Guide de Rhodes : Histoire

Site antique de Kamiros.
Site antique de Kamiros.
Quelques figures historiques

Alexandre le Grand (356 - 323 av. J.-C.)

Il a eu Aristote pour précepteur et, pour lui enseigner l'art de la guerre, les campagnes de son père Philippe II, contre les Thraces et les Illyriens. Il lui succède en 336, à l'âge de 20 ans. Sa vie est marquée par la constitution d'un empire dont la réalisation lui coûtera la vie à 33 ans. Empire qui ne lui survivra pas. Après avoir vaincu les peuples révoltés de Grèce, Alexandre initie une politique expansionniste au détriment des Perses, conquérant l'Egypte, où il fonde Alexandrie, et s'empare de Babylone et de Persépolis qu'il fait brûler. Il traverse le Tigre et l'Euphrate, soumet les Perses, puis entreprend l'étonnante expédition qui le mènera au-delà de l'Indus, en Inde du Nord, où son souvenir encore vivace nourrit la légende. Miné par la maladie et les privations de sa vie de soldat (certains historiens affirment qu'il a été assassiné), Alexandre le Grand meurt dans la ville dont il rêvait de faire la capitale de son empire, Babylone.

Hérodote (484 - 425 av. J.-C.)

Conteur, voyageur, Hérodote est surtout le premier historien grec. Né en Asie Mineure, il est marqué dès son plus jeune âge par la coalition de la Grèce contre l'invasion des Perses qui dominent à peu près toute l'Asie occidentale. En témoignent ses 9 ouvrages historiques, qui retracent les antécédents et le déroulement des guerres médiques. Hérodote enquête sur les moeurs, les coutumes, la façon de vivre de chaque peuple. Il est considéré par Cicéron comme " le père de l'histoire ".

Périclès (vers 495 - 429 av. J.-C.)

La célèbre statue du musée du Vatican le représente casqué. Cet orateur démocrate a eu d'abord des accents guerriers avant de se consacrer à l'épanouissement culturel d'Athènes dont il parachève la démocratisation de la vie politique. Réélu régulièrement durant 30 ans, il abandonne peu à peu ses rêves d'un impérialisme athénien pour se tourner vers des sources spirituelles et intellectuelles. C'est ainsi sous Périclès qu'Athènes voit la construction de l'Acropole, et que Le Pirée bénéficie de l'érection de ses fortifications.

Chronologie
Chronologie

La Grèce antique

De 2800 à 2200 av. J.-C. > Civilisation cycladique.

De 2000 à 1450 av. J.-C. > Civilisation minoenne en Crète.

De 1400 à 1000 av. J.-C. > Civilisation mycénienne.

Vers 1200 av. J.-C. > Civilisation des Doriens.

490 av. J.-C. > La première guerre médique s'achèvera avec la victoire des Athéniens à Marathon sur les Perses de Darios.

480 av. J.-C. > La seconde guerre médique a lieu, elle aboutira à la victoire des Grecs à Salamine, sous la conduite de Thémistocle, sur les Perses de Xerxès.

De 450 à 429 av. J.-C. > C'est l'époque de Périclès et de l'apogée athénienne.

De 431 à 404 av. J.-C. > La guerre du Péloponnèse commence, Sparte en ressortira vainqueur.

359 av. J.-C. > Avènement de Philippe II de Macédoine.

De 364 à 324 av. J.-C. > Alexandre le Grand s'illustre dans des conquêtes qui le mèneront jusqu'en Inde. Il meurt en 323 av. J.-C.

L'hellénisme de l'époque romaine et de Byzance

146 av. J.-C. > La Grèce passe sous la domination romaine pour devenir ultérieurement province romaine sous l'empereur Auguste.

330 > Constantinople est fondée et devient la capitale de l'empire romain.

395 > Création de l'empire romain d'Orient ou empire byzantin (395 - 1453) de langue et de civilisation grecques, avec Constantinople comme capitale.

863 > Cyrille et Méthode commencent l'évangélisation des Slaves et créent l'alphabet cyrillique.

