Guide du Finistère : Nature

Géographie

"  En Bretagne, il y a presque tout  : des courants, des cailloux, des marées, des grands phénomènes météo transatlantiques qui finissent leur course sur notre tronche...  ", Yann Eliès (Bretons, octobre 2009).

Penn ar Bed, tête du monde disent les Bretons, Finistère, fin de terre répondent les Français... Deux visions, deux approches pour cette terre, mariage de mer et de granite, qui constitue l'extrémité occidentale du massif armoricain, immense chaîne montagneuse née du plissement hercynien de l'ère primaire et façonnée par deux cents millions d'années d'érosion. Et même si la lande fleurie reste, avec les rochers battus par la tempête, l'emblème d'une Bretagne sauvage, le Finistère recèle de panoramas méconnus, des îles aux marais, en passant par les falaises et les tourbières. La multitude de sites offre une mosaïque de milieux riches en faune et en flore, à découvrir en toute saison.

S'étendant sur 6 733 kilomètres carrés, le Finistère est le plus maritime des départements hexagonaux, avec 1 200 kilomètres de côtes, soit le quart du littoral français métropolitain. Bordé au nord par la Manche, à l'ouest par la mer d'Iroise et au sud par l'océan Atlantique, au coeur de cette mer épicontinentale de 3 550 kilomètres carrées s'étendant de l'île d'Ouessant à l'île de Sein, le jeu des marées, modifié par le relief sous-marin et la configuration de la côte, entraîne la formation de courants multiples qui sont parmi les plus violents d'Europe. Le long de ces côtes se croisent quotidiennement plus d'une centaine de supertankers aux panses remplies d'hydrocarbures. Le rail d'Ouessant, mis sur pied après le naufrage de l'Amoco Cadiz, en 1978, et sur lequel veille l'oeil cyclopéen du phare du Créac'h, rappelle que le Finistère est toujours aux premières loges en cas de catastrophe écologique. Plus douces, qu'on les nomme abers ou rias, des vallées vivent également au rythme des marées, mêlant eau salée et eau douce et offrant refuge à un grand nombre d'animaux et de plantes. Cordons de galets, dunes, plages, chaos rocheux, rivières, landes et bois, en Finistère les paysages ont du caractère  !

Climat
<p>Audierne.</p>

Audierne.

Températures moyennes : la température minimale moyenne est de 8,4 °C à Quimper et de 8, 3 °C à Brest. La température maximale moyenne est de 14,8 °C à Brest contre 15,3 °C à Quimper.

Ensoleillement : on compte environ 1 904 heures d'ensoleillement par an à Quimper et 1 699 heures à Brest.

Précipitations : on observe 149 jours de précipitations par an à Quimper et 156 à Brest.

Phénomènes naturels : le risque naturel le plus fréquent à Quimper est celui de l'inondation. Ces montées d'eau sont dues aux crues de l'Odet et du Steïr. A Brest, certains quartiers sont davantage exposés aux inondations du fait de leur situation (notamment Kerinou).

Relief
Cours d'eau

L'Aulne : 144 kilomètres, de Lohuec dans les monts d'Arrée à la rade de Brest.

L'Odet : 63 kilomètres, des montagnes Noires à l'océan Atlantique.

L'Elorn : 56 kilomètres, des monts d'Arrée à la rade de Brest.

 

Vallées

Le bassin de Châteaulin est encastré entre le massif montagneux de l'Arrée et les montagnes Noires, pays enclavé, pays de légendes, pays unique et divers à la fois, qui se décline en terroir que d'aucuns nommeraient clan  : Dardoup, Fañch ou Bidart. Les abers (ou rias) constituent sans conteste des particularités remarquables. Souvent comparés aux fjords norvégiens, ces estuaires vivent au rythme des marées et sont baignés par un mélange d'eau douce et d'eau salée. Les plus renommés sont l'aber Wrac'h, l'aber Benoît et l'aber Ildut (au nord), ainsi que l'Aven, le Bélon et l'estuaire de l'Odet (au sud).

 

Plateaux

Au nord, on retrouve les terres prospères du Léon, largement échancrées d'abers, qui opposent leur calme intérieur à la violence de l'Océan. Ici se trouve la ceinture dorée, où, du temps des légendes, les habitants du pays Pagan (ouest du pays Léonard) allumaient des feux sur le littoral afin d'attirer les navires croisant au large. Le butin qu'ils en tiraient alors leur permettait de survivre dans les périodes difficiles. La légende dit également qu'ils bénéficiaient de l'indulgence des moines de Saint-Mathieu, à la condition toutefois d'un versement de dix pour cent du butin  !

Au Sud, c'est la Cornouaille. Il s'agit d'une région côtière plate où la houle vient se briser sur un cordon de galets, qui remplissent ici le rôle d'une digue de polder. Cette région, parfois inondée en hiver, se donne sans le vouloir des airs de Pays-Bas.

 

Sommets

Dans les Monts d'Arrée, dont le paysage ressemble fort à celui de l'Irlande ou du Pays de Galles, plusieurs sommets balayés par les vents de gwalarn (nord-ouest en breton) se démarquent  : le Roc'h Ruz, haut de 385 mètres et considéré comme le point culminant de la Bretagne, le Roc'h Trevezel et le Menez Kador, tous deux mesurant 384 mètres, ou encore le Menez Sant Mikael, avec ses 380 mètres. Dans les Montagnes noires, le Roc'h Toullaëron culmine à 318 mètres. Quant au célèbre Menez Hom, haut de 330 mètres, il domine la presqu'île de Crozon. Depuis son sommet, la vue sur la baie de Douarnenez et les méandres de l'Aulne est absolument superbe. Seuls quelques maigres ajoncs, de rares bruyères ou des arbres épars résistent ici à la violence du vent. C'est sur cette terre aride et austère que les anciens Celtes ont établi un sanctuaire à leur déesse mère Brigantia (Brigitte). Le Menez Hom, une montagne magique à la résonance divine qui n'est jamais aussi magnétique qu'aux heures extrêmes de la journée ! Autrefois, toutes ces collines, ces monts et ces tertres étaient de fiers sommets dont il ne reste aujourd'hui que les racines. Mais quelles racines  ! Tous ensemble, ils forment l'impressionnante montagne d'Arrée, paysage rude et désolé mais d'une émouvante beauté brute, une image de la Bretagne d'il y a deux siècles. Voilà le centre Bretagne, très dissemblable des pays de la mer.

