Guide du Finistère : Patrimoine et traditions

Patrimoine culturel
Littérature

Gwalarn. Signifiant nord-ouest en breton, Gwalarn naît à peu près à la même époque que le mouvement Seiz Breur. De quoi parle-t-on ? D'une revue littéraire en langue bretonne, lancée en 1925 par Roparz Hemon et Olivier Mordrel. Dans l'esprit de ses fondateurs et des jeunes écrivains qui y collaborent, cette revue, qui souhaite développer une langue littéraire, s'apparente à un mouvement littéraire regroupant la quasi-totalité des auteurs de langue bretonne. En ce troisième millénaire, si Gwalarn n'existe plus depuis 1944, la revue Al Liamm, qui a pris le relais en 1946, maintient cette ambition auprès des intellectuels bretonnants.

Le Cheval d'orgueil

S'il y a bien un auteur et une oeuvre finistérienne à retenir, c'est sans doute celle-ci. Pierre-Jakez Hélias (1914-1995), écrivain finistérien, issu d'une lignée de modestes paysans bigoudens a en effet mis quinze ans avant de finaliser son oeuvre majeure : Le cheval d'orgueil. Ce livre sortit en 1975, en catimini, relate la vie de paysans pauvres du village de Pouldreuzic, pendant la période d'entre deux-guerres. Sa particularité est d'avoir mêlé récit biographique et ethnologique, mais surtout d'avoir été écrit en breton, puis traduit en français par l'auteur. Le livre sera un succès littéraire et atteindra les 2 millions d'exemplaires vendus du vivant de l'auteur. Cinq ans plus tard, le réalisateur Claude Chabrol adapte le livre au cinéma.

Peinture

L'Ecole de Pont-Aven. La Bretagne a une chance inouïe car elle est biculturelle, à la fois romane et celtique. Peut-être est-ce pour cette raison que depuis deux siècles, elle attire et accueille tant d'artistes ! D'aucuns ont pu vanter sa lumière, d'autres ses paysages ondoyants ou la douceur de son climat... En vérité, cela doit être un peu de tout cela. C'est ainsi que, forte de ces avantages, une petite ville de la côte sud du Finistère devint, à la fin du XIXe siècle, le pôle incontournable d'un nouveau courant de peinture. Il s'agit de Pont-Aven qui, avec l'arrivée de Paul Gauguin en 1886, va connaître au fil des ans une notoriété universelle. Celui-ci, précocement usé par une vie parisienne soutenue, se laisse convaincre par son marchand de couleurs, le père Tanguy, d'aller se mettre au vert en Bretagne. Gauguin, qui est à la recherche d'une inspiration nouvelle, se décide alors pour cette petite ville. A tout bien regarder, il n'a guère le choix : sa bourse est plate. Son ami Jobbé-Duval, qui est de la région, lui a indiqué deux ou trois adresses bon marché : la pension Gloanec, dans laquelle il s'établit, et l'hôtel de Julia Guillou, une autre bonne maison pour les artistes impécunieux. L'installation de Gauguin sur les bords de l'Aven, où il rencontre Charles Filiger, Émile Bernard et Paul Sérusier, est l'acte fondateur de ce que l'on appellera plus tard l'Ecole de Pont-Aven...

Cinéma

Sous l'impulsion de trois passionnés d'audiovisuel, le réalisateur finistérien René Vautier, le conservateur du Musée de Bretagne Jean-Yves Veillard et André Colleu, assistant d'éducation populaire, la cinémathèque de Bretagne est créée en 1989 dans les Côtes d'Armor avant de s'installer à Brest en 1995. Son action de collectage a commencé dès les années 70 et elle constitue aujourd'hui l'un des fonds régionaux les plus importants en France. Ses missions : la collecte, la sauvegarde et la diffusion des films qui lui sont confiés. Son fonds regroupe 28 418 supports films et vidéos, dont 13 846 films amateurs et 13 793 films professionnels. La cinémathèque est également détentrice de la plus grande collection en France d'appareils de cinéma amateur (caméras, projecteurs, visionneuses...). Édition, exposition, rencontres et séances de projections sont régulièrement organisées autour de ce fonds breton.

Plus d'info sur : www.cinematheque-bretagne.fr.

Patrimoine architectural
Architecture religieuse
<p>La cathédrale de Quimper.</p>

La cathédrale de Quimper.

