Guide des Côtes-d'Armor : Patrimoine et traditions

<p>Drapeau breton</p>

Drapeau breton

Patrimoine culturel
<p>Jeune garçon en costume traditionnel breton</p>

Jeune garçon en costume traditionnel breton

Littérature

Les Côtes d'Armor comptent des écrivains et poètes de toutes époques, parfois inspirés de la culture locale et/ou des paysages entre terre et mer toujours propices à l'imagination. On peut citer parmi d'autres :

Louis Guilloux

Né à Saint-Brieuc en 1899, il y est décédé en 1980. Sa vocation d'écrivain prend naissance en 1920 avec l'écriture de plusieurs récits et contes. Il a traduit des auteurs américains dont le célèbre Steinbeck. En 1935, il publie son oeuvre majeure, Le sang noir, qui lui permettra d'obtenir le prestigieux prix Goncourt. En 1936, il accompagne André Gide dans son célèbre Voyage en URSS. En 1949, il remporte le prix Renaudot avec Le jeu de patience. C'est un auteur engagé, qui abrita chez lui des résistants pendant la guerre. Il a également travaillé sur des adaptations romanesques d'autres écrivains pour la télévision.

Angela Duval de son vrai nom Marie-Angèle Duval

Née en 1905 au Vieux-Marché près de Plouaret ; décédée en 1981 à Lannion. Elle était une simple paysanne qui néanmmoins apprit à lire le breton et le français. Ses oeuvres sont publiées sous le titre Oberenn glok.

Louis Augustin Le Floc'h

Né à Pontrieux en 1909 et décédé en 1986 à Louannec, il était prêtre catholique et créa plusieurs revues en langue bretonne entre 1940 et 1970. Il traduit également en breton des textes bibliques. Ses poèmes constituent l'essentiel de son oeuvre, comme Troellennoù Glas (Les Spirales bleues) ou Bragerizoù Ene (Les Bijoux de l'âme), ouvrages parus dans les années 30.

Yvon Le Men

Né en 1953 à Tréguier, il vit actuellement à Lannion. Il a publié une trentaine d'ouvrages, oeuvres romanesques, récits, et surtout poétiques. Ses textes sont traduits dans une douzaine de langues, et il aime à faire connaître des poètes issus des quatres continents. Il oeuvre aussi dans les écoles auprès des enfants, après avoir publié de la littérature leur étant destiné. En 2012, il est lauréat du prix Théophile Gauthier de l'Académie Française.

Patrimoine architectural
<p>Ferme typique</p>

Ferme typique

Cités médiévales telles que Dinan ou Moncontour, villages de pêcheurs et résidences de bord de mer, villages au creux des bocages... des paysages très diversifiés offrant des architectures elles-mêmes extrêmement variée pour l'habitat : maisons à pans de bois, manoirs en pierre dont le fameux granit, fermes, longères,... le patrimoine architectural est riche.

Le bois comme matériau ancestral

Les maisons à pans de bois sont une tradition en Côtes d'Armor, du fait de la conjonction de nombreuses zones boisées et du savoir-faire des charpentiers de marine. Les plus anciennes maisons visibles dans le département datent du XVème siècle, avec parfois une couverture d'ardoise sur une façade pour les zones les plus exposées. Les murs-charpente sont souvent en chêne ainsi que les poutres d'appui dites "sablières".

Matériaux géologiques

On trouve dans le sol costarmoricain une grande variété de matériaux. Du granit bien sûr, de différentes compositions lui donnant des couleurs rose, gris plus ou moins moucheté, ocre, blond ou blanc. On trouve également du schiste, du grès, du calcaire, ainsi que du bauge, une terre faite d'argile très compacte. Comme il se doit en Bretagne, les ouvertures des maisons sont souvent encadrées de pierres de taille.

L'ardoise, matériau traditionnel

La majorité des toits costarmoricains sont en ardoise. Autrefois, ces toits ardoisés étaient néanmoins tous différents du fait de la diversité des gisements utilisés, leur donnant des coloris et reflets très variables. La technique de pose était également moins uniforme qu'aujourd'hui. Les ardoises peuvent également recouvrir, comme moyen de protection, les façades de maison les plus exposées aux intempéries.