 

Forêts et bois

Aujourd'hui, la Bretagne est le pays le moins boisé de l'hexagone, avec seulement 9,8% du territoire contre une moyenne française de 23 %. Chênes et hêtres étaient et sont encore les essences primitives de la forêt bretonne. Le chêne y est roi, avec près de 40 % des surfaces. Quant au hêtre, il a beaucoup souffert de l'ouragan de 1987 et ne représente plus que 4 %. Mais avant que le remembrement n'ait abattu quelques milliers de kilomètres de talus boisés, le bocage breton s'étendait sur tout le pays telle une véritable forêt. L'aspect du pays a bien changé sous l'ancien Régime, avec la destruction des chênes de l'Arrée pour fournir du bois aux constructions navales de Brest. Hêtres et chênes furent en effet longtemps utilisés par les charpentiers de la Marine pour construire ces grands coureurs d'océans qui s'en allaient à l'autre bout de la terre. Il fallait ainsi 2 000 chênes centenaires pour construire un vaisseau de haut bord de 74 canons  ! Imaginez que le seul arsenal de Brest en a construit cent cinquante à compter de 1750 et jusqu'à la généralisation de la construction navale en fer ! Les différentes forêts du Finistère se nomment Fréau, aux confins des Côtes d'Armor, Huelgoat ou encore Cranou, à deux pas de la presqu'île de Crozon. Ces trois forêts sont les vestiges enchanteurs de l'immémoriale et mythique forêt de Brocéliande. Trois forêts qui sont depuis des millénaires au centre de légendes, de croyances, de rites et de pratiques culturelles. Trois forêts à arpenter, à observer et à respirer...

 

Landes et tourbières

Près de dix mille hectares de landes et de tourbières s'étirent au coeur du Finistère et cohabitent dans certains sites tels que les Monts d'Arrée. Mais lorsque la tourbière n'est plus active, elle évolue vers une lande. Deux écosystèmes sont ainsi en équilibre, bonheur pour l'âme, trésor pour la mémoire collective et plaisir des yeux.

Landes. Les landes de Bretagne, et encore plus celles du Finistère, sont emblématique de ce début de monde ! On en trouve effectivement partout, notamment dans les monts d'Arrée (sur 10 000 hectares). Mais il est bon d'aller découvrir les landes du Cragou, situées près du cloître Saint-Thégonnec, ou celles du cap Sizun, sur la presqu'île de Crozon. Sans oublier les étendues d'ajoncs et de bruyère des montagnes Noires et de l'île d'Ouessant. Les landes constituent ainsi un véritable patrimoine biologique, abritant une faune et une flore d'une grande diversité. Elles offrent une large variété malgré une végétation rase pouvant laisser croire à une certaine monotonie. Mais il faut ici distinguer les landes littorales des landes intérieures, ces dernières variant au gré de l'humidité du sol. Sur les landes d'hier, chacun pouvait prélever de la litière ou faire paître son bétail. Mais avec le temps, les landes furent peu à peu délaissées. Et auraient certainement disparu sans l'intervention de la Société pour l'Etude et la Protection de la Nature en Bretagne, créée par des passionnés voulant défendre leur patrimoine naturel. Devenue Bretagne vivante, l'association est aujourd'hui une force vive du territoire breton, contribuant à de nombreux projets visant à faire découvrir la richesse de la nature qui nous entoure et à promouvoir sa protection.

Tourbières. Que ce soit dans le Léon ou en Cornouaille, les tourbières sont nombreuses. Mais c'est le Yeun Elez (Marais de l'Enfer en breton), dans les Monts d'Arrée, qui recèle aujourd'hui la tourbière la plus importante de Bretagne, avec 2000 hectares de marais. Une dépression constituée de tourbe noire et spongieuse, entourée de monts édentés noyés dans la brume, qui fut le berceau de nombreuses légendes ! Dans le centre Finistère, principalement, certaines tourbières furent exploitées de façon très artisanale jusqu'à la fin du dernier conflit mondial. Elles fournissaient alors un combustible assez pauvre mais très odoriférant. Dans de Léon, la tourbière de Langazel, à Trémaouézan, fut quant à elle exploitée de manière industrielle de 1941 à 1945. Les scientifiques affirment qu'elle serait la plus ancienne de Bretagne (plus de 10 000 ans). Cette tourbière est aujourd'hui protégée et gérée par l'association Langazel, qui s'engage également dans l'éducation au respect de l'environnement, via diverses animations et randonnées naturalistes.

Drummond Castle et Amoco Cadiz

Lorsque l'on parle de naufrages en Finistère, deux noms s'imposent rapidement. Deux noms tristement célèbres, inscrits dans la mémoire de ce pays : le Drummond Castle et l'Amoco Cadiz. C'est en 1896 que le premier, gros paquebot britannique, s'éventra une nuit sur un récif au sud d'Ouessant. Il sombra en 15 minutes seulement dans le passage du Fromveur ! Sur les 251 passagers et membres d'équipage, seules trois personnes survécurent. Quant au second, un pétrolier de 250 000 tonnes, il fit naufrage face à Portsall en 1978, au cours d'une tempête. Naufrage qui fut à l'origine d'une catastrophe écologique sans précédent, provoquant alors l'une des plus grandes marées noires du siècle.

Littoral
<p>Le phare de l'île Vierge vu de Lilia</p>

Le phare de l'île Vierge vu de Lilia

En ce qui concerne les îles habitées de manière permanente, quatre sont dénombrées avec, en plus, un archipel : Batz (au large de Roscoff), Molène et Ouessant à quelques milles marins de Brest et du Conquet, Sein que l'on rejoint en embarquant à Audierne et, enfin, l'archipel des Glénan, où personne ne vit en permanence mais qui connaît, dès les beaux jours, un intense brassage humain. Voilà des terres singulières posées comme des points de suspension sur l'immensité maritime que l'on vous propose de découvrir en quelques points.