Les enclos paroissiaux

Ces petits bijoux d'architecture religieuse, érigés au XVIe siècle, l'âge d'or de la Bretagne, sont une des particularités du Finistère. Ils sont le témoignage de la ferveur religieuse forte, qui a accompagné la prospérité économique de la manufacture textile (lin et chanvre servant à réaliser voiles, vêtements et autres cordages des navires à voile) et de la marine bretonne de l'époque. Concrètement les enclos paroissiaux rassemblent au moins cinq des éléments suivants : une église, un ossuaire, une chapelle, un clavaire, un mur d'enceinte, une porte triomphale, un cimetière et une fontaine.

Selon les commanditaires et les ouvriers, chaque ensemble se distingue et rivalise de sculptures. On notera une plus forte présence de ces enclos dans le nord du Finistère. Parmi eux : Saint-Thégonnec et Pleyben, les plus connus se distinguent par leur calvaire monumental, Sizun et La Martyre exhibent leur porte triomphale tandis ce que La Roche-Maurice expose des ossuaires monumentaux.

D'autres communes comme Plougastel-Daoulas ou Saint-Jean Trolimon, accueillent également des calvaires monumentaux, qui ne font pas partie d'un enclos paroissial.

Traditions et modes de vie
Croyances, mythes et légendes

La Bretagne est le pays où l'imaginaire et le réel se confondent sans cesse, dans un décor farouche où le soleil joue constamment avec la brume. Et l'imagination fertile des Bretons a fait de cette presqu'île occidentale une véritable terre de légendes. Légendes venues de la nuit des temps, légendes parfois périlleuses que peuplent des personnages inquiétants. Légende de la mer, où des cités sont englouties par les flots. Légendes de la terre, où l'Ankou, avec sa faux et son angoissant équipage, hante les tourbières des Monts d'Arrée. Légendes encore où des paysans madrés se jouent d'un diable, décidément pas très futé  ! De beaux contes, des légendes pathétiques, des traditions des plus curieuses... Des histoires pour mieux connaître un peuple et un singulier pays. Vive la Bretagne  ! Qui regorge également de chansons populaires répétées et enrichies par les multiples générations durant des siècles, où la tradition se présente sous l'aspect d'une vaste épopée constamment remise en question, améliorée et actualisée au goût du jour. Quant aux vies des saints bretons, telles que les relatent les conteurs populaires, elles sont imprégnées d'une atmosphère où le merveilleux côtoie le fantastique et où l'imagination des Bretons a joué son rôle, recréant à la perfection toutes les sagas des anciens temps. On citera l'irremplaçable Barzaz Breiz, recueil de ballades épiques et lyriques en langue bretonne, collectées principalement en Cornouaille dans la première partie du XIXe siècle.

Les légendes de la mort. L'Ankou, c'est la Mort. Une mort qui, dans le légendaire breton, est personnifiée par un squelette coiffé d'un grand chapeau à guildes, d'une ample cape noire et tenant à la main une faux montée à l'envers. L'Ankou fait sa tournée dans un chariot qui grince (le karrig an Ankou) et que l'on entend le soir à la tombée de la nuit ou lorsque la brume envahit les campagnes. La rencontre avec l'Ankou est signe d'une mort prochaine. Divers présages, que certains doués de voyance sauraient déchiffrer, annoncent également la mort. Professeur de lettres, Anatole Le Braz publiait en 1893 " La légende de la mort ", recueil de récits et de témoignages collectés en Cornouaille et en Trégor et reposant sur ses propres enquêtes. Ces contes, livrés presque à l'état brut, dévoilent des pans entiers de l'âme bretonne et donnent un tableau assez exhaustif des rapports des Bretons avec la mort. Mais comme le disait un druide à un auteur latin, la Mort pour les Bretons n'est qu' " un milieu dans une longue vie ".

Ys, la cité engloutie. Entre la pointe du Van et la pointe du Raz, dans la baie des Trépassés, repose au fond de la mer l'Atlantide finistérienne : Ys. Magnifique cité que fit construire Dahut, la fille du roi Gradlon de Cornouaille, elle aurait été submergée durant une nuit de tempête avec tous ses habitants. Une tempête envoyée par Dieu afin de punir les moeurs dissolues de la ville et de sa luxurieuse princesse. Les versions de cette légende varient avec les siècles, tout comme le personnage de Dahut.

