Guide de NEW YORK : Histoire

Avant l'arrivée des Européens

Avant l'arrivée de " l'homme blanc ", bien des peuples ont élu domicile dans la région de New York. On estime que les premiers hommes sont arrivés vers 10 000 av. J.-C.. Mais les peuples dont on a les premières traces sont les ancêtres des Iroquois et Algonquins, qui se sont installés vers 900 apr. J.-C. Là où l'île de Manhattan était peuplée d'Algonquins aux nombreux dialectes, les alentours et notamment le nord de New York étaient habités par les Iroquois, d'où des tensions récurrentes entre les deux tribus. Ce n'est qu'en 1570 que les différents peuples sont arrivés à faire la paix et ont formé la puissante Confédération des Iroquois. Quant à la faune et la flore, New York était jusqu'à l'arrivée des Européens une vaste forêt d'érables, de châtaigniers et de pins. On y trouvait aussi de nombreux arbres à fruits rouges. Les habitants se nourrissaient aussi beaucoup de poissons et de moules qu'ils pêchaient à l'aide de radeaux.

Les origines de la ville

La première reconnaissance du site de la future New York est menée en 1524 par Giovanni da Verrazano, un marin italien qui navigue pour le compte du roi de France, François Ier. Verrazano pénètre dans la baie de New York, mais se contente d'en faire le tour, peut-être parce qu'il craint d'être attaqué par les Indiens algonquins. Puis, le silence retombe et l'on n'entend plus parler du site pendant près d'un siècle. En 1609 (un an après la fondation de Québec), Henry Hudson, un navigateur anglais au service de la Compagnie hollandaise des Indes occidentales, retrouve la baie et la remonte vers le nord. Hudson, qui est à la recherche d'un passage pour l'Orient, découvre que le fleuve qui porte aujourd'hui son nom est navigable sur 200 km (jusqu'à l'actuelle Albany) et que sa vallée contient des richesses prometteuses en fourrures. Pour exploiter ce commerce, la Compagnie hollandaise des Indes occidentales décide d'établir Fort Amsterdam, à l'extrémité sud de l'île de Manhattan. Selon l'une des plus vieilles légendes de New York, le premier gouverneur de la nouvelle colonie, Peter Minuit, acheta la totalité de l'île pour 60 guinées (24 US$). Selon une autre légende, typiquement new-yorkaise, il l'acheta à des Indiens, les Canarsie, auxquels elle n'appartenait pas. Quoi qu'il en soit, Manhattan, dont le nom signifierait " le lieu des collines rocheuses ", est à l'époque strictement utilisé comme réserve de chasse par les Indiens.

Chronologie

1524 > Giovanni da Verrazano découvre le site de la future New York.

1609 > Henry Hudson explore l'Hudson River.

1624 > La Compagnie hollandaise des Indes occidentales établit sa première colonie (New Netherland).

1653 > Construction de fortifications de protection contre les Anglais et les Indiens.

1664 > Le gouverneur Peter Stuyvesant s'empare de la colonie, qui sera reprise par les Hollandais quelques années plus tard.

1674 > Traité de Westminster qui donne définitivement New York aux Anglais.

1775-1783 > Révolution américaine, durant laquelle New York, envahie par les troupes anglaises, est décimée lors de la sanglante bataille de Long Island (Battle of Long Island, 1776) et ravagée par deux gigantesques incendies (1776 et 1778).

1785-1790 > New York devient première capitale fédérale. George Washington y est nommé premier président des Etats-Unis en 1789.

1789 > Fondation de la Tammany Society, parti démocrate contrôlant le monde politique, la police, la justice, les gouvernements et la presse.

1825 > Inauguration du canal Erié, reliant l'Hudson River et le lac Erié, ce qui permet à New York de devenir l'un des plus grands centres commerciaux.

1795-1849 > De nombreuses émeutes et épidémies ravagent la ville.

1820-1840 > Arrivée massive d'immigrants irlandais, allemands, juifs et italiens. En 20 ans, la population a doublé.

1883 > Construction du Brooklyn Bridge par les Roebling. Celle des autres ponts ne tardera pas. Ce qui permet, en 1898, d'appeler New York la Five Boroughs City.

1904 > Création du métro new-yorkais. L'industrialisation intense du pays, depuis le milieu du XIXe siècle, se poursuit, tandis qu'on assiste à de grandes inventions.

1920 > Exode rural massif dû à la Grande Dépression. Grand centre industriel, New York est moins touchée par la crise que le reste du pays.

1939-1945 > La Seconde Guerre mondiale est plutôt favorable à la ville. Grande phase d'expansion économique. Création d'une industrie de la mode. Les banques s'implantent à New York et la ville devient le centre du commerce et des affaires mondiales.

Jusqu'en 1950 > Immigration massive des peuples du Sud de l'Europe, de l'Europe de l'Est et de Chine, mais aussi de Noirs venus des Etats du sud du pays. Ils seront suivis, quelques années plus tard, par les habitants de Puerto Rico, des Caraïbes et d'Amérique latine.

1950-1955 > New York, à l'apogée de la civilisation occidentale, est aussi la capitale de l'art.

Années 1970 > Une grave crise fiscale met la ville au bord de la banqueroute. Déblocage de fonds spéciaux par le gouvernement fédéral.

1977 > Election du maire Edward Koch.

1987 > Krach boursier mondial entraînant licenciements et faillites. Montée en flèche du nombre des sans-abri.

1989 > Election du premier maire noir de la ville en la personne de David N. Dinkins.

1990 > Un climat d'insécurité règne sur la ville. New York n'est pas remise des problèmes engendrés par un appauvrissement grandissant.

1993 > New York victime du terrorisme international avec l'explosion d'une voiture piégée au World Trade Center, faisant six morts et plus de mille blessés.

1993 > Election de Rudolph W. Giuliani, premier maire républicain à être élu depuis 1965.

1997 > Nouvelle victoire municipale pour Giuliani. New York fait désormais partie des cinq villes les plus sûres des Etats-Unis.

2000 > Hillary Clinton (démocrate) élue sénateur de l'Etat de New York. Atteint d'un cancer, le maire renonce, à mi-parcours, aux élections sénatoriales.

2000 > Nouveau président des Etats-Unis, George W. Bush succède à son adversaire démocrate Bill Clinton.

2001 > Le 11 septembre, les deux tours du World Trade Center sont détruites par deux avions pilotés par des terroristes d'Al-Qaida.

2002 > Michael R. Bloomberg devient maire de New York.

2003 > Le projet Memory Foundation de Daniel Libeskind, modifié depuis, remporte le concours de projets de reconstruction du World Trade Center. George Bush envoie les troupes américaines en Irak, supposé abriter des terroristes d'Al-Qaida et détenir des armes de destruction massive, malgré l'opposition de la communauté internationale.

3 novembre 2004 > George W. Bush est réélu président des Etats-Unis avec 51,1 % des voix contre 48 % pour John Kerry.

6 juillet 2005 > New York perd la course aux Jeux olympiques de 2012.

Hiver 2005 > Révélations sur l'existence de camps de détention de la CIA en Europe, menaces d'interventions militaires en Iran et en Syrie alors que l'Irak continue de brûler. La stratégie internationale de l'administration Bush ressemble de plus en plus à une fuite en avant.

Mars 2008 > Le gouverneur démocrate de New York, Eliot Spitzer, surnommé le " shériff de Wall Street " pour son combat contre la délinquance financière, démissionne après avoir été mis en cause dans une retentissante affaire de moeurs. Le nouveau gouverneur, David Paterson, est le premier afro-américain non-voyant à occuper le poste.

Juin 2008 > Le 7 juin, après quelques jours de suspense, Hillary Clinton reconnaît officiellement sa défaite aux primaires démocrates et par là, la victoire de son rival, Barack Obama. Après 17 longs mois de campagne, la sénatrice abandonne la compétition. Le sénateur de l'Illinois (47 ans) reste donc dans la course face au républicain John McCain (72 ans). Les rues de New York se montrent alors largement favorables à l'élection de Barack Obama.

4 novembre 2008 > Barack Obama fait date dans l'histoire du pays. Il remporte les élections avec 52 % des suffrages et devient ainsi le premier président noir des Etats-Unis. New York le plébiscite avec 79 % des voix.

20 janvier 2009 > Cérémonie d'investiture à Washington du 44e président des Etats-Unis. Plus de 2 millions de personnes assistent à l'événement, historique.

9 octobre 2009 > Attribution du prix Nobel de la paix à Obama. Symbolique de l'espoir qui pèse sur ses épaules.

Novembre 2009 > Michael Bloomberg, maire de New York depuis 2002, décroche un troisième mandat.

Mars 2010 > Barack Obama remporte le vote décisif (et historique) pour la validation du projet de réforme de la santé du système américain. La Chambre des Représentants approuve le texte adopté auparavant par le Sénat.

Novembre 2010 > Les midterms elections (élections de mi-mandat) redonnent au pouvoir législatif une majorité républicaine. La marge de manoeuvre du président est réduite.

14 mai 2011 > Le scandale de ce qui deviendra "l'affaire Strauss Kahn" éclate au Sofitel de New York.

25 juin 2011 > New York devient le sixième État à reconnaître le mariage homosexuel.

Août 2011 > Crise de la dette dans le monde.

11 septembre 2011 > Commémoration des 10 ans des attentats à New York en présence des familles des victimes. Inauguration temporaire des bassins du futur Memorial.

29 octobre 2012 > L'ouragan Sandy frappe la côte est des Etats-Unis. Le bilan est lourd pour la ville de New York.

Novembre 2012 > Barack Obama est réélu président des Etats-Unis avec 51,1 % des voix (332 grands électeurs) face à Mitt Romney 47,2 % (206 grands électeurs). New York vote pour Obama à 81%.

14 décembre 2012 > Vingt enfants et six adultes sont abattus lors d'une fusillade dans une école de Newtown (Connecticut) qui provoque une grande émotion aux Etats-Unis et un énième débat sur la libre-circulation des armes dans le pays.

Novembre 2013 > Le 5 novembre, Bill de Blasio est élu nouveau maire de New York, avec 72,2% des voix. Le candidat s'était montré très critique à l'encontre de Michael Bloomberg durant la campagne. Bill de Blasio promet notamment de mettre un terme à la méthode controversée de la police (dite stop-and-frisk), qui permettait aux agents d'arrêter et de fouiller n'importe quelle personne sans motif apparent.

