Préfecture de la Haute-Corse, c’est la seule agglomération qui ressemble à une grande ville. Si Ajaccio est Nice, avec ses belles avenues, ses murs blancs, ses palmiers, Bastia, est Marseille, une ville foisonnante de gens affairés, pressés, occupés et dont les environs de Poretta (20 km au sud), à Toga, la banlieue nord (ancienne place métallurgique), constituent la plus importante bande industrielle et économique (et pour tout dire la seule) de l’île. C’est aussi une ville musée : dès le XVIe siècle, un nombre exceptionnel d’édifices religieux et conventuels émerge au coeur de ruelles tortueuses et escarpées, de placettes secrètes, le long d’un parcours riche et surprenant. Bastia peut être considérée comme la capitale française du Baroque qui s’exprime dans l’art sacré tout autant que dans son cadre urbain. Edifices publics, religieux ou privés, bâtiments rénovés aux couleurs d’antan riches des ocres méditerranéennes, jardins en escarpe accrochés au-dessus des flots… Bastia s’étire aux bords des flots dans son écrin culturel et architectural exubérant.
Ce sont les Romains qui, les premiers, décidèrent d’y mouiller, installant même une colonie, Mantinum, qui survécut jusqu’aux invasions des Vandales aux IVe et Ve siècles. Les Vandales, auxquels la soif d’invasion et de pillage donnait des qualités de marins, s’emparèrent du site au VIe siècle. Il faudra alors attendre un demi-millénaire pour que cette région ravagée retrouve quelques pêcheurs qui poseront des habitats précaires à l’emplacement de l’actuel Vieux-Port. Puis, les Italiens (Ligures et Pisans) prennent position sur cette partie de côte, dans la plaine, et jusqu’au cap.
Le tournant de l’histoire bastiaise se situe en 1378, lorsqu’un gouverneur génois décide de transplanter son centre administratif de Biguglia à Bastia. Le destin se scelle, les pierres du donjon aussi (la bastiglia qui donnera son nom à la ville), la citadelle naît. Les remparts, puis le palais, suivront, et le rayonnement de Bastia sur cette partie de l’île sera effectif au XVIe siècle. Monuments religieux et administratifs se développent au cours des deux siècles suivants.
Après les révoltes, plus ou moins canalisées, qui agitent l’île tout entière face à l’occupant génois durant une bonne partie du XVIIIe siècle, Bastia devient française et la Révolution lui accorde le titre de préfecture du Golo, un département naissant et de courte durée. En 1811, Ajaccio supplante Bastia pour devenir la première ville de Corse.
Il faudra attendre 1975 pour que la ville retrouve son rang de préfecture de la Haute-Corse. Son industrialisation se poursuit avec l’exploitation des forges de Toga, au nord de la ville.