Le druidisme

En entendant ou en prononçant le mot druide, il y a de grandes chances pour que certains pensent à Panoramix, le druide de la célèbre BD Astérix et Obélix ! Un druide, c'est bien sûr ce que Pline l'Ancien nous a rapporté, un " prêtre gaulois vêtu d'une robe blanche qui monte à l'arbre, coupe avec une faucille d'or le gui qui est récolté dans un linge blanc ". Redondance quasi proverbiale de l'histoire des Celtes, certes. Mais que sont devenus, ces druides ? Ont-ils été un jour emportés par la vague d'un christianisme triomphant ? Ou bien ont-ils sombré dans les enchevêtrements de l'histoire et plus particulièrement ceux de cet inextricable Moyen Âge ? Ce ne sont que des hypothèses. Cependant, nous pouvons être certains que druides et druidisme furent pendant de longs siècles éclipsés de notre civilisation. Jusqu'à ce jour de septembre 1717 où, à Londres, fut créée La Fraternité universelle des druides. En Bretagne, c'est en 1900 que naquit la Goursez Vreizh, en français Fraternité des druides, bardes et ovates de Bretagne, désormais la plus ancienne association druidique du continent européen. Aujourd'hui, sous l'autorité d'un grand druide, les initiés de ce mouvement entendent maintenir des idéaux de fraternité, de nationalité et de spiritualité celtique.

Langue
<p>Drapeau breton</p>

Drapeau breton

La dernière langue celtique du continent. Il y a vingt-cinq siècles de cela, les deux tiers de l'Europe parlaient des langues celtiques (groupe de langues appartenant à la famille indo-européenne), des falaises de Moher (en Irlande) aux Monts Métallifères (en Europe centrale) et des Glens d'Ecosse aux Balkans. Au fil des siècles, la pratique de ces langues n'a cessé de reculer, faisant de la Bretagne la dernière région d'Europe continentale à parler une langue celtique !

Il convient de distinguer le celte continental, aujourd'hui éteint, du celte insulaire, réintroduit sur les promontoires occidentaux de l'Europe par les colons britanniques lors des grands mouvements de populations qui eurent lieu sur fond de désintégration de l'empire romain, principalement du IVe au VIIe siècle. Le breton est ainsi une langue dite " brittonique ", au même titre que le gallois et le cornique, et donc du celte insulaire. Parlée au haut Moyen Âge sur l'ensemble ou presque de la péninsule, elle n'a cessé de reculer géographiquement depuis le XIIe siècle, cédant du terrain, dans la partie orientale du pays (la " Haute Bretagne "), au français et au gallo, avant de se fixer à l'ouest d'un axe Saint-Brieuc/Vannes. Mais dès le début du XXe siècle, la pratique du breton a décru également à l'intérieur de ce " sanctuaire ". Les Bretons imputèrent la responsabilité de cette situation à l'État français, hanté par l'unité linguistique de l'Hexagone. On note toutefois, depuis quelques décennies, un renouveau dans la pratique du brezhoneg, qui attire de plus en plus de jeunes, et une volonté de la Région de valoriser cette richesse.

Du breton à l'école. La première école Diwan (germer en Breton), dans laquelle l'enseignement est dispensé en langue bretonne, a été créée en 1977 à Lampaul-Ploudalmézeau. L'école maternelle accueillait alors cinq élèves et leur instituteur. L'ouverture de cette classe marque une étape importante dans la reconnaissance de la dernière langue celtique du continent. Quarante ans plus tard, après de nombreuses années de lutte acharnée sur le terrain, l'école associative, dont une partie des enseignants est maintenant rémunérée par l'État, peut s'enorgueillir de comptabiliser 4 318 élèves, dans 47 écoles, 6 collèges et un lycée en France, et d'avoir des effectifs en constante progression. Mais l'école Diwan a également suscité la création de deux filières bilingues, l'une publique, l'autre privée catholique, qui oeuvrent essentiellement sur les trois départements brittophones mais aussi en zone gallèse et dans les grandes métropoles que sont Rennes et Nantes. Ces trois réseaux d'enseignement du breton comptabilisent 7 377 dans le Finistère et 2 078 dans les établissements Diwan. Chiffre minime certes par rapport à la population scolaire de Bretagne et par rapport à ce qui se pratique chez la plupart de nos voisins (Espagne, Royaume-Uni ou Belgique par exemple) mais qui révèle un engouement accru d'une population pour la transmission de leur langue et de leur culture. Parallèlement, de nombreux efforts pour permettre à la langue une lisibilité en dehors de l'école ont porté leurs fruits. On notera la création de l'Ofis ar Brezhoneg/Office de la langue bretonne, en 1999, pour répondre aux multiples demandes de bretonniser textes et signalétique. Il a été remplacé par l'Ofis Publik ar Brezhoneg/Office public de la langue bretonne en 2010, qui perpétue son rôle d'observatoire de la langue bretonne et de conseil aux collectivités en matière de signalisation bilingue.