 

Île de Batz, Enez Vaz

Population : 470 Batziens

Superficie : 320 ha

Longueur : 3,5 km

Largeur : 1,5 km

 

Comparativement aux autres îles, on parle peu de Batz. Serait-elle plus secrète ou discrète, conservant jalousement ses roches déchiquetées, ses dunes et ses plages de sable fin ? Car tous ces charmes font bien d'elle une île originale, quadrillée de champs luxuriants. Son histoire se perd dans la nuit des temps : jusqu'à l'âge de fer, elle est accessible à marée basse depuis le continent. Les tombes à coffres mises à jour dans l'est de l'île prouvent que cette terre était occupée dès l'âge de bronze ! Cette partie, privilégiée pour sa proximité avec le continent, perd de son attrait avec la remontée des eaux. Les habitants s'installent alors dans l'ouest de l'île, autour de Porz Kernoc'h. Cette anse entourée de rochers est protégée de la mer et n'est séparée de Roscoff que par un étroit chenal de 2 kilomètres. Le nom de Vauban s'impose alors dans l'histoire de l'île : pour la protéger et empêcher les ennemis d'atteindre Brest, il fait construire des fortifications et place des canons.

Au XIXe siècle, les femmes travaillent la terre et les hommes vivent de la mer. Il semblerait qu'il en a toujours été ainsi mais, dès la deuxième moitié de ce même siècle, la marine marchande à voile est de plus en plus concurrencée par les nouveaux moyens de transport. Malgré son isolement, l'île n'est pas épargnée. Il est alors nécessaire de s'orienter vers d'autres activités. Surtout qu'il ne reste qu'une petite communauté de pêcheurs et un nombre restreint de marins ! L'atout de Batz, c'est son climat doux et océanique, qui bénéficie de l'effet du Gulf Stream et favorise la culture maraîchère diversifiée. Conscient de ce cadeau du ciel, plusieurs paysans en quête de terre (jardiniers venus de la région légumière de Roscoff ou de Saint-Pol-de-Léon) s'installent sur l'île dans les années 1860-1870. On assiste alors à une régression des cultures traditionnelles (lin, avoine, blé) au profit des cultures légumières, notamment de la pomme de terre. Mais l'aspect saisonnier de l'activité engendre des périodes de chômage qui provoque des courants d'émigration. Aujourd'hui, derrière ses hautes façades de granit gris, habite une communauté de pêcheurs et d'agriculteurs s'adonnant à la polyculture et à l'élevage, dont l'activité rythme le quotidien et façonne le paysage. D'ailleurs, on dénombre ici plus de tracteurs que d'automobiles !

 

Île Molène, Molenez

Population : 141 Molénais

Superficie  : 72 ha

Longueur : 1,2 km

Largeur : 800 m

 

On la cherche parfois sur la carte sans la trouver. Pourtant Molène vaut tous les atolls du Pacifique. Entre la Pointe Saint-Mathieu et l'île d'Ouessant, Molène offre ses richesses, son chapelet d'îlots verdoyants et ses récifs en amas hérissés. Le courant du Fromveur fait office de frontière entre Molène et Ouessant, deux îles voisines et pourtant si différentes. Peuplée de moins de 200 habitants à l'année et 750 l'été, Molène est la plus grande île d'un archipel composé d'une vingtaine d'îles et d'îlots parmi lesquels figurent  Beniguet, Quéménès, Trielen, Balaneg et Banneg. Parmi elles, seules Molène et Quéménès sont aujourd'hui habitées. Les autres l'étaient autrefois par des fermiers ou par des goémoniers et si, désormais, certaines sont le refuge des oiseaux et des lapins, les trois îlots de Banneg, Balaneg et Trielen ont été classés Réserve naturelle.

Molène, plate et bordée de plages de sable blanc, est une île paisible où vivent des hommes et des femmes attachés à leur terre d'Iroise. Ils sont pêcheurs, commerçants, retraités ou encore sauveteurs. Le village, quelque peu chaotique et dominé par un sémaphore aujourd'hui désarmé et transformé en musée du sauvetage en mer, est composé de maisons de pierres grises. Ses ruelles, à de rares exceptions près (moins de 10 voitures circulent sur l'île), appartiennent aux piétons et aux promeneurs, tandis que la vie se déroule au rythme des marées. Son petit port construit en amphithéâtre, bien abrité, accueille une flottille de bateaux spécialisée dans la pêche des crustacés, du tourteau (ou crabe dormeur), de l'araignée de mer et surtout de l'ormeau sauvage, très rare et très prisé des restaurants installés à Brest et au Conquet. A signaler que seuls cinq marins pêcheurs professionnels perpétuent la tradition de cette île. La récolte du goémon, quant à elle, s'effectue six mois par an. L'île n'est pas très grande, une journée suffit pour en faire le tour. Mais en y passant une nuit, on peut s'imprégner de cette ambiance marine, sentir cette terre sauvage et vulnérable. Vous ne manquerez pas d'observer, face au môle, protégeant le port, l'île de Lédenez, qui devient accessible à marée basse. A voir également quelques anciennes maisons de goémoniers qui tiennent encore debout ! Pour les plus aventureux, il est aussi possible de séjourner sur l'île de Quéménès, qui dispose de chambres d'hôtes. Dépaysement garanti !

Jusqu'à la fin des années 60, la vie de l'île était marquée par de nombreuses fêtes religieuses. Aujourd'hui, c'est la fête de la mer que tous les îliens célèbrent le 15 août, et, chaque été, lorsque les grandes marées le permettent, les habitants organisent une marche jusqu'à l'île Triélen, située à 2 km. C'est l'occasion d'une fête dans un décor surnaturel.

 

Île d'Ouessant, Enez Eusa

Population : 886 Ouessantins

Superficie : 1558 ha

Longueur : 8 km

Largeur : 4 km

 

Ouessant est ce que l'on appelle une île véritable, la plus éloignée du continent (une vingtaine de kilomètres) et la plus haute. En l'an 300 avant notre ère, le navigateur phocéen Pythéas, qui naviguait près de cette terre, la nommait déjà " Ouxisame ". Étrange, isolée, noyée par les brumes une grande partie de l'année, ravagée par les tempêtes, Ouessant possède le cadre idéal pour les rites et légendes. Les Celtes la considéraient même comme étant l'ultime porte vers l'au-delà ! Très tôt, le site devient un lieu de cérémonies sacrées et de rites mystérieux. Rituels druidiques et légendes les plus folles y ont ainsi pris racines. Certaines coutumes étranges autour de la mort ont persisté durant de longues années, comme les croix de Proëlla. Un vieux dicton breton dit également : " Qui voit Molène voit sa peine, qui voit Ouessant voit son sang ". Il a donné à Ouessant une réputation d'île d'épouvante, notamment lorsque les vents s'en mêlent ! On ne s'en étonne pas vraiment car il faut reconnaître que ses abords sont tristement célèbres pour les dangers qu'ils représentent. Des dangers causés par les innombrables écueils et les courants d'une rare violence. On note par exemple le courant du Fromveur, qui sépare l'île du continent et fait partie des plus rapides d'Europe avec ses 16 km/h. Et pendant les grosses rafales, les jours de tempête, des pointes de 180 km/h ont plusieurs fois été enregistrées au sémaphore du Créac'h ! L'île a d'ailleurs été sinistrée en 1930 et 1960.