XIe et XIIe siècles > L'humanisme byzantin s'épanouit.

1054 > Schisme entre l'Eglise catholique romaine et l'Eglise orthodoxe grecque.

1204 > La IVe croisade, sous la conduite des Vénitiens, prend Constantinople. L'Empire byzantin connaît la période dite de la Francocratie.

1261 > Michèle Paléologue fonde la dynastie des Paléologues. L'Empire byzantin est reconstitué.

1306 > Les Chevaliers de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem installent leur siège à Rhodes et prennent position dans les îles du Dodécanèse.

XIIIe et XIVe siècles > On assiste à une renaissance culturelle à Byzance.

1453 > Mahomet II prend Constantinople, fait qui consacre la fin de l'Empire byzantin. La Grèce passe sous la domination turque. Les îles du Dodécanèse ne sont prises qu'en 1522.

La domination ottomane

Fin du XVIIIe siècle > La renaissance hellénique se fait jour.

1768-1774 > La Russie obtient un droit de protection des Grecs de l'Empire ottoman suite à la guerre russo-turque.

1770 > Les Grecs se révoltent contre les Turcs dans le Péloponnèse. De 1790 à 1803 c'est au tour de l'Epire de se soulever.

1821 > Début du soulèvement grec contre les Turcs. Des héros grecs de l'indépendance s'illustrent par leur courage : Botzaris, l'archevêque Germanos, Mavromichalis, Ypsilantis, Mavrocordatos, Kolokotronis, Karaïskakis, Makrigiannis.

1822 > L'Assemblée nationale d'Epidaure proclame l'indépendance de la Grèce. Massacre des Grecs de Chio par les Turcs (voir le tableau de Delacroix au Louvre). Missolonghi, ville où mourra le poète anglais Lord Byron en 1824 est assiégée.

1827 > A la bataille de Navarin, Français, Anglais et Russes détruisent la flotte turco-égyptienne.

1829 > L'Empire ottoman signe le traité d'Andrinople, reconnaissant ainsi l'autonomie de la Grèce.

1830 > Protocole de Londres : reconnaissance de fait de l'indépendance de la Grèce. Les îles du Dodécanèse restent sous domination ottomane et ne sont pas intégrées au nouvel Etat grec.

Le nouvel Etat grec

1831 > Ioannis Capodistria est assassiné. Imposé par les puissances française, anglaise et russe, Othon de Bavière devient roi de Grèce à 18 ans.

1863 > Georges Ier, prince danois, monte à son tour sur le trône.

1875 > Sous la pression des libéraux, le régime évolue vers un système parlementaire.

1909 > Un coup d'Etat dirigé par une ligue militaire oblige Georges Ier à nommer Eleftherios Venizélos Premier Ministre.

1912 > L'Italie fasciste envahit et occupe les îles du Dodécanèse.

1912-1913 > Suite aux guerres balkaniques, la Grèce agrandit peu à peu son territoire.

1918 > La Grèce se joint aux Alliés dans la Première Guerre mondiale.

1919 > Les traités donnent à la Grèce la Thrace, les îles d'Imbros et Ténédos et la région de Smyrne en Asie Mineure. Les îles du Dodécanèse restent sous domination italienne.

1923 > Le traité de Lausanne consacre la victoire turque dans la guerre qui opposera la Grèce à la Turquie en 1921. Un échange de population est organisé entre les deux pays. Le roi Constantin abdique. Son fils Georges II monte sur le trône et abdiquera peu après.

1924 > La République est proclamée. Venizélos retourne au pouvoir et tente de stabiliser le pays.

1935 > Le roi Georges II revient et rétablit la constitution de 1911.

1936 > Venizélos meurt à Paris. Un régime autoritaire est installé par le général Metaxas.

1940-1941 > L'Italie attaque la Grèce et se retrouve en position difficile. Les Allemands interviennent et occupent toute la Grèce et une partie des îles du Dodécanèse jusqu'en octobre 1944.

1948 > Les îles du Dodécanèse sont rattachées à la Grèce pour la première fois depuis la domination ottomane.