Vers une reconquête. Prenant le pas sur les médias publics classiques, dont France 3, les deux radios du réseau France Bleu et TV Breizh, qui ne proposent que quelques programmes en langue bretonne, le web s'enflamme. L'association Dizale, créée en 1998 et spécialisée dans le doublage audiovisuel en breton, diffuse par exemple de plus en plus de réalisations sur internet. La Web TV Brezhoweb propose quant à elle un grand nombre de programmes, tant pour enfants que pour adultes, exclusivement en breton. De son côté, l'édition en langue bretonne tente tant bien que mal d'occuper le terrain, avec les romans des éditions Al Liamm, ainsi que les magazines et livres pour la jeunesse publiés par Keit Vimp Beo et Bremañ. La langue de Roparz Hémon, qui lança en 1925 la revue littéraire Gwalarn, a même fait son apparition dans des quotidiens comme Ouest-France ou le Télégramme. Enfin, cerise sur le kouign amann, Tintin, Yakari, Astérix et maintenant Titeuf se déclinent en brezhoneg  ! Quant au bilinguisme de la signalétique routière, après des années de barbouillage nocturne des panneaux bilingues, il est, lui aussi passé dans les moeurs et est devenu partie intégrante de la culture locale.

Quelques expressions bretonnes

Brav eo - Il fait beau

Yen eo - Il fait froid

Pebezh amzer fall - Quel mauvais temps  !

Pet eur eo - Quelle heure est-il  ?

Teir eur eo - Il est trois heures

Mat an traoù ? - Ça va bien  ?

Naon' meus - J'ai faim

Sec'hed m'eus - J'ai soif

Yec'hed mat - A ta santé

Mar plij - S'il vous plaît

Pegement eo ? - Combien ça coûte  ?

Trugarez - Merci.

Kenavo - Au revoir

N'eo ket pell - Ce n'est pas loin

Pell eman - C'est loin

Diwall - Attention

Ti-Krampouezh - Crêperie

Fest-noz - Soirée dansante

Gwen- Blanc

Du- Noir

Artisanat
<p>Assiettes en faïence de Quimper</p>

Assiettes en faïence de Quimper

La faïence de Quimper. La faïence est désormais aussi emblématique de Quimper que la cathédrale Saint-Corentin, les ponts de l'Odet ou la crêpe dentelle ! A l'époque gallo-romaine, un village de potier métamorphosait l'argile de l'anse de Toulven en objets d'usage quotidien, du côté de Locmaria. Mais c'est vers la fin du XVIIe siècle que la faïence fait son apparition dans la capitale de la Cornouaille, lorsqu'un certain Jean-Baptiste Bousquet, en 1690, s'installe à Locmaria pour y apporter un savoir-faire appris dans les deux importants centres provençaux de Moustiers et Marseille.

Dès la seconde moitié du siècle suivant se répandent dans l'univers de la faïence quimpéroise les fameux poncifs " bretons " qui feront sa renommée internationale : le petit Breton en costume glazik et bragoù braz et sa compagne portant fièrement la coiffe de Quimper ! Sous la direction artistique du morlaisien Alfred Beau, à une époque où la Bretagne apparaît aux ethnologues comme une contrée aussi exotique que la Pampa argentine, les décors inspirés des gravures d'Oliver Perrin connaissent un succès qui ne se démentira pas. Ainsi, dès 1864, les jeunes établissements Henriot, surfant sur cette vague identitaire, créent des motifs inspirés des travaux du peintre Lalaisse, qui a publié quelques années auparavant de riches études dédiées aux costumes bretons. Ils embauchent ensuite des artistes d'envergure comme le peintre Mathurin Méheut, le sculpteur Armel Beaufils, les artistes Robert Micheau-Vernez, Jim Sévellec ou encore René-Yves Creston, l'un des membres éminents de l'école des Seiz Breur. La période de l'entre-deux guerres, avec ses désirs récurrents d'associer étroitement la tradition la plus enracinée à la modernité la plus échevelée, est l'une des plus exaltantes et créatrices de la faïence quimpéroise. C'est celle où Paul Fouillen, ancien chef d'atelier chez HB (Hubaudière-Bousquet), s'installe à son compte, place du Stivell, pour créer des pièces inspirées des enluminures irlandaises et des broderies bretonnes.