Une société à deux pôles s'est développée sur l'île au fil des siècles, avec ses particularités et ses coutumes, que l'on ne retrouve nulle part ailleurs. En l'absence de port abrité, les Ouessantins, ne pouvant vivre de la pêche, embarquaient massivement sur les bateaux de la Royale ou de la marine marchande, abandonnant l'île aux femmes. Elles sont ainsi devenues chefs de famille et entre elles régnait une entraide hors du commun. Les conditions de vie n'ont jamais été faciles sur cette île où tout est rare. Aussi les îliens ont su faire preuve d'ingéniosité, notamment en ce qui concerne les matériaux de construction et le combustible. Tout ou presque était récupéré, transformé et réutilisé. De nos jours, tirant du tourisme leurs principales ressources, moins d'un millier de personnes vivent ici toute l'année. L'agriculture et l'élevage subsistent à petite échelle et des six mille moutons d'autrefois, le troupeau n'atteint plus aujourd'hui que huit cents têtes.

Face à ce " jardin des tempêtes " balisé par les célèbres phares de La Jument, du Stiff, du Creac'h, de Kéréon et de Nividic, l'homme se retrouve confronté aux éléments et à sa vraie nature. Mais l'île n'est pas seulement le caillou austère que l'on croit. Patrimoine protégé, elle abrite une faune et une flore unique qui ravissent les randonneurs en quête de calme, de paysages uniques, sauvages et d'une grande diversité. De nombreuses espèces d'oiseaux migrateurs et nicheurs s'y reproduisent pour le plus grand plaisir des passionnés d'ornithologie. L'abeille noire bretonne s'y épanouit également, grâce à l'absence de produits phytosanitaires dans l'île.

 

Île de Sein, Enez Sun

Population : 244 Sénans

Superficie : 58 ha

Longueur : 1,8 km

Largeur : 500 m (au plus large)

 

A quelques milles au large, face à la pointe du Raz, l'endroit est l'un des points les plus sauvages et les plus rudes que l'on puisse concevoir. La résistance farouche de cette île aux épreuves du vent, tout autant que la générosité de ses étés lumineux, en font un lieu extraordinaire. Pour rejoindre l'île en partant du continent, les bateaux doivent affronter les courants avec toute la puissance de leurs moteurs. L'île semble être au centre du monde... Lorsque la brume transforme l'île en bateau ivre, le spectacle est fabuleux, irréel et angoissant. Dans cet espace d'authenticité, rien n'est comme ailleurs. Les marins disaient autrefois " Qui voit Sein, voit sa fin ". Dernier rempart avant l'immensité de l'Atlantique, défiant les fureurs des tempêtes ou se laissant caresser par la brise du large tel un mirage posé à plat sur l'horizon bleu ou sous une brume épaisse, Sein apparaît parfois comme l'origine du monde. Sur les écueils qui l'entourent vient se fracasser l'écume des vagues poussées par un vent hurlant. Cette langue plate, sinueuse, culminant à six mètres au-dessus des flots, faite de sable et de galets et souvent recouverte par la mer, acculant les habitants sur les toits, a toujours été un défi et le cauchemar des marins. Au début du XXe siècle, la population dépassait les 1 000 habitants. Poissons et crustacés sont abondants dans les parages. Marins habiles et audacieux, les Sénans ont su s'illustrer tout au long de leur histoire dans le sauvetage en mer. Ces actes d'héroïsme valurent à la population de l'île d'être exemptée d'impôt foncier. Il en faut du courage pour vivre ici, surtout quand on sait que le passage du Raz de Sein, toujours agité, est un haut lieu de naufrages et de tempêtes...

Un géographe latin mentionne l'île en l'an 43 sous le nom de Sena. Des restes de mégalithes argumentent l'ancienneté de son occupation. Selon la légende, l'île aurait servi de sépulture aux druides et de refuge aux prêtresses possédant des pouvoirs extraordinaires. Christianisée par Guénolé au Ve siècle, Sein a toutefois conservé durant des siècles des rites païens dédiés au soleil et à la lune, si bien que les prêtres n'étaient pas toujours les bienvenus. Comme Ouessant, Sein a longtemps gardé sa réputation d'île aux femmes, les hommes devant partir au loin gagner leur vie entre campagne de pêche et marine marchande. Au XIXe siècle, l'île fut ravagée par une épidémie de choléra. Depuis lors, les femmes se vêtirent de noir et portèrent une coiffe de la même couleur. Ce costume traditionnel est aujourd'hui porté uniquement par les femmes âgées. Lorsque le général de Gaulle lança l'appel du 18 juin 1940, tous les habitants de l'île valides, près de 150 hommes, le rejoignirent à Londres. Leur effectif représenta le quart des premiers volontaires de la Résistance  ! Ces différents exploits font de Sein l'île la plus décorée du pays...

 

L'archipel des Glénan, Enez Glenn

 

Situé à quelque 10 milles marin au Sud de Fouesnant, l'archipel des Glénan offre un dépaysement total. Il est constitué de neuf îles principales, de plusieurs îlots et de multiples écueils qui s'organisent en cercle. La population est ici fluctuante, pour une superficie difficilement calculable. Aujourd'hui, une grande partie de ces îles sont privées ou classées. Réserve ornithologique, l'île Giautec et ses îlots accueillent des oiseaux (sterne caugek et pierregarin, gravelot à collier interrompu, cormoran huppé) qui viennent y trouver refuge et se reproduire. L'île Saint-Nicolas, l'une des îles principales, est quant à elle une minuscule réserve naturelle. Il y a plus de deux siècles, en 1803, un botaniste de Quimper a découvert sur cette île un narcisse jusqu'alors inconnu et que l'on ne trouvait nulle part ailleurs. La nouvelle s'étant répandue rapidement, l'île a été littéralement pillée. En 1973, la réserve naturelle a été créée mais le lieu envahi par les genêts et les ronces. Pour contenir ces broussailles, on a fait appel aux moutons d'Ouessant et aux ânes, qui continuent aujourd'hui leur oeuvre. L'équilibre écologique assuré, le narcisse peut s'épanouir. Des visites sont possibles au début du printemps, à la floraison. Le reste de l'archipel n'est habité qu'à la belle saison et entièrement voué aux loisirs nautiques.

