Guide du Finistère : Histoire

Préhistoire

Vous avez peut-être entendu dire que le Finistère était à l'aube de l'humanité, mais ne vous y fiez pas, il n'existait pas encore aux environs de moins 10 000 ans avant notre ère... En tout cas en tant que tel. Les origines du Finistère ne sont donc pas à prendre au pied de la lettre. Mais cette terre occidentale, elle, respirait bel et bien. Et le Finistérien aussi  ! Un Finistérien qui, dans l'anse de Bertheaume, entre Brest et le Conquet, passait une partie de son temps à tailler des silex. Mais sans aucun doute pratiquait-il également d'autres activités nécessaires à la survie de l'espèce : la chasse, la cueillette, voire la pêche. Peut-être lassé de ces activités bucoliques, notre Finistérien se prit un jour à voir les choses en grand et se mit alors à lever des pierres, comme celles de Kerloas à Plouarzel ou de l'île de Gaignoc près de Landéda. Bien des siècles plus tard, des savants celtisants, mais néanmoins parisiens, les nommèrent men-hir ou dol-men pour la postérité. Vers la même époque, d'autres bâtisseurs d'éternité se lancèrent, à Plouezoch et à Barnenez, dans la construction d'extraordinaires tumulus . C'était sans doute quelque chose comme 4 500 ans avant notre ère  ! Et c'est à peu près à 1 500 ans de là que l'on situe l'apparition d'un homme nouveau dans les steppes d'Asie centrale. Un cavalier nomade vivant en tribues, elles-mêmes élevant des bovins, des ovins et, bien entendu, des chevaux. Ces tribus connaissent l'or, l'argent et le bronze. C'est vraisemblablement à partir du deuxième millénaire avant notre ère que ces Indo-européens (ces Celtes puisque c'est bien d'eux dont il s'agit) vinrent par vagues successives se répandre dans toute l'Europe. Europe qui tout autant que le Finistère ignore tout de son nom actuel  ! Histoire complexe, c'est vers moins 800 que les historiens estiment l'arrivée en Armorique de ces Celtes d'Europe centrale. Peu à peu, ces Celtes armoricains, appelés les Osismes, occupèrent l'essentiel du territoire de ce Finistère en devenir. Et c'est Vorgium (aujourd'hui Carhaix), qui devint capitale du pays des Osismes.

Antiquité
<p>Le dolmen de la chapelle de Kérinec fait la fierté de Poullan-sur-Mer.</p>

Le dolmen de la chapelle de Kérinec fait la fierté de Poullan-sur-Mer.

Carhaix, que l'on nommait donc Vorgium, était une grosse citée de 150 hectares certainement aussi peuplée durant l'Antiquité que de nos jours. Sa situation, qui la plaçait en effet au centre d'un réseau routier reliant Morlaix, Landerneau, Quimper ou encore Rennes, la rendait attractive. L'architecture de la ville aurait été essentiellement romaine : s'il en reste peu de chose, on peut toutefois admirer les vestiges du grand aqueduc qui alimentait la ville en eau.

Malgré tout, l'essentiel de la population du Finistère celto-romain vivait en dehors des villes, dans des habitations assez rudimentaires, faites de bois et de chaume, avec souvent une mare à proximité qui faisait office de point d'eau. Si le Centre Finistère (à l'exclusion de Carhaix) paraissait alors délaissé, les bords de l'Odet, le Cap Sizun, le Léon et le Pays Bigouden semblent, quant à eux, avoir été des territoires à forte concentration humaine.

