Véritable capitale économique de l’Ardèche, bénéficie d’une situation privilégiée au carrefour de la Vallée du Rhône et des plateaux voisins du Velay et du Forez. Cette situation lui a valu et lui vaut encore d’être un important lieu de passage, soumis à intervalles réguliers à des pillages. Si ces derniers ne sont plus qu’un lointain souvenir, ils affectèrent durablement la vie de la cité. Pour s’en défendre, dès l’année 700, la ville fut entourée de remparts et fermée par trois portes principales. Les épaisses murailles partaient du château, aujourd’hui disparu, et se séparaient pour côtoyer les deux rivières qui irriguent la cité, la Cance et la Deûme. Au nord-ouest, privé de défense naturelle, un fossé large d’environ quatre mètres et profond de cinq mètres bordait la ville « du point le plus élevé du talus de la Deûme jusqu’aux bords de la Cance ». Des trois portes de la ville, il n’en subsiste qu’une, la porte de Bourgville, au-dessus de la place de la Liberté. Cette porte monumentale, crénelée, donnait autrefois accès au château. Des anciennes fortifications, il ne reste que des vestiges, des pans de mur, construits en assises plus ou moins régulières et noyés dans les constructions ultérieures. En partant de ce qui fut le château, l’actuel collège Notre Dame, on en trouve trace près de la porte de Bourgville, rue de Tournon, où vient d’être aménagé le square des remparts, mais encore derrière l’église Saint-Joseph-de-Cance, rue de Cance, et aussi rue des Ecoles et place du Champ-de-Mars. Mais si les remparts ont peu ou prou disparu, emportés par les guerres de religion, les invasions et l’urbanisation récente, la ville a conservé quelques unes des 22 tours qui hérissaient ses lignes de défense. La plus ancienne est la tour des Martyrs que l’on aperçoit au dessus de l’avenue de l’Europe. Elle conserve tout son mystère. Dans une étude publiée en 1941, Le Commandant Bret laisse à penser qu’elle peut être contemporaine de la première enceinte construite pour clore la cité. Poncer, autre historien de la ville, en attribue la construction à Antoine de la Vaisserie, Sieur de Meausse. « Sur le bruit de l’arrivée de la Reine régente, à Lyon, à la fin du mois d’août 1574, il s’occupa à fortifier la ville et le château. Ce fut à cette époque que l’on construisit la tour, près de l’ancien chemin de Recuson. » Dans son ouvrage Annonay pierre à pierre, François Chomel précise que cette tour dominait le quartier des Martins « Il existait une porte des Martins, une chapelle des Martins, pourquoi n’y aurait-il pas eu une tour des Martins? » De Martin à martyr, il n’y avait qu’un pas que certains ont pu franchir « pour le mettre en concordance avec les épisodes douloureux ayant marqué les guerres de religion. » Autre vestige remarquable, la tour de Colonjon, en bordure de la place du Champ-de-Mars. Elle appartenait à la ligne des remparts qui protégeaient le côté occidental de la ville. Constatant son mauvais état, les Consuls la confièrent le 1er janvier 1716 à Monsieur Michel Colonjon, notaire, « pour en faire et user comme bon lui semblera, à la charge pour lui de l’entretenir et de la laisser libre à la dite communauté » lorsqu’elle en aura besoin ». Seule la partie basse de la tour a été conservée. On ne peut quitter la place du Champ-de-Mars sans remarquer la tour de l’hôpital. Elle n’a jamais appartenu aux défenses de la ville. Elle ne fut construite qu’après le transfert de l’hôpital de Notre Dame-la-Belle dans la maison ayant appartenu aux Harenc de la Condamine, en 1687. Elle n’eut jamais qu’une vocation de service. Deux autres tours, « très élevées et très belles » attirent notre attention. L’une et l’autre appartiennent à l’ancien couvent Sainte-Marie, construit en 1630, sur les vestiges d’un vieux château, le château de Malatour. Autre tour, celle de la place Mayol, agrémente une coquette maison bourgeoise ayant appartenu à Etienne Gamon, notaire au faubourg de la Valette et procureur du Roi au bailliage. Etienne Gamon fut également Consul de la ville en 1723. Sa voisine, dressée à l’entrée du passage du marché, fut la propriété de Louis de Boulieu, Seigneur de Charlieu écuyer de son état. En 1590, elle appartenait à un certain Jean Gillet, avant de devenir la propriété de Percie du Sert, une famille de la Vocance. Dans ce même quartier, une troisième tour attire notre attention. Elle flanque un immeuble rénové en 1987-1988 et ajoute au charme de ce quartier. A la recherche des défenses de la ville, le visiteur prendra intérêt à découvrir deux maisons fortes, place de la Poterne et rue du Docteur-Barry (ancienne rue Seyssel). L’une et l’autre jouèrent un rôle protecteur, notamment pendant les guerres de religion. Cette balade sans prétention vous permettra de flâner dans les vieux quartiers d’Annonay, où, en dépit du temps qui passe, le promeneur sent toujours battre le cœur de la cité. Merci à Daniel Misery pour cette découverte de la ville avec la complicité de l'Office de Tourisme d'Annonay. |