Habitées dès la préhistoire, les îles des Glénan étaient le repaire des corsaires et des pirates au début du XVIIIe siècle. A son apogée en 1881, l'archipel abritait 85 âmes, tous pêcheurs, agriculteurs, goémoniers ou fabricants de soude. Les " travailleurs de la mer " de tout le Finistère venaient alors dans ses eaux pêcher la langouste et le homard. Mais peu à peu, l'archipel a été quasiment abandonné. C'est à la fin des années 1940, avec l'installation du centre nautique sur le site puis du centre international de plongée, que l'archipel a repris vie. Mais s'il est devenu pour de nombreux visiteurs un espace privilégié de découvertes et de loisirs, il ne faut pas oublier que, pour le préserver, il faut avant tout le protéger... Certains jours d'été, ce sont en effet près de 1000 bateaux de plaisance qui sont présents dans l'archipel ! Par conséquent, trop sensibles au dérangement, certaines populations d'oiseaux marins délaissent l'archipel. L'un des plus beaux herbiers de zostères du littoral, les " prairies marines ", se trouve également mis en danger par les ancres des bateaux. Il faut donc impérativement utiliser les mouillages organisés (La Pie et la Chambre de Saint-Nicolas). Sans oublier de respecter les recommandations concernant la pêche. A noter : la chasse sous-marine est interdite dans la plus grande partie de l'archipel !

Faune et flore
Faune
<p>Macareux moine.</p>

Macareux moine.

La Bretagne est un paradis en matière de faune. Il est vrai que c'est dans cette région que l'on peut voir à la fois phoques et dauphins, loutres et castors, macareux et pingouins, ou encore saumon et hermine... Ici tous les animaux se rencontrent : ceux du nord, ceux du sud et ceux de l'océan se sont donnés rendez-vous en ce pays de Bretagne, à la fois presqu'île et continent. Et s'il n'y a plus ni de mammouth, depuis maintenant 10 000 ans, ni de bison, dont on n'est d'ailleurs même pas certain qu'ils auraient, un jour, pu fréquenter les contreforts de la montagne d'Arrée, il y avait encore, jusque dans les années cinquante, quelques aigles. Quant au loup, bleiz  en breton, il approchait, à l'aube de la Révolution, les 300 individus en Finistère. Il faut dire qu'il disposait alors d'un territoire à sa mesure, fait d'un million d'hectares de landes. Après 1870, l'utilisation généralisée du poison, le défrichement de la lande et la volonté délibérée de faire disparaître à jamais ce symbole de la nature sauvage eurent ainsi raison de lui en moins de cinquante ans. Sans nommer toutes les espèces qui peuplent le territoire breton, il est bon néanmoins de signaler la présence d'un mustélidé, un ours miniature, qu'en breton on nomme broc'h, par allusion sans doute à son museau pointu : il s'agit du blaireau, qui peut atteindre 20 kilos, soit deux fois le poids d'un renard !

 

Mammifères

Les bovins. La mort annoncée des vaches rustiques appartenant aux races traditionnelles bretonnes, en raison de l'agriculture industrielle et productiviste, n'a, fort heureusement, pas eu lieu. Après le premier choc pétrolier, une nouvelle génération de paysans émerge et sauve la bretonne Pie Noire. Quant à la Froment du Léon, l'Armoricaine ou encore la Nantaise, elles frôlent la disparition totale. Mais, in extremis, des plans de sauvetage sont mis en place afin de préserver ce trésor fragile que sont les vaches bretonnes. Ce programme de sauvegarde, qui remonte à 1976, semble aujourd'hui fonctionner. Et la bretonne Pie Noire fait partie des douze races bovines actuellement sauvegardées en France ! On notera que la Pie Noire est sans doute la plus ancienne des races bovines bretonnes et la seule totalement issue des terres bretonnes. Durant des décennies, elle apporta prospérité et célébrité à Pont-Croix, capitale du Cap-Sizun, et, jusqu'aux années cinquante, la réputation de cette espèce attirait, les jours de foire, des marchands de diverses régions de France. Rustique et bonne laitière, la petite bretonne fut même en son temps le symbole de l'autarcie des néo-ruraux  ! Les produits laitiers (gros laits, crème, beurre) qu'elle permet de fabriquer sont en effet incomparables... Quant à la Froment du Léon, avec sa jolie robe dorée, elle est qualifiée de " Rolls du beurre ", son lait donnant un beurre très jaune aux saveurs exceptionnelles et riche en carotène.

Les ovins. Côté ovins, le mouton d'Ouessant s'est acclimaté aux conditions de vie difficiles et aux pâturages pauvres que lui offrait l'île dont il porte le nom. Sa petite taille, qui ne dépasse pas 40 à 50 cm, fait de lui le plus petit mouton de France ! Et il déteste la solitude... Quant à sa robe de laine noire, elle explique sans doute la prédominance de cette couleur dans la fabrication des vêtements des femmes d'Ouessant...

Les chevaux. Un jour de foire aux chevaux à Landivisiau, un vieux paysan a dit : " Ici, sur cette terre, on a le cheval dans le sang, gwad keseg  ! ". Il avait raison puisque le cheval et la Bretagne, et même le cheval et le Finistère, c'est une très ancienne et véritable histoire d'amour... Pourtant, au détour des années soixante-dix, les chevaux auraient pu tout bonnement disparaître en raison de la mécanisation agricole. Ils n'étaient alors très recherchés que pour leur viande ! Ce sont donc les bouchers, écorcheurs et abatteurs qui ont, en quelque sorte, sauvé les chevaux de Bretagne. Des chevaux aux noms de Postier, Trait ou encore Centre-Montagne. Le plus célèbre est le fameux Postier breton, un cheval élégant et racé, renommé dans le monde entier et qui s'illustre fréquemment dans diverses compétitions d'attelage. Ensuite vient le Trait breton, plus lourd, plus trapu, plus rustique. Mais le plus étonnant de tous est certainement le Centre-Montagne, antique cheval des Celtes. Une chose est sûre, le cheval breton a la réputation d'être un animal d'une grande docilité avec des allures énergiques. A la différence d'autres races de Trait, le cheval breton n'a en effet jamais cessé d'être attelé. Il est d'ailleurs employé en agriculture pour les travaux de précisions.