Moyen-âge

L'Armorique bretonne. Les Bretons insulaires (venant de l'actuelle Grande-Bretagne) commencèrent à s'installer en Armorique (Bretagne continentale) à partir du IIIe siècle. Vinrent-ils dans des auges de pierre comme le veut la légende  ? Sans doute pas. Mais il y a tout de même du vrai dans cette histoire : les Bretons venus d'Outre-Manche traversèrent en effet la mer dans de frêles barques faites de peaux tendues sur une armature de lattes et lestées d'une grosse pierre pour tenir la mer. Ils arrivèrent, pour certains christianisés, sur une terre alors dévastée qu'ils appelèrent d'abord Letavia (profond et large) puis Breizh (bigarrée). Les Bretons d'Outre-Manche s'employèrent à évangéliser leurs cousins continentaux et menèrent d'âpres luttes contre les druidesses et les druides. Ils s'organisèrent alors sous forme de clans et, si l'on en croit les chroniqueurs Francs de l'époque, ces Bretons étaient terribles, particulièrement redoutables, belliqueux et querelleurs...

Royaume et Duché de Bretagne. Des décennies de lutte perdurèrent jusqu'au Ve siècle, lorsque la péninsule armoricaine reconnut la suzeraineté du roi franc Chlodovech, plus connu sous le nom de Clovis ! Cette suzeraineté était purement théorique, les royaumes bretons conservant leurs souverains et surtout une totale indépendance. En 558, peu après la mort de Clovis, les guerres reprirent de plus belle entre Francs et Bretons. Et deux siècles plus tard, l'empire de Charlemagne s'arrêtait toujours aux marches de la Bretagne. C'est Louis le Débonnaire, l'un des fils de l'empereur à la barbe fleurie, qui apporta la paix en nommant un prince breton, Nevenoe (Nominoë, en français), à la tête de la Bretagne. Mais à la mort de Louis le Débonnaire, Nevenoe souleva la Bretagne. En 845, il remporta la bataille décisive de Ballon contre Charles le Chauve et la Bretagne devint indépendante.

Après une longue période d'accalmie, les grandes familles commencèrent à s'affronter pour le contrôle du territoire breton. Les invasions normandes s'enchaînèrent alors, dévastatrices, profitant de la situation. C'est à l'issu de ces conflits que le royaume devint un duché, au Xe siècle. Au milieu du XIIe siècle, le titre ducal fut revendiqué par deux candidats et le duché devint un véritable enjeu géostratégique pour les deux grandes puissances qu'étaient la France et l'Angleterre. C'est ainsi que Jean de Montfort, soutenu par les Anglais, affronta Charles de Blois, favori du Roi de France, pendant ce que l'on appelle la guerre de Succession, qui débuta en 1341. Quimperlé, Quimper et Carhaix furent alors le théâtre de terribles affrontements entre les deux partis. C'est finalement Jean de Montfort qui devint duc de Bretagne, sous le nom de Jean IV. Les morts se comptèrent par milliers et les destructions furent phénoménales. Quant à l'économie, elle en sortit exsangue.

De la Renaissance à la Révolution

Au XVe siècle, la Bretagne, marquée par les affrontements, se reconstruisit : l'administration se mit en place sur le territoire et les échanges maritimes se développèrent. L'indépendance de la Bretagne s'acheva à la fin du XVe siècle, avec le mariage d'Anne de Bretagne et de Charles VIII, qui amorça le rapprochement entre le Royaume de France et le Duché de Bretagne. C'est en 1532 que l'union entre les deux fut réellement proclamée. La Bretagne garda toutefois une grande autonomie, renforcée par la méfiance qu'elle inspirait. Epidémies, disettes et révoltes prirent en effet, sur cette terre étrange, avec ses coutumes tout aussi particulières, une teinte unique presque effrayante pour qui s'y intéressait. Certains virent en ces Bretons des êtres rudes et grossiers, parlant un langage insolite et énigmatique. Madame de Sévigné, qui s'égara un temps sous nos climats, affirma d'ailleurs que les habitants de ces terres étaient " absolument distincts des Français ". De nombreuses insurrections éclatèrent durant cette période en Bretagne, qui paya de nouveau un lourd tribut : clochers rasés en Pays Bigouden, répressions en Centre Finistère, etc. Les habitants ne s'associèrent au reste de la France qu'au moment de la Révolution, à Paris, en juillet 1789. Les députés bretons du Tiers État, enthousiastes, y participèrent en effet avec des milices de Brest, Quimper et Pont-L'Abbé. Le département du Finistère naquit dans la foulée, en 1790. Mais cette fragile association fut de courte durée : l'abolition des privilèges de la Bretagne, la Terreur et les questions religieuses réactivèrent la fracture.