24 octobre 2014 > La ville de New York annonce que le médecin revenu de Guinée, Craig Spencer, est le premier new-yorkais contaminé par le virus Ebola.

17 juillet 2014 > A Staten Island, Eric Garner décède par étouffement lors d'une arrestation musclée par deux policiers qui le soupçonnent de vente illégale de cigarettes, relançant une fois de plus le débat sur les violences policières envers la population noire.

3 novembre 2014 > Le groupe américain d'édition Condé Nast s'installe dans la tour One World Trade Center, entre les étages 20 et 44.

Janvier 2015 > Le premier dispensaire de marijuana à usage médicale ouvre à Union Square.

16 août 2016 > Le projet pharaonique du Westfield World Trade Center, un immense mall au sein de la gare WTC Oculus, touche à sa fin et ouvre ses portes.

17 septembre 2016 > Une bombe artisanale explose dans le quartier de Chelsea, blessant une trentaine de personnes. Une autre bombe, qui ne s'est pas déclenchée, est retrouvée à quelques mètres. Pendant 24 heures, plus d'une dizaine d'engins explosifs sont retrouvés dans le New Jersey et à New York sans faire de victimes. Pour l'ancien chef de la police de New York, Bill Bratton, il s'agit de "la première attaque terroriste d'envergure depuis le 11-Septembre."

8 novembre 2016 > Donald Trump célèbre au Hilton de Times Square sa victoire à la présidentielle, tandis que quelques blocks à l'est, au Javits Center, Hillary Clinton constate que son rêve de Maison Blanche s'est envolé.

9 novembre 2016 > Des milliers de New-Yorkais manifestent autour de la Trump Tower pour protester contre les résultats de l'élection.

31 octobre 2017 > Le jour d'Halloween, un pick-up fonce sur une piste cyclable de Manhattan, faisant 8 morts et 15 blessés. Le conducteur, affilié à l'Etat Islamique, est aussitôt neutralisé par les forces de l'ordre.

7 novembre 2017 > Bill de Blasio est réélu maire de New York.

11 décembre 2017 > Une tentative d'attentat terroriste a lieu près de Times Square en pleine heure de pointe. L'explosion de la bombe artisanale n'est que partielle, le drame est évité et le suspect arrêté.

Hollandais et Anglais

New York a toujours été considéré comme un melting-pot et un havre de tolérance. Le fait est qu'en 1643 les 4 500 habitants qui occupent le bas de l'île parlent 18 langues. Un certain William Kieft, gouverneur de la place, tente de faire payer aux Algonquins un impôt. La réponse ne se fait pas attendre : les postes avancés de la colonie sont détruits, le commerce s'effondre. En 1647, avec la nomination de Peter Stuyvesant au poste de gouverneur, la prospérité revient. La ville de La Nouvelle-Amsterdam est officiellement fondée. A cette même période où la Hollande réclame toute la côte comprise entre Cape Cod et le fleuve Delaware, Stuyvesant part en guerre contre les colonies suédoises implantées dans le Delaware. Puis, Anglais et Hollandais se déclarent la guerre. En 1653, les pionniers de La Nouvelle-Amsterdam érigent un mur de protection sur la limite nord du settlement. Ce mur suivait le tracé de l'actuelle Wall Street. Alors que les Anglais se préparent à attaquer la colonie, la paix est déclarée. Les relations entre les habitants de La Nouvelle-Amsterdam et de la Compagnie des Indes occidentales n'ont jamais été bonnes : les impôts sont levés et les conditions de vie sur les lieux sont mauvaises. En 1664, une flotte anglaise commandée par le duc d'York fait le blocus de la cité. Le 8 septembre, grâce à la complicité de ses habitants, les Anglais s'emparent de La Nouvelle-Amsterdam et la rebaptisent New York. Le 30 juillet 1673, les Hollandais reprennent la ville. Ils seront contraints de l'abandonner définitivement en novembre 1674. La situation géographique de New York, qui bénéficie du Long Island Sound (sound signifie " chenal ") relié à la côte sud de la Nouvelle-Angleterre, va largement contribuer au développement du commerce.

Pirates et esclaves

A la fin des années 1690, les pirates y trouvent refuge et approvisionnements. A partir de 1724, des esclaves africains sont importés à New York. Ils sont si prisés comme domestiques que, bientôt, la population noire de la ville dépasse la population blanche. L'année 1741 est marquée par une série d'incendies d'origine suspecte ; une récompense de 100 livres est offerte à qui dénoncera le coupable. Une jeune servante en apprentissage dénonce son maître, des domestiques de la maison, et des Noirs. Quatre Blancs sont exécutés, quatorze Noirs sont brûlés sur le bûcher, vingt sont pendus, soixante et onze autres sont déportés. Il y a quelques années, la recherche historique sur les Noirs (African Americans) de New York a connu un regain d'intérêt suite à l'exhumation de plusieurs cimetières dans Lower Manhattan.
Premier journal de New York, pro gouvernemental et pro anglais, The Gazette est fondé en 1725. En 1733 paraît l'antigouvernemental Weekly Journal. Les deux journaux ne vont pas tarder à diviser l'opinion entre un parti de la Cour (Court Party) et un parti populaire. En novembre 1734, John Peter Zengler, propriétaire du Weekly Journal, s'en prend violemment au gouvernement anglais. Arrêté, il est conduit devant la justice en août 1735 pour répondre de l'accusation de diffamation. Son défenseur est Andrew Hamilton, speaker de l'assemblée de Pennsylvanie et père d'Alexander Hamilton. Zenger est acquitté, et, à travers lui, l'idée de la liberté de la presse prend forme et s'impose. Ce procès est à l'origine de l'expression " Philadelphia Lawyer " (ce qui désigne un avocat particulièrement habile et procédurier).

Loyalistes et indépendantistes

Après le succès des Anglais dans leur guerre contre les Français et leurs alliés indiens (French and Indian War), le Parlement anglais décide de faire payer le coût de la guerre à ses colonies américaines en leur imposant un timbre de taxe (stamp tax). En 1765, le Congrès se réunit spécialement à New York pour en débattre (Stamp Act Congress). Au cours de la séance, deux partis se forment : derrière Delancey s'aligne le parti de la Cour ; derrière Livingstone se met en place le parti des Fils de la Liberté (Sons of Liberty), dont les membres sont recrutés parmi les artisans et les artisans ouvriers privés du droit de représentation. La majorité de l'assemblée de New York se déclare hostile au timbre de taxe. Les dés sont jetés. Alors que le Stamp Act a été rejeté par les colonies anglaises d'Amérique, une nouvelle loi, le Townsend Act, est voté à Londres en 1766 : elle stipule un impôt sur le verre, le papier, le plomb, la peinture et le thé. Par ailleurs, la couronne exige des colonies qu'elles prennent en charge le ravitaillement des troupes d'occupation. Finalement, toutes les taxes (à l'exception de la taxe sur le thé) seront annulées en 1760. A cette même période, la majorité des marchands conservateurs de New York se rangent du côté du parti loyaliste (Loyalist Party), nouvelle appellation du Court Party, tandis qu'une minorité de New-Yorkais appuie les Sons of Liberty, ainsi que le Congrès continental qui se déroule en janvier 1775. Mais les événements vont évoluer très vite : en mai 1775, à l'ouverture de la guerre entre l'Angleterre et ses colonies, il devient évident que New York va jouer un rôle pivot.

Anglais et Américains

Mais la ville est doublement vulnérable : la flotte britannique menace par le sud, et une invasion de l'armée anglaise est possible depuis le Canada par le nord. Les Anglais ont prévu de s'emparer de New York et de diviser les colonies. Ils débarquent à Long Island et attaquent l'armée de Washington dans la plaine qui s'appelle aujourd'hui Brooklyn. La bataille de Long Island, en août 1776, sera la plus importante et la plus sanglante de toutes celles livrées lors de la révolution américaine pour l'indépendance du pays. Washington doit se retirer à Manhattan et se réfugier derrière les fortifications de Harlem Heights (aujourd'hui Morningside Heights). D'importants travaux de défense sont entrepris. Fort Washington (Washington Heights) est relié à Fort Lee, sur l'autre rive de l'Hudson (à la hauteur de l'actuel George Washington Bridge), par une barrière de vaisseaux destinée à bloquer l'accès de l'Hudson à la flotte anglaise. Grand Street est fortifiée. Fort Independance et Fort George sont bâtis à la hâte, l'un dans le Bronx et l'autre à l'emplacement actuel des Cloisters, à l'extrémité nord de Manhattan. Un instituteur, Nathan Hale, qui épie les mouvements de l'armée britannique pour le compte des révolutionnaires, est capturé. Au moment d'être pendu (à l'emplacement du Bowling Green), il clame - la phrase est restée célèbre en Amérique - qu'il " regrette de n'avoir qu'une vie à offrir à sa patrie ". Craignant une attaque par l'arrière, Washington abandonne Harlem, à l'exception de Fort Washington, et se cantonne sur une ligne délimitée par la rive nord de la Bronx River. Puis, il engage la bataille de White Plains, qu'il va perdre, comme la plupart de ses autres batailles. Après la retraite du général américain et de ses troupes dans le New Jersey, les Anglais s'emparent de New York : ils vont occuper la ville pendant le reste de la guerre, utilisant de vieux navires vermoulus comme prisons. Bien que New York soit un fief des loyalistes, les soldats britanniques pillent et maltraitent ses habitants. Les Anglais ont brûlé un quart de la ville. En 1778, un incendie achève de dévaster la cité et, au moment du retrait définitif des troupes anglaises, en novembre 1783, l'économie de New York s'effondre.