1946-1949 > La guerre civile grecque commence et s'achève par la défaite des communistes.

La Grèce contemporaine

1952 > La Grèce adhère à l'OTAN.

1963-1965 > Un gouvernement de l'Union du centre est mis en place, conduit par Georges Papandréou.

1965-1967 > Papandréou démissionne et plusieurs gouvernements conservateurs soutenus par le roi dirigent successivement le pays.

1967 > Un coup d'Etat est fomenté par une junte militaire menée par le général Papadopoulos. La dictature dite des Colonels durera jusqu'en 1974.

1974 > Le coup d'Etat à Chypre renverse le président Makarios. L'armée turque intervient et occupe encore aujourd'hui la partie nord de l'île. La démocratie est restaurée en Grèce et Caramanlis devient chef du gouvernement.

1981 > Les socialistes accèdent au pouvoir sous la direction d'Andréas Papandréou. La Grèce fait son entrée dans la CEE.

Avril 1990 > Constantin Mitsotakis devient Premier Ministre après la victoire de la droite aux législatives.

Octobre 1993 > Des élections anticipées sont organisées et voient la victoire du parti socialiste PASOK.

1er janvier 2002 > La Grèce adopte la monnaie unique.

2004 > En août, les Jeux olympiques se déroulent à Athènes.

19 avril 2005 > La Grèce est le 6e pays à ratifier le texte de la Constitution européenne.

Octobre 2009 > Les socialistes de Georges Papandréou remportent les élections législatives anticipées demandées par le Premier ministre conservateur Costas Caramanlis après 6 ans au gouvernement. Le PASOK accède donc au pouvoir pour 4 ans et décide de faire la vérité sur le déficit budgétaire du pays, c'est le début d'une crise sans précédent en Grèce.

Octobre 2011 > L'Europe valide un plan de sauvetage et réduit la dette de 50 % en échange de mesures drastiques dans le pays.

Novembre 2011 > Mise en place d'un gouvernement d'union nationale dirigé par Lucas Papadémos pour établir le plan de sauvetage.

Janvier 2015 > Alors que les plans d'austérité s'enchaînent mais que la dette continue à augmenter, le mécontentement de la population atteint des niveaux records avec manifestations et émeutes. C'est le parti radical de gauche, Syriza, qui gagne les élections de janvier 2015 sur un programme anti-austérité. Alexis Tsipras devient Premier ministre.

Juin 2015 > La Grèce est officiellement en défaut de paiement. Tsipras organise un référendum pour accepter ou rejeter le nouveau plan d'austérité. Le "non" l'emporte et les négociations reprennent pour éviter une sortie de la zone euro par la Grèce.

Eté 2015 > L'afflux de réfugiés en provenance du Moyen-Orient s'accélère sur les côtes des îles du Dodécanèse. Les traversées depuis la Turquie connaissent une recrudescence, tout comme les tensions sur les îles les plus touchées comme Kos et Lesbos.

Août et septembre 2015 > Un nouveau plan d'austérité est conclu, Tsipras démissionne. Des élections anticipées sont organisées en septembre 2015 : Tsipras est réélu mais avec un taux d'abstention record.

Depuis 2016 > Nouvelles réformes mises en place dans le cadre du dernier plan de sauvetage de l'UE. Reprise des manifestations par intermittence.

Juin 2017 > Un prêt est négocié entre l'UE, le FMI et la Grèce pour soulager la dette grecque.

Des origines à nos jours
Civilisation minoenne (2000 – 1500 avant J.-C.)

La civilisation grecque a commencé en Crète. A cette époque, la grande île a le quasi-monopole du commerce maritime en Méditerranée. Knossos, sa capitale, rassemble des artistes de haut niveau et les maisons de son palais connaissent un degré de confort et de raffinement aujourd'hui inimaginable. Dans le domaine des sports, une place spéciale est réservée à la tauromachie. A la tête d'une flotte importante, le roi Minos conquiert les Cyclades et leur transmet certains aspects de la brillante civilisation crétoise. Sa disparition subite et mystérieuse, vers 1500 av. J.-C., demeure une énigme de l'histoire. Elle serait due soit à une invasion, soit, plus probablement, à un séisme dans la caldeira du volcan de Santorin.