L'après-guerre porte un rude coup à l'univers de la faïence quimpéroise, frappé de plein fouet par la concurrence des produits bon marché. Plusieurs entreprises doivent déposer le bilan au cours des Trente Glorieuses, qui semblent inaugurer le purgatoire de l'artisanat. En 1968, HB rachète Henriot, au bord de la faillite. Le répit sera d'assez courte durée car, en 1983, elle n'évite malheureusement pas le dépôt de bilan. Le repreneur, Paul Janssens, un riche américain d'origine néerlandaise qui commercialise déjà le " Quimper " aux États-Unis depuis des années, entend restaurer une image de qualité de la faïence entièrement peinte à la main par des ouvriers qui tiennent plus de l'artisan et de l'artiste que du simple exécutant. Décidant de vendre ses pièces dans un circuit de magasins spécialisés haut de gamme, il permet à l'entreprise tricentenaire de redresser la barre et de passer d'une cinquantaine de salariés en 1984 à 130 dix ans plus tard. En septembre 2003, l'entreprise est rachetée par le Breton Pierre Chiron, qui la ramène ainsi dans le giron régional.

Mais les temps changent et le marché étasunien se trouve d'autres centres d'intérêt. Dans l'hexagone, les goûts évoluent également, tout comme les porte-monnaie. Les services de table décorés à la main par les peintres des bords de l'Odet ne trouvent plus guère de place dans les corbeilles de mariages... C'est pourquoi aujourd'hui, avec un effectif de 51 personnes, l'entreprise délaisse peu à peu ce qui, hier, fit sa renommée : les arts de la table. Fini les assiettes glazik à dominante bleu et crème, fini aussi les grandes soupières familiales signées et peintes à la main. Place à une toute nouvelle gamme d'objets : des bijoux en faïence, des coeurs et des petits bateaux, ainsi que des lampes élégamment décorées. Et retour en force du célébrissime bol à oreilles et prénom, qui s'est offert une cure de jouvence en gris très chic  ! Si l'on a cru cette belle entreprise du patrimoine breton une nouvelle fois menacée en 2011, c'était sans compter sur son rachat par Jean-Pierre Le Goff, qui a de beaux projets. Tout n'est pas finit pour la faïence !

Les bijoux. La plupart des bijouteries de Bretagne proposent un choix plus ou moins important de bijoux bretons, généralement en argent massif, parfois en or. Les thèmes bretons et celtiques côtoient des inspirations plus abstraites. On ne peut, en vérité, parler de tradition séculaire de la joaillerie en Bretagne. Le phénomène en tant que style est bien plus récent. Sans doute est-il né avec la marque Kelt, qui, en 1935, décida de développer une gamme de bijoux d'inspiration artistique bretonne, avec l'aide d'artistes tels que René-Yves Creston et Pierre Peron, membres du mouvement Seiz Breur.

Musique – Danses

Si la Bretagne est un pays de musique et de danse, le Kreiz Breizh, appellation donnée à son centre et plus précisément à la région de Carhaix, fait tout particulièrement honneur à ce duo. C'est en effet dans le Poher que se situe le berceau de la danse chantée, le kan an diskan (chant et contre-chant, en breton). Et ce n'est pas un hasard si Carhaix est devenu le symbole de cette Bretagne festive, le lieu incontournable d'un festival tout aussi incontournable...

Les bombardes et binious ne sont toutefois pas plus autochtones que la harpe. Les Bretons se sont en effet appropriés ces instruments empruntés à des contrées lointaines : vraisemblablement à la Mésopotamie pour la harpe, au bassin méditerranéen pour le biniou et au Moyen Orient pour la bombarde. Et c'est le couple bombarde-biniou (biniaouer-talabarder, en breton) qui est devenu emblématique de la musique bretonne et même, dans une certaine mesure, de la Bretagne  ! Un troisième instrument s'ajoute à ce duo vedette : le tambour. C'est avec ce dernier que fut formé " l'Orchestre National Breton ", nommé ainsi par Alexandre Bouët dans sa Galerie Bretonne, puis adoubé par Roland Becker. Des instruments " nouveaux " font au fil du temps leur apparition dans toute la Bretagne, comme l'accordéon, surnommé boest an diaoul (la boîte du diable), et la clarinette, dite treujenn gaol (tronc de choux). Malgré l'intrusion intempestive de ces instruments, auxquels on peut rajouter le violon et la veuze, le couple biniaouer-talabarder se maintient jusqu'à la Première Guerre mondiale. De nouveaux concurrents comme le saxophone, avec l'arrivée du jazz, viennent, durant l'entre-deux guerres, lui porter un coup très rude. Nombre de sonneurs traditionnels rangent alors bombardes et binious.