De la Révolution au XXIe siècle

Grâce aux progrès de l'instruction publique, la Bretagne perdit un peu de sa spécificité. Mais cette terre étant une vieille rebelle, des résistances culturelles apparurent, dans la foulée de Chateaubriand, du romantisme et du mouvement des nationalités. En 1807, le grammairien Le Gonidec publia sa Grammaire Celto-Bretonne, dans laquelle il rénovait l'orthographe de la langue et, en 1837, sortit son Dictionnaire Français-Breton. La même année, un instituteur de Saint-Renan fut condamné à une forte amende pour avoir enseigné le breton à ses élèves. En 1839, le Barzaz Breiz, recueil de chants populaires bretons écrits par Théodore Hersart de La Villemarqué, fit sensation au-delà des frontières françaises : George Sand résuma d'ailleurs l'un d'eux, Le Tribut de Nominoë, en ces termes : " C'est un poème de 140 vers, plus grand que l'Iliade, plus beau, plus parfait qu'aucun chef-d'oeuvre sorti de l'esprit humain (...). En vérité, aucun de ceux qui tiennent une plume ne devrait rencontrer un Breton sans lui ôter son chapeau ". Si la Bretagne sortit de son isolement géographique, avec l'ouverture de la ligne de chemin de fer Paris-Brest, inaugurée en 1865, elle n'en demeura pas moins " à part ".

Lorsque l'empire de Napoléon III s'acheva à la bataille de Sedan, en 1870, lors de la guerre franco-prussienne, le nouveau gouvernement décida de continuer la guerre et de lever de nouvelles armées. Le Finistérien de Keratry fut nommé au commandement de l'Armée de Bretagne et fit construire le camp de Conlie, où les soldats furent installés. Ils vécurent dans des conditions effroyables, durent faire face aux maladies et aux pénuries. Ce sont des soldats affaiblis et sans armes ou presque qui se battirent pour Gambetta, alors ministre de la guerre. De Keratry finira par démissionner, persuadé comme beaucoup qu'ils furent sacrifiés car Bretons. Des années plus tard, en août 1914, les Finistériens, résignés, ne partirent pas la fleur au fusil vers les frontières de l'est de la France. Trente mille n'en revinrent pas et les invalides se comptèrent pas milliers. D'aucuns furent particulièrement cyniques, comme ce général Nivelle de triste mémoire qui, après une énième offensive malheureuse, n'hésita pas à clamer dans toutes les tranchées " Bon sang, ce que j'ai pu en consommer des Bretons aujourd'hui. " Tout commentaire paraît inutile  !

La période de l'entre-deux guerres apporta à la Bretagne l'électricité, qui se généralisa dans les villes, et la voiture automobile, qui occupa le macadam des mêmes citées. Douarnenez élut Sébastien Velly maire en 1921 et devint, de fait, l'une des premières municipalités communistes de l'hexagone. Le Finistère tourna toutefois le dos au Front Populaire en 1936. Pendant la guerre 1939-1945, certains Bretons collaborèrent tandis que d'autres résistèrent et, lors de la libération, la Bretagne s'entredéchira. Brest, fortement endommagée par les bombardements anglo-américains, fut une deuxième fois transformée grâce au talent et au savoir-faire de l'urbaniste Jean-Baptiste Mathon. Après la guerre, la langue et la culture bretonnes connurent un renouveau : bagadoù, fest-noz, reconnaissance internationale de la musique bretonne et, en 1977, ouverture de l'école Diwan (le germe, en breton), première école maternelle en langue bretonne, à Lampaul-Ploudalmézeau. Tous ces événements insufflèrent une énergie nouvelle à une culture millénaire.

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