Deux mariages et une révolution

Pourtant, quelques mois seulement après la fin de la guerre d'Indépendance, New York envoie des navires marchands en Chine. En 1788, plus de 100 vaisseaux sont ancrés dans le port. Alexander Hamilton et John Jay, figures de proue de la ville, sont les garants intellectuels de la nouvelle Constitution fédérale qui est approuvée en 1789. En 1790, New York, capitale de la province sous les Anglais, devient la première capitale fédérale. Puis, le Capitole est transféré à Philadelphie, avant d'être établi de façon permanente dans le District de Columbia, sur le Potomac, entre les Etats du Maryland et de la Virginie. En 1797, Albany est nommée capitale de l'Etat de New York, ce qu'elle est toujours.
A cette période, trois grandes familles luttent pour le pouvoir sur la ville et sur l'Etat : les Clinton, les Livingston et les Schuyler. Alexandre Hamilton épouse une Schuyler, John Jay convole avec une Livingston. Mais la puissance et la richesse combinées des Schuyler et des Livingston ne réussissent pas à abattre le pouvoir des Clinton. George Clinton est élu gouverneur de l'Etat de New York sept fois de suite. Son neveu, De Witt Clinton, sera sénateur, puis gouverneur. Plus tard, les Livingston et les Clinton font alliance. Robert Livingston, qui détient le droit exclusif de naviguer sur les eaux de l'Etat, finance un bateau à vapeur, The Clermont, le premier steamer à faire l'aller-retour entre New York et Albany sur l'Hudson. L'architecte de ce bateau, Robert Fulton, est un personnage intéressant. Fils d'une famille pauvre de Pennsylvanie, il voulait devenir peintre mais part en Angleterre pour étudier avec Benjamin West. Il devient ingénieur. En 1801, Fulton construit un sous-marin, The Nautilus, qu'il présente lors d'une démonstration dans le port de Brest devant Napoléon, coulant une petite embarcation avec une torpille. Fulton perfectionnera également son bateau à vapeur à Paris. Durant la guerre anglo-américaine qui commence en 1812 (l'année même de la retraite de Russie), New York se sent menacée, et Fulton fait construire un vapeur de 38 tonnes entièrement blindé et fortement armé, le premier navire de guerre moderne. Ce cuirassier ne sera pas achevé avant la fin du conflit, en 1814.

Un canal et deux océans

La ville de New York devient le centre du commerce transatlantique à l'époque où l'Etat de New York entreprend la construction du canal Erié. Ouvert en 1825 par De Witt, reliant Albany au lac Erié, ce canal permet aux transports fluviaux d'aller vers l'ouest jusqu'au Minnesota, c'est-à-dire près de la source du Mississippi. Ainsi, tandis que le commerce transatlantique augmente et que l'ouverture de l'Amérique sur la côte Ouest s'affirme, la position de New York lui fait occuper une place de plus en plus prédominante dans le monde. La politique de la ville est vite contrôlée par les survivants du Parti populaire. En 1789, les Sons of Liberty ont fondé Tammany Hall (Tammany est le nom d'une tribu d'Indiens). Le nouveau parti se fait le champion des immigrants privés de droits civiques, se bat pour le suffrage universel (pour les hommes) et pour une administration locale largement élue. Tammany, fondé et dirigé par Aaron Burr, ainsi que les démocrates prennent le pouvoir pour la première fois en 1800. Depuis, sauf en de rares occasions, la ville a toujours voté démocrate. La dernière obligation (être propriétaire pour pouvoir voter) est annulée en 1842. Mais Tammany, fort de l'appui fidèle des immigrants, devient de plus en plus corrompu. A cette époque, la ville de New York est dirigée par un pouvoir tellement malhonnête et si peu intéressé par la sécurité et la santé publique, que des émeutes éclatent, et que se propagent des épidémies. C'est ainsi que des milliers d'habitants meurent de la fièvre jaune en 1795, en 1798, en 1822 et en 1823 et du choléra en 1832, en 1834 et en 1849. Pour assainir la situation, un canal d'eau souterrain, le Water Tunnel Number One, est construit entre Croton et la ville. Une énorme citerne destinée à recevoir l'eau provenant du nord de l'Etat occupe le site actuellement investi par la Public Library et le Bryant Park (angle 5th Avenue et 42nd Street).

Le Sud et la raison

En 1858, Abraham Lincoln choisit New York pour annoncer sa candidature à la présidence des Etats-Unis dans un discours qu'il tient au Cooper Union, sur Astor Place. Mais New York est anti-abolitionniste. Astor Place fait alors partie du quartier des théâtres. Le bâtiment, qu'on peut toujours voir à l'entrée de l'East Village, sera, lui, le théâtre d'un autre genre, celui d'émeutes terrifiantes entre les partisans de deux célèbres acteurs tragiques, Booth et Forrest. A la différence du reste de l'Etat, New York s'oppose à l'abolition de l'esclavage parce qu'une part essentielle de sa prospérité provient du commerce avec le Sud. On a pu dire que l'accent typique de Brooklyn de nombreux New-Yorkais de souche était une altération de l'accent du Sud, importé par les relations maritimes entre Brooklyn et Charleston (Caroline du Sud) et La Nouvelle-Orléans (Louisiane). A cette même période, Manhattan, de concert avec Staten Island et Long Island, tente de créer une ville-Etat qui serait composée des trois îles. La ville aurait été nommée Tri-Insula. La déclaration de guerre entre le Sud et le Nord à Fort Sumter met un terme à ces velléités d'indépendance. New York rejoint finalement le clan des hostilités du côté du Nord. La majorité des habitants de la ville s'est volontairement engagée pendant la guerre de Sécession, et ceux qui restent sont vite soumis à la conscription. Mais le vote d'une loi va mettre le feu aux poudres. Cette loi exempte de toute obligation militaire ceux qui peuvent payer 300 US$ au gouvernement, ou trouver et payer la même somme à un substitut. Les pauvres réagissent et protestent : des Noirs sont lynchés ou battus à mort dans les rues, 50 immeubles sont incendiés, les émeutes durent cinq jours. Plusieurs régiments doivent quitter le front de toute urgence. Pour que le calme revienne, l'armée tue 500 émeutiers. En 1871, une nouvelle émeute éclate. Les Orangistes (protestants) manifestent leur intention de parader dans les rues pour fêter la bataille de la Boyne. Les catholiques s'opposent à ce rassemblement. La milice intervient pour protéger les marcheurs. Une seule salve abat 51 catholiques.

Les ânes, les éléphants et Santa Claus

Après la guerre de Sécession, Tweed Ring prend le contrôle de Tammany, du Parti démocrate et du gouvernement de la cité en généralisant les pots-de-vin. Tweed perd le pouvoir à la suite d'une campagne de presse prolongée et en particulier en raison des dessins satiriques de Thomas Nast. Ce dernier est l'un des personnages les plus influents de cette époque. On lui doit les caricatures des démocrates et des républicains sous la forme d'ânes et d'éléphants (durant la guerre civile, les démocrates du Nord avaient l'apparence de serpents à sonnettes). Autant d'images saisissantes : elles sont toujours actuelles. Nast crée également l'image moderne et définitive du Père Noël (Santa Claus). Elle a été apportée à New York par les Hollandais, mais c'est le New-Yorkais Clement Moore (dont la famille était propriétaire d'une grande partie de l'actuel Chelsea, entre 19th et 24th Street et 8th Avenue à l'Hudson River) qui l'a immortalisée dans son A Visit from Saint Nickolas (1822). La situation ne va guère s'améliorer après l'emprisonnement de Tweed. On découvre que le contrat du tramway de Broadway, qui aurait dû rapporter des millions de dollars aux finances de la ville, a été conclu aux dépens de la municipalité par les politiciens de Tammany qui ont été achetés (les tramways, actionnés par des câbles souterrains, fonctionnaient dans le bas de Manhattan, à partir du Cable Building, à l'angle de Broadway et de Houston Street).

Une ville, trois îles, un pont

A cette époque, New York proprement dit consiste seulement en l'île de Manhattan (ou New York County). Afin de briser le contrôle de Tammany sur la ville et de limiter l'exode de la classe moyenne vers les banlieues, la ville passe la Harlem River en 1874 et annexe ce qu'on appelle alors le North End (aujourd'hui le West Bronx). Le East Bronx est le siège du Westchester County. En 1895, la totalité du Bronx jusqu'à sa frontière nord actuelle est annexée, tandis que Brooklyn (Kings County), une grande ville indépendante, est incorporée en 1898, de même que Staten Island (Richmond County) et une partie du Queens County. L'invention du pont suspendu a rendu possible cette expansion. En reliant Brooklyn à Manhattan en 1883, le Brooklyn Bridge sera le premier pont jeté au-dessus de l'East River. Rapidement, d'autres ponts vont enjamber la Harlem River et relier Manhattan au Bronx, seule partie de la ville de New York située sur la terre ferme. Pendant les cinquante années qui ont suivi la fin de la guerre civile, le pays a connu une rapide et intense industrialisation. A la fin du XIXe siècle, la frontière des Etats-Unis est officiellement tracée. La nation est constituée d'un océan à l'autre, et le pays se dit prêt à devenir un empire. Quant à New York, la ville a toujours su capitaliser ses dons naturels en se tenant à l'avant-garde du développement technologique. D'abord est venu le bateau à vapeur, et plus tard le canal Erié. Maintenant, les inventions se multiplient : le télégraphe, le chemin de fer, la rotogravure, l'éclairage électrique, le téléphone, l'ascenseur, le gratte-ciel à armature d'acier, la machine à écrire, le grand magasin (department store), l'imprimerie, le vaudeville, le cinéma, l'automobile, l'aviation... New York devient le centre des banques et de la finance internationale, du commerce, des affaires, des communications, des transports, de l'industrie de pointe... Les immigrants russes juifs seront les instigateurs d'une industrie de la mode.

M. Otis et l’Urban Boom

Pour mener à bien toutes ces activités, il faut du monde. Bientôt, la densité de la population new-yorkaise atteint des proportions alarmantes ; le crime est omniprésent et les maladies latentes. Même selon les standards de ce début de siècle, les conditions de vie sont extrêmement précaires. Autre problème : la population doit vivre à une distance raisonnable du lieu de travail, ce qui limite sévèrement l'espace. La solution se trouve donc dans la création de transports publics. Tout d'abord sont mis en place les trams tirés par des chevaux, puis par des câbles ; ensuite sont construites des voies de chemin de fer aériennes et des locomotives actionnées par la vapeur, puis par l'électricité. Enfin, ces voies aériennes sont enterrées. Ainsi naît le subway. Dès lors, New York croît et peut atteindre sa taille actuelle. Les quartiers résidentiels ne sont plus qu'à 1 heure du centre-ville, quand il aurait fallu une demi-journée de voyage à l'époque coloniale. Un certain M. Otis, inventeur de l'ascenseur, s'installe à Yonkers (Etat de New York) pour construire sa machine magique qui va révolutionner la ville et le monde. Il n'en faut pas davantage pour que New York se mette à bâtir des immeubles dépassant facilement les six étages et à gagner en hauteur l'espace qui lui fait tant défaut. Les premiers modèles d'ascenseurs sont actionnés par de bizarres systèmes hydrauliques (il en existe toujours dans certains immeubles du Lower Broadway, à SoHo), puis par l'électricité. Et quand les Etats-Unis veulent se constituer un empire, New York devient tout naturellement le moteur de cette entreprise. On a dit, par exemple, que la création de la république de Panama (jusqu'alors partie légitime de la république de Colombie) avait été conçue dans une chambre de l'hôtel Waldorf Astoria sur le site (à propos !) de l'Empire State Building. Et cela parce que l'Amérique avait besoin d'un canal entre l'Atlantique et le Pacifique.