L'habitat-type

Les Côtes d'Armor sont rurales avant tout. On y trouve donc des habitats simples à la base, fait de longères et maisons de plain-pied, combinant l'habitat et les granges. Une seule pièce à vivre en général pour toute la famille. avec bien sûr la cheminée, tables et bancs, lits et étagères ou coffres pour le rangement. Dans les combles : le grenier non pas pour y stocker de vieux objets, mais pour le grain. C'est à la fin du XVIIIème siècle que commence à se dissocier, au moyen de bâtisses séparées, l'habitat de l'exploitation avec des dépendances types étables et granges, souvent dans le prolongement-même de l'habitation, pour des raisons pratiques. C'est ainsi que naissent les " longère ". Plus tard, les dépendances sont placées perpendiculairement à l'habitation de façon à former une cour, le plus souvent ouverte.

Dinan et ses demeures à pans de bois

Véritable centre de commerce de par son emplacement stratégique en bord de Rance et non loin de la Manche on trouvait autrefois à Dinan de nombreux artisanstenant boutique, le plus souvent sous des maisons à porches formant de longs passages couverts, constituant de véritables galeries marchandes ! Les demeures à pans de bois y sont admirables, on en trouve plus d'une centaine à l'abri des presque 3 km de remparts entourant le centre-ville. Certaines maisons sur rue présentent de véritables vitrines grâce à de grandes baies vitrées.La décoration et les ornements ne sont pas en reste avec des piliers, colonnes, chapiteaux parfois sculptés.

Des maisons en hauteur dès la Renaissance

Les charpentiers se mettent alors à développer des étages indépendants dans les maisons, repoussant les contraintes dimensionnelles par l'élévation d'étages, en particulier dans les villes cernées de rempart. Au-delà de la contrainte d'espace, c'est aussi un moyen efficace de s'affranchir d'un lourd impôt foncier puisqu'autrefois il était calculé sur la surface au sol et non la surface habitable...

Le granit rose du Trégor

A l'instar des rochers souvent déchiquetés de granit rose que forme la côte du même nom, c'est dans le Trégor et sa capitale Tréguier que l'on peut découvrir de belles demeures de pierres taillées dans le granit rose. Pures ou à colombages, les façades offrent de magnifiques coloris tendant nettement sur le rose. Sorti de cette ville à vocation de port de commerce, c'est du côté de la station balnéaire Perros-Guirec que l'on pourra trouver de nombreuses villas secondaires de bord de mer construites par des Parisiens, et dont l'essor a eu lieu avec l'arrivée du chemin de fer à la fin du XIXème siècle.

Les manoirs

Datant du XVème au XVIIIème siècle, ils sont particulièrement nombreux dans le Trégor, mais on en trouve dans toutes les Côtes d'Armor. Il en existe plusieurs centaines, disséminés dans les zones rurales. Il s'agit de grands bâtisses, de gros parallélépipèdes surmontés en général d'un toit à 4 pentes. Les façades sont de granit, plus souvent gris, parfois ocre. Selon la richesse des propriétaires - aristocrates, négociants, armateurs - on peut y voir des niveaux de finition et de décoration différents. Linteaux, appuis de fenêtres, lucarnes, cheminées plus ou moins sculptées, frises, corniches.

Villes et villages
<p>Rue de Dinan</p>

Rue de Dinan

Le patrimoine bâti, plus visible que le patrimoine oral, est depuis longtemps l'objet de sauvegarde et de valorisation. Dinan est la seule ville costarmoricaine titulaire du label Ville d'Art et d'Histoire. Il s'agit d'un label national, attribué par le ministère de la Culture et de la Communication aux villes dotées d'un riche héritage qui mettent en oeuvre une politique d'animation et de valorisation de leur patrimoine et de leur architecture, tout en adoptant une démarche de sensibilisation des habitants et des visiteurs au patrimoine. Le département totalise également sept Petites cités de caractère : Jugon-les-Lacs, Léhon, Moncontour, Pontrieux, Tréguier, La Roche-Derrien et Quintin. Ce label, créé en 1975 en Bretagne par Jean-Bernard Vighetti, vise à mettre en valeur l'authenticité et la diversité du patrimoine de certaines petites communes de moins de 3 000 habitants, dotées d'un bâti architectural de qualité et cohérent. On aurait grand tort de considérer comme patrimoine uniquement l'architecture bourgeoise des villes. L'architecture populaire rurale est également très riche d'enseignements, et gagnerait à être plus connue du grand public. A base de matériaux que l'on qualifie aujourd'hui d' " écologiques ", comme la terre, la paille et le bois, ce patrimoine architectural a longtemps été dévalorisé, étant synonyme de construction à " petits moyens ". Un regain d'intérêt pour ces matériaux peu onéreux, et surtout disponibles sur place, se fait jour en ce début de XXIe siècle. Traditionnellement, certaines zones du département méconnaissent presque la pierre de construction ! Si vous sillonnez la campagne aux alentours de Broons, vous vous rendrez vite compte de l'importance de la terre dans l'architecture rurale. Sur la côte, la pierre prédomine. Notamment le granit rose ou gris.