Les bagadoù. Paradoxalement, c'est de la capitale que vient le renouveau. Et plus précisément du milieu des Bretons de Paris. En 1932, Hervé Le Menn, Dorig Le Voyer et Robert Audic créent, dans l'exil, le Kenvreuriezh ar Viniaouerien (la Confrérie des joueurs de biniou), qui pose les premières bases de cette renaissance. Mais c'est la création par Polig Montjarret, Robert Marie et Dorig Le Voyer de la Bodageg ar Sonerien, en mai 1943 à Rennes, qui est le moteur principal de la formidable résurrection qui s'opère dans les décennies suivantes. Assurément, ce sont les bagadoù qui ont popularisé la musique bretonne à travers le monde ! Au singulier bagad, le mot a pour racine bag qui, en breton, désigne le bateau. Littéralement, bagadoù désignerait donc une batelée de musiciens. La parenté des bagadoù bretons avec les pipe-bands écossais est des plus évidentes. Cependant, la cornemuse écossaise ne s'implante dans notre région qu'à partir du début du XXe siècle, remplaçant progressivement, mais pas totalement, le vieux biniou breton. Le premier bagad est créé en 1949 par les cheminots de Carhaix. Le succès est immédiat et, après Carhaix, Quimperlé et Rostrenen se dotent à leur tour de bagadoù. Comme les pipe-bands, ils comportent un pupitre de cornemuses écossaises, un pupitre de caisses claires, écossaises, une grosse caisse ainsi qu'un pupitre de bombardes bretonnes. Cette forme instrumentale est depuis considérée comme la forme traditionnelle du bagad, ce qui fait d'ailleurs débat : une forme instrumentale de cinquante ans peut-elle être considérée comme traditionnelle ? La forme originale du bagad a été plus ou moins modifiée selon les bagadoù  : la majorité de ceux-ci possèdent maintenant des toms, une ou plusieurs lombardes ou trombardes, et certains utilisent même djembés et congas, tandis que d'autres n'hésitent pas à employer synthétiseurs et guitares électriques ! Plusieurs ensembles se sont également associés à des formations de jazz voire de rock et à des ensemble de percussions africaines. Ainsi, le compositeur Didier Ropers a même signé une oeuvre concertante pour bagad et orchestre symphonique. Le répertoire s'est lui aussi élargi au point que, dans certains bagadoù, les airs traditionnels bretons ne servent parfois que de support ou sont délaissés au profit de compositions contemporaines.

Le phénomène fest-noz. Littéralement, fest-noz signifie la fête de nuit. Une fête, oui, et quelle fête ! Communautaire en diable, le fest-noz s'est élevé en quelque quarante ans au rang des véritables institutions de Bretagne. Au point qu'il vient supplanter, dans bon nombre de terroirs de Bretagne, les discothèques ! Des danses claniques, associées à chaque terroir : l'an-dro ou l'hanter-dro chez les Vannetais, la gavotte à la montagne, la dañs fisel ou la dañs plin dans le secteur de Bourbriac. Ici, on se tient fermement par le bras ou par la main, pour des chaînes qui n'ont ni début ni fin mais où tout un peuple se retrouve soudé. La danse des Sioux ou des Arapahos  ? Il y a de cela, tant la transe semble parfois au bout de la danse... Le fest-noz est ainsi une tradition immémoriale en Bretagne.

Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, c'était une fête occasionnelle, spontanée, privée et plutôt liée au monde rural. C'est vers la fin des années cinquante que Loeiz Ropars et ses amis du cercle celtique Mesaerien Poullaouen inventent le fest-noz " mod nevez ", qui se déroule en salle et où les chanteurs se retrouvent sur scène équipés d'un micro. Le succès est immédiat ! On peut même dire fulgurant. Adaptée à l'évolution de la société bretonne, la formule se répand comme une traînée de poudre. Expérimenté à Paris en avril 1957, puis à Poullaouen en décembre de la même année, le fest-noz " mod nevez " est exporté dès 1958 dans les Côtes d'Armor, à Saint-Servais, où les frères Morvan, de Saint-Nicodème, entament une carrière prestigieuse. En 1959, les soeurs Goadec montent pour la première fois sur les planches à Châteauneuf-du-Faou, où elles subjuguent danseurs et auditoire. " Partis du Kreiz Kerné (centre Cornouaille), les festoù-noz gagnent toute la Bretagne ", titre Le Télégramme dans son édition du 14 mars 1961. Le fest-noz devient en effet très vite le partenaire obligé de tout festival qui se respecte. Et si, durant les seventies, le fest-noz a des allures souvent militantes, ce n'est plus le cas de nos jours. Définitivement passé dans les moeurs, il draine désormais des milliers de garçons et de filles qui n'ont d'autre objectif que de s'amuser et de se défouler au son des bombardes et des binious, de la vieille, de l'accordéon, du violon et même de la harpe  ! Pour découvrir cette fête traditionnelle bretonne, ne manquez pas Le Printemps de Châteauneuf à Pâques, La Nuit de la Gavotte à Poullaouën en septembre ou encore La fête des bruyères dans le Cap-Sizun, le deuxième week-end d'août depuis 1961 !

