent de la présence très ancienne de l’homme. A Minorque (Naveta des Tudons), à Majorque (Talaiot de Capocorb, Llucmajor) ou à Formentera (Ca Na Costa), l’homme préhistorique a laissé des traces de son séjour. Mais il est difficile de savoir à quel moment un pied humain foule pour la première fois les plages des Baléares. Les historiens estiment que l’homme y apparaît 4 000 ans avant notre ère. Il trouve sur cet archipel un gibier abondant, notamment une espèce d’antilope aujourd’hui disparue, le Myotragus. Il est donc d’abord chasseur, puis, assez logiquement, éleveur et cultivateur. Cette civilisation trouve refuge dans des grottes où les archéologues ont retrouvé les premières poteries et objets en métal (entre 3000 et 2000 av. J.-C.). On parle alors de culture pré-talayotique.

1 500 av. J.-C

A cette époque débutent les échanges commerciaux avec le bassin méditerranéen : Grecs, Ibères et Phéniciens font des haltes aux Baléares pour proposer leurs marchandises. Cette ouverture vers le reste du monde de l’époque va entraîner les premières constructions sur l’archipel.

1100 av. J.-C

Les récits des marins de passage alimentent les imaginaires locaux. Les descriptions des premières cités structurées (Athènes et Carthage notamment) influencent les îliens, si bien que les villages se forment à mesure que les grottes se vident. Au cœur de ces modestes agglomérations, des tours de pierre et de bois assemblées sans mortier sont érigées : il s'agit des talayots.  Jusqu’ici peu organisées et visiblement pacifiques, les tribus dressent les premières fortifications. Aucun vestige talayot ne fut toutefois découvert sur les Pityuses (Ibiza et Formentera). En revanche, Minorque en regorge.

1000 av. J.-C

Selon Diodore de Sicile, la ville d’Ibiza est fondée en 654 ou 653 av. J.-C. par les Carthaginois. Mais les historiens contemporains, sensiblement plus fiables, pensent que ce sont les Phéniciens qui s’y installent d’abord, autour du Xe siècle avant notre ère. Une population, qui n’a pas encore livré tous ses secrets, était déjà installée sur l’île, comme en témoignent les peintures de la Cova de ses Fontanelles, près de Sant Antoni (au moins 800 av. J.-C.).

645 av. J.-C

Les Carthaginois se rendent maîtres des Baléares en 645 av. J.-C. Ils détruisent les tours, bâtissent leurs propres villes et fortifications et surtout exploitent les richesses de l’archipel : les marais salants et le murex (mollusque carnassier dont est tirée la pourpre, un colorant très recherché dans l’Antiquité). Les envahisseurs tirent également parti du remarquable maniement de la fronde par les jeunes guerriers des Baléares. Ils les enrôlent dans leurs campagnes comme mercenaires dans les guerres puniques qui les opposent à Rome de 264 à 146 av. J.-C. Le nom d’Ibiza serait l’adaptation de Ibosim, ce qui signifie « l’île de Bes » pour les Carthaginois, ainsi nommée en hommage à un dieu adoré en Egypte.

Caecilius Metellus

Il ne faut que quelques années aux Romains pour comprendre alors l’intérêt de Carthage pour les Baléares. En 123 av. J.-C., le consul Caecilius Metellus intègre l’archipel à l’Empire romain. Il crée Palma et trace des voies de circulation à Majorque et Minorque. Sous le nom d’Ebusus, n’ayant pas été soumise par les armes, Ibiza aura le statut de ville confédérée et autonome ainsi que l’attestent les monnaies de l’époque : sur une face, l’inscription Insul Augusta ou « L’île qui se gouverne elle-même », et sur l’autre, l’effigie du dieu Bes, ce qui indiquerait que les Romains ne réussissent pas ou ne cherchent pas à faire disparaître les croyances des Ibiziens de l’époque. La romanisation, au demeurant assez lente, permet à Ibiza de conserver ses activités commerciales traditionnelles : l'exploitation du sel, depuis toujours la richesse de l’île, la pêche et l’agriculture.