Ouvrages d’art

Le Pays de Loudéac et du Mené

Le coeur de la Bretagne se révèle à ceux qui savent le trouver là où il est ! Tous les moyens sont bons : à cheval en forêt de Loudéac, en canoë sur le Lié, à pied sur les rives de l'Oust... Tout au long du Lié, vous rencontrerez de nombreux moulins, témoins de l'activité de minoterie qui anime encore de nos jours la vie économique et culturelle de la région. La commune de Plouguenast, à elle seule, compte 13 moulins. Au cours de vos pérégrinations forestières, ne soyez pas surpris de tomber nez-à-nez avec des petits joyaux d'architecture parfaitement conservés. Niché entre un bois et un lac, vous trouverez peut-être le château de la Touche-Tréby, particulièrement représentatif des édifices de style Renaissance en Bretagne. Plus au sud, la rigole d'Hilvern vient nous rappeler que l'homme a de tout temps essayé de dominer son environnement, y compris dans les endroits que l'on pensait les plus reculés et hors d'atteinte. Cette rigole est en fait un énorme bief de dérivation de l'Oust, long de 64 km, qui serpente entre Bosméléac (commune d'Allineuc) et Hilvern (commune de Saint-Gornnery, dans le Morbihan). Son rôle était d'alimenter le canal de Nantes à Brest, à l'endroit où ce dernier réalise la jonction entre les vallées de l'Oust et du Blavet. Creusée à la main d'hommes au XIXe siècle, cet ouvrage nécessita la force de travail de plus de 600 personnes !

Les moulins à marée

Le long des côtes, de nombreux moulins à marée ont récemment été sauvés de l'oubli et restaurés. L'existence du moulin à marée de Mordreuc, à Pleudihen-sur-Rance, est attestée au début du XVIe siècle. En 1939, alimentée uniquement par l'énergie marémotrice, la minoterie Crespel fonctionne 14h/24h et 8 jours sur 15. Elle cesse de fonctionner en 1955. D'abord transformé en crêperie, le bâtiment abrite actuellement une maison d'habitation. Le moulin du Birlot, sur l'île de Bréhat, a été construit entre 1633 et 1638. Il était la propriété du duc de Penthièvre, seigneur de Brehat, et chacun devait y venir moudre son grain. Le moulin se complète d'une digue de 140 m de long fermant l'anse du Birlot. Son fonctionnement est simple : à marée montante, la réserve s'emplit d'eau, et à marée descendante l'eau retenue est libérée, par un système de chasse qui actionne la roue et le mécanisme des meules. Il continua à moudre jusqu'en 1920, date à laquelle un boulanger vint s'installer en important sa farine. Abandonné, le moulin ne résista pas à l'ouragan de 1987, qui emporta ce qui lui restait de toiture. A partir de 1990, a débuté la restauration de ce magnifique ensemble, et le petit moulin trapu a retrouvé aujourd'hui toute sa beauté et son ingénieux mécanisme. Entre Trégastel et Ploumanac'h, deux moulins à marée ont été conservées. Le moulin de Trégastel date du XIVe siècle ! Il servait à moudre le grain. Celui de Ploumanac'h, plus récent, n'a que très peu servi, son activité principale étant de concasser la glace pour fournir les bateaux de pêche.