Le Commodore, la banane et la mode

Auparavant, la traversée de la côte Est vers la côte Ouest empruntait une voie de chemin de fer passant à travers l'isthme de Panama et celui du Nicaragua. Le Nicaragua était le chemin préféré entre la côte Est et les mines d'or de Californie avant l'achèvement du chemin de fer transcontinental en 1869. Cette route continua à être populaire jusqu'à la construction du canal de Panama. Toutes ces voies, utilisées à la fois par les bateaux à vapeur et le chemin de fer, étaient contrôlées par Cornelius Vanderbilt, dont la statue orne Grand Central Station encore aujourd'hui. Surnommé The Commodore, Vanderbilt était le patriarche d'une des plus puissantes familles d'Amérique du Nord, l'une des plus fantasques aussi. Une famille qui aimait le luxe ostentatoire au point de construire la plus grande maison privée des Etats-Unis. Les relations familiales étaient parfois agitées : l'une des enfants, négligée du clan, fut forcée de vendre son nom à un fabricant de jeans pour continuer à mener le train de vie auquel elle était habituée. Vanderbilt, qui était un pionnier dans l'organisation des révolutions en Amérique centrale, appuyait inconditionnellement des flibustiers du genre de William Walker. Ainsi, l'United Fruit Company dirigeait-elle de nombreux pays latino-américains (d'où l'expression de république bananière) pour que les régimes de bananes soient déchargés sur les quais de Brooklyn. Quand, fuyant les pogroms de la fin du siècle dernier, les juifs russes arrivèrent à New York en apportant avec eux l'idée d'une industrie de la mode, ils ne savaient pas que cette industrie allait devenir la plus importante de la ville et procurer du travail à la quasi-totalité des nouveaux immigrants. Ils arrivèrent par centaines de milliers, pour la plupart d'entre eux analphabètes et leurs conditions de travail étaient aussi brutales que leurs gains étaient bas. Les ateliers de confection étaient alors connus sous le nom de sweat shops (de sweat, la sueur) et les employés étaient payés à la pièce.

Les Unions et la force

Inévitablement, des syndicats (unions) se forment pour protéger les travailleurs. Depuis, et aujourd'hui encore, New York est une ville où le syndicalisme est puissant et, parfois, teinté d'idées politiques de gauche. New York est désormais le plus gros port d'entrée aux Etats-Unis. Les immigrants qui y débarquent passent d'abord par Castle Clinton, près de Battery Park, puis par Ellis Island, qui mettra en place des structures plus adaptées à la tâche. Un atelier de confection situé près de Washington Square, la Triangle Shirt Waist Company, a la déplorable habitude de fermer à clef les portes des escaliers d'incendie pour empêcher ses employés, surtout des femmes, de sortir pour se reposer ou échapper au rythme du travail. On est en 1913. Un brutal incendie transforme le sweat shop en brasier. Des dizaines de femmes meurent dans les flammes ou sautent des fenêtres pour venir s'écraser dans la rue. Ce désastre fait partie de l'épopée de la ville autant que le blizzard de 1888 ou les pots-de-vin de Tweed Ring.

Le canal de Panama est achevé en 1914, l'année même où la guerre éclate en Europe. L'Amérique sera le financier des Alliés par le biais de la formidable maison Morgan, à Wall Street. Cependant, et quelles que soient les sympathies des Américains, il a été avancé que les Etats-Unis étaient entrés en guerre pour couvrir les énormes pertes qu'auraient essuyées la Morgan et Wall Street si les Alliés avaient été battus. La majeure partie du matériel de guerre et des soldats transitait par New York, la Jew Town (ville juive) comme allait la surnommer le futur président Harry Truman. New York était aussi le quartier général du show-business et la première base du septième art. La compagnie Edison, installée à Brooklyn, fonde l'industrie du cinéma en utilisant la pellicule dont George Eastman a inventé le procédé dans le nord de l'Etat. C'est tout dernièrement, durant les années 1980, que les ultimes vestiges des grandes compagnies de distribution (les bureaux directoriaux) ont émigré vers la côte Ouest, suivant et achevant un mouvement commencé 60 ans plus tôt. Quand la radio et, plus tard, la télévision voient le jour, leurs quartiers généraux sont installés à New York. Aujourd'hui encore, les grandes chaînes, ABC, NBC et CBS y ont leur siège. La ville accueille également les plus grandes agences de publicité mondiales. Les maisons d'édition se sont depuis toujours installées à New York, mais il y en a eu aussi à Boston, à Indianapolis et à Chicago : elles sont désormais quasiment toutes concentrées à Manhattan.

La Guardia nous garde !

Pendant la dure période des années 1920 commence le processus de dépopulation des zones rurales : le nombre de paysans et d'employés agricoles diminue, l'Amérique s'urbanise vraiment ; bientôt, la majorité des travailleurs oeuvre dans l'industrie. New York grandit toujours. Bien que les survivants de la Dépression puissent en douter, la ville est moins affectée par le naufrage économique que le reste du pays. L'administration de Tammany est provisoirement écartée par un nouveau maire, de petite taille, Fiorello La Guardia. La Guardia, dont le programme consiste à combattre à la fois la corruption et les effets de la dépression économique, se présente - contre les démocrates - comme un candidat de la Fusion, une alliance des républicains, des libéraux et des démocrates progressistes anti-machine (anti-Tammany). Bien que Harlem soit considéré comme la capitale des Noirs Américains, la nouvelle administration n'éprouve aucune sympathie pour la pauvreté qui y règne, et rien ne sera fait jusqu'à ce qu'une émeute majeure éclate dans le quartier. L'allié de La Guardia est le président Roosevelt. Grâce à un soutien financier fédéral, La Guardia entame une série de travaux publics pour créer à la fois des emplois et doter la ville d'infrastructures efficaces. L'entrepreneur entreprenant Robert Moses dresse un plan de bataille : des super-autoroutes (déguisées sous le nom de parkways), des banlieues pour la classe moyenne et de fortes hausses des loyers immobiliers pour les bas salaires. La primauté de l'automobile est absolue, celle qui est accordée aux transports publics est minimale. Une équipe précédente avait lancé le métro, propriété de la municipalité, l'Indépendant (IND). Ce qui avait conduit à la fermeture du réseau aérien sur 6th Avenue et 9th Avenue. Les Rockefeller, qui utilisent des terrains appartenant à la Columbia University et contrôlent une large part de Midtown Manhattan, vont profiter de l'élimination du métro aérien sur la 6th Avenue pour accroître la valeur de leurs terrains. Ils font bâtir Radio City sur un site compris entre la 6th et la 5th Avenue, site désormais célèbre sous le nom de Rockefeller Center. En l'honneur des vastes possessions des Rockefeller en Amérique du Sud (en particulier les champs pétrolifères du Venezuela), la 6th Avenue est rebaptisée Avenue of the Americas, mais les vrais New-Yorkais mettent un point d'honneur à ne jamais la nommer autrement que Sixth Avenue. Nelson Rockefeller (le futur gouverneur de l'Etat de New York) fera construire à Albany, avec l'argent de l'Etat, un Rockefeller Center aussi futuriste qu'inutile (imaginez La Défense dans le Jura). Le même homme était chargé des relations inter-américaines durant la Seconde Guerre mondiale et fut le premier à promouvoir le nom de l'avenue. Rockefeller, qui deviendra brièvement vice-président des Etats-Unis dans les années 1970, fera don du morceau de terrain sur lequel a été élevé le quartier général de l'ONU, assurant ainsi aux Etats-Unis une prédominance mondiale.

Un monde pour demain

De nombreux projets gouvernementaux voient le jour, comme la East River Drive, le Triborough Bridge, les tunnels Lincoln, Midtown et Brooklyn-Battery. Cette phase d'expansion culmine avec la Foire mondiale de New York en 1939, baptisée " World of Tomorrow " (Monde de demain), où sont déjà annoncées la télévision, les super-autoroutes, les voitures contrôlées par radio, les cuisines automatiques et les villes sous dômes. La foire est largement promue par Moses. Celui-ci fait drainer un étang et construit des parkways destinés à canaliser le flot des millions de voitures. La foire est inaugurée par le président Roosevelt, qui apparaît sur les quelque 2 000 postes de télévision déjà en fonctionnement dans la zone de New York. Mais la réalité de demain sera celle de la Seconde Guerre mondiale. Une guerre très bénéfique pour New York, qui apporte à ses habitants du travail et de l'argent. Dans une ville bourdonnante comme une ruche, le jazz moderne naît chez Minton's à Harlem et connaît une consécration mondiale dans les clubs de 52nd Street, rebaptisée Swing Street. Avec ce que la guerre a épargné d'énergies, New York remplace Paris en tant que capitale mondiale de l'art. Conséquence du civisme de La Guardia et de la prospérité apportée par le conflit, New York, dans les années 1950, est à l'apogée de la civilisation occidentale.

Le prix de la corruption

Mais La Guardia a perdu son siège et la mafia, qui vit entre autres à Little Italy, devient un mal incontournable de la vie new-yorkaise. Son pouvoir politique commence à remodeler le visage de la ville. Parallèlement, les autoroutes de Moses ont dévasté de nombreux secteurs de la métropole, tel le Bronx, tout en mettant à la portée de Manhattan des banlieues aussi lointaines que Westchester et le Connecticut. Un Cross Manhattan Expressway a été évité de justesse. Sa construction aurait signifié la destruction totale du quartier aujourd'hui connu sous le nom de SoHo. Toutefois, les effets conjugués d'une corruption aussi organisée que répandue et d'une planification régionale aussi mal conduite qu'ignorante ne se feront pas sentir avant la fin des années 1960. A cette date, alors que l'ampleur de la débâcle devient évidente et au moment où un nouveau candidat du parti de la Fusion est élu, il faut le scandale Serpico (un flic qui dénonce d'autres flics) pour que le Police Department accepte de laver son linge sale autrement qu'en famille. Ailleurs, on abuse allègrement de la politique sociale libérale de l'administration. Ailleurs encore, des contrats extravagants sont conclus entre la ville et des syndicats contrôlés par la mafia. La corruption entraîne les finances publiques au bord de la banqueroute. Il faudra des mesures d'austérité draconiennes et l'appui des banques internationales pour redresser la situation.