Caecilius Metellus © WH_Pics - Shutterstock.Com.jpg

123 av. J.-C. - IIe siècle

L’Empire romain n’a pas laissé des traces profondes de sa domination. Il faut dire que 300 ans après s’être installé, l’empire n’est plus que l’ombre de lui-même. Sa chute, vers 400 de notre ère, plonge les Baléares dans une période de repli.

425 apr. J.-C

Ibiza et l'ensemble de l'archipel est dévasté par les Vandales, et une civilisation paléochrétienne subsiste comme elle peut durant cette période.

553

Après la conquête du général Bélisaire, sous le règne de Justinien, empereur de Byzance, Ibiza et les Baléares sont intégrées en 553 à l’Empire d’Orient. Au VIIe siècle, les Wisigoths chassent les Byzantins, mais ce sont les Maures qui deviennent rapidement les maîtres des lieux.

902

Les Arabes font leurs premières incursions dès le VIIe siècle, sans que l’on puisse parler de véritable invasion. Malgré quelques pillages, ils cherchent surtout à commercer, profitant ainsi de la position privilégiée des îles sur les grandes routes maritimes. Charlemagne tente de rétablir durablement une domination chrétienne sur Majorque, mais ses efforts sont réduits à néant en 902, lorsque le calife de Cordoue, Issam al-Jawlani, s’empare sans effort de l’archipel. Les Maures rebaptisent l'île Yebisah. Cinq siècles d'occupation n'ont pas manqué d’influencer fortement les techniques agricoles, l’architecture, les coutumes et la toponymie de l’île. C’est une période de développement pour Ibiza et pour l'archipel dans son ensemble.

9 septembre 1229

Animé d’un véritable sentiment de mission divine et profitant des dissensions entre les différents suzerains arabes d’Espagne et des Baléares, Jacques Ier d’Aragon prend prétexte d’attaques permanentes des pirates arabes contre les bateaux de commerce pour tenter de chasser les musulmans des Baléares. En septembre 1229, il envoie une puissante flotte. Le 9 septembre, le jeune roi (21 ans) sort vainqueur du principal affrontement entre les deux armées. Les Maures se sont toutefois réfugiés à Medina Majorica, le nom arabe de Palma. Jacques Ier devra patienter trois mois. La ville tombe enfin entre ses mains et c’est le début du royaume de Majorque, rattaché à la Couronne d’Aragon.

Jacques 1er d'Aragon © aquatarkus - Shutterstock.com .jpg

1235

Après avoir repris Minorque en 1231, les troupes de Jacques Ier parviennent à reconquérir sans trop de difficultés Ibiza et Formentera.

XIIIe siècle

Tout au long du XIIIe siècle, les nouveaux conquérants accordent à l’île une charte très libérale qui implique la reconnaissance de certains droits et privilèges très différents du système féodal classique. Ibiza, de par sa position, reste un lieu de passage. Les quatre siècles suivants seront chargés de menaces et de peur : les incursions de pirates en provenance du nord de l’Afrique sont très fréquentes. Elles apportent la mort et ruinent l’île.

1276

Les deux îles Pityuses obtiennent un statut de semi-autonomie, dépendantes alors du seul Royaume de Majorque. Après un nouvel épisode d’allégeance à la Couronne d’Aragon (de 1286 à 1295), elles récupèrent leur statut semi-autonome.

1343

Le Royaume de Majorque se rattachant définitivement à la Couronne d’Espagne, Ibiza devient espagnole.

XIVe siècle

Tandis que Formentera est désertée, la population ibizienne se réduit à 500 familles. L’histoire d’Ibiza est alors liée à celle de l’Espagne, mais l’île maintient vivants certains rites du passé qui échappent à l’Eglise (l’une de ces mystérieuses pratiques consistait à danser autour des puits).

XVIIIe siècle

Ce n’est finalement qu’au XVIIIe siècle que l’île sera officiellement christianisée, et la plupart des églises enfin construites. Certaines, fortifiées, servent de refuge contre les attaques des pirates. De nombreuses tours de guet et de protection seront érigées à la même époque. Les noms des villages sont aujourd'hui encore ceux des paroisses : Sant Antoni, Santa Eulària, Sant Josep, pour les plus grands noyaux urbains, sans oublier les charmants villages de Sant Joan, Sant Carles, Sant Jordi, Santa Gertrudis, Sant Mateu… et Jesús !