Oiseaux

Nous ne pouvons présenter ici un état exhaustif des populations et de leurs lieux de prédilection. Nous pouvons citer tout d'abord trois lieux privilégiés par ces espèces que sont le cap Sizun, l'archipel de Molène et les îlots qui entourent Ouessant. Puis évoquer le pétrel fulmar, les sternes, la bernache cravant et l'huîtrier pie. Sans oublier le crave à bec rouge, petit corbeau d'une vraie beauté, devenu une rareté ne se reproduisant que dans quatre régions, dont la Bretagne. Autrefois abondant sur les côtes bretonnes, il s'est en effet raréfié avec le recule de l'élevage et l'augmentation du tourisme. Il doit sa survie à l'association Bretagne Vivante qui, dans la réserve du Cap-Sizun, a oeuvré pour que des paysans fassent à nouveau pâturer chevaux et moutons sur les falaises, recréant ainsi les conditions de son alimentation. Ensuite, en retrait du littoral, les estuaires ou les marais salants sont le royaume d'élégants échassiers, hérons cendrés, avocettes élégantes, barges à queue noire et autre chevalier gambette. Les marais et les tourbières de l'intérieur des terres accueillent quant à eux le busard des roseaux, le busard cendré ou le chevalier cul blanc. Et si l'on tourne son regard vers le bocage et les bois, l'épervier d'Europe et le pic épeiche se dévoileront aux yeux de ceux qui sauront être patients. Et pour les moins chanceux qui n'auront pas aperçu grand chose, un petit détour par l'une des nombreuses réserves bretonnes leur permettra d'y remédier : par exemple la réserve des landes du Cragou, dans les monts d'Arrée, et celle de l'étang de Trunvel, plus au sud.

Le goéland argenté. Il niche en colonies sur îlots et falaises mais aussi curieusement sur les toits des immeubles. Plumage gris-bleu pâle et reste du corps blanc, bec jaune à pointe rouge, voilà pour l'aspect du plus commun de cet oiseau marin. Il est un gros mangeur et rien ne rebute sa voracité. Sur le littoral, il fait régner sa loi. Mais on le rencontre également l'hiver à l'intérieur des terres et sur les tas d'ordures  ! Au contact de la société de consommation, il se développe avec une telle rapidité que cela entraîne des nuisances. Mais sans lui, les côtes deviendraient désespérément tristes.

Le goéland brun. Celui-ci niche à même le sol, sur les récifs ou les espaces herbeux des falaises. Son dos est d'un gris ardoisé plus ou moins sombre et son ventre blanc tacheté. Quant au bec, il est jaune avec une tache rouge à la pointe inférieure. Il n'est pas toujours aisé de distinguer le goéland argenté du goéland brun mais ce dernier, moins démonstratif, est également moins dépendant des activités humaines. Avec l'homme comme avec ses proches parents, il sait garder ses distances  !

Le cormoran huppé. Telle une sombre vigie dressée sur les rochers face à la mer, les ailes déployées dans une pause majestueuse, il contemple un long moment l'horizon. Qu'attend-il  ? Rien. Il sèche son plumage car, comble des combles, cet habile plongeur et pêcheur avisé n'a pas une livrée imperméable et doit la sécher aux rayons du soleil ou à la caresse du vent après chaque plongée. Outre un plumage noir aux reflets métalliques dans le cou et violacés sur le dos, le cormoran huppé est doté d'une touffe de plumes qui orne sa tête, permettant de l'identifier à coup sûr.

Le macareux moine. Avec son look qui sort de l'ordinaire, tête de clown munie d'un bec aux couleurs de l'arc-en-ciel, le perroquet de mer à l'allure chaloupée, encore appelée diable de la mer, n'hésite pas à prendre de bonne grâce la pose pour se faire photographier  ! En cinquante ans, le macareux moine est passé de plus de 7 000 couples nicheurs à 250 environ. Un véritable désastre qui serait en partie dû à la surpêche humaine ainsi qu'au réchauffement climatique ! La quasi-totalité est concentrée aux Sept Iles, dans les Côtes d'Armor, mais on peut, avec un peu de chance, en apercevoir quelques-uns dans la baie de Morlaix ou sur l'île Keller toute proche d'Ouessant. Paradoxe étrange pour cet oiseau du large, il niche sous terre dans un trou creusé par ses propres moyens ou, plus prosaïquement, volé à un lapin  !

Le fou de Bassan. Sa façon de pêcher est impressionnante : tel une torpille, il pique dans les vagues, ailes rabattues, pour fondre sur la proie qui rarement ne s'échappe. Et tout cela de plusieurs dizaines de mètres de hauteur ! Le fou de Bassan un remarquable pêcheur : d'un plongeon de trente mètres de haut, il capture maquereaux ou sardines jusqu'à six ou sept mètres sous l'eau ! Gros oiseau d'une envergure d'un mètre soixante-dix, blanc au col jaune et au bout des ailes noir, cet oiseau se rencontre au sud de l'archipel de Molène, à Ouessant, ainsi que dans la baie de Douarnenez.

Le goéland marin. Un seigneur  ! En monarque absolu, il ne connaît d'autre loi que la sienne : rançon et pillage en sont les fondements. Il se distingue des autres goélands par son imposante carrure et se reconnaît à son manteau noir contrastant avec le dessous blanc. Son bec massif porte une tache rouge sur la partie inférieure. Son vol est puissant et, d'instinct, les voisins s'écartent pour le laisser passer. Sur les rochers de la côte ou sur les îlots, il occupe les places les plus élevées, noblesse oblige. Sa voracité est à la mesure de sa corpulence et le prestigieux et despotique monarque se double d'un éboueur efficace  !