Cependant, la ville ne cesse malgré tout de prospérer. Les spéculations sont allées bon train durant les années 1980, époque où les ambitieux de tout calibre envahissent New York, où les prix de l'immobilier flambent et où des fortunes se font en l'espace d'une nuit. A cette période, il est de bon ton d'afficher ouvertement son avidité. Un mot est né pour décrire les nouveaux immigrants de la cité : yuppies (young upwardly mobile professionals ou, plus poliment, young urban professionals). Ce grand rêve prendra fin brutalement un certain jour d'octobre 1987, lors du crash de la Bourse. Brusquement, des couples qui se partageaient 4 000 US$ par semaine réalisent qu'ils n'ont plus que deux chèques devant eux avant de se retrouver à la rue.

La Rotten Apple

Le grand nettoyage va commencer. Des institutions financières licencient leurs employés par milliers, quand elles ne se mettent pas en faillite elles-mêmes. Les yuppies disparus, il ne reste plus personne pour acheter des toiles modernes qui se vendaient 10 000 US$ la veille. En quelques jours, les galeries à la mode du East Village ferment. En quelques mois, les grandes galeries de SoHo, du moins celles qui ont résisté à l'attraction du vide, émigrent vers le Lower Broadway. Les espaces d'exposition qu'elles y occupent avec d'autres galeries n'ont plus rien à voir avec les lofts gigantesques de la période dorée. Et les gens commencent à quitter la ville. Les jeunes provinciaux surtout rentrent chez eux avec des histoires de cocaïne et de grand train de vie. Ils se remettent au goût du jour, transformant leurs diplômes de gestionnaires en diplômes de travailleurs sociaux, puisque le Public Welfare est la seule industrie qui continue à embaucher en Amérique. New York, assailli par des vagues d'immigrants désespérément pauvres, devient un vaste Bowery. Les homeless (sans-abri) y sont un mal endémique. Le phénomène a commencé dans les années 1970 et 1980, quand les spéculateurs ont mis fin aux bas loyers en réponse aux besoins des yuppies ; il ne fait qu'empirer avec la crise boursière. Les années 1980 voient la montée explosive du sida, qui connaît à New York son bilan le plus lourd (en nombre de cas et de morts). Les effets combinés du sida et d'une immigration récente ont d'ailleurs conduit à la réapparition d'une peste nommée tuberculose.

Cependant, le plus grand défi que doit relever New York est celui du conflit racial. En 1989, la ville a élu son premier maire noir. Alors qu'il incarne un puissant symbole et peut agir comme un émollient dans des périodes troubles, le mayor Dinkins se révèle inefficace dans les domaines vraiment pratiques. Il peut certes se ruer sur le terrain, dès qu'éclate une situation de crise, et sait garder le contrôle, mais il se montre incapable de tenir un rôle de leader, en s'abstenant de planifier des actions particulièrement constructives pour l'avenir. Pendant son mandat, un mouvement inquiétant de société qui se développe depuis 20 ans se poursuit dangereusement : de vastes portions du Bronx, de Brooklyn, de Queens et même de Manhattan sont devenues des zones interdites, des no go zones, où 20 % des étudiants et des collégiens ont une arme, où la police est corrompue, où la loi de la jungle est la seule règle, où le meurtre est la cause principale de mortalité, et où plus de Noirs vont en prison qu'au collège. Entre la fin des années 1980 et le début des années 1990, les tensions sociales et raciales sont à leur comble. Un fameux fait divers illustre cela. En août 1991, un enfant noir est tué accidentellement par un juif orthodoxe à Brooklyn. Résultat : 3 jours d'émeute, un juif orthodoxe mort poignardé, et son meurtrier (un jeune Noir de 22 ans au moment des faits) incarcéré pour 20 ans. C'est à cette période qu'explosent les grandes heures du rap hardcore. D'abord festive (dans les années 1970-1980), cette musique entre dans une période de rage politique et sociale symbolisée par des groupes comme Public Enemy ou Eric B. & Rakim. Loin de prêcher la violence (mais plutôt l'éveil des consciences), ils stigmatisent la faillite d'une société et d'une ville. Ils prêchent le poing fermé et tendu vers le ciel sur un champ de ruines. En 1992, un New-Yorkais sur sept vit du welfare (allocations chômage et familiales). Certaines projects (HLM) vivent plus proches du tiers-monde ou de Mad Max que du rêve américain : immeubles brûlés et laissés en plan avec leurs habitants pendant des années, rues meurtrières où errent comme des fantômes, drogués, clochards, alcooliques, chômeurs et mères célibataires avec famille nombreuse à charge. Dans ces no man's land où la police n'ose même plus pénétrer, les gangs tiennent leurs territoires et édictent leurs lois. Les banlieues habitées par la classe moyenne sont hantées par la peur des crimes violents que pourraient perpétrer les jeunes des ghettos. Des jeunes armés de calibres 9 mm, bourrés de crack, traînent dans la nature pour prendre tout ce qu'il y a à prendre.

L’ère Giuliani : résurrection dans un gant de fer

Petit-fils d'immigrants italiens, né à Brooklyn dans un milieu ouvrier, Giuliani est le symbole du self made man qui s'est hissé jusqu'aux plus hautes sphères par son intelligence, sa force de travail et sa croyance absolue dans les valeurs fondatrices des Etats-Unis, pays qui donne sa chance à tous si on sait la saisir. Ce procureur du district sud de New York avait manqué de peu d'être élu en 1989. En 1993, il est élu haut la main le 107e maire de New York après une campagne axée sur le retour à la sécurité, les aides à l'activité économique, la qualité de vie et l'éducation (New York, ville plutôt de gauche élit souvent des maires républicains, donc de droite). Plus que son programme, c'est son charisme, sa volonté inébranlable et sa poigne de fer (réputation qu'il s'est faite en tant que procureur où il a traqué sans relâche aussi bien les dealers de rue que les criminels en col blanc ou la corruption de l'administration). Dans une situation de détresse, c'est vers un " homme providence " que se tournent les New-Yorkais. Stratège hors pair et grand communiquant, il s'attaque en priorité à la préoccupation principale de ses électeurs, la sécurité, et met en place son credo : zéro tolérance. Les crimes et les délits sont combattus sans relâche à grand renfort de patrouilles de police à toute heure du jour et de la nuit, comparutions immédiates, sentences " exemplaires ". Cela a forcément un prix : la police est omniprésente et verbalise à tout va, Manhattan s'embourgeoise et devient hors de prix, les nombreux pauvres et marginaux sont exilés loin du centre-ville où les affaires battent leur plein. New York devient une ville plus lisse, plus normale.

La police se modernise : elle travaille avec le programme CompStat, composé de logiciels performants qui permettent de croiser des fichiers et des statistiques. Cette politique obtient des résultats spectaculaires, même si elle a pour conséquence de nombreuses bavures dramatiques et qu'elle instaure un climat policier. En 8 ans de mandat, la criminalité a baissé de 57 % et le nombre d'homicides de 65 %. La cote de Giuliani est au plus haut, et il est réélu triomphalement en 1997 avec plus de 58 % des voix. Un bémol de taille à ce triomphe électoral : les communautés noires et hispaniques (41 % des votants), pour qui la politique du maire génère de la discrimination raciale (ils en pâtissent socialement), votent en masse pour Messinger, son adversaire démocrate. Les blancs, eux, ont voté à 76 % pour le sortant. Giuliani, tenace, traque aussi les membres du crime organisé, et procède à des arrestations massives. A son palmarès officiel, les cerveaux de trois clans : les parrains de Cosa Nostra, John Gotti (coincé par un autre procureur, mais Giuliani s'est accaparé son arrestation) et Vincent Gigante. Le numéro 3 est King Tone, le chef du gang mafieux des Latin King (hispaniques). La sécurité recouvrée et la mise en place de nombreuses mesures fiscales (réductions d'impôts, incitations à la création d'entreprise, etc.) redonnent confiance aux New-Yorkais. Au total, ce sont 450 000 emplois qui sont créés pendant ses deux mandats. Attirée par la résurgence de New York, une marée de visiteurs se répand dans la ville, Américains puis étrangers. Ils injectent des sommes d'argent considérables dans l'économie locale et alimentent la croissance.

11 septembre 2001 : la déchirure
<p>Les pompiers ont payé un lourd tribut le 11 septembre 2001.</p>

Les pompiers ont payé un lourd tribut le 11 septembre 2001.

Le 9 septembre 2001, le commandant Massoud est tué par l'explosion de la caméra de deux faux journalistes appartenant à l'organisation terroriste Al-Qaida. C'est la première étape d'un plan machiavéliquement orchestré depuis les montagnes afghanes. Le 11 septembre 2001, à 8h46, un Boeing 767 de la compagnie American Airlines en provenance de Boston (vol 11 en direction de Los Angeles) vient s'écraser sur la tour nord du World Trade Center. La chaîne d'information CNN diffuse en premier la nouvelle, suivie par les rédactions du monde entier. 18 minutes après le premier impact, un deuxième Boeing de la compagnie United Airlines en provenance de Boston (vol 175 en direction de Los Angeles) percute le sommet de la tour sud. Le 33e étage s'embrase. Les Twin Towers sont en feu, le monde retient son souffle. Cette fois-ci, pas de doute, les Etats-Unis sont la cible d'une monstrueuse attaque sur le symbole le plus éclatant de leur puissance. Pendant ce temps, des milliers de victimes encore en vie sont prisonnières des tours brinquebalantes. Certaines sautent des tours meurtries, sous les yeux du monde entier. D'autres appellent leurs proches pour leur dire au revoir. Un peu avant 10h, on apprend qu'un troisième avion (vol 77 d'American Airlines) s'est crashé contre le Pentagone (le département de la Défense américaine) et qu'un autre (United 93 en direction de San Francisco) s'est écrasé en Pennsylvanie. La Maison-Blanche et de nombreux bâtiments officiels dans tout le pays sont évacués. Entre 10h et 11h, les deux tours s'écroulent successivement. Dans la ville, c'est l'abattement, la peur, la fuite, le chaos et l'apocalypse. A Brooklyn, la population rassemblée sur les berges assiste à l'exode de plusieurs milliers de personnes sur l'autoroute qui borde Manhattan et ceinture la zone du World Trade Center. Une gigantesque montagne de fumée s'est élevée et s'étend sur tout Downtown. Elle traverse aussi l'East River pour plonger le nord de Brooklyn dans la pénombre et la confusion. Giuliani, qui est à ce moment-là en partance de son mandat (la campagne municipale à sa succession bat son plein), se jette corps et âme dans la bataille. Le maire fait preuve de beaucoup de courage et de dignité. Il intervient à la télévision, encourage les pompiers in situ, fait des appels au calme et à la solidarité dans tous les médias, visite les blessés et les familles de victimes. Le 11 septembre 2001, près de 3 000 personnes trouvent la mort et des centaines d'autres sont blessées dans les attentats du World Trade Center, symbole du capitalisme américain. Plus de 70 nationalités sont présentes dans le feu et sous les décombres. Il faudra presque un an pour déblayer la zone aujourd'hui connue sous le nom de Ground Zero, devenue un endroit de pèlerinage pour les Américains comme pour les visiteurs du monde entier. New York ne sera plus jamais la même, le monde non plus d'ailleurs. La riposte de l'Etat américain ne se fit pas attendre. D'abord en Afghanistan, avec le soutien de la communauté internationale, puis en Irak, de manière beaucoup plus contestable et solitaire.