XIXe siècle

Le XIXe siècle est marqué par le développement agricole, industriel et urbain. Majorque, qui connaît sécheresse et famine, se voit dotée d'un chemin de fer, tandis que les cultures de l'amandier et de la vigne sont introduites à Ibiza.

1837

Pour la première fois est mise en service une ligne régulière entre la péninsule et l’archipel. Parallèlement, c'est aussi une période où la misère poussa de nombreux îliens à l'émigration. D'importants travaux dans le port d'Ibiza à la fin de ce siècle vont par ailleurs favoriser le développement des communications maritimes.

1936

Au début du XXe siècle, Majorque se signale par un embryon d’industrie. Pendant la guerre civile, entre 1936 et 1939, les militaires présents à Majorque et à Ibiza se rallient presque immédiatement au général Franco, seule Minorque reste fidèle aux républicains jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.

1963

Après des années de semi-autarcie, le gouvernement espagnol accélère le processus d’ouverture et les premiers touristes arrivent. Ibiza devient La Mecque des hippies. Enchantés et émerveillés, ces pionniers sont suivis de millions de visiteurs. Les années 1970 sont marquées par une véritable vague de touristes venus du nord de l’Europe – d’Allemagne tout particulièrement – qui prennent possession du littoral et des pittoresques villages. Cette invasion touristique transforme l’île et affecte une population dont une bonne partie conserve, contre vents et marées, les us et coutumes et un mode de vie d’un passé pas si lointain.

1970

Les années 1970 sont marquées par l'irruption de la jet-set sur Ibiza. C'est le début des grandes fêtes extravagantes qui feront bientôt la réputation d'Ibiza.

1983

Au début des années 1980, les îles connaissent une véritable révolution avec l’accession à l’autonomie et la création d’un gouvernement autonome des Baléares le 25 février 1983. Un parlement baléare voit le jour. Régulièrement, depuis cette date, les électeurs baléares sont appelés aux urnes pour élire leurs députés. Le parlement des îles Baléares est composé de 33 députés de Majorque, 13 de Minorque, 12 d'Ibiza et 1 de Formentera. Un gouvernement est constitué, avec à sa tête un président : Gabriel Canella Fons.

Gabriel Cañellas i Fons (1941 -)

Gabriel Cañellas i Fons fut le premier président de la Communauté autonome des Baléares, et ce jusqu’en 1995. Après de multiples réélections à ce poste (1987, 1991 et 1995), il est contraint de démissionner. L'année 1995 reste en effet une date noire dans l’histoire des Baléares, avec la découverte d’un énorme scandale de corruption (affaires Calvià et Sòller) qui jette l’opprobre sur la classe politique tout entière. Le 15 juillet, il remet sa démission et Cristòfol Soler lui succède.

1996

Démission de Cristòfol Soler et nomination de Jaume Matas Palau.

Juin 1999

Elections européennes et municipales ; élections de la nouvelle équipe du gouvernement autonome des Baléares avec coalition anti Parti populaire de tous les partis politiques ; nouveau président : Francesc Antich, du Parti socialiste des îles Baléares, qui arrive en tête des élections du Parlement régional des Baléares.

2000

Les murailles de la ville d’Ibiza (Dalt Vila) deviennent patrimoine mondial de l’Unesco. Au mois de mai, une fête dite médiévale se tient dans l’enceinte de la vieille ville d’Ibiza pour célébrer cet événement.

2000-2020

Au cours des deux premières décennies du millénaire, un nombre impressionnant de touristes allemands, anglais, espagnols, italiens ou français débarquent des bateaux et des avions. Cette masse a entraîné la construction de centaines d’hôtels, souvent en bord de mer, ce qui a bien sûr en partie défiguré l’île. Si bien que le gouvernement d’Ibiza décide d'encourager peu à peu le tourisme rural et la découverte de la partie nord de l'île, restée sauvage.

Mai 2003

Lors des élections régionales, le Parti populaire, gouverné par Jaume Matas Palau, a gardé la préférence des habitants de l’archipel en remportant la majorité des sièges à l’Assemblée.