Traditions et modes de vie
Les pardons en Côte d'Armor

Le pardon est un élément fondateur de la vie religieuse et sociale en Bretagne. Mais connaissez-vous cette tradition religieuse consistant en une cérémonie d'adoration des saints, suivi d'une fête populaire ? Le pardon fait cotoyer la fête religieuse et la fête païenne, qui tendent à se superposer. A date anniversaire de la mort d'un saint breton, on entame un pélerinage, le plus souvent sur sa tombe, ou autre lieu dédié. On dit que ce sont les moines venus d'Outre-Manche qui seraient à l'origine de ce rite. Comme son nom l'indique, le pardon consiste à prier, faire pénitence pour se faire pardonner ses fautes, obtenir l'absolution. L'accomplissement du pardon est à pied, en portant des croix, bannières brodées et status des saints, en procession, en groupe et par paroisse. Les femmes mettent à l'honneur les costumes anciens. Les 4 éléments sont évoqués lors du pardon : Marcher est le symbole de ta terre ; Le feu est représenté par des feux de joie ; l'eau par le recueil devant les fontaines ; quant à l'air, on l'évoque en faisant claquer les bannières au vent. Si autrefois chaque village, et même chaque église ou calvaire, avait son pardon, aujourd'hui on le fête encore dans les principales villes. Celui de Tréguier est célèbre, ainsi que celui de Sainte-Anne d'Auray qui a été honoré par le pape Jean-Paul II en 1996. Après les cérémonies religieuses, la fête prend place, permettant de resouder les liens familiaux et sociaux, avec très souvent un repas champêtre, des danses, de jeux voire un fest-noz en soirée. Selon sa localisation, chaque pardon a ses particularités et ses thèmes. De sa vocation religieuse, l'événement a souvent évolué pour mettre en avant la fête avec des compétitions sportives, attirant son cortège de forain et autres commerçants. N'oublions pas qu'autrefois les animaux avaient aussi leur pardon à l'occasion de l'événement : A titre d'exemples : à Moncontour, on attachait les cordes des cloches de l'église aux cornes des bêtes. A Laniscat, la tradition était de baigner les chiens dans la fontaine, alors qu'à Trégomar, c'était les cochons qui étaient à l'honneur. A Saint-Nicolas du Pélem, de l'eau bénite était versée dans les oreilles des chevaux et à Bulat-Pestivien, on lâchait du haut du clocher un chapon offert par les fidèles. La mer peut aussi être à l'honneur comme pour le pardon de Paimpol où on fêtait le débart des pêcheurs vers l'Islande. Vous souhaitez participer à un pardon en Côtes d'Armor ? Nous vous recommandons celui de Saint-Yves à Tréguier, celui de Notre-Dame deBon-Secours à Guinguamp, ou celui de Paimpol. Les pardons ont lieu durant l'été, vous en trouverez beaucoup d'autres à célébrer.

Langue

D'un point de vue linguistique, le département est globalement " coupé en deux ". A l'est d'une frontière approximative, qui relierait Plouha au nord et Mûr-de-Bretagne au sud, on parle de " Haute-Bretagne ", alors que le vocable de " Basse-Bretagne " est réservé à la zone située à l'ouest. La Basse-Bretagne est bretonnante, c'est à dire qu'elle utilise le breton comme langue issue de la tradition. Les habitants de Haute-Bretagne utilisent quant à eux le gallo, langue romane cousine de l'ancien français, de la famille des langues d'oïl. On note d'importantes variantes concernant le vocabulaire et la prononciation selon l'endroit où l'on est. Concernant le breton, des tentatives de standardisation de la langue ont abouti à la création du breton K-L-T (Cornouailles, Léon, Trégor). Aucune de ces deux langues vernaculaires n'a le statut de langue officielle. Aussi sûr que " La République est une et indivisible ", " La langue de la République est le français ", martèle inlassablement l'article 2 de la Constitution française... Le territoire de l'actuel département des Côtes-d'Armor fut entièrement bretonnant au haut Moyen Age. Cependant, à partir de l'an 1000, le gallo s'est répandu petit à petit, venant de l'est. On peut suivre cette évolution : en 1200, un tiers du département avait oublié le breton ; en 1300, la limite linguistique joignait Saint-Brieuc à Plémet ; en 1500, la limite joignait Binic à Loudéac, et en 1800, Trévéneuc à Hémonstoir. Au début du XXe siècle, la limite linguistique s'est établie de Plouha à Gouarec. Cependant, aujourd'hui, beaucoup de Bretons essaient de réapprendre la langue que leurs ancêtres ont oubliée, et cette limite linguistique a un peu perdu de son sens. Le gallo comme le breton peuvent être pris comme options au Baccalauréat, bien que l'enseignement n'en soit pas assuré dans tous les établissements scolaires. On peut même inscrire ses enfants dans une école Diwan (bilingue breton-français) à Dinan, ville qui n'a plus parlé breton depuis... le XIIe siècle ! Autre curiosité de l'Histoire, la signalisation routière bilingue (breton-français) est utilisée dans tout le département, alors que seule la partie occidentale comprend le breton. Ainsi pourrez-vous être accueillis par un joyeux panneau " Degemer Mat en Aodoù an Arvor " (" Bienvenue en Côtes-d'Armor ") dès que vous passerez la Rance, mais ne vous avisez pas de répéter cette phrase dans le premier bistrot venu, personne ne vous comprendra ! Pire, vous signerez ici votre indéfectible appartenance à la tribu des " Parisiens ", peuple migrateur réputé pour sa fâcheuse tendance à provoquer des embouteillages côtiers en saison estivale.