Civilisation mycénienne (1500 – 1100 avant J.-C.)

A peu près à la même époque, la tribu des Achéens, venue du nord, conquiert une grande partie de la Grèce et y fonde plusieurs villes. Mycènes, la plus florissante, donnera son nom à leur civilisation. Ces guerriers sont éblouis par la civilisation crétoise. Ils invitent des artistes de cette île pour apprendre leurs techniques. Vers 1200, unies pour la première fois, toutes les tribus grecques partent à la conquête de la ville de Troie, dont le siège durera 10 ans. Selon la légende, l'objet de cette guerre est l'enlèvement de la belle Hélène, épouse de Ménélas, roi de Sparte, par Pâris, fils de Priam, roi de Troie. Homère a conté dans l'Illiade les détails de cette aventure, non confirmée par les découvertes archéologiques. On sait seulement que vers le XIe siècle, des Grecs s'installent en Asie Mineure. A peu près à la même époque, les Doriens, une tribu plus guerrière que les Achéens, arrivent en Grèce. Les Doriens vont conquérir presque tout le pays, sauf l'Eubée et l'Attique, détruisant sur leur passage la civilisation mycénienne et introduisant un mode de vie basé sur la discipline militaire.

Époque géométrique et archaïque (1100 – 500 avant J.-C.)

Dans les régions épargnées par les Doriens, les arts sont toujours florissants, comme en témoignent les vases à motifs géométriques qui datent de cette période. Vers 900 un alphabet est créé, et au VIIe siècle commence à se propager l'appellation " hellène " qui englobe toutes les populations d'origine grecque. Selon la mythologie, Zeus, fâché contre les hommes, provoque pour les punir un cataclysme qui les fait tous périr, à l'exception du roi Deucalion et de son épouse Pyrrha, réfugiés dans une barque au sommet du mont Parnasse. Suivant les conseils de l'oracle de Delphes, les époux jettent derrière eux des pierres qui sont aussitôt transformées en êtres humains. Le fils de Deucalion, Hellen, aura trois fils, Doros, Eole et Xouthos et deux petits-fils, Achéos et Ion, qui donneront leurs noms aux tribus grecques. C'est l'époque qualifiée d' " archaïque ". D'importantes colonies grecques se développent en Syrie, en Italie, en Sicile, en Egypte, au Pont-Euxin et en Ligurie. Vers cette époque, le gouvernement aristocratique laisse la place aux tyrans, tandis que Sparte et Athènes se disputent l'hégémonie des tribus grecques.

Epoque classique (500 – 300 avant J.-C.)

Grâce aux réformes de Solon, à l'administration magistrale de Pisistrate et à l'oeuvre de Clisthène, véritable fondateur de la démocratie, Athènes est en plein essor tandis que Sparte, disciplinée sous les lois austères de Lycurgue, est une puissante cité guerrière. L'Empire perse en pleine expansion se heurte aux cités grecques.

En 490, les Athéniens triomphent de l'armée de Darius, roi des Perses, à Marathon ; en 480, la flotte grecque détruit celle de Xerxès, successeur de Darius, à Salamine. Entretemps, les Spartiates livrent le combat héroïque des Thermopyles, où Léonidas et 300 hommes se battent contre l'ennemi perse avec la certitude de mourir jusqu'au dernier. En 479, les Grecs triomphent des Perses à la bataille de Platées. Toutes ces victoires contribuent à faire d'Athènes le centre du monde grec. L'Acropole est dotée de temples merveilleux, les artistes créent des chefs-d'oeuvre, la philosophie est florissante avec Socrate et Platon.