Coiffes et costumes

Les costumes permettent d'identifier les Bretons aussi sûrement que la musique et la langue. Ces fameux costumes bretons remontent au XVIe siècle. Quel pays d'Europe peut s'enorgueillir d'une telle diversité de coupes, de couleurs, d'étoffes, d'une telle abondance de décors et de motifs  ? Quant aux coiffes, elles semblent immortaliser les Bretonnes comme s'il s'agissait d'images pieuses, fixées pour l'éternité sur des milliers de boîtes de galettes. Au risque de décevoir, la coiffe a pourtant aujourd'hui quasiment disparue. Portée encore largement dans les années 1970, elle se réduit de nos jours à quelques isolats finistériens, comme la presqu'île de Plougastel et le Pays Bigouden, où quelques mam-goz (grands-mères) font de la résistance. Depuis des années, c'est en effet dans les archives que doivent puiser les costumières des cercles celtiques pour récréer des costumes tel que l'on peut les voir au Musée Départemental Breton de Quimper. Le pluriel est de mise car il n'y a guère ici de costume " régional ". Chaque mode vestimentaire obéit à des lois rigoureuses et correspond à un territoire bien délimité, à un " clan ".

Au féminin. A Quimper, la robe est très ajustée avec une collerette droite et une coiffe en forme de pyramide tronquée, la borledenn. A Pont-Aven, le costume, qui est aussi porté dans tout le sud-est de la Cornouaille, de Fouesnant à Quimperlé et de Pont-Aven au Faouët, est absolument somptueux. La robe est longue avec de larges manches de velours brodé, la collerette tuyautée est très ample et la coiffe est dotée d'anses de dentelles d'où jaillissent des rubans de soie claire. Sur l'île de Sein, les femmes sont toutes de noir vêtues : tablier, robe, châle, de même que leur coiffe aux larges rubans qui pendent dans le dos. Dans le sud des Monts d'Arrée et dans la région de Châteaulin, la coiffe se réduit à un fin lacet en forme de huit, alors que dans la presqu'île de Plougastel, microcosme où l'esprit de clan est resté vivace, les costumes suivent les saisons et les circonstances : robe noire, tablier rayé et fichu à pois blancs pour les jeunes filles mais bleu quadrillé de blanc pour les femmes mariées, voilà pour la semaine ; pour les jours de fêtes, c'est jupe violette, tablier en soie bleu pâle, verte ou gorge de pigeon, corsage vert à manches retroussées et corselet bleu et orange. La coiffe, qui est toute blanche, est composée de trois coiffes superposées, celle du dessous étant richement brodée. Dans le Poher, les femmes portent le corledenn, un bonnet de résille porté sur l'arrière de la tête. Les jours de fête, les jeunes filles arborent fièrement une sorte de hennin pointu. Dans le Léon, les femmes portent de longues robes aux teintes douces et d'immenses châles de soie. Robes et châles qui sont particulièrement somptueux dans le Pays Pagan, de l'Aber Wrac'h à Goulven. Quant à la coiffe, ou cornette, elle consiste en un grand hennin de dentelle. Et puis il y a aussi le pays bigouden. Le pays bigouden et sa fameuse coiffe en pain de sucre, qui demande pour sa fixation d'utiliser une technique éprouvée ! Le costume bigouden est sans doute l'un des plus étranges : jupe courte et corsage dégageant bien le cou, avec des ornementations brodées en jaune, orange et rouge, en des motifs géométriques, des cercles et des spirales évoquant des gravures que l'on peut retrouver sur d'anciens monuments mégalithiques ou sur des objets d'orfèvrerie celtiques.