À la recherche du second souffle

La campagne à la succession de Giuliani à la mairie de New York passe complètement au second plan dans un contexte d'urgence post 11-septembre. Michael R. Bloomberg, le fondateur de l'empire d'information financière qui porte son nom, est présenté de longue date par Giuliani comme son successeur. Il remporte les élections du 7 novembre avec 3 points d'avance sur Green, son adversaire démocrate. Mais Bloomberg, qui a quitté la direction de sa société pour se lancer pleinement dans sa nouvelle carrière politique, doit faire face à de multiples problèmes. Les attentats du 11 septembre ont plus que bouleversé la donne. En effet, l'économie mondiale est en phase de récession depuis la tragédie : des milliers de sociétés ont perdu des millions de dollars, la ville a vidé ses caisses dans les opérations de sauvetage et ses prévisions de reconstruction (c'est tout un quartier de New York qui est en ruine), le moral des New-Yorkais est au plus bas, ce qui sclérose les initiatives et l'investissement. La période est donc à la reconstruction et à la rigueur budgétaire, toujours mal vues. Les taxes locales augmentent considérablement, du coup le coût de la vie augmente encore (loyers, produits de consommation). Les services publics sont mis à contribution. Bloomberg pâtit d'une image de brillant financier, intelligent certes, mais peu en phase avec la population et maladroit dans sa communication. Au printemps 2003, il commet un crime de lèse-majesté : il prévoit de fermer 10 casernes de pompiers dans des quartiers populaires de Brooklyn, du Bronx et de Queens, car elles coûtent trop cher à la mairie. Dans une ville où les pompiers sont passés au statut de héros depuis les attentats du 11 septembre, on ne comprend pas du tout cette décision. Mais Bloomberg continue à gérer la ville selon ses convictions, certain que la rigueur permettra à une ville dévastée de renaître rapidement.

George W. Bush, suite et fin

Le 3 novembre 2004, l'Amérique réélit George W. Bush pour un nouveau mandat présidentiel de 4 ans. Après une campagne pendant laquelle il a convaincu le peuple américain qu'il était un vrai chef de guerre défenseur des valeurs conservatrices, il a remporté les élections avec 51 % des voix, contre 48 % pour John Kerry, son adversaire démocrate. Echaudés par leur expérience de l'an 2000, les médias ont pris leurs précautions quant à l'annonce du vainqueur. Selon les sondages, la progression du Parti républicain est attribuée à la peur du terrorisme, à la guerre en Irak et à la préservation des valeurs morales. La Grosse Pomme, terre démocrate bien que dirigée par un maire républicain (Bloomberg et son prédécesseur, le toujours très populaire Giuliani, ont d'ailleurs soutenu très activement la campagne de George W.), a massivement voté pour John Kerry. La carte électorale des Etats-Unis montre très nettement que les côtes Atlantique et Pacifique sont majoritairement démocrates, à l'inverse de nombreux Etats à l'intérieur des terres. Malgré le traumatisme du 11 septembre, les New-Yorkais n'ont pas cédé aux sirènes de la peur. L'Etat de New York a donné 58 % de ses voix au candidat John Kerry. A noter : la mobilisation des votants de New York City a été plus importante que dans le reste du pays. Une part importante des jeunes, des Afro-Américains, des Latinos et des Asiatiques demeure pourtant en marge du système électoral.

En 2006, la politique de Bush s'essouffle : mauvaise gestion de l'ouragan Katrina, critique de plus en plus prégnante de la guerre en Irak (plus grosses pertes de soldats depuis la guerre du Vietnam)... Les sondages sont au plus bas. En 2007, malgré des remaniements gouvernementaux, un scandale à la tête de la banque mondiale, les menaces nucléaires de l'Iran et l'embourbement en Irak rendaient le président de plus en plus impopulaire.

Obama, entre espoir et immobilisme

En juin 2008, Hillary Clinton reconnaît officiellement sa défaite aux primaires démocrates et, par là, la victoire de son rival, Barack Obama. Après 17 longs mois de campagne, la sénatrice abandonne la compétition. Le sénateur de l'Illinois (47 ans) reste donc dans la course face au républicain John McCain (72 ans). Les rues de New York se montrent alors largement favorables à l'élection de Barack Obama. Le 4 novembre 2008, Barack Obama fait date dans l'histoire du pays. Il remporte les élections avec 52 % des suffrages et devient ainsi le premier président noir des Etats-Unis. L'Etat de New York le plébiscite avec 62 % des voix. La page Bush est définitivement tournée et cette élection symbolique suscite beaucoup d'espoirs. La cérémonie d'investiture du 20 janvier 2009 est une extraordinaire affirmation des espoirs qui pèsent sur les épaules de cet homme, qui prend officiellement ses fonctions de 44e président des Etats-Unis. Plus de 2 millions de personnes assistent à l'événement, historique.

Obama doit rapidement faire face à la réalité. Son arrivée en pleine crise économique et financière, qui fait rage aux Etats-Unis puis dans le monde entier, ne lui simplifie pas la tâche. En septembre, le président prévoyait une fin d'année 2009 difficile, avec de nouvelles suppressions d'emplois à la clef. En septembre 2009, Barack Obama est mis en difficulté sur son projet de réforme du système de santé aux Etats-Unis, l'une de ses principales promesses de campagne. Le projet est ambitieux, et de nombreux présidents avant lui s'y sont cassé les dents. Obama souhaite rendre le système plus accessible, qu'il prenne en charge les exclus et qu'il encadre plus étroitement les assureurs privés, dont les tarifs explosent. Les lobbies des assurances et des compagnies pharmaceutiques réfutent ce principe avec force. Avec sa loi sur l'assurance santé, l'avenir même de sa présidence est mis à mal. Côté chiffres, 14 000 Américains, frappés quotidiennement par le chômage, perdent, chaque jour, le droit d'être soignés, et 15 % de la population n'a pas d'assurance santé.

En 2010, Obama en est à mi-mandat et sa cote de popularité est en berne dans les sondages. L'économie, le chômage et la marée noire provoquée par la British Petroleum dans le golfe du Mexique ne jouent pas en sa faveur. En novembre 2010, les midterm elections (élections de mi-mandat), renouvelant les 435 élus de la Chambre des représentants du Congrès américain ainsi qu'un tiers des sièges au Sénat, ont été un véritable camouflet pour Obama, redonnant au pouvoir législatif une majorité républicaine. La marge de manoeuvre du président se réduit alors considérablement et peu de mesures sont adoptées pendant ces deux années de cohabitation.

En 2011, les leviers de la croissance américaine se grippent. Barack Obama demande de prendre des mesures urgentes et annonce toute une batterie de mesures pour soutenir la consommation et encourager l'embauche en 2012. Avec en tête, un plan pour l'emploi de 447 milliards de dollars. Mais encore une fois, le président américain se heurte à l'opposition des républicains, majoritaires à la Chambre des représentants. Si Barack Obama incarne l'espoir pour une moitié de la population, il incarne aussi l'ennemi de l'intérieur pour l'autre moitié. Tous les analystes s'accordent pour dire que l'Amérique n'a jamais été aussi divisée d'un point de vue de politique que lors de la présidence d'Obama.

C'est pourquoi la décision de la Cour suprême, la plus haute juridiction aux Etats-Unis, sur la réforme de la santé est très attendue à l'été 2012. Et c'est à 5 voix contre 4 que les juges de la Cour suprême approuvent le 28 juin la réforme phare du président démocrate. Immense victoire pour Barack Obama qui réussit là un vieux rêve de JFK : donner à toute la nation une couverture maladie. Une décision qui donne un boost à sa campagne à quelques mois de l'élection. Face à lui, le multimilliardaire Mitt Romney, qui pâtit d'un faible capital sympathie, mise sur le rejet tenace des républicains et du Tea Party envers Barack Obama, accusé notamment d'être un communiste.

Manhattan sous les eaux

Un peu plus d'un an après l'ouragan Irène qui n'avait causé que des dégâts mineurs à New York, les habitants de la Grosse Pomme ne craignaient pas outre mesure l'ouragan Sandy, qui arrivait des Caraïbes où il avait particulièrement meurtri Haïti. Pourtant dans la nuit du 29 octobre 2012, New York a connu la plus grande catastrophe naturelle de son histoire. La montée des eaux a inondé le sud de Manhattan, Brooklyn et Staten Island. L'eau est montée à plus de quatre mètres dans le quartier de Battery Park ! Dans le Queens, un incendie a détruit plus de 80 maisons du quartier de Breezy Point. Le lendemain de la tempête, New York se découvre un nouveau visage, celui d'une ville fragile, absolument pas préparée aux catastrophes naturelles. Faits historiques, la bourse de New York ferme deux jours durant. La campagne présidentielle s'interrompt malgré l'imminence des élections. Le métro et les tunnels sont inondés, tout le sud de Manhattan se retrouve plongé dans le noir, et ce pendant une semaine, l'eau courante s'arrête, le réseau de téléphone est coupé, et l'essence se raréfie. Même les taxis jaunes ne peuvent plus se ravitailler. Alors les New-Yorkais marchent et s'entraident. Pendant plusieurs semaines, New York est au ralenti. Brooklyn se retrouve coupé de Manhattan, et Staten Island, sous les eaux, est isolée comme jamais. 41 personnes sont décédées à New York suite au passage de Sandy et on compte 110 morts aux Etats-Unis et au Canada. L'ouragan a mis en lumière le problème du réchauffement climatique, à moins d'une semaine de l'élection présidentielle. Quatre jours seulement après la tempête, l'ancien maire de New York, Michael Bloomberg, annonce son soutien à Barack Obama pour son implication dans la lutte contre le réchauffement climatique et sa réactivité lors du passage de Sandy.

