Poitiers, capitale de région, ressemble à un village démesurément étiré autour du Clain. Un mouvement perpétuel l’anime. Chacune de ses pierres nous raconte une histoire. Tout commence à l’époque gauloise : Lemonum, ”la cité de l’ormeau”, était déjà la capitale du peuple des Pictons. Par la suite, Hilaire - IVe siècle - et Radegonde - VIe siècle -, grands saints locaux, contribuèrent à l’éclat de la cité. Tout au long du Moyen Age, la dynastie des comtes de Poitiers, ducs d’Aquitaine jusqu’à leur dernière héritière, Aliénor d’Aquitaine - 1122-1204 -, fit de la ville l’une des plus importantes du royaume. De 1418 à 1436, en pleine guerre de Cent Ans, elle devint la capitale du roi Charles VII. En 1431, l’université fut créée pour rivaliser avec la Sorbonne, alors aux mains des Anglais. Poitiers devint alors, du XVe au début du XVIIe siècle, un brillant foyer intellectuel, les plus grands noms arpentèrent ses ruelles sinueuses : Villon, Calvin, Bacon, Du Bellay, Ronsard, Rabelais, Descartes… Au XVIe siècle, les débats théologiques entre parpaillots et papistes se multiplièrent. Chaude ambiance, comme en témoigne le siège de plusieurs mois de la ville par les protestants de Coligny en 1569. Le déclin commença sous le règne de Louis XIV, qui n’aimait guère cette grosse ville turbulente et volontiers séditieuse. De ce fait, de nombreuses congrégations religieuses s’installèrent à Poitiers. La mise au pas était accomplie. La ville estudiantine, créative et bruyante, devint une cité dévote, rentière et obéissante. De nos jours, Poitiers libère un délicieux charme suranné, tellement rare qu’il en serait presque un pied de nez à la norme citadine de l’effervescence généralisée. Malgré les embouteillages, les pics de pollution du Plateau et l’extension périurbaine un peu sauvage, Poitiers prend le temps de respecter son héritage historique, de réfléchir, et d’agir pour le mettre en valeur.