Le guillemot de Troil. Avec leur manteau brun foncé contrastant avec un dessous blanc, leur bec pointu et effilé, ces oiseaux sont sagement alignés, guindés, osant à peine bouger, tels des notables endimanchés ! Sur ces escarpements à tous les dangers exposés, ils tournent tous le dos à la mer, assis face au rocher. Sur un si petit espace, il faut une rigoureuse discipline, faute de quoi c'est la chute des couvées dans le vide. Heureusement, la forme conique de l'oeuf minimise les risques. Quant au départ des jeunes, il est sans filet puisque, sans savoir voler ni nager, l'oisillon est littéralement précipité à la mer par ses parents. Et s'il s'en tire, le goéland n'est pas loin qui veille. Dure, dure, la vie des jeunes guillemots  ! Très proche du pingouin, c'est un plongeur fou, capable d'atteindre 70 mètres de profondeur et parfois même, dit-on, 150 mètres ! Dans le Finistère, il en reste quelques-uns au Cap Sizun et sur les roches de Camaret-sur-Mer.

La mouette rieuse. Elle est la plus remuante et la plus acariâtre des mouettes. Capuchon brun noir, ailes grises à bord blanc, bec et pattes rouges au printemps, vol parfois acrobatique et surtout voix criarde. Naguère sauvage et vagabonde, cette querelleuse s'est transformée en casanière avec la proximité de l'homme, pour son propre intérêt. Pas regardante sur la nourriture, son solide appétit trouve satiété dans les embouchures des fleuves et des rivières, où abondent détritus en tous genres, sans oublier les sillons fraîchement ouverts par la charrue.

Poissons

De la sardine au rare poisson lune ou au gigantesque requin-pèlerin, en passant par le bar, la raie, la dorade, la vieille ainsi que de nombreuses espèces de poissons plats (turbot, sole, limande, barbue, plie...), ce sont près de 130 espèces de poissons qui croissent dans les eaux de la mer d'Iroise. Tous les grands crustacés, homards, langoustes rouges, araignées de mer, tourteaux, ainsi que les crevettes roses peuplent ces fonds regorgeant de plus de 300 sortes d'algues. Quelques espèces remarquables, comme l'hippocampe commun et l'hippocampe rameux, s'y ébattent également. En ce qui concerne les coquillages et mollusques, on compte près de 200 variétés de bivalves et de gastéropodes (coquilles Saint-Jacques, pétoncles, praires, palourdes, ormeaux...).

Le requin-pèlerin de l'Iroise. Pouvant atteindre 12 mètres de long et peser jusqu'à 5 tonnes, il est le plus grand poisson du monde après le requin baleine. Ce fin gourmet apprécie les eaux tempérées du plateau continental finistérien et ses fronts thermiques favorables au développement du plancton, dont il est fort friand. Il n'est d'ailleurs pas rare que les pêcheurs, l'été, l'aperçoivent nageant lentement en surface, aileron bien visible et gueule béante. Ce géant des mers figure aujourd'hui sur la liste rouge des espèces menacées et l'APECS (Association pour l'Étude et la Conservation des Sélaciens), créée en 1997 à Brest, effectue d'avril à août des campagnes d'observation aux environs des îles Glénan et dans la mer d'Iroise.

Le saumon. C'est le roi de la migration et la Bretagne est son royaume. C'est en effet ici que l'on dénombre le plus grand nombre de rivières à saumons  ! D'ailleurs, 40 % des saumons pêchés en France le sont dans le Finistère. Eog, son nom en breton et en gallois, se reproduit dans plus de vingt fleuves côtiers de Bretagne et ce malgré les pollutions, les barrages et les aménagements de rivières parfois désastreux. L'association Eau et Rivières de Bretagne, souvent épaulée localement par les pêcheurs, a énormément oeuvré pour la sauvegarde du roi de la balade en mer. La reproduction est bonne, la descente vers la mer aussi. Pourtant, les retours en leur rivière d'origine se font toujours de plus en plus rares.

Mammifères marins

Le dauphin. Point n'est besoin de voyager vers quelque antipode pour admirer le ballet d'une colonie de dauphins. L'archipel de Molène ou encore l'île de Sein sont leurs lieux privilégiés et on peut en apercevoir très souvent lors d'une promenade en bateau. Ils sont nombreux à fréquenter ces eaux : dauphins communs, dauphins bleus et blancs passant à la fin de l'hiver et au printemps, dauphins de Russo en été et en automne, et, plus au large, petits rorquals et rorquals communs, en route vers des mers chaudes ou revenant de celles-ci, se croisent régulièrement.

Le phoque gris. Il affectionne les plus beaux milieux qui soient : l'archipel de Molène (les îlots de Balaneg, Kervouroc et Morgol étant les plus fréquentés), la Chaussée de Sein et un peu partout dans la zone du parc marin d'Iroise. La quasi-totalité des phoques gris de France se prélasse en effet en Bretagne ! Les phoques gris bretons appartiennent à la même population que les phoques gris des côtes sud-ouest de l'Angleterre, ce qui induit des échanges permanents avec les colonies britanniques et des variations du nombre d'individus au cours de l'année. Toutefois, leur population augmente peu à peu depuis leur (re) découverte autour de Molène dans les années 1980 : on en dénombre aujourd'hui près de 150. Espèce emblématique et protégée depuis 1960, le " cochon de mer ", comme on l'appelle, ne fait toutefois pas l'unanimité, notamment chez les pêcheurs...

La loutre. Mammifère semi-aquatique (dourgi en breton, signifiant : le chien d'eau), elle est familière des deux fleuves côtiers que sont l'Aulne et le Blavet. Mais elle est également présente sur la côte et en mer, n'hésitant pas à braver les fureurs de la mer d'Iroise pour s'en aller visiter les îlots de l'Archipel de Molène ! Animal très fragile, elle est partout en France sur le déclin, souffrant beaucoup des travaux d'aménagement des rivières, du déboisement et des pollutions de l'eau. Il n'en resterait qu'un peu plus de 200 dans toute la Bretagne... Fort heureusement, depuis quelques années, ses protecteurs ont lancé un programme de sauvegarde en leur aménageant des havres de paix, dont le plus grand est situé dans les Monts d'Arrée, sur le cours supérieur de l'Ellez.