Réélection, port d'armes et santé

Le 6 novembre 2012, Barack Obama est réélu président des Etats-Unis en remportant 332 grands électeurs contre 206 pour le candidat républicain. Mais le président démocrate ne remporte pas la chambres des représentants et doit encore cohabiter pendant au moins deux ans avec un Congrès qui lui est opposé. Une cohabitation qui empêche Barack Obama de mettre en oeuvre toutes ses grandes réformes. La première année du second mandat du président américain est marquée par de très nombreuses fusillades, dont deux qui ont ému la planète entière. La première a lieu à Aurora dans le Colorado. James Holmes, 25 ans, tire à vue dans une salle de cinéma et tue 12 personnes, en blessant 70 autres. Plus marquante encore, la fusillade dans une école de Newtown, Connecticut ; vingt enfants et six adultes trouvent la mort. Suite à cette fusillade, Barack Obama tente de faire passer une loi au sénat et à la chambre des représentants imposant un meilleur contrôle des possesseurs d'armes. Mais l'opposition de tous les républicains et de certains démocrates empêche toute loi d'être votée.

L'impossibilité de compromis sur toute loi au Congrès entraîne le 1er octobre un Shutdown, c'est-à-dire l'arrêt de nombreuses administrations fédérales. 800 000 fonctionnaires se sont ainsi retrouvés en congés sans solde, les pensions pour les vétérans n'ont plus été payées et les aides aux plus démunis arrêtées. La Chambres des représentants républicaine et le sénat démocrate n'ont en effet pas réussi à s'entendre sur le budget 2014, provoquant le gel des fonds destinés au fonctionnement des programmes publics et aux employés de l'État. Le dernier Shutdown remontait à janvier 1996 sous la présidence de Bill Clinton.

Cette fois, le GOP (Grand Old Party, le parti républicain) s'est opposé à tout budget qui prendrait en compte la fameuse réforme de la santé de Barack Obama. C'est d'ailleurs le jour du Shutdown qu'est entré en vigueur " Obamacare ". Victime de son succès, le site internet gouvernemental qui permet de souscrire une assurance maladie a rencontré de nombreux bugs. Les républicains en ont alors profité pour remettre à nouveau en cause la réforme, la jugeant inapplicable et dangereuse, et mettre la pression sur Barack Obama. Mais les Républicains, accusés d'être " jusqu'au-boutistes " par les médias, y compris ceux leur étant généralement favorables comme Fox News, ont finalement voté un budget en accord avec les démocrates le 17 octobre 2013. Le parti de l'opposition est sorti grand perdant de ce combat, n'empêchant pas la mise en place de la loi de la santé d'Obama et s'attirant les foudres de l'opinion. Entre temps, plus de 30 milliards de dollars auront été perdus...

2014 est une année difficile pour Barack Obama. Incapable de réformer avec une Chambre des Représentants pro-républicaine et refusant systématiquement les propositions de lois démocrates, Barack Obama a l'occasion de redorer son image sur la scène internationale. Mais le président se montre incapable de régler les conflits en Ukraine, en Syrie, en Irak et celui (interminable) entre Israël et la Palestine. Il doit également faire face à des scandales à répétition. La NSA et sa surveillance constante des Américains et des pays alliés mettent le président en difficulté. Barack Obama est aussi mis en cause suite à des révélations prouvant que l'IRS (le fisc américain) a ciblé des groupes, associations ou personnes affiliés avec le Tea Party, les plus fervents opposants politiques au président. Sous la pression, Barack Obama est contraint de limoger le président du fisc américain. Autant de couacs qui expliquent la nouvelle défaite aux élections de mi-mandat de Barack Obama en novembre 2014, et la perte du Sénat pour les démocrates. Pour ses deux dernières années de mandat, Barack Obama doit donc faire face à un Congrès opposé à sa politique, ce qui empêche le vote de grandes réformes sur le port d'arme, le coût de l'université ou encore le droit du travail.

Pourtant, 2015 est une année qui marquera l'histoire des Etats-Unis suite à deux décisions majeures de la Cour suprême, la plus haute juridiction américaine. Le 25 juin, elle a en effet validé l'une des principales réglementations de l'Affordable Act, dite Obamacare. Deux juges conservateurs se sont alliés aux quatre progressistes pour affirmer que la loi visait à " améliorer le marché de l'assurance santé, pas à le détruire ". Il s'agissait là de la dernière cartouche des Républicains pour mettre à mal la réforme. Le lendemain, le 26 juin, marqua également un grand tournant social et une cuisante défaite pour le parti républicain. Cinq des neuf juges ont confirmé que la constitution américaine garantissait le droit au mariage homosexuel - au nom de l'égalité devant la loi - alors qu'une trentaine d'Etats américains refusaient de reconnaître ces unions jusqu'alors. Pour célébrer la décision, la Maison-Blanche fut éclairée aux couleurs de l'arc-en-ciel.

L'année 2016 est une année de contraste pour Barack Obama et les Etats-Unis. Financièrement, le pays est en bonne santé avec un taux de chômage qui tombe sous les 5 %. Dans le même temps, le président américain joue un rôle majeur dans l'accord trouvé avec l'Iran sur son programme nucléaire. Mais 2016 est aussi une année de violence. Dans la nuit du douze juin, 49 personnes sont tuées à Orlando dans un attentat revendiqué par l'Etat Islamique. Dans le même temps, de nouvelles vidéos montrant l'assassinat d'hommes noirs non-armés par des policiers blancs rythment l'année médiatique. Tandis que le mouvement Black Lives Matter divisent républicains et démocrates, cinq policiers sont abattus à Dallas lors d'une manifestation contre les bavures policières. Ce tragique événement se déroule en pleine campagne pour la présidentielle américaine qui laisse apparaître deux clans qui n'ont jamais été aussi éloignés l'un de l'autre.

Bill de Blasio, nouveau maire

En mars 2013, près de la moitié des New-Yorkais ne connaissaient pas Bill de Blasio. Huit mois plus tard, ils ont été 73,6 % à voter pour lui. Un raz-de-marée électoral qui n'a pourtant rien d'étonnant dans une ville de plus en plus démocrate. Vainqueur facile du républicain Joe Lhota, qui n'aura jamais existé durant la campagne, Bill de Blasio s'est fait élire en se présentant comme un robin des bois des temps modernes. Son programme tournait autour d'un argument choc, faire de New York une ville plus homogène et combler le fossé entre riches et pauvres. Démagogique pour certains (dont Michael Bloomberg, l'ancien maire), plein d'espoir pour d'autres, le candidat démocrate ne laisse personne indifférent. Bill de Blasio a, entre autres choses, promis la fin de la hausse vertigineuse des prix des loyers et la construction massive de logements sociaux. Malgré de multiples rencontres avec des associations de propriétaires, Bill de Blasio n'a depuis le début de son mandat pas réussi à enrayer la crise du logement et symbolise la puissance des fonds immobiliers et l'incapacité d'action de la mairie sur ce sujet. Autres promesses de campagne, tenues cette fois-ci : une taxe à la charge des New-Yorkais les plus riches, dont l'argent est utilisé pour investir dans le système éducatif de la ville, et l'arrêt du très controversé Stop-and-Frisk, une loi permettant à la police d'arrêter n'importe quel individu et de le fouiller sans raison. Depuis l'arrêt de cette mesure, les études semblent prouver que la discrimination policière a drastiquement baissé et aucune hausse de la criminalité n'est à constater. Une victoire pour le maire et pour les opposants du Stop-and-Frisk. Pour autant, une succession de meurtres d'Afro-américains non-armés par des policiers blancs provoque un climat de tension raciale qui culmine à l'été 2014. Les plus importants affrontements entre communautés locales et forces de l'ordre ont lieu à Ferguson (Missouri), après le meurtre de Michael Brown en août 2014. Les heurts redoublent d'intensité fin novembre après la décision du grand jury de ne retenir aucune charge contre le policier qui a tiré sur le jeune adolescent noir. Très vite, les manifestations, avec comme mot d'ordre Black lives matters (" les vies noires comptent "), se répandent dans toutes les grandes villes des États-Unis. New York est le théâtre de nombreuses manifestations qui bloquent les ponts et les grandes avenues. Plus encore que le meurtre de Ferguson, c'est le décès le 17 juillet à Staten Island d'un père de famille noir, Eric Garner, mort asphyxié lors d'une interpellation musclée, qui mobilise les New-Yorkais. Soupçonné de vente illégale de cigarettes, l'homme a été plaqué au sol et pris au cou par les forces de l'ordre. L'arrestation, filmée par un téléphone portable, a provoqué une vague d'indignation à New York. Les manifestations, pacifiques, se sont intensifiées après la décision du grand jury de ne pas poursuivre pour homicide le policier incriminé.

Bill de Blasio concentre aujourd'hui son action sur l'éducation pour permettre une meilleure égalité entre les écoles publiques de la ville, au niveau encore très disparates. Plutôt discret dans les médias comparé à ses prédécesseurs - ce qui fait dire à ses adversaires qu'il est inactif - il se retrouve sur le devant la scène à la fin de l'été 2016 lorsqu'un attentat terroriste dans le quartier de Chelsea blesse une trentaine de personnes. Rebelote le 31 octobre 2017, avec un nouvel attentat.

Lors des élections présidentielles de 2016, il a su faire de New York un ville-sanctuaire largement opposée à Donald Trump et il axe sa campagne de 2017 en vue d'un second mandat au poste de maire de New York sur la justice sociale : plus d'écoles publiques, plus de logements sociaux, des taxes plus importantes sur les revenus des millionnaires. Ces promesses, ajoutées à son bilan de premier mandat plutôt positif (baisse de la criminalité, augmentation du nombre de diplômés, baisse du chômage) et à l'absence d'un réel rival lui permettent, le 7 novembre 2017, d'être réélu sans surprise au poste de maire New York.

Portraits de maires new-yorkais

John Lindsay. Il fut le 103e maire de New York de 1966 à 1973 (deux mandats) et représentait, au début des années 1960, l'espoir de la communauté blanche. Il avait du charisme, une belle prestance à la Kennedy et une intelligente confiance en lui-même. Lindsay arriva sur le devant de la scène au moment où des conflits de toutes sortes (syndicaux et raciaux) secouaient une ville lasse des corruptions de l'ancien régime.