Mai 2007

Lors des élections parlementaires, Jaume Matas Palau se présente une nouvelle fois aux élections et, si le Parti populaire (PP) reste de loin le premier parti en nombre de voix avec 46 %, il perd toutefois sa majorité absolue. Son adversaire, le socialiste Francesc Antich i Oliver, gagne la présidence en passant une alliance avec les partis régionalistes et forme un gouvernement de centre-gauche.

2008

Comme le reste de l'Espagne, les îles Baléares sont touchées par la crise financière et l'effondrement du secteur de la construction.

2010

Le scandale « Palma Arena » oblige Francesc Antich i Oliver à se séparer d'Unió Mallorquina, dont certains dirigeants sont impliqués dans cette affaire de corruption, pour gouverner seul sans la majorité.

2011

La droite est de retour au pouvoir lors des élections du 18 juin, avec une majorité écrasante. José Ramón Bauzà Díaz (PP) est le nouveau président du gouvernement des îles Baléares et doit affronter le problème du chômage. La même année, Iñaki Urdangarin – gendre du roi d'Espagne – fait l'objet d'une enquête dans le cadre de l'affaire Babel, dérivée de l'affaire Palma Arena. Il est mis en examen en 2012 pour détournement de fonds publics.

2013

En parallèle, la crise s'intensifie dans toute l'Espagne et particulièrement aux Baléares, où le taux de chômage atteint 28,5 % au printemps 2013. L'arrivée de l'été marque une courte période de répit, et le chômage descend à 22,5 % grâce aux emplois saisonniers. On est malheureusement loin des chiffres du début des années 2000, lorsque les Baléares connaissaient le plein emploi pendant la saison touristique. A l'automne, un profond malaise social vient se greffer au problème de la crise : la réforme du système éducatif, mise en place par le gouvernement de José Ramón Bauzá, menace l'usage du catalan dans les écoles des Baléares au profit de l'anglais.

2014

En septembre 2014, la Cour suprême des Baléares annule cette réforme du système éducatif, la jugeant non valide, du fait que l'Université des îles Baléares, organe compétent, n'a pas été consultée dans cette prise de décision. Suite à cela, la ministre de l'Education Juana Maria Camps est destituée de ses fonctions et remplacée par la porte-parole du gouvernement, Nuria Riera. Ces événements ont donné suite à de nombreuses manifestations anti Bauzá réclamant sa démission.

2015

Lors des élections, le pouvoir change de nouveau de main et revient aux socialistes. Francina Armengol devient la nouvelle présidente du gouvernement.

Juillet 2016

Le gouvernement des Baléares instaure une taxe touristique sur les hébergements afin de pouvoir financer le développement des infrastructures touristiques et à la préservation des espaces naturels de l'archipel. Le tourisme, véritable moteur économique, connaît en effet un boom sans précédent depuis le début du nouveau millénaire, représentant plus de 45 % du PIB des Baléares. Mais parallèlement, les inégalités demeurent, puisque près de 20 % de la population des Baléares continue de vivre sous le seuil de pauvreté. La place occupée par le tourisme dans l'économie locale entraîne également une forte dépendance à l'activité saisonnière. Certes, le tourisme de masse remplit les caisses de l'Etat et fait gonfler l'économie nationale, mais on aurait tort de sous-estimer ses lourdes conséquences sur l'environnement et la qualité de vie.

Juillet 2017

Le parlement des Baléares vote une loi interdisant les corridas avec mise à mort.

2 juin 2018

Pedro Sánchez, membre du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), devient le président du gouvernement d'Espagne. Il succède à Mariano Rajoy, qui a démissionné suite à l'adoption d'une motion de censure.

Février 2019

Le gouvernement des Baléares vote une loi fixant à zéro l'objectif d'émission de CO2 d'ici 2050.

2020

La pandémie de covid-19 n'épargne pas les Baléares, provoquant, en effet secondaire, la chute brutale du tourisme dans les îles à l'été 2020. Si la pilule n'est facile à avaler pour personne, cela crée une puissante onde de choc à Ibiza, qui tire presque 90 % de son PIB du tourisme.

2021

Après plus d'un an de restrictions sanitaires exigeantes, un mieux se fait sentir sur l'île. Malgré la fermeture des lieux de vie nocturne et des clubs, les établissements d'Ibiza font plus de recettes encore qu'en 2019.