Au masculin. Les costumes d'hommes ne font pas office, et loin s'en faut, de parents pauvres en matière de variété. En principe, l'habillement comporte un gilet croisé, le jiletenn, et une veste droite non boutonnée, la chupenn. Si autrefois le bragou braz (pantalon bouffant) en tissu plissé était de mise, il fut, en grande partie, supplanté par le costume noir. Mais dans le pays Glazik, la région de Quimper, le gilet et la veste sont bleus. Sur la presqu'île de Plougastel, la chupenn est bleue pour les hommes mariés et violette pour les jeunes gens. Les gilets sont généralement brodés, particulièrement en pays bigouden, mais ils peuvent aussi être plutôt austères, comme dans le Léon (pourpoint noir, plastron empesé, turban bleu nuit à carreaux). Et les chapeaux  ? Et bien contrairement à ce qu'affirme la chanson paillarde " Les Bretons ", ces derniers, en dehors de quelques terroirs limités, ne portent pas des chapeaux ronds mais des feutres de formes fort diverses car, bien entendu, chaque " clan " a le sien ! Ces chapeaux sont pour la plupart ornés de rubans de velours - les guildes, d'où l'expression " chapeaux à guildes " - qui retombent dans le dos.

Armor-Lux ou le succès du tricot rayé…

C'est dans le décret du 27 mars 1858 que se situe l'acte de naissance de la marinière. C'est à cette date que le tricot rayé bleu et blanc fit son entrée officielle dans la liste des tenues de matelots de la marine, les marins ayant pour coutume de dire que la rayure permettait de mieux repérer l'homme tombé à la mer. L'entreprise Armor-Lux en a fait un incontournable de la mode et lui a consacré, lors de ses 70 ans d'existence en 2008, un livre retraçant son histoire, "  Eloge de la marinière  ", aux éditions Palantines. La marinière rayée 100 % coton d'Armor-Lux reste ainsi tendance année après année, dans des coloris allant du pudique bleu marine au jaune, vert ou rose fluo... Un classique indémodable et régulièrement réactualisé !

... et du pull marin

C'est en Bretagne que le chandail marin trouverait ses origines. A la fin des années 50, s'appuyant sur l'engouement de la France pour la Bretagne et la mer, Armor-Lux lança sa ligne marinière avec son pull marin. C'est le grand succès jusqu'à la fin des années 70. Il s'en vend alors plus de 200 000 chaque année, notamment au Japon, aux États-Unis et au Canada. A la même période, ce vêtement sera adopté par les officiers de surface avant de devenir la tenue de travail des marins.

Sports et jeux traditionnels

Le Gouren, qui désigne la lutte bretonne, est certainement le plus connu des sports bretons. Originaire des pays celtiques, le Gouren fut longtemps un exercice très prisé des guerriers bretons. De cette époque, il a d'ailleurs gardé l'esprit chevaleresque qu'on retrouve aujourd'hui dans le serment prêté par les lutteurs avant chaque compétition. Contrairement à la lutte gréco-romaine, la lutte bretonne se pratique toujours debout, le but étant de déséquilibrer l'adversaire. Les lutteurs portent une ample et forte chemise de toile serrée à la ceinture. Toute déloyauté et tout coup bas sont rigoureusement interdits. La victoire (lamm) peut être obtenue aux points ou par la chute de l'un des deux adversaires. Aujourd'hui, les jeunes dès 6 ans peuvent pratiquer ce sport. Un championnat national se dispute chaque année, tandis qu'une rencontre internationale réunit une dizaine de nations d'Europe et même d'Afrique. A préciser que le Gouren est avant tout un sport de combat non violent et respectueux de l'adversaire.

Côté jeux, il est difficile de tous les nommer tant ils sont nombreux et attachés à des territoires. Lors de vos visites touristiques, vous en retrouverez certains qui se sont étendus à toute la Bretagne, tels que le palet, la boule bretonne ou encore le jeu de quilles.

Serment du Gouren

M'hen tou da c'houren gant lealded

Je jure de lutter en toute loyauté

Hep trubarderez na taol fall ebet

Sans traîtrise et sans brutalité

Evit ma enor ha hini ma bro

Pour mon honneur et celui de mon pays

E testeni eus ma gwiriegez

En témoignage de ma sincérité

Hag evit heul kiz vad ma zud koz

Et pour suivre la coutume de mes ancêtres

Kinnig a ran d'am c'henvreur ma dorn ha ma jod

Je tends à mon adversaire ma main et ma joue.

Adresses Futées du Finistère

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