La cité peut enfin consolider des institutions démocratiques non seulement exemplaires pour l'époque, mais sans précédent dans l'histoire du monde occidental. C'est le fameux siècle de Périclès. La démocratie grecque instaure un système fiscal qui essaie de prendre en compte les différences de niveau économique des citoyens et de donner aux citoyens pauvres les moyens de s'instruire et de suivre les manifestations culturelles aux frais de la cité. Tout citoyen libre est autorisé à participer à l'administration publique, mais peut aussi exercer un contrôle sur le bon fonctionnement des institutions. On comprend qu'une telle société ait vu naître des hommes tels qu'Hérodote, Eschyle et Phidias. Malheureusement les miracles ne peuvent pas durer et la guerre meurtrière du Péloponnèse, avec la victoire de Sparte (en 400), change définitivement la civilisation athénienne. Unir la Grèce a été l'un des rêves de Philippe II, roi de Macédoine. Mais ce qu'il ne pourra accomplir - Philippe II est mort assassiné -, son fils Alexandre le réalisera. Lorsque les conditions difficiles de la vie de soldat causent sa mort, en 323 av. J.-C., à l'apogée de sa gloire, Alexandre le Grand n'a que 33 ans. Aujourd'hui, on a de la peine à concevoir comment ce jeune roi a pu, en si peu de temps, conquérir et unir la Grèce, puis mener contre les Perses une campagne qui le conduira en Asie Mineure, en Syrie, en Egypte, en Perse et en Inde, autant de pays où l'on trouve encore les traces de son passage et l'influence de la civilisation grecque.

Période hellénistique (300 – 214 avant J.-C.)

L'unité des cités grecques ne survivra pas à Alexandre le Grand. Le monde grec entre dans une période de décadence dont les Romains tirent profit. Rivalisant entre eux, les généraux d'Alexandre créent de nouveaux royaumes où l'on voit rayonner des villes comme Alexandrie et Pergame. Autant de centres en plein essor qui attirent de nombreux hommes de science et artistes tout en appauvrissant le pays en ressources humaines. C'est l'époque d'Epicure, de Zénon, père du stoïcisme, et des statuettes de Tanagra.

Période romaine (214 avant J.-C. – 200 après J.C.)

Les conflits internes et l'émigration vers les colonies de l'Asie Mineure ont laissé la Grèce affaiblie, une proie facile pour la nouvelle puissance naissante, Rome. Corinthe, dernier bastion, tombe en 146 av. J.-C. Cependant, la civilisation grecque attire les nouveaux conquérants qui l'acceptent, l'adoptent et aident à sa propagation. L'empereur Hadrien contribue notamment de manière essentielle à l'essor du pays, tandis que des mécènes, tel Hérode Atticus, construisent d'importants monuments.

En 50 apr. J.-C., l'apôtre Paul visite la Grèce et introduit le christianisme dans le pays. Les Evangiles, écrits en langue grecque, vont rapidement détrôner le panthéon olympien.

Période byzantine (330 – 1453)

Fondateur de Constantinople en 330, l'empereur Constantin met en place les bases du grand Empire byzantin qui, durant quelque onze siècles d'existence, devra affronter maints ennemis : les Perses, les Arabes, les Turcs, les Huns, les Slaves... Fer de lance de cet empire, l'Eglise byzantine - sa rupture avec Rome date de 1054 - est très puissante et ses monastères étonnamment prospères. Au cours des siècles, les législateurs byzantins vont prendre certaines mesures favorables aux femmes : ils leur garantissent notamment la jouissance de leurs biens, interdisent la répudiation, et accordent à la mère les mêmes droits qu'au père sur les enfants. Les oeuvres sociales sont aussi encouragées avec la création d'hôpitaux, d'hospices et d'orphelinats. Au VIe siècle, Justinien et son épouse Théodora contribuent à l'essor des arts et des lettres (on doit à Justinien la construction de la magnifique église Sainte-Sophie, à Constantinople). Un deuxième âge d'or s'ouvre pour Byzance avec la dynastie macédonienne (867 - 1056). Le commerce, l'artisanat, les sciences et les arts prospèrent, et le faste de la cour, malgré ses intrigues, fait rêver les Européens, tandis que le danger permanent des invasions bulgares rend la société de Constantinople palpitante et créative. En 972, la princesse Theophano, soeur de Basile II, épouse l'empereur allemand Othon ; elle emmène avec elle des savants, ce qui permet d'établir un contact fructueux entre la civilisation byzantine et l'Occident. En 1204, lors de la quatrième croisade, les croisés prennent Constantinople et y fondent un Empire latin qui va durer jusqu'en 1261. Ces quelques années suffiront pour détruire la cohésion de la civilisation byzantine et créer les circonstances propices à sa décadence. En 1306, les Chevaliers de l'Ordre de Saint-Jean s'installent à Rhodes et prennent position dans les îles du Dodécanèse pour lutter contre les attaques ottomanes. Mais l'affaiblissement de l'Empire byzantin est vite perçu par les Ottomans et, en 1453, Constantinople tombe aux mains des Turcs, un événement aujourd'hui encore ressenti tragiquement par beaucoup de Grecs.