La période Lindsay correspond à un tournant de la vie à New York, marqué par le départ des classes moyennes vers les banlieues et par une faillite généralisée des services publics, dont l'essentiel passa alors aux mains de la Mafia, tandis qu'une politique d'aide sociale, relativement généreuse et ouverte, conduisait à une prise en charge permanente et dispendieuse des couches les plus démunies.

Edward Koch. Trois fois maire de New York (12 ans de mandat entre 1978 et 1989), celui qui fut le 105e maire de New York est considéré comme la quintessence du New-Yorkais. De confession israélite, d'origine polonaise, et natif du Bronx, Koch fut un maire impétueux, agressif, dogmatique, qui ne renonçait jamais à faire entendre son opinion à qui voulait l'écouter. Son mandat a pris fin avec les années 1980, laissant à la ville une structure politique figée tout aussi corrompue que la précédente.

David Dinkins. Le 106e maire de New York (1989-1993) était d'origine afro-américaine. Homme de belle prestance, David Dinkins avait l'art de faire de beaux discours mielleux qui ne suffisaient pas à relever les défis complexes d'une ville tentaculaire comme New York.

Il consacrait une bonne partie de son énergie à sa passion, le tennis. Il a accordé à l'US Lawn Tennis Association un énorme terrain pour construire de nouvelles infrastructures, en échange de la promesse que New York abriterait l'Open américain au XXIe siècle. Dinkins doit aujourd'hui regretter de n'être pas resté maire assez longtemps pour donner le nom de son héros, Arthur Ashe, aux nouvelles infrastructures sportives.

Rudolph Giuliani. 107e maire (1993-2001) et premier maire républicain de la ville de New York depuis 1960, Rudolph Giuliani a été élu en décembre 1993 en promettant de déployer de gros moyens pour assurer la sécurité dans la ville. Mais dans un New York où les tensions raciales étaient déjà criantes, les méthodes de Guiliani ont jeté de l'huile sur le feu. Quelques semaines après son élection, la police est entrée dans la mosquée de Harlem et s'est trouvée impliquée dans une fusillade. Deux jours plus tard, les forces de l'ordre pénétraient dans la maison d'un des plus importants imams de la communauté musulmane de la ville et tuaient le fils du chef religieux, pourtant non armé.

En novembre 1997, Giuliani remporte une nouvelle victoire électorale municipale, cette fois contre la démocrate Ruth Messinger. Cette réélection est due à la réussite - très fortement appréciée -, malgré les bavures, du challenge que s'était fixé Giuliani en matière de sécurité. Sous son deuxième mandat, la " capitale du monde " est descendue au 150e rang sur la scène de la criminalité nationale. Ce qui ne va cependant pas sans contrepartie : un non-respect permanent du droit à la liberté d'expression (interdiction de manifestations ou décollage des affiches allant à son encontre).

Plus grave encore fut le drame de l'assassinat par la police d'Amadou Diallo, en mars 1999, au cours duquel les forces du NYPD (New York Police Department) ont tiré 41 balles sur ce jeune Noir non armé et présumé innocent.

Les événements de septembre 2001 lui ont donné une tragique occasion de livrer une dernière grande bataille médiatique et politique, finissant de faire de lui une icône pour la postérité pour certains, un communicant démagogique pour d'autres.

Michael R. Bloomberg. 108e maire de New York (de janvier 2002 à décembre 2013, réélu en 2005 et 2009), Michael Bloomberg se dit conservateur d'un point de vue économique et démocrate dans ses idées sociétales. Sous son mandat, la ville est devenue plus verte, plus moderne. Son initiative la plus populaire est l'établissement du 311, un numéro qui permet de signaler un vaste éventail de problèmes qui peuvent survenir à New York (des crimes en passant par les soucis de ramassage des ordures). Michael Bloomberg a été élu dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001 grâce au soutien inconditionnel et au bilan positif de Rudy (surnom de Giuliani) ainsi qu'à son aura de self-made milliardaire conciliant. Cet ancien démocrate a rejoint le parti républicain en 2001 pour se présenter à l'élection municipale de New York. Mais, en juin 2007, il rend sa carte du parti républicain et se déclare indépendant des deux grands partis américains ! Michal Bloomberg est à l'origine de la transformation de Times Square en zone piétonnière, et de la création de la Highline. Il a fait également de la lutte antitabac l'un de ses fers de lance et bannit la cigarette des parcs et des plages.

Le 3 novembre 2009, il décroche son troisième mandat, après avoir provoqué l'indignation de beaucoup en forçant pratiquement le conseil municipal à modifier une limitation à deux mandats. Son troisième mandat est marqué par sa volonté de faire de New York un exemple pour le reste des Etats-Unis. Ainsi il met en place de grand projets environnementaux, défend ardemment le droit au mariage homosexuel, qui sera finalement voté par l'Etat de New York en juillet 2011, lutte contre l'obésité de ses habitants. Seule ombre au tableau qui lui est souvent reprochée : son apathie face à la montée vertigineuse des prix des loyers. Le prix d'un appartement a augmenté de 80 % en 10 ans, soit depuis la prise de fonction de Michael Bloomberg. Mais pour Michael Bloomberg, attirer les plus riches à New York était la seule solution pour que la ville ne subisse pas la crise financière. La candidate démocrate qu'il a soutenue non-officiellement, Christine Quinn, a terminé seulement quatrième des primaires démocrates, signe du ras-le-bol de la gauche new-yorkaise après 12 ans de Bloomberg. Le 5 novembre 2013, le démocrate Bill de Blasio est élu pour lui succéder. Michael Bloomberg se sert aujourd'hui de son argent et de son influence pour faire avancer des causes qu'il a défendues à New York durant son mandat : la lutte contre le port d'armes, l'obésité et le réchauffement climatique.

Trump, le milliardaire président

Hillary Clinton et Donald Trump s'opposent dans les urnes le 8 novembre 2016, après une campagne d'une rare violence, marquée par de multiples scandales suite aux propos xénophobes, sexistes et racistes du candidat républicain. Désenchantée, l'Amérique doit choisir parmi les deux candidats les plus impopulaires de l'histoire aux Etats-Unis. Car de l'autre côté, Hillary Clinton est attaquée de toutes parts pour sa proximité avec les lobbys financiers suite aux nombreuses conférences très bien rémunérés qu'elle a données devant les grandes sociétés de Wall Street. Alors que l'Amérique a envie de renouveau, elle incarne, avec son mari Bill, le passé. Enfin, elle n'arrive pas à se défaire des scandales qui l'ont touchée alors qu'elle était Secretary of State sous Barack Obama, l'équivalent de ministre des Affaires étrangères. Un, en particulier, jette une ombre sur sa candidature à tout juste une semaine du vote, celui des e-mails classés " secret défense " qu'elle a ouverts sur sa boite mail personnelle et donc non-protégée. Si le FBI n'a finalement rien trouvé à redire et n'a retenu aucun chef d'accusation pour trahison, ce scandale a pourri la candidature d'Hillary Clinton pendant toute la campagne, accusée par les Républicains d'avoir supprimé ses e-mails et détruit les preuves qui auraient pu amener à une condamnation du FBI. Lors des trois débats qui opposent les deux candidats, Hillary Clinton semble bien plus à l'aise et prend facilement le dessus sur Donald Trump, totalement incapable de défendre des propositions concrètes, et se contentant de répéter qu'il rendra à l'Amérique sa grandeur. La très grande majorité de la presse, et même de nombreux médias à tendance républicaine, apportent leur soutien à Hillary Clinton, qu'ils jugent plus apte pour un poste qui nécessite une grande expérience et des connaissances approfondies en diplomatie et en politique étrangère. Pourtant derrière dans les sondages, Donald Trump, homme de télé et magnat de l'immobilier sans aucune expérience de la politique, sort vainqueur de ce duel, provoquant une onde de choc dans le monde. Si Hillary Clinton obtient plus d'un million de votes de plus que son adversaire, c'est bien le candidat républicain qui remporte l'élection à la faveur du scrutin indirect. Donald Trump remporte 30 Etats et 306 grands électeurs contre 20 Etats et 232 grands électeurs pour Hillary Clinton. A New York, on vote pour Hillary Clinton à 79 %, mais il est à noter que le borough plus " middle class " de Staten Island a voté à 57 % pour Donald Trump alors que dans le même temps le Bronx a voté à 88 % pour la candidate démocrate. L'élection du New-Yorkais Trump symbolise la fracture entre les zones urbaines et rurales, entre les côtes et le centre des Etats-Unis, entre les grands médias et une grande partie des Américains. Donald Trump est intronisé le 20 janvier 2017. Au cours de sa première année à la présidence du pays, Donald Trump, en chute dans les sondages, n'a rien mis en place de significatif. L'abrogation de l'Obamacare a été rejetée par les sénateurs, le Travel Ban (interdisant l'entrée sur le sol américain de ressortissants d'une liste réduite de pays musulmans) n'a pas été adopté, la construction du mur frontalier entre le Mexique et les Etats-Unis n'avait pas commencé. Au nombre de ses réussites personnelles, citons l'entrée à la Cour Suprême de deux juges conservateurs, Neil Gorsuch ainsi que le très polémique Brett Kavanaugh, faisant basculer la majorité de cette éminente institution dans son camp politique (5 juges conservateurs pour 4 juges progressistes). Deux ans après son arrivée fracassante à la Maison Blanche, Trump peut aussi se targuer d'un bilan économique encourageant. La croissance bat des records et atteint 3,5 % au troisième trimestre 2018, le taux de chômage est descendu sous les 4 %, les profits des grandes entreprises sont au plus haut et la bourse de Wall Street se porte très bien. Un boom économique déjà amorcé sous Obama, et que Trump a renforcé notamment grâce à sa réforme fiscale, adoptée par le Congrès fin 2017, particulièrement avantageuse pour les entreprises. Les salaires et la consommation des ménages sont en hausse, mais ces résultats encourageants ne reflètent qu'une partie de la réalité, et les détracteurs de Trump craignent un alourdissement de la dette et déplorent une augmentation des inégalités sociales.

Si l'administration Trump a eu tous les pouvoirs pendant deux ans, le parti démocrate a récupéré la Chambre des représentants lors des élections de mi-mandat (Midterms) en novembre 2018. Les Républicains, eux, conservent le Sénat, restaurant ainsi l'équilibre des pouvoirs.

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