 

Insectes

L'abeille noire bretonne. Au large des côtes finistériennes, l'île d'Ouessant est le sanctuaire d'irréductibles abeilles résistant à l'hécatombe qui touche les hyménoptères ! Dans les années 80, pour échapper au fléau nommé "  le vampire de l'abeille  ", des apiculteurs, désireux de mettre hors d'atteinte l'Apis mellifera mellifica, installèrent la petite abeille sur le seul isolat géographique possible : Ouessant. Grand air et flore subtilement salée composèrent alors le cadre de vie de ces heureuses élues qui, autrefois, vivaient dans les monts d'Arrée, dans les régions des Abers et de la Roche Maurice. Aujourd'hui, l'association Conservatoire de l'Abeille noire bretonne, qui occupe les locaux du phare du Stiff, continue de couver ses insectes rustiques dans une nature vierge de toute pollution et parasite, et produit un miel délicieux.

Rongeurs

Le castor. Chassé massivement pour sa fourrure ou pour sa chair, le castor était proche, en France, de l'extinction et avait disparu depuis des décennies de Bretagne centrale. Le castor n'a pas laissé de traces prégnantes dans l'imaginaire breton, au point que son nom, byeuzr, vient de la racine française bièvre, son ancien nom. Entre 1968 et 1971, dix castors ont été réintroduits dans la haute vallée de l'Ellez, en centre Finistère. On compterait aujourd'hui une dizaine de groupes familiaux et près d'une centaine d'individus dans les Monts d'Arrée. Le castor est un bâtisseur qui s'avère très utile pour les barrages qu'il construit, qui forment des retenues d'eau permettant aux rivières de maintenir leur niveau en période de sécheresse.

L'hermine

C'est par la grâce du duc Jean III, dit le Bon, qui en fit en 1316 l'emblème du duché, que l'hermine devint l'animal symbolique de la Bretagne, figurant la pureté. Cette cousine de la belette, carnivore redoutable, change en effet de " tenue " en hiver, se parant d'un pelage blanc. Mais en Bretagne, Erminig, comme on la nomme ici, ne revêt que rarement sa livrée blanche : le climat de la péninsule, fort doux en hiver, ne nécessite pas que ce petit carnassier se départe de son pelage brun...

Flore

La beauté de la Bretagne, pays de bocages entre terre et mer, est multiple. Vous apprécierez tout autant la flore présente dans la partie boisée (Argoat), que celle de la partie maritime (Armor). Le Finistère vous comblera par sa diversité, des roches à lichen aux falaises prisées des arméries maritimes, des carottes à gomme, des perce-pierres et des orpins, en passant par une lande riche en ajoncs, genêts et bruyères. Ces dernières habillent le département de jaune et de pourpre, et font de lui un paysage emblématique de la Bretagne. Ici, la flore tient tête au gros temps et les frêles carnivores, droséras et sphaignes, croissent dans quelques tourbières. C'est à la faveur des explorations de la fin du siècle des Lumières que navigateurs et scientifiques ont rapporté de leurs voyages des plantes et des semences qui ont essaimé et colonisé le littoral, s'échappant des jardins d'accueil des ports d'accostage ou des jardins des capitaines au long cours. Camélias, hortensias, magnolias, azalées, rhododendrons, palmiers : pas une goutte de sève bretonne et pourtant cette flore fait la réputation des jardins bretons au point d'en être devenue elle aussi emblématique. Le patrimoine floristique s'avère ainsi particulièrement riche et certaines fleurs sont si rares et si fragiles qu'il a fallu prendre des mesures pour les protéger... Alors, que ce soit au cours de promenades en terres sauvages, de randonnées marines ou dans les parcs et jardins du Finistère, soyez attentifs !

Fleurs et plantes rares

Les rarissimes. On ne dira jamais assez qu'il est formellement interdit de cueillir les fleurs et plantes protégées qui se cachent dans les réserves naturelles ou s'abritent derrière leurs piquants.

Le narcisse des Glénan. Encore plus rarissime que les plus rares puisqu'il ne se trouve que sur l'île Saint-Nicolas, dans l'archipel des Glénan. Découvert en 1803, il fut tellement cueilli qu'il failli disparaître à jamais. Aujourd'hui, grâce au Conseil Général et à Bretagne Vivante, on en dénombre près de 150 000 pieds et on vient l'admirer lors de sorties naturalistes organisées dans la réserve au moment de sa floraison printanière.

Le panicaut marin. Plus communément connu sous le nom de chardon bleu, celui-ci offre au regard ses belles feuilles bleutées et pointues formant une étoile à la base de sa fleur violette. Cette fleur est d'ailleurs le symbole du Conservatoire du Littoral.

La silène maritime. Pourvue de fleurs très blanches dont les pétales surmontent un calice renflé, veiné de rouge violacé, sa période de floraison se situe du mois d'avril au mois d'août. Elle s'accroche dans la moindre interstice, d'où son surnom de perce-pierre.

Nombril de Vénus. Les rochers, mais aussi les murets de pierres sèches, accueillent cette petite plante grasse très commune en Bretagne et dont le nom évocateur vient de sa feuille ronde déprimée en son centre et au toucher soyeux. Pour les amateurs, sachez que les feuilles sont comestibles !

L'armérie maritime. Celle-ci déploie ses fleurettes rose tendre aux mois de mai et juin, en touffes serrées, formant ainsi de larges coussins roses, blancs et verts sur les falaises et les pelouses littorales.

Bruyère et ajonc. Sur les landes, on retrouve les deux fleurs emblématiques de la Bretagne que sont la bruyère et l'ajonc. Celles-ci offrent avec un art consommé des nuances allant du fuchsia au violacé pour la première et de jaune d'or éclatant pour la seconde.

Parcs et réserves naturelles
Réserves naturelles
Venec, réserve naturelle

Située sur la commune de Brennilis, cette réserve fait partie du Yeun Elez, qui constitue, sur une superficie de 1 500 hectares, un ensemble de tourbières et de marais très vaste, au sein des monts d'Arrée. Dans cette réserve, vous trouverez des bas-marais acides, des landes et des prairies humides, ainsi qu'une tourbière bombée (également appelée ombrogène). Cette dernière semble être la dernière réellement sauvegardée parmi les trois présentes en Bretagne. L'épaisseur au niveau culminant de la tourbière peut atteindre cinq mètres, soit plus de 5 000 ans de formation de tourbe ! Une faune spécifique est présente dans la réserve : linaigrettes, sphaignes, loutres et castors d'Europe, busards des marais, faucons hobereaux, hiboux des marais, ainsi que de nombreux insectes.

Adresses Futées du Finistère

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