Occupation turque et résistance (1453 – 1830)

Les îles du Dodécanèse, en ligne de mire des côtes turques, sont parmi les premières à tomber face aux attaques ottomanes. En 1522, les Chevaliers de l'Ordre de Saint-Jean doivent abandonner leurs positions dans la région. En 1669, avec la prise de la Crète, la Grèce est intégralement occupée par les Turcs. Désormais maîtres du pays pour près de quatre siècles, les Turcs imposent de lourdes taxes et pratiquent une politique d'enrôlement de force des enfants pour en faire de redoutables soldats, les janissaires. Pour autant, ils font montre d'une grande tolérance envers la religion orthodoxe, ce qui explique peut-être que l'identité nationale grecque ait pu survivre durant une aussi longue occupation. Ce sont d'ailleurs les églises qui, au XVIIIe siècle, organisent les premières " écoles secrètes ", tandis que dans les montagnes, des bandits, les kleftes, jouent les Robin des bois contre les Turcs. En 1814, des commerçants grecs d'Odessa fondent la Filiki Etairia, société secrète pour la libération du pays. Le 25 mars 1821, au monastère d'Aghia Lavra, à Kalavrita, le patriarche Germanos lève le drapeau révolutionnaire, donnant le signal du commencement des combats pour l'indépendance. Les affrontements sont sanglants et le destin de plusieurs héros tragique, comme celui d'Athanassios Diakos qui meurt embroché après avoir combattu l'armée turque avec seulement quarante hommes. Ces exploits ayant réussi à toucher l'opinion publique européenne, plusieurs personnalités déclarent leur soutien à la cause grecque : le poète anglais lord Byron se rend sur place, Chateaubriand, Lamartine, Hugo, la duchesse de Plaisance prennent publiquement parti pour la Grèce indépendante. Devenu Premier ministre à Londres, lord Canning persuade la France et la Russie d'intervenir avec l'Angleterre pour mettre fin à la guerre. En juin 1827, les trois puissances signent un traité reconnaissant l'autonomie de la Grèce. Après deux autres années de guerre, en 1829, les Russes, vainqueurs des Ottomans, obligent le sultan à signer le traité d'Andrinople qui garantit l'indépendance grecque. Les îles du Dodécanèse, qui ont pourtant lutté pour l'indépendance, ne sont pas incluses dans le nouvel Etat grec et restent sous domination ottomane.

Nouvel État grec (1830-1949)

Jean Capo d'Istria, premier gouverneur de la Grèce indépendante, meurt assassiné à Nauplie en 1831. Deux ans plus tard, commence le règne d'Othon de Bavière. Mais la vie politique du pays reste influencée par les grandes puissances, ce qui crée des mécontentements et conduit à la destitution d'Othon en 1862. Son successeur est Georges Ier, prince du Danemark. Après son élection, l'Angleterre donne à la Grèce les îles Ioniennes. En 1878, le traité de Santo Stefano rend la Thessalie et une partie de l'Epire à la Grèce. En 1911, Vénizelos, un homme à la forte personnalité qui va marquer l'histoire du pays et sera adoré par ses partisans, est nommé Premier ministre. Durant la guerre des Balkans (1912-1913), l'armée grecque commandée par Vénizelos libère la Macédoine et l'Epire, la Crète et les îles de la mer Egée... hormis les îles du Dodécanèse. Celles-ci sont occupées dès 1912 par le royaume italien, devenu l'Italie fasciste dix ans plus tard. A la fin de la Première Guerre mondiale, la Grèce, qui était du côté de l'Entente, reçoit la Thrace et Smyrne. En 1922, les forces grecques sont défaites par l'armée turque en Asie Mineure, et cet événement prend des dimensions catastrophiques : les Turcs forcent des flots de réfugiés à retourner sur le continent, massacrant tous les habitants d'origine grecque de Smyrne.