Musique – Danses

Si l'image de la cornemuse est souvent choisie pour représenter la Bretagne et la musique traditionnelle des départements qui la composent, il s'agit, il faut bien le dire, d'un cliché folklorique éculé. Les traditions musicales qui se sont succédées sur le territoire costarmoricain ne se réduisent évidemment pas à cette image d'Epinal. A noter, on parle moins volontiers de " musiciens " que de " sonneurs " (ou " sonerien " en breton), censés remplir une véritable fonction d'animateurs en de nombreuses occasions festives de la vie quotidienne.

La danse

Indissociable du chant ou de la musique, la danse de tradition existe sous plusieurs formes en Côtes-d'Armor. Les plus anciennes sont les danses en rond, héritières directes des danses médiévales. On peut citer par exemple le passepied dans le pays de Saint-Brieuc, les rondes dans le pays de Loudéac, le plinn et la gavotte dans le pays de Rostrenen. Viennent ensuite les contredanses, issues des country-dances importées des campagnes anglaises à Fontainebleau, dès 1684. Ce sont des danses à figures, qui se dansent en groupe restreint de quatre ou huit danseurs. On est alors loin du modèle médiéval de la ronde communautaire ! Les contredanses telles l'avant-deux se sont implantées surtout dans les campagnes de Saint-Brieuc, Guingamp, Lamballe et Dinan. Fin XIXe siècle et début XXe, surgissent de nouvelles formes de danses à la mode, comme la polka, la scottisch ou la mazurka, qui se dansent en couple, en position de " bal moderne ". Pour certains ethnologues, cette dernière " vague " serait trop moderne pour être considérée comme traditionnelle. Aujourd'hui, toutes ces danses sont pratiquées indifféremment dans les festoù-noz et festoù-deiz qui animent les week-ends costarmoricains. La danse avait autrefois une fonction utilitaire, en lien étroit avec le cycle des travaux agricoles. On dansait dans les pileries d'place, pour fouler la nouvelle aire à battre le blé, pour tasser la terre du sol d'une nouvelle maison... Au XXIe siècle, la danse remplit une fonction de loisirs, mais sert également de " matériau " pour élaborer des spectacles chorégraphiques de haute tenue.

Le chant

Indiscutablement, le chant est présent partout en Côtes-d'Armor, sous toutes ses formes : chant à danser, chant à écouter, chant à la marche... Les vagues successives de modes instrumentales ont parfois détrôné le chant de son statut privilégié de " réflexe festif ", mais la pratique traditionnelle du chant s'est néanmoins maintenue sur tout le territoire jusqu'à la deuxième guerre mondiale. De nombreuses chansons ont été collectées en breton à l'ouest. A l'est, les chansons issues de la tradition sont le plus souvent en français, mêlant parfois quelques mots en gallo. Un mouvement associatif de grande ampleur a vu le jour dans les années 1970, héritier des démarches pionnières folkloristes du XIXe siècle, ayant pour objectif la collecte, la sauvegarde et la transmission de ces répertoires chantés. Aujourd'hui, de nombreuses veillées intergénérationnelles sont organisées, permettant aux jeunes générations d'apprendre le savoir et surtout le savoir-faire auprès des anciens.

Le couple biniou-bombarde

La bombarde est un instrument de la famille des hautbois populaires qui traditionnellement est souvent accompagné d'un biniou, instrument de la famille des cornemuses. Encensé par les folkloristes du XIXe siècle, le trio biniou-bombarde-tambour est surnommé " l'orchestre national breton ". Cette forme musicale s'est implantée essentiellement en Centre-Bretagne, dans les pays de Rostrenen et de Loudéac. Le joueur de bombarde est le meneur de l'ensemble tandis que le biniou et le tambour le suivent et assurent la stabilité de la marche ou de la danse. La bombarde ne joue qu'une phrase musicale sur deux tandis que le biniou et le tambour répondent, lui permettant ainsi de se reposer. La Haute-Bretagne a quant à elle développé des ensembles composés de violon, de bouèze, de vielle ou de tronc d'chou, traduction gallèse de la clarinette (lire ci-après). Ces duos ou trios animent les fêtes populaires, mariages, battages... Aujourd'hui, vous pouvez apprendre à jouer de ces instruments dans le cadre associatif, sur tout le territoire départemental !

