Le Darién est une terre de trésors naturels et culturels méconnus. Une grande partie de cette province est recouverte par une épaisse forêt tropicale humide, de hautes et basses terres, abritant l'une des biodiversités les plus riches au monde. Le Darién est aussi constitué d'autres variétés d'habitats et écosystèmes, notamment côté Pacifique : forêt semi-sèche de basses terres, mangroves, plages de sable, côtes rocheuses et marais d'eau douce.

On y recense 4 % de la diversité totale des amphibiens du monde, 3,5 % de l'ensemble des reptiles, 10 % des espèces d'oiseaux, 5 % des mammifères et plus de 8 000 plantes. La région abrite une vingtaine d'espèces animales endémiques et surtout, fierté nationale, la plus grande concentration d'aigles harpies au monde, l'oiseau de proie le plus puissant de la planète.

Située au sud-est, la province la plus vaste du pays (16 803 km²) est aussi la moins peuplée (environ 50 000 habitants). Depuis des siècles, la forêt ou selva constitue l'habitat des communautés emberás, wounaans et kunas, ainsi que des descendants des Cimarrones, les esclaves africains fugitifs qui ont trouvé refuge dans cette jungle inhospitalière à l'époque de la colonisation espagnole. Ces populations amérindiennes et noires ont conservé un mode de vie traditionnel écologiquement viable : agriculture de subsistance (plantains, manioc, avocats, maïs et riz), chasse et pêche. Plus récemment, des " métis " en provenance de la péninsule d'Azuero, de Coclé ou du Chiriquí, sont venus s'installer ici dans l'espoir d'y trouver des terres moins chères et moins épuisées que dans leurs provinces d'origine. Ces " colons " appelés localement latinos ou campesinos, travaillent dans l'agriculture (maïs, riz...), l'élevage extensif et l'exploitation forestière. Le teck a été introduit il y a une quinzaine d'années mais les coupes de bois précieux traditionnels continuent.

Le climat est de type tropical, humide à très humide, avec une saison sèche marquée entre janvier et avril. Il fait chaud toute l'année mais l'humidité de la forêt et la topographie influent sur les températures, qui peuvent descendre sous les 15 °C.

Ce magnifique territoire, reconnu depuis longtemps par les biologistes et ethnologues, reste le plus isolé du pays. La Panaméricaine, cette route qui veut relier l'Alaska à la Terre de Feu, s'interrompt à Yaviza pour ne reprendre que dans le Chocoe colombien. Entre ces deux points s'impose le fameux Tampon du Darién, qui accueille la faune et la flore disparues ailleurs sous la pression du " développement ".

Pour protéger cette région de la déforestation galopante qui a commencé dans les années 1970 avec l'arrivée de la route, et pour constituer un rempart naturel contre la fièvre aphteuse présente en Amérique du Sud, le gouvernement panaméen a créé en 1980 le parc national du Darién. Ce territoire de 579 000 ha est inscrit au patrimoine mondial de l'humanité et a le statut de réserve de la biosphère. Dans le prolongement du parc, on trouve également plusieurs zones protégées : le couloir biologique de la Serranía del Bagré (30 000 ha), ainsi qu'une réserve naturelle gérée par l'ONG Ancón : Punta Patiño (31 275 ha). Plus au nord, dans le triangle Metetí - La Palma - Yavisa, se trouvent les réserves du Filo del Tallo et de Canglón.

Régulièrement se pose la question de continuer la route jusqu'à la frontière, à 96 km de Yaviza. Une telle pénétration à travers le Tampon du Darién, au mépris des protections environnementales susmentionnées, provoquerait certainement un énorme gâchis écologique.

La route offrirait aux bûcherons un accès plus aisé aux derniers bois précieux et entraînerait également l'arrivée de nouveaux agriculteurs ou éleveurs de bétail qui brûlent la forêt pour gagner des surfaces exploitables. De son côté, le " lobby " pro-route avance l'argument populaire du désenclavement de la région, l'une des plus pauvres du pays, qui a bien du mal à expédier ses produits agricoles vers la capitale. Le gouvernement colombien fait également pression sur les autorités panaméennes pour accéder au marché d'Amérique centrale... En dehors des aspects environnementaux, les questions récurrentes d'insécurité (extension du conflit colombien), de narcotrafic, des migrations sud-américaines, ainsi que des problèmes sanitaires (la fièvre aphteuse présente en Amérique du Sud ne s'est pas propagée en Amérique centrale grâce à la barrière naturelle que forme le Tampon du Darién) vont sans doute alimenter les débats pendant encore de longues années.

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15.95 €
2019-01-02
456 pages
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