L'entre-deux-guerres est, comme ailleurs en Europe, une période d'instabilité politique chronique. Après l'avènement de la République qui suit la destitution du roi Georges II, la monarchie est rétablie par un nouveau coup d'Etat en 1935. L'année suivante, le général Ioannis Metaxas abolit la Constitution et s'attribue les pleins pouvoirs : c'est le début d'une dictature inspirée de l'Italie fasciste. De nombreux opposants politiques notamment communistes sont envoyés en exil ou dans des camps de travail.

Pourtant proche de l'idéologie et des pratiques mussoliniennes, Metaxas refuse de laisser passer les troupes italiennes et donc de s'allier au fascisme : c'est le " non " prononcé par Metaxas le 28 octobre 1940 qui marque le basculement de la Grèce dans les nations alliées. Cependant, les troupes italiennes avancent dans la région d'Epire. La Grèce résiste et, après un combat héroïque, repousse les forces fascistes en Albanie. Mais elle n'arrive pas à se défendre face aux armées nazies. L'occupation allemande est très dure et la résistance s'organise. Mais très vite des dissensions internes émergent entre les différentes factions de partisans et le Royaume-Uni qui refusent de voir la Grèce basculer vers un régime communiste à la sortie de la guerre.

En 1947, le traité de Paris rend à la Grèce l'archipel du Dodécanèse qui rejoint enfin le pays l'année suivante. Le pays n'est pas au bout de ses souffrances puisque, aussitôt, commence la guerre civile entre libéraux et communistes dont les conséquences seront tragiques pour le pays. Cette guerre civile durera deux ans (1947-1949). Avec l'aide des Britanniques, l'armée grecque vainc l'armée communiste, l'ELAS. Ses partisans sont exilés ou emprisonnés. La division du pays laissera des séquelles qui influenceront considérablement la vie politique du pays jusqu'à aujourd'hui.

De l'instabilité à la dictature (1950-1974)

En 1952, le Premier ministre Konstantin Karamanlis doit affronter une situation difficile pour moderniser l'économie du pays. Cette période est marquée par le début de l'émigration des populations rurales vers les grandes villes, surtout Athènes. Dans la capitale, le boom immobilier entraîne la destruction de plusieurs anciens beaux quartiers. En 1963, l'Union du Centre prend le pouvoir. C'est le début d'une période d'instabilité politique qui aboutit, en 1967, à un coup d'Etat conduit par les militaires. La junte gardera le pouvoir sept longues années, réprimant par la violence la révolte des étudiants et contraignant à l'exil de nombreux intellectuels et opposants. En 1974, les militaires commettent l'erreur de vouloir renverser le président chypriote Makarios, ce qui donne un prétexte à l'armée turque pour envahir la partie grecque de l'île de Chypre.

De l'avènement de la démocratie (1974 - 2009)...

Un désastre qui permettra le retour au pouvoir d'une personnalité respectée par toute la classe politique, Konstantin Karamanlis, jusqu'alors exilé à Paris. Un référendum est aussitôt organisé pour décider si la Grèce sera une monarchie constitutionnelle ou une République. La majorité des votants ayant opté pour la République, la Constitution prévoit des élections pour la désignation des 300 membres du Parlement qui à leur tour élisent Karamanlis président de la République. Farouchement pro-européen, Karamanlis sera l'artisan de l'entrée de la Grèce dans la CEE (1981).