La vielle à roue

Instrument européen par excellence, dont l'aire de jeu s'étend au XIXe siècle de l'Espagne à la Russie, la vielle à roue appartient à la famille des instruments à cordes frottées. Le son est produit par une roue en bois jouant le rôle d'un archet, actionnée par une manivelle. Le vielleux tourne la roue par à-coups, faisant vibrer une petite pièce en bois (le chien) qui grésille sur la table de résonance. Avec l'autre main, il appuie sur des touches placées sur les cordes qui font la mélodie. La pratique traditionnelle de la vielle s'est essentiellement implantée dans les pays de Saint-Brieuc, Dinan, Quintin, Moncontour et sur les côtes du Trégor. Il s'agit du véritable instrument emblématique des Côtes-d'Armor. Aujourd'hui, un regain de cette pratique instrumentale est très perceptible, et concerne également les jeunes générations.

Le violon

La pratique traditionnelle du violon populaire est attestée dans les pays de Lannion, Dinan, Broons, Merdrignac et Loudéac. Le violoneux jouait seul ou accompagné par les instruments pratiqués dans la région où il officiait : vielle, accordéon, biniou-bombarde... Il n'était pas rare qu'un même sonneur sache jouer de plusieurs instruments, histoire de rester à la mode et d'être sûr de garder le " monopole " des animations de noces ou de fêtes populaires. La pratique traditionnelle est tout sauf figée ! Aujourd'hui, l'attrait pour les anciens violoneux intéresse certains jeunes musiciens, curieux de découvrir un style de jeu de type " ethno ". La plupart des violonistes actuels jouant de la musique traditionnelle préfèrent cependant copier le style irlandais ou le style des violonistes classiques.

La treujenn-gaol

La treujen-gaol (" tronc de chou ") est le surnom donné à la clarinette populaire. Le sonneur de treujenn-gaol joue souvent en duo ou en petite formation, accompagné par des sonneurs de treujenn-gaol également, ou de vielle, biniou, violon, tambour (selon la région). La pratique traditionnelle de la treujenn-gaol est attestée essentiellement autour de Loudéac et de Rostrenen, ainsi que dans le sud-ouest du Trégor. Aujourd'hui, la pratique de cet instrument est en pleine vitalité en Centre-Bretagne, notamment dans le pays de Glomel.

L'accordéon

Peut-on parler d'instrument traditionnel à propos de l'accordéon ? Ce qui est sûr, c'est que l'on en trouve tout autour du globe, y compris en Côtes-d'Armor ! Apparu au milieu du XIXe siècle, l'accordéon diatonique devient vite à la mode et supplante parfois définitivement les autres instruments déjà présents sur le territoire. Emblème de la modernité par excellence, l'accordéon chromatique inonde les campagnes à partir des années 1930, donnant parfois lieu à des associations de type orchestre de bal, jouant des airs vieux de deux siècles ! Il n'y a pas à proprement parler de " style costarmoricain ". L'instrument s'est néanmoins répandu sur tout le territoire, avec des succès différents, selon la capacité de résistance des pratiques déjà en place. Aujourd'hui, c'est un instrument qui est très pratiqué, et que l'on met à toutes les sauces : fest-noz, chants de marins, bal traditionnel, musiques dites " actuelles "...

L'introduction de la cornemuse écossaise

L'importation de la cornemuse écossaise en Bretagne daterait de 1895. En raison d'une certaine fascination pour les pipe-bands écossais, les militants du renouveau folklorique breton vont s'évertuer, dès le début du XXe siècle, à reproduire ce genre de formation musicale, jusque-là inconnu en Bretagne. Ils vont pour cela appeler la cornemuse écossaise " biniou braz " (grand biniou, en breton) ou " biniou nevez " (nouveau biniou), reléguant le biniou des ancêtres au rang des antiquités, sous le nom de " biniou bihan " (petit biniou) ou " biniou koz " (vieux biniou). Le terme " bagad ", inventé en 1948, désigne encore de nos jours le pipe-band à la mode de Bretagne, mêlant cornemuses écossaises, bombardes et percussions.

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