Cette même année, le Parti socialiste (PASOK) d'Andréas Papandréou remporte les élections. Papandréou restera au pouvoir pendant sept ans. En 1988, son gouvernement est impliqué dans une série de scandales économiques majeurs. Le PASOK perd la majorité des sièges au parlement. Tzannis Tzannetakis, une personnalité de la droite, grâce à une coalition avec le Parti communiste, entreprend le processus de catharsis (épuration) qui aboutit à la poursuite judiciaire de plusieurs personnalités du PASOK, dont Andréas Papandréou lui-même.

En 1990, après trois élections consécutives, Konstantin Mitsotakis, chef du parti libéral de la Nouvelle Démocratie, devient Premier ministre et Konstantin Karamanlis retourne à la présidence de la République. Mais la situation du pays ne s'améliore que lentement, et des rumeurs de corruption en 1992 et une affaire d'écoute téléphonique en 1993 finissent par déstabiliser le gouvernement de Mitsokakis qui perd sa majorité parlementaire à la fin de la même année. Les élections anticipées en octobre 1993 redonnent la majorité parlementaire au PASOK de Papandréou, qui malgré son mauvais état de santé dirigera le parti jusqu'à sa mort le 26 juin 1996. Costas Simitis, opposant ouvert à Papandréou, prend alors la tête du PASOK et le réoriente politiquement. Appartenant à la même école politique que Tony Blair, Simitis fait pencher le PASOK vers le centre et en arrive même à s'accorder avec la Nouvelle Démocratie sur les grandes orientations à suivre. Il s'efforce également d'approfondir les liens de la Grèce avec l'Union européenne pour participer à l'Union monétaire. En politique locale, les relations avec la Turquie restent très délicates, la guerre menaçant d'éclater à plusieurs reprises, fragilisant la stabilité politique. En 2004, la Nouvelle Démocratie reprend à nouveau la main. Kostas Karamanlis (le neveu du restaurateur de la démocratie) est élu le 7 mars 2004 pour 4 ans. Il devient à 47 ans le plus jeune Premier ministre de l'histoire politique de la Grèce. Il promet un renouveau politique et économique. En vain.

... à la crise économique, sociale et politique (depuis 2009)

Georges Papandréou est devenu Premier ministre après que la gauche (PASOK, socialiste) a remporté les élections législatives anticipées en octobre 2009. La pays est confronté à une des plus graves crises de son histoire (voir encadré sur les étapes de la crise grecque). Afin de freiner l'inflation et réduire le déficit budgétaire, le gouvernement, étroitement surveillé par les créanciers européens et le FMI, impose une politique d'austérité drastique. Dans ce contexte, un sentiment d'insécurité et de peur se développe, sur lequel va surfer l'Aube dorée, un parti d'extrême droite qualifié de néonazi, pour gagner quelques sièges au Parlement lors des élections nationales anticipées de mai 2012. Les dernières années ont été marquées par une instabilité politique chronique, la montée du parti radical de gauche Syriza et l'accumulation des plans d'austérité pour sauver l'économie grecque et éviter les effets dévastateurs d'un Grexit ou sortie de la Grèce de la zone euro. L'homme politique qui a marqué cette période est Alexis Tsipras, élu Premier ministre en janvier 2015 et chef du parti Syriza. Les années qui suivent son élection sont faites de démissions successives et de négociations entre créanciers internationaux et institutions grecques alors que le pays doit faire face à une fuite des cerveaux, notamment chez les jeunes diplômés. A ces défis nationaux se rajoute la crise des réfugiés qui culmine à l'été 2015 avec l'afflux toujours grandissant de personnes fuyant le Moyen-Orient par les côtes turques et accostant tant bien que mal sur les côtes grecques, notamment dans les îles du Dodécanèse. La situation devient bientôt catastrophique : la Grèce doit faire face seule à une réelle crise humanitaire avant que l'Union européenne ne négocie avec la Turquie l'installation de camps de réfugiés sur son territoire. Au cours de 2016-2017, le flux de réfugiés se tarit en Grèce.

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